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« Guerre Mondiale ou communisation? »

Le dernier texte de François Danel. dndf

GUERRE MONDIALE OU COMMUNISATION ?

 Dans le moment actuel de la crise de l’économie capitaliste, alors que les luttes des prolétaires ne s’écartent en général pas, du moins au centre pleinement développé du système, de la simple défense de la condition prolétarienne et qu’une nouvelle grande guerre s’annonce à partir des deux zones déjà en guerre d’Ukraine et du Moyen-Orient, on peut se demander si la théorie de la communisation reste « crédible ». Mais il ne s’agit pas de croire en la communisation ; il s’agit de comprendre dans quel maëlstrom nous sommes à présent tous et toutes entraînés, comme prolétaires et communistes, avec et contre la classe qui nous exploite et domine. Je ne reviens pas ici sur la question du rapport entre exploitation et domination, reproduction du capital total et reproduction de son idéologie, la seconde, fondée sur la première, naturalisant le processus qui la fonde. Je pose une autre question, aussi importante mais plus brûlante : celle de savoir où va la lutte de classe du prolétariat qui est à la fois la dynamique de la reproduction et celle de la destruction du capitalisme. Car à lire les analyses qui circulent en ce moment dans notre milieu, on ne dirait pas qu’une troisième guerre mondiale risque d’écraser toutes nos luttes ; la menace y est traitée au mieux sous la formule, pas fausse mais rituelle : la guerre, c’est la paix sociale pour le capital. Dans ce texte, par contre, la menace est traitée comme le problème actuel de la communisation. Il s’agit d’abord de dégager la perspective de la communisation de l’analyse du cycle actuel du capitalisme, celui de la mondialisation de l’exploitation ; ensuite de montrer que la crise de ce cycle a engendré une nouvelle dynamique de guerre mondiale ; puis d’examiner comment cette dynamique s’organise dans les mesures prises par les fractions concurrentes de la classe capitaliste globale ; enfin, d’analyser les limites de l’embarquement du prolétariat dans la fuite en avant guerrière des grandes puissances capitalistes.

1 – Crise de la communisation ? Avant d’entrer dans le vif du problème, je tiens à dire qui parle ici et à qui. De fait, tous mes textes publiés depuis la présentation de l’anthologie Rupture dans la théorie de la révolution, en 2001, participent à mon explication publique avec le groupe Théorie Communiste. Pour autant, je ne confonds nullement la théorie de la communisation avec celle produite par TC. D’une part, je n’ai pas repris sans critiques les concepts de TC, à commencer par celui de courant communisateur, et j’ai même mis en doute la possibilité d’explorer efficacement les voies de la communisation dans un ou des collectifs à la fois tournés vers et critiques de l’activisme, comme le furent successivement Meeting et Sic. D’autre part, je me suis toujours adressé à l’ensemble des individus actifs dans nos débats et luttes, qu’ils ou elles soient ou non membres d’un groupe constitué, sans jamais opposer les théoriciens aux militants, parce qu’une telle opposition n’a aucun sens dans le mouvement des luttes qui mobilise indissociablement les uns et les autres.

La communisation n’est pas la réalisation d’un ultime programme révolutionnaire, venant remplacer le défunt programme de l’affirmation du prolétariat ; et ce n’est donc pas son impossible autonégation. C’est la destruction immédiate, sans transition historique, du rapport d’exploitation capitaliste comme aboutissement déterminable de la succession déterminée des cycles historiques du capitalisme, cycles d’accumulation pour le capital, cycles de luttes pour le prolétariat. L’accumulation n’est pas pour autant le cours objectif de la communisation, car la production historique de la révolution s’effectue dans chaque cycle contre ce cours objectif, sous la forme d’une pratique spécifique du prolétariat dans sa lutte contre la pratique spécifique de la classe capitaliste. Et ceci jusqu’au cycle actuel de la mondialisation du rapport d’exploitation, où la contradiction de l’exploitation entre surtravail et travail nécessaire devient contradiction pour le prolétariat lui-même. En effet, tel qu’il a été recomposé par la crise-restructuration des années 1970 et 1980, qui a détruit sa capacité à se poser pour soi face au capital comme classe de la libération du travail productif de valeur, le prolétariat n’existe plus que dans toutes les limites inhérentes à ses luttes : développement inégal de la production capitaliste d’une zone d’accumulation à l’autre comme à l’intérieur de chaque zone ; réorganisation conti­nue de la division mondiale du travail ; dénationalisation partielle de l’État dans le cadre duquel il se reproduit comme classe ; division de genre et racisation toujours remodelées dans la restructuration continue de l’exploitation.

Mais qu’est-ce qui a été restructuré ? Certaines modalités de l’ancienne configuration de l’exploitation ou l’exploitation elle-même en sa configuration historique déterminée ? Si l’on considère théoriquement, càd de manière à la fois objective et partisane, ce qui s’est produit dans les années 1970 et 1980, c’est l’exploitation elle-même. En effet, tout ce qui faisait obstacle à l’autoprésupposition du rapport d’exploitation a été supprimé avec la confirmation par la classe capitaliste d’une identité ouvrière dans l’autoprésuppo- sition du rapport. Toutes les spécifications, normes légales, et limitations de l’exploitation qui paraissaient acquises ont été supprimées, Ainsi le double mouvement du capital, qui toujours rejette le travailleur sur le marché comme vendeur de sa force de travail et toujours transforme son produit en moyen d’achat pour le capital, a été fluidifié. Mais par cette fluidification, la restructuration du rapport d’exploitation a engendré une double déconnexion : la reproduction du travail a été déconnectée de la valorisation du capital (par le zonage en abîme de l’économie) ; et la consommation ouvrière a été déconnectée du salaire (par l’extension massive du crédit à la consommation, au centre économiquement développé du système). Et c’est par cette double déconnexion, càd par une transformation qualitative du rapport d’exploitation, que le capital est devenu global, non par simple extension d’un rapport qualitativement inchangé. Dans un système d’exploitation restructuré qui partout pose toujours plus le travail comme de trop, mais toujours de façon inégale à l’intérieur de chaque zone d’accumulation comme d’une zone à l’autre, le proléta­riat ne peut que défendre ses conditions d’existence, fraction par fraction, contre chacune des attaques particulières qu’il subit. Et cette défense même détermine toutes ses luttes comme luttes en tant que classe, ne tendant donc immédiatement qu’à sa reproduction dans le système.

Durant tout le cycle actuel, la restructuration sans fin de l’exploitation a été organisée par la superpuissance américaine, imposant les exigences de la reproduction élargie de son propre capital aux puissances concurrentes et, par là même, déconnectant la valorisation du capital de la reproduction du prolétariat au niveau mondial. Mais par la concentration des contra­dictions du capitalisme dans une crise de la mondialisation améri­caine ouverte par la crise financière survenue en 2008 et du fait de l’exacerbation brutale des exigences de l’exploitation qu’elle implique, une rupture dans les luttes des prolétaires avec la simple défense de la condition prolétarienne n’est pas impensable dans un avenir proche. Ce qui peut se produire alors n’est pas une convergence extérieure des luttes, comme l’imaginent les partisans d’une « vraie démocratie » qui partagerait idéalement le travail et les richesses. C’est leur fusion dans un mouvement communisateur, s’attaquant simultanément à tous les rapports sociaux capitalistes mais en traitant chacun de ces rapports au niveau de son articulation à la totalisté à détruire, l’économie, càd la société du capital. C’est alors la fin de l’insupportable « vie » quotidienne dans la suppression du travail salarié, qui nous réunit tous et toutes comme séparés, la suppression des médiations de classe, de genre, ou de « race » qui nous définissent comme appartenant tous et toutes, chacun à sa place, à cette société. Mais la commu­nisation, tout en étant fusion de toutes nos luttes et d’abord sur une base territoriale, ne se fera sans doute pas sans règlements de comptes à l’intérieur du mouvement, du fait de la division de genre entre hommes et femmes. En effet, si la racisation de la population humaine est aussi et même d’abord racisation du prolétariat et si donc le mouvement communisateur devra aussi la combattre, elle n’est pas constitutive des deux contradictions qui définissent conjointement le rapport d’exploitation, celle qui oppose les prolétaires aux capitalistes et celle qui oppose les femmes aux hommes.

En tant qu’elle produit des rapports non aliénés entre individus à tous les niveaux de la vie sociale humaine, la destruction du capitalisme ne peut évidemment pas s’effectuer dans une guerre mondiale entre puissances capitalistes. Mais si  l’on persiste à penser la communisation comme aboutissement possible du cycle de luttes actuel, la grande guerre qui s’annonce est un problème indissociablement théorique et pratique. Il ne s’agit bien sûr pas ici de présenter un schéma des étapes à franchir des luttes actuelles à la révolution, car il n’y a plus de conditions préalables à la révolution ; ni de fournir des recettes pour lutter contre la généralisation de la guerre, car il n’y a pas de recettes pour radicaliser les luttes. Il s’agit de ne pas séparer la compréhension des luttes nécessaires contre la guerre de la compréhension des luttes non moins nécessaires sur le salaire et toutes les conditions de l’exploitation, donc d’analyser la guerre dans sa conjoncture, la crise de la mondialisation américaine. Depuis 2008, cette crise a été brutalement aggravée par la réaction même qu’elle a produite dans la classe capitaliste américaine : sa tentative de conserver le commandement de la mondialisation, tout en reconnaissant à la Chine la place importante mais subordonnée qu’elle y a conquise. Et dans ces conditions qui sont indissociablement celles de la lutte des classes et celles de la reproduction chaotique du capitalisme, l’enjeu de nos luttes est dès maintenant d’empêcher la généralisation de la guerre. Dans cette problématique de la communisation, quelques points de méthode sont à préciser.

Tout d’abord, quand je dis nous et nos luttes, je désigne en général l’ensemble théoriquement construit que Marx nommait en 1848 « prolétaires et communistes ». Une telle construction fait certes problème de son époque à la nôtre, parce que le prolétariat est une classe révolutionnaire éminemment problématique ne pouvant s’unifier que dans la suppression de toutes les classes, donc aussi bien d’elle-même ; et parce que dans le programme de son affirmation, son devenir révolutionnaire est présupposé comme un devoir-être. Mais elle est nécessaire même au-delà de la critique du programme prolétarien, dans le chaos des luttes actuelles, pour penser le processus révolutionnaire jusqu’au moment où la rupture communisatrice se produit dans les luttes, supprimant ainsi le devoir-être. C’est donc seulement quand je parle de « communisateurs » que je désigne le petit courant révolutionnaire international qui s’est formé entre 1999 et 2001 lors des mobilisations anti-sommets de Seattle à Gênes. Bien sûr, cette définition du courant communi­sateur dans le mouvement d’ensemble des luttes contre le capital ne résout pas le pro­blème de la communisation. Mais elle permet de le reformuler : quand les travailleurs plus ou moins stables et les chômeurs plus ou moins exclus du marché du travail, tout en continuant à lutter par la grève ou l’émeute pour la défense de leurs conditions d’existence, ne s’écartent guère de cette défense, que devient la perspective de la communisation dans le mouvement d’ensemble des luttes ?

Ensuite, dans le cycle actuel du capitalisme, les luttes porteuses d’une destruction révolutionnaire du système ne sont plus des luttes strictement ouvrières, au sens qu’avait le terme à l’époque du fordisme, désignant les luttes de « l’ouvrier-masse » des pays économiquement développés. Dans la mesure où l’exploitation mondialisée ne se reproduit pas sans que se reproduisent en même temps la division de genre entre hommes et femmes et la racisation de la population humaine entre blancs et non blancs, ce sont aussi bien des luttes de femmes et de groupes humains racisés que des luttes ouvrières dans les anciens et nouveaux pays industriels. C’est pourquoi il vaut mieux maintenant raisonner en termes de luttes contre le capital, même si les luttes ne désignent pas l’ennemi comme la classe capitaliste globale, et alors même que la classe ouvrière globale très segmentée issue de la restructuration précédente reste la seule classe autour de laquelle peut se former un mouvement communisateur. De même, il vaut mieux parler de prolétariat que de classe ouvrière car le concept marxien de prolétariat désigne la classe ouvrière en tant qu’elle devient révolutionnaire, même si ce devenir n’a rien d’une irrésistible montée en puis­sance, comme l’a théorisée Marx en posant la révolution communiste comme expropriation des expropriateurs (Capital, I, 32), càd en fait comme réappropriation proléta­rienne des forces productives de capital, puisque l’expropriation ne peut pas être alors conçue comme abolition immédiate du travail salarié et du capital. De plus, il faut préciser la composition du prolétariat, qui est désormais, comme force de travail employable, autant une classe de travailleurs nécessaires à la reproduction de l’économie mais improductifs de capital qu’une classe de travailleurs productifs ; et qui inclut même, comme exclus, une masse énorme d’individus inemployables, différenciés selon des clivages de genre et de « race » mais tous réduits à la condition terrible de sous-prolétaires parias, à laisser ou faire crever au plus vite.

Enfin, la suppression de l’exploitation et des classes n’est pas présupposée dans la définition préliminaire du mode de production capitaliste comme contradiction en procès entre surtravail et travail nécessaire, càd entre prolétariat et capital. Ce qui est présupposé dans cette définition, c’est, d’une part, le prolétariat comme classe révolutionnaire en tant que classe du mode capitaliste de production et non comme horde barbare campant autour des citadelles du capital et n’attendant plus que l’ordre du chef pour les détruire. Et, d’autre part, la contre-révolution permanente que devient sous la domination réelle du capital la reproduction du mode de production. La communisation ne peut donc être que le résultat final de la lutte historique entre prolétariat et capital, quand toutes les luttes fusionnent dans un mouvement communisateur. Et c’est ce moment de rupture qu’il faut saisir en pensée dans le jeu actuel entre les limites, la dynamique, et l’écart qui se produit – ou pas – dans les luttes.

Il ne suffit en tout cas pas de dire, comme le font avec raison les camarades de Chuang, que seule importe la manière dont le prolétariat se connaît lui-même dans ses luttes. En effet, la manière dont il peut se connaître dans le moment de la rupture communisatrice, comme classe contre toutes les classes, diffère totalement de celle dont il se connaît au quotidien de ses luttes, comme simple masse de travailleurs toujours plus précaires qui ne veulent que vivre un peu moins mal ou de chômeurs qui ne veulent qu’éviter leur exclusion définitive du marché du travail. Aujourd’hui, partout dans le monde, les fractions du prolétariat en lutte contre le capital n’en sont pas à se connaître comme classe contre toutes les classes, càd comme prolétariat communisateur. Mais elles se heurtent constamment à l’impossibilité d’une simple défense de leurs conditions d’existence, face à une classe capitaliste qui ne cesse de les attaquer sans avoir commencé à réintroduire au moins partiellement la reproduction du travail globalement nécessaire dans la valorisation du capital global – ce qui serait nécessaire à une restructuration supérieure du système mais s’annonce difficile pour le capital.

