Temps Libre : « Retour sur une fuite en avant : Théorie Communiste face à la question des classes sociales »

« Ce texte de réponse paraît pratiquement trois ans après les critiques formulées dans le vingt-septième numéro de la revue Théorie Communiste (TC) à l’encontre des thèses défendues dans Temps Libre no 2. Plutôt que de chercher à répondre à ces critiques de façon exhaustive, il nous a semblé plus pertinent de nous confronter directement aux développements théoriques positifs de TC no 27. En ce sens, le texte qui suit s’organise autour de la problématisation des idées centrales développées dans ce dernier numéro : le « passage à la vie quotidienne », la priorité accordée aux apparences et la mise au second plan du mouvement réel et, enfin, le prolétariat pensé comme un « moment » de la classe ouvrière. À travers cette discussion, ce texte se veut l’occasion de dénouer certains nœuds théoriques qui, s’ils ont été tenus à l’écart du troisième numéro de Temps Libre, méritent néanmoins d’être traités pour eux-mêmes. Ou autrement dit, abstraction faite du sentiment de devoir rendre hommage à l’énergie que TC a déployée pour nous répondre, c’est la volonté de faire progresser la théorie communiste des classes, en nous attaquant à ce qui la retient en arrière, qui nous pousse à revenir sur ces différents éléments. »

Avant de peut-être revenir sur cette minutieuse et stimulante critique de TC 27 (le genre de critique sque l’on souhaiterait plus fréquentes), je dirai juuste quelques mots sur une note que je copie ici
« Dans une note, TC fait même l’observation suivante : « Cela soulève beaucoup d’interrogations théoriques générales de constater qu’un ouvrier se retrouve plus à l’aise aux côtés de son petit patron qui, de toute façon, tire un profit de son travail, qu’avec un instituteur ou un prof débutant dont le revenu peut être inférieur au sien. » (« Gilets jaunes », TC, no 27, p. 168). Qu’est-ce que ce fait révèle? Que le patron n’est pas un patron parce que son employé est plus à l’aise avec lui qu’avec un prof? Au contraire – et c’est la conséquence que TC semble incapable de tirer – cela nous fait clairement voir que la « vie quotidienne » ne joue aucun rôle au niveau l’appartenance de classe des agents. Ce qui compte, de ce point de vue, c’est uniquement la place occupée dans les rapports de production et de subordination, parce que cette place définit une fonction spécifique, donc un rapport spécifique à la reproduction de la totalité. »
« la « vie quotidienne » ne joue aucun rôle au niveau l’appartenance de classe des agents. Ce qui compte, de ce point de vue, c’est uniquement la place occupée dans les rapports de production et de subordination »
Il se peut que la vie quotidienne ne joue aucun rôle « au niveau de l’appartenance de classe des agents », mais quand elle joue un rôle au niveau de la configuration de la lutte des classes, on peut se demander comment articuler la « conceptuelle appartenance de classe » et la lutte des classes, c’est tout le propos de TC 27. On peut renvoyer les faits à une sorte d’inexistence théorique, mais alors ils vous reviennent dans la figure et parfois cruellement. Existe-t-il une définition des classes préalable à leur existence comme lutte des classes ? Cette définition existe, mais ce n’est qu’une définition. C’est un immense problème théorique que d’articuler ce que sont les classes dans leur être avec leur existence Est-ce que « l’être » existe » en dehors de son « existence » ? Je dirai oui, mais , en tant « qu’en-dehors », il ne s’impose que dans l’existence, c’est-à-dire, concrètement, comme un de ses moments. Ne pas comprendre cela et en tenir compte c’est se condamner à ne jamais comprendre une situation et à se situer en elle.
Une petite suite au commentaire précédent
« Croire que la révolution sociale soit concevable sans insurrections des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes politiquement inconscientes contre le joug seigneurial, clérical, monarchique, national, etc., – c’est répudier la révolution sociale. C’est s’imaginer qu’une armée prendra position en un lieu donné et dira : “Nous sommes pour le socialisme”, et qu’une autre, en un autre lieu, dira : “Nous sommes pour l’impérialisme”, et que ce sera alors la révolution sociale ! […] Quiconque attend une révolution sociale “pure” ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. […] La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement – sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible – et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, …» (Lénine, Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, juillet 1916). Bien sûr, le texte de Lénine est politiquement daté et se poursuit sur les mesures programmatiques de la prise du pouvoir et de l’affirmation du prolétariat, sous la ferme direction du Parti ; il n’empêche que, moyennant quelques mises à jour des termes, on peut dire maintenant que c’est en se nouant dans la vie quotidienne, de par les spécificités de la subsomption réelle du travail sous le capital, de la restructuration des années 1970-1980 et de la crise actuelle, que les contradictions de ce cycle de luttes bouleversent, pour le meilleur et parfois le pire la « détermination en dernière instance » et qu’une révolution sociale, comme le dirait Lénine, est une lutte « disparate » « discordante » et « bigarrée ».
Salut !
Citation pour citation des Illustres au lieu de Lénine je préfère Rosa Luxemburg :
Il faut à la révolution sociale le torrent de la vie écumante et sans limite, pour trouver les millions de formes nouvelles, d’improvisations, de forces créatrices, de critiques salutaires dont elle a besoin pour, en fin de compte, se dépasser toujours elle-même, corriger elle-même tous ses faux pas. »
Quand je relis la critique par TC de sa critique par TL dans TC27 (en ligne sur le site de TC), je peine à croire que son appréciation de ce texte comme minutieux, stimulant et trop rare en son genre serait dépourvue d’ironie. RS doit se réjouir de retrouver un interlocuteur critique qui dispose d’autant de « temps libre » à lui consacrer, après les confrontations avec Aufheben, Temps critiques, ou même au sein de Meeting et Sic.
Il faut dire que même Temps Critiques* a été moins sévère que TL dans son appréciation de TC27.
* Sur quelques accords et désaccords… site de Temps critiques, 29 septembre 2023
Au-delà de la définition des classes et du prolétariat on observe que le différend s’élargit dans cette nouvelle réponse de TL à pratiquement tout ce que TC a conceptualisé d’essentiel depuis la crise de 2008, hormis sur les questions de genre et de race.
J’avoue certes ne jamais avoir bien compris l’unification par TC des crises de suraccumulation et de sous-consommation, et qu’aujourd’hui indépendamment de cette explication post-Mattick, je ne vois pas la différence, ni ne saisis le développement de TL.
Sur la déconnexion de la reproduction de la force de travail de la production de valeur dans la restructuration des années 70, avec l’explication par Amir, j’ai l’impression que TL répond à côté du problème essentiel qui produit la mondialisation à cette époque.
