Une photo

DeadlyFoe

« Every man who endorses his part in the domination of women, even the most modest part of it, is of the coming revolution a deadly foe. »

 

 

Tout homme qui assume sa part dans la domination des femmes, même la plus minime, est un ennemi mortel de la révolution à venir

Todo hombre que tome su parte, por minima que sea en la dominacion de las mujeres, es para la revolucion venidera un enemigo mortal.

Ogni uomo che fa la sua parte nella dominazione delle donne, anche la più minima, è un nemico mortale della rivoluzione a venire.

  1. 06/12/2013 à 02:56 | #1

    Syllogisme en passant

    1. Tout homme qui assume sa part dans la domination des femmes, même la plus minime, est un ennemi mortel de la révolution à venir
    2. Tous les hommes dominent toutes les femmes

    Conclusion : tous les hommes sont des ennemis mortels de la révolution à venir

    Remarque : ‘endorses’ pourrait se traduire par ‘approuve’, pour préserver les « poissons volants »

    Mais ces formules à l’emporte-pièce sont tellement discutables à l’infini, je me demande si elles font vraiment avancer le schmilblick…

  2. Betty « SCUM » Michel
    06/12/2013 à 11:14 | #2

    Vive les formules à l’emporte « service trois pièces »!!!!

  3. Valérie Satanas
    06/12/2013 à 11:28 | #3

    Tout à fait Betty, espérons que la révolution saura couper court à la question du phallus.
    Sinon il faudra émigrer, peut être aller sans hésiter de Castres à Sion.

  4. 06/12/2013 à 15:34 | #4

    Autrement dit, c’est pas gagné avec les prolétaires ‘hommes’ qui auront « des couilles » pour faire la révolution.

  5. 06/12/2013 à 18:11 | #5

    Censurer les citations d’expressions « machistes » dans la bouche des prolos, c’est pas mieux que le forum de Lutte Ouvrière virant le mot « Nègre » dans la bouche d’Aimé Césaire.

    J »endorse’ mes citations.

  6. Betty « SCUM » Michel
    06/12/2013 à 18:51 | #6

    Moi j’ai plutôt l’impression que c’est avec les théoriciens éclairés qu’on va avoir des problèmes, vu ce qui s’écrit au dessus!!!!

  7. Bernard lyon
    06/12/2013 à 19:09 | #7

    Depuis quand les prols sont mieux que les bourges? Et les théoriciens mieux que les prols?

    Il est clair que la contradiction Hommes/Femmes sera dépassée dans la communisation au travers d’un conflit « au sein du peuple ». La défense de la condition masculine sera la défense de la condition prolétarienne c’est dire une simple socialisation économique dans laquelle les femmes seraient « remises à leur place » comme femmes de prols s’autogérant.

    L’abolition des genres sera l’aboltion de l’économie l’abolition de la reproduction de la force de travail, de la chair à travail c’est dire de l’assignation à l’enfantement et de tout ce qui va avec . et ce sera essentiellement l’oeuvre des femmes s’abolissant comme telles et par là abolissant les hommes.

    Si c’est le prolétariat qui abolira le capital ce sera les femmes qui aboliront les genres et par là finalement aboliront vraiment le Capital.

  8. 06/12/2013 à 20:32 | #8

    Je partage essentiellement la mise au point de Bernard lion.

    Toujours est-il qu’on peut photographier des mots d’ordre sur les murs, seraient-ils ‘justes’… Je n’attends pas d’un mot d’ordre qu’il fasse dans la dentelle, mais je ne lis pas la question des classes (l’exploitation) dans la photo. Il n’y a personne dessous, moins que dans les manifs où l’on pouvait toujours supposer que ceux qui défilaient dessous ‘endorsaient’. Qu’est-ce qui en fait autre chose qu’un slogan théorique, activiste, si on veut ? On peut savoir d’où vient la photo ?

    Certes, ça fait pas de mal aux mâles, dans la pub ambiante, avec la place réservée aux femmes. Mais ça me rappelle les slogans muraux en URSS, en RDA, à Cuba… Vive les travailleuses libres du genre !?

  9. pepe
    07/12/2013 à 09:17 | #9

    « je ne lis pas la question des classes (l’exploitation) dans la photo. …..On peut savoir d’où vient la photo ? »
    Cette photo nous est parvenue en l’état, sans mention de provenance ni autre commentaire. La traduction est de dndf.
    Pour nous, ce slogan claque comme un avertissement A L’INTERIEUR de la classe.
    Il signifie que dans « la révolution à venir », il faudra TOUT lâcher, et pas seulement les vieux habits de prolétaire. De grè ou de force…..

  10. Lisbeth Salander
    07/12/2013 à 10:49 | #10

    FUCKIN’ GOOD!!!!!!!!

  11. adé
    07/12/2013 à 13:48 | #11

    En Espagnol, le slogan:

    Todo hombre que tome su parte, por minima que sea en la dominacion de las mujeres, es para la revolucion venidera un enemigo mortal.

  12. 07/12/2013 à 14:13 | #12

    « Pour nous, ce slogan claque comme un avertissement A L’INTERIEUR de la classe.»

    Est-ce « la révolution à venir » qui situe « l’intérieur de la classe », admettons. Je vous trouve bien optimistes, quant à l’appréciation d’un mot d’ordre anarcho-féministe radical.

    « SCUM » et « Valerie Satanas » renvoient au « SCUM Manifesto » de Valerie Solanas (1967), dont voici quelques extraits (par Wikipedia, désolé de cette référence) :

     » renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin »

    « Le mâle est un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital. Être homme c’est avoir quelque chose en moins, c’est avoir une sensibilité limitée. La virilité est une déficience organique, et les hommes sont des êtres affectivement infirmes. »

    « SCUM continuera à détruire, piller, saboter et tuer jusqu’à ce que le système basé sur l’argent et le travail se soit effondré et que l’automation soit instituée à tous les niveaux, ou jusqu’à ce qu’un nombre suffisant de femmes alliées à SCUM permette d’atteindre ces buts sans recourir à la violence. »
    Source http://fr.wikipedia.org/wiki/SCUM_Manifesto

    Le plus intéressant à mon avis est que se manifeste ici ou là une relation entre (théorie de) la communisation et (activités) féministes radicales, dont je mesure mal l’ampleur hors d’un milieu militant. Il ne s’agit pas pour autant de s’emballer, d’« aller vite en besogne », comme pour remplacer ce qui n’a pas marché avec SIC (cf Fin de partie http://www.theoriecommuniste.org/ ).

    Peut-on y voir une articulation entre genre et classes ? Voire. Une distinction n’est pas claire quant à la différence phallus/sexe, et paradoxalement, dans la définition de la catégorie ‘hommes » comme biologique ou sociale.

  13. 07/12/2013 à 15:28 | #13

    « Je vais les tuer tous…Tous, jusqu’au dernier. Et puis il faut aussi que j’apprenne à lire et compter, si je veux devenir une femme. [] Les femmes, toujours maltraitées, pondeuses d’esclaves, toujours les dernières…[] Faire en sorte que la fente maudite d’où sort le monde soit la dernière étouffante vision de leur nuisible existence [aux bourgeois]…» Hervé Le Corre, L’homme aux lèvres de Saphir, 2004.

    Le livre met en scène les milieux ouvriers et révolutionnaires parisiens, à la veille de la Commune. Ouvriers liés à l’Internationale, femmes dans le sillage de Louise Michel. Une intrigue où un criminel s’inspire de Maldoror, de Lautréamont, sur fond de Second Empire, de sa police et de barricades… Passionnant et instructif, comme tous les livres du camarade Le Corre.

  14. Bernard lyon
    07/12/2013 à 19:09 | #14

    C’est pourtant devenu un truisme que le genre n’est pas naturel mais est une construction sociale, c’est même entré dans les programmes scolaires!

    Le débat est : est- ce que le capitalisme traine la domination féminine comme un archaïsme qu’il pourrait dépasser Cf. Thatcher Merkel Royal & Ci° ou est-ce que le genre (c’est à dire la domination masculine) est inhèrent à l’exploitation y compris à l’exploitaion capitaliste.