En partant du double constat de la difficile rupture des prolétaires et de tous ceux d’en bas avec la simple défense de leurs conditions d’existence et de la difficile restructuration supérieure du système pour ceux d’en haut, il s’agit donc d’abord d’analyser la crise de la mondialisation américaine dans son rapport à la guerre. Car si la rupture communisatrice est prise dans la gestion capitaliste de la crise, à l’inverse la gestion capitaliste de la crise est prise dans la résistance de ceux d’en bas, encore trop faible pour forcer la classe capitaliste à restructurer le système mais assez forte pour se faire sentir à elle jusque dans sa préparation à la guerre.

2 – Crise de la mondialisation américaine : Les dirigeants capitalistes peuvent-ils gérer la crise du système en se contentant d’aggraver la déconnexion de la reproduction du prolétariat de la valorisation du capital ? Ma thèse est qu’ils ont en fait continué, depuis 2008, à déconnecter la reproduction du prolétariat de la valorisation du capital mais que, ce faisant, ils ont produit une dynamique de guerre mondiale. Et que la tendance actuelle à la généralisation de la guerre – mais non la guerre généralisée – peut être, pour détourner la formule de Lénine en mars 1917, le « puissant régisseur » de la communisation. Je n’écarte donc pas a priori l’hypothèse contraire d’une guerre ouvrant la voie à une restructuration supérieure du capitalisme, comme le font maintenant les camarades de TC dans le dernier numéro (28) de leur revue, en rejetant cette hypothèse dans une formule suspensive : « à moins que la guerre absorbe tout le reste … ». (Énorme « reste » par eux défini comme, d’une part, l’ensemble des crises nationales et internationales manifestant la crise de reproduction du système du côté du capital et, d’autre part, comme l’ensemble des mouvements ouvriers ou interclassistes manifestant cette même crise du côté du prolétariat.)

Ma thèse est certes contraire à la doxa « réaliste » qui semble maintenant s’installer dans la production théorique et ne peut être soutenue qu’en articulant plusieurs analyses, à commencer par celle du moment actuel de la mondialisation. En effet, la reproduction du rapport d’exploitation, élargi à toutes les zones de la planète où il peut l’être, implique non seulement des interventions militaires à répétition des États-Unis contre les États qui se sont engagés sur une voie de développement national sans parvenir à en créer les bases – une accumulation endogène de capital permettant de reproduire un prolétariat endogène – comme en Irak ou en Iran. Elle implique aussi des conflits entre les États-Unis et les autres puissances capitalistes sur l’appropriation des moyens de production, des matières premières, et de la force de travail dans toutes les zones où l’État organise un développement national totale­ment inséré dans l’accumulation mondiale, comme en Ukraine. Ainsi la globalisation de l’exploitation consolide maintenant l’ancienne division de l’économie en pôles inégalement développés, qui ne peuvent tous ensemble se reproduire à peu près pacifiquement que si la domination du pôle globalisant n’est pas contestée. Or ce n’est plus le cas, du fait de la montée en puissance économique de la Chine face aux États-Unis et de la contre-offensive russe à l’élargissement de la domination américaine.

La mondialisation de l’économie est le stade actuel du capitalisme où n’importe quelle fraction du capital doit pouvoir acheter et consommer productivement n’importe quelle fraction de la force de travail, sans se soucier de sa repro­duction dans un cadre nécessairement territorial. Sur cette base, le désordre c’est l’ordre, jusqu’au moment où la régulation militaire du désordre ne régule plus rien. Et nous y sommes : l’offensive globalisante des États-Unis atteint ses limites dans la contre-offensive russe en Ukraine et, par la guerre américano-israélienne contre l’Iran, dans l’embrasement du Moyen-Orient, qui pourrait bien se traduire par un nouveau choc pétrolier précipitant cette fois une dévalorisation massive du capital, fictif et réel. Dans ces conditions, les luttes porteuses d’une destruction révolutionnaire du système sont prises dans la fuite en avant de la classe capitaliste, unifiée contre le prolétariat par les conflits même qui la divisent. Dans les pays développés, l’inefficacité manifeste des luttes bien encadrées par les syndicats pousse des masses de travailleurs à chercher un secours du côté des partis pouvant accéder au pouvoir (celui de l’ultra-libéral Trump aux États-Unis, ceux des Meloni et autres néo-fascistes convertis au libéralisme en Europe), tandis que la masse des autres se tiennent à l’écart du jeu politicard sans pour autant s’organiser pour mieux défendre leurs intérêts immédiats. Dans les pays émergents, où les travailleurs sont à la fois surexploités et mal encadrés politiquement et la masse des jeunes qui étudient sans avenir professionnel, les révoltes sont au contraire massives et multiples. Enfin, dans les pays pauvres en capital mais riches en matières premières, les révoltes des forçats de la faim sont prises dans les grandes manœuvres conjointes des entreprises multinationales, des cliques dirigeantes locales, et de toutes sortes de mafias armées.

Tel qu’il apparaît dans la reproduction globale de ses conditions, le développement de l’exploitation capitaliste est donc infini. Mais ce processus infini est une pure possibi­lité qui ne peut pas devenir effective, en raison de son caractère contradictoire. Concrète­ment, cela signifie que la reproduction par la classe capitaliste des conditions de l’exploi- tation fait toujours obstacle à la poursuite de l’exploitation. Ou, ce qui revient au même, que ce qui est reproduit à tous les niveaux, du monde au quartier, est une contradiction entre prolétariat et capital qui n’est pas indéfiniment reproductible. Et donc que l’auto-organisation du prolétariat contre les attaques incessantes du capital ne peut être que le premier acte de la révolution, la suite s’effectuant contre l’auto-organisation, qui est toujours affirmation du prolétariat face au capital et non production de son existence de classe comme contrainte extérieure personnifiée dans la classe capitaliste. Dans le cycle historique actuel du capitalisme, la reproduction nécessairement territoriale du prolétariat a été déconnectée de la valorisation du capital. La suraccumulation de capital (constant) par rapport à la masse des profits réalisés est ainsi devenue identique à la sous-consommation ouvrière. Et la baisse du taux de profit moyen du capital investi dans la production est devenue identique à la croisssance continue du capital fictif sur les marchés financiers. Toutes ces transformations, avec le retour d’une forte inflation monétaire au centre du système, ne peuvent qu’engendrer dans un avenir proche une aggravation brutale de la crise en cours, mettant en cause l’autovalorisation du capital. En même temps, les États-Unis n’ont pas eu trop de mal à bloquer la croissance économique de la Russie dans le simple cumul des revenus de la rente fon­cière ni à bloquer la formation d’une Europe unifiée, en exacerbant les divisions de la classe capitaliste européenne entre ses fractions nationales d’abord plus ou moins pro-russes et ses fractions transnationales résolument pro-américaines. Mais ils n’ont pas réussi à empêcher la montée en puissance économique de la Chine liée à son ouverture contrôlée aux investis­sements de capitaux étrangers. Dans ces conditions, la domination mondiale des États-Unis a été remise en cause par la Chine, la pénétration du capital occidental toujours plus loin vers l’est contestée par la Russie, et la défense par l’OTAN du territoire européen fragilisée par la poursuite de l’offensive globalisante américaine.

Et tandis que la guerre économique — la concurrence monopoliste entre capitaux – se transforme en guerre tout court, le massacre à la tronçonneuse des conditions d’existence du prolétariat s’accélère, incluant à la limite le massacre des prolétaires absolument paupérisés et racisés des poubelles sociales du monde entier. Dans les pays dits émergents d’Asie du sud-est et d’Amérique latine, la prolifération des révoltes ouvrières et, là aussi parfois interclassistes, contre les politiques d’austérité, auxquelles participent largement les femmes, confirme la fragilité de toute la zone dans la reproduction globale du système. Aux États-Unis, la répression militarisée contre la fraction immigrée de la classe ouvrière et la mise en état de siège des villes où elle se concentre, combinée avec la poursuite des attaques contre les salaires et emplois des travailleurs nationaux, confirme que « l’Amérique » dirigée par Trump ne sera pas moins dure à l’intérieur, envers ses prolétaires, qu’à l’extérieur, envers ses concurrents capitalistes. En Europe, le FMI a rappelé en novembre dernier aux gouvernements qu’il faut en finir avec ce qu’il reste aux travailleurs de droits sociaux, en raison des exigences de profit de l’industrie de l’armement comme de celles des autres industries et des banques. La lutte contre la guerre qui vient n’est donc pas un simple thème d’agitation pour les petits groupes révolutionnaires. Même si ça n’apparaît pas encore dans les mobilisations récentes, elle est objectivement liée à toutes nos luttes de masse contre le capital.

3 – Guerre et Restructuration : Ici, nous devons d’abord revenir sur la probléma­tique de la guerre dans la théorie communiste. Cette problématique n’est pas nouvelle pour nous, puisqu’elle remonte à la polémique entre Marx et Bakounine sur la constitution de la classe révolutionnaire en parti, consécutive à la guerre franco-prussienne de 1870 et à la Commune de Paris du printemps 1871. Ni chez l’un ni chez l’autre, la question particulière de la guerre n’est traitée pour elle-même, mais chez Marx elle s’inscrit dans sa problématique générale de l’accumulation du capital comme contradiction entre surtravail et travail nécessaire. Et ceci non pas seulement dans sa Critique de l’économie politique, mais dans toute sa production théorique, donc aussi bien dans ses analyses des multiples contradic­tions du développement capitaliste que dans celles des guerres nécessaires à ce développement.

Pour Marx, en effet, le capitalisme n’est pas la réalisation du concept de capital – comme l’ont cru ceux qui l’ont lu avec les lunettes de Hegel, et notamment Debord – mais le développement historique effectif de la production capitaliste, ce qui inclut les guerres entre États comme les luttes entre classes. C’est ce qu’a bien compris Korsch quand il synthétise en 1941 la pensée de Marx sur la question en disant que « les formes nouvelles de la production matérielle se développent par la guerre avant de se développer par la production du temps de paix ».) Mais le problème de la guerre ne se pose pas pour nous maintenant comme il se posait pour Korsch, au niveau de l’intervention massive de l’État dans la production pour relancer l’accumulation du capital en renforçant l’intégration de la classe ouvrière. Il se pose au niveau de la crise de reproduction d’un capitalisme qui a depuis surmonté – càd au sens hégélien à la fois supprimé et conservé – l’opposition entre organisation étatique et libre développement concurrentiel de la production de survaleur. D’autre part, les formes nouvelles de la production ne sont pas tant pour nous de nouvelles industries ou techniques productives que les combinaisons sociales nouvelles de la force de travail qui se développent avec ces nouvelles industries et techniques : par exemple, au moment même où Korsch publie son texte sur la guerre, la combinaison de la force de travail très complexe des physiciens qui ont conçu la bombe atomique avec les forces de travail plus simples des ouvriers et techniciens qui vont la produire. Dans cette problématique des combinaisons sociales de la force de travail, il ne s’agit pas tant de déduire les transformations de la guerre de celles de la production industrielle, comme le fait Korsch en montrant avec raison que la mobilisation massive de civils transformés à chaud en combattants et l’enthousiasme guerrier des peuples sont devenus moins importants, de la Première à la Deuxième Guerre mondiale, que la mécanisation des forces armées et la compétence technique des militaires de métier. Il s’agit plutôt de montrer que la reproduction des conditions inhérentes à l’exploitation s’effectue coûte que coûte, y compris contre la forme pacifique de l’exploitation, quand la paix redevient un obstacle à la reproduction du système.

Et bien sûr pour comprendre la guerre qui vient maintenant, nous avons besoin de Clausewitz autant que de Marx. Mais en partant de la thèse fondamentale de Clausewitz que la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens et de sa thèse corollaire qu’il s’agit avant tout de penser le rapport réciproque de la fin et des moyens, on peut penser conjointement la politique et la guerre dans la dynamique du capitalisme. (Il faut donc rejeter l’inversion de la thèse par Foucault, qui pose le primat de la guerre sur la politique et absolutise ainsi la guerre parce qu’il ne peut pas intégrer le concept d’exploitation dans sa critique du pouvoir, par ailleurs fort stimulante.) D’une part, même s’il n’emploie pas le concept économique de capital, la politique des États est déjà, pour Clausewitz, essentiellement économique, puisqu’elle tend à faciliter le com­merce, càd de son temps la libre concurrence entre capitaux. D’autre part, la guerre n’est pas, pour Marx, la simple continuation de la politique des États par des moyens certes violents mais qui ne change­raient pas les conditions de l’exploitation, comme l’a cru Lénine. (Voir son texte de l’été 1915, Le Socialisme et la Guerre, où il affirme que la guerre impérialiste peut être encore « progressive » pour le prolétariat, càd favoriser sa prise de pouvoir, sans même entrevoir que les conditions de l’exploitation se transforment d’un cycle d’accumulation du capital à l’autre.) Mais pour Marx comme pour Clausewitz, la tendance à l’autonomisation de la guerre ne peut pas aller jusqu’à son terme ultime, la dissolution des buts politiques des États dans une orgie de massacres et de destructions sans fin. Pour Clausewitz, parce que les États, ascendants ou déclinants, veulent assurer leur conservation. Pour Marx, parce qu’ils ne sont qu’une fonction dynamique de la dynamique de l’exploitation. Aucun des deux théoriciens n’a jamais supposé que la limite absolue de la guerre pourrait être la guerre elle-même. Non parce que n’avaient pas encore été produites de leur temps d’armes de destruction massive, nucléaires ou autres. Mais parce que l’autodestruction de la société (qu’on la définisse comme civile-bourgeoise ou comme capitaliste) n’est pas un but politique.

Ici nous avons tout intérêt à ne pas confondre deux thèses : l’une, tout à fait juste, que la guerre ne change pas la nature des conflits politiques entre États et blocs d’États, qui restent des conflits entre puissances capitalistes pour l’exploitation la plus efficace possible du prolétariat ; l’autre, absolument fausse, que la guerre ne change pas les conditions de l’exploitation. Car du côté du capital, la guerre tend à présent soit à maintenir soit à supprimer l’hégémonie américaine sur la reproduction élargie du système. Et contre le prolétariat, elle tend à écraser ses luttes par une mobilisation aussi totale que possible des populations, à l’arrière comme au front. Depuis février 2022, avec l’invasion russe en Ukraine, et plus encore depuis mars 2025, avec le lancement du plan Rearm Europe, les négociations au sommet entre Trump et Poutine excluant les dirigeants européens, et l’extension, avec l’appui américain, de la guerre sans fin d’Israël à tout le Moyen-Orient, la généralisation de la guerre est le moyen de créer une situation dans laquelle seraient violemment expéri­mentées de nouvelles combinaisons sociales de la force de travail globale et, sur cette base, de nouvelles combinaisons politiques de la coercition et du consensus. Dans le moment actuel de toutes nos luttes dans le monde, c’est le problème qui contient tous les autres.

