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On a reçu ça…..

Principes de base pour un mouvement révolutionnaire

Quelques éléments pour orienter la réflexion et l’action.

La situation présente

Existe depuis toujours, sous des formes diverses et renouvelées à chaque époque, des femmes et des hommes qui élaborent et mettent en pratique le projet d’une vie plus libre dans le cadre d’une communauté plus favorable à l’épanouissement des individus. Historiquement ce projet s’est notamment exprimé au travers des divers mouvements libertaires, communistes antiautoritaires et anarchistes. La période actuelle, marquée aussi bien par la crise capitaliste que par les échecs de la social-démocratie, du léninisme et à un degré moindre de l’anarchisme traditionnel, appelle une recomposition du mouvement révolutionnaire et une reformulation de ses objectifs. Je présente dans ce texte quelques réflexions qui me semblent pouvoir être utile pour avancer dans cette voie.

Dans un tel contexte il me semble en effet opportun de rediscuter des principes de bases sur lequel doit pouvoir s’appuyer la réflexion et l’action de ceux qui souhaitent une émancipation véritable. Cela d’autant plus qu’il semble que dans la période actuelle le problème n’est pas le manque de mouvements de contestations mais plutôt leur orientation, le fait que ces mouvements ne portent pas une contestation globale de l’ordre social et de la domination sous toutes ces formes, mais tendent plutôt à se concentrer sur une contestation de tel ou tel aspect de celui-ci.

La nécessité d’une contestation globale

Une contestation globale, capable de réaliser une transformation émancipatrice profonde, doit œuvrer à un changement des rapports humains dans leur ensemble et ne pas se contenter de la réforme ou du remplacement de telle ou telle institution. Il ne s’agit pas seulement de combattre les institutions du pouvoir mais de combattre le pouvoir lui même, la destruction des institutions implique la suppression des rapports humains qui en sont à l’origine. Et détruire de façon durable des rapports d’oppression signifie les remplacer par des rapports d’émancipation. La lutte contre la domination ne peut donc triompher que conjointement à la réalisation de rapports humains libres, qu’avec l’établissement durable des conditions d’une vie épanouissante pour tous. Une contestation globale, englobant et fédérant le combat contre toutes les oppressions particulières est aussi la façon la plus efficace de lutter contre chacune car toutes les formes d’oppressions se renforcent les unes les autres ce qui rend nécessaire une contestation « unitaire » s’opposant à l’oppression sous toutes ses formes de façon cohérente et systématique.

Les situationnistes pointaient ainsi dans la bonne direction en insistant sur la nécessité d’adopter une radicalité orientée en ce sens. C’est le qualitatif qui doit être notre force de frappe. Le mouvement d’émancipation ne peut détruire véritablement le pouvoir, qu’en réalisant le projet d’une « révolution de la vie quotidienne », d’un bouleversement émancipateur de l’activité humaine sous toutes ses formes. La victoire de l’émancipation ne peut venir que d’une révolution qui réaliserait un emploi différent de la vie, plus libre, passionnant et créatif.

Une telle émancipation implique la réalisation (qui peut prendre des formes multiples) d’une communauté humaine libéré des rapports marchands et hiérarchiques, qui permettraient l’épanouissement de chacun, dans une perspective durable qui implique aussi un rapport harmonieux avec la nature.

La révolution ne peut être véritablement émancipatrice que comme mouvement antiautoritaire réalisant une transformation radicale du mode de vie dans le sens de rapports de libre association favorisant l’autonomie et la créativité individuelle. Il s’agit de remplacer partout l’autorité (les contraintes hiérarchiques et normatives, les comportements imposé par le pouvoir ou la tradition) par le dialogue et la responsabilité (relations libres, réciproques et constructives entre individus), la répétition par la création.

L’autorité et le rapport hiérarchique ne sont pas la condition nécessaire de la responsabilité, mais son accaparation par une minorité qui s’oppose à son exercice partagé par tous. La hiérarchie s’oppose à ce que tous agissent de façon responsable. L’autorité reproduit un cercle vicieux, elle génère l’irresponsabilité et celle-ci génère la répression.

