Fil infos IRAN
Mis à jour au fur et à mesure des infos que nous recueillons ou qui nous sont transmises, d’ici, d’Iran ou d’ailleurs. dndf
22 mars
Transmis par un camarade iranien
« Nowruz ( nouvel an) au son des explosions et de la mort »
Un récit de Téhéran
Le matin du 17, ma grand-mère et S étaient parties faire des courses près de la place Shohada ; elles venaient tout juste de rentrer quand, de nouveau, un grondement et un sifflement assourdissants ont envahi la maison, et une série d’explosions l’a fait trembler — nous avons senti l’onde de choc… Nous sommes restés figés devant la fenêtre. Quelques minutes plus tard, un autre bombardement a retenti, mais plus loin… Mes mains sont devenues engourdies. C’était la énième fois qu’après des explosions je me retrouvais dans cet état, le cœur serré, la gorge nouée… H a appelé pour dire que l’administration de l’électricité de Shohada avait été frappée ; S, terrifiée, a dit : « Nous n’étions qu’à quelques minutes de la mort ! » F a appelé, paniquée : « Où est maman ? Ils ont frappé Shohada ! » Quand je lui ai dit qu’elles étaient parties avant le bombardement, elle a murmuré, la voix nouée : « Dieu merci. »
Une à deux heures plus tard, des vidéos de la place Shohada ont circulé : la rangée des pâtisseries et des boutiques de fruits secs, l’enseigne arrachée du centre médical au début de la rue Pirouzi ; les vitrines brisées du magasin Etka, rempli en cette fin d’année de gens venus acheter avec leurs bons et leurs coupons ; les murs rouges du musée d’histoire du Centre pour le développement intellectuel des enfants… Malgré moi, j’ai eu la gorge serrée. C’était comme si l’on attaquait mes souvenirs d’enfance.
18e jour de guerre ; à peine avions-nous trouvé le sommeil — il était passé 3 heures du matin — qu’une explosion violente nous a réveillés en sursaut. Chacun s’est précipité vers une fenêtre, au nord et au sud de la maison, pour repérer une colonne de fumée et estimer l’endroit de l’attaque. Rien… Enveloppés dans des couvertures, prêts à tout, nous nous sommes assis au milieu du salon, attendant la prochaine explosion ; après les tirs de la défense antiaérienne, nous avons fini par nous rendormir. Vers 7 heures, les gémissements de notre petit chien nous ont réveillés. Ces jours-ci, il est terrifié et anxieux ; après chaque explosion ou tir, il erre dans la maison et se réfugie vite dans les bras de quelqu’un ou dans un coin du canapé.
Quelques jours plus tôt, en ouvrant péniblement Instagram, j’avais vu un reportage sur les chiens et chats des Israéliens dans les abris ; je me suis dit que nous-mêmes n’avions pas de place dans les médias — alors nos animaux encore moins.
À 11 heures, occupés aux tâches quotidiennes : M au téléphone pour le travail, l’autre M faisant du sport — un autre hurlement a déchiré l’air… S, en train d’épousseter la fenêtre, a crié : « Ça tombe ! Ça tombe ! » Plusieurs explosions ont retenti. M a crié de s’allonger au sol, et ma grand-mère, qui ne peut pas s’asseoir par terre après son opération des genoux, murmurait qu’elle ne pouvait pas, maudissant Netanyahou et Trump et implorant Dieu. L’explosion était si proche que nous sentions l’odeur de la fumée et du soufre… Je ne sais pas combien de minutes — je serrais P dans mes bras.
Mon grand-père a appelé un ami dont la boutique est près de la place Khorasan. Le vieil homme a dit : « Je vais bien, ils ont frappé le club et la piscine » — puis a raccroché sans dire au revoir.
Le mince filet de VPN est coupé depuis un jour ; je suis les nouvelles sur « Baleh » et, s’il n’y a pas de brouillage, sur BBC Persian, CNN et Al Jazeera. J’ai ajouté des chaînes comme « Khabar Fori », « Al Jazeera » et « Hanzala » ; je parcours les canaux et lis avec minutie les sources non persanophones pour ne pas tomber dans le filtre des médias internes. Les récits d’amis, témoins directs, sont aussi une source que je ne néglige pas. On annonce d’autres frappes ailleurs. Le soir, A m’a dit qu’ils visaient aussi la station Navab, mais que le drone avait heurté un mur et n’avait pas explosé. Puis V est arrivé : « Près de Sarcheshmeh, le sol était noirci, des voitures et des motos brûlées le long de la rue. »
20e jour de guerre ; aucune configuration ne fonctionnait, la banque internet nationale était toujours coupée. On disait que cette fois Cisco, depuis les États-Unis, avait mis hors service les infrastructures matérielles — ce qui perturbait la vie des gens à la veille du Nouvel An plus encore que le système lui-même. On a l’impression d’être pris en étau. Le matin a commencé par la nouvelle de l’exécution d’un jeune arrêté pendant la guerre de 12 jours pour espionnage au profit d’Israël ; je me dis que sans la guerre, il serait peut-être encore en vie.
Je pense à A, arrêté après les manifestations de décembre ; on disait qu’il était accusé d’espionnage. L’angoisse m’a envahi, même si j’avais toujours pensé que son opportunisme lui jouerait des tours. Une amie m’a écrit que le petit ami d’une connaissance commune, sur le navire Dena, avait été tué ; et voilà qu’une jeune femme qui n’avait jamais manifesté pour la République islamique descend maintenant dans la rue pour les funérailles de son compagnon. Je vois de mes yeux comment la guerre rassemble ceux qui, hier encore, crachaient sur le régime.
21e jour ; je me suis réveillé avec un bruit dont je ne trouvais pas l’origine — rêve ou réalité ? J’essayais de me ressaisir pour nettoyer la maison ; le moindre bruit, d’un objet tombant dans l’évier à l’aspirateur, hérisse les poils. J’ai écrit à H ; ils ont frappé une rue au-dessus de chez elle. Elle m’a appelé, racontant comment son corps s’était recroquevillé au bruit des avions, priant pour que cela finisse. En parlant, elle scotchait ses fenêtres et évoquait le nettoyage des débris chez une autre amie dont le voisinage avait été touché quelques jours plus tôt ; une femme assise dans la rue appelant son père, enseveli sous les décombres.
