« Capitalisme, la domination masculine nécessaire »
Un texte qui arrive du Mexique, en traduction Deepl. Texte original à la suite.dndf
L’homme déconstruit
Ces dernières années, la figure de « l’homme allié » ou « l’homme déconstruit » est devenue courante. Il ne s’agit pas simplement d’hommes qui tentent de modifier les pratiques machistes — ce qui serait en soi souhaitable —, mais d’un phénomène plus spécifique : la constitution d’une identité masculine fondée sur l’autocritique du patriarcat. Cet homme ne se définit plus par l’autorité ou la virilité traditionnelle, mais par sa distance déclarée par rapport à celles-ci. Son identité se construit autour de la conscience, de la réflexivité et de la sensibilité politique.
Ce qui est intéressant, c’est que cette figure semble opérer dans un domaine ambigu. D’une part, elle répond à des transformations réelles dans la critique sociale contemporaine : la remise en question du patriarcat, la visibilité des violences structurelles, la critique des hiérarchies de genre. Mais, d’autre part, elle peut aussi devenir une forme particulière de capital moral masculin, c’est-à-dire une manière de reconfigurer la reconnaissance sociale de l’homme dans les espaces progressistes.
Le problème n’est pas que les hommes réfléchissent à leur position sociale. Le problème apparaît lorsque cette réflexion se cristallise en une identité politique qui cherche à obtenir une légitimation publique. À ce moment-là, la déconstruction risque de devenir une forme d’autoprésence morale : le sujet se distingue des autres hommes par des gestes symboliques, des discours d’autocritique ou des pratiques performatives destinées à souligner sa différence.
La critique développée par divers courants du féminisme noir est particulièrement éclairante à cet égard. Dans cette perspective, la question n’a jamais été simplement le comportement individuel des hommes, mais la structure du pouvoir qui détermine qui occupe le centre du discours politique. Tout au long de l’histoire des mouvements émancipateurs, les féministes noires ont souligné que même dans les espaces critiques, des dynamiques peuvent se reproduire où les hommes, même lorsqu’ils se déclarent alliés, continuent d’occuper des positions d’autorité interprétative ou de leadership symbolique.
En ce sens, la figure de l’allié peut reproduire un paradoxe : l’homme qui dénonce le patriarcat mais reste le sujet autorisé à en parler.
Ce problème devient encore plus complexe lorsqu’on y ajoute la critique féministe marxiste. Des autrices telles que Roswitha Scholz ont souligné que le patriarcat moderne ne peut être compris uniquement comme un système culturel de préjugés ou de normes de genre. Dans sa théorie de la scission de la valeur, Scholz soutient que le capitalisme lui-même s’est historiquement constitué à partir d’une division structurelle : la sphère de la valeur, le travail abstrait, la rationalité économique et la politique moderne ont été codifiés comme masculins, tandis que les activités liées à la reproduction, aux soins et à la vie quotidienne ont été scindées et attribuées au féminin.
Dans cette perspective, la masculinité moderne n’est pas simplement un ensemble de comportements sociaux, mais une position structurelle au sein de la forme sociale du capital.
Cela implique que la transformation des gestes individuels ou des identités subjectives, même si elle peut avoir des effets culturels importants, ne modifie pas nécessairement les structures profondes qui produisent ces hiérarchies. Un homme peut adopter une attitude réfléchie à l’égard du patriarcat tout en continuant à occuper une position privilégiée dans l’organisation sociale du travail, de la connaissance ou du pouvoir.
La critique féministe du travail a également souligné un point similaire. Des autrices telles que Kathi Weeks ont analysé comment la société capitaliste produit des sujets dont l’identité s’organise autour de l’éthique du travail, de la productivité et de l’autonomie individuelle. Historiquement, ce sujet a été construit comme masculin. Même lorsque les normes culturelles changent et que des modèles plus égalitaires entre les sexes sont promus, les structures qui soutiennent cette subjectivité — la centralité du travail salarié, la division sexuelle du travail, la subordination de la reproduction sociale — peuvent rester intactes.
