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Débordements, imbordements et épuisement (suite)

(toujours sur le mouvement de luttes contre la Loi travail)

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            La perspective d’ « épuisement » du mouvement a retenu l’attention de quelques lecteurs du petit texte, publié sur Dndf, De débordements en imbordements jusqu’à l’épuisement. Quelques événements récents, blocages, grèves plus ou moins reconductibles et reconduites, paraissent infirmer cette perspective de l’épuisement. C’est exact, le mouvement rebondit, mais comment ? Il était normal que cet « épuisement » retienne l’attention car finalement ce qui compte ce sont les pratiques, les enjeux, l’action et les perspectives que l’on a et/ou que l’on crée et dans lesquelles on agit. Cependant, cette perspective de l’ « épuisement », si elle a retenu l’attention n’était pas la « thèse centrale » de ce texte.

        Le thème central de ces quelques lignes était l’illégitimité de la revendication salariale qui d’une simple situation subie (le ministre Sapin vient à nouveau de déclarer expressément  que « les revendications n’étaient pas légitimes ») devient de façon partielle, balbutiante et spasmodique la propre compréhension du mouvement. La limite très problématique de cela était que ce contenu « flottait comme une conscience s’émancipant de ses limites », comme si cette conscience « devançait ses propres conditions de production ». C’était le fameux « plancher de verre » de la production auquel se sont heurtées de nombreuses luttes générales actuelles, les maintenant dans les instances de la reproduction.

         Là-dessus quelque chose est en train de changer. Mais il faut se garder de voir cette évolution comme une chose simple, linéaire et unilatérale. Grèves et blocages apparaissent ponctuellement, disparaissent, réapparaissent. Encore et toujours comme si le mouvement cherchait sa raison d’être. Il faut d’abord remarquer que ce qui est en train de bouger et semble contredire la perspective de l’épuisement se fait sur la base de revendications sectorielles. Donc, au premier abord, rien n’empêche de penser que cette poursuite et ce rebondissement peuvent être la disparition de ce qui était apparu et avait caractérisé une première phase du mouvement. En fait, ce qui était alors apparu demeure la tendance de fond, mais celle-ci ne se poursuit pas tranquillement dans le franchissement du « plancher de verre », c’est-à-dire, enfin, dans la formation de ses propres conditions d’existence.

       Dans ce franchissement, le « nous ne revendiquons rien » des débordements, des collectifs de luttes et des « Nuits debout » quitte la généralisation abstraite qui était la sienne. Bien sûr, dans cette généralité abstraite, était évoqués le chômage, les sans-papiers, les banlieues non-blanches, les femmes, les conditions de travail et de salaire, le logement, l’envahissement de nos vies par la marchandise, les orientations sexuelles, l’agriculture paysanne, etc. Mais, chacune de ces « causes », bien réelles, n’avait, dans sa finitude, aucune existence pour elle-même, chacune n’était là que comme moment d’une totalité à venir, moment de la convergence finale qui devait déjà virtuellement et potentiellement les animer ne serait-ce que dans leur addition. Les notions de citoyens, de peuple, d’ « être ensemble » saturaient les discours. Où était l’ennemi ? La police : parce qu’elle empêchait tout cela de fonctionner pour lui-même comme chacun en avait le désir. « Tout le monde hait la police », mais il ne sert à rien de haïr le gourdin si l’on ne hait pas la main qui le tient. Le point de vue dans sa généralité était finalement un point de vue de nulle part, sans opposants, sans ennemis, ou les ignorant superbement. Mais le point de vue de nulle part n’exprime pas forcément une situation qui n’existe pas.

       Selon une enquête menée par des sociologues de l’EHESS (à considérer de façon indicative), la composition sociale des « Nuits debout » est plus diversifiée qu’on ne l’a dit : chômeurs, habitants de banlieues, ouvriers. Cependant, la grande majorité des participants est diplômée du supérieur long (comme le relève l’enquête et une simple présence dans un de ces rassemblements). Si cela n’empêche pas d’être au chômage, cela définit tout de même un profil social particulier à partir duquel on peut tenir le langage du général, du « commun », de la justice et de l’injustice. L’individu diplômé, issu de la classe moyenne (les diplômes du supérieur long ne sont pas « banalisés »), impliqué dans la vie associative,  incarne la norme abstraite de la citoyenneté républicaine. Les « Nuits debout » savait bien faire parler d’elles, elles étaient photogéniques dans les médias qui finalement pouvaient y retrouver leur propre monde. Le « nous ne revendiquons rien » était une généralité abstraite apparaissant et parfois même agissant comme récupérateur de l’effervescence sociale particularisée. Selon la même enquête (et avec les mêmes réserves), les 2/3 des participants parisiens de « Nuit debout » n’avaient participé à aucune manifestation contre la Loi travail.

     Maintenant, les revendications sont là, elles jouent leur rôle et celui-ci est ambivalent. C’est là où nous en sommes. La poursuite du mouvement, son passage à un autre niveau sont un rebondissement, mais celui-ci n’est pas forcément contradictoire à l’épuisement-disparition de ce qui avait pu apparaître comme sa détermination fondamentale dans une première phase, c’est-à-dire la généralité non-revendicative abstraite avec toutes ses limites idéologiques car elle était elle-même idéologie. Le dépassement de la généralité abstraite passe par le particulier et le particulier maintenant ce sont les revendications. Mais il faut se garder de penser que le tout ne peut exister que dans chaque partie, au sein de chaque situation où il se jouerait non pas en puissance mais en actes. On passerait de la généralité abstraite à la « totalité expressive » où chaque partie, chaque catégorie revendiquant, est immédiatement expressive du tout qui l’habite en personne. Le mode de production capitaliste n’est pas une « totalité expressive », le tout du mode de production capitaliste s’exprime dans une structure hiérarchisée avec des déterminations fondamentales et des dominantes que ces déterminations désignent (il peut arriver que la réflexion théorique, même très abstraite, ne soit pas totalement inutile). C’est alors qu’apparaît toute la question du franchissement du plancher de verre comme déterminant pour n’importe quel mouvement général de luttes.

    L’appartenance de classe comme contrainte extérieure est une situation, un surgissement dans la lutte des classes, dans lequel le particulier et la revendication sont là et jouent leur rôle. Cette situation et ce surgissement sont une résultante de forces, ils dépendent de la relation entre une pratique du prolétariat (de la classe ouvrière pourrait-on écrire ici) et la pratique de l’Etat et de la classe dominante. Pour que cette pratique prenne forme, il faut que la pratique revendicatrice, le franchissement du plancher de verre, soient déjà minés, que la revendication comporte des lignes de failles. Ces lignes de faille on peut les voir dans le fait de ne pas hésiter à se lancer dans des actions minoritaires, dans les blocages qui volontairement excèdent le secteur ou l’entreprise en lutte, la volonté de frapper un ensemble d’entreprises locales, la porosité entre les syndicalistes à brassards et dossards et les « cortèges informels », la non-marginalisation dans les manifs et débordements des dits « casseurs » et aussi dans la relation en cascade qui unie tous les niveaux de lutte. L’intrication de toutes les revendications finit par interroger La Revendication même.

