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« L’émeute prime », présentation par l’auteur

Joshua CLOVER présentera son livre lors d’une tournée en Europe. Les dates et les lieux ici :

vendredi 8 juin 2018

20H00 La Parole errante / café librairie Michèle Firk, 9, rue François Debergue, Montreuil

lundi 11 juin 2018

19H00 la Maison de la Grève, 37, rue Legraverend, Rennes

mercredi 13 juin 2018

Suivi de la projection de The Spook Who Sat by the Door

19H00 la librairie L’Hydre aux mille têtes, 96, rue Saint Savournin, Marseille

vendredi 15 juin 2018

18H30 la librairie Oraibi + Beckbooks, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève

samedi 16 juin 2018

Suivi de la projection de The Spook Who Sat by the Door

19H00 l’ERG, 87, rue du Page, Bruxelles

dimanche 17 juin 2018

Suivi de la projection de The Spook Who Sat by the Door

20H00 la Cafétéria Collective Kali, 32, rue Saint-Thomas, Liège

mercredi 20 juin 2018

Séminaire Conséquences — Rencontre avec Joshua Clover à l’occasion de la sortie de L’Émeute prime

Information sur le lieu à venir

 

19H00 Paris

  1. 29/05/2018 à 23:16 | #1

    il est assuré que la parole de Clover est faite pour errer entre plus d’un entre-deux dont il est paradigmatique en terme de classe, et ça plaira dans le milieu. La décision, de Senonevero/TC, de le traduire, et le choix du titre français sont des symptômes de l’entre-deux que traverse actuellement ‘Théorie Communiste’, comme par ailleurs la sortie concomitante du n°26, sur la question raciale dans celle du prolétariat ‘sujet révolutionnaire’, qui passait il y a peu encore pour évacuable à peu de frais théoriques

    preuve que ça bouge chez TC, sans renoncer (question d’équilibre interne et générationnel ?) à des compromis un rien opportunistes avec ce qu’on critique même. C’est pas nouveau, n’est-il pas, Roland ?

    allez, bon vent dans vos voiles, puisque vous préférez sortir couverts ;-)

  2. AS
    01/06/2018 à 05:40 | #2

    Avec une telle critique pour sûr qu’on vient de faire un grand pas dans la compréhension de la théorie révolutionnaire… c’est dommage que je sois en chaise roulante!

    Définitivement internet a réussi à ruiner les facultés à débattre sans se cracher dessus…

  3. 01/06/2018 à 10:02 | #3

    ici personne ne « crache » sur personne et ces critiques sont adressées à qui les comprend (il y en a ;-)

    ces remarques sont de l’ordre de l’évidence, pour qui compare les thèses de Clover et celles de TC, notamment sur ce qui définit le mode de PRODUCTION capitaliste : l’émeute prime en donnant le primat à la reproduction du capital dans la circulation. Ces points ont fait l’objet de débats et de textes diffusés par la revue Viewpoint en 2016 : The Crisis and the Rift: A Symposium on Joshua Clover’s Riot.Strike.Riot
    Viewpoint Magazine September 6, 2016 https://www.viewpointmag.com/2016/09/06/periodization-and-proletarian-self-activity-a-symposium-on-joshua-clovers-riot-strike-riot/

    bonne continuation dans LA compréhension de LA théorie révolutionnaire : celle qui ignorerait les autres ?

  4. AS
    01/06/2018 à 18:06 | #4

    Merci pour les références et désolé si je ne fait pas partie du cercle privilégié qui pouvait comprendre… Je ne suis probablement pas le seul!

  5. 01/06/2018 à 22:30 | #5

    il ne faut pas juger trop vite, ni désespérer des potentialités d’Internet, ni se décourager – c’est un travail, du temps et des efforts,

    TC l’a fait, moi aussi. La théorie, c’est comme ils disent un chantier permanent. On ne s’épargne pas les coups, mais au fond reste le respect entre les plus sérieux, parce qu’on n’avance que par la critique sans concession

    Senonevero a bien fait de traduire et publier Clover, ce qui ne m’empêche pas de considérer comme un sale con imbu ce copain à Coupat. Il m’a bloqué sur tweeter parce que je l’avais ramassé suite à son « Althusser, a Cop ! » (Althusser, un flic), à quoi j’avais répondu : « Si c’est le cas, Clover est un bouffon ! » Voilà, le mec, comme la plupart, adore balancer son génie dans les tuyaux, mais pour en placer une…

    bon vent, et grandes marées à toussétoutes, laissons les cages aux marécageux ;-)

  6. AS
    02/06/2018 à 04:42 | #6

    Bien d’accord pour ne pas juger trop vite… mais disons que c’est devenu une habitude sur internet de couper court aux discussions approfondies et respectueuses… Ça finit souvent dans une dynamique de qui cassera l’autre par une réplique cinglante!

