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Blog RÉALITÉ : « À propos du livre de Pettis et Klein »

« Dans nos textes précédents (c.f. Sur terrain instable, Le grand détournement, La fuite en avant), nous avons prêté une attention particulière aux dimensions monétaires et au commerce international dans le capitalisme contemporain, afin d’apprécier l’évolution des structures productives et des rapports de classe à l’échelle mondiale. Dans cette note de lecture consacrée au livre de Michael Pettis et Matthew Klein, Les guerres commerciales sont des guerres de classes (Dunod, 2022), nous poursuivons certaines de nos réflexions sur la monnaie, l’impérialisme et les articulations du marché mondial. »

https://realite.world/2026/06/10/a-propos-du-livre-de-pettis-et-klein/

  1. trop près
    13/06/2026 à 17:27 | #1

    Le blog Réalité offre une analyse du capitalisme a priori indépendante d’une perspective communiste révolutionnaire. En dépit de quelques remarques en ce sens et d’évocation de la lutte des classes, on ne voit pas très bien en quoi celle-ci déterminerait, comme pour Théorie Communiste, l’évolution du capitalisme.

    Dans ce texte par exemple, il apparaît que l’importance de la baisse tendancielle du taux de profit est beaucoup moins déterminante pour Réalité que pour TC.

    Cela repose corollairement la question de savoir si une analyse se voulant ”objective” du capitalisme sans rétroprojection d’un hypothétique futur révolutionnaire, du type que pratique Réalité, est différente d’une critique de l’économie ”éclairée” par une téléologie de la communisation comme chez TC.

  2. FD
    17/06/2026 à 07:46 | #2

    Trois observations.

    1) Le blog Réalité n’a en effet aucun autre horizon que la reproduction du capitalisme et n’a donc rien à dire sur sa destruction révolutionnaire, comme le confirme la lecture de leur dernier texte. Mais il ne s’agit pas pour les communistes révolutionnaires et spécialement pour ceux qui théorisent la communisation d’expliquer abstraitement  » l’évolution du capitalisme « . Il s’agit d’expliquer pourquoi et comment le développement historique du système d’exploitation est à la fois conflictuel et contradictoire, càd pourquoi et comment il peut et doit être détruit.

    2) Pour être fondé à parler à propos du travail théorique de TC de  » téléologie de la communisation « , il faudrait d’abord avoir démontré que la construction par TC du cycle actuel d’accumulation et de luttes est téléologique, càd présuppose le but réalisé en la position initiale du mode de production capitaliste comme contradiction en procès entre prolétariat et capital. Or c’est ce que nul critique du capitalisme, qu’il se prétende objectif ou s’affirme comme révolutionnaire, ne s’est à ma connaissance jamais risqué à faire.

    3) La seule apparente exception serait le travail de Christian Charrier sur  » la contradiction à éviter « . Mais Christian, tout en montrant avec raison que le concept de contradiction est d’origine hégélienne et, par là-même, d’un emploi pour nous problématique, n’a pas construit autre chose qu’une autre théorie de la communisation, problématiquement fondée sur l’opposition immédiate des deux classes antagonistes càd sans la médiation logique de la contradiction entre surtravail et travail nécessaire. Ce qui l’a conduit à cette impasse théorique d’une médiation présupposée en l’immédiation même.

    Notre affaire – la révolution – est donc à la fois plus simple (en son principe) et plus difficile (en son processus) que l’imaginent tous les autoproclamés réalistes, même révolutionnaires. Il va falloir non pas attendre, mais nous entendre, dans et contre nos conflits internes.

    FD

  3. trop près
    17/06/2026 à 14:01 | #3

    Merci à FD pour ses observations bien qu’elles ne répondent pas pour moi, mais pour le point de vue communisateur, à ma question sur la différence entre les analyses du capitalisme par TC et par Réalité.
    C’est peut-être à se demander quel est l’intérêt des textes de Réalité pour les révolutionnaires selon FD, non « autoproclamés réalistes ».

    Personnellement je trouve à Réalité un grand intérêt et un grand mérite, conforme à leur projet justement réaliste, comme dit leur Qui sommes- nous, comme à d’autres productions analytiques du monde contemporain dans différents domaines à bases scientifiques, creusant les contradictions du capitalisme et donc ses devenirs possibles dont les plus probables n’ont rien de révolutionnaire, du moins dans un sens communiste. Oui je pense qu’un devoir de « réalisme » consiste à les prendre au sérieux plutôt qu’à les écarter pour des raisons plus idéologiques que théoriques.

