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Avant et après le séisme: Comment ils ont ruiné Haïti

haiti_seismeSur le site des IWW de Montréal
Un terrible tremblement de terre, le pire depuis 200 ans, a frappé Port-au-Prince mardi, provoquant d’innombrables dégâts et victimes. L’intensité du séisme était de 7,0 sur l’échelle de Richter et a été suivi durant toute la nuit jusqu’au matin par 30 autres secousses, toutes supérieures à une magnitude de 4,5. Le séisme a fait tomber des maisons, des hôtels, des hôpitaux et même les principaux bâtiments publics de la capitale, dont le palais présidentiel. L’effondrement de tous ces batiments a provoqué un gigantesque nuage qui a plané au-dessus de la ville et une pluie de poussière sur le sol dévasté.[print_link]

Selon les estimations, on compterait plus de 100.000 morts pour une métropole de 2 millions d’habitants. Ceux qui ont survécu vivent dans la rue par crainte de retourner dans les constructions qui sont encore debout. Partout dans le monde, les Haïtiens tentent d’entrer en contact avec leurs familles et amis mais la plupart des lignes téléphoniques du pays sont coupées.

Alors que la majorité des gens ont réagi à cette crise en cherchant comment fournir de l’aide ou faire un don, le fanatique de la Droite Chrétienne (US), Pat Robertson, s’est distingué par une déclaration raciste abjecte. Il a expliqué que les Haïtiens étaient maudits parce qu’ils avaient signé un pacte avec le diable pour se libérer de l’esclavagisme de leurs maîtres français lors de la révolution haïtienne, il y a 200 ans.

Les grands médias ont expliqué que le séisme avait été provoqué par un glissement de plaques tectoniques le long d’une faille située sous la capitale de Port-au-Prince, et que la misère et l’impuissance du gouvernement Préval avaient amplifié le désastre. Mais ils n’ont pas tout dit.

« La couverture médiatique du séisme se caractérise par une déconnexion quasi totale entre le désastre et l’histoire sociale et politique d’Haïti », explique le militant de la solidarité avec Haïti, le Canadien Yves Engler. « Ils répètent que le gouvernement n’était pas du tout préparé pour faire face à une telle crise. C’est vrai. Mais ils n’ont pas expliqué pourquoi. »

Pourquoi est-ce que 60 pour cent des bâtiments à Port-au-Prince étaient-ils mal construits et dangereux, même dans des conditions normales, selon le maire de la capitale ? Pourquoi n’y a-t-il pas de réglementation sur les constructions dans une ville située au-dessus d’une faille ? Pourquoi est-ce que la population de Port-au-Prince est-elle passée de 50.000 habitants dans les années 50 à 2 millions de miséreux aujourd’hui ? Pourquoi l’état a-t-il été totalement dépassé par les évènements ?

Pour le comprendre, il faut examiner une deuxième ligne de fracture – la politique impériale des Etats-Unis à l’égard d’Haïti. Le gouvernement des Etats-Unis, les Nations Unies, et d’autres puissances ont aidé la classe dirigeante haïtienne à soumettre le pays aux plans économiques néolibéraux qui ont appauvri les masses, provoqué des déforestations, ruiné l’infrastructure et rendu le gouvernement impuissant.

La ligne de fracture de l’impérialisme US a amplifié la ligne de fracture géologique et a transformé une catastrophe naturelle en une catastrophe sociale.

Pendant la Guerre Froide, les Etats-Unis ont soutenu les dictatures de Papa Doc Duvalier et ensuite Bébé Doc Duvalier – qui ont régné sur le pays de 1957 à 1986 – pour faire un contrepoids à Cuba.

Sous la supervision de Washington, Bebé Doc Duvalier a ouvert l’économie haïtienne aux capitaux US dans les années 70 et 80. Les produits agricoles importés des Etats-Unis ont inondé le pays et ruiné la paysannerie locale. Des centaines de milliers de gens sont venus se réfugier dans les bidonvilles de Port-au-Prince pour fournir une main d’oeuvre extrêmement bon marché aux « ateliers à sueur » (sweat shops) US situés dans les zones franches.

Dans les années 80, les Haïtiens se sont soulevés pour chasser les Duvalier et ont ensuite élu à la présidence le réformiste Jean-Bertrand Aristide sur un programme de réforme agraire, d’aide aux paysans, de reforestation, d’investissement dans les infrastructures, d’augmentation des salaires et des droits syndicaux pour les travailleurs.