La hiérarchie et la représentation, le suivisme par rapport à une autorité ou une idéologie, toutes attitudes qui reproduisent les rapports de domination sont à combattre partout et systématiquement y compris au sein des mouvements de contestation. Il ne s’agit pas seulement de combattre les formes les plus évidentes et abusives de pouvoir et d’exploitation mais aussi de combattre le pouvoir et la soumission à des autorités sous toutes leurs formes. Cela concerne de nombreux éléments de la vie quotidienne, au travail et en dehors, dans la sphère privée et dans la sphère publique (par exemple domination des hommes dans la cellule familiale et dans les espaces publiques, arbitraire et mépris du petit patron ou du petit chef d’atelier, de bureau ou de bande, valorisation idéologique ou publicitaire du pouvoir de l’argent et de la capacité à acheter des marchandises superflues, stigmatisation des différences, esprit de compétition, dressage autoritaire des enfants pour les plier au respect de traditions imbéciles, religieuses, sexistes ou autres, etc…). Les formes les plus brutales et grossières de la domination ne peuvent exister que parce qu’elles sont aussi soutenues indirectement par la reproduction de relations ou d’attitudes du genre dont je viens de donner quelques exemples. Il ne peut s’agir d’ériger de nouvelles structures de pouvoir qui remplacerait celles existantes, mais de détruire les rapports humains qui sont les conditions d’existence de toutes formes de pouvoir. Toute reprise ou tolérance de formes d’autorité qui restreignent les capacités d’initiative, d’autonomie et de créativité de ses participants est néfaste. Un mouvement de critique radical de l’ordre actuel doit impérativement se réaliser comme une émancipation vécue par ses acteurs. Cette exigence d’adéquation entre le projet et les moyens utilisés impose une critique permanente des moyens ainsi que la recherche permanente d’une compréhension meilleure des conditions de l’émancipation.

Un mouvement de transformation sociale radicale doit donc rompre avec tout ce qui caractérise la domination capitaliste : rapports hiérarchiques, adhésion passive, etc,. Sa progression ne peut qu’être porté par une participation active et créative de ses participants, il doit être porteur non seulement d’un projet positif mais aussi d’une expérimentation pratique et généralisée d’un emploi nouveau de la vie. Les possibilités de cette expérimentation sont conditionnées par le renforcement d’une communauté humaine se libérant des rapports marchands et hiérarchiques. Un mode de vie radicalement différent et plus libre implique que l’organisation de la vie collective et des activités ne soit plus réalisé par la médiation de l’argent et de l’Etat, mais cela ne veut pas dire qu’il faille attendre leur disparition pour commencer à expérimenter des pratiques qui rompent radicalement avec l’ordre actuel. C’est au contraire le développement de nouvelles modalités de vie sociale qui permettront de mettre fin aux pratiques hiérarchiques et marchandes et aux institutions qui vont avec. La plus ou moins grande maturité des conditions ne doit pas être une excuse pour en reporter les pratiques nouvelles à des « temps meilleurs ». Il faut dès maintenant œuvrer au développement de rapports humains en rupture avec le pouvoir et avec la résignation qui caractérise la vie actuelle.

Quelques limites à dépasser et éléments à développer

Il ne s’agit donc pas de faire une énième critique des injustices et des inégalités (et revendiquer des droits ou un « partage des richesses ») mais de dévoiler et détruire un ensemble de rapports humains, de conditions pratiques et intellectuelles qui entravent l’exercice par chacun d’une vie qualitativement plus riche.

On ne peut plus se contenter de mettre en avant la nécessité de s’emparer des moyens de production, au-delà de cette réappropriation il s’agit d’opérer une reconversion qualitative des moyens de production et des activités productives. Il s’agit de produire différemment une richesse d’une nature différente. Il s’agit de produire une richesse qui ne serait plus une accumulation de marchandises et de valeur abstraite mais le développement de rapports humains qualitativement supérieurs. Il ne faut pas seulement critiquer les effets négatifs de la hiérarchie et des rapports marchands. Il faut produire une critique pratique de la hiérarchie et de la marchandise qui s’oriente dans le sens de cette reconversion qualitative des moyens de production. Il faut orienter de façon positive et concrète les activités productives vers le développement d’individus émancipés, capables de création autonome individuellement et dans le cadre d’une libre association.

