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Crier “Sarkozy, je te vois!” conduit au tribunal

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Un Marseillais assistait à un contrôle d’identité qu’il trouvait trop viril. Il est poursuivi pour “tapage injurieux diurne”.
Un Marseillais de 47 ans, professeur de philosophie, va comparaître le 19 mai devant le tribunal de police pour avoir crié alors qu’il assistait à un contrôle d’identité : “Sarkozy, je te vois!”, a-t-on appris jeudi 14 mai auprès de son avocat.
L’homme a prononcé cette phrase à deux reprises en gare Saint-Charles, à Marseille.
Le 27 février dernier, à 18h50, il assiste en spectateur à un contrôle d’identité qu’il juge musclé, puis décide de se manifester verbalement, suscitant l’hilarité des passagers alentour.
Les policiers, estimant que l’apostrophe a attiré l’attention du public et gêné leur contrôle, l’emmènent alors au poste de police de la gare pour procéder à un contrôle d’identité et dresser un procès-verbal.[print_link]

Il risque une contravention
“Par la durée et la répartition de ses cris”, l’enseignant a porté atteinte à la tranquillité publique, contrevenant ainsi à l’article R 13-37 du code de la santé publique, écrivent les policiers.
Le professeur est convoqué devant la justice pour “tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d’autrui”, délit passible d’amende selon l’article R 623-2 du Code pénal.
Contacté par nouvelobs.com, son avocat, Me Philippe Vouland, s’est étonné que “la convocation en justice” de son client “ne reprenne par les faits” qui lui sont reprochés.
“A-t-il été considéré qu’il avait été injurieux ou qu’il avait troublé la tranquillité d’autrui, ou les deux ?”, s’est-il interrogé. “On n’en sait rien”, a-t-il ajouté. “Il n’a pas été injurieux vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, puisqu’il n’est pas poursuivi pour “injure au chef de l’Etat”, a-t-il poursuivi. “La police a-t-elle perçu sa réaction comme une injure à son égard ?”, s’est-il du coup demandé. Et de conclure : “Alors elle n’a aucun humour”.

Demande de transport du tribunal sur les lieux
Me Philippe Vouland a déposé des conclusions de nullité. Il va demander le transport du tribunal sur les lieux, ainsi que la désignation d’un expert pour faire des comparatifs de décibels en gare Saint-Charles, mais aussi la désignation d’un neurologue pour “tester l’influence que peut avoir le bruit sur le cerveau humain”.
“Je ne doute pas qu’en bon avocat, M. Sarkozy n’aurait jamais été favorable à une telle poursuite qui ne peut conduire qu’à la relaxe”, a ironisé Me Vouland. Et d’ajouter auprès de nouvelobs.com : “Dans mes conclusions, j’ai opté pour l’humour. Tant qu’à faire dans la folie, autant aller jusqu’au bout !”.

“Pas seulement un délire de quelques policiers”
Contacté par nouvelobs.com, le président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) Jean-Pierre Dubois, s’est dit “inquiet face à cette nouvelle affaire qui révèle une fois de plus la dérive policière et judiciaire et l’atteinte aux libertés”.
“Il ne s’agit pas seulement d’un délire de quelques policiers”, a-t-il estimé, “car celui-ci a été validé par une juridiction. Ce n’est pas seulement absurde, c’est une grave dérive institutionnelle. Il y a quelqu’un au Parquet qui a décidé qu’on pouvait poursuivre un citoyen pour de simples propos humoristiques”.
“Par ailleurs, a-t-il souligné, c’est un juge de proximité qui a été chargé de l’affaire. Or ces juges de proximité sont des sortes de sous-juges qui ne sont là que pour pallier la pénurie de juges”.
“On était déjà allé très haut dans l’échelle des affaires de ce type, mais là on atteint le sommet du caricatural, on voit où la folie de la politique sécuritaire actuelle est en train de nous emmener”, a-t-il dénoncé.
Jeudi, la LDH avait publié, avec les syndicats SM et Saf, un rapport dans lequel était dénoncée la “dégradation continue des rapports entre les citoyens et la police”.
(c) Reuters
(nouvelobs.com)

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