22e jour ; il ne restait que quelques heures avant le Nouvel An… Je suis sorti acheter pour dresser la table du Haft-Sin. Beaucoup de magasins étaient ouverts, les gens faisaient leurs courses — mais l’atmosphère n’avait rien de festif. On voyait que, sous l’ombre de la guerre, vivre au quotidien est en soi une forme de résistance. J’évitais instinctivement les rues marquées par les bombardements.
Depuis l’invasion de l’Irak par les États-Unis et l’occupation de Bagdad, la destruction de Téhéran hantait mes cauchemars d’enfant — aujourd’hui, c’est mon quotidien. J’ai lu des graffitis : « Mort au rejeton des Pahlavi », « Corps pour la patrie », « Mort à Israël et à l’Amérique ». Sur un vieux mur de garage abandonné, l’inscription « Femme, Vie, Liberté » gravée depuis trois ans avait été barrée puis remplacée par « Vive le Shah », puis encore barrée : « Mort aux traîtres ».
Le poids de cette histoire m’écrasait. Plus loin, un couple d’âge mûr — peut-être religieux — m’a dit : « Que cette année soit aussi belle que les fleurs que tu tiens » ; la femme a ajouté : « Que la nouvelle année soit douce pour vous, les jeunes. » Quelques mètres plus loin, j’ai éclaté en sanglots.
Hier, la situation était relativement calme ; j’avais dressé le Haft-Sin et le compte à rebours pour l’an 1405 avait commencé quand la défense antiaérienne s’est mise à tirer et qu’une lumière a traversé le ciel. Je n’ai pas su s’ils avaient abattu un drone ou un missile — mais la nouvelle année est arrivée au son des explosions ennemies. Les messages de vœux sont arrivés : certains espéraient un Iran libre, d’autres la paix, la victoire, ou simplement « un jour meilleur qu’aujourd’hui ».
Vers 1 heure du matin, le 1er Farvardin, F est revenue du toit en disant avoir vu une lumière dans le ciel. Un bruit s’est rapproché — en quelques secondes, deux explosions ont fait trembler la maison. Avant la seconde, j’ai ouvert la fenêtre ; la poignée m’a échappé sous le souffle. Je l’ai refermée, terrorisé, les mains glacées… Nous nous sommes tous réunis dans le salon ; P tremblait dans les bras de sa mère.
Maintenant, c’est le matin du premier jour de l’année. Le bruit des avions remplit la maison. Je presse mes pieds contre le sol et j’essaie de taper plus vite — peut-être que le bruit du clavier couvrira le hurlement des avions, peut-être que cette peur incessante prendra fin…
Espérons que cette peur, cette guerre, cette ombre de mort quittent enfin ce peuple.
22 mars 2026
12 mars
« Journal de Téhéran : sombre et amer, la terreur de vivre sous les bombardements américano-israéliens »
« Je voudrais être dans un désert où je pourrais crier. Où je pourrais pleurer à chaudes larmes. La dernière fois que j’ai pleuré, c’était après le massacre des manifestants en janvier . Pourquoi est-ce qu’ici, contrairement à partout ailleurs dans le monde, nous ne pouvons pas pleurer comme tout le monde ? Pourquoi avons-nous tant souffert que même une nouvelle douleur ne nous ébranle plus ?…
Il est 8 heures du matin. Les rues sont de nouveau animées. Chacun vaque à ses occupations. Je vois plusieurs hommes fatigués et désespérés, des journaliers qui viennent encore ici tous les jours. Mais il n’y a pas de travail.
La vie continue à Téhéran. Mais elle est sombre et amère. »
https://www.theguardian.com/world/2026/mar/12/tehran-diary-dark-and-bitter-the-terror-of-life-under-us-bombardment
9 mars 2026
Transmis par un camarade iranien
« Ils veulent transformer Téhéran en Gaza ! »
Un reportage depuis Téhéran
C’est l’aube du huitième jour de guerre. Les explosions d’hier ont ôté le sommeil à tout le monde. Les détonations recommencent. M. compte les bruits et distingue les explosions des tirs de la DCA. On entend l’ascenseur ; les voisins montent un à un vers le toit. W. serre P. dans ses bras et pleure en silence. M. dit : « Ils vont transformer cet endroit aussi en Gaza. »
L’aube approche et les bruits se sont arrêtés, mais un ami a appelé pour dire que Mehrabad avait été pulvérisé. Il a ravalé ses sanglots et a dit au revoir.
Septième jour
Vers cinq heures du matin, il faisait encore nuit et le bruit des avions de chasse remplissait la ville. En quelques minutes, une symphonie d’explosions terrifiantes a commencé. La ville tremblait et les regards cherchaient dans le ciel les traces des avions et la chute des bombes israéliennes et américaines.
Des pleurs résonnaient dans l’immeuble. Quelque part tout près, quelque chose était détruit, et à chaque explosion nous nous serrions les uns contre les autres. Un voisin a passé la tête par la fenêtre et a crié « Allahu Akbar ». Une autre voix s’est élevée dans la rue et a insulté tout le monde — Khamenei, Netanyahou et l’homme qui scandait des slogans.
Pendant plus de quarante minutes, Téhéran a subi les attaques les plus violentes. Ces minutes ont planté une peur dans nos cœurs — nous qui avons survécu — une peur que sans doute aucune thérapie ne pourra jamais guérir.
Premier jour de guerre
Je reviens au premier jour. Les habitants n’étaient pas encore tout à fait réveillés. Les magasins levaient à peine leurs rideaux métalliques. Des gens, café à la main, se tenaient devant les cafés. Des ouvriers journaliers attendaient comme chaque fin d’année autour de la place, espérant trouver du travail. Un enfant, la main dans celle de sa mère, se rendait à la crèche lorsque le hurlement des explosions des missiles et des bombes israéliennes et américaines a réveillé toute la ville.
Oui, la guerre avait commencé et un nouveau malheur s’abattait sur les habitants.