Les rapports capitalistes et autres rapports de domination reposent sur des formes de séparation et de hiérarchisation (socialement structurées et reproduites) entre les activités et les individus qui les exercent. C’est cela qui permet et structure à l’échelle de la société la domination de certains sur les autres (rapports de classes, rapports hiérarchiques dans la production, dans la famille, etc…). Il s’agit donc d’opposer dans tous les aspects de la vie des formes d’association, de créativité et de dialogue contres toutes les formes de séparation, de passivité, de répétition et d’autorité qui fondent la domination sous toutes ses formes. Il s’agit au sein de chaque activité de rompre avec la hiérarchie qui sépare direction et exécution et place l’un et l’autre aux mains de groupes antagonistes, les dirigeants dominant les exécutants. Il s’agit aussi de réunir les activités qui sont érigées artificiellement en sphères différentes comme le travail et l’art qui sont devenus deux modes de création séparés. La reconversion qualitative des moyens de production avec la réorganisation des activités productives rendront obsolète les catégories du travail et de l’art ainsi que les castes de créateurs ou dirigeants spécialisés qui les dominent. Les activités créatives, mises en œuvre librement par les individus associés, auront pour sens et pour moteur le déploiement durable d’une vie tourné vers la satisfaction qualitative des désirs.

Prenons l’exemple de la façon dont le capital repose sur des séparations dans le processus de production.

Marx décrit le capital comme étant non pas une chose séparée des hommes mais comme un rapport social (la façon dont les gens vivent ensemble) que les hommes développent par leur activité. Parler du capital est donc ainsi un raccourci pour désigner les rapports entre les hommes, qui sont aussi des rapports entre des classes antagonistes, qui forment la société capitaliste.

On peut caractériser ces rapports capitalistes comme réalisant la subordination des activités humaines à l’accumulation capitaliste. Cette subordination est produite et reproduite car c’est le capital qui possède et rassemble sous sa direction les différents conditions de la production. Dépossédés des moyens de production, les producteurs doivent vendre leur force de travail aux capitalistes possédants les moyens de production pour survivre et c’est donc sous la direction du capital que les producteurs sont rassemblés et utilisent de concert les moyens de production. Le pouvoir du capital se fonde ainsi sur la séparation entre les producteurs entre eux (la vente de leur force de travail les mets en concurrence et c’est le capitaliste qui les réunis sous sa direction) et entre les producteurs et les moyens de production (là aussi c‘est le capital qui les rassemble, c’est lui qui est propriétaire des moyens de production et qui achète la force de travail). Ce sont ces séparations qui conduisent à priver les producteurs du contrôle sur les moyens de production. Ces derniers sont pourtant les résultats du travail passé et présent, mais en vendant leur force de travail les prolétaires se dessaisissent des fruits de leur labeur au profit du capitaliste. Ce sont ces conditions qui permettent au capital d’exercer un pouvoir de commandement sur le travail et d’accaparer ce qui est socialement produit. Avec le salariat il y a bien plus qu’un contrat entre individus, il y a appropriation par la classe capitaliste du contrôle de tout le processus productif et de ses résultats passé et présent.

Mais le capital ne fait pas que s’approprier les fruits du travail réalisé en commun. Il fait apparaître le processus productif comme un résultat de la direction capitaliste du travail, qui apparaît alors comme le seul mode de production possible.

Par la vente de sa force de travail le producteur est amené à participer à des rapports de production au sein desquels la force productive de son travail lui apparaîtra comme étant celle du capital, ou comme ne pouvant exister sans le capital.

C’est ce que Marx appelait le caractère fétiche du capital, le fait que la production apparaisse comme le résultat du capital et non pas du travail. Mais cette « illusion » n’est pas absolue, la force de son emprise sur les hommes dépend du résultat de la lutte quotidienne du capital contre les résistances des prolétaires, contre leur tentative de se réapproprier le contrôle de leur travail et de ses résultats. La force du fétichisme du capital dépend du rapport de force entre les classes.

Une société émancipée implique donc de réaliser une association des producteurs qui de leur volonté commune, de leur propre initiative, produisent ensemble suivant une direction qui soit l’émanation démocratique de leur volonté collective. Cela dans des conditions favorisant l’initiative, l’autonomie, l’expérimentation et le maximum de créativité, collective et individuelle.