       Sur cette base, une « dialectique » entre les revendications et la réaction de la classe dominante joue dans les conditions d’apparition, même fugitive, de l’appartenance de classe comme contrainte extérieure. La marque de son apparition pourrait être, au-delà de la grève et des débordements, des pratiques modifiant l’usage des transports, des raffineries, etc. dans le but d’étendre et de modifier les luttes en cours, au-delà de tout souci gestionnaire et aussi de revendications particulières. L’emparement des outils de la lutte n’est pas une forme de propriété, c’est toujours une activité qui ne s’institutionnalise jamais, c’est la définition commune, toujours en cours, d’un usage.

      Les possibilités pratiques dans une telle situation doivent mettre l’accent, dans le franchissement du plancher de verre, sur les failles des revendications, s’insérer en elles, car ce sont elles qui ont relancé le mouvement. Il faut travailler, ne serait-ce qu’en les signalant et soulignant fortement, à faire apparaître l’absence d’autres failles dans les revendications que sont la faiblesse d’une affirmation féminine autonome dans le mouvement et la quasi absence de la racialisation de la force de travail dans son existence quotidienne face au capital et dans son monde. Signaler la faiblesse ou l’absence de ces failles dans les revendications c’est déjà souligner leur instabilité actuelle car la convergence n’est pas nécessairement (malheureusement peut-être aussi) la voie royale de la remise en cause par le prolétariat de sa propre existence de classe dans sa contradiction avec le capital. En ce sens, l’appel ou même la réalisation de la « grève générale » peuvent être tout aussi ambigu que la convergence.

       En s’insérant et en mettant l’accent sur la relation de ces failles avec les pratiques de la classe dominante, il faut miser sur son intransigeance. Face aux blocages et aux grèves dans les raffineries, le Pdg de Total annonce ce soir que le groupe va revoir ses investissements en France. Est-ce que j’existe, est-ce que je suis nécessaire pense l’ouvrier de Fos, qu’il travaille pour Total ou non ? Il faut miser également sur la crise spécifique de l’Etat en France devenu une baudruche méchante. C’est cela aussi, dans le rapport à la classe capitaliste et à son Etat, l’annonce de l’appartenance de classe comme contrainte extérieure, c’est-à-dire des situations où se crée un écart dans les pratiques revendicatives, écart où dans la pratique revendicative se remet en cause l’acteur qui revendique parce qu’il n’existe que de par la classe qui lui fait face. On passe de l’illégitimité subie des revendications à une illégitimité revendiquée où son propre porteur se demande qui il est. Il ne faudrait surtout pas, comme la tendance à cela existe, que les pratiques qui peuvent construire cette dynamique s’autonomisent de leur raison d’être (l’action en tant que classe, les revendications) et hypostasie cette dynamique qu’elles cherchent à construire.

        En ce qui concerne les « Nuits debout », bien évidemment le changement de nature général du mouvement dont elles sont un moment est appelé à les transformer ou les faire disparaître. Cela va révéler plus clairement l’hétérogénéité des participants en les obligeant à reformuler leur positionnement vis-à-vis des actions revendicatives dans leur particularité et corollairement vis-à-vis des solutions politiques, démocratiques et citoyennes. Soit c’est leur fin, soit leur composition sociale change. Les ambivalences présentes des pratiques revendicatives doivent devenir leur préoccupation centrale. Ou alors, soit ces assemblées tomberont complètement dans la pure idéologie autoréférentielle d’une Communauté en construction (avec le mirage des outils informatiques gage de sa virtuelle existence) sous le couvert de l’idéologie en expansion du « commun » ; soit dans la reconstruction politique type Podemos (peu envisageable pour l’instant en France ; Syriza c’est autre chose).

      Pour terminer en revenant, comme il se doit, à la question de l’introduction, le franchissement du plancher de verre, le fait pour ce qui avait constitué la première phase du mouvement de trouver ses propres conditions d’existence, de ne plus « flotter », peut tout autant être l’enterrement, l’épuisement de cela même qui avait constitué cette première phase que son passage réellement à un niveau supérieur. Rien n’est linéaire et unilatéral, mais ce sont les enjeux et les positionnements discriminants qu’il faut définir.

R.S

24 mai 2016

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  1. AC
    25/05/2016 à 12:42 | #1

    Il me semble que les Nuit debout ont été « débordés » à la fois par les « casseurs » et les syndicalistes, et aussi par leur guéguerres internes pour la propriété de mouvement. Leurs capacités d’absorption ont trouvé leurs limites, et leur ligne consensuelle les a tellement poussé à ne prendre parti pour rien et à ne rien « cliver » qu’ils (elles) n’ont simplement plus rien à dire.

    Il semblerait que le mouvement pour l’heure trouve une expression (auto)satisfaisante dans le face-à-face Valls/Martinez ; la ligne « puissance ouvrière » dans laquelle la CGT trouve le moyen de redorer son blason et de partir gagnante pour les élections de 2017 semble être appropriée après deux mois de manifestations qui n’ont pas fait broncher le gouvernement. La convergence a trouvé sa limite immédiate dans la sortie des SO avec battes de base-ball dans la rue le 12 et le 17 (le 19 était sous contrôle) et le « recadrage » des soutiens Zadistes à Donges. Le « plancher de verre » est plutôt le mur de l’appartenance de classe (ouvrière en effet) que dressent les syndicats entre leur action propre et le reste du mouvement, qui reste largement de classe moyenne. Aucune porosité entre la généralité que représente l’opposition à la loi Travail (le côté « 99 % ») et les revendications particulières qui sont censées s’y articuler (l’existence réelle, segmentée, de la classe). On peut tout de même cotiser aux caisses de grèves et apporter des cafés aux grévistes.