En quelques minutes, les rues se sont transformées en parking rempli de voitures avec des passagers désespérés et furieux. Les gens marchaient serrés sur les trottoirs, un œil sur leur téléphone, l’autre sur le ciel. Les téléphones portables fonctionnaient mal, ce qui augmentait encore la peur.
Devant les stations de métro, la foule était sans précédent. Une jeune fille pleurait. Une femme fumait nerveusement. Quelques adolescents en uniforme scolaire sortaient du métro et l’un d’eux a crié : « Hé, ils ont frappé la maison de Ghalibaf ! »( le président de l’assemblée)
Une femme d’âge mûr exhortait les gens à ne pas entrer dans le métro : si la prochaine attaque le visait, les gens seraient enterrés sous terre.
Un homme, réjoui de l’attaque, disait : « Reza Shah II a tenu sa promesse ! »
Un groupe de jeunes filles était assis devant la station ; l’une pleurait de peur. Son amie demandait aux motards de l’emmener. Un monarchiste a crié : « Ne pleure pas… on va être libérés ! » Une autre fille lui a répondu : « Tais-toi ! »
Au milieu de la rue, deux conducteurs se disputaient. La ville était en ébullition. La guerre n’avait même pas vraiment commencé que la patience des gens était déjà à bout.
Deuxième jour
Vers onze heures du matin, un bruit étrange a envahi la maison, comme si une tempête frappait les portes et les vitres — mais c’était le bruit d’un avion de chasse. Quelques secondes plus tard, la ville a été frappée. Le bruit était si fort que les voisins se sont rassemblés dans le parking.
L’angoisse se lisait sur les visages. M. pleurait ; la fille des voisins s’agrippait à sa mère. Chaque famille essayait de joindre ses proches. La deuxième vague d’attaques a commencé : d’abord le bruit, puis l’explosion, puis la fumée qui a rempli le ciel et nos poumons.
Un voisin est arrivé et a dit : « La ville est devenue un enfer. »
Nous avons mis nos affaires essentielles dans un sac et deux sacs à dos et sommes sortis pour rejoindre la famille.
Les routes principales vers le carrefour Qasr étaient fermées. La file d’attente à la station-service bloquait la rue. Des gens en vêtements de maison, stupéfaits par les explosions, restaient sur le trottoir.
En passant par des ruelles, nous sommes arrivés sur l’avenue Shariati. Les vitres brisées d’un grand immeuble recouvraient la rue. Les forces de sécurité étaient partout. La fumée remplissait les ruelles près d’une caserne. Un bâtiment semblait détruit.
Au milieu d’une ruelle fermée, le sol était couvert de poussière. Une jeune femme, sac à dos et sac à main, essuyait les larmes de sa mère âgée. J’ai eu peur. Mon corps tremblait. Des hommes armés contrôlaient la rue jusqu’à la place Enghelab.
Les jours suivants
Jusqu’au soir, la ville est restée calme. Le ministère du Renseignement, les services des Gardiens de la révolution et la police avaient envoyé des SMS de menace. Peu à peu, les rues se sont remplies de partisans de la République islamique.
En allant acheter quelque chose, partout on entendait les informations. Puis les bombardements ont recommencé. Près de Baharestan, les bombes pleuvaient. L’odeur de fumée et de soufre remplissait la ville. La mairie était détruite et brûlait.
Les jours suivants, les frappes ont continué : quartiers résidentiels, stades, entrepôts, immeubles. Des amis racontaient les destructions. Des éclats d’obus avaient atteint des maisons. Des explosions secouaient différents quartiers.
Dernières lignes
J’écris ces lignes tandis que des explosions retentissent en arrière-plan. Quelque part à Téhéran, quelque chose brûle. On dit qu’après quelques jours on s’y habitue.
Non, on ne s’y habitue pas. La fumée, les explosions et le feu ne sont pas des choses auxquelles on peut s’habituer.
Nous vivons dans un Téhéran qui se transforme lentement en ruines, et nous sommes encore vivants, au milieu de ces décombres. »
Date de rédaction : 6 mars 2026 (16 Esfand 1404)
Date de publication : 7 mars 2026 (17 Esfand 1404)
9 mars 2026
extraits en traduction google
« Sombre, comme notre avenir » : des Iraniens décrivent des scènes de catastrophe après le bombardement des dépôts pétroliers de Téhéran »
« Les habitants décrivent la terreur que procure une ville enfumée, due à la pluie, à l’air et à l’eau potentiellement toxiques, à la pénurie alimentaire et à la difficulté de s’échapper…
Des vidéos diffusées par des journalistes citoyens ont montré d’immenses flammes dans le ciel de Téhéran pendant la nuit, et de la fumée s’élevant encore au-dessus des installations de stockage de pétrole. Dimanche matin, alors que des pluies torrentielles s’abattaient sur la ville de 10 millions d’habitants, les autorités ont mis en garde contre les pluies acides toxiques et de nombreux habitants se sont réveillés avec des maux de gorge et des brûlures aux yeux…
« Les prix s’envolent. J’ai acheté un inhalateur pour 850 000 tomans (4,50 £). Où les gens vont-ils trouver cet argent ? Beaucoup d’habitants de Téhéran sont des journaliers qui sont au chômage depuis longtemps. La nourriture est devenue extrêmement chère et beaucoup de choses se font rares. »…
C’est dingue, parce que la nuit, on aurait dit le jour, et le jour, c’était tellement sombre, comme une nuit de nouvelle lune. Tellement sombre, à l’image de notre avenir. »
Elle a dit : « En partant, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas un seul oiseau dans le ciel, et vous savez ce qu’on dit ? Quand les oiseaux vous abandonnent, vous êtes vraiment seul. Il y a tellement de chats en ville. Si ces attaques continuent, le prochain dirigeant régnera sur une démocratie féline. Mais même les chats n’ont que neuf vies. »
https://www.theguardian.com/world/2026/mar/08/dark-like-our-future-iranians-describe-scenes-of-catastrophe-after-tehrans-oil-depots-bombed
05/03/2026 à 20h45
« L’armée israélienne a émis un ordre d’évacuation pour toute la banlieue sud de Beyrouth , dans une zone appelée Dahiyeh qu’elle présente comme un bastion du Hezbollah .