La critique sur « mouvement réel et apparences ou formes d’apparition » me semble outrancièrement caricaturale et de mauvaise polémique, plus formaliste que dialectique. Accuser TC d’idéalisme en s’appuyant sur Hegel, fallait le faire…
Tout ça pour quoi ? Sur quelle théorie d’ensemble et cohérente, rendant compte du mouvement réel du capitalisme depuis 50 ans et sur quelle analyse du moment présent s’appuie TL, hors sa définition de la classe ouvrière productrice comme collection d’individus accomplissant ou non telles ou telles tâches ? Et dans quel but ? Car pourquoi vouloir à tout prix discerner dans des luttes interclassistes qui appartient à quelle classe sur la base chatrée de la production plutôt que ce que font en commun ou différemment et visant quels objectifs, compatibles ou non, ceux et celles qui y participent de façon « disparate, discordance et bigarrée » ?
Oui, il y a quelque chose de creux dans la critique de TL, sur une base qui n’est plus que faussement proche des thèses communisatrices. « Creux » dans le sens d’un manque d’élaboration théorique rendant compte effectivement du mouvement réel d’accélération historique nous avons sous les yeux.
Ce texte de TL ne me paraît qu’un détour par une fuite en arrière.
Je suis toutefois gêné par ce qu’on entend par vie quotidienne, si elle devait se comprendre comme lieu des
seuls rapports de reproduction, ou a fortiori des rapports de distribution dont TC dit qu’ils surdéterminent les rapports de production dans la crise de 2008. D’une part la reproduction du capital dépasse largement la seule distribution des marchandises, d’autre part l’activité de travail, productif ou non, fait partie du quotidien des actifs de toutes classes sociales. La journée de travail, c’est de la vie quotidienne par excellence.
Par conséquent, et sauf si la notion conceptuelle de vie quotidienne excluait explicitement le temps passé à travailler, que ce soit en horaires officiels ou en dehors (télétravail, temps de transport, relations avec l’employeur hors temps de présence…), elle inclut et les rapports de reproduction et les rapports de production, toute la vraie vie, quoi ;-)
Enfin, d’une façon non pas théorique mais tombant sous le sens, il me paraît logique, si nous comprenons le système capitaliste en période avancée de subsomption réelle, cad de domination pour ne pas dire de définition de toute la société (la « société capitalisée » de Temps Critiques), autrement dit de tout ce qui se passe partout jour et nuit pour tous et pour chacun.e, que « la vie quotidienne » soient les mots pour le dire, par delà leur trivialité dont semble au demeurant jouer TL dans sa critique, comme s’ils étaient trop banals et dépourvus de la noblesse des concepts auxquels s’attend l’amateur de théorie exceptionnelle.
D’une certaine façon et malgré le drame historique (quotidien) de l’actualité, c’est plutôt une bonne nouvelle que la contradiction capital-(prolétariat) – parenthèses pour la virtualité, le « noch nicht » de son activité révolutionnaire -, que cette contradiction apparaisse voire se produise dans tous les aspects de la vie, puisque ce sont tous ces aspects qu’il s’agit de révolutionner. En effet, comment pourrait-on avoir envie de changer ce qui ne pose pas pour soi un problème vital… et quotidien ?
« Quand je relis la critique par TC de sa critique par TL dans TC. 27 (en ligne sur le site de TC), je peine à croire que son appréciation de ce texte comme minutieux, stimulant et trop rare en son genre serait dépourvue d’ironie. » (Un passant)
C’est toujours un peu déplaisant de se trouver face à une personne dont la perspicacité psychologique vous met amicalement à jour comme si vous étiez transparent.
Quant à Luxemburg, je préfère la froide analyse de Lénine des classes et de leurs segments à l’avalanche de métaphores littéraires de la baby-sitter des époux Kautsky.
R.S
A la lecture des différents numéros de TL et des critiques de TC mais aussi avec cette notion de « vie quotidienne » que TC a remis sur l’établi, je crains un peu de voir arriver par la fenêtre une réhabilitation de la notion d' »individu », de « sujet » que TC a toujours su mettre à distance (voir entre autre l’extrait des notes 5 en début du Dazibao, sur ce site). Une espèce de « philosophie sociologique » quoi….
Bien sur, il n’est pas question de soupçonner TL d’un quelconque humanisme, ils sont suffisamment orthodoxes pour s’en prémunir mais… Mais pas le biais d’un certain « sociologisme », le retour de l’agent, de l’acteur, du sujet presque en lieu et place de la lutte des classes doit quand même interroger. L’énergie que TL met à définir sociologiquement Le Prolétaire, pour pouvoir clairement répartir qui en est et qui n’en est pas pose pour moi un vrai problème de définition de l’exploitation, de la lutte des classes.
@R.S.
TL et TC sont dans un bateau. TL tombe à l’eau : qu’est-ce qui reste ?
Sans excès de « perspicacité psychologique », sur la simple base du contenu de désaccords qui s’avèrent plus larges et plus profond, j’ai cru comprendre qu’il convenait d’apprécier la minutie de TL parce qu’elle justifiera une nouvelle réponse sans appel. Principe des faire-valoir, pour le débat et devant le tiers lecteur et témoin, une critique négative vaut mieux que rien ou des approbations d’adeptes. L’ironie ne m’aurait pas semblé imméritée, mais je suis impardonnable d’avoir été « déplaisant ».
Vive le Québec libre… de son temps
Remarque en passant, 1
Dissertant sur « le mouvement réel (et ses formes d’apparition) », TC27, et plus encore TL semblent mettre de côté qu’il est mouvement, comme si Marx s’était contenté de l’appeler « réalité », comme quelque chose de fixe. TC réfléchit à raison sur ce qu’est cette réalité, si ce n’est un concept, en dehors de ses formes d’apparition.
Ici, parenthèse, si le mouvement réel n’existe que dans les relations, connexions, entre ses formes d’apparition, pourquoi dire « d’apparitions » et pas tout simplement « formes » (du mouvement réel). Avec la formulation « apparition » on aboutit à cette idée piégeante de vouloir dévoiler la vérité sous « l’apparence trompeuse des choses » (Marx). Or les choses n’existent qu’une fois, leurs forme sont leur réalité, mais le fait est qu’elles peuvent nous apparaître autrement qu’elles ne sont. L’erreur, ou l’aliénation, le fétichisme… sont dans notre tête, notre regard, notre point de vue, et surtout notre façon de penser.
Je reviens à mon propos. Le mouvement considéré, en l’occurrence c’est le cycle complet du capital, ses trois moments entre conditions de départ et résultats (achat-vente de la force de travail, subsomption du travail sous le capital, transformation de la plus- value en capital), puis leur retour identique dans son principe si ce n’est dans ses dimensions qualitatives (c’est dans le temps une spirale ascendante plutôt qu’un tour de cercle dans un plan, sans quoi il n’y a pas d’histoire mais un mouvement perpétuel).
C’est dans une vision de ce genre, quasi héraclitéennne, qu’il faut interroger ensemble rapports de productions et rapports de reproduction, dont rapports de distribution (et de consommation). Les interroger ensemble et réciproquement chacun du point de vue de l’autre, successivement, en rotation. C’est seulement ainsi qu’on peut avoir une idée dynamique du mouvement d’ensemble.