    Dans l’attente d’éventuels nouveaux débordements…

  2. Robin
    26/05/2016 à 00:24 | #2

    tu écris : « Les possibilités pratiques dans une telle situation doivent mettre l’accent, dans le franchissement du plancher de verre, sur les failles des revendications, s’insérer en elles, car ce sont elles qui ont relancé le mouvement. Il faut travailler, ne serait-ce qu’en les signalant et soulignant fortement, à faire apparaître l’absence d’autres failles dans les revendications que sont la faiblesse d’une affirmation féminine autonome dans le mouvement et la quasi absence de la racialisation de la force de travail dans son existence quotidienne face au capital et dans son monde. Signaler la faiblesse ou l’absence de ces failles dans les revendications c’est déjà souligner leur instabilité actuelle car la convergence n’est pas nécessairement (malheureusement peut-être aussi) la voie royale de la remise en cause par le prolétariat de sa propre existence de classe dans sa contradiction avec le capital. En ce sens, l’appel ou même la réalisation de la « grève générale » peuvent être tout aussi ambigu que la convergence. »

    est ce que je comprends bien lorsque je lis que « nous » avons a faire un travail de sape sur le fantasme que les revendications (retrait de la loi, semaine de 32h, revenu universel, etat réelement au service du peuple…) pourraient etre intégrées à la logique du système A->M->A’?

    déjà je suis étonné, j’ai l’impression que c’est une des première fois ou je lis un « il faut » dans tes textes.d’un autre coté, il me semble que, même si c’est le cours historique du MPC qui se chargera de faire voler en éclat l’illusion de la légitimité de la revendication, « nous » sommes inclus dans ce tout et nous avons aussi, individuellement ou collectivement nos points d’inflexion a réaliser…

    peut etre y a t’il a aller jusqu’au bout de la proposition que tu fais (si je la comprends bien) en rédigeant un tract/texte court pour le diffuser. c’est avec plaisir que je le differais en manif/sur les blocages….

    enfin, je me demande si le mot d’ordre du mouvement ne commence pas a être plus « on bloque tout ! » que « retrait de la loi travail », ce qui me parait être une forme de dépassement de la revendication… cela me rends plutôt enthousiaste pour la suite…

  3. Habib
    26/05/2016 à 14:46 | #3

    On ne peut pas être en marge de ce mouvement sauf à être hors de ce monde; on ne peut pas se contenter de faire un reportage au sens journalistique de ce qui se passe; être optimiste ou pessimiste est avant tout la position du spectateur; tout le monde est concerné d’une façon ou d’une autre et à des degré divers; et j’ai l’impression qu’en marge de la nuit debout, la lutte de classes est en train de produire de la théorie, notamment en faisant avancer notre vieux débat sur l’intervention; l’analyse de Roland nous éclaire dans ce que nous vivons, elle montre les limites intrinsèques du mouvement, les failles, mes aussi les potentialités; comme toujours il ne s’agit pas de dire ce qu’il faut faire ou pas, de porter des mots d’ordre (que de toute façon la nuit debout rejette, comme elle a rejeté jusqu’à maintenant toute tentative organisationnelle toute faite qui vient de l’extérieur), mais il y a notre présence, avec nos têtes qui pensent et nos bras et nos jambes qui pensent aussi et qui évoluent, qui découvrent et apprennent. Comment rester « en dehors » d’un débat quand tu vois que tu as quelque chose à dire ou à proposer, que ce quelque chose tient compte de toutes tes lectures, connaissances et analyses et qui est arrivée , par lui même, dans le débat? Tu n’a rien forcé, et tu ne veux pas emmener les gens sur une voie particulière, ce n’est pas faire de la propagande ou « appliquer » quoi que ce soit … ça vient naturellement dans le cours de ton activité de vie … je me souviens, Roland avait appelé naguère une telle chose « activité de grève »; ce truc là nous vient comme une activité et au contraire la repousser c’est être soumis à une idéologie ou un programme.
    je l’ai vécu personnellement plusieurs fois dans les assemblées populaires, je bouillonnais j’avais des trucs à dire, sur la violence, sur la démocratie, sur l’organisation, sur la travail, son sens, … et pas des positions classiques toute faites, mais des trucs nouveaux, je pense, réels et importants que le mouvement crée dans notre pensée, les fait apparaître. Attention je ne dis pas que c’est Le Mouvement, qu’il n’est pas pris dans l’inertie de sa composition de classe; c’est ce qu’on distinguait dès le début: l’enjeu du mouvement est une sorte de dynamique révolutionnaire de nuit Debout ( qu’on peut constater par ses traits dominants: indépendance par rapport aux organisations et syndicats, le rejets des partis politiques, et de la Politique au sens usuel, le rejet des médias traditionnels, son opposition à toute forme de représentativité et de hiérarchie, sa priorité donnée à l’action, l’importance attachée à la réflexion collective, la recherche de convergence avec les autres luttes, des germes de gratuité – même entaché par les communs- l’acceptation et la défense de la légitimité de la violence … ) contre sa composition de classe (disons en gros couches moyennes) qu’on constate par la présence du citoyennisme, la démocratie vraie, les « constituantes » et autres histoires à dormir debout. La question était si ce dynamique arrive à emporter le mouvement et créer une modification dans sa base sociale. Mais, en même temps on peut se dire que peut-être on a donné trop de crédit aux quelques analyses « sociologiques » qui l’on classé comme couches supérieures car diplomée … On voit certes des gens intelligents discourir et être actifs dans le mouvement, pour autant sont-ils forcément des diplômés au chômage? si c’est le cas pourquoi le mouvement préserve et développe ces traits plutôt positifs au lieu d’aller directement vers un Podemos à la française? J’ai vu comment ces analyses sociologiques sont fabriquées, la dame qui, questionnaire à la main pose des questions aux visiteurs bobos et qui remplit ses papiers. A t-elle vu et parlé avec les gars qui sont au fond de la cantine, en train de manger et discuter de la prochaine bagarre? elle ne comprendrait même pas ce qu’ils pourront lui raconter! pour moi ces gars, qu’on qualifie rapidement de banlieue, sont engagés dans un mouvement « revendicatif », leur revendication est la bagarre et ce n’est pas négligeable. c’est eux qui disaient « On est debout depuis 2005 ».
    Pour moi, les analyses de Roland sont précieuses car ça me donne une base de réflexion, un bagage, qu’il faut avoir avec soi quand on est en train de participer à l’activité de lutte.

  4. Robin
    27/05/2016 à 10:41 | #4

    la lecture de ta réaction a été riche pour moi, elle souligne comment ce mouvement, peut etre plus qu’un autre, nous permet de nous en rendre acteur, de participer a sa praxis, avec tout ce que nous sommes. Les theses communisatrices ont un écho fort quant on les exposes au sein des luttes, bien plus que pendant les retraites a mon gout.