    Ceci dit si tu as le temps j’aimerais bien que tu approfondisses ta critique sur le point du « primat de la reproduction » autant chez Clover que chez TC… cela m’intéresse et va m’aider dans ma lecture du prochain TC… surtout que je ne suis pas convaincu que les analyses de la reproduction sociale du capitalisme au travers la question de la race et du genre par TC en vienne vraiment à abandonner le fondement centrale de la production quant à l’abolition du capitalisme.

    Encore quelques efforts et j’en viendrai bien par comprendre le syndrome de l’entre-deux!

  7. 02/06/2018 à 10:58 | #7

    Clover distingue trois périodes du capitalisme, ce que dit le titre anglais « émeute-grève-émeute », l’émeute « s’attaquant à la circulation des marchandises […] la grève lui suc­cède, avec cette fois la sphère de la pro­duc­tion en ligne de mire » (quatrième de couverture)

    Entretien avec Période, 5 décembre 2016 http://revueperiode.net/4342-2/ :
    « Ma thèse est que le principal antagoniste du capitalisme naissant vient de l’espace de la circulation. Le capital est unité de la circulation et de la production : or l’antagoniste fondamental est interne au capital mais extérieur à la production – c’est l’époque des émeutes. Le développement de la révolution industrielle parviendra à intégrer cet antagoniste dans la production. Puis, avec la désindustrialisation des principaux pays industriels, celui-ci sera de nouveau extériorisé : il restera dans le capital tout en étant exclu de la production. C’est là que se trouve le lien entre les deux périodes des émeutes, « émeute » et « émeute’ ».
    […]
    Dans la périodisation que je propose, le début de la courbe de l’accumulation correspond à l’émeute, son moment ascendant correspond à la grève, puis quand la courbe décroît, on revient à l’émeute. »

    on ne trouve pas ça chez TC, pour qui « Dans le capitalisme restructuré, la reproduction de la force de travail a été l’objet d’une double déconnexion. D’une part déconnexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail, d’autre part, déconnexion entre la consommation et le salaire comme revenu. […] la relation réciproque de stricte équivalence entre production de masse et modalités de la reproduction de la force de travail, qui définissait le fordisme, a disparu »

    « La crise de la création monétaire, crise de la monnaie comme forme autonomisée de la valeur, n’est pas seulement une crise de la circulation, une crise des échanges, mais une crise de l’échange de marchandises en tant que ces marchandises sont capital, c’est-à-dire sont porteuses de plus-value, de temps de travail excédentaire. »
    (TC, Le moment actuel, 2010 http://sicjournal.org/le-moment-actuel/)

    il y a chez TC une dialectique d’articulation production-reproduction qu’on ne trouve pas chez Clover, ni la remise en cause par le prolétariat de son appartenance de classe comme une contrainte extérieure, appartenance de classe qui trouve son origine – et donc sa possible défaisance-, dans le moment de la production.

    que « TC n’abandonne pas le fondement central de la production… » c’est justement ce que je pense aussi ; je crois plutôt que tu m’as lu à l’envers. Le primat de la reproduction-circulation, il est chez Clover, pas chez TC.

    il y a un schématisme chez Clover comme chez tous ceux qui mettent en avant « l’ère des émeutes » qui laisse entendre qu’elle caractériserait un dernier cycle de luttes avant la révolution, sans parler de l’amalgame facile entre émeutes de la classe, actions de masse spontanées, et activisme peu ou prou violent qui assimile le genre Black bloc à des émeutiers. C’est pourquoi je disais « ça va plaire dans le milieu », parce que ça flatte leur identité révolutionnaire. Tout ça est bien sûr en lien avec l’idéologie des blocages (de la reproduction-circulation), controverse que l’on trouvait dans ‘Meeting’ à l’époque du CPE (2006)

    je dis « entre-deux » du point de vue de l’évolution théorique, particulièrement sur le rapport « classe-race », où les remarques de Clover sont intéressantes (c’est un Américain…), mais je me réserve de lire TC26 pour mesurer comment TC s’en est sorti, dans sa cohérence… Une bonne partie du problème tourne autour de la définition du prolétariat comme sujet révolutionnaire, et/ou la constitution en classe au-delà de ses frontières définies dans la production, justement (cf la question du sous-prolétariat, de la population excédentaire, des « expulsés » hors du champ de l’exploitation par le travail salarié)