 L’analyse du grand désordre mondial provoqué par l’offensive globalisante américaine d’après 1991 a été faite en 2002 par Joxe, dans son livre L’Empire du chaos. Cette analyse est certes effectuée dans les limites de la pensée démocrate radicale, mais on n’a pas besoin de rêver, comme les démocrates, d’un développement soutenable du capitalisme pour constater maintenant que le désordre est devenu insoutenable pour la classe capitaliste elle-même. À partir de ce constat, il nous faut revenir un siècle en arrière pour comprendre comment la guerre est devenue si totalisante. Dès que le capital domine réellement le travail et la société, càd dès la Première Guerre mondiale qui facilite la mise en place de l’Organisation Scientifique du Travail et l’intégration des syndicats et partis ouvriers aux États belligérants, la contre-révolution devient permanente à tous les niveaux de la reproduction du système. C’est un acquis théorique de toute l’Ultragauche, élaboré notamment par Korsch et par Bordiga. Korsch, dès 1940, définit la contre-révolution en cours (fasciste et/ou démocratique) comme « phase normale du développement social », càd comme transformation nécessaire et durable de la société capitaliste. Et Bordiga, après 1945, théorise la victoire poli­tique du fascisme par transfert de son principe autoritaire dans la démocratie. Sous son aspect spécifiquement économique, la transformation consiste, en l’extension du régime d’accumulation fordiste-keynésien à l’ensemble du monde réputé libre. Sous son aspect idéologique, en la fabrication d’un consensus démo­cra­tique neutralisant la propagande anti-impérialiste des États russe et chinois. La synthèse est la stratégie américaine d’endiguement du « communisme » sur tous les conti­nents, y compris en Europe.

Maintenant, au-delà de la crise-restructuration des années 1970 et 1980, dans la crise de la mondialisation américaine, l’offensive globalisante des États-Unis consécutive à l’effondrement de l’URSS et entérinée en 1997 par le Pacte OTAN-Russie ne s’explique nullement par la supposée toute-puissance maléfique de la superpuissnce américaine mais par le bouleversement du monde provoqué par l’internationalisation puis la mondialisation des investissements de capi­taux. Contre l’anti-impérialisme des imbéciles, il faut donc réaffirmer aujourd’hui, trente-cinq ans après l’effondrement du bloc socialiste, le primat de l’économie globale sur la politique impériale américaine, mais éviter ce faisant de tomber dans un économisme réduisant les grandes entreprises guerrières à un calcul du taux de profit moyen nécessaire à la relance de l’accumulation. Les deux guerres qui se développent déjà au niveau mondial, à partir de l’Ukraine et du Moyen-Orient, ne sont ainsi calculées par aucune des fractions rivales de la classe capitaliste ; et la critique commu­niste de la fuite en avant guerrière du capital ne consiste pas à « l’expliquer » par un tel calcul.

Dans sa Critique de l’économie politique, Marx a montré que le développement du mode de production capitaliste est nécessairement inégal et non absolument généralisable, càd que sa limite lui est inhérente. Cette critique radicale mais encore objectiviste de l’économie, nous pouvons maintenant la désobjectiver en montrant que l’économie, càd la société capitaliste, ne se reproduit qu’en intégrant des luttes massives de prolétaires, de femmes, et de groupes racisés, jusqu’aux limites de la reproductibilité du système. Et désobjectivant ainsi la critique de l’économie politique sans retomber dans le subjectivisme d’un point de vue révolutionnaire prolétarien, nous montrons l’inadéqua- tion de la notion programmatique de guerre de classe à la théorie de la communisation. En effet, c’est seulement dans le programme prolétarien que le devenir révolutionnaire de la classe peut être pensé dans le langage de la guerre, parce que, cherchant à libérer le travail productif de valeur de la production de survaleur, le prolétariat s’affirme face à la classe capitaliste comme son rival pour la gestion de la société. Et parce qu’il s’affirme comme tel sous les différentes formes adéquates à sa lutte dans les différentes conditions nationales du développement capitaliste : par exemple, du grand syndicat unique des IWW aux États-Unis au parti bolchevik en Russie, entre 1905 et 1917 ; et des syndicats et conseils ouvriers au parti stalinien entre 1917 et 1937, de Russie en Allemagne et en Espagne.

En réalité, le processus de la révolution communiste n’est pas celui d’une montée en puissance sociale du prolétariat face au capital, comme Marx puis les théoriciens de l’Ultragauche l’ont soutenu à l’époque de l’affirmation du travail. Et la révolution elle-même n’est pas une guerre entre deux armées dont l’une devrait finalement anéantir l’autre, mais la destruction immédiate de tous les rapports sociaux capitalistes, sans nulle transition par un quelconque pouvoir ouvrier. C’est ici, dans l’impossibilité apparue – entre 1917 et 1968 et plus encore dans la contestation généralisée de l’après-1968 – d’une stratégie révolutionnaire prolétarienne vers le communisme, que s’insère la critique communiste de la stratégie du capital, au double sens économique et militaire du terme. Malgré tous les plans que font en permanence les dirigeants capitalistes et leurs experts, le développement de l’exploitation n’est pas stratégiquement programmé ; la trans­formation de la guerre économique en guerre tout court, non plus. Autrement dit, le passage de la paix armée à la guerre qui remet en jeu les positions acquises est une fuite en avant des puissances capitalistes dans le sens où elles sont déjà poussées par leur gestion chaotique de la crise. Mais cette fuite en avant dans un processus qu’elles ne peuvent totalement maîtriser n’a rien d’irrationnel. Comme agent global de la reproduction du système, la classe capitaliste se divise en elle-même en différents acteurs qui examinent des situations, prennent des décisions, et agissent effectivement pour assurer la pérennité du système, contre d’autres acteurs, exploités et dominés, ne luttant immédiatement que pour se reproduire comme tels mais toujours conscients de ce qu’ils font dans les limites de ce qu’ils font. Autrement dit, les luttes potentiellement révolutionnaires des prolétaires ne sont pas plus agies par la contradiction de l’exploitation que toutes les mesures contre-révolutionnaires prises par les capitalistes. C’est au contraire la contradiction de l’exploitation qui n’a pas d’existence réelle – càd autre que purement logique – en dehors des luttes des prolétaires contre le capital. Et maintenant, la fuite en avant guerrière de la classe capitaliste en ses différentes fractions concurrentes n’est pas immédiatement la solution capitaliste à la crise, mais l’organisation actuelle de la reproduction du système, qui ouvre la voie à une éventuelle restructuration supérieure.

Dans la crise de la mondialisation américaine, la guerre a commencé il y a maintenant quatre ans, entre l’OTAN et la Russie en Ukraine. Il est peu probable que la guerre reste limitée à cette région du monde, si l’on considère, d’une part, l’importance économique et stratégique de l’Ukraine et pour les dirigeants américains et européens et pour les dirigeants russes et, d’autre part, l’extrême difficulté d’un compromis sur la base d’une neutralisation d’un État ukrainien territorialement et militairement diminué, comme le veut Poutine. Mais l’affrontement prolongé entre les deux armées pourrait bien se traduire, à l’intérieur des deux États, par des luttes allant au-delà des nombreux refus individuels de la mobilisation et de l’engagement sur le front, car les pertes en morts et blessés sont énormes de part et d’autre. Et si les possibilités de fuite à l’Ouest sont maintenant réduites du côté ukrainien tandis que les combattants sont achetés au prix fort du côté russe, les deux États ne sont sans doute pas capables de soutenir encore longtemps une guerre qui ravage leurs forces productives et leurs populations. C’est alors, dans le moment où les États russe et ukrainien sentiraient se radicaliser la résistance à la guerre dans leurs populations respectives, que le risque de son extension à l’Europe occidentale, par une attaque russe contre les États baltes et la Pologne ou par une attaque occidentale en Ukraine, serait le plus fort.

D’autre part, les tensions qui se manifestent déjà du côté de la Chine, du fait de l’agressivité américaine et japonaise face à l’expansion chinoise, pour­raient bien empêcher tout compromis entre les États-Unis et la Russie sur l’Ukraine. Depuis le retour au pouvoir de Trump, l’État chinois a montré sa détermination à résister à la grande offensive américaine, notamment par la grande parade politico-militaire qu’il a organisée à Pékin en septembre de l’année dernière, un mois après la rencontre au sommet de Poutine et Trump. De façon plus discrète, le Japon a manifesté sa détermination à résister à l’expan- sion chinoise en augmentant son budget militaire dans une proportion presque égale à celle décidée par les États-Unis. La superpuissance américaine, par la guerre qu’elle mène avec Israël contre l’Iran, vise la normalisation libérale du régime populiste et théocratique des mollahs et le contrôle du pétrole iranien, renforçant ainsi sa pression sur l’économie chinoise. Enfin, les États européens ont l’année dernière décidé de « réarmer » l’Union d’ici 2030. Toutes ces grandes manœuvres des États sont déterminées à la fois par les lois de la concurrence entre pôles d’accumulation capitalistes et par les luttes des prolétaires, même limitées à la simple défense de leurs conditions d’existence. Et leur détermination par les luttes des prolétaires est visible : en Europe, où la préparation des États à la guerre contre la Russie est censée délégitimer absolument les luttes sur les salaires et les droits sociaux liés au salaire ; aux États-Unis, où le soutien d’une partie des travailleurs nationaux à la résistance des immigrés à la police de l’immigration met à mal la vision d’une Grande Amérique unifiée derrière son Chef pour imposer au monde la paix américaine. À l’inverse, les difficultés éprouvées par les États dominant l’économie globale à faire régner l’ordre mortifère du capital à l’intérieur ne peuvent que se répercuter sur leur propension à faire la guerre à l’extérieur.

Mais pour bien comprendre le problème de la généralisation de la guerre, il faut aussi déterminer ce que les discours guerriers des puissances capitalistes en conflit mani­festent et occultent. Car ils manifestent qu’une grande guerre se prépare et que la puissance à briser d’abord – la Russie – a été désignée, mais occultent pourquoi et comment elle se prépare, contre les prolétaires du monde entier. J’ai montré pourquoi : en raison des contradictions de la mondialisation américaine, qui ont rendu le désordre insoutenable pour la classe capitaliste elle-même, car la mondialisation ne supporte pas de ruptures durables dans les flux d’investissements et les chaînes d’approvisionnement du capital. Pour montrer le comment, il faut préciser que le discours sur la guerre hybride, combinant aux opérations militaires des opérations visant les réserves financières et les infrastructures énergétiques ou informatiques de l’ennemi, tend à faire croire que la lutte entre puissances capitalistes pour la domination du monde serait devenue moins destructive et meurtrière. C’est faux, en raison de l’énorme augmentation de la puissance destructive de toutes les armes depuis qu’a été inventée l’arme nucléaire comme en raison de la destruction de moyens de production et de populations qu’implique même la guerre hybride. Mais si même c’était vrai, le caractère moins destructif et meurtrier de la guerre ne la rendrait pas moins contre-révolutionnaire, l’efficacité d’une restructuration s’effectuant d’abord par la guerre ne se mesurant ni en milllions de tonnes de décombres ni en millions de cadavres.

À présent, la contre-révolution capitaliste ne peut être, dans et par la guerre, qu’une restructuration supérieure de l’exploitation dont les modalités ne sont pas encore apparues. Et tant qu’une telle restructuration n’a pas commencé, contre des luttes qui seraient autrement plus larges et dures que les luttes récentes, il faut encore penser la communisation comme possible. Telles que nous pouvons les saisir maintenant, les conditions d’une telle restructuration sont une définanciarisation et une renationalisation partielle de l’économie, associées à de nouvelles combi­naisons sociales plus efficaces de la force de travail. Mais parce les formes qu’elle pourrait prendre ne sont encore que des hypothèses – englobement de la vie quotidienne dans le travail salarié ? mobilisation accrue des femmes à la fois comme travailleuses salariées et comme reproductrices de la force de travail ? utilisation massive de la technologie de « l’Intelligence » Artificielle économisant les salaires de nombreux cadres spécialisés dans l’analyse des données ? – nous n’avons pas besoin de les préciser. La seule certitude est que le système n’assurera jamais sa reproduction élargie sans exploiter efficacement le prolétariat et qu’il s’agira toujours pour les capitalistes de reproduire la force de travail totale nécessaire avec ses différentes qualifications particulières, quelles que soient les formes de sa mobilisation, et d’organiser une reproduction durable de leur domination, incluant une forme minimale de consensus.

4 – Face à la guerre qui vient : La connexion potentiellement fatale au prolétariat est celle qui s’effectue entre les difficultés de reproduction du capital global en ses différentes zones d’accumulation et la nécessité qui s’impose alors aux puissances capitalistes d’une sortie de crise aussi rapide que possible, même à travers une guerre mondiale. Si l’on considère cette connexion comme en train de se produire, il s’agit donc de penser comment des masses de prolétaires, actuellement divisés par leurs conditions matérielles d’existence (d’une zone du capitalisme à l’autre, mais aussi à l’intérieur de chaque zone), et de plus séparés par la division de genre et la racisation de la classe, peuvent être amenés à lutter ensemble à la fois contre la dégradation de leurs conditions d’existence et contre la guerre qui vient.

Et puisqu’il s’agit ici de la guerre capitaliste telle qu’elle est devenue depuis 1945, il faut d’abord préciser que celle qui se prépare maintenant, à la fois au niveau matériel (militaro-industriel) et au niveau idéologique (propagande militariste et brouillage informationnel), ne serait pas nécessairement l’autodestruction de la société capitaliste par l’emploi de l’arme fatale. Parce que c’est leur intérêt commun, les dirigeants capitalistes feront tout pour éviter l’escalade nucléaire ; mais éviter le pire ne dépend pas seulement de leur volonté, car la conduite de la guerre est aujourd’hui largement automatisée. Bien que très improbable, une telle escalade, qui détruirait la société capitaliste avec l’espèce humaine et la vie sur Terre, n’est donc pas absolument impossible. Il faut le dire pour pouvoir penser et agir efficacement contre la guerre qui vient, càd aussi contre la peur et son intériorisation désastreuse. Car si la guerre est, une fois qu’elle a éclaté, passage aux extrêmes de la violence capitaliste, sa préparation idéologique est déjà, en elle-même, passage aux extrêmes de la mise en condition des masses exploitées et dominées. Elle tend à paralyser toute tentative de résistance en soufflant alternativement le chaud et le froid et rendant ainsi presque irréelle la perspective d’une nouvelle boucherie mondiale dans un avenir proche.