En réaction, les Etats-Unis ont soutenu un coup d’état qui a chassé Aristide en 1991. En 1994, après que Bill Clinton ait envoyé ses troupes sur l’île, le président élu a retrouvé son poste mais à la condition d’appliquer le plan néolibéral US, appelé « plan de la mort » par les Haïtiens.

Aristide a résisté à certaines mesures du programme US pour Haïti, mais en a mis d’autres en oeuvre, brisant ainsi la perspective de réformes. Et puis un jour, les Etats-Unis ont perdu patience devant les résistances d’Aristide qui refusait de se soumettre totalement, surtout lorsqu’il a demandé au cours de sa dernière année de mandat 21 milliards de dollars en guise d’indemnisations pour son pays. Les Etats-Unis ont imposé un embargo économique qui a étranglé le pays et plongé les paysans et les travailleurs dans une misère encore plus profonde.

En 2004, Washington a collaboré avec la classe dirigeante haïtienne dans son soutien aux escadrons de la mort qui ont renversé le gouvernement puis enlevé et déporté Aristide. Les Nations Unies ont ensuite envoyé des troupes pour occuper le pays et le gouvernement marionnette de Gérard Latortue a été installé afin de poursuivre les plans néolibéraux de Washington.

Le court règne de Latortue a été marqué par une profonde corruption – lui et ses partisans ont empoché une bonne partie des 4 milliards de dollars injectés par les Etats-Unis et d’autres pays après la levée de l’embargo. Le régime a démantelé les timides réformes qu’Aristide avait réussies à mettre en place. Ainsi, le processus d’appauvrissement et de dégradation des infrastructures du pays s’est accéléré.

En 2006, les Haïtiens ont massivement élu à la présidence René Préval, allié de longue date d’Aristide. Mais Préval n’a pas fait preuve de beaucoup de détermination et a fini par collaborer avec les plans US et ignorer la crise sociale qui s’amplifiait.

En fait, les Etats-Unis, les Nations Unies et les autres puissances impériales ont court-circuité le gouvernement Préval en injectant de l’argent directement dans les ONG. « Aujourd’hui, en Haïti, le nombre d’ONG par habitant est le plus élevé au monde » dit Yves Engler. Le gouvernement Préval n’est plus qu’un paravent derrière lequel les véritables décisions sont prises par les puissances impériales qui les mettent en application par l’intermédiaire d’ONG qu’elles ont choisies.

Le véritable pouvoir dans le pays n’est pas exercé par le gouvernement Préval mais par la force d’occupation des Nations Unies appuyée par les Etats-Unis. Sous direction brésilienne, les forces de l’ONU ont protégé les riches et ont collaboré avec – ou ont fait semblant de ne pas voir – les escadrons de la mort d’extrême droite qui terrorisent les partisans d’Aristide et de son parti Lavalas.

Les forces d’occupation n’ont rien fait pour lutter contre la misère, la dégradation des infrastructures et la déforestation massive qui ont amplifié les effets d’une série de catastrophes naturelles – de violents cyclones en 2004 et 2008 et maintenant le séisme.

Au lieu de cela, elles se sont contentées de faire la police au milieu d’une catastrophe sociale et ont commis les crimes habituels et caractéristiques de toutes les forces de police. Selon Ban Beeton, dans un article de la NACLA sur les Amériques, « la mission de stabilisation de l’ONU à Haiti (MINUSTAH), qui a commencé en juin 2004, a été marquée pratiquement dés le premier jour par des scandales de meurtres, de viols et autres violences commises par ses troupes. »

L’administration Bush d’abord, et maintenant l’administration Obama, ont toutes deux profité du coup d’état, des crises sociales et des catastrophes naturelles pour étendre les projets néolibéraux des Etats-Unis.

Sous Obama, les Etats-Unis ont annulé une partie de la dette, pour un montant de 1,2 milliards de dollars, mais n’ont pas annulé la totalité de celle-ci – Haiti rembourse encore d’énormes sommes à la Banque Inter-Américaine pour le Développement. L’annulation d’une partie de la dette fait partie de la mise en scène habituelle destinée à occulter la véritable politique d’Obama à Haiti, qui est encore et toujours la même.