    Solanas ignore le genre elle en accepte totalement la naturalisation qui est inséparable de sa construction sociale. En capitalisme les genres sont dans un rapport contradictoire , essentiellement indispensable à l’exploitation n’existant qu’avec celui des classes qui n’existe lui même que par celui des genres

    La critique du genre sa désignation comme construit ne l’abolit pas plus qu’elle n’abolit les classes

    Le féminisme est à dépasser tout comme le programmatisme il n’y aura pas plus d’affirmation des femmes que du prolétariat.
    Quand le féminisme en arrive à viser l’abolition des 2 genres il tend à son dépassement

    Solanas ne dépasse ni le fémisnisme en voulant la destruction des hommes ni le programme de libération du travail en voulant l’automation

  15. 07/12/2013 à 20:47 | #15

    C’est clair avec SCUM/Solanas, mais j’ai cité des textes de 1967, l’automation était à la mode y compris dans certains milieux marxistes, en gros le communisme, c’était « les conseils + l’automation », l’IS en était sauf erreur, on allait dépasser la supposée contradiction « Mode de production-Forces productives »…

    Je ne sais pas ce qu’endorse aujourd’hui ‘Betty SCUM Michel’. La nébuleuse féministe radicale est effervescente et ne met pas tous ses cachets dans le même verre. Perso je m’y noie. Je trouverais bien si quelqu’une pouvait nous faire un power-point ;-) sur l’état actuel de ces positions.

    Exemple symptomatique, un coup de gueule (féminin), des trucs intéressants et des confusions significatives https://www.facebook.com/pages/Contre-le-f%C3%A9minisme-radical-et-sexiste-ou-Gender-Feminism/382365078514489?id=382365078514489&sk=info

    « Contre le féminisme radical, sa « culture du viol », son « patriarcat » partout, sa paranoïa misandre, sa théorie du genre, son marxisme moisi. Pour la paix entre les sexes. Car « quand un sexe souffre, l’autre souffre aussi » (M. Mead)

    Description
    Le féminisme qui occupe actuellement l’espace public (Femen, Osez le Féminisme…) est un féminisme de type radical qui va chercher son inspiration dans ce que le féminisme américain et canadien ont produit de pire: la guerre de sexes.

    Sa rhétorique victimaire, obsédée par le « patriarcat », la « domination masculine », et la « culture du viol », veut faire croire à chaque femme occidentale qu’elle n’est qu’une pauvrette exploitée par les hommes et vivant dans la terreur d’être violée. Ce nouveau féminisme porte le puritanisme le plus réac (haro sur toute exposition du corps féminin, jusque dans l’art; haro sur la prostitution, même choisie et consentie, haro sur la sexualité – si elle n’est pas bien pensante et propre sur soi, comme par ex le dans le BDSM, et pire encore, haro sur le sexe hétérosexuel, car tout coït serait un viol).

    Ce féminisme est également inspiré par des idéologies ouvertement marxistes : on nous ressort la lutte des classes, appliquée à la lutte des sexes, et on invite le « classe des femmes » à se rebeller contre « la classe des hommes ». L’homme serait donc, de par son sexe, un exploitateur de type capitaliste et un violeur.

    Où sont passées les valeurs universalistes de la Déclaration des Droits de l’Homme, selon lesquelles nous naissons tous égaux ?

    Nous pensons qu’il est temps de dénoncer les dérives de ce féminisme anti-humaniste et haineux, et de rejeter cette lecture « patriarcale », idéologique et mensongère, du monde, de l’histoire et de la société.

    Cette page refuse la guerre des sexes, qu’elle provienne du féminisme radical comme du masculinisme. L’humour est toujours bienvenu, mais pas la haine de l’autre fondée sur son sexe. Les propos misogynes ne sont pas acceptés – car dénoncer le radicalisme féministe n’a rien à voir avec la misogynie – d’autant cette page est tenue par une femme !

    (Une femme qui n’a jamais été la victime d’un homme, contrairement aux pleureuses patentées du féminisme conquérant).»

  16. Gustave Courbet
    08/12/2013 à 09:38 | #16

    ORLAN – « L’origine de la guerre » – 1989 –
    Exposition MASCULIN – MASCULIN
    Musée d’Orsay

  17. 09/12/2013 à 15:51 | #17

    « Maybe one day, there will no longer be the need for special features on gender; a post Patriarchal Capitalist society will experience genuine diversity & humankind’s multidimensional difference will be what unifies us. Until then, I’m happy to grapple with the contradictions of gender & music in our time.[...] Maggie Nicols Gender & Music: ‘In Our Different Rhythms Together’
    > http://eartripmagazine.wordpress.com/articles/articles-issue-5/gender-music-maggie-nicols/

    Vidéos https://www.google.fr/webhp?hl=fr#hl=fr&q=maggie+nicols&tbm=vid

  18. 09/12/2013 à 16:11 | #18

    Bernard lyon :
    le genre (c’est à dire la domination masculine)

    Je pense qu’il faut faire attention à ce genre de raccourci. La construction historique et sociale des groupes « hommes » et « femmes » participe de la division du travail et d’autres activités. Elles ne se réduisent pas à la domination masculine. On peut sans doute affirmer qu’elles évoluent comme subsumées par le patriarcat, mais elles participent aussi de la lutte contre lui.

    Tordre le bâton en ce sens en reviendrait à nier tout ce que les femmes ont été, sont capables de faire, peut importe que ce soit en tant que telles ou sans assignation de genre, sans que cela soit soumis à la domination des mâles. Il y a une propension des femmes, de tous temps en tous lieux, à « s’auto-organiser » avant la lettre.

    Il apparaît que les femmes le font en tant que les « femmes » le font en tant que telles, alors que ce n’est pas toujours le cas des hommes.

    PS : Il est tout à fait lourd et pénible et insupportable à tous égards de discuter de ces questions en se voyant renvoyé soit la femme pondeuse dans la famille du mâle dominant, soit la figure Thatcher, ou grosso modo de la bourgeoise… C’est à croire que des femmes d’en bas qui se font respecter et qui sont respectées, ça n’existe pas. Je ne comprends pas que d’un côté on théorise dans la finesse dialectique, et que de l’autre on fonce dans la caricature.

  19. 09/12/2013 à 20:02 | #19

    Je reviens sur la définition du genre, en partant de l’idée qu’il est ce qui est différent entre les catégories « femmes » et hommes », mais n’est pas impliqué de nature par la différence biologique (sexe biologique). Donc un construit social et historique sur la base d’une différence biologique de nature. Le genre est la construction d’une différence sociale, et ~ dans le même temps d’une hiérarchisation sur la base de cette différence biologique et sexuelle.

    * sexe biologique qui n’est pas celui de la relation sexuelle, elle-même sociale et historique, mais pas nécessairement genrée.

    Dans la perspective communiste, le problème n’est pas, dans le genre, la DIFFÉRENCE mais la HIÉRARCHIE, la domination masculine et sa fonction de reproduction de la force de travail. À double titre, générationnelle (faire des enfants), et quotidienne (le travail domestique, soit du travail « féminin »). On souhaite abolir la hiérarchie. Qu’en est-il des différences ?

    [Remarque en passant : la reproduction du capital, aussi bien générationnelle (reproduire la population) que quotidienne (entretenir le prolétariat) n'engage pas que du travail féminin dans la sphère privée, mais toute une sphère de travaux salariés, à majorité féminine (voir).
    Il y a donc une distinction de temporalité, que j'évoquais ailleurs, liée à cette question de la reproduction de la force de travail en continue, mais sous deux formes, générationnelle et quotidienne.]

    Pour revenir à la perspective d’ABOLITION du GENRE, tout dépend ce qu’on met dedans. Si on le définit comme la domination masculine sans reste, oui. Si on admet l’existence de différences significatives entre hommes et femmes, qui se construisent en fonction de situations sociales sans relever pour autant d’une domination, qu’elle soit capitaliste ou masculine, non. La question n’est d’ailleurs pas de les admettre, mais, considérant qu’elles existent, depuis toujours et en tous lieux, de savoir si elles ne relèvent que du patriarcat, ou, dans le capitalisme, que de sa reproduction.

    En résumé, parler d’abolition du genre est problématique, selon la définition qu’on en donne. Si on ne définit le genre que dans et par rapport au capitalisme, une fois qu’on a intégré cette contradiction dans le capital (ce que fait TC) et réciproquement (ce que TC ne fait pas je pense), vouloir son abolition devient tautologique. Mais quel problème posent au communisme les différences de genre qui ne présupposent pas de hiérarchie entre hommes et femmes ?

  20. heron
    11/12/2013 à 13:17 | #20

    pourquoi avoir mis en lien la page facebook d’un site anti-féministe, masculiniste et différentialiste qui dénonce le « nouvel ordre moral » instauré par des féministes radicales, « victimistes et geignardes » qui sont « allées trop loin »…………………………..et qui n’a honte de rien quand il poste : « Sur le parallélisme Féminisme/Nazisme.
    Ou comment la pensée unique en vient à condamner la moitié de l’humanité, dans l’indifférence générale, sur la seule base de son sexe masculin. »

    et peux-tu préciser quelles différences entre femmes et hommes te tiennent tant à coeur ? tu as peur pour ton Y, timale ? ou tu penses vraiment que des crétins sans utérus espéreront toute une vie de voir leur ventre s’arrondir ?