    Mon « enthousiasme » n’est pas extérieur au mouvement, il n’est pas contemplatif comme en témoignent mes yeux cernés de fatigue :)… je suis bien d’accord avec toi, les analyses et les outils théoriques sont en effet précieux, ils permettent de comprendre la complexité de la situation avec plus de justesse, et de pouvoir lutter avec une intelligence des situations plus fine.

  5. RS
    27/05/2016 à 11:06 | #5

    Quelques remarques sur le commentaire d’AC (une réponse à Robin et Habib viendra par la suite)

    Si les « Nuits debout » ont été débordées par les « casseurs » et les syndicalistes, c’est le mieux qui pouvait leur arriver. Mais il faut se demander pourquoi elles ont été débordées, pourquoi maintenant elles sont face à l’alternative soit de leur repositionnement à l’intérieur de l’ensemble du mouvement qu’il faut considérer dans sa totalité, repositionnement qui modifierait leur composition sociale, soit de leur disparition. Quelle est cette « capacité d’absorption qui a trouvé sa limite » ? C’est insuffisant d’en trouver la raison simplement dans leur « ligne consensuelle ». La « ligne consensuelle » n’était pas un simple réceptacle, une chose vide, en attente d’être remplie, elle n’était pas une absence de ligne. La « ligne consensuelle », la « capacité d’absorption », c’étaient ce que j’ai qualifié de « généralité abstraite » en soulignant que celle-ci, ce « point de vue de nulle part », pouvaient en fait être précisément situé socialement. Cette généralité abstraite avait trouvé sa formulation fétiche dans un « Nous ne revendiquons rien » pour lequel les revendications n’étaient pas quelque chose d’intérieurement dépassé mais exprimaient une extériorité a priori vis-à-vis des revendications. Ce qui est dépassé n’est jamais totalement étranger à ce qui le dépasse.

    Si les « Nuits debout » ont été « débordées », c’est qu’elles n’existaient que dans un contexte. Contexte absent du commentaire d’AC aussi bien en ce qui concerne les « Nuits debout » qu’en ce qui concerne les grèves et revendications présentes, ce qui confère à ces commentaires une certaine coloration normative. Si l’on admet que « casseurs » et syndicalistes ont pu « déborder » les « Nuits debout », il faut admettre que ces dernières étaient également un moment du mouvement général et c’est à partir du mouvement général comme contexte qu’il faut appréhender chacun de ses termes. Dans mon premier texte je les qualifie d’ « écume sociale » d’une situation générale d’illégitimité de la revendication salariale « qui travaille de façon différente l’ensemble de la société ». A la place de « société », j’aurais du écrire « de l’ensemble des classes sociales vivant du salaire ». Ce qui aurait eu le mérite de faire ressortir le jeu de plus en plus important pour la compréhension des luttes actuelles entre rapports de production et rapports de distribution qui ne sont pas des ensembles exclusifs l’un de l’autre.

    C’est également dans ce contexte qu’il faut juger le rebondissement actuel. Qualifier ce rebondissement comme une « expression (auto)satisfaisante dans le face-à-face Valls/Martinez » me parait très réducteur. Pour parler clair, c’est prendre les ouvriers pour des cons que de penser que les 3000 travailleurs portuaires du Havre défilent pour permettre à la CGT de « redorer son blason » et pour qu’elle puise « partir gagnante pour les élections de 2017 ». Tous les ouvriers des manifs ne sont pas syndiqués et on ne voit pas pourquoi ils rouleraient pour les manigances de la CGT. La direction de la CGT peut avoir son propre agenda, mais l’idéologie de la manipulation a fait son temps. La séquence de grèves et blocages ne se réduit pas à l’activité du SO de la CGT dans les manifs. Je dirai même que si l’on voit une telle agressivité du SO (ce que l’on n’avait pas vu depuis longtemps) c’est qu’il y a, pour la CGT, quelque chose à contrôler dans ces manifs. Réduite, dans les circonstances actuelles, à ces quelques faits (action des SO, etc.), l’appartenance de classe, c’est vrai, devient alors « un mur », mais pour cela il faut avoir réduit la totalité des grèves et des blocages et ce qu’il s’y passe à ces quelques faits hors de tout contexte. Dans le cas français actuel, la relation entre des mouvements type occupation des places et grèves est différente de celle qu’on avait vue en Turquie (la ville ouvrière de Bursa connaissait de forts mouvements de grève au moment de l’occupation de Taksim sans qu’il y ait de part et d’autre la moindre idée d’une connexion) ou au Brésil où les deux étaient restés absolument parallèles.

    Dans mon texte « Suite » je parlais des syndicalistes à dossards et brassards que l’on voit aussi dans le cortège de tête. A la Gare du Nord, on voit lors du bref blocage des voies un curieux mélange de brassards et de capuches, de même en avril à Marseille à la gare St Charles où ce sont des cheminots à dossards (ou non) qui ouvrent des portails professionnels permettant au « cortège informel » qui venait de dézinguer les abribus et quelques vitrines du centre ville de pénétrer sur les voies. Je pense que l’on pourrait accumuler de tels exemples. Le 26 mai : manifestation interdite à Nantes mais qui a lieu tout de même ; affrontements place de la Nation à l’issue de la « manif syndicale » ; attroupements de chômeurs et précaires autour de la centrale de Nogent s/Seine mise en activité réduite ; « cortèges de tête » à l’attractivité croissante et à la composition de plus en plus diversifiée ; discusions parfois houleuses avec les permanents cégétistes dans les AG comme à la Gare de l’Est et, à la radio, déclarations multiples dont la teneur est : « puisqu’ils ne veulent pas nous parler, nous non plus et on continue ». L’illégitimité de la revendication salariale introduit des lignes de failles dans les actions revendicatrices particulières et cette illégitimité transpire jusqu’à être « revendiquée » non pas dans telle ou telle action prise unilatéralement mais dans la coexistence et la rencontre de pratiques diverses même conflictuelles. Et, surdéterminant l’ensemble, j’y reviens encore une fois, le climat politique : l’effondrement de la crédibilité de l’Etat (« ceux d’en haut, etc. » comme disait Lénine).