    Une question serait de savoir, contre toutes ces prévisibles catastrophes et dangers imminents, quelles sont les luttes contre le capital, ou à contenu antagoniste au capital pour éviter le terme « anticapitaliste », que déclenchent la conscience que peuvent en acquérir, de plus en plus, les populations potentiellement victimes cad l’humanité entière sans frontières de classes, sans que cela tende à former nécessairement un sujet révolutionnaire prolétarien aux contours sociologiques précis, d’autant que la définition par TC du prolétariat n’est plus qu’une tautologie comme sujet révolutionnaire antagoniste au capital, point à juste titre critiqué par Temps Libre.

    Du point de vue même técéiste, la mise au centre de « la vie quotidienne » aurait dû, ou devrait élargir le regard sur l’ensemble des contradictions actuelles de la société capitaliste, à la fois en crise et en métamorphose de civilisation de plus grande ampleur que les restructurations du dernier siècle.

  4. pepe
    17/06/2026 à 17:03 | #4

    Trop près trop près..,.un vrai cadeau, celui là, non?

  5. R.S.
    17/06/2026 à 22:37 | #5

    Salut
    je n’ai pas maintenant le loisir de développer, mais je me sens (il s’agit bien d’un sentiment) très proche de ce qu’écrit « Trop près ». A plus.
    R.S.

  6. FD
    18/06/2026 à 10:07 | #6

    Trop près, je pourrais m’en tenir à ce que j’ai dit dans mon précédent post, puisque tu ne réponds pas à ma question : où y a-t-il une démonstration du caractère téléologique de la théorie de la communisation produite par TC ?

    Mais admettons qu’une telle démonstration existe et qu’elle est en effet démonstrative. Il te reste encore à expliquer pourquoi tu poses la fausse question de la différence entre la théorie de TC et celle de Réalité.

    Car c’est une fausse question, qui ne peut être posée que par les gens qui se sont implicitement ou explicitement positionnés contre TC. Et la seule manière d’en finir avec une fausse question c’est, négligeant la fausse réponse, de critiquer càd de détruire la fausse question.

    Parce qu’il ne s’agit nullement de choisir entre différentes marchandises théoriques disponibles, mais de comprendre la société du capital pour la détruire, la question de la différence d’une théorie de la révolution à une autre ne peut être en général posée et discutée qu’à l’intérieur de la théorie considérée. Et c’est encore plus vrai quand ladite théorie fait toujours réflexion sur la manière dont elle se produit en même temps qu’elle analyse les luttes concrètes.

    La différence spécifique de la théorie de TC, qui la distingue de et la relie à toutes les autres théories de la révolution communiste, c’est donc :

    1) qu’elle ne considère pas les contradictions du capitalisme comme décoratives, mais les analyse, à travers les luttes, comme porteuses de la destruction révolutionnaire du système

    2) qu’elle ne fait pas de la conscience le deus ex machina de la lutte des classes et de la révolution

    a) ni de la lutte des classes, car ce sont bien des classes (dont le prolétariat, mais pas seulement lui) qui sont mobilisées par les attaques incessantes du capital contre leurs conditions d’existence

    b) ni de la révolution, car le prolétariat n’est pas un sujet révolutionnaire construisant donc le monde à partir de lui-même, mais une classe objectivement définie comme révolutionnaire dans et contre les rapports sociaux capitalistes.

    C’est tout pour aujourd’hui, car, comme le dit pepe, tu es vraiment trop près de ce que tu prétends critiquer : l’idéologie objectiviste du capital, la reproduction du rapport d’exploitation capitaliste comme économie.

    FD

  7. Djaderley
    23/06/2026 à 17:30 | #7

    Micro contribution

    Puisque c’est l’heure des doutes,
    j’en profite pour vous faire part de ce micro bricolage conceptuel que je garde secrètement depuis des années, que je n’ai eu ni le temps ni les capacités de consolider.
    Je n’ai jamais osé le partager publiquement, car je ne pense pas être en mesure de le défendre.
    J’avais peur de me retrouver au milieu de discussions que je n’aurais pas su appréhender avec assez de sérieux.
    Je vous fait part des ces intuitions qui seront au pire inutiles, au mieux source d’inspiration.
    Faites en ce que vous voulez, moi je n’en ferais rien.