    Merde quoi ! t’as beau enrober tout ça de définitions du genre et autres références plus « clean », tu te fais le relais d’une parole masculiniste qui nie et méprise les productions théoriques de femmes (qui ne resteront jamais que des corps différents ?).

    Je n’en finis pas d’être étonnée de lire ce genre de commentaires sur votre site…

  21. 12/12/2013 à 08:05 | #21

    La page facebook est ce qu’elle est, je ne soutiens pas ses positions. Je l’ai pointée pour les confusions qu’elle porte. Oui elle est anti-féminisme radical, et « différentialiste », mais pas « masculiniste ». (« Cette page refuse la guerre des sexes, qu’elle provienne du féminisme radical comme du masculinisme.»). Elle impute ce qu’elle critique à l’influence marxiste (« Ce féminisme est également inspiré par des idéologies ouvertement marxistes : on nous ressort la lutte des classes, appliquée à la lutte des sexes, et on invite le « classe des femmes » à se rebeller contre « la classe des hommes ».»). Que je sache, ni TC ni moi n’ »appliquons » la lutte des classes à la lutte des sexes, ce n’est pas notre modèle théorique (c’est Christine Delphy entre autres qui parle de «classe des femmes»). Oui, la lutte féminine a sa propre justification, imbriquée dans la lutte des classes, elles forment une unité. Savoir comment est l’enjeu de nos discussions. L’auteure de la page a du « marxisme » une très vague idée, qui n’est pas celle de TC ni la mienne….

    Ce n’est pas tant que « les différences entre femmes et hommes me tiennent à cœur », mais elles existent, et à la base elles sont ANATOMIQUES. Ce n’est pas les cas des prolétaires et des capitalistes. La classe capitaliste existe et s’est constituée historiquement par l’accumulation du capital, qui n’a rien de biologique, de naturelle; elle est sans fondement anatomique. Bref, il faut se garder d’une symétrie dans les deux contradictions, et je pense que certaines lectures de TC ne le font pas, parce qu’il y a un glissement de la formulation à la compréhension, dont certains de TC ont pris le risque, à moins qu’il ne s’agisse de désaccords internes.

    Dire par exemple « il n’y aura plus ni hommes ni femmes », comme l’avance TC, dépasse à mon avis ce que sa théorie a démontré, l’intrication du genre dans le capital. C’est un raccourci qui se comprend aisément dans les textes mais plus une fois qu’il en sort, dans des discussions de ce type, coupé de son contexte théorique interne. Il prête à l’incompréhension et à des interprétations qui n’ont de radicales que les mots. Quand il n’y aura plus ni capital ni prolétaires, il y aura encore des différences anatomiques entre hommes et femmes. De quoi pourront-elles être le fondement, dans « l’immédiateté sociale » ? nous n’en savons rien. S’il n’y a plus ni hommes ni femmes, c’est avec les guillemets qui signifient le genre en tant que domination masculine. Une fois qu’on a redéfini les mots dans un sens qui convient au raisonnement, on a le résultat attendu, sans preuve que la novlangue théorique qui élimine les différences anatomiques comme base de différences relationnelles, quelles qu’elles soient.

    Autre exemple, le pronostic de la disparition des sphères publiques et privées, mais là je n’ai pas suffisamment compris la chose pour m’avancer.

    [quote]Merde quoi ! t’as beau enrober tout ça de définitions du genre et autres références plus « clean », tu te fais le relais d’une parole masculiniste qui nie et méprise les productions théoriques de femmes (qui ne resteront jamais que des corps différents ?). [/quote]

    Où as-tu lu de telles choses ? J’ai écrit deux lignes de définitions où d’autres en produit des milliers, y compris des femmes théoriciennes… Je ne nie pas leurs « productions théoriques des femmes ». Elles n’ont pas besoin de moi pour être en désaccord. Rien qui me dérange de ce point de vue dans les textes de Silvia Federici http://dndf.org/?p=12839 ou de Maya Andrea Gonzales « La communisation,auto-abolition de la femme »
    http://ecologie-et-emancipation.over-blog.com/article-la-communisation-auto-abolition-de-la-femme-par-maya-andea-gonzalez-85841835.html

    Les femmes ont eu de tous temps, avant des « productions théoriques », des activités qui ne sont pas le produit d’une domination, mais d’une distinction qui ne ressort pas que de la division du travail, ce qui était possible tant que le travail ne déterminait pas entièrement toutes les activités humaines. Et précisément, je suis très loin de les « nier », de les tenir comme nulles et non avenues.

    Ce qui me gêne dans le raisonnement de TC, c’est le passage de la construction sociale du genre, qui n’est pas de nature mais fondée sur elle (sur l’anatomie), à la supposition que cette caractéristique ne produirait plus de différences sociales. Justement parce qu’en tant que matérialiste, je considère que « le corps » est déterminant. Je rejoins peut-être la critique de Kosmoprolet « La cause de tout ça c’est que la nature n’a aucune place dans la pensée de TC. Le travail n’est pas pris comme médiation entre Homme et nature, médiation qui prend toujours une forme sociale particulière, il n’est pris que comme rapport social » https://sites.google.com/site/theoriecommuniste/kosmoprolet
    Le non naturel dans la détermination sociale ne signifie pas que les contradictions sociales détruisent les déterminations naturelles, mais que celles-ci sont une base remodelée en permanence par les circonstances historiques, instrumentalisées par tel mode de production, tels intérêts de classes, ou de domination par la force, le pouvoir, l’idéologie…

    Oui les femmes et les hommes ont des corps différents, mais quand un père donne à un enfant qui en a envie une banane à manger, on ne dit pas qu’il le pénètre.

    *

    Pour l’heure, voici quelques remarques provisoires sur un point central, la REPRODUCTION.

    Si, avec la REPRODUCTION de la population et du capital, on a le point d’articulation entre exploitation capitaliste et domination masculine, la nécessité existe de l’intégrer aux deux luttes comme consubstantiel l’une de l’autre. Pas si simple pour la théorie communiste,si l’on en croit la remarque de Roland Simon dans le texte de réflexion « où en est-on dans la crise ?

    Plancher de verre de l’exploitation (on voit à travers) pour plancher de béton de la domination masculine (il est plutôt opaque), le centrage de la théorie communiste autour de Marx et de son point aveugle la confronte aujourd’hui à sa refondation, telle que TC l’a entreprise depuis quelques années, ce qui n’a pas échappé à quelques théoriciennes du « féminisme » radical (l’interpénétration est peut-être à mettre au bilan positif du bilinguisme de SIC). Mais parler de « théorie du genre » suppose le pluriel, car pour l’heure, on constate surtout un fourmillement d’études sur le genre dans des domaines séparés des sciences sociales (« Gender studies » plus que « Gender Theory »), et peu semblent, dans leur forme universitaire, au point d’intégrer le capital comme un problème essentiel des femmes en tant que telles.

    La reproduction du capital se pose dans une double temporalité, celle, dans le moment présent, de l’entretien du prolétariat mondial susceptible de maintenir le taux de profit global ; celle en projection à court et moyen terme, la population donc les évolutions démographiques, facteur déterminant dans la restructuration et la perspective de la paupérisation accélérée de régions habituées à être relativement épargnées.

    Le procès du capital, comme son nom l’indique, est un mouvement avec ses dynamiques déterminantes, dont la population exploitable dans des conditions satisfaisantes pour l’accumulation. Il fonctionne dans une polyrythmie du jour au lendemain, d’un année, d’une décennie et plus, à l’autre. La stratégie capitaliste n’est pas aveugle mais pragmatique, et elle intègre, via les états, la politique nataliste et migratoire, correspondant à ses besoins. Peut-on, dans la lutte de classe et de genre, lui opposer une théorie globale adéquate et une stratégie de luttes conséquente ?

    La refondation en cours de la théorie communiste peut-elle éviter d’approfondir l’articulation de quatre éléments en deux contradictions et quatre éléments (hommes/femmes, prolétariat/capital) ?

    La question de la reproduction se posant en continue mais à plusieurs rythmes simultanés et décalés, n’y-a t-il pas intérêt à considérer autrement l’articulation de l’activité du prolétariat directement productif (de plus-value) et celles des salariés travaillant à la reproduction, dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des « services sociaux » ? « Sans toi aucun rouage ne tourne » concerne les salariés au-delà de la production de plus-value pour s’étendre à tout ceux qui participe de la reproduction du capital et de la population (prolétarienne).