Alors, à partir d’une telle conception complexe de l’analyse, réellement dialectique, fluide à travers les contradictions à l’œuvre autour de celle entre prolétaires en vie et valeur en mouvement, du mouvement général, il ne vient plus à l’esprit de les séparer, de les opposer, ou même à la limite de dire que l’une surdétermine l’autre (cette notion de surdétermination a l’inconvénient de devenir mécaniste si l’on oublie le cycle, le mouvement).
Je crois qu’une grande part de la difficulté de compréhension vient d’un esprit pas suffisamment dialectique, car il doit lui-même être en mouvement, tenir plusieurs choses à la fois, et quand il l’expose, s’il est théoricien, avoir un souci permanent que les choses puissent ainsi être comprises dans leur mouvement, je dirais même comme mouvement, pas seulement comme une succession de moments – d’arrêts sur image -, mais de rapports, et le tout comme rapport de rapports. J’ai en tête des images de topologie où les choses s’incluent réciproquement les unes dans les autres (une véritable patouze, en vérité ;-)
Dans toutes ces considérations mettant au centre « la vie quotidienne », c’est d’autant plus important qu’elle ne se donne pas d’abord comme concept, mais comme formes de la vie de tous les jours, et que les gens ne vivent pas leur quotidien deux fois. L’enjeu de désobjectivation serait qu’ils le perçoivent en temps réel comme « le mouvement réel ». Du moins l’exposition théorique doit-elle produire ce miracle, cette performance, être performative. C’est d’ailleurs à cette condition que la théorie, en retour vers sa source, pourrait parler aux luttes, cad aux lutteurs et lutteuses comme sujet de possibles révolutionnaires.
LA RÉVOLUTION SERA IMMÉDIATEMENT THÉORIQUE OU NE SERA PAS.
Dans mon commentaire #9, lire « dimension quantitative » et non qualitative.
«Le Prolétaire, pour pouvoir clairement répartir qui en est et qui n’en est pas pose pour moi un vrai problème de définition de l’exploitation, de la lutte des classes.» (Lisbeth)
Temps Libre ne semble pas connaître grand chose au prolétariat concrètement c’est pourquoi il s’amuse comme des petits scientifiques universitaires à décortiquer le prolétariat comme concept mais pas vraiment comme réalité. Pour le prolo, la contradiction du capital c’est sa misère quotidienne, ses périodes de chômage, ses accidents de travail, ses licenciements, ses fins de mois, ses enfants qui ont faim, etc… qu’il soit un productif de plus-value ou pas.
« Quant à Luxemburg, je préfère la froide analyse de Lénine des classes et de leurs segments à l’avalanche de métaphores littéraires de la baby-sitter des époux Kautsky. » (R.S.)
C’est peut-être juste une question de goût et de mauvais goût, mais je préfère de loin :
La douce et chaleureuse littérature
D’une spartakiste
Que l’analyse froide et dure
D’un tchékiste
Poète Pouet
@Lisbeth salander
Franchement je ne sais pas si ce risque existe et pour qui, d’autant que selon toi TL en serait épargné de par son « orthodoxie ».
Je sais bien, à travers quelques échanges sur le dazibao de dndf, que nous avons au sujet de l’individu comme sujet, de forts désaccords, un abcès qu’il faudra bien crever un jour.
La fameuse 6ème des Thèses sur Feurbach nous dit que
» (…) l’essence de l’homme n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé.
Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux.
(…) »
Parenthèse préliminaire : en l’écrivant Marx n’a pas voulu nous dire ce qu’était « l’individu pris à part », mais la nature de l’être humain (des êtres humains en général), pour autant qu’on puisse lui trouver, ou à l’humanité même, une « essence”, qui ne ne manquerait pas d’avoir une ”origine”, un peu plus tardive que les grands singes tombés des arbres droits debout sur leurs pattes comme dans les rêves de Jack London (« Avant Adam », 1907). Bref je pense qu’il faudrait prendre « essence » dans un sens changeant avec l’histoire, sans quoi elle ne saurait être ”l’ensemble des rapports sociaux”, ce serait une contradiction dans les termes.
Cela n’empêche qu’on puisse faire jouer cette thèse à l’envers (à rebours ?), pour penser ce qu’est l’individu. Il est un être ’singulier’ qui est le seul et unique, comme disait Stirner, à posséder en propre tel ensemble de rapports sociaux, ou au-delà telle ’particularité’ qui le font être semblable à, selon, tous les mâles blonds, toutes les femmes bourgeoises, tous les ouvriers producteurs de plus-value, toustes les « camarades » de « notre milieu”, et telle ’généralité’ qui le font semblable à toustes les autres êtres humains, ce qui n’a rien d’une vision ’humaniste’.
Partant de là je ne vois pas quel inconvénient il y aurait à considérer et assumer ce qu’est un individu singulier, sachant qu’il est exclu de le prendre ”à part”, en dehors de l’ensemble des rapports sociaux qui le définissent, dans toute sa biographie jusqu’à son présent, notamment ses rencontres avec d’autres individus, vivants en chair et smartphone ou morts auteurs de livres, d’œuvres d’art, etc.
Pour autant qu’on puisse imaginer, projeter la communauté humaine communiste, je crois qu’elle est libération de toutes les potentialités de chacun (Marx ne manque pas de parler des individus comme tels au singulier : ”de chacun selon ses possibilités…”), et non pas une sorte de retour à un avant historique de la production de l’individu, puis de « l’individu capitaliste”.
Sinon quoi ? La communauté humaine communiste comme collectivisme ? Effacement, au demeurant impensable, des singularités : détruites pour les so called « individus directement sociaux”, ce monstre théorique ?
Jad Hatem a écrit en 2002 un petit livre intitulé ”Marx philosophe de l’intersubjectivité », dont je ne crois pas qu’il s’agissait d’une approche humaniste mais suivant l’évolution de Marx jusqu’au moment où c’est le travail qui devient le premier des rapports sociaux entre les sujets humains.
https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/marx-philosophe-de-lintersubjectivite/62054?srsltid=AfmBOoptKhbjk60MRjayuhtOM1_92LxFNdFf0wngSRsH501hSfsdgEBx
Cette idée d’intersubjectivité, ou d’inter-humain au niveau des individus comme des classes ou des genres (au pluriel) doit nous aider à trouver ici une relation apaisée avec ce qui se rapporte à l’individu : pour faire mentir Rimbaud, ’je’ n’est pas ‘un autre’, il est littéralement constitué, produit et construit ’de’ ses autres, mais qui pris ensemble ne sont toujours que les siens, ‘ses rapports sociaux’ à lui.
Vu comme ça je ne comprends pas l’obstination qu’il y a dans Dazibao à conchier tout ce qui est ’perso’, individu, artiste, ’auteur’ qui n’existerait pas (idée pesant très lourd de cacahuètes pour un RS parmi les técéistes, et vous le savez…), jusqu’à effacer l’origine des citations (résultat : les couper de leur contexte, comme cette adoration de ”anonymes numéros 1, 2, 3… qui fait perdre toute relation possible entre les propos d’un même individu dans les commentaires, le comble de la perte de sens, et de bon sens près de chez Marx.)
