« il est temps de (ne pas) répondre à une série de questions en suspens »
« Depuis le 18 septembre, et encore plus à partir du lundi 21, une série de blocus ont fleuri dans les lycées de banlieues d’Île-de-France1. Né autour de revendications sur le manque de moyens dans ces lycées avant de se généraliser au pays, le mouvement atteint une ampleur inédite qui ne fera que s’intensifier dans les jours suivants à l’occasion de l’habituelle journée de mobilisation de rentrée de la fonction publique le 29 septembre. Parallèlement, les modes d’action des lycéen·nes se tournent de plus en plus vers l’émeute, incendiant des poubelles, tirant aux feux d’artifices sur les flics quand iels ne brûlent pas carrément leur lycée2.
Dès les premiers jours, la répression policière s’était faite particulièrement brutale avec des lycéens éborgnés, à la mâchoire fracturée ou voyant leur main arrachée pour n’évoquer que les cas les plus spectaculaires d’une violence d’État débridée. Mais cette répression passe aussi par un volet judiciaire exceptionnel avec à ce jour, en quelques semaines à peine, plus de 2.300 poursuites pénales. Ces chiffres rappellent le bilan répressif des émeutes suite à la mort de Nahel en 2023 avec plus de 2.100 poursuites – la majorité ayant débouché sur une condamnation – et les Gilets Jaunes avec environ 5.300 déferrements étalés sur 6 mois de mobilisation.
Pour autant, la mobilisation des lycéen·nes ne peut se limiter au constat de la répression. Alors que l’essentiel de la gauche – même “extrême”, “radicale” ou “déter” – ne semble savoir mettre l’emphase que sur ces aspects, il nous semble nécessaire de revenir sur quelques autres éléments. Il n’est jamais aisé d’analyser un mouvement toujours en cours. Mais il est possible de dégager quelques clés de lecture en se fondant sur les derniers épisodes de la lutte des classes dans le contexte français. »


je suis passé par là !
« la mobilisation d’une ampleur inédite chez les pros « vient des tripes »
Mouvement lycéen : les élèves des lycées pro refusent d’être « la cinquième roue du carrosse »
Depuis le début du mouvement, les élèves de lycées professionnels sont en première ligne.
Parti des banlieues de Seine-Saint-Denis, qui en restent le moteur, le mouvement mobilise largement les élèves de lycées professionnels. Qui, peut-être plus encore que les autres, dénoncent un sentiment de relégation, amplifié par le manque de considération accordé à leur formation, vue comme une « filière poubelle »…
En France, la voie professionnelle regroupe les baccalauréats professionnels préparés dans les lycées et les certificats d’aptitude professionnelle (CAP) proposés dans les centres de formation d’apprentis (CFA). À la rentrée 2025, 661 600 élèves étaient scolarisé·es dans cette voie (hors apprenti·es) au sein des lycées publics et privés sous contrat, selon les chiffres de l’Éducation nationale…
« C’est toujours une lecture de leur profil d’un point de vue déficitaire : dès qu’on constate de mauvaises notes, on ne cherche pas à comprendre. La seule orientation possible est la voie professionnelle »…
« Ce sont en général des garçons issus de l’immigration maghrébine et subsaharienne, de milieux sociaux précaires, qu’on envoie en filière pro. »…
Selon lui, cette logique répond davantage aux besoins immédiats du marché du travail qu’aux aspirations des jeunes. « Ils sont envoyés là-bas dans une logique à court terme, ce sont les travailleurs de demain dans les métiers les plus précaires que personne ne souhaite faire. Ils réaliseront les métiers des “premiers de corvée” »…
« Les élèves sont perméables au mépris social dont ils sont la cible. On les oppose sans cesse aux élèves de la voie générale. À force, ils ont intégré cette phrase qu’on leur lance depuis le collège, “Toi, tu vas finir en pro”, comme quelque chose de dégradant, s’indigne l’enseignante. Ils le disent eux-mêmes : “On est la cinquième roue du carrosse.” »…
la mobilisation d’une ampleur inédite chez les pros « vient des tripes ». Les jeunes mobilisé·es dénoncent « la poubelle éducative dans laquelle ils ont été mis ». Au-delà de leurs revendications immédiates, « ils interrogent l’avenir du système éducatif et ce qu’il sera dans quinze ou vingt ans »
https://www.mediapart.fr/journal/france/091026/mouvement-lyceen-les-eleves-des-lycees-pro-refusent-d-etre-la-cinquieme-roue-du-carrosse?fbclid=IwY2xjawU4Ay1leHRuA2FlbQIxMQBwZG9mAXNydGMGYXBwX2lkEDIyMjAzOTE3ODgyMDA4OTIAAR5CjF-GI-UkvxBv9C_yoYXI2VqAdK7-doPK0AFWAVeZJBE28DH2L-GSjaAYgA_aem_TJqAE-JLX5XXDhI213b4ww