    L’activité du SO cégétiste, le « recadrage des zadistes » sont des faits bien réels, mais croire qu’ils fournissent l’alpha et l’omega du décryptage de la situation actuelle et de l’ensemble des grèves et blocages c’est prendre la mise en scène du bras de fer Valls/Martinez pour l’alpha et l’omega de la lutte des classes. La séquence actuelle de grèves et de blocages avec les affrontements qu’ils comportent ne sont pas sans lien avec ce qui a précédé : les débordements récurrents et aussi … les « Nuits debout ». Je m’avance un peu à découvert, mais j’ai l’impression que, contrairement à 2010, les revendications spécifiques de tel ou tel secteur viennent un peu comme des prétextes, des justifications (il faut faire « sérieux ») et ça c’est un gros problèmes pour les syndicats. Un drôle de jeu s’est installé entre trois termes : les revendications particulières, le refus général de la Loi travail comme catalyseur, l’illégitimité vécue de la revendication. « Drôle de jeu » car le catalyseur rend accessoires les revendications particulières en même temps que les rendant accessoires et se heurtant lui-même à un mur il introduit le troisième terme. Ce troisième terme présent dans la phase précédente (avant le rebondissement) peut acquérir une autre signification, sortir de l’abstraction : « les revendications sont là, elles jouent leur rôle et celui-ci est ambivalent » (texte « Suite »).

    Comment pourrait-on croire que l’illégitimité de la revendication salariale, le « niet » forcené de la classe dominante, demeurent une condition générale, une sorte de cadre bien joli, bien beau, bien radical, mais sans impact, sans effet sur l’immédiat. On considère des faits : les « Nuits debout » patinent ; le « face-à-face Valls/Martinez » (qui arrange l’un et l’autre) ; le SO, et on dit « regardez ce qu’il se passe ». Mais ça ne marche pas : aucun fait n’a de sens en soi, pris isolément, décontextualisé, surtout quand on le hisse au statut d’expression de l’ensemble.

    Dans le commentaire d’AC, les grèves et les blocages dans leur ensemble, sous tous leurs aspects, deviennent « l’action propre des syndicats » et, dans la mesure où « le reste du mouvement reste largement classe moyenne », on peut en déduire que c’est même tout ce qui est action ouvrière qui est réduit à cette « action propre des syndicats ». Pour AC, cette action ouvrière devenue « action propre des syndicats » n’aurait même plus pour objet la Loi travail qui ne serait plus que la préoccupation de la « généralité ». Le refus de la Loi travail serait devenu la définition du côté des « 99 % ». En réalité, la Loi travail n’a jamais constitué l’essentiel de la « généralité » telle qu’elle fut jusqu’à présent, c’est-à-dire généralité abstraite, mais le rebondissement actuel contraint la généralité à changer de nature (ce qui adviendra ou non). Il est pour le moins audacieux d’écrire que le refus de la Loi travail n’est plus que l’apanage de la classe moyenne. Qu’est alors devenue « l’(auto)satisfaction de l’ensemble du mouvement » (c’est moi qui souligne) dans le face-à-face Valls/Martinez.

    On peut « attendre d’éventuels nouveaux débordements », mais si on ne les comprend pas comme aussi des « imbordements », on ne comprend rien aux débordements eux-mêmes qui deviennent des miracles issus de la Providence qui préside à la vraie lutte des classes. Il y a comme une certaine condescendance « radicale » et normative qui flotte comme un nuage de lait sur la « tasse de café apportée aux grévistes ».

  6. pepe
    27/05/2016 à 11:35 | #6

    OK. Reste que l’analyse globale doit aussi intégrer ses éléments agissant pour eux même.
    Même si on ne veut pas stigmatiser « nuitdeb », on est aussi en présence d’un mouvement d’une partie segmentée de la classe (les dites classes moyennes ), avec une tendance dure qui veut « rebondir », tirer, forcer vers l’insurrection, potentialiser, comme le font les gauchistes dans tous les mouvements et une tendance molle qui communique voire communie avec l’Etat, celle qui revendique, propose des formes de gestion alternatives, interpelle un Etat moribond et défaillant.
    Pour ce qui est de la couche « production », confrontée à l’illégitimité concrète des revendications (le discours est partout dans les médias, la loi la fonde), on a la CGT qui joue son va tout en essayant de montrer désespérement que la revendication (sa raison d’exister!) reste légitime, qu’elle en est encore le fer de lance et qu’elle est prête à prendre tous les risques (pour elle) dans une confrontation jusque là TRES maitrisée, garantissant par la batte de baseball et les garanties de non violence sur les sites  sa légitimité, son sérieux. Que la loi El Khomri soit retirée ou pas, elle a déjà gagné pas mal de part de marché pour les prochaines élections professionnelles.
    Et ça n’est pas faire insulte aux prolos, même vindicatifs, que de leur reconnaître que la CGT les représente encore en partie….même si ça et là, il y a la porosité naturelle entre le mouvement syndical et « les radicaux », sur l’asphalte.
    Pour brouiller encore un peu les choses, on a le discours de l’ennemi, coincé entre son souhait politique de récupérer un peu de dynamique des « nuitdeb » dans une période de marasme politique (on en est bien loin aujourd’hui) et son obligation de démonstration qu’il tiendra l’illégitimité, en maitrisant assez bien, là aussi, le niveau de violence.
    Tout cela pour dire que l’illégitimité de la revendication, si elle sert de toile de fond au mouvement, ne peut empêcher d’essayer d’y retrouver ses petits. OK avec Habib pour dire que l’on ne peut pas se tenir « hors du mouvement » mais je crois qu’on peut quand même se tenir, dans le mouvement, à distance raisonnable des « nuitdebs »….

  7. RS
    28/05/2016 à 10:16 | #7

    Réponse au commentaire de Robin

    « Nous avons à faire un travail de sape sur le fantasme que les revendications (retrait de la loi, semaine de 32h, revenu universel, Etat réellement au service du peuple…) pourrait être intégrées à la logique du système A-M-A’ » (Robin).

    Il est vrai que dans la situation mondiale actuelle du rapport d’exploitation de telles revendications et l’espoir de leur satisfaction apparaissent comme un pur « fantasme ». Encore que …

    La loi pourrait être « retirée », pour en faire passer le contenu différemment (on a vu une chose semblable avec le « Traite constitutionnel » en 2005)

    La semaine de 32h pourrait s’imposer dans une accentuation de la crise accompagnée d’un chômage et d’une précarisation encore plus massive et une croissance exponentielle des temps partiels imposés.

    Le revenu universel, ce sont Friedman et les Chicago boys qui, les premiers, ont théorisé et lancé la chose

    Pour « l’Etat au service du peuple », Dieu seul sait le contenu que l’avenir peut réserver à une telle formule, le passé pouvant nous faire craindre le pire.