    Il existe des luttes de femmes explicitement liées à la lutte de classes (des ouvrières en grève), des grèves de secteurs où il n’y a que des hommes (dockers, raffineries?), mais il existe des luttes de femmes en tant que telles, et qui portent par nature du problème dans la sphère privée sur la relation inter-individuelle entre un homme et une femme, que ce soit au travail, dans la famille, la relation sexuelle, etc.

    Il est plus aisé de rendre compte massivement et d’analyser prioritairement ce qui se passe dans la sphère publique, le monde du travail ou de la politique, de la manifestation, dans tous les sens du terme.

    On peut effectivement souhaiter, avec …, est la nécessité du développement d’un « féminisme » autonome et d’une attention à ce qui se passe au sein des luttes de ce point de vue, comme dans l’élaboration de la théorie des abolitions.

    Le terme de reproduction me paraît central, parce qu’il ouvre à la possibilité d’avoir en tête, chaque fois qu’on l’utilise, les deux versants de la lutte et leur lien consubstantiel.

  22. 12/12/2013 à 09:21 | #22

    La distinction entre « différences » et « hiérarchisation, que j’ai faite #19, je l’ai en tête de longtemps, mais je l’ai reprise ici sans le dire de Silvia Federici, « théoricienne féministe » d’un grand intérêt pour la refondation de la théorie communiste. Voir cette interview de juillet 2013 http://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Silvia-Federici-La . Si je suis « masculiniste », elle aussi. Voici un extrait :

    Q : Pour revenir à ton livre, tu affirmes qu’au Moyen Âge la division du travail n’impliquait pas nécessairement l’oppression des femmes…

    R : Dans de nombreuses sociétés, avant les processus de colonisation, les hommes et les femmes avaient des tâches différentes, il existait donc une division des tâches. De fait, dans de nombreuses sociétés, par exemple au Nigeria, les hommes et les femmes travaillaient dans l’agriculture et chacun plantait des choses différentes et s’organisait de manière différente pour ce faire. Dans certains cas même, les hommes et les femmes utilisaient des mots qui leur étaient propres. En conséquence, les femmes ne dépendaient pas des hommes, elles avaient accès à leurs propres récoltes et les utilisaient pour leur autosubsistance si cela était nécessaire.

    Ainsi, le fait de réaliser des tâches différentes n’implique pas automatiquement des degrés de pouvoir différents. La question est : quelles valeurs sont associées à ces différences ? Nous avons eu beaucoup de débats dans le mouvement féministe sur le type de société que nous voulions. Souhaitons-nous une société où l’on n’utilise plus les catégories d’homme ou de femme ? Ou voulons-nous une société où existerait encore d’une certaine manière, non pas une spécialisation, mais bien une différenciation puisque les femmes ont la capacité d’avoir des enfants ? Selon moi, les différences ne sont pas un problème, le problème c’est leur hiérarchisation. Cette dernière fait que les différences deviennent une source de discrimination, de dévaluation et de subordination. Il n’est pas nécessaire de construire une société où il n’y aurait pas de différences, nous pourrions peut-être même dire que certains différences sont bonnes.»

  23. Stive
    12/12/2013 à 12:41 | #23

    Je livre à votre réflexion cette interview parue dans Le Soir. La seule distinction apparente semble être fondée sur le physiologique, la force masculine pour la guerre (et la politique), comme moyen de reproduction (pillage et esclavage) n’entraînant aucune distinction hiérarchique du genre telle que nous la connaissons dans le MCP, distinction homme/femme (la contradiction) nécessaire à la reproduction de la force de travail. De ce point de vue, la distinction de genre n’est-elle pas définitoire, avec l’exploitation de la force de travail, du MCP ?
    Avec la conviction que tous nos comportements sont socialement construits.

    S

    «Une autre planète.» Une terre étrange où, en matière de sexe, tout existe, mais où la sexualité n’existe pas: ni en tant que notion, ni en tant que composante de l’identité (hétéro, bi, homo, quèsaco?). Telle est la Rome antique que révèle Florence Dupont, latiniste, professeure à l’Université Paris-VII Diderot, auteure d’une vingtaine d’ouvrages aussi ébouriffants qu’érudits*. Entretien à l’occasion de sa conférence publique aux fortes résonances avec l’actualité: «L’homosexualité, entre anciens et modernes: problèmes d’interprétation».

    Le mâle romain n’est pas rendu viril par ses exploits sexuels. Au contraire…

    Florence Dupont: « Il existe à Rome différentes façons d’être un homme. Ceux qui s’adonnent aux plaisirs (quels qu’ils soient – les Romains ne font pas la distinction entre érotisme et nourriture), on va les appelermollis («mou»). Ils font partie de la noblesse, ils ne font pas beaucoup de politique, ils ne font pas la guerre, ils s’adonnent à la philosophie, aux arts… Qu’ils aient une vie sexuelle ou pas, dans les deux cas, ils serontmollis. Ceux d’entre eux qui ont une activité sexuelle peuvent s’intéresser aux femmes, aux hommes, aux garçons, tout le monde s’en fiche. On considère simplement que trop, c’est trop. Si un homme est très actif sexuellement, c’est par gourmandise, parce qu’il est vorace. Ceci fait de lui quelqu’un de peu viril. A l’inverse, celui qui mène une vie austère, toute dans l’effort, dans la guerre, dans la politique, sera appelé durus(«dur») et considéré comme hyperviril. Mais là aussi, trop, c’est trop: si on n’est que «dur», on devient un rustaud, une brute… Il y a un équilibre à chercher, chacun doit trouver le sien. La société vous observe, elle trouve que vous vous en tirez bien, ou pas. Il y a un jugement moral, mais pas de normes. »

    Pas de lois en matière de sexe?

    « Il y en a une: une famille peut porter plainte contre un homme pourstuprum. C’est un terme qui peut recouper beaucoup de choses: avoir séduit une femme mariée, ou le fils du voisin… Ou encore, dans le cas d’un officier, abuser de son autorité pour faire venir un jeune soldat sous sa tente. On ne fait pas de distinction entre viol et séduction. Dans les deux cas, une personne qui a de l’autorité intervient sur quelqu’un de physiquement ou psychologiquement plus faible, qui ne pourra pas résister à la séduction, ou à la force. On ne différencie pas le type qui se jette sur une femme mariée de celui qui vient vers elle avec un beau cadeau. »

    Qu’on soit «mollis» ou «durus», peu importe le sexe de l’autre…

    « Le genre du partenaire n’intéresse personne. Et la distinction entre être «actif» et «passif» dans l’acte sexuel n’existe pas. Il n’y a même pas de termes latins pour l’indiquer… On peut dire que l’érotisme romain n’est pas sexué, il n’y a pas de comportement «féminin» ou «masculin», tout est possible. Le corps d’un bel homme est considéré comme tout aussi attirant que celui d’une belle femme aux yeux des hommes comme aux yeux des femmes: c’est pareil. Si un orateur se dénude le bras en parlant et que son bras est beau, le geste est perçu comme choquant, érotisé. Pour nous, tout ceci est très étonnant. Ce qui montre à quel point le sexuel est culturel. »

    Rome se méfie de l’amour…

    « Le grand problème, c’est de ne pas devenir esclave. L’amour est considéré comme dangereux, car on devient dépendant, il peut vous asservir. Pompée était trop amoureux de sa femme, il revenait la voir en cachette alors qu’il était en guerre; une nuit, on le reconnaît – et tout le monde rigole de lui. On craint aussi que la personne aimée puisse avoir la main sur vous. C’est tout le problème des maîtresses et des amants. Les dames de la bonne société avaient pas mal d’amants et elles pouvaient les utiliser pour faire la promotion de leur mari au Sénat. Inversement, l’amant pouvait utiliser la femme pour sa promotion sociale… Cicéron accuse Marc Antoine d’avoir eu, à 20 ans, une passion pour un homme qui s’appelait Curion: ce n’est pas bien, cela brouille les cartes politiques, les relations sont menacées. L’amour entre deux jeunes hommes libres n’est pas anormal, ça peut arriver. »

    Ce modèle fonctionnerait-il sans l’existence des esclaves, sexuellement corvéables?

    « L’avantage des esclaves, c’est qu’il n’y a pas besoin de leur faire la cour. On ne risque pas de tomber amoureux. Il est plus «amollissant» d’être amoureux d’une personne libre, car cela prend du temps, de l’énergie. L’esclave vient dans votre chambre, puis c’est fini. »

    Comment vivent les femmes?