La création des conditions matérielles de la vie ne doit plus se réaliser selon les modalités qui sont celles que l’on appelle actuellement le travail. Il faut réaliser un autre « métabolisme » entre les hommes et avec la nature, un métabolisme qui exclut l’exploitation de l’homme et le saccage de la nature. L’activité productive se fera dans les conditions d’une sociabilité qui ne sera plus conflictuelle (sans rapports de classes et exploitation, sans hiérarchie), dans le respect de la nature, en développant une créativité épanouissante faisant que, dans la mesure du possible, la pratique productive cessera d’être un labeur, une souffrance, et deviendra une activité stimulante.

Il est nécessaire de préciser et populariser un tel projet de remplacement du mode actuel de production par le développement d’activités créatrices libres et passionnantes (c’est cela que le mouvement révolutionnaire appelait « abolition du travail » qui ne veut pas dire qu’il ne sera pas nécessaire d’avoir des activités productives, des pratiques créatrices de « biens et de services ». Il ne s’agira plus de production de marchandises par contre).

Il faut savoir montrer la possibilité d’un remplacement de l’échange marchand par l’échange d’activités, échange n’ayant pas de mesure, se produisant au niveau de la reproduction d’ensemble des rapports humains, jeu permanent de la créativité humaine répondant aux besoins sociaux. La production changera aussi parce que les besoins seront qualitativement différents. Des individus libres et non soumis à l’exploitation et à l’abrutissement capitaliste/marchand n’auront plus besoins de « briller » en affichant leur possession/accumulation de marchandises clinquantes. Les gens ne chercheront et ne produiront plus une richesse abstraite ou l’accumulation de marchandises spectaculaires, mais une richesse qui consistera en des interactions sociales enrichissantes et en une créativité épanouissante.

Le fait que les activités productrices soient effectuées sous la direction d’une minorité de spécialistes implique un mode général de création qui échappe à la volonté des producteurs et leur devient étranger. La capacité à créer les conditions de la vie en vient à apparaître comme une propriété du capital, comme appartenant aux capitalistes, à l’Etat et à la société marchande. L’économie, mais aussi l’art, ainsi que les productions idéologiques sont des expressions de cette organisation productive qui confisque la créativité de chacun et la place aux mains d’une minorité de créateurs ou de dirigeant spécialisés. Toutes ces formes spécialisées de création devront disparaître pour que la créativité soit l’affaire de tous et imprègne toutes les activités humaines.

Une critique pratique de cette domination qui repose sur la séparation impose de mettre en avant et réaliser une conception «associationniste » et « participative » du communisme, antithèse de la « séparation » et de la « passivité » (hiérarchie/ séparation/délégation, vont de pair avec la passivité, la résignation et autres attitude de soumission, de sentiment d’aliénation, de non maîtrise par chacun des conditions de sa propre vie).

L’on retrouve hors du travail, dans la sphère de la consommation comme de la production, et plus généralement dans tous les aspects de la vie « quotidienne », tous ces traits qui caractérisent les rapports capitalistes (que le développement de son caractère spectaculaire et l’extension du domaine de la marchandise ont bien sur renforcés).

La transformation révolutionnaire sera favorisée par la crise capitaliste mais ne sera pas son résultat. Les crises capitalistes sont des restructurations du capital sans l’activité révolutionnaire qui le détruit. L’établissement d’une organisation sociale fondée sur des formes d’association libre et créative nécessite la mise en œuvre consciente d’un projet (qui ne peut qu’être dans une large mesure « expérimental et interactif » et non pas la réalisation d’une idéologie).