On ne dispose d’aucun chiffre précis quant à la taille de la population présente ici, mais certaines estimations la situent entre 300 000 et 700 000 personnes. Il s’agirait de la première fois que l’armée israélienne ordonne l’évacuation de vastes zones de la capitale libanaise , alors qu’auparavant elle se contentait de forcer les habitants à quitter des bâtiments spécifiques que les Forces de défense israéliennes (FDI) bombardaient ensuite.
Le porte-parole arabophone de Tsahal, Avichay Adraee , a déclaré que le dernier ordre concerne quatre grands quartiers de la banlieue sud de Beyrouth : Bourj el-Barajneh, Hadath, Haret Hreik et Shiyyah. »
« Selon Bezalel Smotrich, la banlieue sud de Beyrouth va connaître le même sort que Gaza
Fidèle à sa rhétorique messianique et guerrière habituelle, le ministre israélien des Finances et suprémaciste juif, Bezalel Smotrich, a publié jeudi une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il affirme que « Dahiyé (nom donné à la banlieue sud de Beyrouth au Liban, NDLR) ressemblera bientôt à Khan Younès ».
Référence faite à la ville située au sud de la bande de Gaza, complètement anéantie après plus de deux ans de guerre génocidaire menée à l’encontre du peuple palestinien. »
05/03/2026 à 11h54
« Attaques contre l’Iran, attaques contre la vie »
En traduction google à partir de l’allemand
« Note importante : Ce texte a été préparé au cours des deux dernières semaines par le Collectif Roud, face à la menace de plus en plus concrète d’une agression militaire étrangère (guerre) contre l’Iran. Il est publié à un moment où la menace à laquelle il visait à répondre est malheureusement devenue réalité, et où nous sommes confrontés à une série d’événements désastreux. Le contenu de cette déclaration étant fondé sur la probabilité de cette catastrophe, et compte tenu de la rapidité des événements, nous avons décidé de la publier telle quelle, sans aucune modification. Maintenant que la « menace de guerre » est devenue la réalité objective et catastrophique inhérente à sa nature, il est clair que l’agression militaire actuelle des États-Unis et d’Israël contre l’Iran – quels que soient les prétextes ou les motivations – doit être fermement condamnée (le contenu de la déclaration développe ce point). Cependant, cette déclaration va au-delà de la simple condamnation formelle. Elle s’attache à examiner les implications plus profondes et plus larges de la situation actuelle afin de mettre en lumière la perspective d’une résistance collective des opprimés face aux bouleversements historiques à venir. »
Le Collectif Roud et la Confédération des travailleurs iraniens condamnent les attentats perpétrés en Iran et soulignent l’urgence d’une action révolutionnaire.
***
Pourquoi sommes-nous contre la guerre ? L’attaque contre l’Iran est une attaque contre la vie et le destin de son peuple.
Introduction : Toute guerre, par ses effets directs et ses dommages collatéraux, met gravement en péril la survie individuelle et collective des populations touchées, sans même parler des pertes civiles et du nombre considérable de blessés et de déplacés. L’inévitabilité de ces conséquences dramatiques suffit à elle seule à réfuter l’affirmation selon laquelle une intervention militaire étrangère « sauverait le peuple iranien ». Cela est d’autant plus vrai que l’ampleur des crises actuelles en Iran a déjà (même sans conflit armé ouvert) infligé d’atroces souffrances à la population opprimée et a conduit la société au bord du gouffre. Dans cette lettre, nous énumérons d’abord les principales conséquences générales de la guerre, de manière concise, puis nous abordons les implications plus spécifiques liées à la menace probable de guerre ou d’agression militaire contre l’Iran. La rédaction et la publication de ce texte sont motivées par l’espoir que, dans le contexte critique actuel, la résistance à la guerre, au militarisme et à l’interventionnisme impérialiste, tant en Iran que dans le monde, se fasse entendre avec plus de force, sans pour autant être instrumentalisée par la propagande des dirigeants de la République islamique et de leurs alliés (qui font eux-mêmes partie du problème).
Effets généraux de la guerre sur la vie
• •La guerre détruit et/ou perturbe les infrastructures économiques, les moyens de subsistance des populations et les infrastructures de services essentiels.
• •La guerre détruit l’écosystème naturel et l’environnement humain, ce qui a des conséquences immédiates et/ou durables sur les moyens de subsistance et la santé des populations.
• •La guerre représente un danger supplémentaire pour les membres les plus vulnérables de la société : principalement pour les femmes et les enfants des classes populaires, les pauvres, ainsi que les journaliers et les membres de la classe ouvrière occupant des emplois précaires.
• • La guerre crée un espace d’insécurité extrême qui ne tourne qu’autour de la simple survie et perturbe la cohésion et la solidarité sociales.
• •Un climat de guerre s’accompagne d’une intensification de l’autoritarisme ainsi que d’un renforcement des conditions patriarcales et de la violence.
• • Outre les coûts directs pour les moyens de subsistance et la protection des populations défavorisées, la guerre ouvre la porte aux oligarques économiques et militaires pour étendre leur pillage sous prétexte de défense et de sécurité nationale.
• • Les coûts directs de la guerre (armements) absorbent les ressources publiques dont dépend la prospérité minimale des populations défavorisées. Les coûts ultérieurs (reconstruction des zones dévastées par la guerre) rendent impossible toute prospérité, même minimale, à l’avenir. • La guerre banalise la mort et dévalorise la vie et l’existence humaines.
•
2. Conséquences sociales et politiques générales de la guerre
• La guerre s’accompagne de la déclaration de l’état d’urgence par l’État et d’une militarisation croissante de l’espace public, ce qui entraîne une intensification du blocage politique et la répression de l’opposition. En conséquence :
• •La guerre détruit les acquis des mouvements sociaux, les possibilités de lutte par la base et, d’une manière générale, le pouvoir d’agir politique des masses.
• • Le contexte général de la guerre restreint la capacité d’action de l’État. Il renforce notamment sa domination du fait de la dépendance croissante de la société aux services publics essentiels.
• L’agression d’un État étranger permet aux puissants de projeter plus facilement vers l’extérieur la corruption structurelle, la criminalité systémique et l’oppression. De manière générale, par la montée des tendances nationalistes (concernant les frontières nationales et l’intégrité territoriale), elle crée les conditions permettant à une partie de la société de se soumettre à l’État, affaiblissant ainsi la solidarité sociale (par le biais de luttes collectives contre l’ordre établi).