    « Elles n’ont pas de droits politiques. Elles ne font pas la guerre. Elles ont une fonction religieuse: certains cultes ne sont pas possibles sans elles; sans vestales, pas de Rome possible… Elles font des enfants, mais ce n’est pas obligatoire: on peut les adopter. Lorsque l’homme est déficient, ou qu’il n’est pas là, son épouse peut assumer sa fonction: on a même vu des femmes parler au Sénat. La notion d’une nature féminine différente, séparée, n’existe pas; de ce point de vue, si vous voulez, on peut parler d’égalité. Mais les femmes ont une fonction spécifique. On n’est pas dans l’indifférenciation des genres. Les femmes sont par ailleurs présentes dans l’espace public et dans l’économie. Elles gèrent parfois de grosses entreprises commerciales. Cicéron est riche car sa femme s’occupe d’affaires immobilières, par ailleurs douteuses… Les femmes exercent leur influence. On a retrouvé des graffitis politiques: «Moi, Mme Unetelle, marchande d’étoffes bien connue, vous dis: soutenez tel magistrat municipal»… Les Romaines voyagent et sont présentes aux banquets. Elles passent beaucoup de temps entre elles (on est dans une société homosociale), mais elles ne sont pas du tout enfermées. Quand elles sortent, elles mettent un voile sur la tête, car les cheveux sont considérés comme extrêmement séducteurs. Un voile léger, comme on en voit en Iran aujourd’hui, qui couvre vaguement. »

    Faisons un saut de deux mille ans. Vous vous êtes exprimée en faveur du mariage pour tous.

    « Je ne m’étais jamais bougée sur ce genre de sujet. Puis il y a eu cette affaire. On a vu la France en pleine régression et le mutisme des intellectuels m’a énervée. Le Monde m’a proposé une tribune et j’ai fait un texte, «Papa bleu, maman rose», à la façon de Roland Barthes, en décrivant le logo de la «Manif pour tous»… Cette campagne a créé des ruptures. J’ai croisé dans la rue mon ophtalmologue qui allait à une manif anti-mariage gay avec une écharpe rose – et j’ai changé d’ophtalmo… Mais ce que j’ai à dire sur l’«homosexualité antique» ne fait plaisir à personne. Car je dis que cette formule n’a pas de sens. La notion de sexualité est récente, elle date du XIXe siècle. Certains me disent: «II ne faut pas dire ça, ou alors seulement entre nous…» De la même manière, il fallait s’abstenir de relever que les communistes avaient des goulags, car cela désespérait les ouvriers de Renault… Je ne suis pas d’accord. »

    Que diriez-vous, en prenant appui sur votre savoir, aux homosexuels qui militent pour leurs droits?

    « Qu’ils n’ont de comptes à rendre à personne. Ils n’ont pas à dire: je suis ceci ou cela. C’est dans cette direction-là qu’il faudrait aller, vers une indifférence. Plutôt cela que: «Homosexuels de tous les temps, unissez-vous»… Il est fondamental que dans la loi il n’existe plus aucune discrimination pour des raisons sexuelles. Mais ce n’est pas pour autant que les homosexuels sont obligés d’entrer dans une catégorisation.

    L’essentialisation de la sexualité pose un gros problème dans la lutte contre l’homophobie dans le Maghreb, comme l’a montré une étude de Gianfranco Rebucini. On introduit des catégories dans des sociétés qui ne cherchaient pas à savoir ce genre de choses. Avant, il n’y avait pas de loi sur l’homosexualité, personne n’en parlait, tout le monde s’amusait dans les coins. Maintenant, on se définit, l’homosexualité est un vice, des gens qui vivaient leurs histoires tranquilles sont soupçonnés… et du coup les Maghrébins deviennent des hétéros purs et durs, ce qui me fait bien rigoler. On arrive même à poursuivre des femmes pour homosexualité, alors que, partout en Afrique, elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient entre copines. Il y a des choses qui font du sens en Europe ou aux Etats-Unis (c’est le modèle du système de revendication de la communauté noire américaine), mais qui ne s’exportent pas. Les gay studies ont eu tendance à essentialiser la sexualité. La notion d’hétérosexualité a été inventée après l’homosexualité… Tout cela n’est qu’une construction datée dans le temps. Qui pourrait très bien disparaître.»

  24. 12/12/2013 à 15:53 | #24

    Autrement dit on avait à Rome, selon Florence Dupont, une différenciation entre hommes et femmes, mais elle n’était pas fondée sur la sexualité de plaisir, et n’impliquait pas de hiérarchie, si l’on admet qu’il n’y en avait pas entre la politique et la religion ou l’économie (le commerce).

    Pas de différences hiérarchisées fondées sur la sexualité, mais quand même des « fonctions spécifiques » selon qu’on est homme ou femme. Sur quoi était établie cette différence sinon sur l’anatomie, et le fait de « faire des enfants » ou non ? À Rome, « on n’est pas dans l’indifférenciation des genres ». Certes on n’est pas obligé d’appeler ça une distinction de genre, mais faut-il inventer un autre mot pour chaque situation de l’histoire montrant des différences spécifiques et plus ou moins de domination masculine ?

    Alors oui, on peut considérer « la distinction de genre » comme « définitoire, avec l’exploitation de la force de travail, du MCP », mais dans ce cas, ne tend-on pas au raisonnement circulaire, à la tautologie, avec la seule satisfaction d’avoir mieux défini le capitalisme et son genre ?

    Je suis bien d’accord sur ce point théorique : le capital remodèle les dominations des modes de production antérieurs au point que sortir du tout exige son abolition et celle de la domination masculine. Mais pourquoi écarter la possibilité qu’il existe des différences entre hommes et femmes qui ne relèveraient ni de l’un ni de l’autre ?

    Par ailleurs, sait-on ce qui se passait entre femmes et hommes esclaves ? Quoi qu’il en soit, les unes et les autres faisaient le plaisir entre autre sexuel des femmes et hommes « libres » dans ce monde où la sexualité n’était pas « essentialisée ». Il y avait bel et bien une hiérarchie. Si elle ne tenait pas au sexe, c’est pourtant l’esclavage des uns et des unes qui permettait la « liberté » y compris sexuelle des autres. Tous les individus libres s’appropriaient tous les individus esclave-e-s.

  25. Zdravka
    12/12/2013 à 17:10 | #25

    Un peu de modération de commentaire ne ferait vraiment pas de mal… « Je pense qu’il faut faire attention à ce genre de raccourci. » : sans déconner… Juste barre toi.

  26. pepe
    12/12/2013 à 18:32 | #26

    Merci pour les commentaires et laissez nous faire la modération comme nous l’entendons.
    Lâchez nous un peu avec tel ou tel propos qu’il faudrait censurer.
    « Ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres », comme dirait un vieux macho libertaire.

  27. 12/12/2013 à 19:24 | #27

    Je me suis expliqué. Pour moi, il existe quelque chose entre le genre défini strictement comme la domination masculine et l’essentialisation de la distinction femmes/hommes. Et il existe aussi des ‘féministes’ radicales pour qui les différences ne seraient pas mortelles pour la révolution. S’il y a un problème il faut rentrer dans la discussion avec des arguments.

    À part ça, un texte intéressant THE GENDER RIFT IN COMMUNISATION par P. Valentine
    http://www.metamute.org/editorial/articles/gender-rift-communisation

    En anglais (pas tout compris). Elle discute les positions de TC et Maya Andrea Gonzalez, et conteste l’absence de la RACE dans les considérations sur la communisation, particulièrement chez les Européens.

  28. Betty « SCUM » Michel
    13/12/2013 à 09:06 | #28

    Y’a pas à tortiller, cette phrase slogan est extrêmement claire et LISIBLE PAR TOUT LE MONDE, ce qui n’est pas sa moindre qualité !
    Inutile de ramener ici la pédagogie étouffante et le discours théorique qui participe souvent, pas seulement mais aussi, comme l’orthographe et la Culture, aux multiples forme du discours du pouvoir qu’exercent les êtres humains les uns sur les autres.
    Au demeurant, ce cours texte dis que :
    1° ce monde est gros d’une révolution
    2° cette révolution entrainera des affrontements majeurs
    3° dans ce monde, les femmes sont dominées
    4° la révolution aura pour tâche d’abolir la domination des femmes
    5° tous les hommes participent, chacun à leur niveau, de façon délibérée ou inconsciente à la domination des femmes
    6° les hommes qui assument, acceptent, défendent leur rôle dans cette domination devront être mis hors d’état de nuire, d’une façon ou d’une autre (ca peut être par un éclat de rire collectif…. pas toujours suffisant. Ca c’est pas dans la phrase, c’est moi qui rajoute)
    Voila, c’est simple, c’est clair, on peut répondre par vrai ou faux à chaque déclinaison.
    Et inutile de convoquer là nos grands, chers et vieux ancêtres barbus de l’est de Rhin, si indispensables par ailleurs !