    Cela dit, je suis réservé sur le « travail de sape ». Il faut savoir ce que l’on entend par là. L’opposition frontale serait, dans ce cas, une erreur pratique et théorique. C’est dans les failles, les limites, les contradictions d’une lutte et à plus forte raison quand il s’agit d’un mouvement général relativement informe que se constitue leur vérité, à moins que le mouvement soit totalement atteint de sclérose de par sa composition, de par son positionnement dans l’ensemble, ce qui est peut-être en train d’arriver aux « Nuits debout ». De toute façon, j’espère que ce que tu envisages ne se limite pas à ce dernier aspect du mouvement, bien que les « revendications » dont tu parles me fassent craindre le contraire et que tu ne te situes pas dans les connexions mais dans et vis-à-vis d’un seul de ses moments. Même dans ce cas, la façon correcte de prendre les choses serait de partir du principe : ce qui nous fait demander cela est précisément ce qui rend notre revendication impossible. Mais, dans ce cas, ce serait vouloir redresser les jambes aux chiens.
    Sinon : montrer un processus contradictoire et sa dynamique dans sa totalité en tenant compte du rôle particulier de chaque élément et non asséner la vérité car alors cette vérité est fausse. C’est vite fait de tomber dans la proclamation révolutionnaire, dans l’art de la phrase. Se garder également de fétichiser un mode d’action : le blocage n’est pas nécessairement (de façon isolée) le « dépassement de la revendication ». Ce dernier est une tendance possible dans ce mouvement, naissant de la coexistence et de la rencontre (même conflictuelle) de l’ensemble des pratiques.

    C’est là où seuls ceux qui sont directement impliqués peuvent agir, tant les failles et les contradictions sont le plus souvent très subtiles dans leur apparition et leur existence, c’est pour cela que le terme d’ « intervention » m’incommode encore. Le « tract/texte court » que tu évoques peut être intéressant à condition qu’il soit directement impliqué (embarqué) et finalement au ras des pâquerettes (ce qui est beaucoup plus difficile à faire que la « grande théorie »). Et à condition surtout qu’il ne soit pas une prise de position interne aux problématiques « Nuits debout » comme me le fait craindre ta volonté de réponse au « fantasme des revendications » telles que tu les listes.

    Je ne sais pas si c’est la première fois que j’écris un « il faut ». Mais dans les textes de TC sur la grève de 1995 (Journal d’un gréviste), celle de 2003, la lutte des chômeurs et précaires de 1998, le « mouvement d’action directe », la lutte anti-CPE, etc., et de façon générale dans les textes et le livre sur le démocratisme radical, on montrait toujours que toutes les activités n’étaient pas équivalentes, que certaines sclérosaient un mouvement dans ses limites et d’autres indiquaient et produisaient une dynamique, mettaient le doigt où ça fait mal.

    Il est vrai que quand on dit « il faut », il faudrait toujours mettre des garde-fous tant cette expression recèle de pièges. Le principal étant de séparer ce qui est indissolublement uni : conditions et activités (bien que nous vivions dans leur séparation). Leur séparation est la reconstruction du monde au travers de la question de La Pratique, du choix et de son inverse lié, le déterminisme. C’est-à-dire la reconstruction d’un monde objectif face à l’activité.

    RS

  8. RS
    28/05/2016 à 10:19 | #8

    Réponse au commentaire d’Habib

    Je crains d’avoir de profondes divergences avec le commentaire d’Habib. Une phrase peut résumer ces divergences : « (…) l’enjeu du mouvement est une sorte de dynamique révolutionnaire de nuit Debout ». Habib voit cette « sorte de dynamique » dans l’opposition qui existerait entre certains « traits dominants » (« indépendance par rapport aux organisations et syndicats, etc. ») allant « contre sa composition de classe (disons en gros couches moyennes) … », composition d’où découlerait « le citoyennisme, la démocratie vraie, … ».

    D’abord tout cela est très formel, l’essentiel est ce que l’on fait de cette « indépendance », de cette « méfiance ». Tous les révolutionnaires de l’auto-organisation avaient vu la même chose à la Puerta del Sol (vieux réflexe ultragauche tout à fait respectable mais qui ne nous dit plus grand-chose depuis les coordinations des années 1980). En revanche les mêmes éléments dans un mouvement piqueteros argentin ne signifiaient absolument pas la même chose.

    Ensuite, entre d’une part cette « indépendance », ce « rejet » et cette « méfiance » et, d’autre part, le « citoyennisme » et la « démocratie vraie », il existe plus qu’un étrange rapport de parenté. Le passage d’un côté à l’autre et voir là une opposition me paraît seulement manifester l’impasse formaliste se repliant sur elle-même de ce mouvement. Il n’ y a pas, à mon sens, de contradiction, à peine, et encore, une opposition gentille.

    C’est pour cela que je ne peux pas trouver pertinente la question posée : « si cette dynamique arrive à emporter le mouvement et créer une modification dans sa base sociale. » Que les discussions, les thèmes abordés, ne se limitent pas à cette opposition est une chose mais y voir une « sorte de dynamique révolutionnaire » me paraît en être une autre et, pour le moins, exagérément « optimiste ».

    Le problème réside dans le fait que dans tout ce commentaire les « Nuits debout » sont considérées isolément et que l’on cherche à l’intérieur de ce moment isolé une dynamique que de toute façon il ne peut pas avoir.

    Il me semble que les « Nuits debout » sont arrivées au terme d’une première phase de leur existence, qu’il y en ait une seconde n’est pas certain. La dynamique qui pourrait les transformer n’est pas une dynamique interne mais un effet du jeu de tous les éléments du mouvement actuel sur elles. Tous ces éléments « agissant pour eux-mêmes » (commentaire de Pepe) interagissent entre eux, c’est à ce niveau que du nouveau peut émerger. Si cet interaction peut impacter les « Nuits debout » c’est à partir de deux aspects que signalent Habib : « la convergence avec les autres luttes » ; « l’acceptation et la défense de la légitimité de la violence ». Je laisse de côté « la gratuité » dont on fait beaucoup de cas, mais quand elle n’est pas la récupération contre un ennemi (cf. les entrepôts frigorifiques en Argentine), elle n’est qu’une bluette de patronage. A condition aussi que la « convergence » sorte de son abstraction. Le « Nous ne revendiquons rien » des débuts (qui n’a pas été sans intérêt) devra passer par la revendication pour sortir de son grand n’importe quoi. Ce n’est pas évident quand on apprend dans les infos du jour que « l’Assemblée de discussion » portera sur « Comment séparer l’Etat du Medef ? ». On peut croire à une blague cégétiste.