• L’atmosphère de guerre exacerbe les divisions existantes, dépassant la capacité d’action des masses. Elle favorise également l’émergence et/ou la croissance de milices, de mouvements opportunistes et hostiles à la population, ainsi que d’interventions ciblées ou perturbatrices de la part de services de sécurité rivaux (nationaux et étrangers). Tout cela accroît le risque de guerre civile (une guerre de tous contre tous, au lieu d’une lutte commune contre des ennemis communs) et d’effondrement social.
• • Les conditions de guerre entravent non seulement gravement la promotion d’une politique populaire (axée sur la population), surtout dans une société désorganisée, mais font également que l’arène politique d’après-guerre se concentre principalement sur ceux qui détiennent le pouvoir et la richesse, ainsi que sur l’armée. La guerre est une catastrophe pour la politique de base. • La guerre masque l’imbrication des structures autoritaires et impérialistes, alimente les dualismes bien-mal et conduit ainsi à la désorientation intellectuelle et à la fragmentation politique des opprimés, dispersant et affaiblissant leur capacité de résistance.
• • La guerre interrompt la continuité de la chaîne des luttes des opprimés, qui se manifestent notamment par des mouvements sociaux et des soulèvements populaires.
• •En épuisant les populations, en éliminant leur capacité d’action politique et en favorisant un climat d’insécurité, de privation et de désespoir général, la guerre crée les conditions propices à la mise en place d’alternatives impérialistes venues d’en haut.
• • La guerre affaiblit les opprimés et renforce les États, les puissances et les dirigeants.
•
3. Implications spécifiques d’une guerre probable dans la situation actuelle
3.1) La guerre a toujours été un vecteur d’accumulation de capital militariste, fondée sur l’expansion d’une économie militariste. Or, dans le capitalisme tardif en proie à la crise : a) les processus d’accumulation de capital sont devenus lents et inefficaces ; b) par conséquent, les polarisations impérialistes et les conflits entre les centres du capitalisme se sont considérablement accentués ; et c) les politiques conventionnelles existantes sont incapables de « gérer les conséquences de la crise », de garantir la sujétion des opprimés et de contenir leurs soulèvements. Dès lors, la dépendance du capitalisme à l’égard de l’accumulation militariste, et simultanément le militarisme comme stratégie de gestion, a connu une augmentation spectaculaire. À tel point que certains théoriciens qualifient la phase actuelle de l’accumulation capitaliste de « régime de guerre mondial ».
3.2) La militarisation continue, les guerres et les bellicismes ont depuis longtemps intensifié le processus de militarisation au Moyen-Orient. Ce processus a mis à mal la situation économique des populations opprimées de la région, a bloqué les perspectives politiques (et a fortiori le développement) de leurs sociétés, a facilité la répression étatique des luttes de classes et des mouvements sociaux, et a anéanti violemment les forces et courants progressistes. Il a également exacerbé les divisions et les divergences liées aux frontières nationales et religieuses, au détriment de la solidarité internationaliste des opprimés. Bien que ce processus impérialiste ait des racines et une dimension historiques et mondiales, l’État iranien (avec l’État d’Israël) a constitué un pilier constant au Moyen-Orient ces dernières décennies, facilitant et intensifiant ce processus jusqu’à son paroxysme actuel.
3.3) En particulier, avec la promotion de stratégies nucléaires et balistiques ainsi que de l’« Axe de la Résistance », la République islamique s’est engagée sur un terrain qui s’alignait à la fois sur les stratégies géopolitiques de la Russie au Moyen-Orient (rappelons la Syrie) et – comme un stimulus « utile » – sur l’expansion impérialiste et militaire des États-Unis et d’Israël. En renforçant indirectement les intérêts russes (et, dans une certaine mesure, chinois) dans les conflits régionaux entre les blocs impérialistes de l’Est et de l’Ouest, la République islamique a modifié la position iranienne.
La société iranienne est plongée dans un état de quasi-guerre permanent de facto (un état d’urgence permanent). Cet état se caractérise principalement par les coûts économiques dévastateurs de la politique nucléaire, l’expansion du militarisme et des interventions régionales, ainsi que par l’intensification de la répression et de l’étouffement politique. Tout cela a été normalisé par le discours anti-impérialiste (« Axe de la Résistance »), la sécurité nationale (ennemi extérieur) et les ambitions de grande puissance chiite iranienne. Finalement, après plusieurs attaques de missiles et surtout avec la « Guerre des Douze Jours », la nature belliqueuse de cet État en quasi-guerre est devenue plus manifeste. La manifestation la plus significative de cet état de crise et de paralysie a sans doute été l’imposition de sanctions économiques dévastatrices (blocus économique) contre la majorité défavorisée de la société iranienne par le bloc impérialiste occidental. Des sanctions qui, bien entendu, ont encore enrichi l’oligarchie militaro-économique.
3.4) La « guerre patriotique » est un mythe. Le peuple iranien opprimé est attaqué de toutes parts depuis plus d’un siècle : par le despotisme interne comme par les puissances impérialistes. Plus important encore, ces armes reposent sur des mécanismes communs et leur efficacité est interdépendante. Si une guerre éclate entre l’État despotique de la République islamique et les représentants de l’impérialisme occidental (à savoir les États-Unis et Israël), la dualité « État agresseur » et « État victime » ne sera qu’un slogan vide de sens, utilisé pour tromper les masses et les mener à l’abattoir. Ces deux groupes d’États sont des éléments constitutifs du système global de domination et d’oppression au Moyen-Orient. Un système qui se reproduit par l’imbrication des fonctions des deux camps aux niveaux local/national et régional (rappelons que la naissance contre-révolutionnaire de la République islamique, issue de la révolution de 1979, est le fruit de la rupture impérialiste d’un processus révolutionnaire amorcé par le coup d’État de 1953). De plus, l’agression militaire américaine probable contre l’Iran s’inscrit dans le contexte d’une guerre chronique que la République islamique mène contre la majorité de la population iranienne depuis sa création.