  29. 13/12/2013 à 11:37 | #29

    @Betty
    Ben voilà, je préfère ça

    1° je réponds vrai à toutes les questions
    2° oui le mérite de ce slogan est d’être clair, lisible, ça n’empêche qu’on puisse le discuter, c’est une tradition des luttes de discuter les mots d’ordre
    3° ça suffit pas, manque la question du capital, de l’exploitation…
    4° j’fais pas de pédagogie, je donne mon point de vue, pas à prendre ou à laisser, on discute, le blog dndf est fait pour ça. C’est pas l’expression d’un pouvoir, mais d’une liberté, comme toi de ne pas te laisser étouffer
    5° dndf est lié à la théorie communiste, à TC… et se fait l’écho de théoriciennes contre la domination masculine… Nous en avons besoin, rien ne t’oblige à t’y intéresser, mais pourquoi empêcher les autres ? C’est pas une forme de pouvoir ?
    6° l’orthographe des autres, je m’en fous, mais j’écris comme je veux, et je hais la Culture qu’on impose, quelle qu’elle soit
    Voilà, c’est simple, c’est clair, mais on n’est pas obligé de répondre vrai ou faux

    Je ne suis pas marxiste (c’est moi qui rajoute, avec un éclat de rire individuel)

  30. Betty « SCUM » Michel
    13/12/2013 à 13:49 | #30

    « ben voila, je préfère ça »
    Ca me rappelle furieusement le
    « c’est bien,ça! »
    de « POUR UN OUI, POUR UN NON » de N. Sarraute

    Lien vers le film:
    http://www.youtube.com/watch?v=N2MwpAWQxxg

  31. 13/12/2013 à 15:00 | #31

    @Betty

    Merci pour le film. Ça prouve que tu es plus cultivée que moi ;-) Cela étant, pourquoi ce que je dis serait nécessairement condescendant ? Tu devrais peut-être prendre les choses autrement, par exemple considérer qu’ici on rame dans le même sens, qu’un homme n’est pas systématiquement douteux dès qu’il l’ouvre, voire interpréter ce qu’il dit à l’envers… surtout quand il dit la même chose en substance que des militantes et « théoriciennes éclairées », avec qui tu pourrais aussi avoir des problèmes, entre femmes.

    Retour justement à Silvia Federeci, sur l’identité de genre, l’abolition du genre… Interview mars 2013. J’ai traduit certains passages, sans garantie… Quelques commentaires.

    PERMANENT REPRODUCTIVE CRISIS: AN INTERVIEW WITH SILVIA FEDERICI By Marina Vishmidt, 7 March 2013http://www.metamute.org/editorial/articles/permanent-reproductive-crisis-interview-silvia-federici

    [IDENTITÉ de GENRE... ABOLITION du GENRE...]

    « I also find it problematic to refer to specific forms of work and exploitation as ‘identities’ – a term that evokes unchanging, essentialising characteristics. But there is nothing fixed or ‘identifying’ in the particular forms of work we perform, unless we decide to dissolve ourselves in them, with what Jean-Paul Sartre would call an act of ‘bad faith’. Whatever the form of my exploitation this is not my identity, unless I embrace it, unless I make it the essence of who I am and pretend I cannot change it. But my relation to it can be transformed by my struggle. Our struggle transforms us and liberates us from the subjectivities and social ‘identities’ produced by the organisation of work. The key question is whether our struggles presume the continuation of the social relations in which our exploitation is inscribed, or aims to put an end to them.

    Je trouve qu’il est problématique de se référer à des formes spécifiques de travail ou d’exploitation comme « idéntités », un terme qui évoque l’absence de changement, une caractéristique essentialiste [...] Nos luttes nous transforment et nous libèrent des subjectivités et des ‘identités’ sociales produites par l’organisation du travail. La clé de la question est de savoir si nos luttes présument la continuation des relations dans lesquelles notre exploitation est inscrite, ou visent à y mettre fin.»

    Parler, comme le font les théories de la communisation, de « la disparition de l’identité ouvrière », caractéristique du capitalisme dans sa restructuration, n’a rien de nostalgique. Oui les luttes transforment ceux qui y participent… mais la nécessité existe d’une conscience collective (de classe, de ‘femmes’…), et même d’abord d’une auto-organisation… pour autant qu’elle n’est pas une fin en soi, une forme de programmatisme ouvrier ou de féminisme identitaire à préserver. Sur ce point, je ne suis pas d’accord avec SF, sauf à considérer que nous ne parlons pas de la même chose.

    « For the same reason I am sceptical about calls to ‘abolish gender’.

    All over the world women are exploited not only as generic workers or debtors, but as persons of a specific gender, for example through the regulation of our reproductive capacity, a condition that is unique to women. In the United States poor, black women are at risk of being arrested just for the fact of being pregnant, according to a health report issued in the US in January. In Italy single mothers who turn to the social services for some help risk having their children taken away from them and given up for adoption. Again, women in jail receive very different treatment to men. And we could multiply the examples. How do we fight against these ‘differences’ without using categories such as gender and race? From the call centres to the prisons gender and race matter, the bosses know it, the guards know it, and they act accordingly; for us to ignore them, to make them invisible is to make it impossible to respond, because in order to struggle against it we have to identify the mechanisms by which we are oppressed. What we must oppose is being forced to exist within the binary scheme of masculine and feminine and the codification of gender specific forms of behaviour. If this is what ‘abolishing gender’ means then I am all for it.

    [...] Ce à quoi nous nous opposons c’est d’être contraint d’exister au sein d’un schéma binaire masculin/féminin et la codification de formes spécifiques de comportement entre les sexes. Si « abolir le genre » signifie cela, alors je suis complètement pour.»

    Moi aussi…

    « But it is absurd to assume that any form of gender specification must always, necessarily become a means of exploitation and we must live in a genderless world. The fact that gender historically, in every society based on the exploitation of labour, has been turned into a work function and a mark of social value does not compel us to assume that gender will necessarily, always be a means of exploitation and we have to pretend that there is no difference between women and men or that every difference will be abused. Even in my own lifetime, what ‘woman’ means has changed immensely. What being a woman meant for my mother is very different to what it means for me. In my own life, for example, I have reconciled myself to being a woman because I’ve been involved in the process of transforming what being a woman means. So the idea that somehow gender identities are frozen, immutable, is unjustified. All the philosophical movements of the 20th century have challenged this assumption. The very moment you acknowledge that they are social constructs you also recognise that they can be reconstructed. It will not do to simply ignore them, push them aside and pretend we are ‘nothing’. We liberate ourselves by acknowledging our enslavement because in that recognition are the reasons for our struggle and for uniting and organising with other people.

    Mais il est absurde de considérer que toute forme de spécification par le genre doit toujours et nécessairement devenir un moyen d’exploitation et nous devons vivre dans un monde asexué (sans genre). Le fait qu’historiquement, le genre, dans toute société fondée sur l’exploitation du travail, est a été transformée en une fonction de travail et une marque de valeur sociale ne nous oblige pas à supposer nécessairement que le sexe sera toujours un moyen d’exploitation, et que nous devrions faire semblant qu’il n’y a aucune différence entre les femmes et les hommes ou que toute différence conduit à en abuser. Même dans le temps de mla propre vie, ce que signifie « être une femme » a énormément changé. Être une femme pour ma mère est très différent de ce que cela signifie pour moi. Dans ma propre vie par exemple, je me suis réconciliée avec « être une femme », parce que j’ai été impliquée dans un processus de transformation de ce que ça signifie. Ainsi l’idée que les identités de genre sont gelées, immuables, est injustifiée. Tous les mouvements philosophiques du XXème siècle ont contesté cette hypothèse. Dès l’instant où vous considérez qu’elles sont des constructions sociales, vous reconnaissez également qu’elles peuvent être reconstruites. Il ne faut pas simplement les ignorer, les pousser de côté et prétendre que nous sommes « rien ». Il s’agit de nous libérer nous-mêmes en reconnaissant notre asservissement , parce que cette reconnaissance est la raison de notre combat, celle de s’unir et de s’organiser avec d’autres personnes.»

    Je suis essentiellement d’accord avec ces considérations, tout en craignant un débat en porte-à-faux dans ce qui est en jeu entre aujourd’hui et l’engagement d’un processus révolutionnaire, une certaine confusion entre ce qui a été acquis par les luttes féministes et ce que suppose le dépassement du genre dans sa dimension de domination masculine. Reconnaître une situation, particulièrement une domination ou une exploitation, n’a jamais entraîné automatiquement à s’y opposer en actes.