L’après-Guerre froide a confirmé que les États ayant seulement la puis­sance économique ne comptent pas dans la lutte pour la domination mondiale et c’est encore plus vrai maintenant, alors que les États-Unis recherchent l’apaisement avec la Russie pour soutenir une tension accrue avec la Chine, qu’au moment de l’effondrement final du bloc socialiste, entre 1989 et 1991. C’est pourquoi les dirigeants de l’Union Européenne sont tombés d’accord pour « réarmer » l’Europe. En fait, depuis la formation des deux blocs capitalistes de la Guerre froide et la constitution de l’OTAN, entre 1945 et 1949, l’Europe n’a jamais été désarmée et s’est même dotée, en Grande-Bretagne et en France, de l’arme nucléaire. Elle n’a pourtant jamais été armée comme devrait l’être une puissance capi­taliste autonome à l’intérieur du système et doit donc maintenant se donner les moyens de cette autonomie face aux États-Unis.

Mais la préparation à la guerre fonctionne aussi à l’idéologie ; et l’idéologie ne se produit pas dans la vie quotidienne, par l’activité spontanée des individus se rapportant à leurs conditions de reproduction (famille, scolarisation, travail salarié). Elle est certes consommée dans la vie quotidienne, comme l’atteste n’importe quelle conversation courante, mais se produit dans des appareils à la fois immergés dans et distincts de la vie quotidienne. Au sens large, comme organisateur de la reproduc­tion nationale ou supra-nationale de la société capitaliste, l’État inclut ces appareils qui fabriquent le consentement populaire à la domination. Au sens strict, comme appareil coercitif-répressif unissant le pouvoir politique aux forces armées, il les exclut. (Pour bien saisir la différence, il suffit de se représenter ce que serait l’efficacité idéologique d’une institution comme la très consensuelle Sécurité Sociale si elle faisait partie de l’appareil coercitif-répressif de l’État, comme la police et l’armée : elle serait nulle.)

Dans son pur concept, la guerre moderne est réaffirmation violente de la domination du capital sur toutes les classes non possédantes de la société ; mais en pratique cettte réaffirmation n’est pas immédiatement violente et le réarmement militaro-industriel ne peut se faire sans réarmement idéologique. Maintenant, dans la conjonction brutale des contradictions du système (financiarisation / productivité de l’économie, globalisation de la production / intégration du prolétariat, déligitimation totale des luttes / organisation d’un consensus un tant soit peu durable), la transformation de la crise en guerre mondiale peut s’analyser ainsi.

Du côté du capital, les puissances en compétition – États-Unis, Europe, Chine, Russie – ne peuvent que se préparer à l’affrontement armé, en supposant que les bouleverse­ments sociaux inhérents à la guerre produiront les éléments d’une restructuration supé­rieure de l’économie globale. Cependant, cette préparation à la guerre ne consiste pas pour elles en l’élaboration de stratégies avec des buts politiques et des objectifs militaires parfaitement déterminés. C’est plutôt une direction donnée au déploiement ou – dans le cas de la Russie d’après l’URSS – à la simple préservation de leur puissance, sur la base de l’expérience qu’elles ont acquise durant et surtout après la Deuxième Guerre mondiale, à travers les trois guerres bien chaudes de la Guerre froide, en Corée puis au Vietnam et en Afghanistan. Et depuis la fin de la Guerre froide, à travers toutes les guerres dites régionales qui, d’Irak en Ukraine et de Syrie en Iran, n’ont pas été de si basse intensité qu’on le disait encore naguère.

À présent, le consensus bellliciste d’en haut n’implique pas nécessairement un parfait consensus belliciste en bas, comme le montrent les refus des dockers, en plusieurs ports d’Europe, de charger des armes à destination d’Israël ou d’Ukraine et les pour le moment timides opposi­tions des jeunes scolarisés à la propagande militariste en France et en Allemagne, ou encore les appels à constituer des comités de lutte anti-guerre venant d’Italie et de Grèce. Mais il implique du moins l’embarquement de masses de prolétaires dans la guerre projetée par les diri­geants capitalistes. Et cet embarquement s’effectue à la fois par la propagande pour la défense de la nation ou de la démocratie menacée et par le brouillage informationnel sur le cours actuel de la guerre, le second moyen étant à la fois moins repérable et plus efficace que le premier.

Pour le moment, la guerre ne peut devenir mondiale qu’à partir de l’Europe orientale et du Moyen-Orient. La première zone est a priori plus favorable à une rapide accumulation de capital, en raison des ressources énergétiques et minières de l’Ukraine et, plus au nord, de la Russie. La seconde manque d’un État industriel assez puissant pour stimuler vigoureusement l’accumulation, Israël n’étant qu’un petit dragon militaire bloqué dans quelques segments industriels hi-tech, et l’Iran n’ayant pas de classe capitaliste « normale », càd capable de faire de l’État son État. (Car l’État ne devient effectivement capitaliste qu’en se séparant du peuple, donc de la lutte des classes, pour mieux y intervenir.) Mais une troisième zone de guerre peut s’ouvrir à l’est et au sud-est de l’Asie, zone au contraire industriellement développée, dans la mesure où les États-Unis ne parviennent pas à bloquer totalement l’expansion chinoise, qui s’effectue à la fois par le contournement des investissements américains à l’étranger et par la production de marchan­dises plus haut de gamme contenant plus de survaleur.

Du côté du prolétariat, une résistance massive et résolue à la généralisation de la guerre ne peut se produire que dans et contre les limites des luttes des travailleurs pour se reproduire comme salariés, par toutes sortes d’écarts dont nous ne pouvons aujourd’hui  déterminer ni le lieu social ni la forme. Mais dans ces limites, la résistance des travailleurs les plus combatifs ne peut être d’abord qu’interclassiste et pacifiste. Par ailleurs, si l’on définit comme opposants potentiels à la généralisation de la guerre des masses de jeunes, encore scolarisés ou déjà rejetés par l’école, leur mobilisation massive ne produirait pas nécessairement un écart dans ces limites, car soumis à la propagande voire à la préparation militaire, ils ne comprennent pas pour autant pourquoi et comment la guerre est devenue nécessaire à la reproduction du système qui les appelle à risquer leurs jeunes vies pour sa défense.

En  même temps, du fait même de la préparation capitaliste à la guerre, qui aggrave encore partout les conditions de l’exploitation, des connexions peuvent s’établir dans et contre la division globale du prolétariat. Là où la guerre n’a pas encore commencé, en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, entre les tra­vail­leurs luttant immédiatement pour leurs salaires et ceux qui luttent aussi déjà contre la militarisation de la société. Là où la guerre a déjà commencé, en Russie et en Ukraine, entre ceux qui résistent à la propagande belliciste à l’arrière et ceux qui désertent sur le front. Mais au Moyen-Orient, un mouvement des prolétaires et des classes moyennes paupérisées contre la guerre se développera bien plus difficilement à cause de l’ancienne fixation des luttes dans le cadre national et confessionnel. En Palestine, où les fractions islamistes, de Gaza au Liban, résistent encore à l’offensive israélienne ; ou en Iran, où le régime des mollahs, soumis à une seconde attaque américano-israélienne en même temps qu’à une forte pression d’en bas, lutte maintenant pour sa survie.

Globalement, le développement de luttes de masse contre la guerre est médiatisé par la radicalisation des luttes salariales, d’abord sur la base de leur segmentation catégorielle, genrée, ou raciale. C’est pourquoi nous, communisateurs, avons tout intérêt à montrer concrètement dans les luttes la connexion qui s’opère entre l’aggravation accélérée de l’exploitation et la préparation des puissances capitalistes à la guerre. C’est notamment faisable en Europe, où les travailleurs sont maintenant sommés par le FMI de ne plus revendiquer du tout. Il ne s’agit bien sûr pas pour nous de leur enseigner quoi que ce soit, et surtout pas la théorie de la communisation ! Il s’agit de discuter et d’agir avec eux sur une base aussi clairement anti-capitaliste que possible.

En somme, comme l’a montré TC dès 2005 dans sa théorie de l’écart, toutes les luttes contre le capital doivent désormais être pensées dans leurs limites inhérentes, comme produites dans et même par ces limites, synthétisées dans l’action du prolétariat comme classe de la société capitaliste. Et malgré la non-prolifération des luttes s’écartant de la simple défense de nos conditions de survie au centre du système, cette analyse reste aujourd’hui valide. Càd que le dépassement des luttes revendicatives commence dans les luttes revendicatives et que la fusion de toutes les luttes spécifiques – d’ouvriers, de femmes, de populations racisées, et maintenant de jeunes, appelés en priorité à combattre pour le capital – commence dans leur séparation de fait.

Conclusion : Les camarades « réalistes » m’objecteront sans doute que toutes ces explications ne rendent pas la communisation plus « crédible ». C’est vrai, mais encore une fois, il ne s’agit pas de croire en la communisation ; de plus, quelle révolution sociale est-elle jamais apparue comme possible avant d’avoir commencé à se produire ? Dans toute cette discussion sur la guerre,  j’ai supposé que celle qui s’annonce maintenant peut-être, paradoxalement, le « puissant régisseur » d’une rupture communisatrice. Je pense avoir montré que la perspective de la communisation se dégage de l’analyse du cycle actuel du capitalisme et que la communisation elle-même est la seule issue révolutionnaire : la destruction immédiate du capitalisme, sans transition par un quelconque pouvoir ouvrier. Maintenant, contre la généralisation de la guerre, cette destruction du système, identique à la production de l’immédiateté des rapports entre les individus dans une communauté humaine qui ne pose aucun rapport antérieur à reproduire – ni classes ni genres ni « races » – ne peut être que la fusion de toutes les luttes de ceux et celles d’en bas dans un mouvement communisateur. Alors que dans les pays centraux du système, les luttes contre l’aggravation continue de l’exploitation restent prises dans les limites des revendications salariales et démocratiques et les luttes contre la généralisation de la guerre dans les limites du pacifisme, une telle radicalisation n’est certes pas imminente. Si donc la rupture communisatrice dans les luttes ne se produit pas avant que la guerre devienne mondiale et si, pour parler comme Benjamin en 1940, nous n’en venons pas bientôt à tirer sur les horloges, la destruction du capitalisme risque fort d’être renvoyée au terme d’un cycle ultérieur de sa reproduction. Mais parce qu’il s’agit pour nous de détruire le temps abstrait du capital avec le capital lui-même, il n’y a pas pour autant de course de vitesse entre nous et eux. Au terme du cycle d’accumulation et de luttes actuel, la communisation se fera contre la guerre ou ne se fera pas.

FD

  1. Anonyme
    13/05/2026 à 22:21 | #1

    La communisation serait-elle une alternative crédible que vous seriez déjà des apparatchiks en puissance Côme vous êtes les moines copistes de son idéologie

    Comment, vus vos comportements, pouvez-vous seulement croire possibles leur dépassement produit en individualité sociale immédiate, celle que groupement dans TC rend précisément inaccessible aux individus du capital que vous psychologiquement ?

    Vos convictions affichées sont des contradictions dans les termes. Bien des gens du commun sont plus proches d’un comportement interpersonnel et social communist

    Au fond, pour qui vous prenez-vous, si tristement peu libres de seulement penser par vous-mêmes ? Rêvez plutôt d’apostasie, avant de crever dupes de vous-mêmes.

  2. François Danel
    16/05/2026 à 12:39 | #2

    Ce premier commentaire à mon texte est tout à fait à côté de la question, mais il l’est de façon caricaturale et mérite à ce titre une réponse. Comme l’anonyme s’attaque en bloc à tous les individus et groupes qui théorisent la communisation, je répondrai en mon nom propre mais en intégrant ce qui me paraît constituer un fonds d’idées commun entre nous.

    1) Non, la communisation n’est pas une alternative crédible, parce que ce n’est pas une alternative, « un autre monde possible » sur la même base capitaliste. Il faut absolument laisser l’alternative aux démocrates plus ou moins radicaux qui rêvent encore d’humaniser le système. La rupture communisatrice pourra bien nous sur­prendre nous-mêmes dans sa conjoncture singulière, mais nous avons montré qu’elle n’a rien à voir avec une quelconque humanisation du capitalisme.

    2) Les partisans de la communisation ne peuvent apparaître comme des « apparatchiks en puissance » et des « moines copistes » qu’à des gens qui ne connaissent la théorie que par ouï-dire. Car pour être des apparatchiks en puissance, il faudrait non seulement que nous ayions déjà un minimum de troupes, que nous n’avons pas, mais aussi et surtout que l’époque soit encore aux partis de masse et aux apparatchiks, ce qu’elle n’est pas. Et pour être des moines copistes, il faudrait qu’il existe une idéologie de la communisation constituée donc copiable, avec seulement quelques infimes variantes, d’un copiste à l’autre ; or tous les gens qui savent comment s’est formé et (un peu) développé le courant communisateur savent aussi qu’il y a bien plus que des variantes de Théorie Communiste à Endnotes, par exemple, ou même, à un niveau individuel, entre RS et moi, FD qui, ayant naguère pas mal discuté avec les camarades de TC, n’ai jamais pris part directement au travail théorique du groupe. Et puisque l’anonyme s’intéresse à la psychologie, qu’il s’analyse un peu lui-même en cessant de fantasmer un ennemi sur mesure.

    3) Mes / nos convictions affichées ne pourraient être contradictoires en elles-mêmes que si le concept de dépassement historiquement produit de la simple défense de la condition prolétarienne était contradictoire en lui-même ; or c’est ce que l’anonyme n’a même pas cherché à démontrer. Quant aux « gens du commun » et à leur supposé « comportement interpersonnel et social communiste »,
    c’est encore une formule aberrante, à la fois parce que les communisateurs font partie des  » gens du commun « et parce qu’on ne pourra savoir ce qu’est un  » comportement communiste « , càd en fait un comportement d’individu singulier se rapportant immédiatement à tous les autres, qu’au moins une génération après la communisation, quand les bébés auront grandi !