Dans tout ça j’ai perdu en route les camarades québécois de TL, dont le problème n’est pas en soi le ”sociologisme” (s’il n’était pas bricolé pour leur cause) mais l’incompréhension du passage de la singularité à la classe prolétarienne comme particularité conceptuelle dans son rapport au capital. Ils se prennent tellement les pieds avec les mains, comme disent les Portugais, qu’ils en ont les esgourdes ensablées et s’interdisent par là paradoxalement de penser la singularité du prolétaire comme ensemble de ses relations sociales, et ceci, problématiquement, dans ’la vie quotidienne’ qui est de moins en moins séparée du rapport de travail, et réciproquement, cf TC27.
LE prolétaire « pris à part » n’existe pas, sans quoi on ne peut pas définir le prolétariat comme classe. Mais ça ne signifie pas qu’il n’existe pas comme individu, dans sa singularité, et donc comme sujet potentiel des luttes auxquelles il participe, de façon révolutionnaire… ou pas.
Ceci n’est pas une réponse complète sur le fond de ton commentaire mais j’aime bien cette citation du Dazibao ( qui vient de TC d’ailleurs) et qui figurait en en-tête de dndf jusqu’à il y a peu:
« L’individu dans sa singularité la plus immédiate n’est pas un donné subsistant par lui-même, enserré ensuite dans des formations sociales de plus en plus générales; aucun « je » n’existe d’abord pour lui-même avant d’être en rapport. Il n’est une singularité qu’en étant toujours en rapport avec d’autres singularités et en existant comme singularité dans ces rapports, dans une totalité de rapports (« tout rapport à soi n’existe que comme rapport aux autres ») »
À propos de la citation de Rosa Luxemburg apportée par Jean en #3, elle date de l’été 1918, alors que Luxemburg est en prison depuis 1916 et n’en sortira qu’en novembre 18. Ce passage est précédé d’un paragraphe défendant ”la liberté”, notamment de ”penser autrement”, ce qui en situe le contexte et en explique le sens.
On voit donc qu’elle n’a pas de rapport de signification avec Lénine cité par RS concernant la segmentation du prolétariat et l’interclassisme inévitable en période révolutionnaire.
Après, on peut avoir ses préférences entre les dieux et déesses des révolutions antérieures. Moi, par exemple, c’était Miles Davis et John Coltrane, dont on fêtera les centenaires cette année. Leur musique n’a pas pris une ride. C’est ça, la classe !
Hello passant, je ne sais pas si abcès il y a a crever dans ce Dazibao mais
C’est la deuxième fois en peu de temps que je remarque un biais dans ta façon d’aborder les thèmes où les problématiques. Sur l’abolition des genres d’abord puis sur cette histoire qui ne passe pas d’un individu qui ne serait qu’une « baudruche philosophique ».
Dans les deux cas, en filigrane, il apparaît que tu lâches la proie pour l’ombre. Tu t’éloignes d’une démarche qu’on pourrait appeler scientifique et bien sûr également marxienne: « se tenir le plus loin possible de nos perceptions ». Ou, comme comme dirait l’autre « tout considérer du point de vue de l’universel ». Sur le genre comme sur la critique des auteurs, on sent que tu te sens piqué ad personam. Et c’est souvent le cas chez celles et ceux qui ne supportent pas la très belle phrase de RS, « les auteur.e.s ne sont que des accident de la pensée ». Et, en général, s’ils ou elles ne la supporte pas, c’est que,quelque part, ils se conçoivent en fait aux même comme des auteurs,des poètes.
Difficile en effet d’imaginer que notre anatomie ne définisse plus notre place dérisoire dans nos rapports au monde. Ou le fait que ce que nous sommes (et quoique nous soyons) n’est jamais que la résultante de toutes nos déterminations, comme n’importe lequel des quidams…
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@Pepe
Ta réponse me confirme que s’il n’y a pas ”abcès à crever” il est nécessaire de clarifier nos points de vue. J’ignore sur quoi tu fondes que mon appréciation renverrait à mon égotisme artiste. D’une part il est vrai que j’ai consacré des décennies de ma vie à la musique, à la poésie, à la peinture, avec une intensité et une place dans ma vie quotidienne bien supérieure à mon travail de salarié, que je vivais comme alimentaire. Ce que j’en retire c’est de connaître la posture dans laquelle se situe un créateur, un inventeur, un chercheur et, pas très loin de la même position, un théoricien a fortiori du communisme parce qu’il s’agit aussi de se projeter dans quelle chose de nouveau, voire d’inconnu. En l’occurrence, dans le regard des autres, c’est l’œuvre qui devient sujet (”oeuvre-sujet”, Henri Meschonnic, poète et théoricien du langage). La biographie de l’artiste ou du penseur, on s’en fout, sauf éventuellement pour ce qu’elle expliquerait l’œuvre. La formule de RS, ”les auteurs comme accidents de la pensée” renvoie aussi à sa modestie et surtout à la conception que TC a de la production théorique (dite au sens ’restreint’) comme expression écrite de ce qui se passe dans la réalité des rapports économiques et sociaux, et de la lutte des classes, et il est justifié de considérer l’auteur s’effacant derrière ce qui devient le véritable sujet, les textes de TC, œuvre-sujet, interface avec le monde réel via les lecteurs de TC. L’accident de la pensée, cela a pu être au départ une rencontre aléatoire, mais pas de n’importe quoi avec n’importe qui, et, avec le temps il n’y a plus rien d’accidentel, le travail théorique devient une habitude, un besoin, une addiction, pour le meilleur et pour le pire. Il faut encore ajouter que cette formule se justifie plus encore quand la théorie communiste n’est pas considérée comme un outil de l’action, et donc son auteur comme un maître à penser ou agir, un « chef de parti”. La boucle est bouclée très logiquement concernant RS comme auteur de TC et de la formule en cause. On admettre que c’est assez différent d’un artiste, auteur de roman ou autre.
Mise au point : je n’ai pas à me considérer comme ceci ou cela, encore moins un ”auteur” que je ne serais pas, puisque j’ai réalisé des choses, des dizaines de compositions (enregistrées à la Sacem), des centaines de collages et peintures, des milliers de poèmes. Quelque part c’est un ”métier”, des métiers (savoirs, savoir-faire, compétences,,,), mais ce dont je suis le plus fier c’est ne n’avoir jamais voulu le vendre, en faire une marchandise, de sorte qu’elles n’ont été que les produits gratuits d’actes gratuits, garantissant ma liberté de création sur auto- commande : pas de mécène, pas de commande, pas de subvention d’Etat et d’intermittence du spectacle (sic), et personne susceptible de l’acheter. J’estime que ce à quoi j’ai consacré l’essentiel de mon temps de vivre participe de me définir par mes actes, ce qui est pour tout le mondre légitime. C’est bien dommage d’avoir comme à s’en expliquer, voire s’en justifier contre une projection assez fantaisiste voire blessante de ta part.
Bref, moi aussi je déteste la posture artiste en société, mais ça n’a rien à voir avec le fait incontournable que certaines créations intellectuelles ou artistiques, et même artisanales, passent par le travail d’un ou d’une seule, quels qu’ait été son cheminement pour y parvenir, et c’est là qu’intervient sa constitution de sujet comme ”ensemble de ses rapports sociaux”. Je n’ai aucun problème avec la citation de TC que tu donnes en #14.