    C’est ici en plus lisible http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-459.html

  32. pepe
    15/12/2013 à 22:58 | #32

    En décalage par rapport au débat qui semble se déplacer en page centrale de dndf autour des éléments apportés par Patloch et sans aucun esprit de polémique stérile, une petite pause autour du thème des slogans « à l’emporte pièce » qui ne peuvent remplacer la théorie.
    OK, c’est pas ici qu’on va contester l’importance du travail théorique mais arrêtons nous deux minutes:
    huit mots, 20 ans avant 68 et un univers multi millénaire qui se fissure. Pas PAR CES MOTS, bien sur, mais quel choc!

    « on ne nait pas femme, on le devient ».

    Des fois, un slogan, ça remplace vraiment de longues pages de théorie!!!

  33. 16/12/2013 à 16:39 | #33

    Un slogan porte-t-il moins de théorie que de longues pages ? Ça dépend…

    Celui-ci « on ne naît pas femme, on le devient » est une citation de Simone de Beauvoir, dans « Le deuxième sexe », un essai philosophique de 1949, 2 tomes 408 pages + 663 pages en Folio poche
    http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Beauvoir_OnNeNaitPasFemme.htm

    C’est vrai que le slogan a l’air d’épargner la lecture. J’avoue m’en être contenté, comme d’autres un siècle avant de « l’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme ; [la femme] est la prolétaire du prolétaire même » de Flora Tristan, au demeurant antérieur au Manifeste du Parti communiste « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

    Florilège :

    « Qui va faire la vaisselle ? Nous on fait la révolution »
    « Ne me libère pas, je m’en charge ! »
    « Lâchons nos casseroles, prenons la parole »
    « Dégagez machos, les femmes auront votre peau »
    « Ras le viol »
    « La révolution sera féministe ou ne sera pas »
    « Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette »

    J’aimais bien aussi ce simple titre de 1979 « papa lit, maman coud »

  34. pepe
    16/12/2013 à 16:48 | #34

    Bon, on va pas en faire des pages mais je crois que tu confonds un peu les niveaux. les slogans féministes que tu cites sont sympathiques, offensifs, importants, mordants…
    Celui de SdB, c’est un coup de tonnerre qui résonne encore.
    Ou plutôt dont on commence à peine découvrir la profondeur de l’écho.
    C’est toute l’idée de l’essentialisation des genres qui tremble, juste en quelques mots perdus dans un bouquin.

  35. 16/12/2013 à 17:23 | #35

    C’est vrai…

    Je ne me souviens pas de l’impact à l’époque de « on ne naît pas femme, on le devient », et je ne sais pas ce qu’il signifiait pour qui le reprenait, sans doute quelque chose d’assez différent de la profondeur à découvrir aujourd’hui, surtout si on le lit à la lumière de théories, avec une signification qu’il n’avait pas quand il a été écrit.

    En tous cas, j’admire ceux qui lisent les slogans entre les mots, même pas entre les lignes. Je crois à la puissance des mots d’ordre, mais pas à la démarche consistant à les faire parler comme des formules contenant ce qui les a produits. On a vu le résultat avec Marx…

    Chaque lutte qui utilise un même slogan lui confère un sens différent.

    En passant, un qui est tout sauf clair dans ce qu’il signifie
    « GENRES & CLASSES, l’insurrection généralisée qui détruira les hommes et les femmes »

  36. adé
  37. 21/12/2013 à 18:46 | #37

    UN TOUR DU MONDE vue d’ALGÉRIE, par Mimi Massiva, le Matin 21 décembre

    « ET DIEU TUA LA FEMME »

     » À l’occasion de la proclamation de l’Année de la Femme par les Nations Unis en 1975, Han Suyin écrivait en voyante extralucide (1): « L’exploitation actuelle de la femme s’insinue dans les motivations du profit commercial et pénètre la raison d’être et les structures mêmes des grandes entreprises. L’exploitation de la femme est devenue la plus grande entreprise multinationale de haut profit que l’on ait organisée au cours de l’histoire.

    [ http://www.lematindz.net/news/13163-et-dieu-tua-la-femme.html ] »

  38. adé
  39. adé
    27/12/2013 à 19:54 | #39
  40. 27/12/2013 à 22:16 | #40

    « Le ménage est un enjeu de négociation entre l’homme et la femme. C’est une démocratie domestique qui se développe. »

    Reste plus qu’à attendre le démocratisme domestique radical, autrement dit le domestique radicalement démocratisé, l’homme sans qualité… et sa théorie du trou sage domestique : la sphère privée en bulle spéculative

  41. 29/12/2013 à 18:42 | #41

    (recontextualisation)

    Ayant lu récemment un recueil d’articles de Christine Delphy (Syllepse 2010), « Un universalisme si particulier (féminisme et exception française 1980-2010″, quelques remarques :
    - ce n’est pas un ouvrage théorique, mais plutôt militant armé de théories féministes, dont celles de Delphy furent et demeurent des plus radicales;
    - un formidable combat pour faire accepter, en France, le concept de « genre », sur fond d’oppositions et réticences institutionnelles, politiques et universitaires, et d’un anti-américanisme bien utile pour rejeter des USA ce qu’ils ont de meilleur, le combat féministe des Américaines…
    - pour autant qu’on ait à prendre position, comment ne pas souscrire à celles de Delphy, particulièrement sur le « voile islamique », contre cette loi d’exception réveillant tout ce que l’universalisme républicain français a porté de pire, à gauche comme à droite : le colonialisme, le racisme, le soutien aux entreprises guerrières post-coloniales, aux guerres du Golfe, l’oppression des femmes c’est chez les « autres » (les Arabes)…

    Un malaise toutefois, à la lecture de ces pages souvent roboratives (anti-féminisme et franco-centrisme, violences sexuelles…). Christine Delphy, qui a emprunté à Marx le concept de classes sociales pour l’adapter à la contradiction femmes/hommes, semble faire peu de cas de la lutte de classes, si ce n’est comme vague toile de fond, et toujours pris dans le discours démocratique comme idéologie, dont témoignent entre autres la publication de ses textes par Le Monde Diplomatique, Politis, ces conflits cantonnés la sphère intellectuelle…

    La volonté de maintenir une unité trans-classiste aux combats féministes n’est sans avoir été payée de retour, et les maigres avancées obtenues par les femmes ont tout l’air d’avoir servie davantage les bourgeoises et les couches moyennes (parité, accès aux fonctions de direction…), et du coup affaibli le féminisme dans sa totalité, avec toutes les menaces pour les « acquis » (avortement etc.).

    Pour revenir au « qualitatif » apporté par adé #39, et expliciter ma réaction ironique, peut-être convient-il de discerner deux aspects de la lutte pour l’égalité dans le partage des tâches domestiques.

    D’une part, c’est bien sur le terrain de la vie « privée », de la famille, du couple… que se joue la contradiction par laquelle genre et classe s’imbriquent dans le capitalisme. Hors l’enjeu immédiat de soulager « la ménagère », qu’elle travaille ou non à l’extérieur, on n’imagine pas que dépasser la contradiction femmes-hommes puisse dédaigner ce terrain concret, qui est un peu le pendant, dans la lutte des femmes contre leur oppression, de la lutte revendicative dans la lutte des classes. Avec cette différence, c’est une lutte peu sujette à l’organisation collective, au « syndicalisme ». De ce point de vue, s’il est vrai que les femmes peuvent seules s’en libérer, on peut comprendre que celles qui ont acquis un certain statut social ne soient pas les plus empressées, au-delà d’une solidarité « de genre ». On a bel et bien, au sein des femmes comme catégorie dominée, des oppositions d’intérêts de classes, et il n’y a aucune raison de les passer sous le boisseau au nom de l’unité du combat féministe. C’est aussi ce que nous apprennent les « Black Feminist » (par exemple Bell Hooks « SisterHood : Political Solidarity between Women » Feminist Review 23, 1986. Traduit par anne Robatel dans Black Feminism, anthologie 1975-2000, L’Harmattan 2008)

    D’autre part, le combat pour l’égalité domestique n’est pas en lui-même susceptible de « franchir le pas » (de « la révolution abolition du genre et des classes»). Si « La bataille du féminisme commence aujourd’hui par le ménage », c’est surtout que tant qu’une femme ne se bat pas sur ce terrain là, on n’imagine mal qu’elle puisse le faire au-delà, ne serait-ce que pour en avoir le temps. L’idéal de l’égalité hommes-femmes dans le partage des tâches paraît comme une utopie capitaliste, au demeurant complètement irréaliste, puisque s’il se joue dans la « sphère privée », il n’y trouve pas ses causes comme nécessité pour la reproduction du capital. Imaginons cette utopie réalisée, le travail domestique bien partagé entre hommes et femmes, est-ce que cela ferait trembler sa nature sur sa base d’absolue nécessité pour la reproduction du capital ?