C’est pourquoi de nombreuses transformations contemporaines de la masculinité semblent produire de nouvelles formes de subjectivité masculine progressiste sans nécessairement modifier les conditions matérielles qui soutiennent l’inégalité.
Dans ce contexte, certaines pratiques associées aux « nouvelles masculinités » acquièrent un caractère ambigu. Les gestes symboliques, les pédagogies émotionnelles ou les rituels d’autocritique peuvent contribuer à remettre en question les normes traditionnelles de genre, mais ils peuvent aussi devenir des scénarios d’affirmation morale masculine. La déconstruction cesse d’être un processus critique ouvert et se transforme en une identité reconnaissable dans certains espaces culturels.
Ainsi, la masculinité ne disparaît pas en tant que position centrale ; elle se reconfigure simplement sous une forme réflexive et progressiste.
Le risque de ce processus est que la critique du patriarcat finisse par être absorbée par la logique contemporaine des identités morales, où la reconnaissance sociale s’organise autour de l’affichage public de la conscience politique. Au lieu de remettre en question les structures qui produisent l’inégalité, la politique se déplace vers la gestion symbolique de l’identité individuelle.
Cela ne signifie pas que les transformations culturelles sont sans importance. Les normes sociales, les imaginaires de genre et les pratiques quotidiennes sont des dimensions réelles de la vie sociale. Mais la critique féministe la plus radicale a insisté sur le fait que le problème du patriarcat ne peut être réduit à une question de comportement individuel ou d’identité subjective.
Le patriarcat moderne est profondément imbriqué dans les formes sociales du capitalisme, dans l’organisation du travail, dans la division entre production et reproduction, dans la structure même de la valeur.
C’est pourquoi la question la plus dérangeante que l’on puisse poser à la figure de « l’homme allié » n’est peut-être pas de savoir s’il a changé ses gestes ou son langage, mais quelque chose de plus difficile :
s’il est prêt à remettre en question les structures sociales qui continuent de produire sa position privilégiée.
Et c’est une question à laquelle aucune identité morale ne peut répondre à elle seule.
Version originale:
En los últimos años se ha vuelto común la figura del “hombre aliado” o “hombre deconstruido”. No se trata simplemente de hombres que intentan modificar prácticas machistas —lo cual sería, en sí mismo, algo deseable—, sino de un fenómeno más específico: la constitución de una identidad masculina fundada en la autocrítica del patriarcado. Este hombre no se define ya por la autoridad o la virilidad tradicional, sino por su distancia declarada respecto de ellas. Su identidad se construye en torno a la conciencia, la reflexividad y la sensibilidad política.
Lo interesante es que esta figura parece operar en un terreno ambiguo. Por un lado, responde a transformaciones reales en la crítica social contemporánea: el cuestionamiento del patriarcado, la visibilización de las violencias estructurales, la crítica a las jerarquías de género. Pero, por otro lado, también puede convertirse en una forma peculiar de capital moral masculino, es decir, en una manera de reconfigurar el reconocimiento social del hombre dentro de espacios progresistas.
El problema no es que los hombres reflexionen sobre su posición social. El problema aparece cuando esa reflexión se cristaliza en una identidad política que busca legitimación pública. En ese momento, la deconstrucción corre el riesgo de convertirse en una forma de autopresentación moral: el sujeto que se distingue de otros hombres mediante gestos simbólicos, discursos de autocrítica o prácticas performativas destinadas a señalar su diferencia.
Aquí resulta particularmente iluminadora la crítica desarrollada por diversas corrientes del feminismo negro. Desde esta perspectiva, la cuestión nunca ha sido simplemente el comportamiento individual de los hombres, sino la estructura de poder que determina quién ocupa el centro del discurso político. A lo largo de la historia de los movimientos emancipatorios, las feministas negras han señalado que incluso en espacios críticos pueden reproducirse dinámicas donde los hombres, aun cuando se declaran aliados, continúan ocupando posiciones de autoridad interpretativa o liderazgo simbólico.