    4) Pour finir en citant un philosophe, Hegel, qui n’est pas de mes amis, on ne peut penser que par soi-même. Si donc l’anonyme prétend que nous, communisateurs, ne pensons pas, il faudrait là encore qu’il le démontre.. Je crèverai peut-être en m’étant trompé quant à la possibilité d’une rupture communisatrice dans un avenir proche,, mais je ne crèverai pas apostat, n’ayant jamais cru en rien, pas même en la communisation.

    FD

  3. BA
    16/05/2026 à 14:24 | #3

    Excellente réponse.

  4. Anonyme
    16/05/2026 à 14:32 | #4

    Je parlais d’alternative au sens des dictionnaires de français et non de la novlangue des moines soldats de TC qui prétendent redéfinir les mots. Résultats, ils ne parlent qu’à eux-mêmes et ne comprennent plus la langue ordinaire des gens normaux. Pauvres cinglés.

  5. Anonyme
    16/05/2026 à 15:01 | #5

    FD se repaît d’une pitoyable critique énervée parce qu’il n’a rien d’autre à se mettre sous la dent. Toute critique de TC est de fait un soutien à TC. Relire Daredevil alias RS.

  6. Anonyme
    16/05/2026 à 15:25 | #6

    Par la sélection des commentaires précensurés, dndf reconstitue de prétendus échanges en en reconstruisant le sens. Procédé bien connu de la Stasi notamment.

  7. Anonyme
    16/05/2026 à 15:41 | #7

    La petite bande de voyeurs muets se refile les commentaires censurés, tels des flics derrière le miroir sans tain. Ça c’est de la « pratique théorique » !

  8. Anonyme
    16/05/2026 à 16:23 | #8

    En vérité ce qui vous échappe, parce que la plupart n’êtes pas en mesure intellectuelle de le comprendre, de comprendre TV ( sic! note de la soute) votre bible même, c’est que mieux on le comprends, et plus cela s’effondre comme philosophie idéologique et téléologique construite sur ses fins, pur idéalisme. Quand ça s’écroule, tout est fini, la page est tournée radicalement et définitivement avec le corpus et ceux qui le portent. C’est comme si vous étiez morts.

  9. la soute
    16/05/2026 à 16:53 | #9

    Désolés, nous avons laissé passer exceptionnellement les derniers commentaires de Patloch qui valent à eux seuls un exposé clinique attérré. Après , on arrête!
    Les soutiers

  10. François Danel
    17/05/2026 à 12:24 | #10

    Réponses aux anonymes.
    Tout d’abord je remercie BA de son soutien, qui prouve que je ne me suis pas tout à fait trompé en parlant à la fois en mon nom propre et au nom de tous les gens qui théorisent la communisation.
    Ensuite j’aimerais bien savoir si le premier post anonyme est ou non du même bonhomme que les quatre suivants, apparemment de Patlotch. Il semble que non, puisque le 5° post (« FD se repaît d’une pitoyable critique énervée, etc ») débine la « critique » du précédent (« Je parlais d’alternative au sens des dictionnaires de français, etc »). N’étant pas un flic, je me fous de savoir le vrai nom des gens qui interviennent sur dndf comme « anonymes » ou « passants », mais j’aimerais bien savoir qui dit quoi : prenez donc des pseudos bien distincts, ce sera plus clair !
    Sur la question de la langue utilisée par tous les gens qui théorisent la communisation, l’anonyme énervé a presque raison : ce n’est pas la langue ordinaire, celle que nous parlons tous spontanément tous les jours, qui est saturée d’idéologie. C’est une langue technique adéquate à une théorie qui se veut à la fois critique et révolutionnaire et qui, sans attendre la communisation, moment décisif où elle sera nécessairement comprise par des masses d’individus, rend compte assez bien du cours actuel des luttes. (Et là encore, si l’on pense au contraire qu’elle n’explique rien, il faut le démontrer.) Le terme alternative n’y a donc pas le sens vague et contre-révolutionnaire de « solution de remplacement », parce que nous ne voulons surtout pas remplacer le capitalisme par un autre système d’exploitation-domination qui serait plus « humainement soutenable », comme disent les démocrates radicaux. Il désigne précisément cette non-solution qu’est l’alternative démocrate radicale comme non-solution, càd comme non-suppression de la contradiction capital et de ses termes, la classe capitaliste et le prolétariat.
    Sur la question de la « censure », dndf a déjà plusieurs fois répondu : il n’y a pas de censure, seulement une modération des messages qui porte à la fois sur la forme et sur le fond : dndf exige à bon droit un minimum d’argumentation et non de simples affirmations. À la limite, on peut bien traiter l’adversaire de crétin, mais à condition de montrer en quoi ce qu’il dit est crétin.
    Tu peux donc, Patlotch, nous traiter de voyeurs ou de flics tant que tu veux, nous sommes blindés. Mais tu ne nous empêchera pas de préférer des critiques, même dures, à tes dénonciations.

    FD

  11. Bobomb
    17/05/2026 à 22:14 | #11

    Bonjour, un mois a passé, je reviens et vois que tous les textes de Patlotch ont disparu. Je m’en fiche que ce commentaire soit publié mais j’aimerai bien si possible les posséder à l’adresse mail indiqué dans le site.

    Je trouvais certaines formules intéressantes et surtout il opérait un exercice compilatoire souvent stimulant dans ses mises en regards et en perspectives, que j’aurai aimé approfondir. Je crois m’être arrêté à l’épisode 4.

    Rien de pressé, merci pour votre réponse

  12. pepe
    17/05/2026 à 23:02 | #12

    Les textes de Patloch n’ont pas disparus. Ils sont ici:
    https://dndf.org/en-passant-par-la-chronique/

  13. Stive
    18/05/2026 à 10:10 | #13

    J’ai bien apprécié ton texte ainsi que tes réponses aux Anonymes, Cependant, j’ai été interpellé par cette phrase : , « on ne pourra savoir ce qu’est un » comportement communiste « , càd en fait un comportement d’individu singulier se rapportant immédiatement à tous les autres, qu’au moins une génération après la communisation, quand les bébés auront grandi !  » ce qui de mon point de vue introduit dans le processus de communisation une structure ( un semi-État, selon Marx ?) au dessus des rapports inter-individuels. Chassez le naturel par la porte, il revient par la fenêtre ?
    Amicalement

  14. BA
    18/05/2026 à 13:24 | #14

    @Stive

    Salut Stive c’est bien que tu sois de retour avec tes remarques toujours impertinnentes qui font vivre un débat apaisé et profond. Il est d’ailleurs regrettable qu’aucun commentaire ne porte sur le fond du texte de Françoise, si audacieux dans ses projections comunisatrices qui font revivre l’espoir d’une alternative radicale au capitalisme.

    Quant aux commentaires anonymes Françoise à raison. Dndf ferait mieux d’exiger un psudo pour étre publier.

  15. CM
    18/05/2026 à 15:59 | #15

    Je propose une réflexion sur les attirances complotisies de l’auteur en relation avec sa manière de concevoir la domination ideologique du capitaliste comme sa conception singulière de l’actualité de la perspective communisatrice.

  16. FD
    18/05/2026 à 17:14 | #16

    Merci, Steve : tu es après BA le second intervenant à ramener la discussion sur son vrai terrain : la perspective de la communisation dans le moment actuel. Cependant, si tu as compris comme tu le dis, la phrase sur le « comportement communiste », je me suis peut-être mal exprimé. La notion de « comportement communiste » m’est totalement étrangère en tant qu’elle est normative. Je ne l’ai reprise de l’anonyme énervé que pour m’exprimer dans son langage ; c’est pourquoi tu crois voir réapparaître dans le processus de la communisation tel que je le conçois une structure ou un semi-État au-dessus des rapports inter-individuels. Pour moi, il n’y a dans un monde communisé que des rapports inter-individuels ; et ma formule sur les bébés qui auront grandi signifie seulement qu’il faut un minimum de recul pour pouvoir juger comment se développe effectivement ce monde. Maintenant si cette explication ne te satisfait pas, ou plus généralement si tu as d’autres objections à faire sur mes réponses ou sur le texte, ne te gêne surtout pas pour les dire.

    Amicalement
    FD

  17. FD
    18/05/2026 à 18:09 | #17

    à BA
    Tu as dû faire une faute de frappe, mon prénom est François. Quant à critiquer mon texte sur le fond, ne te gêne pas, c’est fait pour !

    à CM
    Je ne vois pas en quoi la mobilisation critique du concept d’idéologie est complotiste. Merci de me l’expliquer.

    FD

  18. Stive
    18/05/2026 à 18:10 | #18

    Merci pour ta réponse qui me satisfait jusqu’à plus ample réflexion.

  19. Anonyme
    18/05/2026 à 22:30 | #19

    @FD
    « Je ne vois pas en quoi la mobilisation critique du concept d’idéologie est complotiste. Merci de me l’expliquer.»

    Je ne vois comment répondre à une question qui ne traduit pas ce que j’ai dit, mais le déforme pour le rendre aberrant. Ma question demeure donc telle que formulée pour qui a bien saisit en quoi il peut y avoir une certaine cohérence théorique, ou idéologique si l’on préfère, dans ta manière d’aborder les choses en général, et le déni qui te sert d’argumentation, comme on l’a vu à l’époque du covid, Disons que mon appréciation relèverait dune lecture symptomale, ou si tu préfères d’une forte intuition quant à ton fonctionnement psychologique à travers tes procédés rhétoriques et un problème de langage, qui au demeurant pourraient être inconscients.

  20. François Danel
    19/05/2026 à 13:28 | #20


    À CM, 2

    C’est bien ce que je pensais : au lieu de me critiquer sur mon texte actuel, qui pose et discute la question Guerre mondiale ou Communisation ?, tu voudrais emmener la discussion dans un cul-de-sac idéologique.

    Je n’ai rien déformé de ta question : quand tu parles de mes supposées « attirances complotistes » (sic) et de mon « fonctionnement psychologique » (re-sic), tu suggères 1) que redéfinir la domination du capital comme s’effectuant essentiellement par la fabrication d’un consensus populaire, càd par la production continue et systématique d’idéologie, est le fait d’un malade mental 2) que mon avant-dernier texte sur la Covid et la biopolitique du capital est le fait d’un malade mental complotiste.

    Je l’ai déjà dit mais je le redis, une dernière fois : je ne veux revenir maintenant ni sur la question du rapport exploitation / domination, parce qu’il y a eu un échange, insuffisant mais productif, entre moi et RS sur la question ; ni sur la critique de la biopolitique du capital, parce que nous sommes sortis de l’état d’urgence pandémique et parce que la conjoncture actuelle est celle de guerres régionales qui menacent de devenir une seule guerre mondiale.

    Camarades lecteurs de dndf, il n’y aura pas de faux débat sur les attirances complotistes de FD, mais le débat sur la guerre et la communisation est ouvert.

  21. CM
    19/05/2026 à 14:59 | #21

    @François Danel

    Je te laisse la responsabilité de tes reformulations fantaisistes. Pourquoi te faut-il absolument déformer ce qu’on t’oppose ? Tu risques plutôt d’y perdre toute crédibilité. Il n’est point besoin d’être un malade mental pour tomber sous une emprise idéologique. L’hypothèse communisatrice elle-même est idéologique et téléologique selon TC. Or toi, tu dénonces l’idéologie partout en prétendant en être épargné. On utilise un mot avec un sens, tu lui en attribues un autre qui t’arrange, comment seulement discuter sérieusement ? On n’est pas dans un dialogue privé et comme dans tout débat public je cherche moins à te convaincre qu’à susciter des doutes et des réflexions chez qui nous lit.

    La question de ton texte est aussi son rapport à la façon dont TC expose aujourd’hui la perspective communisatrice et du glissement que tu introduis en affirmant que « Dans ce texte, la menace [de guerre mondiale] est traitée comme le problème actuel de la communisation.» C’est un raccourci très audacieux dans la mesure où rien dans le mouvement réel actuel ne vient remplir, en contenu de luttes, le modèle formel de TC, dynamique et limite, écarts, etc.

    Ton texte regorge d’analyses très intéressantes de la situation actuelle et de ses dangers, mais le lien à la communisation est une suraccumulation d’hypothèses sans preuves : avec des si… Alors d’y mettre le titre ”GUERRE MONDIALE OU COMMUNISATION ?” comme s’il s’agissait d’une alternative imminente est un saut de raisonnement logique sans rationalité, sans doute une façon de provoquer l’intérêt davantage qu’une traduction fidèle du fond de ton texte, on l’espère…

    C’est le glissement idéologique dans ta manière de raisonner et exposer des convictions qui rappelle la façon précipitée avec laquelle tu as analysé la crise pandémique. Rien de plus, rien de moins, à chacun de voir s’il y a ou non un rapport. Et ne t’en déplaise le fonctionnement psychologique de chaque individu, sans faire de lui nécessairement un fou, n’est jamais étranger à sa façon de penser et d’espérer en un monde meilleur. Alors foin de ton jésuitisme.

    Il faut tout de même garder en tête que la communisation n’est qu’une hypothèse, qu’elle ne relève pas aujourd’hui d’une logique déductive des contradictions présentes sous nos yeux, et que son éventuelle surgissement n’est pas suspendu à une ”médiation temporelle” plus ou moins longue (10 ans, 50 ans, un siècle ou deux…) selon qu’il y aura ou pas restructuration du capitalisme. Je m’inquiète davantage des utopiste que des activistes. Encore que deux ou trois cents convaincus dans ton genre, on puisse les laisser vivre leurs fantasmes sans danger d’aucune concrétisation, ça ne mange pas de pain et si ça les rassure, chacun sa drogue…

    Il existe quantité d’hypothèses quant à l’avenir de l’humanité dont beaucoup appellent sur la base concrète des évolutions actuelles (IA, destruction du vivant, appropriation de l’espace…) des perspectives bien plus dystopiques qu’une révolution communiste, et dont la lutte révolutionnaire ne serait-elle que théorique devrait s’emparer sans attendre plutôt que formuler des plans sur la comète.