    Voilà ce que signifiait essentiellement ma remarque ironique #40. Après lecture de l’ouvrage de Delphy évoqué plus haut, je fais le rapprochement avec l’idéologie portée par le livre de Christine Castelain Meunier, sociologue au CNRS

    On trouve dans les deux ouvrages un fond d’idéal démocratique, soit avec Delphy au sommet, et dans le rapport citoyen à l’Etat (il s’agit d’acquérir des droits), soit à la base, « Le ménage est un enjeu de négociation entre l’homme et la femme. C’est une démocratie domestique qui se développe ».

    Il peut paraître paradoxal que deux tendances du discours féministe, une des plus « radicales », une des plus « soft », se rencontrent dans l’idéologie démocratique. Comme un paradoxe aussi que l’abolition du genre souhaitée par Delphy (dans l’esprit sinon dans la lettre) s’enlise dans une vision alternative et politique.

    C’est peut-être là que l’adoption du concept de classe pour la contradiction de genre (par Delphy) montre ses limites dans son rapport à la lutte de classes au sens marxien du terme, comme si l’une devait remplacer l’autre. Que le féminisme ait dû pour être se séparer du milieu militant « marxiste » d’extrême-gauche après 1968, se structurer de façon autonome (sans les hommes), c’est une chose, mais qui ne justifiait pas de jeter, au nom des faiblesses de Marx et de ses avatars dans le mouvement ouvrier et ses organisation, la substantifique moelle de la lutte de classe dans la sphère de la production. Le bébé théorique a été jeté avec l’eau du programmatisme ouvrier…

    C’est ici naturellement que les thèses de Silvia Federici ouvrent des perspectives différentes d’articulation de la théorie et des luttes dans les deux sphères de la production et de la reproduction, bouleversant l’analyse marxiste traditionnelle autant que le féminisme trans-classiste. C’est à mon sens dans ce changement de perspective que se joue désormais l’enjeu des luttes communistes et féministes, et la relance internationale de leur efficacité.

  42. 04/01/2014 à 17:52 | #42
  43. 04/01/2014 à 19:20 | #43

    Je ferai un petit debriefing de cette expérience, sinon passionnante, ni même passionnée, du moins significative. Sans anticiper je pointe quelques difficultés. Certaines tiennent certes à l’expression des hommes en milieu féministe, et sans doute à ma propre personnalité. De ce point de vue, je ne sais si d’autres s’en serait tirés mieux que moi, ou si une femme portant à sa manière les mêmes idées aurait eu de meilleures chances d’être comprise.

    Mais l’essentiel à retenir me semble ailleurs, du côté de la réception en milieu militant féministe, des thèses communisatrices articulant classe et genre. Mon petit doigt m’avait prévenu, mais j’ai plus de gros doigts.

    Il faut parcourir ce forum féministe pour mesurer la place accordée au travail, à la place et aux conditions dans lesquelles les femmes travaillent, sont précaires ou chômeuses.

    D’une part, il n’est pas certain que celles qui bossent et ont « charge de famille », un homme ou pas à la maison, ont le temps de participer à un tel forum. Et si elles y vont, qu’est-ce qu’elles y trouvent qui leur donnerait envie d’y participer, sous cet aspect du travail ? Beaucoup de jeunes, étudiantes, universitaires, enseignantes… D’autres non pas ses profils mais interviennent peu ou pas du tout.

    D’autre part, à vérifier, il n’y a pas d’entrée thématique sur le travail, et, toujours à vérifier, semblent PEU abordés les éventuels conflits entre femmes de différents niveaux hiérarchiques dans le travail, que ce soit dans les bureaux, à forte proportion d’emplois féminins, ou a fortiori en usine, en services d’appel, dans le commerce…

    Par ailleurs, c’est un milieu où s’expriment une forte proportion de militantes, par ailleurs proche de l’extrême gauche, anarchiste, « anti-capitaliste », « anti-fasciste »… La plupart des questions sont abordées sous l’angle des idées politiques (« femmes de droite », « femmes de gauche. Tout ce que nous avons pu dire du militantisme (objectivisme/subjectivisme) en général se fait sentir ici sous le label identitaire « féministe », qui regroupe au demeurant toutes sortes d’expressions et de priorités diverses (la question des mœurs est domine, comme l’approche des question en tant qu’individu-e et relations inter-individuelles). Je suppose que nombre de femmes actives « sur le terrain » ne perdent pas leur temps en palabres qui leurs paraissent, sinon inutiles, à côté de réalités sociales, telles que la situation des femmes pauvres.

    À compléter en laissant retomber l’appâte. Je ne regrette pas d’avoir pu signaler quelques textes, de les avoir posés en termes de chantier ouvert, et d’avoir sans doute éclairci l’idée de communisation. Que ces textes puissent être mieux connus dans les milieux féministes est sans doute une bonne chose, et jusque-là je n’avais aucune idée de la « réception », d’éventuels échanges en France entre « communisateurs » et féministes sur les textes en cause. Aller au-delà dans ce contexte me paraît à la fois illusoire et quasi inutile. Débattre dans un forum est vain et déplace les enjeux en termes militants, ce qui est tout sauf notre problème, à mon sens.

    Comme éclairage, pour mesurer à quoi nous nous heurtons sur le plan théorique, voici un texte de Christine Delphy, dans lesquelles les divergences essentielles ressortent clairement :

    POUR UNE THÉORIE GÉNÉRALE DE L’EXPLOITATION / EN FINIR AVEC LA THÉORIE DE LA PLUS-VALUE http://www.feministes-radicales.org/wp-content/uploads/2010/11/Delphy-POUR-UNE-TH%C3%89ORIE-G%C3%89N%C3%89RALE-DE-LEXPLOITATION-1.pdf

    Les inserts en gras sont à l’avenant :
    « Dans le dogme, le sexisme et le racisme seraient uniquement des moyens de placer certains individus tout en bas de l’échelle de la classe ouvrière »
    « Le concept de valeur de la force de travail, au lieu de simplifier la réflexion par les capitalistes, la complique, et interdit de prendre en compte l’histoire »

    « La théorie de la plus-value particularise à outrance l’exploitation capitaliste; certes l’exploitation capitaliste est spécifique, mais elle a aussi des traits communs avec les autres exploitations. Or, la théorie de la plus-value est utilisée pour la faire apparaître non comme dotée de spécificités, à l’égal de toute exploitation, mais comme totalement différente des autres. Mais même si elle n’était pas utilisée dans un but nocif, il demeurerait une bonne raison d’en finir avec elle: elle n’est même pas utile à son objet propre, l’analyse de l’exploitation capitaliste. »

    Merci Christine Delphy pour sa clarté, bien qu’elle ne parle pas des thèses communisatrices, manifestement ignorées. Pas de quoi nous rassurer pour autant. Cela promet quelques chauds débats quand sortira le livre de Silvia Federici.

    Pour le reste, je ne regrette pas de m’être auto-missionné, et je précise pour tout le monde qu’il n’y a eu à propos de mon initiative aucun contact, entre quelque camarade que ce soit, et moi. Que ce qui tient à mes « défauts et limites » ne leur soit donc pas imputé.

  44. Lisbeth Salander
    09/03/2014 à 11:34 | #44

    Il faut rassurer les ennemis des études sur le genre: si la différence des genres, dans l’humanité, est strictement naturelle et non pas une construction sociale, alors qu’ils se rassurent: aucune pédagogie anti genre ne pourra inverser la donne. On se demande de quoi ils ont peur… on ne peut pas déconstruire ce qui n’est pas construit mais génétique!!!
    A mois, a moins……… a moins qu’il aient bien réellement compris le véritable enjeu, le risque de perdre leur place de genre dominant et de classe dominante………
    Alors…? Alors, c’est la guerre!!!!

  45. adé
    09/03/2014 à 20:56 | #45

    Compris, ou pas, voilà ce qu’en « pense » Denis Tillinac (interview dans…leFigaro ;-)

    « Mais la théorie du genre est une psychose égalitariste et totalitaire: on voudrait fabriquer des petits bâtonnets identiques. Ce que je veux c’est que le rapport de séduction persiste, une altérité et une séduction qui ne tomberont jamais au niveau de la mesquinerie des salaires égaux et de l’égalité des droits. Le rapport masculin-féminin ne peut se réduire à un rapport égalitaire et comptable!  »

    Lisbeth Salander a sûrement raison, d’ailleurs le triste Coppé n’assurait-il pas que « Derrière(sic) la théorie du genre, il y a la lutte de classes » très fort, n’est-ce-pas?

  46. adé