La singularité d’un individu n’a concrètement rien d’une ”baudruche philosophique”, et cela vaut pour tous les individus de toutes classes sociales et quoi qu’ils fassent de leur vie. Il y a une sorte de fureur, que je ne m’explique pas, à vouloir rejeter tout ce qui relève du perso et de l’individuel, ce qui n’a en vérité rien de scientifique ou de marxien, mais est certainement en lien avec une caractéristique constante de TC, anti-humaniste et structuraliste, mais ce n’est sont que des hypothèses. Toujours est-il que que quelque chose d’excessif me paraît mal compris ou mal digéré.
Pour creuser la question en relation avec le sujet de la vie quotidienne dans le capitalisme actuel, thématique de TC27, je conseille la lecture de ”Portrait de l’artiste en travailleur/ Métamorphoses du capitalisme”, de Pierre-Michel Menger, Seuil 2003
”Le temps n’est plus aux représentations héritées du XIXe siècle, qui opposaient l’idéalisme sacrificiel de l’artiste et le matérialisme calculateur du travail, ou encore la figure du créateur, original, provocateur et insoumis, et celle du bourgeois soucieux de la stabilité des normes et des arrangements sociaux. Dans les représentations actuelles, l’artiste voisine avec une incarnation possible du travailleur du futur, avec la figure du professionnel inventif, mobile, indocile aux hiérarchies, intrinsèquement motivé, pris dans une économie de l’incertain, et plus exposé aux risques de concurrence interindividuelle et aux nouvelles insécurités des trajectoires professionnelles. Comme si, au plus près et au plus loin de la révolution permanente des rapports de production prophétisée par Marx, l’art était devenu un principe de fermentation du capitalisme. Comme si l’artiste lui-même exprimait à présent, avec toutes ses ambivalences, un idéal possible du travail qualifié à forte valeur ajoutée.”
En gros, l’artiste, ou le penseur, ne compte pas son temps de travail, parce qu’il envahit sa pensée et sa vie quotidienne. Un camarade de TC me disait il y a 20 ans : ”la théorie, RS il couche avec”…
C’est tout-à-fait prémonitoire de la ligne générale de TC27, l’invasion (il est dit « réencastrement ») de la vie quotidienne, et du supposé ’temps libre’ (sans allusion aux Québécois) par les occupations de travail via les technologies de communication et de surveillance imposées à tous, et chacun ici dispose d’exemples proches de lui qui montrent cette évolution.
@Pepe
J’y reviens parce que je n’ai pas réagi sur la question du genre. Là encore j’ai sincèrement du mal à comprendre ce dont tu parles avec ce ”biais”, cette « proie” que je lâcherais pour ”l’ombre”, autour de l’individu, comme du genre, cad de son abolition pour TC, sur quoi j’ai exprimé et une incompréhension et un doute sur la possible voire souhaitable destruction de la distinction et de toutes différences entre ”hommes” et ”femmes” sociaux, au delà bien entendu de l’éradication de toute domination, appropriation. Il y a eu dans SIC de tels désaccords sur cette question entre partisans de la communisation, qu’ils ont été une cause importante de son explosion, si j’en crois le récit de TC25.
J’ai le sentiment d’être soupçonné de je ne sais quelle tare, peut-être une aliénation machiste générationelle et rédhibitoire. Tare, ou retard à me dire d’accord sans condition avec tout ce que dit TC, auquel je ne pas eu l’heur d’apporter mon grain de sel comme les membres du collectif de gestation et d’accouchement.
J’ai le sentiment non pas d’un procès d’intention, mais d’un procès tout court.
Mais enfin, si l’on préfère les béni-oui-oui qui ne peuvent que citer et réciter, ou mieux, comme membres de TC, ne jamais ni rien dire ni rien écrire, pas besoin de le dire, car par certains aspects des ”débats”, on a déjà compris qu’il serait très difficile et douloureux de dépasser ce stade. C’est pas grave, les muets sont des accidents de l’impensé, et ceux qui préfèrent se taire et s’en aller des dégâts collatéraux, comme il fut des cadavres dans les placards révolutionnaires.
Bref, j’étais réellement prêt à faire des efforts pour participer de mon mieux, à rendre ce blog un peu plus vivant, mais à défaut d’une certaine ”liberté de penser autrement”, comme l’exigeait l’individu-auteur-accident-de-la- pensée Rosa Luxemburg, mais je ne suis pas assuré que les conditions favorables puissent être seulement réunissables, CHEZ VOUS.
Bye
Bon, je me retrouve pris les doigts dans une mise en abyme de raisonnements. Là ou je voulais échanger sur un possible « biais » qui critique l’angle d’attaque théorique d’un ou plusieurs problèmes, de façon constructive même si cela parle de ta façon de raisonner, différente sur le deux thèmes abordés d’autre moments ou tu prends de la hauteur de réflexion, une réflexion qui ne part pas « de soi » mais qui s’efforce du surplomb nécessaire à une analyse plus objective… je me retrouve à t’agresser. Désolé, mon but n’était pas de te blesser….J’apprécie beaucoup les interventions que tu fais sur dndf et je pense que depuis le début, elles ont toujours permit de faire avancer nos réflexions.
Mille excuses donc
@pepe
’Même les pépés aiment la castagne, Ô too loose !’
C’est bien de le prendre comme ça, et je t’en remercie. Plusieurs niveaux sont en question plus loin que notre relation à nous deux, la mienne avec dndf, avec TC, avec RS, avec la question communiste, avec, pour le dire formellement comme l’IS en y mettant un autre contenu, ”le renversement de l’art dans la vie quotidienne”, cad la perspective que le monde communisé devienne « L’ère des créateurs’ (Vaneigem 2002, là encore en un sens différent). Dans l’utopie marxienne du communisme, tout le monde deviendrait compositeur et donc personne ne le serait.
Pour clore le versant ”vexation”. Pour l’art contre l’artiste. Je crois tout bêtement que me croire touché ad personam parce que je chercherais une reconnaissance comme ”poète” ou à artiste, titres que je ne me suis jamais attribué, est une erreur, une quasi inversion de mon rapport à l’art, qui est aussi ancien que celui au communisme, rapports qui se sont croisés au début des années 70, y compris en pratiques, et ceci en toute méconnaissance de Vaneigem et Debord, que je n’ai lus qu’après 1990. Une période historique produit une culture commune (”Structure of feeling” dit Raymond Williams), qui s’exprime à travers différentes formes, et ”auteurs”, même qui s’ignorent : à la même époque des formes musicales harmoniquement comparables se retrouvent chez Bartok intégrant des folklores est-européens et nord-africains, et les jazzmen americains via le mélange des traditions européennes et africaines, qui donnent le blues. Bref j’ai pu être situationniste sans le savoir. Du ”marché de la poésie” (sic) avec ses poètes marchands d’eux-mêmes, comme disait Soupault de Dali, je partais en courant. Dans le capitalisme, il faut absolument se vendre pour exister. Alors prouver que j’étais poète sans vendre des livres de poésie, quelque part c’était le cœur de la contradiction de l’art et du capital. L’auto-production gratuite sur internet pouvait modifier la donne…
https://patlotch.forumactif.com/t36-pour-l-art-contre-l-artiste
Mais les enjeux ici nous deux nous dépassent. Il y va de la capacité de ceux qui en sont partisans et qui en prendront le parti sans parti de porter la problématique exposée par TC27 au niveau de discussions qu’elle mérite. On ne peut pas en rester à des réponses à TL qui n’a foncièrement rien compris, ni à des vieilleries de post-ultragauche citant Luxemburg parce qu’elle leur est plus sympa que Lénine.