La révolution doit être attirante pour elle-même. Le mouvement révolutionnaire ne peut susciter une adhésion suffisante pour l’emporter s’il se présente plus comme la solution des problèmes du capitalisme (crise, inégalité, désastre écologique, etc.) que comme le porteur d’un mode de vie qualitativement supérieur. Il ne doit pas s’agir non plus d’une adhésion abstraite à de beaux principes humanistes, il ne s’agit pas du bien de l’ « humanité » mais de nous-mêmes, de notre émancipation. Laissons la culture mortifère du sacrifice à un idéal aux religions et aux idéologies politiques. Il n’y a concrètement émancipation que lorsque que des individus agissent pour changer leurs vie en rendant celle-ci plus libre et satisfaisante (essentiellement par l’établissement de relations plus enrichissantes avec les autres, qualitativement meilleure). Le mouvement d’émancipation ne peut l’emporter que comme triomphe de pratiques nouvelles en ruptures complètes avec les rapports capitalistes, cela implique une adhésion active et créatrice de la part de la majorité (même si le mouvement dans un premier temps n’est le fait que d’une minorité dont l’exemple emporte ensuite l’adhésion des autres). Le mouvement d’émancipation ne peut inspirer et rassembler que s’il démontre dans la pratique sa capacité à améliorer de façon concrète et qualitative la vie de ses acteurs (plus de liberté, conditions matérielles plus favorables à l’autonomie et à la créativité) et à desserrer l’emprise du pouvoir et du fétichisme marchand sur la vie de la communauté.

Puisque en matière de rapports sociaux l’on ne peut détruire durablement que ce que l’on remplace il s’agit donc de combiner destruction/subversion de l’existant et développement de rapports nouveaux. Il faut savoir faire de la révolution la perspective et la pratique d’un jeu expérimental de découverte de désirs et de passions nouvelles, d’un renouvellement des rapports humains et des émotions, une sorte de « poésie en acte / poésie vivante ».

Quelques remarques en vrac :

Sur un des développements récents de la contestation qu’est le mouvement de « démocratie réelle » (indignados, occupy, etc) :

Il faut bien sur critiquer le caractère réformiste et libéral de ces mouvements. Il faut toutefois comprendre aussi que peut être les désirs qu’expriment les revendications démocratiques actuelles sont dans une certaine mesure l’expression viciée par l’idéologie bourgeoise d’une volonté de dépassement des rapports hiérarchiques et des séparations. Il faut critiquer la conception libérale de la démocratie en lui opposant une démocratie active porteuse d’un contenu d’émancipation. L’aspiration démocratique n’a de débouché émancipateur que si elle conduit à une pratique qui réaliserait un dépassement de la hiérarchie par des formes combinant, d’une part l’existence d’organes collectifs de délibération et de décision, et d’autre part le développement d’un maximum d’autonomie des individus. Il faut montrer comment le remplacement de l’Etat et des rapports hiérarchiques est rendus possible avec le développement d’une société favorisant la liberté, la responsabilité, la sociabilité et la créativité des individus. Il s’agit de remplacer l’autorité par le dialogue et la capacité de chacun à agir de façon responsable. Il faut combiner à tous les niveaux des formes de délégation et de participation directe de façon à remplacer au maximum la délégation et la passivité par la délibération collective et l’initiative créative de chacun.

Note sur la formulation et la communication de la théorie :

 Principes de base

La radicalité du projet d’émancipation doit aller de paire avec la simplicité de sa formulation, aller au cœur du problème doit aussi permettre de l’exprimer simplement, dans un langage communicable à tous et par tous. Une expression rigoureuse mais simple et compréhensible fait partie intégrante des moyens sans lesquels un mouvement révolutionnaire ne peut se développer. Développer et approfondir la théorie révolutionnaire et la formuler plus simplement ne s’oppose pas. La théorie révolutionnaire, en simplifiant sa formulation peut aussi se renforcer en allant à l’essentiel.

Il est impératif de faire l’effort pour trouver des formulations et argumentations qui faciliteraient les possibilités de communication et de réappropriation théorique et pratique de ces idées.

Cela étant, c’est bien sur sous la forme de sa pratique que la théorie se communique le mieux. Mais la pratique aura lieu d’autant plus facilement que le mouvement révolutionnaire est capable de traduire sa théorie en proposition concrète capable d’inspirer et d’orienter l’action.