3.5) Le discours qui conclut, en comparant l’hégémonie mondiale de l’État impérialiste américain à la puissance régionale de la République islamique, qu’il faut prendre le parti du « plus faible » dans cette « guerre inégale », ignore, outre les interconnexions susmentionnées, la nature et les fonctions sub-impérialistes de la République islamique : qu’il s’agisse de la reproduction violente des rapports capitalistes et de l’ordre impérialiste au Moyen-Orient par l’asservissement des masses et l’expansion du militarisme, ou de sa médiation indirecte dans le conflit entre les blocs impérialistes de l’Est et de l’Ouest. Les propagandistes et les partisans d’un tel discours ignorent – intentionnellement ou non – que les deux camps de ce conflit, quelles que soient leurs divergences géopolitiques, se sont complétés et continuent de se compléter mutuellement dans l’asservissement des opprimés sur le territoire iranien. Puisque la République islamique ne dispose plus du pouvoir nécessaire pour maintenir durablement l’oppression des masses, une guerre probable lui permettra de s’assurer cette fonction (sous une nouvelle forme). Parallèlement, cette guerre vise à réintégrer l’Iran dans le giron du bloc impérialiste occidental et à affaiblir le bloc de l’Est.
3.6) Le déclenchement éventuel d’une guerre, dont la simple menace rend depuis longtemps la vie publique plus difficile et source de crises pour les masses défavorisées, dépend des décisions prises par les élites étatiques – guidées par leurs propres calculs de profit et de perte – au mépris des masses opprimées. Dans le rapport de force actuel, la capacité d’action des masses face à une décision qui leur est imposée, dans une guerre probable menée au prix de leurs vies (que nous espérons ne jamais voir se produire), est très limitée. Ceci s’explique par le fait que le pouvoir exclusif des États en général, et l’oppression et l’asphyxie maximales exercées par la République islamique en particulier, ne laissent aucune marge de manœuvre aux opprimés.
3.7) Malgré les conditions difficiles et les hostilités qui nous entourent et qui ont considérablement réduit les possibilités de résistance collective, le pouvoir d’agir des opprimés ne peut être totalement anéanti. Plus important encore, précisément en raison de la situation précaire actuelle (et des échecs passés), il existe des raisons vitales de poursuivre la lutte. Avant que la catastrophe de la guerre ne survienne, la voix de la résistance contre la guerre doit être amplifiée aussi fort que possible et une ligne de démarcation claire doit être tracée entre elle et les forces et tendances bellicistes. Même le déclenchement de la guerre, bien que décourageant et effrayant, ne fait qu’intensifier la nécessité de résister – indépendamment du fait que le climat de guerre exacerbera sans aucun doute l’oppression politique. L’acte de résistance en temps de guerre n’implique évidemment pas de soutenir un camp ou l’autre au sens des deux mythes du « sauvetage extérieur » ou de la « défense de la patrie » (« guerre patriotique »). La résistance en temps de guerre se réalise plutôt par l’organisation collective pour défendre le principe de la vie et préserver le pouvoir d’agir des opprimés. Cela peut se faire, par exemple, en mettant en place des projets d’aide pour soutenir les groupes sociaux touchés et vulnérables, ou par toute initiative renforçant l’organisation sur le lieu de travail et dans l’espace de vie collectif. De tels actes et initiatives, outre leur rôle immédiat et indispensable dans la vie quotidienne, peuvent aussi constituer des remparts de résistance contre la destruction de la solidarité sociale ou l’instrumentalisation des masses par les puissants. C’est là notre seul véritable atout pour atténuer les dégâts et les souffrances causés par la guerre et ses terribles conséquences, et pour nous préparer à affronter les menaces sociales et politiques de l’après-guerre.
3.8) Avec le déclenchement du soulèvement de protestation en Dey 1404 (décembre 2025/janvier 2026), nous avons non seulement été témoins de la répression effroyable et sans précédent de la République islamique, mais ce soulèvement a également révélé, de manière amère, comment les opprimés iraniens se retrouvent désormais engagés dans une lutte inégale contre trois fronts hostiles : la République islamique, avec ses caractéristiques ouvertement fascistes, en tant qu’État au pouvoir ; la réaction Pahlavi, avec ses tendances ouvertement fascistes, en tant que rivale pour le pouvoir ; et les puissances impérialistes qui ont été le moteur de la montée du néofascisme dans le monde contemporain. Ces trois fronts ne font aucun cas de la vie humaine et se sont, du moins à la lumière des événements de ce soulèvement, mutuellement renforcés de diverses manières. Cela inclut les puissances qui, au nom de notre salut face à des souffrances sans fin, dissimulent leurs objectifs géopolitiques lorsqu’elles lancent une agression militaire contre l’Iran. Que ce soit par l’intermédiaire de ceux qui, pour s’emparer du pouvoir (du trône), n’ont cessé d’attiser les bellicismes et de justifier la nécessité d’une intervention militaire étrangère ; ou par l’intermédiaire de l’État de la République islamique qui, pour survivre à son règne honteux, nous a longtemps contraints à vivre au bord de la guerre ou dans l’ombre d’un État quasi-guerrier, et qui se pose désormais en État victime et défenseur du peuple (ce même peuple qu’il massacre par milliers lorsqu’il le juge « nécessaire »).
3.9) Ces trois groupes comptent sur notre désespoir. Chacun espère que le désespoir dans lequel nous a plongés la vie catastrophique et marquée par la mort sous la République islamique (un désespoir parfaitement compréhensible) anéantira complètement notre capacité d’action politique. Ainsi, nous pourrons dire : « Quoi qu’il arrive, la situation ne peut pas être pire. » Pourtant, si nous nous penchons sur notre mémoire collective, toutes les épreuves amères endurées depuis l’échec final de la Révolution constitutionnelle jusqu’à nos jours témoignent qu’à chaque échec, nous avons été confrontés à une situation encore plus désastreuse. Même si nous choisissons de ne pas nous plonger dans notre mémoire historique, les conséquences documentées des « interventions militaires humanitaires » des années 1990 à nos jours sont claires et connues de tous : de l’Irak, la Yougoslavie et l’Afghanistan à la Libye, la Syrie, le Yémen et le Soudan. Face à l’enfer généralisé et prolongé que la République islamique a engendré, il est parfaitement compréhensible que les opprimés sombrent dans le désespoir. Mais si, dans les décisions cruciales qui détermineront l’avenir de la société, nous parvenons à nous affranchir un instant de ce désespoir, nous reconnaîtrons que le déclenchement d’une guerre ne fera qu’aggraver notre situation.