  22. R.S
    19/05/2026 à 15:49 | #22

    Bébés et communisation
    Avant d’en venir au propos annoncé par mon titre, je voudrais dire que je ne peux que partager le propos fondamental de FD sur « Guerre et/ou communisation ». Le texte de FD développe de façon critique et va au-delà certaines thèses exposées dans TC 28. Même si, de mon côté, je suis plus réservé, je pense que FD a raison : la production théorique est nécessairement idéologique, en cela elle se doit d’être, dans une certaine mesure, « optimiste » et ne pas abandonner la compréhension du présent comme un moment transitoire : « ce qui existe doit périr ».
    Pour en venir aux « bébés ». D’abord une mauvaise plaisanterie. Quand il n’y aura plus ni femmes ni hommes, il va falloir réfléchir à la fabrication des bébés…
    Je ne crois pas que la phrase de FD implique une « période de transition », un « semi-Etat », etc. Si nous considérons une révolution, une destruction du MPC comme communisation, il ne faut pas croire que cela se passera comme le 4 juillet aux Etats-Unis, le 14 juillet en France ou la prise du Palais d’hiver en octobre-novembre 1917 . Je préfère le terme de « destruction » à celui d’ « abolition », c’est pierre à pierre, dans toutes sortes de conflits que ce mode de production se défera.
    « Les révolutions prolétariennes, par contre [contrairement aux révolutions bourgeoises qui « se précipitent de succès en succès…rapidement elles atteignent leur point culminant »], comme celles du XIXe siècle, se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent à chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà être accompli pour le recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n’abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser à nouveau formidable en face d’elles, reculent constamment à nouveau devant l’immensité infinie de leurs propres buts, jusqu’à que soit créée enfin la situation qui rende impossible tout retour en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : Hic Rhodus, hic salta ! » (Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, éd Soc, p.16-17).
    On peut trouver ici la description d’une conjoncture : une situation qui excède ses causes, qui se retourne contre elles. L’activité dans la lutte de classe n’est pas le simple reflet des conditions qui la constituent, elle crée de l’inadéquation à ses causes et à son propre cours, de la subjectivité.
    Je pense qu’une révolution comme communisation en tant que conjoncture, bouleversement de toute la hiérarchie déterminative des instances de la reproduction du MPC. pourrait s’étendre sur une période relativement longue (le « relativement » est volontairement flou) avec des aller-retour, chose dont le programmatisme n’avait aucune idée.
    Il faut réaliser, autant que possible, se rendre compte de ce que peut être une conjoncture et sa fusion en « unité de rupture ». Un faisceau de contradictions se conjuguent, mais aussi se contredisent (plus ou moins au nom de l’efficacité), la « détermination en dernière instance » devient chancelante, toutes les luttes internes que cela implique (communisation vs socialisation, hommes et femmes, précaires et stables, prolétaires et classes moyennes embarquées, zones centrales du MPC et « périphéries », conflits internationaux embarquant les luttes de classes, etc.).
    Si une révolution est nécessaire pour que l’ancienne classe exploitée/dominée « ,se débarrasse de toute la pourriture qui lui colle à la peau » (Idéologie allemande, je cite de mémoire), cela ne se passera pas « en un jour, une nuit, un seul lieu, un seul fait accompli », mais dans une suite de conflits, de luttes, où antagonismes internes s’imbriquent dans la contradiction fondamentale avec le MPC et la constituent comme telle. La révolution comme communisation, si nous considérons sérieusement la chose (autant qu’on puisse le faire) est un objet d’une rare complexité quant à sa nature, son déroulement et sa durée.
    Pour en revenir aux « bébés », il est vrai, comme l’écrivent les auteurs de l’Idéologie allemande que ce n’est pas la conscience qui détermine l’être, mais l’être qui détermine la conscience. Mais penser que toutes les instances marchent au même pas (y compris durant une période révolutionnaire plus ou moins longue) me paraît relever d’un matérialisme un peu simpliste. L’idéologie, jusque dans les consciences individuelles est aussi une force matérielle, d’autant plus dans une période révolutionnaire où la subjectivation devient une force motrice du changement historique.
    Je terminerai, comme il se doit, par une référence biblique : il faut que la génération de Moïse (et Moïse lui-même) périsse pour accéder à la « Terre promise ». « Ton peuple est encore trop empreint de l’esprit de l’esclavage » (voir Nombres, 20-11)
    R.S

  23. CLN
    19/05/2026 à 17:29 | #23

    Je partage au moins cela avec…CM alias Anonyme, BA

    « Il faut tout de même garder en tête que la communisation n’est qu’une hypothèse, qu’elle ne relève pas aujourd’hui d’une logique déductive des contradictions présentes sous nos yeux, et que son éventuelle surgissement n’est pas suspendu à une ”médiation temporelle” plus ou moins longue (10 ans, 50 ans, un siècle ou deux…) selon qu’il y aura ou pas restructuration du capitalisme. »

  24. RS
    19/05/2026 à 18:26 | #24

    @CLN
    Salut
    moi aussi je partage, sauf que la notion de « médiation temporelle » n’est pas une question de temps d’attente. Contre « l’immédiatisme », la « médiation temporelle » indique l’inscription de la contradiction prolétariat/capital dans le cours du MPC.
    R.S

  25. L’entropiste
    19/05/2026 à 18:28 | #25

    Les futurs historiens des idées communistes se disputeront pour savoir quand et comment s’est construite la coupure épistémologique entre le jeune et le vieux Simon, le passage du structuralisme dédaignant toute subjectivité à l’idéologie comme théorie ayant besoin d’optimisme pour voir la réalité (presque) en face produire la conjoncture messianique. On ne sait pas trop si RS vieillit bien ou s’il fuite en avant dans la vie quotidienne, mais il a l’air plus heureux que bien des prolétaires.

    Méphistophélès disait aussi : « Grise est la théorie, mon ami, mais vert l’arbre éternel de la vie. »
    http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5571

    Et Hölderlin : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ». Souvent cest la foi, il ne faut pas le dire ici, mais néanmoins le mettre en œuvre… « dans une certaine mesure », l’optimisme toutefois conjuré du délire.

    Ah la la, quel bordel qui vient ! Mais aussi, « sans blague », quelle rigolade !

  26. CM
    19/05/2026 à 21:29 | #26

    @RS

    (Médiation temporelle)
    Mot effectivement mal choisi car je parlais bien du temps qu’il va falloir attendre (Dauvé) avec au bout la certitude que c’est la communisation qui va clore le capitalisme historique et tous les modes d’exploitation de l’homme par l’homme (sic) et de domination de la femme par l’homme.

    C’est de prendre cette seule hypothèse finale comme base de la critique du présent qui empêche d’en percevoir toutes les contradictions et les autres devenirs possibles ou probables. La théorie de la communisation est une théorie châtrée de larges dimensions de la réalité totale, ce qui pourrait expliquer le désintérêt qu’elle suscite même quand elle se fait connaître. En un mot elle sent le vieux et le renfermé, et la fabrique par un groupe trop restreint pour s’ouvrir à d’autres recherches.

  27. FD
    23/05/2026 à 14:09 | #27

    à CM

    Tu maintiens que j’ai déformé ton propos qui visait seulement à susciter le doute ; et je maintiens que j’ai seulement traduit tes insinuations en accusations claires. Car on ne parle jamais du « fonctionnement psychologique » d’un type qui prétend à une certaine rationalité que pour suggérer qu’il est en fait irrationnel et piégé dans ses affects. Et l’on ne peut parler de ses « attirances complotistes » que parce qu’on a d’abord accepté la définition purement nominaliste du complotisme donnée par tous les pouvoirs capitalistes : est complotiste ce que moi, le Capital, je désigne comme tel. Maintenant passons à la question posée et discutée dans mon texte.

    Pour moi aussi, comme pour toi, la communisation est seulement une hypothèse, mais c’est une hypothèse sérieuse et c’est celle sur laquelle, depuis vingt-cinq ans maintenant je pratique la théorie. Par contre, je nie que son surgissement soit suspendu à une médiation temporelle. La médiation nécessaire, c’est la production d’une conjoncture où les contradictions du capitalisme s’entrechoquent et s’intriquent aux luttes internes du mouvement révolutionnaire qui se forme alors et redéfinit alors l’objet capital à détruire en fonction de ce qu’il devient lui-même, comme mouvement communisateur. La communisation peut sans doute s’étendre sur un temps « relativement long », comme le dit maintenant RS, avec une exacerbation des antagonismes internes au mouvement communisateur, introduisant de la subjectivité face à l’objectivisme du capital, mais pas constituer une période de transition entre l’ancien régime capitaliste et la vie sociale humaine refondée sur les rapports inter-individuels.

    Ceci dit, le titre de mon texte, Guerre mondiale ou Communisation ?, n’est pas un « raccourci très audacieux » ; et le lien de la communisation avec la guerre n’est pas fondé sur « une suraccumulation d’hypothèses sans preuves ». Ici, ta formulation est très ambiguë.

    Soit tu entends le mot preuve au sens étroitement scientifique du terme et alors je te réponds que la théorie de la communisation n’est pas soumise au régime scientique de la preuve. On ne peut en effet pas plus simuler des conjonctures communisatrices qu’analyser tranquillement les résultats des simulations en laboratoire ; on peut seulement construire aussi rigoureusement que possible une problématique de la communisation et noter, de façon très prudente, les signes qui peuvent annoncer – ou non – une inflexion favorable dans le cours des luttes contre le capital. Il y a certes des critères de validation de la théorie, dont le plus important, celui de la cohérence de toutes les analyses particulières qui la constituent, est interne. On ne peut pas pour autant négliger le facteur externe, càd les analyses concrètes des luttes concrètes, développées au moins dans un premier temps pour elles-mêmes.

    Soit tu entends le mot en son sens courant de fait apparaissant à tout un chacun comme une évidence, comme dans cette formule qui traîne partout : la révolution c’est fini ou, dans une version sophistiquée, la communisation n’est qu’une vue de l’esprit. Auquel cas tu enfonces une porte ouverte, car avant que les prolétaires commencent à rompre en masse avec la simple défense de la condition prolétarienne, la communisation n’est en effet pour le sens commun qu’une vue de l’esprit. Et après le sens commun disparaît avec l’apathie des « masses », car c’est un métaphysicien de la pire espèce, qui ne croit qu’à ce qu’il voit et ne voit que ce qu’il croit, et ne peut donc comprendre ni le développement du mode de production capitaliste ni, encore moins, le processus historique de sa destruction immédiate.

    Ensuite, mon titre n’est pas un raccourci trop audacieux, parce que la guerre est déjà là, pas encore mondiale certes mais déjà bien plus que russo-ukrainienne ou moyen-orientale, et parce que si un mouvement communisateur se développe dans un avenir relativement proche, il le fera dans et contre cette conjoncture contre-révolutionnaire. J’ai dit dans mon texte qu’il s’agit d’abord pour nous, prolétaires et communistes, d’empêcher la généralisation de la guerre. On peut, à la limite, supposer qu’un puissant mouvement contre la guerre, sans parvenir à empêcher sa généralisation, perturberait assez profondément le fonctionnement de la machine de guerre pour la bloquer très vite, une fois la guerre généralisée. Mais une telle perspective reste aujourd’hui bien vague. Raisonnons donc pour le moment sur les limites de la lutte des classes et sur le timide mouvement d’opposition à la guerre qui se développe en Europe.

    À l’Entropiste

    À la différence de CM, qui s’adresse à moi, tu t’adresses à RS, sous prétexte qu’il partage mon propos fondamental sur la guerre et/ou la communisation. Et tu pars tout de suite sur une fausse piste : « les historiens des idées communistes ». Fausse piste, car le problème qui nous occupe, en ce moment même, n’est pas du tout celui de savoir ce que pourraient dire de tels historiens. Mais pour toi, ce n’est pas seulement Danel, c’est aussi bien Simon qui doit fermer sa gueule. (Je préfère dire les choses grossières grossière-ment.)
    Comme je suis absolument nul en thermodynamique, je reprends la définition de l’entropie donnée sur le site connaissancedesenergies : « L’entropie caractérise l’aptitude de l’énergie contenue dans un système à fournir du travail, et donc également son incapacité à le faire : plus cette grandeur est élevée, plus l’énergie est dispersée, homogénéisée et donc moins utilisable (pour produire des effets mécaniques organisés). » Si j’ai bien com-pris, tu penses donc que le système théorique TC n’a qu’une très faible capacité à fournir du travail, en l’occurrence de la compréhension du moment actuel et de l’avenir des luttes contre le capital.

    Et cette pétition de principe – même comme simple hypothèse, la communisation n’est pas de « ce » monde – est ton seul argument. Voir la réalité en face, c’est pour toi répéter ad nauseam que le moment actuel de la reproduction du capitalisme est purement contre-révolutionnaire. Et, puisque tu t’attaques à RS, aller chercher entre le vieux et le jeune, qui ont en commun de se référer à Althusser, une « coupure épistémologique » entre le déni objectiviste de la subjectivité de « l’idéologie comme théorie » et « l’optimisme nécessaire pour produire la conjoncture messianique ». Sans préjuger de ce que Roland te répondra, ou non, je réponds ici pour moi, puisque à travers lui c’est moi que tu vises.

    1) Je ne me soucie pas de savoir s’il a mal vieilli – càd comme tu le suggères élégamment, s’il est devenu gaga – car tous ses textes récents prouvent qu’il est toujours vaillant de la tête.

    2) Il n’a jamais identifié la théorie à l’idéologie ; il a seulement dit et montré que la théorie « doit prendre le risque de l’idéologie », càd montré pourquoi et comment elle doit être maintenant « relativement optimiste ».

    3) En affirmant avec Benjamin la nécessité de « tirer sur les horloges », je ne pose pas la conjoncture révolutionnaire comme messianique ; je dis seulement que la communisation détruira le temps abstrait du capital avec le capital lui-même.

    4) Je ne crois pas, comme toi, que sous la domination du capital la vie humaine soit toujours verte ; ni que la foi sauve. Il n’y a tout simplement rien qui sauve, parce qu’il ne s’agit pas de sauver son âme ou celle de l’humanité, mais de détruire, pierre par pierre, la société capitaliste.

    5) Si c’est un gros bordel qui vient, je ne le trouve pas spécialement rigolo : je te laisse donc ici rigoler dans ton coin.

    à RS

    J’ai bien noté que tu es réservé sur la possibilité à court terme historique de la communisation. Mais comme tu l’as sans doute noté de ton côté en lisant mes réponses à CM et à l’Entropiste, je suis également réservé. Ayant d’abord mis l’accent sur la possibilité non immédiate mais actuelle de la communisation, je le déplace maintenant sur ses difficultés, càd, comme toi, sur la complexité du processus.

    Quant à sa nature : ce n’est pas du tout l’affirmation ultime du prolétariat pour se nier, mais, comme tu le dis, « la destruction pierre à pierre » ou rapport par rapport (prolétariat et capital, hommes et femmes, groupe social racisant et groupes sociaux racisés, travail et population). Et sur ce dernier rapport, je suis bien d’accord avec toi : quand il n’y aura plus ni hommes ni femmes, les êtres humains des deux sexes ne seront plus obsédés par la « fabrication des bébés ».
    Quant à son déroulement. Nous saurons assurément quand commencera la communisation, càd quand les prolétaires commenceront à s’emparer en masse, pour survivre et lutter à mort contre le capital, de produits de consommation et de moyens de production capitalistes. Mais nous ne saurons pas pour autant d’avance par quelles séries de mesures communisatrices (j’évite le terme trompeur d’étapes) nous devrons passer pour mettre à mort le capital.