En étroite collaboration avec le nouvel envoyé spécial des Nations Unies pour Haïti, l’ancien président Bill Clinton, Obama est intervenu pour faire appliquer un programme économique similaire à celle du reste des Caraïbes – tourisme, ateliers de textiles, et la réduction du contrôle de l’état sur l’économie par le biais des privatisations et des déréglementations.

Plus précisemment, Clinton a dirigé un plan visant à transformer le nord d’Haïti en un terrain de loisirs pour touristes, situé le plus loin possible des bidonvilles de Port-au-Prince. Clinton a convaincu la compagnie Royal Caribbean Cruise Lines d’investir 55 millions de dollars pour construire un port le long de la côte de Labadee, loué jusqu’en 2050.

A partir de là, l’industrie touristique de Haïti espère organiser des expéditions vers les forteresses haut perchées de Citadelle et de Palais Sans Souci, toutes deux construites par Henri Christophe, un des dirigeants de la révolution des esclaves d’Haïti. Selon le Miami Herald, le plan de 40 millions de dollars comprend la transformation de la ville paisible de Milot, base de départ pour la Citadelle et le Palais Sans Souci, en un village touristique animé comprenant des galeries d’arts, des marchés d’artisanat, des restaurants et des rues pavées. Les touristes seront transportés en contournant le cap embouteillé de Cap-Haïtien jusqu’à la baie, puis transportés par autocars le long des plantations paysannes pittoresques. Une fois à Milot, ils pourront grimper à pied ou à cheval jusqu’à la Citadelle… classée patrimoine mondial depuis 1982…

Dés lors que la Royal Caribbean a prévu de faire venir le plus grand navire de croisière au monde, provoquant ainsi une demande en excursions, l’industrie du tourisme d’Haiti encourage le développement de l’écotourisme, d’explorations archéologiques et de démonstrations voyeurs de rites vaudous.

Ainsi, tandis que Pat Robinson compare la grande révolution des esclaves d’Haïti à un pacte avec le diable, Clinton s’active à la réduire à un piège à touristes. Dans le même temps, les plans de Clinton pour Haïti prévoient une expansion des « ateliers à sueur » (sweat shops) pour profiter de la main d’oeuvre bon marché fournie par les masses urbaines. Les Etats-Unis ont détaxé les importations en provenance d’Haiti pour faciliter le retour de la production de ces ateliers.

Clinton a vanté les opportunités offertes par le développement des « ateliers à sueur » lors d’une visite éclair d’une usine à textile appartenant et géré par la célèbre Cintas Corp. Il a annoncé que George Soros avait offert 50 millions de dollars pour un nouveau parc industriel d’ateliers qui pourrait créer 25.000 emplois dans l’industrie du textile. Clinton a expliqué à une conférence de presse que le gouvernement d’Haïti pourrait créer « plus d’emplois en baissant le coût des investissements, y compris le prix des loyers».

Le fondateur de TransAfrica, Randall Robinson, a déclaré à Democracy Now ! (radio progressiste US – NdT) « Haïti n’a pas besoin de ce genre d’investissement. Il a besoin d’investissements en capital. Il a besoin d’investissements qui lui permettraient d’atteindre l’autosuffisance. Il a besoin d’investissements pour pouvoir se nourrir. »

Une des raisons pour lesquelles Clinton a pu promouvoir aussi facilement les « ateliers à sueur » est que le coup d’état appuyé par les Etats-Unis a éradiqué toute forme de résistance. Ils se sont débarrassés d’Aristide et de sa manie qui consistait à augmenter le salaire minimum. Ils l’ont forcé à l’exil, ils ont terrorisé ses alliés restés sur place et ils ont interdit à son parti politique, Fanmi Lavalas, le parti le plus populaire du pays, de se présenter aux élections. De plus, le régime issu du coup d’état a attaqué les syndicalistes présents dans les « ateliers à sueur ».

Clinton pouvait ainsi annoncer aux hommes d’affaires que « Le risque politique en Haïti est le plus faible que je n’ai jamais vu de ma vie ».

Ainsi, à l’instar des présidents américains avant lui, Obama a aidé les classes privilégiées d’Haïti, a soutenu les multinationales qui voulaient profiter des coûts de main-d’oeuvre, a réduit le pouvoir de réglementation de l’état haïtien et a réprimé toute forme de résistance politique.