3.10) Les courants qui présentent l’agression militaire étrangère comme nécessaire pour se débarrasser du mal que représente la République islamique, et de tels actes criminels
Ils promeuvent et normalisent activement cette solution, tout en gardant un silence délibéré sur ses conséquences néfastes. Car ce sont en grande partie les mêmes personnes qui ont permis les crimes horribles de la République islamique en Dei 1404, à savoir le massacre de manifestants, et qui ont ensuite présenté ce massacre avec une indifférence effroyable comme un coût inévitable de la guerre. Cette fois encore, alors qu’ils propagent et normalisent l’agression militaire, ils savent pertinemment que le coût de la guerre doit être supporté par d’autres afin qu’eux-mêmes puissent profiter des bienfaits de la guerre.
3.11) Il ne fait aucun doute que nous devons enterrer la carcasse nauséabonde de la République islamique pour emprunter une voie nouvelle. Il ne fait aucun doute que cette carcasse forme les murs de notre prison. Mais cela ne peut être fait que par nous-mêmes, et non par des puissances qui – comme en témoigne la longue histoire du XXe siècle – sont elles-mêmes bâtisseuses de prisons et formatrices de gardiens. Ni par des réactionnaires comme la clique Pahlavi, qui – à en juger par leurs agissements de ces derniers mois – sont de nouveaux gardiens de prison déterminés.
Conclusion : La guerre, dont les menaces se font plus pressantes et concrètes d’heure en heure, n’est pas une guerre entre les États-Unis et Israël contre la République islamique, mais bien leur guerre commune (des deux côtés) contre les populations qui, par un caprice du destin, sont contraintes d’être citoyennes de la République islamique. Ce scénario probable se traduira par une guerre catastrophique contre les opprimés iraniens, car il affaiblira jusqu’à l’anéantissement le combat inachevé qu’ils mènent contre l’oppression – déjà fortement affecté par les conséquences dramatiques des conflits inter-impérialistes (poursuivant ainsi les efforts déployés par le pouvoir en place pour étouffer les aspirations militantes des opprimés). Même si une guerre ouverte (avec massacres et destructions directes) n’éclate pas, le maintien de ce climat tendu de confrontation et de menace nous maintiendra dans cet état de quasi-guerre qui paralyse la vie économique et politique de la société. Par conséquent, la résistance collective contre la guerre et le militarisme ne saurait être un processus dissocié de l’ensemble des luttes des opprimés, ni un processus temporaire ou lié à un conflit armé ouvert. Elle doit plutôt s’inscrire dans une résistance continue et globale visant à défendre la vie et les droits fondamentaux des opprimés.
Notre résistance à la guerre est une résistance au cœur même de la politique dominante, dont la perpétuation exige la guerre : la « politique d’en haut ». Nous sommes contre la guerre car nous croyons au pouvoir d’un peuple uni et conscient ; à la capacité des opprimés de se transformer. Car une « politique d’en bas » est à la fois nécessaire et possible. Non aux guerres impérialistes ! Non à la bellicisme et au militarisme ! Vive la vie ! Vive la lutte des opprimés pour la liberté et l’égalité ! Victoire aux luttes de classes pour la justice et la libération ! Femme, vie, liberté !
Non aux guerres impérialistes !
Non à la bellicisme et au militarisme !
Vive la vie !
Vive la lutte des opprimés pour la liberté et l’égalité !
Victoire aux luttes de classes pour la justice et la libération !
Femme, vie, liberté !
Roud Collective, 28 février 2026
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Déclaration de la CDI sur la guerre en cours et l’urgence d’une action révolutionnaire
L’assassinat d’Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs hauts responsables du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et de l’appareil dirigeant, constitue un événement exceptionnel en Iran. Il porte un coup dur au cœur même de la machine répressive et aux fondements de la République islamique. Pour des millions d’Iraniens, la mort d’un homme qui, pendant des décennies, a incarné les massacres, l’oppression, la pauvreté, le militarisme et un règne sanglant a déclenché un sentiment de libération, mêlant une colère longtemps contenue et un soulagement immense. La présence de la population dans les rues et la réaction générale de la société témoignent de la profondeur de la haine accumulée au sein du pays par des années de crimes et de massacres.
Ce n’est pas une joie face à la guerre. Ce n’est pas une joie face aux bombardements ou au meurtre d’enfants. Ce n’est pas une joie face à l’intervention étrangère. C’est le soulagement amer de voir apparaître des fissures dans un monstre qui, il y a à peine deux mois, le 10e mois du calendrier iranien (Dey), a plongé le pays dans un bain de sang, tuant des dizaines de milliers de personnes et transformant la société en un océan de chagrin et de rage. Les personnes qui respirent aujourd’hui sont les mêmes qui étaient battues, abattues et jetées en prison hier.
Il est néanmoins impératif d’énoncer clairement la réalité : ce coup porté au sommet de l’État s’inscrit dans le contexte d’une guerre menée d’en haut, sans le consentement du peuple. Une guerre qui menace des vies, transforme les villes en zones de mort et cherche à paralyser la société par la peur et la destruction. Les États-Unis et Israël ont joué un rôle direct par leurs attaques militaires et doivent être condamnés sans réserve. Aucun discours de « sauvetage » ni aucune explication « défensive » ne saurait justifier le massacre de civils. Parallèlement, il faut le dire clairement : la République islamique et les Gardiens de la révolution ne sont pas les victimes de cette guerre, ils en sont parmi les principaux instigateurs. Un État qui, pendant des années, a instrumentalisé la société pour ses projets militaires et nucléaires paie aujourd’hui le prix de cette politique par un effondrement interne. La mort de Khamenei ne signifie pas la fin de la crise, mais elle démontre sans équivoque que ce système est désormais incapable de reproduire son autorité d’antan. Une structure dont le chef a été destitué, qui est maintenant en guerre et confrontée à une société en proie à la colère et à la haine, est entrée dans une phase d’instabilité irréversible.