    Le devenir « classe pour soit » du prolétariat (en réalité toujours médié par la bourgeoisie) fut l’illusion que l’on nomma « programmatisme ».
    La fin du programmatisme révèle que la bourgeoisie est la seule classe pouvant agir conformément à son interêt de classe (classe pour soit)
    La bourgeoisie s’impose comme classe médiatrice universelle en instaurant l’individualisme bourgeois.
    Cet individualisme, opposé à celui d’un Max Stirner, est un individualisme dans lequel chacun.e ne s’appartient, à priori (et en droit) qu’abstraitement. (C’est donc essentiellement un individualisme falsifié quoique concret – propriété privée, distribution individuel du salaire, compte en banque individuel, individu devenant le gestionnaire de sa reproduction, dynamique et impasse de l' »inclusivisme » identitaire, ex : on ne parvient pas à faire autrement que de proposer des contre modèles aux modèles normatifs existant tels que le genre ou les identités racisées, les conditions d’auto (re)production de soit restant cantonnées au domaine de l’abstrait alors qu’on sent pourtant bien qu’elle prennent concrètement racine dans le MPC – illusion d’authenticité individuel ou au contraire peur « faciste » de la différence qui menacerait par exemple la nation).

    L’approfondissement et la reproduction de cet individualisme (par une immense variété de lois et de pratiques économiques diverses mais mondialement cohérentes) est ce qui rend possible l’appropriation concrète universelle de l’activité humaine par la bourgeoisie (valeur, travail abstrait / concret, « aliénation », « auto présupposition du capital » etc)
    Selon le contexte, cet individualisme est vécu comme libérateur ou contraignant et révèle un continium entre les différentes offres idéologiques dominées par la bourgeoisie (du libéralisme à l’anti libéralisme et autres)
    Les conditions actuelles, en particulier écologiques, en menaçant la vie humaine dans son ensemble, produit en négatif un intérêt humain universel qu’aucune des deux classes n’est en mesure de porter en tant que classe (ex : survie de l’espèce humaine).

    Je propose que la « communisation » (ou anarchomunisation) est le moment hypothètique où les classes cessent d’agir en tant que classe. Elle ne peut être une joyeuse convergence inter-classiste des luttes mais au contraire l’aboutissement
    d’un processus conflictuel (supposément en cours, comme « mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses ») où les classes se contraignent l’une et l’autre à ne plus pouvoir agir en tant que classe.

    Dans ma manière d’exposer les choses :

    Il y’a l’idée et le désir, peut être naïf d’une possible conciliation entre Marx et Max Stirner, en rendant justice à ce dernier (« Je n’aurais que ce que je saurais prendre » ayant apparement inspiré « le prolétariat n’aura que ce qu’il saura prendre »). Parenthèse sans aucun rapport : J’en profite pour saluer la volonté d’un passant de vouloir rendre justice à Flora Tristan (« la femme est la prolétaire du prolétaire même » et « Ouvriers, unissez-vous – L’UNION fait la force » probablement repris par Marx sous la forme « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! »).

    Il y’a l’idée, qui n’est pas nouvelle mais que je crois pouvoir exposer d’une façon un peu originale que les « incompatibilité culturelles » sont désormais des productions artificielles du MPC et qu’elles n’ont rien à voir avec une supposée essence des peuples (même si ça va de soit).

    Il y’a l’idée que la question « comment une classe agissant strictement en tant que classe peut t elle abolir les classes » n’est peut être pas exactement la « bonne » question. Aucune volonté polémique, juste des intuitions.

    Je suis probablement d’emblé hors jeu, me situant encore dans une « rétroprojection d’un hypothétique futur révolutionnaire ».

    Je crois encore, peut être naïvement, qu’il n’est pas vain d’assumer une part de volontarisme théorique, de « marcher à l’intention », d’avoir un présupposé de départ, à condition de ne pas s’en cacher, quitte à assumer une part de croyance. Après tout, devons nous prétendre à l’objectivité ou au « marxisme scientifique » ?

    Si on ne connait pas par avance la forme exacte de la fin du capitalisme, il n’est peut être pas si idiot de spéculer qu’elle est « communisation ».

    A partir du moment où on conçoit que la bourgeoisie s’impose comme classe médiatrice universelle (à travers différents avatars, peuple, patrie, nation, république, etc) il me semble logique de présupposer la révolution comme communisation, c’est à dire comme abolition de ces médiations.

