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Maisons-cages à louer à Hongkong

‘anniversaire de la rétrocession de Hongkong à la Chine, le 1er juillet 1997, est devenu l’occasion officielle, depuis 2003, de manifester son mécontentement au gouvernement de la région administrative spéciale de Hongkong. Ce jour-là, Paul Pak, la cinquantaine, quitte la « cage » dans laquelle il vit à Tsim Sha Tsui et rejoint la marche qui traverse le centre de Hongkong, sous la bannière de l’ONG Soco, qui se bat inlassablement pour la cause des pauvres, des nouveaux migrants, des mal-logés. « Trop chaud, pas d’air conditionné, trop sale et trop cher. Beaucoup de puces et d’insectes qui vous mordent », résume-t-il à propos de son logement où, ajoute un autre : « Donald Tsang (le chef de l’exécutif hongkongais) ne tiendrait pas cinq minutes. »[print_link]

La pérennité des maisons-cages de Hongkong dans un territoire où le PNB par habitant est supérieur à celui de la Suisse reste, pour certains une énigme, pour d’autres un scandale…

L’entrée est sale et exiguë, comme dans tous les immeubles de ce quartier populaire. Vieille porte en ferraille, peinte et repeinte, cachée dans le mur décrépi, entre un chariot de vente ambulante de brochettes et un présentoir de DVD qui ont cannibalisé le trottoir. Le mur est tapissé de boîtes aux lettres métalliques déglinguées et de compteurs électriques camouflés par des années de poussière. Au-dessus de tout cela, quelques caractères chinois, peints en rouge à même le mur, proposent des « logements à louer » au septième étage. Sept étages donc, de marches usées, inégales. Au fond d’un long couloir, une salle-dortoir accueille une demi-douzaine de lits superposés, grillagés sur l’extérieur, avec une petite porte-fenêtre sur la « façade » du lit-maison. Le grillage protège contre le vol, et permet d’accrocher des cintres et des sacs plastique, autant de rangements pratiques et nécessaires quand on vit dans moins de deux mètres carrés…

Derrière un pan de tissu, Yau Kwei Neng se repose. En guise de présentation, il tend sa carte d’identité. Il est né le 19 décembre 1941, a quitté la Chine continentale pour travailler sur des chantiers à Hongkong jusqu’à ce qu’un cancer l’empêche de continuer. Il a finalement toujours vécu ici, sans jamais réunir assez d’argent pour faire venir sa femme et ses deux enfants, laissés à moins de cent kilomètres, mais qu’il n’a jamais revus. Rentrer en Chine ? Peut-être. « Quand (il sera) vieux. »

Chaque matin, à 5 heures, il descend dans la rue prendre un bol de thé et des raviolis vapeur. Il s’occupe lui-même de son dîner : il y a un réchaud sur la terrasse du toit. Et le défi quotidien, c’est ce long moment entre les raviolis vapeur du matin et le dîner du soir. L’allocation de 2 000 dollars de Hongkong (200 euros) par mois que donne le gouvernement aux personnes âgées ne lui permet pas de manger trois repas par jour, une fois payé son « loyer » (1 500 dollars de Hongkong, 150 euros).

A propos de ses conditions de vie humiliantes, qu’il a toujours crues provisoires, il affirme que la promiscuité qu’impose ce type de logement n’est « pas naturelle ». Il y a eu des disputes dans le passé. Un homme a failli se faire tuer. Mais, aujourd’hui, tout le monde est « ami ». L’état des toilettes (un trou dans une minuscule pièce sans lumière) n’est « pas bien », dit-il sobrement, en ajoutant s’y être « habitué ». Yau Kwei Neng s’occupe en recopiant des caractères chinois dont il a oublié la signification sur les pages d’un cahier, qu’il efface quand elles sont pleines. Le bruit de la rue ? Cela ne le dérange pas, il est un peu dur d’oreille. Son souci, hormis les puces, c’est qu’en 2008 le sac de riz est passé de 30 à 50 dollars.

Dans un lit du bas, catégorie la plus prisée, car on peut ranger ses affaires en dessous, un autre occupant brave l’obscurité du lieu en tentant de lire « de la philosophie et de l’histoire », à travers d’épaisses lunettes. Il voudrait en savoir plus sur le président français, qui l’intrigue. Arrive Wu So chiu, ancienne occupante, qui était la seule femme du dortoir et qui revient dîner ou faire une partie de cartes avec ses compagnons d’infortune. Elle a obtenu un logement plus décent à présent, mais elle s’ennuie parfois toute seule…

Les maisons-cages sont apparues dans les années 1950 comme mode de logement provisoire pour la main-d’oeuvre immigrée. Ho Hei Wah, le directeur de l’ONG Soco, a présenté un dossier aux Nations unies. Le Conseil économique et social des Nations unies (CESCR) a, à maintes reprises, estimé que « les maisons-cages sont un affront à la dignité humaine » et jugé « inacceptable l’inaction du gouvernement de Hongkong en dépit des ressources financières abondantes à sa disposition ».

La disparité des niveaux de vie s’aggrave d’année en année à Hongkong. Le rattachement à la Chine n’y a rien changé. Les acteurs sociaux s’accordent à dire que seul l’avènement d’une « vraie » démocratie pourrait s’attaquer à ce problème. Sous le mandat de Tung Chee Hwa, chef de l’exécutif de 1997 à 2005, une politique du logement claire s’était pourtant amorcée : 50 000 logements sociaux par an, entre 1997 et 2004. Mais ces initiatives sociales ont effrayé les Hongkongais propriétaires, dont la richesse principale est souvent leur logement.

C’est donc sous la pression populaire que le gouvernement a cessé d’aider les pauvres, pour éviter d’appauvrir les riches… « Beaucoup de gens pensent désormais inutile de faire la demande d’un logement social. Certains ont vu indiqué sur le reçu de leur dossier : « Vingt ans d’attente ». Alors à quoi bon ? », indique Ho.

D’après les chiffres officiels, il n’y aurait plus que trente maisons-cages dans Hongkong. Le gouvernement y contrôle le niveau d’hygiène et les précautions anti-incendie. Mais on joue sur les mots, car le gouvernement a défini les maisons-cages à partir de douze locataires par pièce, et les tenanciers ont vite compris les avantages de renoncer au douzième client. « Cette mesure a fait empirer la situation, car si un tenancier réduit son nombre de locataires comme le recommande le gouvernement, il n’est plus soumis aux contrôles associés aux maisons-cages », nous explique Soco.

Les occupants, ici, sont plutôt des « nouveaux migrants », arrivés de la Chine continentale depuis quelques années, et qui croient à leur tour à l’eldorado hongkongais. Officiellement, plus de 100 000 personnes sont ainsi « mal logées ».
Florence de ChangyArticle paru dans l’édition du 04.07.09

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