J’ai lu TC27 il y a deux semaines sur https://theoriecommuniste.org/la-revue/article/tc-no27 mais plusieurs fois je suis tombé sur l’ancien site en ligne qui laisse à penser que les numéros ne sont pas en ligne : https://sites.google.com/site/theoriecommuniste/home : supprimer ce site ? Ajouter sur le nouveau site une possibilité de ”courrier des lecteurs” ou mieux de commentaires au cul des articles, présentés dans un sommaire hypertexte avec pagination. Paradoxalement il y a avait davantage d’échanges en queue de revue à l’époque où TC était plus confidentiel.
Rendons grâce à TL, si, parlant de ”fuite en avant” ils n’en ont pas saisi l’enjeu dans un tournant du capitalisme en mouvement, ils ont bien compris que TC27 représentait un virage dans le ”chantier permanent” de TC.
Si je reprends mon fil de #17, si TC est « l’œuvre-sujet » bouteille à la mer avec quelques nageurs en eaux profondes* pour le rapporter sur la plage de lecture collective, il y a un écart entre l’existant et le possible en matière de débat public.
* pour ne pas dévoiler un secret, la vente au numéro est de quelques centaines, le retour de commentaires accessibles de l’ordre ici de zéro, excepté TL et chez eux Temps Critiques :
http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article536
Sur dndf, il n’y a en gros plus personne pour commenter de façon productrice, positive ou négative, ce qui pousse à s’interroger sur les raisons, à l’heure où certes la forme forum disparaît, lourde à gérer au profit des réseaux sociaux au bavardage défilant défiant la possibilité de vraies conversations. Peut-on mieux faire ?
Sur toutes ces questions de com’ autour de nos idées et environs il y aurait matière ici à un texte introductif spécifique, écrit par quelqu’un qui connaisse bien de l’intérieur les problèmes internes de tous ordres, y compris logistiques, que ça pose à TC comme groupe. Donc pas moi ;-)
Enfin, rien à voir, une bonne nouvelle du côté de ’marxisme et écologie’, Alain Bihr s’y est collé et ç’a pas l’air de la gnognotte : https://lundi.am/L-ecocide-capitaliste . On se souvient que ses deux tomes sur La reproduction du capital, https://www.monde-diplomatique.fr/2001/10/PFEFFERKORN/7949 avaient plus qu’intéressé le RS des Fondements Critiques d’une théorie de la révolution,
https://www.amazon.fr/Théorie-communisme-Fondements-laffirmation-prolétariat/dp/295164602X
Lecture
De la ’Critique de la vie quotidienne’ de Henri Lefebvre, il existe 3 tomes* publiés en 1947, 1962 (période commune avec l’IS) et 1981.
* plus un 4ème, ’Éléments de rythmanalyse’, paru en 1992, un an après sa mort.
Dans la conclusion du 3ème, de 1981, donc 16 ans après la rupture avec Debord, il précise (p 163, d) l’évolution de sa critique :
« Le projet ne consiste donc plus en un déploiement du quotidien qui révélerait ce qui se cache en lui (première version de la ’Critique’), ni en un effort pour le transcender (deuxième version), mais en une métamorphose par l’action et l’œuvre, donc par la pensée, par la poésie, par l’amour. »
Concernant le lien entre la vie quotidienne et le mode de production capitaliste, on peut lire en introduction de ce 3ème tome (e, p.17 et 18) :
« Le quotidien peut aussi se concevoir comme rencontre et confrontation de l’usage (valeur d’usage) avec l’échange (valeur d’échange). Quelle que soit la prédominance de la valeur d’échange et son importance dans le mode de production, elle n’arrive pas à faire disparaître l’usage et la valeur d’usage. Même si elle se rapproche de l’abstraction « pure » et du pur signe. Le travail produit des biens échangeables, des marchandises ; entre leur production et leur consommation, elles mènent une singulière existence, abstraite plus que concrète ; pendant cette phase les caractéristiques de l’échange l’emportent, c’est le règne de la marchandise, son monde. Au cours de ce trajet, l’objet se réduit ’presque à un signe. Puis cette façon d’exister socialement s’interrompt et la valeur d’usage reprend ses droits.
On peut aussi souligner que le travail (social) produisant des valeurs d’échange, un certain non- travail (repos, vacances, vie privée, loisirs) intervient dans l’usage des produits ; le temps du non-travail fait partie du temps social, comme contrepartie du temps voué à la production (vendu comme capacité productive aux détenteurs des moyens de production). Le non-travail ou plutôt le temps de non-travail fait partie du mode de production comme le travail ; il anime l’économie, d’abord parce que c’est le temps de la consommation, ensuite parce que d’énormes secteurs productifs de produits et de plus-value se construisent à partir de ce non-travail : le tourisme, les loisirs, le show-business, la « culture » et l’industrie culturelle.
Le quotidien enveloppe donc ces modalités du temps social, aussi bien le temps de travail que celui du non travail, ce dernier plus particulièrement lié à l’usage. De plus, l’usage et la valeur d’usage ne restent pas immuables ; ils se déplacent ; par exemple l’usage de l’espace ne se ramène pas à l’usage d’un objet quelconque, qui l’use et le détruit par la consommation ; l’usage de l’espace comporte un emploi du temps : transports, relations des centres et de leurs alentours, utilisation des équipements ; bref il n’y a pas priorité absolue de l’échange, réduction de la valeur d’usage au rôle de porteur de la valeur d’échange (d’autant qu’à l’époque où se situe le volume I de la ‘Critique, les « valeurs » en un sens large, en provenance de la rareté et par conséquent de l’usage, étaient loin d’avoir disparu). »
J’ai séparé les paragraphes pour mettre en valeur ce qui nous intéresse dans le contexte du désaccord entre Temps Libre et Théorie Communiste.
On a ici une description du stade intermédiaire entre, d’une part, la fin de la première période de la subsomption réelle et la seconde période, de la société entièrement absorbée dans la logique du mode de production capitaliste au cours de la restructuration des années 1970, et d’autre part ce que décrit TC27 à partir de la crise de 2008, quand le cœur du processus fondé sur l’exploitation, et sa reproduction, se déplace dans l’entièreté de la vie quotidienne qui absorbe le travail, l’activité des travailleurs devenus à la fois ou alternativement précaires et auto-exploités (l’auto-entrepreneur, comme l’artiste, n’a pas d’horaires fixes, son activité de travail est absorbée par sa vie entière).