    Quant à sa durée : il nous faudra sûrement plus que le temps d’une prise de la Bastille ou du Palais d’hiver. Le temps que ça prendra effectivement nous ne pouvons pas le dire maintenant, à froid, et n’aurons pas besoin de le dire, à chaud, dans le feu de l’action. « Une période relativement longue » est donc la meilleure formulation présentement possible.

    FD

  28. HL
    24/05/2026 à 12:23 | #28

    Il apparaît dans ces échanges que RS et FD n’ont pas tout à fait la même conception de l’idéologie, comme si pour le premier elle était inéluctable voire positivement nécessaire : pas de dynamique des luttes vers la communisation sans idéologie communisatrice cad pas seulement un « risque » – et pour le second absolument à combattre comme idée fausse. Il en résulte un malentendu dans les réponses de FD qui de fait ne répondent pas à ce qu’elles critiquent. Ce ne sont bien sûr pas les seuls contre-sens qu’il commet en pretendant savoir mieux que les autres ce qu’ils disent (sur la psychologie des individus réduite à la folie, par ex.). Et l’on passera sur son sens de l’humour. En effet, peut-on sérieusement répondre à ce qui ne se veut pas sérieux : Hegel encule Goethe, Hõlde⁹rlin… et Coluche ?

    Question: Bernard Lyon faisait-il preuve du même « optimisme » dont parle RS en « prévisant » la communisation en 2020. Cette annonce était-elle déduite de la théorie de TC ?

    Enfin, si le théorie ne sert à rien en terme de guide de la pratique, à quoi sert-elle et à qui d’autre que les purs contemplateurs de théorie ?

    PS : « entropiste » signifie-t-il ici autre chose que partisan du désordre, autrement dit fouteur de merde ?

  29. FD
    25/05/2026 à 11:22 | #29

    HL

    Tu apportes un élément de discussion qui, sans être en rapport direct avec la question posée dans mon texte – guerre mondiale ou communisation ? – est importante : qu’est-ce que l’idéologie ?

    Précisons d’abord que ce n’est pas seulement une question pour les théoriciens de la communisation, mais que c’était déjà une question majeure dans la théorie programmatique. Et d’abord chez Marx, dont on oublie qu’il a produit non pas une mais trois grandes critiques : celle de l’économie politique; celle de l’idéologie, et celle des luttes des classes en son temps.

    Cependant, la question de l’idéologie a été profondément repensée depuis la publication (en 1969) du texte fondateur de la théorie de la communisation signé Gilles Dauvé, « Sur l’Idéologie ultragauche ». Et depuis la publication par Roland Simon de cet autre texte fondateur, « Théorie et Conscience », (en 2002 sur L’Angle mort, en 2003 dans TC n°18). Je ne résume pas ici les textes mais y renvoie.
    Ceci dit, tu affirmes, non sans raison, que ma conception de l’idéologie n’est pas tout à fait celle de RS. Mais je maintiens ici, sans préjuger de son éventuelle réponse, qu’il n’a nullement « positivé » l’idéologie. En effet, dire que l’idéologie est inévitable ou nécessaire n’est pas la redéfinir comme puissance révolutionnaire communisatrice.

    1) L’idéologie est nécessaire en ce sens que la théorie de la communisation intervient dans un champ de part en part idéologique, sur un terrain miné de fausses questions. Par exemple, quelle est l’alternative crédible, càd la solution de remplacement, au capitalisme ? La situation actuelle de la lutte des classes dans le monde est-elle immédiatement révolutionnaire ? En fait, même si l’issue de l’actuel cycle d’accumulation et de luttes était contre-révolutionnaire – et c’est possible – nous ne pouvons pas attendre, car il n’existe pas de salle d’attente : ni pour les théoriciens de la communisation ni pour les prolétaires en général. Nous sommes tous pris dans le maëlstrom de la reproduction chaotique du capitalisme et ne risquons ni les uns ni les autres de nous perdre en sa « pure contemplation ».

    2) L’idéologie est également nécessaire en ce sens que la théorie elle-même, se confrontant à l’idéologie du capital dans son actuelle configuration mondiale, est nécessairement plus ou moins contaminée par ce qu’elle critique. Plus contaminée, si la théorie ne réfléchit pas suffisamment sur elle-même, càd sur ce qu’elle fait et comment elle le fait quand elle pose l’idéologie comme son autre et non pas, bêtement, comme un simple ensemble d’idées càd de réponses fausses. Moins contaminée, si elle pense et repense toujours ce qu’elle fait et comment elle le fait, càd si elle comprend et fait comprendre que la critique des fausses réponses consiste en la destruction méthodique des fausses questions.

    3) Au-delà d’une telle autocritique de la théorie, il n’y a qu’une double impasse : soit on répète comme un mantra qu’il faut maintenant passer à l’action, soit on réduit la théorie déjà produite à un simple guide pour l’action. Dans les deux cas, on considère le travail théorique comme achevé et l’on absolutise la pratique en vérité de la théorie, au sens hégélien, càd idéaliste du terme.

    En somme, au-delà du programme prolétarien, qui en faisait précisément un guide pour l’action, la théorie ne sert à rien : son utilité est sa nécessité, le fait qu’à l’auto-explication des luttes correspond toujours une formalisation de leur dynamique et de leurs limites qui, en dernière analyse, fait partie des luttes elles-mêmes.

    FD

  30. Un gentil animateur
    25/05/2026 à 14:44 | #30

    Quelqu’un veut-il répondre à FD ?

  31. Bertrand Saint-Galmier
    25/05/2026 à 16:13 | #31

    @FD

    Pour un jeune partisan novice de la communisation, ce doit être véritablement passionnant.

    J’aimerais toutefois des explications sur cet obscur passage de l’Evangile à mes yeux : « L’utilité [de la théorie] est sa nécessité, le fait qu’à l’auto-explication des luttes correspond toujours une formalisation de leur dynamique et de leurs limites qui, en dernière analyse, fait partie des luttes elles-mêmes.»

    J’ai supposé que « l’auto-explication des luttes etc. » est ce qu’expose le théoricien « accident de La Pensée », imperméable à l’objectivisme comme au subjectivisme, mais je n’ai pas compris comment TC faisait concrètement « partie des luttes elles-mêmes ». Comment cela se manifeste-t-il, par quels phénomènes, quels faits observables, bref quelle réalité matérielle et non purement idéelle ?

  32. FD
    26/05/2026 à 11:05 | #32

    Décidément on trouve de tout sur dndf, non seulement des partisans de la communisation et des réalistes qui décrètent la communisation utopique, mais même de gentils animateurs !

    À l’animateur de service, je réponds que la pose fatiguée – que quelqu’un réponde à FD à ma place, j’en ai marre – est plus que pénible, débile. Si vous discutiez sérieusement, càd si vous argumentiez, vous les autoproclamés réalistes, vous n’auriez pas besoin de prendre ces poses fatiguées.
    Pour moi, le réalisme ne consiste pas à dire « nous avons perdu la bataille, une fois de plus ; il va falloir attendre que s’en présente une autre ». Il consiste à montrer que ce cycle d’accumulation capitaliste où nous luttons n’est pas tout à fait terminé et qu’on peut donc encore parier sur la communisation.
    Nous, partisans de la communisation ou communisateurs, avons une petite révolution mondiale à faire, avec des centaines de millions de prolétaires ; c’est pourquoi nous sommes très sérieux, sans être pour autant incapables de rire de nous-mêmes.
    « Qu’est-ce que tu fais ? demande le questionneur du Keuner de Brecht. Je suis très occupé, répond Keuner, je prépare ma prochaine erreur. »

    Au répondeur, je réponds à mon tour que nous n’avons jamais pris les textes des théoriciens communistes pour parole d’Évangile. La phrase qui t’a paru obscure, BSG, est tirée de la plate-forme éditoriale du collectif Senonevero. C’est là qu’a été pour la première fois formulée, en 2001, cette idée que la seule utilité de la théorie est sa nécessité. Elle signifie tout simplement que les luttes de classes d’un cycle d’accumulation capitaliste déterminé étant comprises et analysées comme nécessaires, la théorie de ce cycle est également nécessaire, càd qu’elle ne peut pas ne pas être. La théorie n’est donc ni plus ni moins utile que les luttes, auxquelles on ne demande jamais d’être utiles.
    Ma formule sur l’auto-explication des luttes dit simplement qu’il n’y a pas de luttes où les gens en lutte ne s’expliquent pas abondamment dans leurs assemblées sur ce qu’ils font, en dehors de toute formalisation critique de leurs explications par des théoriciens communistes, qu’ils soient de TC ou de tout autre groupe théoricien. Et la raison pour laquelle la formalisation de la dynamique et des limites des luttes est nécessairement critique de l’auto-explication des luttes est que c’est le même mouvement, celui de l’accumulation et des luttes, qui pose la reproduction (actuelle) et la destruction (finale) de la société capitaliste.
    Enfin, c’est en dernière analyse, celle qu’on pourra faire seulement dans un monde communisé, que les différentes théories de la communisation apparaîtront comme faisant partie des luttes elles-mêmes. Dans le cours actuel des luttes, les formalisations théoriques restent nécessairement extérieures aux luttes, même quand des théoriciens participent à telle ou telle lutte particulière. Pour bien comprendre ce paradoxe, je te conseille de lire, ou relire, le Journal d’un gréviste édité en 1996 par TC après la grève de novembre-décembre 1995 en France.

    FD

  33. La vache et le colibri
    26/05/2026 à 12:19 | #33

    C’est effectivement avec la distanciation brechtienne (Verfremdungseffekt), tel un colibri tournoyant autour de leurs dialogues de sourds, qu’il convient d’apprécier les échanges entre le professeur de communisation FD et ses interlocuteurs espiègles qui font l’école buissonnière. Les surinterprétations réciproques ne sont là que pour assurer la cohérence de monologues s’adressant à des tiers supposément présents derrière l’écran. Alors on se prend à regarder la scène comme une vache passer les trains – une vache-colibri -, qui en rien ne perturbe sa production de méthane (la vache, pas le colibri). La vie continue, quotidienne, ni révolutionnaire ni contre-révolutionnaire puisque seule la première impliquerait la seconde, que rien n’apparaît jamais d’un mouvement irréel, d’une « vue de l’esprit » comme dit FD, et qu’on ne voit que ce qu’on croit, par « optimisme » nécessaire, un concept pas vraiment nouveau dans la panoplie communisatrice, mais enfin reconnu et admis comme nécessaire, sans quoi tout tombe à plat. La théorie de la communisation, dans la situation actuelle, est incompatible avec le pessimisme et le scepticisme. Voir à cet égard la longue palabre théorique des théoriciens marxistes sur le « pari pascalien » (Ernst Bloch, Lucien Goldmann, Daniel Bensaïd…). « Il faut rêver… » disait Lénine dans ”Que faire” en 1902. Voilà au moins quelque chose qui aura tenu de ”l’invariance” mieux que toutes les foutaises bordigo-camattistes.

    Quoi qu’il en soit, je ne m’adresserais plus ni au bon dieu, ni à ses saints. Sonny Rollins, auteur de Saint-Thomas, est mort hier. On n’a vraiment pas le droit de rigoler dans son coin car rien n’empêche plus le ciel de nous tomber sur la tête.

    https://youtu.be/v4DTR0I7xhA?si=l5oh7SyVJVIecUcs

  34. Un non répondeur
    26/05/2026 à 14:05 | #34

    Un gentil animateur :
    Quelqu’un veut-il répondre à FD ?

    Franchement, il n’y a rien à ”répondre” parce que pour l’essentiel, FD ne fait qu’inventer ce que sont supposé dire ou penser sans l’écrire ses contradicteurs, que ce soit sérieux ou manifestement des vannes. FD est un sérieux pris d’esprit de sérieux, parlant tout seul dans la solitude de la théorie de la communisation, qu’il parvient à faire vivre en solitaire, comme on dit des traversées trans-océanes, bien qu’ici la tempête ne menace qu’un verre d’eau, d’où le droit d’en rigoler puisqu’aucun drame révolutionnaire n’est un enjeu sérieux de ces blabla « dans un coin ». FD est un tricheur crédible parce qu’il croit à ce qu’il dit. On peut lui reconnaître là un talent qui fait défaut à ses camarades de TC, très mauvais communicants. Imperturbable et patient, il est très bon ici pour assurer son service après-vente et les prolongations des commentaires à l’infini, chaque équipe avec son ballon et sur des terrains séparés : c’est pas génial ? Une aubaine pour un site moribond.

    En même temps, ce rapport parfois saugrenu à la réalité de ce que dit l’autre, l’infinie imagination de FD crée un doute quant à son rapport à la réalité des choses et pas seulement des mots, le mouvement réel actuel. Ce que FD invente d’une lutte des classes supposée surgir dans le danger réel de la guerre mondiale n’est pas sans rapport avec sa vision de la domination idéologique qui empêcherait la révélation de la révolution possible, une domination orchestrée consciemment par la classe capitaliste, un quasi-complot. Mais cette classe n’a pas besoin de ça, il lui suffit de faire son job de classe exploiteuse, parfois aveuglément, pour que le reste s’en suive, du côté des États notamment. La lutte de classe reste motrice dans l’histoire présente du capitalisme mais elle n’est que virtuellement un affrontement entre révolution et contre-révolution, qui relève du «pas encore» pris pour seule perspective par la posture religieuse de certains communisateurs.

  35. pepe
    26/05/2026 à 18:40 | #35

    Il est fascinant de voir l’énergie, le nombre de phrases, le nombre de pseudos uilisés par le ceauda P. pour déblatérer sur un site d’aussi peu d’intérêt!!! A croire qu’il n’a ni autre lieu ni interlocuteurs….

  36. Anonyme
    26/05/2026 à 19:13 | #36

    @pepe

    C’est quoi un ”ceauda” ?

  37. Le fantôme de Pepeville
    26/05/2026 à 20:18 | #37

    @Pepe

    Ce qui pouvait être d’un véritable intérêt, c’est de pousser FD à s’exprimer le plus possible sur sa vision de la communisation. On dirait qu’il ne demande que ça, répondant avec soin à tout comme â n’importe quoi, jusqu’à sortir de ses gonds : l’énerver en devient un plaisir pervers, compte tenu de son style droit dans ses bottes qui rappelle les leaders militants qui ont réponse à tout et qui ennuient leur monde. Ce qu’il ”baratine” lui, en phrases non comptées, car « il n’a pas d’autre lieu » -, permet à chacun une lecture symptomale révélatrice des failles béantes de la théorie. Si c’était le but. Il est atteint. Hors les commentaires de RS, Stive et CLN, j’ai écrit tous les autres. Désolé pour le squat.

