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Mexique : « Extrême gauche, identité et crise : la communisation comme symptôme »

En traduction DeepL, un texte d’un camarade du mexique; DNDF
« Extrême gauche, identité et crise : la communisation comme symptôme »
« L’activisme d’extrême gauche au Mexique traverse une phase de recomposition qui révèle à la fois sa puissance critique et sa crise structurelle. Après des décennies marquées par le conseillisme, le bordiguisme, l’anti-partiisme, l’autonomisme, l’insurrectionnalisme anarchiste, le communisme des conseils et diverses variantes anti-étatiques, on observe aujourd’hui un glissement discursif vers la « communisation » comme nouvel axe de radicalité. Mais ce tournant, loin de résoudre les tensions accumulées, les condense.
Historiquement, l’extrême gauche s’est définie par une critique implacable des médiations classiques du mouvement ouvrier : parti, syndicat, parlementarisme, front populaire, transition démocratique. Elle a dénoncé la forme-parti comme cristallisation bureaucratique, la représentation comme séparation, la démocratie comme forme politique du capital. C’est dans ce geste négatif que résidait sa cohérence : ne pas réformer le capital, mais remettre en question ses formes d’organisation sociale.
Cependant, cette constellation est entrée en crise lorsque le cycle historique du prolétariat industriel de masse s’est épuisé. Les catégories de « reconstruction du parti », « retour aux conseils » ou « relance de la grève générale » ont commencé à fonctionner dans le vide. La composition de classe s’est transformée ; la précarisation, l’informalité et la fragmentation ont remplacé la concentration industrielle. Au lieu d’assumer pleinement cette mutation, une grande partie de l’extrême gauche a oscillé entre la répétition rituelle de vieilles formules et le glissement vers des formes d’activisme immédiat.
Dans ce contexte, un regain d’intérêt pour la communisation émerge. Mais c’est là qu’apparaît le problème central : la communisation, comprise de manière rigoureuse, n’est ni une identité politique ni un courant auquel s’affilier. Ce n’est pas une étiquette permettant de se distinguer sur le marché des radicalités. Elle désigne une hypothèse historique : l’abolition immédiate des relations sociales capitalistes comme résultat de la crise interne de la lutte des classes elle-même, où le prolétariat ne peut plus s’affirmer en tant que classe sans reproduire sa condition.
Lorsque cette idée se transforme en identité – « nous sommes des communisateurs » –, elle perd son sens théorique. Elle devient un marqueur symbolique dans les circuits éditoriaux, étudiants et culturels. Et cela est particulièrement visible au Mexique, où des secteurs de la classe moyenne radicalisée, des étudiants universitaires précarisés et des collectifs culturels adoptent le lexique de la communisation tout en conservant des pratiques profondément interclassistes et démocratistes.
L’interclassisme fonctionne ici comme un symptôme. Face à la fragmentation sociale, on fait appel au « peuple », aux « communautés », aux « quartiers », aux « exclus », comme si l’hétérogénéité pouvait se résoudre en une unité morale contre l’État ou le néolibéralisme. Les étudiants, les travailleurs informels, les petits propriétaires ruinés, les artistes, les militants écologistes et les secteurs lumpénisés apparaissent comme un bloc homogène. La détermination structurelle de la relation capital-travail se dilue dans une politique d’alliances larges.
Cette tendance converge avec le démocratisme radical. L’assemblée permanente, l’horizontalité absolue et la fétichisation de la participation remplacent toute analyse de la valorisation. On suppose que la radicalisation de la forme démocratique – plus de participation, plus d’autogestion, plus de réseaux horizontaux – érode le capital. Mais la forme démocratique n’est pas un espace neutre ; c’est une forme politique historiquement articulée avec la reproduction de la société capitaliste. La radicaliser n’équivaut pas à l’abolir.
Ici, l’extrême gauche devient le reflet inversé de la social-démocratie. Alors que cette dernière cherche à gérer le capital par le biais de l’État et de la redistribution, la première imagine pouvoir le dissoudre par des pratiques horizontales sans s’attaquer directement à la structure de la valorisation. L’une institutionnalise la médiation, l’autre l’informalise. Mais toutes deux restent dans l’horizon démocratique comme postulat.
L’activisme prend alors un caractère performatif. Marches constantes, occupations symboliques, confrontations épisodiques, production incessante de communiqués. L’intensité remplace la stratégie ; la visibilité remplace la transformation matérielle. La politique se réduit à une éthique de cohérence individuelle ou collective. La rupture est théâtralisée.
L’alliance avec des secteurs lumpénisés — parfois romancée comme une radicalité pure — ne résout pas non plus cette crise. Sans médiation structurelle, ces alliances ont tendance à reproduire des dynamiques de violence dépolitisée ou d’économie informelle subordonnée au capital lui-même. Le geste insurrectionnel devient esthétique. Le conflit devient spectacle.
La crise de l’extrême gauche n’est pas simplement organisationnelle ; elle est catégorielle. Elle se manifeste lorsque la critique de la forme-parti se transforme en rejet abstrait de toute organisation, lorsque la critique du travail devient une posture anti-travail sans analyse du travail abstrait, lorsque l’abolition de la valeur se réduit à un slogan. La communisation devenue identité fait partie de ce symptôme : elle exprime l’épuisement des paradigmes antérieurs sans assumer pleinement les implications théoriques de cette crise.
Si la communisation a un sens critique, c’est précisément celui de nier la possibilité d’une affirmation positive du prolétariat en tant que sujet révolutionnaire stable, ainsi que l’illusion d’une phase démocratique radicale préalable. Elle ne peut être ni un programme, ni une plateforme, ni un style militant. Encore moins une sous-culture.
Le problème n’est pas la radicalité, mais sa forme sociale. Lorsque la critique devient identité, elle entre dans le même circuit qu’elle prétend détruire : concurrence symbolique, capital culturel, différenciation de niche. À ce stade, l’extrême gauche cesse d’être une négation effective et devient une variante esthétique de la politique contemporaine.
La tâche critique exigerait quelque chose de plus difficile : analyser la transformation réelle du rapport capital-travail au Mexique, la décomposition sociale, la subsumption élargie, la violence structurelle et la forme spécifique que prend la reproduction du capital dans le contexte actuel. Sans cet ancrage, l’activisme oscille entre la nostalgie révolutionnaire et la théâtralisation permanente.
Et dans ce va-et-vient, il finit par être, sans le vouloir, le miroir inversé de ce qu’il combat. »

 

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