Amère défaite du situationnisme et relativement aussi de Lefebvre, c’est le travail qui est renversé dans la vie quotidienne en lieu et place de l’art (voir #17, l’artiste en travailleur, et réciproquement).
@Un passant
Si l’on en arrive à ces conclusions, que « le cœur du processus fondé sur l’exploitation, et sa reproduction, se déplace dans l’entièreté de la vie quotidienne qui absorbe le travail », et qu’on en déduit de fait par suite assez logiquement que le travail s’est renversé dans la vie quotidienne*, pourquoi diable continuer à maintenir une dichotomie entre travail et non travail qui n’a de valeur que si prise individuellement et en ce sens je parle bien de l’individu comme baudruche philosophique.
En termes de relations, d’organisation générale de l’économie du travail, il n’y a désormais plus rien de tel que des moments de « non travail », et c’est parfaitement expliqué dans les différents commentaires précédents (que cela soit les citations de Lefebvre qui rendent compte effectivement de ce glissement progressif vers la totalisation de l’exploitation dans la « vie quotidienne », des débats sur le « sujet » ou encore sur l’artiste-travailleur. Merci pour les références au demeurant, sachez qu’elles servent et que des gens vous LISENT malgré tout). Alors pourquoi diable maintenir ce concept : ou bien il faut sérieusement redéfinir la catégorie de travail, ce qui à mon sens me parait le plus pertinent, ou bien on ferme les yeux comme l’a fait de trop nombreuses années le marxisme avec les analyses des Fortunati, Della Costa et autres et on « oublie » que dans le « non » travail, il y a en fait travail, qui se présente formellement car il en va ainsi dans l’intérêt du capital comme non travail, qui doit réellement être/apparaître (j’aurai beaucoup de choses à dire au sujet de ce couple conceptuel également, mais pour faire simple : pourquoi diable Temps Libre fait comme si quand l’on en venait à l’ontologie, la contradiction était interdite et tout devenait profondément binaire, ou bien réel ou bien apparences…??) comme du non-travail, et donc naturalisé (nos camarades qui ont écrit Logiques du genre parleraient d’activités « abjectes » si j’ai bien compris leur propos, d’une activité renvoyée à la sphère indirectement médiée par le capital) mais qui in fine, reste une activité bel et bien productrice de valeur (dans ce dernier cas, la première marchandise, la force de travail).
Il n y a pas de doute que cette dichotomie est héritée d’une précédente organisation générale de la division du travail, et que le temps de non travail était effectivement alloué au repos, à la pure reproduction (ce qui faisait qu’une classe se reposait, tandis qu’une autre travaillait au repos de l’autre, schématiquement parlant bien sûr, la deuxième rentrant généralement également d’un temps de travail à ne pas oublier bien sûr).
Sans tomber dans une « évanescence de la valeur » qui la voit partout et tout le temps et qui me paraît en fait un peu grossière, et puisque l’on définit le travail avant tout comme une activité collective (car comment analyser le chômage et les migrations si l’on faisait autrement?), est-ce bien sensé que de maintenir, même artificiellement, cette dichotomie ? D’autant plus quand on peut constater, que même dans la reproduction du MPC, plus précisément dans la reproduction sociale de celui-ci, ie des classes, donc dans le « non travail formel », apparaissent de plus en plus de formes de gestion de cette reproduction qui s’apparente en tout point à du non travail. Fortunati en parle à foison au sujet des nouvelles technologies de l’information, des nouvelles pratiques de reproduction au sein des foyers où ces technologies jouent de + en + un rôle actif dans la reproduction sociale. Pourtant il serait difficile de maintenir que dans cet espace et dans ce temps ne serait présente que la valeur d’usage. Il y a au contraire, infinités d’échanges et de valeurs d’échanges qui prennent place dans ce temps de « non travail », qui m’apparait, au contraire, envahi partout de travail. Bref plutôt qu’une évanescence de la valeur, il n y a à mon sens pas de doute que ce qui se passe devant nous est également un grand mélange de ces deux valeurs, usage et échange, qui se répondent constamment comme elles l’ont toujours fait, mais qui apparaissent de moins en moins distribuées en des pôles temporels, spatiaux et logiques séparés.
* à propos de « l’amère défaite », elle n’est amère que pour ceux qui l’ont vécu. Sans tomber dans un gérontophobie certaine, il paraît évident a posteriori que jamais l’art n’aurait pu être renversé dans la vie quotidienne et prendre la place du travail, quand bien même les assauts prolétariens et révolutionnaires des 70s l’auraient emporté. Cette vision tient bien plus du fantasme de cette époque, fantasme tout à fait logique et compréhensible (quel vent de liberté que nous ne connaitrons sans doute jamais, mais je guette encore l’écart, qui sait ??), qui pensait ou bien que sous la réalité marchande se cachait une réalité immédiate, pure (errement platonicien, désolée pour les 3 situationnistes du fond, mais il s’agirait de passer à Aristote désormais, au moins), ou bien que cette réalité saurait être transformé. Or c’est jeter l’assiette en gardant les restes que croire que l’on aurait pu radicalement transformer la quotidienneté tout en en gardant une forme précédente, ie l’art.
Comme si, encore à cette époque, on pouvait encore croire au privilège exclusif de l’art (que le 20ème siècle a étonnamment renforcé par chacun des coups de butoir qu’il lui assénait pour le faire tomber de son piédestal). Mais cette analyse ne vaut rien si elle n’est pas combinée à la marchandisation exponentielle de l’art au fur et à mesure de ce siècle, bref sur le classique couplet libéralisation/démocratisation/marchandisation d’une activité.
Bref, tout ça pour dire que ces projets étaient voués à l’échec, mais ça c’est peut être une limite de toutes ses analyses en termes d’historicisation et périodisation. N’en revient-on pas à dire, a posteriori, que toute lutte, déterminée ultimement par sa limite n’aurait pu être la forme « réelle » pour cette époque (j’empeste de devoir utiliser ce terme à chaque fois qu’il se dresse devant moi, mais il faut aller vite et claire donc soit) du communisme. Ou plutôt que cette forme « réelle », tout en étant la seule qui pouvait justement prendre forme, ne reste qu’un erzatz du programme marxiste ? Sans pour autant critiquer la nécessaire périodisation/historicisation de l’hypothèse communiste et de la révolution. C’est à partir de ce point que j’ai découvert ce vaste « courant communisateur » (je sais les incessants tatônnements qui existent depuis bientôt plus de 30 ans quant à la concrétude de ce « mouvement »). Je manque certainement de lectures de TC (et consorts) et de nuances dans mes propos, mais qu’importe, il faut s’essayer à la discussion politique un jour ou un autre, alors j’essaye.
