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« Le soulèvement en Iran entre dans son treizième jour : les manifestations se poursuivent malgré la répression sanglante et la coupure d’Internet »

[Ormia, Iran] « À bas l’oppresseur, qu’il s’agisse du shah ou des mollahs »
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« Le soulèvement s’est considérablement étendu. Le soir du 8 janvier, des manifestations ont éclaté pour la troisième nuit consécutive à Téhéran et dans tout le pays, touchant au moins 173 villes et donnant lieu à des affrontements dans plus de 330 localités. Dans plusieurs régions, des manifestants ont incendié ou pris le contrôle de centres gouvernementaux et de centres liés au régime. Dans la province d’Ispahan, les affrontements ont été décrits comme s’apparentant à une guerre. À Fouladshahr, les manifestants auraient pris le contrôle de la ville, forçant les forces de sécurité à fuir. Le bâtiment de la radiodiffusion d’État à Ispahan a été incendié, tandis que des bases du Bassidj ont été incendiées à Vilashahr et Pirbakran. »

Iran : Répression meurtrière et coupure d’Internet générale alors que le soulèvement entre dans son treizième jour

Le soulèvement en Iran entre dans son treizième jour : les manifestations se poursuivent malgré la répression sanglante et la coupure d’Internet

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  1. 11/01/2026 à 12:50 | #1

    « À bas l’oppresseur, qu’il s’agisse du shah ou des mollahs » n’est qu’une face de la médaille, selon plusieurs témoignages et vidéos circulant sur Twitter, on entendrait aussi régulièrement des slogans promonarchistes lors des manifs, bien plus fréquemment que lors des vagues de soulèvements précédentes.

    Malgré son aspect très avantgardiste et une utilisation inflationnaire du terme fascisme, ce texte donne quelques aperçus de la composition de classe du soulèvement actuel : https://slingerscollective.net/a-legitimate-rage-and-a-real-fear-or-when-what-is-to-be-done-is-the-wrong-question/

  2. schizosophie
    11/01/2026 à 16:11 | #2

    Voix des diasporas. C’est, comme toujours à propos de l’Iran, celles-ci qui servent de médiation, entendues de l’extérieur. Ce du fait de la relative rareté de langue (et encore, heureusement que c’est pas du chinois), mais surtout du fait de leur historique. Toutes sont bourgeoises. Je n’en fais pas un jugement de valeur. On peut facilement être bourgeois et révolutionnaire, surtout en Iran, ou du moins partisan de la chute du régime en place, qu’il fût « valet de l’impérialisme » pétrolier ou qu’il soit théocratique et tiers-mondiste. Et ce d’autant plus si on entend « bourgeois » au sens de l’articulation de capitaux réels et culturels, connaissance de langues étrangères ou de familiers faisant déjà partie de la diaspora. Le passage clandestin par la Turquie et donc par la zone kurde coûte très cher. Sinon, via un bakchich, l’État peut souvent se satisfaire de l’exil de certains opposants, forme de bannissement. Presque tous les Iraniens ont de très prégnants récits familiaux liés aux aéroports, au moins fantasmés.

    Trois vagues. Années 60, bourgeoisie marxiste ou tiers-mondiste ou l’étant rapidement devenue en situation d’exil ; années 80, bourgeoisie liée au shah ou réprimée par les Mollahs au tournant 82-84 (retour des premiers, s’ils ont pu, ou fuite des populistes nationalistes) ; depuis 99 notamment jusqu’à aujourd’hui, bourgeoisie fuyant la répression.

    Cela forge les biais d’interprétation.

    La première vague avait cru s’allier avec les curés contre le shah, le tiers-mondisme idéologique du pouvoir en émane. Elle en est revenue, mais pas toujours sans concéder à un campisme laïc, peut-être pas un poutinisme, mais un différentialisme culturel, qui peut-être justement et raisonnablement argumenté du point de vue local ; mais qui s’avère catastrophique exprimé en termes géopolitiques.

    La deuxième vague est essentiellement divisée entre, d’un côté, les pro-Pahlavi – que le site IranInternational bilingue (anglo-farsi) relaye abondamment, sans mentir systématiquement et sans s’y réduire tout à fait, puisqu’une une sorte de républicanisme, pour ainsi dire post-mossadeguiste le côtoie – et, de l’autre, le populisme nationaliste partisan du renversement par la lutte armée tel que le relaye la secte de la famille Radjavi – par exemple avec le site Iran Focus dont l’article nous propose les sources.

    La troisième vague, surtout animée depuis le formidable mouvement « Aban » de 2019 par sa diaspora très soucieuse de la question kurde, est la plus sympathique. Elle renoue avec une forme d’internationalisme soucieuse de la singularité des traditions qu’elle ne confond pas avec les religions. Elle met en avant l’émancipation féminine, cependant en la diluant dans le fourre-tout queer, hélas, plutôt que d’envisager en privilégiant la lutte contre le patriarcat sous le registre social et coutumier, par exemple en s’opposant aux mariages arrangés de manière traditionnelle. Les compte-rendus respectivement lisibles signé Roja dans le site de LundiMatin (une fois n’est pas coutume plutôt pas mal) et celui proposé par DocSportello me semblent relever de ce type de regard diasporique. Les deux évoquent le mouvement de 2022-2023 sous le prénom, kurde, de Jina. Le premier centrant la polarité libératrice sous l’invocation des femmes d’ethnies minoritaires – sorte d’intersectionnalisme ; le second en en appelant à la construction de cellules communistes, évoquant évidemment les hiérarchies pyramidales bien connus, toujours beaucoup sympathiques avant leurs prises de pouvoir.

    Ces lunettes extérieures orientent nos regards sur ce qui se pensent de l’intérieur. Où c’est sûrement le bordel dans les têtes quant aux projections vers l’avenir imminent. Mais sans qu’il en ressorte les aspirations propres telles qu’elles sont vécues de l’intérieur et toujours en se méfiant de la notion de démocratie. Il est bien sûr impossible de faire mieux, nous ne disposons pas de paroles élaborées de l’intérieur, à part les slogans et les films iraniens. La coupure de l’Internet local ajoute bien sûr à l’obscurcissement, même si sa lecture implique des chausses-trappes (comme on a pu le voir en regardant des policiers taguer « Longue vie au shah ! » (Javid shah).

    Mais cela me semble un refoulement très regrettable s’agissant d’un pays qui avait exécuté sur la place publique la sommité chiite de l’époque, Fazollah Nouri, en 1909 pendant ce qu’on avait nommé la révolution constitutionnelle.

    Vive l’émancipation des individus iraniens !