En ese sentido, la figura del aliado puede reproducir una paradoja: el hombre que denuncia el patriarcado pero sigue siendo el sujeto autorizado para hablar sobre él.
Este problema se vuelve aún más complejo cuando se incorpora la crítica feminista marxista. Autoras como Roswitha Scholz han señalado que el patriarcado moderno no puede entenderse únicamente como un sistema cultural de prejuicios o normas de género. En su teoría de la escisión del valor, Scholz sostiene que el capitalismo mismo se constituyó históricamente a partir de una división estructural: la esfera del valor, el trabajo abstracto, la racionalidad económica y la política moderna fueron codificadas como masculinas, mientras que las actividades ligadas a la reproducción, el cuidado y la vida cotidiana fueron escindidas y asignadas a lo femenino.
Desde esta perspectiva, la masculinidad moderna no es simplemente un conjunto de comportamientos sociales, sino una posición estructural dentro de la forma social del capital.
Esto implica que la transformación de gestos individuales o identidades subjetivas, aunque pueda tener efectos culturales importantes, no altera necesariamente las estructuras profundas que producen esas jerarquías. Un hombre puede adoptar una actitud reflexiva respecto del patriarcado y, sin embargo, seguir ocupando una posición privilegiada dentro de la organización social del trabajo, del conocimiento o del poder.
La crítica feminista al trabajo también ha señalado algo similar. Autoras como Kathi Weeks han analizado cómo la sociedad capitalista produce sujetos cuya identidad se organiza alrededor de la ética del trabajo, la productividad y la autonomía individual. Históricamente, este sujeto ha sido construido como masculino. Incluso cuando las normas culturales cambian y se promueven modelos más igualitarios de género, las estructuras que sostienen esa subjetividad —la centralidad del trabajo asalariado, la división sexual del trabajo, la subordinación de la reproducción social— pueden permanecer intactas.
Por eso muchas transformaciones contemporáneas en la masculinidad parecen producir nuevas formas de subjetividad masculina progresista sin necesariamente alterar las condiciones materiales que sostienen la desigualdad.
En este contexto, algunas prácticas asociadas a las “nuevas masculinidades” adquieren un carácter ambiguo. Gestos simbólicos, pedagogías emocionales o rituales de autocrítica pueden contribuir a cuestionar normas tradicionales de género, pero también pueden convertirse en escenarios de autoafirmación moral masculina. La deconstrucción deja de ser un proceso crítico abierto y se transforma en una identidad reconocible dentro de ciertos espacios culturales.
De esta manera, la masculinidad no desaparece como posición central; simplemente se reconfigura bajo una forma reflexiva y progresista.
El riesgo de este proceso es que la crítica al patriarcado termine absorbida por la lógica contemporánea de las identidades morales, donde el reconocimiento social se organiza alrededor de la exhibición pública de conciencia política. En lugar de cuestionar las estructuras que producen la desigualdad, la política se desplaza hacia la gestión simbólica de la identidad individual.
Esto no significa que las transformaciones culturales carezcan de importancia. Las normas sociales, los imaginarios de género y las prácticas cotidianas son dimensiones reales de la vida social. Pero la crítica feminista más radical ha insistido en que el problema del patriarcado no puede reducirse a un asunto de comportamiento individual o de identidad subjetiva.
El patriarcado moderno está profundamente imbricado con las formas sociales del capitalismo, con la organización del trabajo, con la división entre producción y reproducción, con la estructura misma del valor.
Por eso, quizás la pregunta más incómoda que puede dirigirse a la figura del “hombre aliado” no es si ha cambiado sus gestos o su lenguaje, sino algo más difícil:
si está dispuesto a cuestionar las estructuras sociales que siguen produciendo su posición privilegiada.
Y esa es una pregunta que ninguna identidad moral puede responder por sí sola.
