Camatte : « De l’organisation »
un texte de Jacques Camatte de 1972 ainsi que sa traduction en espagnole par une camarade de la page facebook « Spirit of Contradiction »
De l’organisation
http://revueinvariance.pagesperso-orange.fr/organisation.html
La lettre que nous publions ci-après (du 04.09.1969) permit la dissolution du groupe qui tendait à se former sur les positions exposées dans la revue Invariance ; elle ouvrit un débat -réflexion important qui s’est poursuivi depuis et dont nous avons extériorisé certains points d’arrivée dans Transition, in série I, n°8 de la même revue.
Si certains points soulevés par cette lettre ont été en partie traités, d’autres furent à peine effleurés. D’où la nécessité – étant donnée l’urgence de rompre de façon toujours plus nette avec le passé – de sa publication. Par là le lecteur pourra mieux se rendre compte de l’évolution du travail accompli et de ce qu’il reste à faire.
Étant un point de rupture (par là un point d’aboutissement) en même temps qu’un point de départ, cette lettre contenait un certain nombre d’imprécisions, germes d’erreurs possibles. Nous indiquerons en note la plus importante. D’autre part, vue l’impossibilité où nous étions d’indiquer « concrètement » le mode d’être des révolutionnaires, une fois rejetés la pratique du groupe, il y eut possibilité d’interprétation du refus groupusculaire comme un retour à un individualisme plus ou moins stirnérien. Comme si la seule garantie allait désormais être la subjectivité cultivée en chaque révolutionnaire ! Il n’en était rien. Il fallait avant tout rejeter la perception de la réalité sociale et la praxis qui lui était liée en tant que point de départ du processus de rackettisation. Si on se retirait donc totalement du mouvement groupusculaire, c’était simultanément pour pouvoir entrer en liaison avec d’autres révolutionnaires qui avaient fait d’ailleurs une rupture analogue à la nôtre. Nous avons essayé de mettre en évidence un phénomène de convergence. Maintenant il y a une production directe de révolutionnaires qui dépassent presque immédiatement le point où il nous fallut rompre avec la réalité ambientale. Il y a dès lors une « union » potentielle qui serait remise en cause si nous ne portions pas à bout jusqu’au plus profond de nos consciences individuelles la rupture avec la vision politique. L’essence de la politique étant fondamentalement représentation cela veut dire que les groupes cherchent toujours à mettre au point sur l’écran social leur image. Ils veulent toujours expliquer la façon dont ils se représentent afin d’être reconnus par certains comme l’avant-garde pour représenter les autres, la classe. Ceci se révèle dans le fameux « ce qui nous distingue » de divers groupuscules en quête de reconnaissance. Toute délimitation est limitation et ceci conduit souvent à réduire assez rapidement, comme un peau de chagrin, la délimitation à quelques slogans représentatifs pour le marketing rackettiste. Toute représentation politique est écran, donc obstacle à une fusion des forces. Elle peut se produire au niveau d’un groupe comme à celui d’un individu ; le repli sur ce dernier serait un renvoi du/au passé.
Camatte Jacques – 1972




