Les conséquences directes de ces politiques sont un état haïtien impuissant, une infrastructure en ruines, des constructions hasardeuses et une misère noire qui, conjuguées aux cyclones et maintenant au séisme, ont transformé une catastrophe naturelle en une catastrophe sociale.

Tout le monde devrait soutenir la fourniture d’aide à Haïti, mais personne ne devrait le faire avec des oeillères. Comme l’a dit Engler : « l’aide destinée à Haïti a toujours été employée au profit d’intérêts impérialistes. Ceci est évident lorsqu’on observe comment les Etats-Unis et le Canada ont traité le gouvernement Aristide en contraste au traitement réservé au régime issu du coup d’état. Les Etats-Unis et le Canada ont affamé Aristide en supprimant pratiquement toute aide. Mais après le coup d’état, ils ont ouvert en grand les robinets financiers pour appuyer les forces les plus réactionnaires de la société haïtienne. »

Ils ne faut pas se tromper sur le rôle des ONG internationales. Tandis que de nombreuses ONG tentent de répondre à la crise, les Etats-Unis et d’autres gouvernements fournissent une aide destinée à miner le droit à l’autodétermination du pays. Les ONG internationales n’ont aucun compte à rendre au gouvernement haïtien, pas plus qu’au peuple haïtien. Par conséquence, toute aide qui passe par ces ONG ne fait qu’affaiblir un peu plus le peu d’emprise sur leur propre société encore entre les mains des Haïtiens.

L’administration Obama devrait aussi lever l’exil d’Aristide et lui permettre de retourner en Haïti, et lever aussi l’interdiction faite à son parti politique, Fanmi Lavalas, de participer aux élections. Après tout, un criminel et trafiquant de drogue notoire, Guy Philippe, et sont parti le Front National pour la Reconstruction (FNR) ont été autorisés à participer aux élections. Aristide et son parti, par contraste, sont encore la force politique la plus populaire du pays et devraient être autorisés à participer à une élection libre et démocratique.

Les Etats-Unis devraient aussi cesser de déporter les Haïtiens qui ont fui leur pays déchiré par la crise et leur accorder une statut temporaire de réfugiés. Ce qui permettrait aux Haïtiens qui ont fui la crise politique et sociale que traverse le pays depuis le coup d’état, les cyclones et à présent le séisme, de rester aux Etats-Unis.

Par-dessus tout, nous devons exiger que les Etats-Unis cessent d’imposer leurs programmes néolibéraux. Les Etats-Unis ont pillé Haïti depuis des décennies. Ce n’est pas Haïti qui a une dette envers les Etats-Unis, et d’autres pays, mais l’inverse. Les Etats-Unis, la France, le Canada et les Nations Unies doivent au peuple haïtien une indemnisation pour le pillage de leur pays.

Avec ces indemnités et un espace politique, les Haïtiens pourraient commencer à déterminer leur propre avenir politique et économique – tel qu’il avait été rêvé par la grande révolution des esclaves, il y a 200 ans.

Ashley Smith, Counterpunch
Traduction legransoir.info

SOURCE : IWW

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  1. norman
    28/01/2010 à 13:04 | #1

    colloque sur le communisme a Paris
    slavoj Zizek y parle assez longuement d’haiti:
    http://www.dailymotion.com/soukaz/1

  2. Patlotch
    29/01/2010 à 23:17 | #2

    Zizek, Hommage à Bensaïd 30, http://www.dailymotion.com/video/xc0i6k_30bensaidpuissances-du-communisme_news

    1’19 : ” Le secret de la notion de prédestination, c’est qu’elle ouvre une liberté plus radicale. Oui, on est prédestiné, mais c’est ça la clé de cette dialectique… Le moment fondamental du mouvement dialectique, bien sûr ma vie est prédestiné, mais j’ai la liberté de, rétroactivement, poser ma prédestination elle-même […] Marx proche de Freud […] on vérifie une thèse à travers ses effets, mais ça ne veut pas dire par son succès… ça peut même être une catastrophe, si ça fait bouger dans ce sens… // Critique de lidéologie et de la théorie, Marx -“ils ne le savent pas, mais ils le font”- ne répète pas la bêtise de l’idéologie allemande, on dit une chose, on fait une autre… La théorie marxienne du fétichisme de 70 est cruciale… beaucoup plus délicate… ce qu’il appelle le “spectre fétichiste de la marchandise” c’est pas dans ma pensée, la mystification c’est dans la réalité sociale elle-même… aujourd’hui dans notre univers, on est totalement cynique, “pas de miracle” mais on agit comme si on y croit ”

