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Legré-Mante, une brève histoire d’usine

Il y a à Marseille une usine qui a été bâtie en 1784, et qui jusqu’à cette année, produisait de l’acide tartrique : la dernière du genre en France.

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Les ouvriers ont appris le 23 juillet que leur usine fermait :

Le tribunal de commerce de Marseille a prononcé hier la liquidation judiciaire de la société Legré-Mante. L’entreprise marseillaise était spécialisée dans la fabrication de l’acide tartrique utilisé par l’industrie viticole. Concurrencée par la production étrangère et mise en difficulté financière par la construction d’une station de traitement de ses effluents (2,5 millions d’euros), la société avait cessé ses paiements depuis le 6 juillet. Cette fin d’activité prive d’emploi 48 salariés. (24 juillet, la provence)

Ils ont ensuite tenté de réagir, par une occupation, qui s’est soldée le 13 par une expulsion :

Il a fallu deux compagnies de CRS pour déloger les salariés de Legré-Mante (groupe Margnat) qui occupaient leur usine depuis le 24 juillet. Vers 6h ce jeudi matin, une centaine d’hommes s’est déployé autour du site alors que l’usine, installé depuis plus de deux siècles à Marseille, étaient occupée par trois des 48 salariés, selon Martial Eymard, délégué CGT du personnel.

Peu après 07H00, les CRS ont évacué sans violence les trois salariés présents dans l’usine.

«Ils nous traitent comme des voyous»

«Ils (les CRS, ndlr) vont garder notre site à notre place pour le compte de la préfecture, qui ne nous a jamais répondu», s’est emporté Martial Eymard.«Ca me choque et ça m’énerve qu’ils (la préfecture et la direction de l’usine, ndlr) nous envoient la police, ils nous traitent comme des voyous», a-t-il ajouté.

Vers 07h30, une dizaine de salariés, déterminés à poursuivre leur mouvement de résistance, se sont rassemblés devant l’usine désormais gardée par les autorités, a ajouté le syndicaliste. (20 minutes, 13 aout)

Depuis lors, l’usine a été “dévastée” :

Ici, des sacs d’acide tartrique éventrés, là une armoire électrique défoncée, plus loin la gaine de ventilation du four de séchage écrasée, la laine de verre arrachée, certaines cuves perforées… Les installations de production de l’usine Legré-Mante à la Madrague de Montredon ont été visiblement vandalisées.

Selon les salariés, ces actes de destruction se sont produits entre le moment où ils ont été délogés par les CRS, le 13 août et hier, lorsqu’avec l’aide de plusieurs membres d’autres syndicats de la CGT, ils ont pu à nouveau pénétrer sur le site qui leur était depuis interdit et gardé par des vigiles. Le choc a été rude, l’émotion mêlée à la colère se lisait sur les visages à la veille de la visite de Jacques Lehré, p.-d.g. d’Orrion Chimie, éventuel repreneur de l’usine.

“Quand nous avons été évacués par les CRS, tout était en état de marche, aujourd’hui tout est saccagé, c’est fait pour décourager le repreneur et pour livrer ce site aux promoteurs”, dit Martial Eymard, porte-parole des salariés. Des habitants de la Madrague de Montredon faisaient état de bruits violents entendus certaines nuits. Marie-Françoise Palloix, élue communiste des 6e et 8e arr., a immédiatement adressé un courrier aux autorités (ministre de l’Industrie, préfet des Bouches-du-Rhône et maire de Marseille) pour demander “que toute la lumière soit faite sur ce sabotage”.

Le PCF est sur la même position. Les salariés décidés à rester sur place pour y accueillir, ce jour, Jacques Lehré qui doit visiter l’usine, ont fait constater les dégâts par un huissier. Un premier constat avait été fait le jour de l’évacuation policière, il devrait être en possession du mandataire judiciaire, lequel reste injoignable.(26 aout, la provence)

Mais l’espoir est permis, puisqu’un éventuel repreneur s’est montré :

Repreneur potentiel de l’usine Legré-Mante, Jacques Lehré, p.-d.g. d’Orrion Chimie, a effectué, hier, sa première visite du site sous la conduite des représentants des salariés. Avant cela, il avait rencontré la famille Margnat, propriétaire de l’usine de la Madrague de Montredon et des 17 hectares de terrain qui l’entourent afin de récupérer tous les dossiers concernant la situation de l’entreprise et les étudier de “très près”. Il déjeunait ensuite avec Marie-France Palloix, élue régionale, communautaire et municipale communiste et Francis Allouche, président de la commission développement de Marseille Provence Métropole.

À l’issue de cette visite, Jacques Lehré qui a pu constater l’état quelque peu négligé des lieux et les actes de vandalismes commis récemment s’est déclaré confiant. “La situation est difficile mais il n’y a pas de problèmes rédhibitoires et je n’ai pas vu des choses qui me feront partir en courant“.

Orrion Chimie est un groupe qui s’est spécialisé dans la reprise et le développement d’entreprises en difficulté. Comme son nom l’indique, il travaille dans la chimie et veut s’éloigner de plus en plus des produits dérivés du pétrole pour s’orienter vers la chimie naturelle. La production d’acide tartrique, qui est naturel et renouvelable, car issu du vin, intéresse fortement Jacques Lehré qui n’écarte pas d’autres possibilités de redressement et de développement “tout en travaillant en accord avec l’environnement et le parc naturel des calanques”.

Il se donne un mois pour faire une offre de reprise. La décision finale appartient au tribunal de commerce. Si elle est favorable, il faudra remettre les installations en état ; reconquérir des clients et, avec les salariés, faire tourner à nouveau les machines.

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