EN PASSANT PAR LA CHRONIQUE 

EN PASSANT PAR LA CHRONIQUE
Ce sont des chroniques liées à dndf.org, blog Des nouvelles du front en relation avec les théories de la communisation. Mes intentions d’écriture sont explicitées dans la première chronique en bas. Des commentaires sont possibles et souhaités, avec modération préalable. Mes textes n’engagent que moi dans la mesure où pourraient s’y exprimer des désaccords avec les responsables de dndf qui m’ont fait l’amitié de les publier. Je les en remercie.

[Chronique numéro 1]

MON QUOTIDIEN EST THÉORIQUE

« L’époque ne demande plus seulement de répondre vaguement à la question « Que faire ? » II s’agit maintenant, si l’on veut rester dans le courant, de répondre, presque chaque semaine, à la question : « Que se passe-t-il ? » » Guy Debord, Lettre à Eduardo Rothe, 21 février 1974                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      En théorie, ces chroniques ne seront pas théoriques. En pratique un peu. Portant sur tout sauf n’importe quoi, elles tiendront leur unité d’une contrainte, soit partir d’une considération théorique soit y aboutir, ou les deux en boucle. Cette obligation sera leur fil rouge, fil d’un rapport avec la théorie donc, et parce que communiste rouge, invariance historique sans excès de connotation théorique.

« En passant par la chronique », ou chroniques passant par la théorie, Un passant étant le pseudo sous lequel je commente depuis quelques années dans le blog dndf, après avoir laissé aux souris songeuses celui de Patlotch, en 2022, année hérétique.

C’est un défi que je me lance sans trop savoir comment diantre j’y parviendrai. Je veux le faire parce que c’est un problème qui se pose à moi, et je veux croire à d’autres, de pouvoir faire le lien entre ma vie quotidienne, ma perception de « ce qui se passe, presque chaque semaine », et la théorie communiste, dans le sens où celle-ci est inséparablement analyse du mouvement présent du capitalisme comme mode de production et de sa reproduction comme lutte entre classes sociales, et, en même temps, projection téléologique sur la perspective de son dépassement historique, abolition révolutionnaire présupposée. (Voir La théorie dans sa nécessaire dimension idéologique en début du Propos d’étape de TC 28, https://dndf.org/theorie-communiste-n-28-est-sur-les-rotatives/).

Il est assurément plus facile de se laisser porter par ce qu’on retient et pense immédiatement, sans même y penser, de ce qu’on vit, de ce qu’on lit, de ce qu’on apprend par « les actualités » quel qu’en soit le support médiatique. Mais il ne suffit pas d’être « bien informé » sans fake news. Encore faut-il comprendre les faits reçus, supposés vrais, par un effort volontaire de la pensée, les comprendre dans les termes, ou du moins dans l’esprit, avec lesquels la théorie nous donne, par ses acquis comme par ses questions ouvertes, des clés d’interprétation et d’hypothèses à vérifier au fil du temps des événements. En d’autres termes, c’est tenter de penser les choses, même modestement car on ne l’est pas, « en théoricien », formule de Roland Simon pour distinguer une façon singulière de participer aux luttes, et sans doute de percevoir toutes choses de la vie quotidienne.

Pour ma part je chercherai ici des formes plus simples de reformulation, en situations diverses et variées, d’éléments d’analyse théorique à l’exposition complexe, rigueur oblige, en assumant le risque d’une certaine approximation si ce n’est d’erreurs de par les limites de l’exercice et les miennes propres. Mais des commentaires avisés seront toujours possibles…

Je veux le faire parce que d’un côté je ne peux pas, je ne sais plus, en rester à l’information brute, sans parler de sa présentation inévitablement idéologique même sous des formes critiques (notamment de gauche radicale, d’extrême ou d’ultra-gauche dinosauriennes), et de l’autre côté parce que je n’imagine pas que la théorie communiste, ce que j’en partage peu ou prou sans masquer mes désaccords, ne (me) serve à rien. La théorie n’est certes pas un guide pour la pratique des luttes du prolétariat, mais qui en est amateur individuel n’est pas interdit de s’en servir, et d’en user en l’agitant. Valeur d’usage, quand tu nous tiens…

Si le regretté Bernard Lyon, de Théorie Communiste, n’avait pas tort de considérer que nous étions un tantinet « schizophrènes », tenus de vivre normalement malgré notre « idéal », je veux croire possible sinon de vivre, du moins de penser selon mes convictions, et de les faire partager, ou non, en les rendant accessibles et pourquoi pas stimulantes pour d’éventuels échanges ici, ou ailleurs.

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Abbey Lincoln, Max Roach, 1960
Driva Man : Écrite par le batteur Max Roach et le poète Oscar Brown, cette chanson raconte l’histoire explicite de l’esclavage à travers ses paroles et son accompagnement. Le critique de jazz Nat Hentoff écrit dans ses notes pour l’album de 1960 ’We insist : Freedom now suite’… que le morceau « est une personnification du surveillant blanc à l’époque de l’esclavage, qui forçait souvent les femmes sous sa juridiction à avoir des relations sexuelles. » Il ajoute en notes une description de ces patrouilleurs par un ancien esclave qui dit que ce sont des hommes « qui vous attrapaient, vous épuisaient et vous renvoyaient à votre maître… La plupart de ces patrouilleurs étaient de pauvres Blancs… Pour gagner leur vie, ils se louaient à des propriétaires d’esclaves, parcouraient les routes la nuit et vous fouettaient s’ils vous attrapaient hors de leur plantation sans laissez-passer. »
  1. Un passant
    15/02/2026 à 14:43 | #1

    Merci pour cette première publication. Relevons que les soutiers de dndf restent fidèles à la tradition, d’origine léninienne, des « samedis et dimanches communistes”.
    https://www.persee.fr/doc/russe_1161-0557_2013_num_41_1_2595

    À propos de l’image d’illustration de la rubrique, il s’agit d’un transfert sur toile de 1993. Le texte transféré en boucle est la phrase de Lautréamont, « La poésie doit être faite par tous, non par un. »

    Dans ce contexte on peut y voir une métonymie de l’idée que ’la théorie est faite par tous, non par un’, à travers les luttes et leur auto-compréhension. L’œil communiste du théoricien, rouge par excellence, tente de percer les différentes couches du réel entre formes d’apparition jusqu’aux profondeurs structurelles du mouvement des rapports sociaux.

    C’est une époque où mon temps de travail était traversé de non-travail ’artistique’, avec l’usage immodéré de la photocopieuse du ministère aux différents agrandissements, transférés ensuite sur la toile par collage puis élimination du papier par frottement, ne restant que l’encre pris dans la trame.