    Après il dérive sur Freud, “pulsion de vie de mort, immortalité”, “On ne peut pas opposer l’activité communiste, produire du nouveau… et quelque chose qui est donné… La liberté (kantienne) est notre présupposé, pour des raisons philosophiques que je ne peux pas expliquer maintenant… Freud retrouve le noyau dur du sujet kantien… Cette opposition entre ce qui est donné et ce qui peut changer ne marche pas, Hegel, nature/culture…

    A mon avis, Zizek commence par introduire la notion de praxis [11ème thèse sur Feuerbach] mais en y réinjectant tout l’idéalisme philosophique, comme un avatar de Sartre, sur le plan individuel d’un choix existentiel face à la réalité sociale…

    Zizek se réclame de Marx, mais in fine n’en retient pas l’essentiel, à savoir le passage au seuil qualitatif, et théorique, praxique, de l’analyse de classe.

    Allez savoir pourquoi votre fille, supposée “marxiste”, est sourde.

  3. norman
    30/01/2010 à 13:07 | #3

    de mon coté, la critique que j’opposerai à Zizek est de parler du communisme sans jamais aborder la question de la disparition de l’argent.

    quand = son analyse de la lutte des classes je crois ne pas trop trahir sa pensée en le formulant ainsi:
    le prolétariat aujourd’hui ce n’est plus la classe ouvrière mais les habitants des bidonville”.

  4. A.D.
    30/01/2010 à 23:58 | #4

    Il me semble qu’une fraction non négligeable de la classe ouvrière survit et passe sa vie dans des bidonvilles…
    Mais tous sont salariés, tous doivent trouver acheteur, leur situation ne tient qu’à peu de choses, un salaire.
    l’abolition du salariat ne pourra se produire sans lutte interne à la classe salariée.

  5. Patlotch
    31/01/2010 à 17:25 | #5

    Un tiers (1Md) de la population urbaine mondiale (3 Md) vit dans des bidonvilles*, soit près d’un humain sur 6 (6,8 Md).

    “Il me semble” qu’ils ne sont pas tous salariés : sans emploi, chômage, “économie parallèle”… à moins de considérer que les mafias et autres traficants sont des entrepreneurs comme les autres (la tendance est plutôt au devenir mafieux des entrepreneurs “normaux”).

    Le nombre de sans-emploi dans le monde a augmenté de 20 % avec la crise (de 2007 à 2009). Cf dernières nouvelles de l’OIT
    La crise a fait exploser le chômage dans le monde
    http://www.ilo.org/global/About_the_ILO/Media_and_public_information/Press_releases/lang–fr/WCMS_120466/index.htm

    * À Haiti, 70% de la population urbaine en bidonville, chiffre 2005. Le taux de sans emploi à Haiti était de 50 à 60% avant le séisme. http://www.statistiques-mondiales.com/haiti.htm

  6. A.D.
    31/01/2010 à 23:59 | #6

    « Il me semble » qu’ils ne sont pas tous salariés : sans emploi, chômage, « économie parallèle »… à moins de considérer que les mafias et autres traficants sont des entrepreneurs comme les autres”
    Vrai, et je ne suis pas loin de considérer comme tu l’écris, c’est le bon vieux Lumpen…
    Je voulais insister sur le fait qu’il n’y a pas de frontières strictes : ici les ouvriers ne vivent pas dans des bidonvilles…ailleurs, c’est moins sûr,
    D’ailleurs demain c’est moins sûr.
    Pour les chômeurs, ce sont des salariés qui ne le sont plus, leur statut est quand même défini par le fait qu’ils aient été salariés, ils sont des ouvriers,employés au chômage.
    Je doute que des porteurs de capitaux, des investisseurs internationaux crèchent dans les favelas, ou autre.
    Bien sûr il y a la petite entreprise, l’artisanat des trafics et de la débrouille, je ne vois pas la différence entre revendeur ou récupérateur de tout et de rien et ouvrier misérable, sous-payé qui survit de son travail journellement…

  7. Patlotch
    01/02/2010 à 15:49 | #7

    AD c’est le bon vieux Lumpen…

    Mais non, c’est pas “le bon vieux Lumpen”, sans parler même de ce qu’il était explicitement pour Marx, le supposé “allié de la bourgeoisie” ponts aux ânes des marxistes. Toujours est-il que la différence essentielle tient qu’il parlait là du capital en subsomption formelle.