@Une errante
Avant de faire peut-être quelques remarques et puisqu’il est question de féministes marxistes, il me semble important effectivement de faire le lien entre l’analyse par TC27 des mutations de l’exploitation dans la vie quotidienne (travail et non-travail compris, donc), avec celle qui est faite du travail domestique, essentiellement féminin, qui participe fondamentalement de la reproduction de la force de travail pour retourner au charbon proprement dit. La vie quotidienne d’un homme et celle d’une femme sont différentes de par la contradiction de genre dans ses formes trivialement concrètes, physiques ou mentales.
Puisque les références sont appréciées, j’en donne ici deux de Simona de Simoni, féministe marxiste pour simplifier. Une de 2014 traduite pour le revue Période, « LA ”VIE QUOTIDIENNE”, UNE ANALYSE FÉMINISTE »
https://tarage.noblogs.org/files/2020/03/vie-quotidienne.pdf
… et une de 2020, NOTES SUR LA REPRODUCTION SOCIALE
https://acta.zone/notes-sur-la-reproduction-sociale/
Je pense que l’analyse de TC sur la vie quotidienne est indissociable de celle sur la domination de genre via le sur-travail, mais je ne sais plus si ce point a été explicitement développé dans TC27.
Première remarque sur le premier paragraphe. A priori je dirais qu’il n’est pas possible de se débarrasser du concept de travail, tout simplement parce que capitalisme ne peut pas, sous peine de mort (c’est la finalité de la révolution) se passer de l’exploitation de la force de travail, marchandise achetée par le capitaliste et qui produit la plus-value. En réalité, ce n’est pas à proprement parler le travail, mais la ’force de travail’ et le ’temps de travail’ les concepts indispensables pour comprendre l’exploitation et son intensité, la productivité, le type de subsomption du travail sous le capital… : dire exploitation du travail est donc un raccourci.
Le non-travail n’est pas un concept. Il renvoie au temps qui n’est pas consacré à travailler. Tout simplement : temps de travail + temps de non-travail = temps de la vie quotidienne. Je le vois comme une partition du temps d’avantage qu’une « dichotomie » conceptuelle.
Le problème est que cette partition a perdu sa simplicité binaire, être au boulot ou pas, puisque les deux temps se compénètrent, leurs frontières tendent à s’effacer dans ’l’emploi du temps quotidien’ (ce pourrait être un concept utile), de part la teneur des contrats, la dépendance (servitude volontaire ou non) via les nouveaux moyens de communication* (le travailleur est connecté ou connectable à tout instant avec ses chefs, ses collègues, ses clients…), la nature de tâches pouvant être réalisées à distance (d’un lieu de travail tel que l’usine, le bureau…), etc., tout ce qui interroge la notion même de « travailleur libre »… de son temps.
On ne peut effectivement l’observer qu’au niveau de l’emploi du temps de tel individu par la description de ses activités en relation plus ou moins directe avec le travail, mais quand ils deviennent innombrables à vivre des situations comparables, cela devient une question de sociale, de classe et évidemment de genre.
Plus tard sur la suite de votre intervention.
@Une errante
« à propos de « l’amère défaite », elle n’est amère que pour ceux qui l’ont vécu. Sans tomber dans un gérontophobie certaine, il paraît évident a posteriori que jamais l’art n’aurait pu être renversé dans la vie quotidienne et prendre la place du travail, quand bien même les assauts prolétariens et révolutionnaires des 70s l’auraient emporté. Cette vision tient bien plus du fantasme de cette époque, fantasme tout à fait logique et compréhensible. »
C’était pour ainsi le ’détournement’ du titre d’un essai paru en 1998, plus de 25 ans après la dissolution de l’IS : « L’AMÈRE VICTOIRE DU SITUATIONNISME, Pour une histoire critique de l’Internationale situationniste, (1957-1971) :
« Le drame de l’Internationale Situationniste fut de voir retournées contre elle les armes, théoriques et pratiques, avec lesquelles elle était montée à l’assaut de la société du spectacle.»
Le propos est par conséquent de critiquer les « post-situs » et leur succès durable et inoffensif à partir du moment où l’IS avait jugé bon de passer à autre chose.
Si je parle moi de « défaite” c’est au double sens, d’une part où l’IS n’a pas dépassé l’ultra-gauche conseilliste, restant dans les limites du programmatisme ouvrier, d’autre part, pour notre propos, où « renverser l’art dans la vie quotidienne” (leur programme commun avec Lefebvre) était non seulement un leurre tout juste bon à justifier leur propre mode de vie comme « art de vivre », mais surtout ce qu’aura réussi le capitalisme avec ’le travailleur en artiste’ cf #17. J’avais 20 ans en 1971 quand se dissout l’IS qui mintéressera seulement 20 ans plus tard et je n’ai perdu d’autre fantasme que d’avoir cru au communisme du PCF…
Pour être bien clair, l’art dit engagé ou révolutionnaire est au mieux à la révolution ce qu’est à la guerre la musique militaire. Que tel poète ou artiste utilise ce thème est une chose, voir comment, une autre qu’il croit une seconde que ça fasse avancer le schmilblick de la lutte des classes. Ce n’est jamais qu’une forme narcissique de justification pour ne pas ”descendre dans la rue”. L’art peut être performatif au niveau intime, individuel ou collectif, mais comme rapport social de classe, il est bon à assurer l’économie politique heureuse des baudruches Jack Lang & Cie.
@Une errante
J’ai eu du mal à comprendre ce passage :
« Pourtant il serait difficile de maintenir que dans cet espace et dans ce temps ne serait présente que la valeur d’usage. Il y a au contraire, infinités d’échanges et de valeurs d’échanges qui prennent place dans ce temps de « non travail », qui m’apparait, au contraire, envahi partout de travail. Bref plutôt qu’une évanescence de la valeur, il n y a à mon sens pas de doute que ce qui se passe devant nous est également un grand mélange de ces deux valeurs, usage et échange, qui se répondent constamment comme elles l’ont toujours fait, mais qui apparaissent de moins en moins distribuées en des pôles temporels, spatiaux et logiques séparés. »
Je suppose que ça concerne la sphère privée, domestique, voire la famille et le couple, et j’aimerais que vous donniez des exemples de ce que vous appelez ”valeurs d’échange” dans ce contexte.
« Je manque certainement de lectures de TC (et consorts) et de nuances dans mes propos, mais qu’importe, il faut s’essayer à la discussion politique un jour ou un autre, alors j’essaye. »
On a vu bien pire, et pour les nuances je ne suis pas qualifié. Une vraie question est la reformulation de la théorie, qui, sans en déformer le sens et quitte à être moins rigoureuse et précise, en propose une forme plus adéquate aux échanges de la vie quotidienne, aux débats animés et contradictoires indispensables pour faire écho aux travaux théoriques et les faire vivre. C’est une de mes préoccupations.
Si l’on y prête garde, on va se retrouver dans une situation où les jeunes en particulier, ”grâce” à l’IA, seront d’une part persuadés de ’savoir”, et d’autre part littéralement interdits de penser par eux-mêmes, et donc de débattre plus loin que les échauffourées sur les réseaux sociaux. Inutile de dire qu’on a besoin d’autre chose.
Donc voilà, vous avez bien fait de vous jeter à l’eau, alors n’hésitez pas à mettre votre grain de sel.