Remarque sur la radicalité :

La question pour les groupes radicaux, actuellement très minoritaires, n’est pas de gagner des partisans en s’adaptant aux mouvements plus consensuels (c’est alors le consensus qui se renforce en nous entraînant dans son sillage). Il s’agit de croître en sachant démontrer en quoi nos positions sont attractives et crédibles. Cela ne veut pas dire qu’il faut rendre sa « radicalité » plus spectaculaire (ex les tactiques de type black blocks), il ne s’agit pas de renforcer le spectacle de la contestation mais la contestation du spectacle. La critique de la passivité et de la représentation des « manifestations-défilés » est légitime, ces dernières ont surtout pour but et résultat de modifier le rapport de forces entre les représentants du pouvoir et les représentants d’une contestation « officielle » ou qui cherche à démontrer sa « représentabilité ». Mais il faut éviter de tomber dans une autre forme de mise en scène de la contestation. La mise en scène d’une contestation « violente » est aussi spectaculaire que la mise en scène d’une contestation « démocratique » et il s’agit d’une action qui n’est pas plus « directe ». L’ « action directe » de type  « black block » ou autres n’est pas plus spontané et est tout autant représentative, la différence est surtout qu’elle représente un autre type d’activistes, qui sont aussi des spécialistes cherchant à valoriser au sein de leur communauté leur compétences spécialisés de « guérilleros urbains ». C’est la portée en termes d’émancipation réelle, de transformation des rapports humains qui importe et non la visibilité de la contestation. L’activiste « black block » s’enferme dans un rôle tout autant que le syndicaliste. Le spectacle de la contestation violente est aussi inoffensif pour le pouvoir que la contestation démocratique encadrée par les représentants « légitimes » de la contestation. D’ailleurs le pouvoir sait mettre en scène ou récupérer aussi bien l’une que l’autre (et puis la fascination pour la violence et les mises en scène de type paramilitaires sont plutôt inquiétantes au sein d’un mouvement se voulant anti-autoritaire…). Le pouvoir ne craint pas la violence contestataire symbolique car elle est stérile, ce qu’il craint c’est qu’un mouvement révolutionnaire démontre, avec des pratiques en rupture avec l’ordre social, sa capacité à faire une différence concrète et qualitative dans la vie de ses acteurs et dans la communauté à laquelle ils prennent part.

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  1. 30/07/2012 à 23:27 | #1

    Y en a qui ont inventé le fil à couper le beurre!

  2. DC
    31/07/2012 à 16:09 | #2

    et y en a d’autres dont les commentaires font au contraire beaucoup avancer le schmilblik! ;)

    A vrai dire ce texte (j’en suis l’auteur) ne prétend bien évidemment pas inventer quoi que ce soit. l’idée était plutôt de présenter ces idées d’une façon je l’espère plutôt plus accessible qu’elles ne le sont habituellement.
    Et si ces idées étaient si évidentes et universellement connues que ça je crois que ça se saurait…il me semble que c’est au contraire très loin d’être le cas.
    Il me semblait aussi qu’une partie au moins du contenu du texte pouvait faire l’objet d’une discussion, y compris par ceux pour qui ces idées ne sont pas nouvelles.

  3. 02/08/2012 à 17:05 | #3

    Citation:

    “Il n’y a concrètement émancipation que lorsque que des individus agissent pour changer leurs vie en rendant celle-ci plus libre et satisfaisante (essentiellement par l’établissement de relations plus enrichissantes avec les autres, qualitativement meilleure). Le mouvement d’émancipation ne peut l’emporter que comme triomphe de pratiques nouvelles en ruptures complètes avec les rapports capitalistes, cela implique une adhésion active et créatrice de la part de la majorité (même si le mouvement dans un premier temps n’est le fait que d’une minorité dont l’exemple emporte ensuite l’adhésion des autres). Le mouvement d’émancipation ne peut inspirer et rassembler que s’il démontre dans la pratique sa capacité à améliorer de façon concrète et qualitative la vie de ses acteurs (plus de liberté, conditions matérielles plus favorables à l’autonomie et à la créativité) et à desserrer l’emprise du pouvoir et du fétichisme marchand sur la vie de la communauté.”

    Quand je parle de “fil à couper le beurre” je ne veux pas dire :”Mais tout le monde sait déjà tout ça!”. Je veux dire que ces banalités ne sont que de l’alternative démocrate-radicale que les gens qui font ce site on connaissent bien pour la poufendre depuis 1995!(cf. Le Démocratisme radical édition Senonevero) .