    Dans la présupposition de la reproduction capitaliste en subsomption réelle, le prolétariat employé ou non est classe du capital, avant même d’aller au boulot. La question du retour de la revendication salariale doit s’entendre presque au sens de revenu vital, étant entendu que tout revenu est une redistribution de salaire direct ou indirect. Pas étonnant qu’on ait dû ferrailler avec les négristes sur la question du “revenu garanti”. Le nouvel “esclavage” n’est pas strictement celui du travail salarié, mais l’utilisation par le capital de tout le potentiel humain à sa disposition.

    C’est un premier glissement sur ce qu’est le prolétariat actuel.

    Je passe sur (AD) “Pour les chômeurs, ce sont des salariés qui ne le sont plus…” Quand on parle, par exemple, du chômage des jeunes, c’est pas tout à fait le cas. Mais ce n’est pas important, dans la mesure où le travail actuel est défini par sa précarisation, qui traverse la frontière entre les catégories anciennement bien cernées de salariés et sans emplois.

    Le deuxième glissement qu’opère la terminologie floue, c’est entre “ouvriers” et “classe ouvrière”, la seconde n’étant considérée que comme la collection des premiers, donc avec une définition du rapport salarial comme contrat individuel de travail, faisant écarn au rapport d’exploitation, qui est un rapport entre classes.

    C’est d’abord faux sociologiquement : prolétarisation massive des employés du tertiaire aux salaires et conditions de vie comparables à celles des ouvriers.

    C’est faux également sur le plan conceptuel, relativement au travail productif. D’une part sur le plan de ceux qui y participent directement, une bonne part des techniciens en blouse blanche et même sans blouse sont directement producteurs de plus-value (même le PCF théorisait ça dans les années 70, avec les ITC, ingénieurs, cadres et techniciens). D’autre part et surtout parce que “la classe ouvrière”, c’est le concept qualitatif de la classe antagonique du capital, etc…

    Je me demande si, à “classe ouvrière” et à “prolétariat”, pour évacuer ces confusions, on ne devrait pas préférer “classe prolétarienne”.

    Pour le reste, effectivement, je pense que la notion de travail et d’exploitation est assez problématique dans le domaine de l’économie parallèle et du trafic de drogue, tout le secteur mafieux au sens strict ou pas, dans les bidonvilles et autres favelas. Elle l’est notamment au regard de la perspective, quand on constate le chaos social, sans affrontement de classes évident du moins sur le terrain, que provoquent des situations telles que celle d’Haïti. Cela dit, ce ne sont pas des îles voire des continents isolés du rapport mondial de l’économie, à laquelle évidemment participent et l’économie de trafic et la main d’oeuvre qui en sort, massivement, pour aller bosser chez les patrons qui n’y “crèchent pas” (ex. Palestine).

  8. A.D.
    01/02/2010 à 20:01 | #8

    Je reconnais l’abus de langage pour Lumpen-prolétariat, autre temps(subsomption formelle) autre “moeurs”(réelle). Le milieu marseillais par exemple a naguère ( sous Deferre, fin des années 40, lors de grèves de 1947 peut-être..) servi à la répression et à l’intimidation des ouvriers et autres syndiqués. Bien des nervis doivent encore être recrutés pour toutes sortes de besognes et la fluidité entre gangs, para-militaires, polices est extrême.
    Je ne connais pas bien les favelas, ni le Brésil. Mais au Mexique les taudis abondent, notamment au Nord où sont implantées les usines “maquiladoras”, qui produisent pour les USA, montage de petit électroménager, vêtements, voitures, chimie…dans certains secteurs d’exploitation la main-d’oeuvre est presque totalement féminine, la quasi-totalité de ces femmes sont originaires du Sud et vivent dans les bidonvilles.
    Bien entendu, il y a la place pour le trafic, mais il y a surtout beaucoup de travailleurs “au noir”, dans les secteurs les plus pénibles. La plupart des gens ne trafiquent rien à rien et les familles, souvent mono-parentales (la femme élève les enfants avec l’aide d’autre femme de sa famille, ou seule.), les enfants doivent vite se débrouiller, c’est le vivier des narcos, ces enfants des taudis. Comment faire pour ne pas rester dans le “suburbio”, comment sortir de là ? Certains chefs narcos ont une réputation immense au Mexique (chansons populaires),ils sont renommés pour leur courage, bien sûr, mais aussi pour leur générosité redistributive….
    Ton rappel est bien venu, le point de vue exposé tient bien.
    moi, je pense “classe”, sans qualificatif, sans qualité, et même sans rien : la classe…