  38. pepe
    26/05/2026 à 22:42 | #38

    « ceauda », « cadeau » qui subit la même inversion que potlach.

  39. ceauda
    27/05/2026 à 01:42 | #39

    @pepe

    Merci. ”Patlotch” et ”Un passant” étant morts et enterrés, pourquoi pas ? Pessoa a utilisé plus de 70 ”hétéronymes” ou ”polyonymes”, et Tanizaki écrit le ”Journal d’un vieux fou”, idée qui me ravit…

    Mais le véritable ”cadeau” fut de vous avoir expliqué ma honte d’avoir pendant plus de 20 ans soutenu, et non critiqué TC jusqu’au bout et radicalement quand je l’ai entrepris il y a 10 ans, avant de retomber dans l’addiction. Avril-mai 2026, à peine deux mois pour purger, chez vous car cela s’impose, la honte de cette intoxication idéologique volontaire depuis 2005, c’est finalement assez peu. Mais j’admets être le seul responsable. J’ai perdu 20 ans de ma vie, mais vous n’y êtes pour rien, FD non plus, en n’ayant fait que défendre ce que vous croyez.

    Ce fut écrit dans la ”CHRONIQUE D’UNE RUPTURE CONSOMMÉE
    pour autant que le lectorat de dndf mérite une explication” du 2 mai 2026, transmise plus tard, que vous n’avez pas jugé bon de publier. Je n’ai pas compris pourquoi. C’est juste dommage pour les lecteurs qui auraient du mal à comprendre, mais il n’est pas trop tard, comme épilogue à la Chronique interrompue.

  40. La soute
    27/05/2026 à 09:42 | #40

    Non non, tu ne seras pas un martyr de la censure: nous n’avons jamais reçu cette chronique de rupture, que nous nous ferons un plaisir de publier, bien entendu, si tu la renvoies.
    La soute

  41. FD
    27/05/2026 à 10:31 | #41

    Le post 33 (la vache et le colibri) n’est pas signé, mais je suppose qu’il s’agit de Patlotch, alias le fantôme de pepeville, alias ceauda, reconnaissable à son style entortillé, quand il est calme. Je réponds, très vite, à lui d’abord puis à mon autre contradicteur, l’ex gentil animateur devenu non-répondeur
    1) N’étant pas un prof, je n’ai pas d’élèves buissonneurs à retenir. Si mes contradicteurs veulent aller buissonner, qu’ils y aillent et grand bien leur fasse ! Mais alors qu’ils buissonnent vraiment et cessent de faire semblant de ne pas me répondre sur dndf ! Ça me fera des vacances !
    2) Il n’y a pas de surinterprétations réciproques : juste quelques exagérations polémiques. Par exemple, quand j’ai dit, dans ma réponse à l’Entropiste (au post 27) que ce n’est pas seulement Danel mais aussi bien Simon qui doit fermer sa gueule, j’ai bien sûr un peu exagéré mais non trahi ma pensée : il est désormais interdit, par oukase « réaliste », de parler de communisation et surtout au présent, non immédiat, des luttes en cours. Et quand le « non-répondeur » me traite (post 34) de « tricheur crédible » et de « bon communicant », il dit aussi ce qu’il pense, en l’exagérant à peine, à savoir que « j’invente une lutte de classes supposée surgir dans le danger réel de la guerre mondiale ».
    Tout d’abord, si j’invente une lutte de classes, pourquoi me répond-il en disant qu’il n’y a rien à répondre ? Et s’il me répond pourtant, pourquoi prétend-il que j’invente une lutte des classes ?
    Ensuite, dans sa formulation, il n’est pas dit clairement si le « danger réel d’une guerre mondiale » est aussi inventé que la lutte des classes ; s’il pense, lui, qu’il n’y a pas de danger de guerre mondiale, qu’il le dise !
    De plus, il n’y a rien de complotiste dans ma « vision » du rapport entre exploitation et domination. Dire que la classe capitaliste domine le prolétariat et toutes les classes non possédantes de la société par la fabrication d’un consensus, n’est pas dire qu’elle n’aurait pas besoin de « faire son job de classe exploiteuse ». Elle le fait très bien tous les jours ; merci pour elle !
    Enfin, l’affrontement entre révolution et contre-révolution implique, logiquement et réellement, la révolution et nous n’en sommes pas là. Il n’y a pas à présupposer, à la mode hégélienne, un « pas encore ». Ce qui apparaît par contre déjà dans les luttes, c’est que, dans un monde où la défense de ses intérêts les plus immédiats est devenue illégitime, le prolétariat a de plus en plus de mal à se défendre contre les attaques du capital sans passer à la contre-attaque. Écrasez-vous, pour toujours ! c’est à sa manière terroriste ce que dit Trump, big boss de la classe capitaliste américaine, aux travailleurs de nationalité américaine qui protestent, dans leur propre intérêt bien compris, contre la chasse aux immigrés aux States. C’est à leur manière plus discrète ce que disent les dirigeants du FMI, via les banquiers et les gouvernants européens, aux travailleurs européns qui osent encore revendiquer sur leurs salaires alors qu’ils devraient se mobiliser contre la « menace russe ».
    Tu as raison au moins sur un point, Patlotch : je n’ai pas d’autre lieu que dndf pour « m’exprimer sur ma vision de la communisation ». Mais dis-moi, quand me suis-je énervé face à toi et tous mes contradicteurs ?
    Je lirai, sans doute en diagonale, ta chronique de rupture, si tu la renvoies à dndf, mais je n’y répondrai pas.

    FD

  42. Anonyme
    27/05/2026 à 12:27 | #42

    @FD

    D’abord comme CLN et Pepe s’en sont douté, en dehors de toi, RS et Stive, tous les commentaires sont de moi, les regrettés Patlotch & Un passant. Ni le texte ni les commentaires, dont les miens, n’ont intéressé personne au point d’intervenir, et je le comprends. Je ne viens plus ici que pour régler les comptes avec ma conscience, avec ta participation passionnante et je te remercie de cette complicité involontaire. Pour moi plus tu t’exprimes plus la théorie de la communisation est ridiculisée.

    J’ai bien écrit sans entortillement « danger réel de guerre mondiale”. Je n’ai pas dit que tu inventes une lutte des classes mais la potentialité qu’elle porte actuellement une dynamique de rupture. Je me demande comment tu as fait pour comprendre tant de points de travers, répondre à côté, ou projetter tes a priori sur mes propos. Il est vrai que la mauvaise foi, ou la bêtise et les contre-sens, sont excellents pour relancer les controverses. Difficile de ne pas répondre quand on est compris à l’envers. Mais dans un regard extérieur, ça prend l’air d’un échange de clowns dans un cirque vide. J’assume le rôle de clown.

    Pour le reste, il est normal que tu sentes énervé, même si tu te contiens sous ton calme pédagogique. Tes interventions pourront être publiées par Senonevero ou en brochure, ”Précipité de communisation”, peut-être même de ton vivant. Christian Charrier n’a pas eu cette chance, et pourtant combien était-il plus pertinent à mon goût.

    Au fait, c’est RS lui-même qui soulignait il y a quelques années qu’il ne parlait plus au présent de communisation, à lui de préciser sa formule exacte. Lui aussi qui évoque, après Charrier, le ”noch nicht” hegelien. Il lui est arrivé, c’est vrai, d’être le meilleur critique de TC, au besoin sous un pseudonyme.

  43. pepe
    27/05/2026 à 13:47 | #43

    Juste pour information, l’article de FD et les commentaires ont été ouverts 973 fois depuis la publication. Alors, le lien entre l’intérêt d’un texte et les comme taires qu’il génère….

  44. FD
    27/05/2026 à 18:12 | #44

    Patlotch

    Je réponds à ton dernier post, parce qu’il se rapporte directement à tous tes commentaires sur mon texte. Tu aurais d’ailleurs pu les signer tous Patlotch, puisque c’est sous ce pseudo-là que tu t’es fait d’abord connaître auprès des partisans de la communisation.

    Tu assumes le rôle de clown. Je veux bien. Je suis moi-même un clown. Admettons. Le problème n’est de toute façon pas là.

    Il est de savoir 1) si nous, prolétaires et communistes, sommes entrés, depuis février 2022, dans une conjoncture guerrière

    2) si la défense par les prolétaires de leurs intérêts les plus immédiats est désormais totalement délégitimée par la classe capitaliste

    3) et, à supposer qu’on admette ladite délégitimation, si elle nous approche d’un moment de rupture communisatrice.

    Je ne me soucie pas de savoir si mes textes seront ou non republiés en brochure de mon vivant. Ce qui toujours m’importe c’est le texte que je publie dans le moment où je le publie, s’il est discuté et surtout comment. En ce printemps 2026, c’est Guerre mondiale ou Communisation ?

    Mais Christian, je l’ai un peu connu et beaucoup apprécié. Sans partager sa conviction que le concept essentiel de l’exploitation comme contradiction en procès entre prolétariat et capital doit être évité, mais en admettant qu’il a mis le doigt là où ça fait mal.

    Et maintenant – conseil amical sinon d’ami – tu devrais prendre un peu de repos. Sans blague !

    FD

  45. nononyme
    28/05/2026 à 04:53 | #45

    Moi, ce que je trouve curieux dans ce texte, c’est l’idée qu’il y aurait (ou pourrait y avoir) une lutte de classes contre la guerre. Où ça ? Je ne vois pas de grèves ou de manifestations de masse qui s’oppose à la guerre. Oui, il y a des actions de solidarité et de résistance mais rien que l’on peut associer à une action populaire contre la guerre. Ce qui n’est peut-être pas insensé. Si on regarde dans l’histoire des guerres mondiales, on peut constater que le mouvement social est souvent absorbé et neutralisé par la dynamique des tensions mondiales. Par exemple, en lisant le livre «Trop jeunes pour mourir» de Guillaume Davranche, on peut voir la radicalité du mouvement ouvrier français et de la CGT s’effondrer dans les dernières années avant la première guerre mondiale. Le même genre de situation se produit lors de la deuxième guerre mondiale, où le camp antifasciste devient l’éponge des puissance alliées qui absorbe toutes les luttes sociales vers un seul enjeux : celui de la guerre. C’est un peu triste à penser mais peut-être que nous sommes dans le même genre de situation.

  46. FD
    29/05/2026 à 12:21 | #46

    Merci, Nono. Ça fait plaisir de lire un commentaire sensé après les divagations hargneuses de Patlotch. En fait, j’attendais plus des objections du type de la tienne – il n’y a pas pour le moment de lutte de classes contre la guerre – que le rejet de principe de la perspective de la communisation, bien que je me sois un peu attendu à ça aussi.

    J’observe d’abord que tu passes tout de suite de la notion d’une « lutte de classes » à celle d’une « action populaire » contre la guerre, ce qui n’a rien d’étonnant, puisque nous vivons depuis au moins quinze ans (soulèvement arabe de Tunisie en Égypte et en Syrie, mouvement Occupy Wall Street aux États-Unis, occupations des centres des grandes villes de Madrid à Istanbul) un moment où les luttes sont presque toujours interclassistes.

    Ensuite, je constate que tu compares la situation actuelle à celle des deux guerres mondiales du 20° siècle, ce qui n’est pas non plus d’étonnant mais pose problème. En effet, le seul élément commun dans les deux cas est la guerre comme menace et comme réalité. Ni le prolétariat ni la classe capitaliste ni le rapport d’exploitation-domination qui les lie dans la reproduction du système ne sont en nos années 2020 ce qu’ils étaient en 1914 ou 1939.

    Aujourd’hui, le prolétariat n’est pas seulement « éclaté », càd ultra-segmenté à toutes les échelles de la reproduction du système, du monde au quartier, il n’a pas seulement cessé de s’affirmer comme classe de la libération du travail, càd comme classe rivale de la classe capitaliste pour la gestion de la société ; il a de plus en plus de mal à défendre même ses intérêts les plus immédiats.

    Aujourd’hui, la classe capitaliste n’est pas seulement unifiée en ses fractions concurrentes sous la domination américaine, elle n’est pas seulement capable d’enjoindre aux prolétaires de tous les pays de tous s’écraser, pour toujours. Elle les contraint effectivement à s’écraser, pour longtemps, par la mobilisation militaire, par la propagande militariste et le brouillage médiatique, ou par la répression brutale.

    Aujourd’hui, la reproduction du système capitaliste n’implique plus la promotion démocratique d’une guerre antifasciste ; il n’y a tout simplement plus ni fascisme ni antifascisme. Ce qui passe aujourd’hui en Europe pour fascisme n’est pas un puissant mouvement contre-révolutionnaire mais une alternative libérale, pour gérer la crise au plus près du bon peuple soumis au capital. Et si je dis « en Europe », c’est parce qu’aux États-Unis le fascisme a toujours été intégré à la démocratie au libéralisme, dans la répression très dure et le plus souvent décentralisée des luttes, qu’elles soient menées par des prolétaires blancs ou noirs, sous la forme de grèves ou sous la forme d’émeutes.

    Alors, que faire ? D’abord comprendre que la bonne question n’est pas  » que faire  » mais  » qu’est-ce qui se passe ? « .  » Qu’est-ce qui se produit, ou pas, dans les luttes ? J’ai dit, dans mon texte d’abord, dans mes réponses aux commentaires de Patlotch ensuite, ce qui se produit : un moment non pas de rupture mais de quasi blocage du mouvement de la contradiction entre prolétariat et capital. La question « qu’est-ce qui se passe ? » devient donc « ce quasi blocage peut-il être indéfiniment maintenu ? ». Et ma réponse est clairement non, même si je ne m’aventure pas à dire : ça va péter demain matin à l’aube.

    Ce qu’un Patlotch et pas mal d’autres défaitistes « réalistes » ne parviennent pas à comprendre, c’est précisément que le blocage pousse au déblocage, que l’extrême difficulté pour les prolétaires à défendre même leurs intérêts les plus immédiats les pousse à rompre avec la simple défense de leurs intérêts les plus immédiats. Et que les autoproclamés « réalistes » ne voient dans un tel raisonnement qu’une pirouette dialectique n’a aucune importance, car les prolétaires n’ont ni en général ni surtout maintenant le choix entre lutter et ne pas lutter.

    Voilà, j’espère avoir répondu à ton objection, mais si ça n’est pas le cas, ne te gêne pas pour le dire.

    FD