« Seuls les désastres rendent les pauvres visibles »
« Depuis 2011, la ville américaine de Flint, au bord de la faillite, a puisé son eau potable dans la rivière. Comment la presse a-t-elle réussi à taire une telle situation d’état d’urgence sanitaire ?
Seuls les désastres rendent les pauvres visibles
C’est un trou noir de l’information, qui vient d’être projeté brutalement en pleine lumière. Un vrai trou noir. Un scandale meurtrier s’est déroulé de longs mois durant, avec la complicité des autorités locales, sans que la presse locale en dise un mot. Cela ne s’est pas passé au Nigeria, au Burundi, ni au Yémen, ces enfers pour reporters. Ni en Erythrée ni en Corée du Nord, ces dictatures épouvantables. Ni au Mexique, où les journalistes doivent enquêter au risque des cartels. Cela s’est passé dans un pays démocratique, où les journalistes peuvent se déplacer et publier librement, sans craindre de représailles judiciaires ni physiques. Au cœur des Etats-Unis. Dans le Michigan. Exactement à Flint, à une heure de route de Detroit. Depuis 2011, la ville de Flint, au bord de la faillite, a été obligée de puiser son eau potable dans la rivière, au lieu d’acheter à Detroit de l’eau du lac Huron. Les premières conséquences sur la santé publique (vomissements, pertes de cheveux, éruptions cutanées) apparaissent début 2014. La ville recommande alors de faire bouillir l’eau avant de la boire. Pour venir à bout des bactéries, elle accroît sa teneur en chlore, ce qui pose de nouveaux problèmes. L’eau attaque ensuite les canalisations, ce qui libère du plomb. On déplore dix morts, bilan provisoire.




















un camarade nous a fait parvenir ce texte que nous publions avec plaisir