  9. BL
    28/05/2016 à 10:38 | #9

    Il ne faudrait pas que le juste principe :  » Pas de diplomatie dans le parti » n’aboutisse à l ‘inverse c’est à dire à oblitérer ce que l’on sait de ce que pense le rédacteur même s’il ne le dit pas ici et maintenant par exemple:

     » Pour parler clair, c’est prendre les ouvriers pour des cons que de penser que les 3000 travailleurs portuaires du Havre défilent pour permettre à la CGT de « redorer son blason » et pour qu’ elle puise « partir gagnante pour les élections de 2017 ». Tous les ouvriers des manifs ne sont pas syndiqués et on ne voit pas pourquoi ils rouleraient pour les manigances de la CGT. La direction de la CGT peut avoir son propre agenda, mais l’idéologie de la manipulation a fait son temps »

    Il est évident que AC ne partage pas l’idéologie de la manipulation et qu’en fait il évoque  » l’agenda » dont parle RS

    Autre exemple de même inférence erronée :

    « Dans le commentaire d’AC, les grèves et les blocages dans leur ensemble, sous tous leurs aspects, deviennent « l’action propre des syndicats » et, dans la mesure où « le reste du mouvement reste largement classe moyenne », on peut en déduire que c’est même tout ce qui est action ouvrière qui est réduit à cette « action propre des syndicats »

    Il évident ici aussi que la déduction doit prendre en compte que l’auteur ne pense évidemment pas que l’action ouvrière se réduit l’ action
    propre des syndicats

    enfin : »Il y a comme une certaine condescendance « radicale » et normative qui flotte comme un nuage de lait sur la « tasse de café apportée aux grévistes ».

    Pour finir: Il faut dire que quand on assiste ne serait-ce qu’une fois à une discussion de nuit debout on ressent une : certaine condescendance « radicale » et normative qui flotte comme un nuage de lait sur la « tasse de café apportée aux grévistes ».

    ABL

    .

  10. salle des machines
    28/05/2016 à 13:58 | #10

    « se tenir à l’écart ou être dans l’écart de conduite »

    Samedi 28 mai : suivi de la mobilisation contre la loi Travail et son monde

    http://paris-luttes.info/samedi-28-mai-suivi-de-la-5839

    Aux alentours de 6h du matin, des salarié.e.s du gaz et de l’électricité, soutenus par la CGT, sont intervenus rue Louise Michel à la Courneuve pour prolonger la tarification nuit (heures creuses) à plus de 200 000 habitants des quartiers environnants. Une banderole contre les coupures d’énergie a été accrochée.

  11. Anonyme
    30/05/2016 à 18:46 | #11

    Le texte repose sur une analyse de classe des formes prise par le mouvement jusqu’à ces derniers temps, les rassemblements sur la places dits « Nuits debout » d’une part, les manifestations avec affrontements avec les forces de l’ordre, CRS gendarmes mobiles et BAC d’autre part. Les premiers sont analysés comme expression d’ « une classe » qui n’est pas nommée, mais dont on devine qu’il s’agit de la classe moyenne, les secondes au contraire comme expression du prolétariat.
    Tout repose sur cette opposition, qui du côté des Nuit debout, trouve sa confirmation dans l’analyse de la composition des participants exposée dans une tribune du Monde par des sociologues. Mais, du côté des manifestants qui affrontent vigoureusement la police (ceux qui sont stigmatisés du nom de « casseurs », et ceux qui les approuvent et font masse autour d’eux dans les affrontements) , c’est le même « public » : Il n’y a en réalité pas de différence de composition de classe entre les deux formes de lutte, ceux qui crient « tout le monde déteste la police », « police casses-toi, la rue elle est à nous » , « Paris debout, soulèves-toi » , ou « à bas le travail et sa police » , sont tout autant des représentants de « la classe qui se veut expression de l’universel », qui veut parler au nom des autres classes, pour l’ensemble des travailleurs » , contre les 1% de dominants, contre le pouvoir des banques, etc.. , qui se réfère aux Indignés d’Espagne et d’ailleurs ou aux Occupy américains : jeunesse scolarisée du second degré ou des facs, diplômés au chômage, travailleurs précaires du secteur tertiaire, intermittents du spectacle, « zadistes » qui continuent dans les manifs la lutte qu’ils menaient à Notre Dame des Landes ou à Sivens, « féministes radicales » rassemblées derrière la banderole « Les femmes c’est comme les pavés etc.. », etc .. L’analyse des sociologues dans le Monde pourrait s’appliquer telle quelle aux participants non syndicaux – les « non affilés » – des manifs, les un ou deux milliers de jeunes et moins jeunes qui se placent en tête de manif et débordent l’encadrement par le SO syndical et les cordons de police. Ils ont constaté qu’un tiers seulement des gens venus aux Nuits debout (il s’agit de celles de Paris, Place de la République) n’avaient pas pris part aux manifs : mais c’est contraire serait étonnant : tant que Nuit debout a été toléré par la police, on « passait » aux Nuits debout en badauds, des tas de gens, parisiens ou non, ont fait cela. Jean-François Martin, le jeune homme de 20 ans (interviewé dans Le Monde du 14 mai) qui s’est fait crever un œil par un tir de flash-ball à Rennes le 28 avril a d’ailleurs un profil qui pourrait être celui d’un activiste des Nuits debout, il est étudiant en licence de géographie, un peu comme Rémi Fraisse, le militant écolo tué par la gendarmerie à Sivens, titulaire d’un BTS Gestion et Protection de l’Environnement,
    Le site Lundimatin (dont l’idéologie renvoie visiblement aux théories de L’insurrection qui vient et du Comité Invisible, mais qui est très bien informé sur le mouvement), ne cherche pas à opposer les Nuit debout qui seraient réformistes-classe moyenne et les manifestations offensives qui seraient radicales-prolétariennes. Enfin, last but not least, on a les mêmes grands absents des deux côtés, Nuit debout ou manifs offensives : jeunes arabes et noirs des banlieues paupérisées (le 9.3 n’est pourtant pas loin), employés et ouvriers, qui apparaissaient certes dans les manifs mais sous les couleurs des sages cordons encadrés par les syndicats, avec leurs camions sonos, leurs ballons gonflables multicolores, leurs mots d’ordre strictement anti-loi El Khomry … et leurs SO à brassards et manches de pioche. A l’intérieur des manifs contre la loi El Khomry il y avait donc bien jusqu’à récemment une séparation, les « offensifs » restaient séparés des autres manifestants.
    Ok maintenant que les choses se sont durcies du côté syndical, la situation se transforme.

  12. salle des machines
    30/05/2016 à 19:40 | #12

    « les un ou deux milliers de jeunes et moins jeunes qui se placent en tête de manif ……
    les mêmes grands absents des deux côtés, Nuit debout ou manifs offensives : jeunes arabes et noirs des banlieues paupérisées (le 9.3 n’est pourtant pas loin), employés et ouvriers, qui apparaissaient certes dans les manifs mais sous les couleurs des sages cordons encadrés par les syndicats, avec leurs camions sonos, leurs ballons gonflables multicolores, leurs mots d’ordre strictement anti-loi El Khomry … »

    je réponds à l première affirmation ; non il n’y avait pas 1 ou 2 milliers de jeunes, mais au moins 10 000 personnes jeunes et moins jeunes dans le cortège parisien auquel j’ai participé.