  8. 02/06/2018 à 20:57 | #8

    sans vouloir monopoliser la visionneuse dndf, il y a un problème avec la périodisation « par les luttes » telle que la formule Clover, mais aussi TC. On l’a vu dans un ‘Communisation Meeting » quand il s’agissait d’articuler ses « cycles de luttes » avec les diverses conceptions marxistes des cycles économiques du capital

    rien ne colle vraiment, mais une chose est sûre, c’est l’implication réciproque entre concurrence inter-capitaliste et luttes de classes prolétariennes, avec l’établissement d’un compromis historique tel qu’en a trouvé le Welfare (État-providence) sur la base du keynésianisme, et peut-être tel que le cherche (à l’aveugle) le système capitaliste considéré dans sa globalité face à la perte de suprématie du capitalisme occidental (sans parler du « marxisme » de Xi Jinping repris pas Samir Amin…). La possibilité d’un nouveau compromis historique n’est pas à écarter, qui ne serait pas le produit de divergences politico-théoriques, mais du mouvement des contradictions du capital comme tout

    ce que je vois sortir, à plus ou moins long terme, de la période actuelle, est une restructuration au moins géo-économique du capitalisme mondial, un mouvement dans lequel il s’agit d’apprécier ce qu’on appelle la pensée et les luttes décoloniales

    c’est pourquoi je trouve prématuré de faire des plans sur la comète révolutionnaire dans un cycle de lutte dont on maîtriserait les tenants et aboutissants, d’autant que la Théorie de la communisation n’a pas fini de critiquer le programmatisme du prolétariat universel révolutionnaire, ce que TC avait reconnu concernant la contradiction de genre, et l’on n’est pas au bout de nos peines (cf le pb écologique)

    en résumé, les considérations à vertu théorique sur les émeutes me semblent un peu fumeuses dans ce contexte, et je pense que Clover s’écarte franchement des thèses marxiennes sur le Mode de production capitaliste, dans sa définition et son invariance (économie politique). La catégorie « émeutes » n’est pas concrètement fouillée dans la typologie du rapport formes-contenus, d’où la pente qui peut satisfaire les activistes, puisqu’ils trouveraient chez Clover la théorie adéquate à leurs activités, alors qu’ils l’ont perdue avec les théoriciens de la communisation. TC a certainement choisi de provoquer et assumer ce débat, je comprends ainsi le choix de cette publication

    il y a un entre-deux théorique comme un entre-deux historique que ne peut éclaicir qu’un fort soubresaut de la crise économique, voire la guerre qu’elle causera…

  9. Anonyme
    04/06/2018 à 05:22 | #9

    Je n’ai malheureusement pas encore le livre de Clover entre les mains et je ne puis donc pas commenter adéquatement sa thèse selon quoi le principal antagoniste du capitalisme vient de l’espace de la circulation… Ici le terme capitalisme « naissant » n’a que peu d’importance puisqu’après la parenthèse de « la révolution industrielle » nous en serions revenus à cet espace de la circulation comme l’antagoniste principal…

    Mais je peux quand même dire qu’une des caractéristiques fondamentales du mode de production capitaliste est la séparation de la force de travail des moyens de production et que cette séparation n’est réalisable à tout moment que par la dépendance absolue de la masse des travailleurs au marché… la survie des prolétaires passe par le marché et l’accès au marché passe par le travail… Le travail est la médiation qui relie la force de travail à la production et donne accès à l’espace du marché où circule les marchandises… L’espace de la circulation est un élément nécessaire et complémentaire au fait que la force de travail est séparée des moyens de production mais l’antagonisme ou plutôt la contradiction naît de la séparation des moyens de production pas de la dépendance au marché… À mon avis Clover inverse les priorités.

    Je vais rajouter que la période identifié à la grève chez Clover semble correspondre en partie à la période où le mouvement ouvrier était la médiation centrale de l’ensemble de l’activité prolétarienne et par conséquent absorbait chaque lutte et émeute dans sa propre représentation comme classe en lutte… En ramenant l’ensemble du proletariat au mouvement ouvrier organisé au travers ses syndicats et ses partis, les luttes prolétariennes de l’époque avaient à leur tour pour centre la grève et l’usine… il n’y a pas déplacement de l’antagonisme de la circulation vers la production mais médiation de la lutte de classe au travers l’encadrement et la reconnaissance du proletariat comme interlocuteur légitime face à la classe capitaliste… C’est au niveau du rapport de réciprocité (contradiction) des classes que se situe à mon avis le changement de paradigme favorable à la prédominance des grèves pendant cette période.

    Bon, étant donné qu’il me manque beaucoup trop de matière pour poursuivre mon analyse je vais humblement me contenter de ces quelques commentaires déjà fort présomptueux et désolé si mes formulations sont parfois boiteuses je fais de mon mieux!

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