    A l’heure de la crise extrème dans laquelle est le capital et des luttes de classe prises dans des luttes communautaires sanglantes ces perspectives ne sont même plus non-révolutionnaires, elles sont tout simplement d’une naïveté désarmante voire franchement risibles
    Ces perspectives ne peuvent être énnoncées que là où “ça va encore” mais ne serait-ce qu’en Grèce ou en Espagne ça reléve persque de la provocation.

  4. leo
    03/08/2012 à 14:42 | #4

    Je trouve ce texte intéressant car il fait une tentative de “synthèse” de pas mal de choses qui me semblent essentielles.
    Bien sûr, on pourrait rajouter d’autres éléments, en balayant toutes les formes, les modes sur lesquels se nouent les dialectiques ou antagonismes domination/émancipation…

    Je crois pertinent d’être parfois clair et simple dans ce que l’on veut. Mais je crois surtout qu’à l’heure actuelles, nous ne souffrons pas d’une “insuffisance” de propositions théoriques (on s’y perd au contraire devant la multiplicité des approches, démarches, conceptualisations…) mais surtout d’une carence de propositions pratiques, praticables, déjà existantes même si embryonnaires, visibles, “désirables”, capables d’agréger du monde et de peser sur le réel (on ne peut éluder la question du rapport de force, de l’antagonisme) au moins pour transformer les “cadres de pensée” qui semblent encore et toujours inébranlables comme le citoyennisme, le syndicalisme, la nostalgie de l’Etat providence et du “bon” capitalisme…

  5. DC
    20/08/2012 à 16:35 | #5

    il me semble que le commentaire de Leo est plutôt une bonne réponse à la critique de BL.
    Il s’agissait bien avec mon texte de chercher à présenter de façon “accessible” une sorte de “synthèse” de choses qui me semble essentielles pour ceux qui cherchent à penser une critique révolutionnaire. (je suis d’accord aussi avec la carence en propositions pratiques plutôt qu’en théorie, le texte vise, modestement, à favoriser l’émergence de celles-ci, ou une discussions sur celles-ci, car je suppose qu’une plus grande diffusion/discussion de bases théoriques pertinentes ne peut qu’y contribuer (mon approche étant ici de privilégier la dimension “accessible / synthétique” à la dimension “originale”).

    à part pour ceux dont la marotte, depuis 1995, est de pourfendre “l’alternative démocrate-radicale” je ne vois pas trop à quoi cela rime d’y assimiler mon texte (je ne nie pas la légitimité des critiques des éditions Senonevero, seulement là je pense que c’est à côté de la plaque). Si on lit mon texte en entier on voit bien que j’y rejette explicitement l’idée de la possibilité d’une alternative au sein des rapports capitalistes. et d’ailleurs je ne vois pas bien non plus, même en prenant de façon séparé le passage cité par BL, ou y serait cette alternativisme. à moins de penser que le communisme sera d’emblée un mouvement ou des pratiques majoritaires, ou au contraire ne le sera jamais. mais peut être ai-je mal compris la critique de BL?

    Le passage que cite BL ne vise pas du tout à proposer un projet d’alternative mais tout simplement à critiquer les conceptions réduisent la révolution à un mouvement politique et le mouvement révolutionnaire à des pratiques “militantes” ou “activistes”. ni plus ni moins.

    ma critique n’a rien de novatrice mais malheureusement elle reste toujours, et de très loin, nettement moins banale que cette approche “politique” que je critique. d’où le besoin d’y revenir encore et toujours, en particulier dans des textes qui ne s’adressent pas seulement à une minorité qui pourfend l'”alternative démocrate radicale” depuis 1995.

    et je crois que mon texte est suffisamment “général” (l’avantage et l’inconvénient de l’approche “synthétique”) pour valoir globalement y compris pour la Grèce et l’Espagne (qui ne sont pas d’ailleurs les endroits sur terre ou ça va le plus mal à ma connaissance). la critique d’une révolution “politique seulement” et la nécessité de combattre le pouvoir et le fétichisme marchand (et bien sur plus globalement le capital, les classes, etc,.) sont, il me semble, valable pour la Gréce , l’Espagne et ailleurs…

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