Il est crucial de prendre conscience d’un fait : une rupture au sommet de l’État ne signifie pas automatiquement que la volonté du peuple sera respectée. C’est précisément dans ces moments-là que se mettent en œuvre des projets de contrôle de la société : « transition contrôlée », remaniement des élites et promotion d’alternatives imposées d’en haut, visant à détourner la révolution et à soustraire le peuple à son pouvoir. Les tractations secrètes, la reproduction de la même structure sous un nouveau visage ou l’installation de gouvernements fantoches sous couvert de « stabilité » et de « transition » sont autant de tentatives pour neutraliser la dynamique révolutionnaire et entraver le pouvoir direct du peuple. Ces scénarios ne signifient pas la fin de la République islamique, mais bien la perpétuation du même ordre répressif sous une forme nouvelle.
La seule force capable d’empêcher ce dénouement est une organisation démocratique indépendante, nationale et populaire. En ces temps difficiles, la question centrale n’est pas simplement la « résistance à la guerre ». La véritable question est de savoir si la société peut consciemment saisir l’opportunité créée par la rupture au sommet pour faire progresser le soulèvement révolutionnaire. La guerre vise à intimider la société et à freiner la révolution ; la réponse du peuple doit être de reconstruire et d’organiser son pouvoir social au cœur de cette crise.
Travailleurs, salariés, jeunes, femmes et toutes les forces sociales doivent comprendre une vérité fondamentale : aucune puissance étrangère ne leur apportera la liberté. Seule une société organisée peut renverser définitivement ce système. Rejoindre les organisations sociales existantes, renforcer les organisations de travailleurs indépendants et créer des conseils, des comités locaux et des réseaux d’entraide n’est plus un choix, mais une nécessité urgente, tant pour protéger des vies humaines en temps de guerre que pour prendre collectivement en main l’avenir de la société.
La République islamique est blessée et instable. L’heure n’est plus aux regards indifférents, mais à l’action. La véritable fin de cette guerre ne viendra pas d’accords entre États, mais du renversement révolutionnaire d’un ordre qui a transformé la vie elle-même en un champ de bataille. Nous appelons les peuples du monde entier, les mouvements ouvriers et toutes les forces éprises de liberté à se solidariser avec le peuple iranien – et non avec les États et les machines de guerre. La véritable solidarité implique de soutenir le droit du peuple à renverser la République islamique et à bâtir un ordre humain, libre et égalitaire. La lutte est entrée dans une nouvelle phase. L’oppression a été brisée, la peur vaincue, et l’espoir d’un avenir meilleur s’ouvre. Une société qui a versé tant de sang a le droit – et le devoir – de forger son propre destin.
ILC – Confédération iranienne du travail à l’étranger (ILC), 1er mars 2026

Tout est dit dans ces 3 petites lignes !
« Une guerre sans fin n’est pas dans notre intérêt (…). L’économie iranienne ne doit pas s’effondrer. Il faut empêcher les mouvements migratoires incontrôlés en provenance d’Iran », a déclaré Friedrich Merz, évoquant aussi le risque d’un « effondrement de l’État iranien ».
https://www.lefigaro.fr/international/l-allemagne-alerte-contre-un-effondrement-de-l-iran-et-une-vague-migratoire-incontrolee-20260306
Et la boucle est bouclée !
« L’arrivée de militaires ukrainiens dans le golfe Persique est attendue prochainement »
« Alors qu’elle n’en a toujours pas fini avec la guerre contre la Russie, l’Ukraine va envoyer « prochainement » des militaires au Moyen-Orient pour aider les États-Unis et leurs alliés à contrer les frappes de drones iraniens…
« La partie américaine a fait la demande, ils ont dit : “s’il vous plaît” » et « l’Ukraine a accepté de fournir une telle aide », a indiqué un responsable ukrainien à l’AFP, sous couvert d’anonymat. »
https://www.huffingtonpost.fr/international/article/pourquoi-l-ukraine-va-aider-les-etats-unis-face-aux-drones-iraniens-mais-pas-sans-contrepartie_261172.html
« Le Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine a annoncé que le pays avait produit 100 000 drones d’interception en 2025 et que la capacité de production avait été multipliée par huit par rapport à la période précédente.
Volodymyr Zelensky a indiqué que la capacité de production pourrait encore augmenter cette année. Quelque 450 producteurs de drones sont actuellement opérationnels en Ukraine, dont « 40 à 50 de premier plan », selon le président ukrainien.
Maintenant que Kyiv a ouvert ses exportations d’armes, la production pourrait exploser car la demande internationale d’armes, d’opérateurs et d’expertise ukrainiens est toujours élevée ».
https://fr.euronews.com/2026/03/06/guerre-au-moyen-orient-lukraine-propose-son-expertise-face-aux-drones-iraniens-shahed
A propos du décompte des victimes, d’après COUNTERPUNCH
https://www.counterpunch.org/2026/03/10/americas-war-of-choice-is-israels-war-of-necessity/
Avant la guerre, en ce qui concerne le nombre de morts parmi les manifestants iraniens de 2025-2026 dans 27 de ses 31 provinces, l’agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA), Amnesty International et Human Rights Watch ont estimé le nombre à environ 6 000 tandis qu’un nombre de 33,000 s’est répandue sur les réseaux sociaux et parmi des sources diasporiques de droite sans vérification. Le chiffre plus élevé confond les exécutions historiques de prisonniers remontant à 1988, est impacté par le black-out d’internet et motivé politiquement.
En outre, selon des sources proches des Moujahidine du Peuple des opposant-e-s de gauche ont été repéré-e-s par les Mossad-CIA afin de les cibler lors des bombardements en cours:
https://www.thecanary.co/skwawkbox/2026/03/01/us-and-israel-accused-of-targeting-left-wing-activists-in-iran/
Merci beaucoup d’entretenir ce fil… (Peut-être serait-il judicieux de l’épingler ?)
Je n’ai pas réussi à trouver ailleurs des témoignages directs, merci à vous de les diffuser.
c’est fait