  9. norman
  10. A.D.
    04/02/2010 à 14:03 | #10

    “A notre avis, la nature de la société n’a pas changé depuis 1848, elle s’est même renforcée et approfondie, les conditions des crises révolutionnaires sont toujours là, donc la possibilité de révolution communiste aussi.” trop Loin

    Renforcée et approfondie, mais inchangée ? Cela ne veut plus dire grand-chose, ou bien en caricaturant : La nature des sociétés scindées en classes n’a guère changée depuis…la nuit des temps, cette nature s’est approfondie et renforcée ?

    “La révolution est déterminée par des circonstances favorables, mais celles-ci créent une occasion à saisir, et…” trop Loin

    Les circonstances favorables : les conditions objectives/subjectives ? C’est une tautologie.
    “Non pas parce que le capitalisme n’aurait pas encore atteint la phase qui permette la révolution communiste. Mais parce qu’à peu près toutes les conditions de l’époque étaient contre eux. Ils sont même allés au-delà de ce que permettait la période…”
    Mais ces”conditions” n’étaient pas l’époque elle-même? Quoi d’autre?

  11. norman
    04/02/2010 à 21:02 | #11

    ” A notre avis, la nature de la société n’a pas changé depuis 1848″.
    je n’aime pas non plus cette phrase et je crois que c’est un faux débat de démontrer que tout est pareil ou que tout a changé.
    Évidemment les deux ont raison.
    pour le reste je ne comprends pas bien votre objection
    pourriez vous être plus explicite ?

  12. A.D.
    05/02/2010 à 16:45 | #12

    “Non pas parce que le capitalisme n’aurait pas encore atteint la phase qui permette la révolution communiste. Mais parce qu’à peu près toutes les conditions de l’époque étaient contre eux. Ils sont même allés au-delà de ce que permettait la période… »

    ” Toutes les conditions de l’époque” et “la phase” ( par exemple le cas Espagnol en 1936) c’est la même chose. Le rapport entre les classes est la condition et la phase, ce rapport n’est pas le même en 1848, en 1936, en 2010.
    Ce rapport contenait en période de domination ou subsomption formelle contradictoirement l’affirmation du travail (programme), en 1936 il y a crise de cette affirmation, dans une restructuration(crise de 29, jusqu’à après II guerre mondiale) impliquant le passage à subsomption réelle, etc…
    Le mode de production, malheureusement actuel a une histoire, sa périodisation permet de saisir sa dynamique et ses moments comme rapport entre les classes.
    Donc les crises économiques, contrairement à la métaphore rapportée de L.Trotski, sont et ne sont pas le pouls (contraction/expansion) qui ne dit rien du coeur du rapport dans le corps scindé de la société de classe qu’est la société bourgeoise du mode de production…la tachycardie, ou son contraire peuvent s’avérer mortelles.

    Il est question dans ce texte de “qu’est-ce que la théorie?”
    Je pense à ce que font les théoriciens : ils écrivent ce qu’ils sont parvenus à comprendre de l’air du temps. C’est une manière de lutter, et même de vivre, même si ce n’est ni militer, ni organiser, ni avant-garder, c’est la suite et la fin de cela sur ces bases là : le milieu, l’activisme.
    Salut, et au plaisir…

  13. norman
    05/02/2010 à 22:39 | #13

    effectivement,à la question sur la théorie je préfère la réponse de Zizek:
    “nous avons absolument besoin de théorie, c’est la seule façon de rendre visible ce qui sans quoi nous échapperait”

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