    Il est peut être, au contraire, déraisonnable de se croire capable de produire une théorie sans fragilité, sans volonté, sans rétroprojection.
    Ainsi l’approche TC et celle du blog réalité serait complémentaire, et la théorie en général serait renforcée par la conscience de ses propres « faiblesses » ou plutôt de ses « limites » (la « rétroprojection » théléologique). Pour preuve le fait qu’il me semble évident que TC inspire Réalité.
    Pourtant cette rétroprojection n’est t elle pas ce qui a permis à TC d’être TC?

    Ne vous attendez donc pas à l’élaboration d’un article en bonne et due forme (car j’en suis incapable).
    Si par un heureux hazard quelqu’un y trouve quelque chose d’interessant ou d’inspirant, c’est cadeau, libre de droit sans necessité de me citer.

    Amicalement,
    M Djaderley

  8. Trop c’est trop
    24/06/2026 à 18:27 | #8

    En poussant la logique de tropprès et Djaderley, on aboutirait à un syncrétisme entre révolution à titre prolétarien et révolution à titre humain, bien qu’en partant de Théorie Communiste et non de Temps Critiques. Une question est de savoir si les changements théoriques de TC27 et TC28 n’autorisent pas cette tendance à la synthèse, et l’abandon d’une théorie purement classiste, comme la définition du prolétariat, le déplacement des contradictions dans la vie quotidienne, etc.

    Cela n’enlève rien à leurs tentatives d’ouvrir le corpus de Théorie Communiste, mais dans quelles limites ?Certaines propositions de Djaderley sont à cet égard très riches, d’autres d’une grande fantaisie, comme « les classes se contraignent l’une et l’autre à ne plus pouvoir agir en tant que classe.» Autant la question peut se poser pour le prolétariat et ses ”alliés” communistes transfuges d’autres classes dans leur activité révolutionnaire, autant elle perd son sens concernant la classe capitaliste, qui est définie strictement par le mode de production/exploitation. Quoi qu’il en soit, et sans réintroduire des étapes, cela dépend de quel stade d’avancement du processus de communisation l’on parle.

  9. Djaderley
    24/06/2026 à 20:41 | #9

    « les classes se contraignent l’une et l’autre à ne plus pouvoir agir en tant que classe.»
    haha. Oui c’est pas très clair.
    Je ne vais pas essayer de donner une trop grande impression de sérieux. Ce serait mensonger. Il est très probable qu’il y’ait beaucoup de fantaisie dans ce que j’ai écrit, car pour être honnête, je ne suis pas sûr de savoir exactement où je vais.

    Mais je tiens à préciser que mon propos n’était pas de trouver un hypothétique stade d’avancement où bourgeoisie et prolétariat marcherait main dans la main vers la révolution, mais au contraire de dire que parce qu’à « titre humain », la révolution comme communisation est classiste. La communisation abolie les médiations et donc la classe médiatrice. La bourgeoisie, telle que je la conçoit n’existe que pour se maintenir comme classe médiatrice universelle. N’existe que par cette capacité à se maintenir. Elle est donc essentiellement contre révolutionnaire. Jusqu’à ce qu’elle n’existe plus. Qu’elle soit contrainte à ne plus exister. Dans ce schéma, très abstrait (et pas très clair) elle « pousserait » – déjà actuellement, « au présent » – le prolétariat à s’attaquer à toute les médiations. A les rendre caduques, obsolètes et surtout inopérantes (« inopérantes » c’est pas pour tout de suite). Évidement, si on perd l’approche classiste, on perd le communisme. Il n’est pas du tout question de ça.

    « un syncrétisme entre révolution à titre prolétarien et révolution à titre humain, bien qu’en partant de Théorie Communiste et non de Temps Critiques »
    Merci. Oui! C’est exactement ce que je tente d’exposer.

    Le problème actuel, c’est que le « titre humain » est encore prisonnier de l’interclassisme (la bourgeoisie peut encore faire passer son interêt pour l’interêt « humain », quoique plus tout à fait, et sûrement plus pour longtemps!).
    L’interêt « humain » définitoire de la « communauté humaine » ne sera pas l’expression d’une vision verticale et homogène des besoins humains sur terre (au contraire), mais aura pour point de départ l’abolition des classes, abolition dans laquelle les déterminations écologiques auront joué un rôle (parmi d’autres determinations). Pas un rôle unificateur, bien au contraire.

  10. pepe
    25/06/2026 à 09:26 | #10

    sacré ceauda!!!