« Mémorandum entre l’Iran et les États-Unis et l’avenir »
Iran, texte d’un camarade vivant en Iran reçu le 18 juin et qui ouvre un questionnement qui nous intéresse. dndf
« mémorandum entre l’Iran et les États-Unis et l’avenir »
« Avec la signature récente d’un mémorandum entre l’Iran et les États-Unis et le lancement d’un processus de négociations par étapes au cours des 60 prochains jours, nous sommes confrontés à une situation qui peut être qualifiée de tournant géopolitique majeur. Cependant, dans cette conjoncture, nous faisons davantage face à des questions qu’à des réponses mûrement réfléchies. Formuler ces questions dans ce contexte politique ambigu peut nous aider à comprendre précisément sur quel terrain solide nous nous tenons. Le présent texte a été rédigé dans cet esprit.
1. À quel niveau exact ce tournant géopolitique se produit-il ? Au niveau des relations entre États, ou à un niveau plus profond de réorganisation des rapports politiques et économiques ? Ce qui commence aujourd’hui est-il simplement un « mémorandum politique », ou faut-il le comprendre comme un moment dans un processus plus long de reproduction de l’ordre capitaliste ? Et si tel est le cas, par quels mécanismes cette reproduction s’opère-t-elle exactement, et quelles forces la dirigent ?
2. Assiste-t-on, au niveau du pouvoir politique, à une transformation de la logique générale du pouvoir, ou seulement à un réajustement des modes de gouvernance face aux pressions extérieures et aux crises internes ? La « normalisation » signifie-t-elle ici une intégration dans l’ordre capitaliste mondial, ou représente-t-elle une nouvelle forme d’adaptation contrôlée dans laquelle le bloc de pouvoir interne cherche à consolider et à reproduire sa position dans la hiérarchie mondiale ?
3. Cette question ne peut être abordée sans tenir compte de la structure rentière et étatique de l’économie, des liens entre les dimensions sécuritaires et économiques du pouvoir, ainsi que du rôle des institutions paraétatiques dans la circulation du capital. Le problème n’est donc pas seulement celui de l’entrée ou non de capitaux, mais de savoir dans quels réseaux de pouvoir ces capitaux s’intègrent et quel type d’alliance de classes ils renforcent. Du point de vue de l’économie politique, la question est la suivante : les promesses d’ouverture financière, de levée des restrictions pétrolières et d’afflux de capitaux signifient-elles une réduction réelle de la crise, ou faut-il les interpréter dans le cadre d’une redistribution intra-bloc des rentes et d’une réorganisation des mécanismes d’accumulation dans l’économie iranienne soumise aux sanctions ? Où se produit exactement cette « ouverture » et à qui profite-t-elle ?
4. L’ouverture économique peut-elle conduire à une modification de l’équilibre du pouvoir politique ou, au contraire, dans la structure particulière de l’Iran, renforcera-t-elle des formes plus disciplinaires et plus efficaces d’autorité politique ? En d’autres termes, la diminution des pressions extérieures accroît-elle les possibilités d’ouverture politique, ou le bloc de pouvoir utilisera-t-il cette opportunité pour renforcer davantage sa position ? La question est également la suivante : dans un contexte où l’économie iranienne a toujours été exposée aux chocs des sanctions, à l’inflation et à la redistribution rentière, quel impact ce mémorandum aura-t-il sur la configuration des revendications sociales ? La société entrera-t-elle dans une phase d’attente et de suspension, ou les contradictions de classe et les fractures sociales se déplaceront-elles simplement du niveau de l’économie quotidienne vers des niveaux politiques et culturels plus complexes, sans pour autant diminuer ?
5. Au niveau des forces politiques et de l’opposition, la question est de savoir si l’évolution du contexte international entraînera une recomposition au sein des blocs de pouvoir et de l’opposition officielle, ou si la structure générale de la compétition politique en Iran continuera à se reproduire dans son cadre antérieur, avec seulement quelques ajustements limités dans l’agencement des forces. Quels effets profonds les soulèvements de décembre (Dey), la guerre de quarante jours et la perte de crédibilité de l’alternative monarchiste auront-ils sur cette nouvelle recomposition des forces politiques ?
6. Enfin, la question principale est peut-être la suivante : faut-il comprendre le récent mémorandum comme un moment géopolitique autonome, ou comme un point inscrivant dans la continuité historique d’une situation particulière en Iran, où crise, accumulation, sanctions et reproduction du pouvoir sont étroitement imbriquées, et où toute « ouverture » constitue elle-même une composante de la logique de reproduction de cette même structure ? »