    Oui tu as raison, les jeunes et les moins jeunes des banlieues paupérisées sont absents de ces manifs
    Quant à la composition sociologique des participants au manifs de tête, je ne leur ai pas demandé se qu’ils faisaient dans la vie, mais à lire les condamnations qui tombent, il n’y a pas que la fameuse « classe moyenne » ( c’est quoi au fait )

    Je te renvoi à mon commentaire « Prolétaires « enragés » du 21 mai dernier du texte « On m’a ordonné de perdre mais j’ai choisi de mordre »

  13. salle des machines
    31/05/2016 à 19:30 | #13

    Pour Paris et sa banlieue

    Appel à une manifestation suivie d’une AG inter-luttes jeudi 2 juin

    http://paris-luttes.info/appel-a-une-manifestation-suivie-d-5945

    Appel à former un cortège unitaire et à rejoindre la manifestation des cheminots jeudi 2 juin à 14h à Montparnasse. Ceci est également un appel à la coordination régionale IDF et à la tenue d’une AG de lutte qui se tiendra à la Bourse du travail à 18h30 après la manif (RDV bientôt confirmé ici).

  14. salle des machines
    05/06/2016 à 09:54 | #14

    trouvé sur libcom.org

    Two pieces from Roland Simon of Théorie Communiste on events in France:

    One from 3rd May: https://edicioneschafa.wordpress.com/2016/05/25/from-outbreaks-to-inbreaks-ad-nauseum/

    And a follow-up from 24th May:https://edicioneschafa.wordpress.com/2016/05/26/outbreaks-inbreaks-and-exhaustion-follow-up/

  15. Anonyme
    07/06/2016 à 09:49 | #15

    Réponse à « salle des machines » du 30 mai
    Nous ne parlons pas de la même manif. L’évaluation des effectifs et la « composition de classe », c’est pour celle du 17 mai, où j’étais, pas celle du 26 dont tu parles, où je n’étais pas. Je pense que de 2000 à 10 000, n’importe qui peut faire la différence…
    Pour les interpellations et les blessés dans les manifs, ce n’est pas probant, car on sait bien que ce ne sont pas nécessairement des participants offensifs, ou même des participants du tout : Romain D. qui est le blessé le plus grave depuis le début des affrontements (« maintenu dans un coma artificiel à l’hôpital», « il risque des séquelles neurologiques graves » suite à l’emploi de grenades de désencerclement à la manif du 26 mai) n’était pas venu manifester mais en journaliste, pour filmer avec sa caméra Gopro. ( voir le Monde du jeudi 2 juin 2016) . (C’était d’ailleurs un jeune cinéaste « qui avait créé avec ses amis sa société d’évènements (sic !)», fils d’un réalisateur, diplômé de l’école d’art dramatique Cours Florent, pas vraiment un prolo apparemment).
    Enfin bravo pour ton aveu au détour d’une phrase : « la fameuse « classe moyenne » ( c’est quoi au fait ? ) ». Mais si tu ne le sais pas, de quoi on parle ?

    Le Jeudi 2 juin, au défilé à l’appel des cheminots ( qui avaient déposé le parcours à la préf) il y avait essentiellement le même bloc d’un ou deux milliers de manifestants « offensifs » hors syndicats. Car des syndicats n’étaient venus que les gens de Sud, pas trace de la CGT ou de l’UNSA. Mais il n’y a pratiquement pas eu d’incidents car on n’avait aucun dispositif policier visible et au total l’effectif était réduit ( 3 – 4000 ?) . Mais c’était bien la même vision, avec notamment le très significatif et très ridicule slogan « Paris debout soulèves-toi ! » .
    Le soir a eu lieu une « interpro » à la Bourse centrale du travail, où des militants représentants des divers secteurs de lutte en Ile de France ( RATP Bus, RATP métro, EDF, Poste, employés municipaux de Saint-Denis, quelques étudiants représentant des comités de lutte, enseignants, travailleurs sociaux et médico-sociaux, etc..) sont venus faire un point à tour de rôle ( avec applaudissements à chaque fois), pendant environ 2 heures, se situant tous dans l’optique suivante : renforcer – radicaliser – relier les diverses luttes revendicatives sectorielles pour obtenir un rapport de force global permettant d’obtenir le retrait de la loi travail. Tout cela accompagné de critiques assez vives de l’inertie des appareil syndicaux et de doutes sur les véritables intentions de la direction de la CGT ( Martinez venait d’annoncer son recul sur l’article 2 de la loi). Un militant NPA est venu avec le même discours qui faisait consensus. On a même eu un étudiant pour proposer un renforcement du SO qu’ils avaient créé et demander que ça se fasse d’une façon paritaire ( ce qui n’a pas fait tiquer le moins du monde les 2 ou 300 participants à l’ »AG des luttes » présents).
    Résultat des courses, le RDV du 14 juin ( la grande manif « nationale » à l’appel des syndicats) étant trop éloigné, proposition retenue d’une mobilisation le 9 juin avec AG des luttes le même jour

  16. salle des machines
    20/06/2016 à 16:03 | #16

    Tous « nassé(e)s »

    La préfecture de police de Paris (PP) a indiqué au Monde, lundi 20 juin, qu’elle demandait « un rassemblement statique en lieu et place de l’itinéraire déclaré » par les syndicats qui appellent à manifester jeudi contre le projet de loi travail entre Bastille et Nation, alors que le gouvernement a menacé d’interdire les défilés après les violences du 14 juin. « Les organisateurs viennent d’en être avisés », a indiqué la PP.

    la préfecture de police ne dispose d’aucun délai pour interdire la manifestation.

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2016/06/20/loi-travail-apres-la-cgt-fo-maintient-l-appel-a-manifester_4953842_1656968.html#o5i1p32FPg1l52LY.99

    Les syndicats maintiennent leur demande de défiler jeudi à Paris
    Loi travail.
    Alors que la préfecture de police de Paris demande un «rassemblement statique» jeudi contre la loi travail plutôt qu’un défilé, les syndicats maintiennent leur demande de défiler à Paris entre la place de la Bastille et celle de la Nation.

    «Nous venons de faire savoir à la préfecture que nous maintenons notre demande de manifestation entre Bastille et Nation», a déclaré Pascal Joly, secrétaire général de la CGT Ile-de-France.
    http://www.liberation.fr/direct/element/_40314/