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Archives pour 05/2015

Sur les émeutes de Stockholm en 2013

27/05/2015 un commentaire

 Un texte rédigé en novembre 2014 paru sur le site SIC sur les émeutes de 2013 dites « de banlieue » en Suède, qui traite de l’effondrement du mouvement ouvrier social-démocrate, de la restructuration du rapport de classe et du processus de racialisation, avec l’accent mis sur les pratiques de lutte, en elles-même conflictuelles, qui en sont nées.

http://sicjournal.org/arson-with-demands/

Traduction française à venir !

Arson with Demands
– on the Swedish Riots

30-40 years ago, the state could afford to BUILD 1 million flats in 10 years, now it’s too poor to even RENOVATE them.

– Megafonen – ‘Alby is not for sale!’1)

This exclamation is highly representative of the activism that has flourished in the suburbs of Stockholm these past years. In this case, it comes from Megafonen (‘The Megaphone’), a grass-roots activist group founded by young people in the Stockholm suburb Husby in 2008, around the principles of democracy, welfare, community, work and education. The state, says Megafonen here, no longer lives up to its proper function, which would be to ensure the material well-being of people through housing policies. The ambivalence of this perspective is already clear in the nostalgic reference to the heyday of Swedish social-democratic welfare, represented by the state housing policy which led to the construction of ‘1 million flats’ between 1965 and 1974. On the one hand, it recognises cuts, privatisations, closures, etc. as symptoms of an already existing capitalist restructuring. On the other hand, its actions emerge as the affirmation of what is left of the infrastructure and political institutions that formed the Swedish workers’ identity, e.g. public housing. Lire la suite…

Une réponse aux « Remarques sur le genre »

20/05/2015 Aucun commentaire

https://viewpointmag.com/2015/05/04/closing-the-conceptual-gap-a-response-to-cinzia-arruzzas-remarks-on-gender/

Combler le fossé conceptuel: une réponse aux « Remarques sur le genre » de Cinzia Arruzza

« Certaines personnes du courant de la communisation ont abordé cette question de façon importante, en tentant, dans les mots de Gonzalez et NetOn, de «délimiter les catégories [du genre] qui sont spécifiques au capitalisme comme « le capital »lui-même. » La façon dont Arruzza cadre sa réflexion sur la reproduction sociale permet à la question d’émerger d’une manière intéressante. Elle reconnaît que certaines formes qui dépassent le travail salarié sont logiquement nécessaires au capital, par exemple, le travail ménager non rémunéré. Elle reconnaît également que les femmes sont intimement liées à cette forme de travail indispensable. Cependant, ce lien reste contingent ; les femmes et la reproduction sociale pourraient, en théorie, être découplés. Mais que faire si nous essayions de détruire l’ensemble des relations sociales nécessaires associées aux femmes et la catégorie « femmes » dans le capitalisme. Que faire si «femme» n’était rien d’autre que la catégorie officielle des gens qui sont sur le côté de l’ensemble spécifique de relations sociales, de la même façon que le prolétariat n’est rien d’autre que la catégorie officielle des personnes qui sont sur le côté d’un ensemble spécifique des relations sociales. Dans le cas du prolétariat, les relations sociales consistent à être ceux qui ne possèdent rien d’autre que leur propre force de travail, qu’ils doivent vendre pour gagner leur vie, et être soumis à la menace d’être chassé du champ du travail par le capital. Dans le cas des «femmes», ou pour être plus efficace et précis « les personnes féminisés » (voir ci-dessous)

Combler le fossé conceptuel: une réponse  aux « Remarques sur le genre »  de Cinzia Arruzza

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Ce texte pose la question d’une théorie unifiée des relations sociales. L’essai de Cinzia Arruzza «Remarques sur le genre » nous rappelle les débats, laissés en sommeil depuis des décennies, autour de l’élaboration d’une théorie unifiée du capital. Cependant, le chemin pris par Arruzza vers cette unification en est un qui abdique la possibilité de situer le genre et la race dans le cadre de l’abstraction, logique, ou comme «mécanismes essentiels » du capitalisme, préférant intégrer ces relations envahissantes comme détails du déroulement historique et concrète du capitalisme.

Ce rejet du genre et de la race hors du cadre de la logique interne du capital n’est pas particulier à Arruzza. C’est une pratique courante au sein du féminisme marxiste, ainsi que dans d’autres courants qui tentent de faire valoir l’importance d’axes de violence, d’oppression ou d’exploitation au-delà de la classe (par exemple, la race, la sexualité, le genre) dans le mode de production capitaliste. La possibilité que le genre et la race soient en quelque sorte inhérents à la logique interne du capital n’est pas rejetée parce que les tentatives de le prouver ont échoué , elle est rejetée à priori, avant toute tentative.  Les hypothèses qui placent le genre ou la race à l’intérieur de la structure logique essentielle du capital sont si rares ou impopulaires que les critiques marxistes comme Arruzza ne sentent même pas la nécessité d’argumenter contre cette possibilité. Il est tenu pour acquis que ces relations ne figurent pas dans la logique interne du Capital , dans la structure abstraite du cœur du capitalisme. Lire la suite…

Genre et capitalisme

16/05/2015 Aucun commentaire

Le magazine étatsunien de mai « Viewpoint Magazine » publie une série d’articles sur le genre

Voici le premier d’entre eux en attendant une seconde traduction à venir pour le dernier article

https://viewpointmag.com/2015/05/04/gender-and-capitalism-debating-cinzia-arruzzas-remarks-on-gender/

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Réflexion de Genre (1). Patriarcat et/ou capitalisme : Rouvrons le débat

Cinzia Arruzza

https://viewpointmag.com/2014/09/02/remarks-on-gender/

Il est assez courant de trouver dans des textes, des tracts, des articles ou des documents féministes, des références au patriarcat et aux rapports patriarcaux. On utilise souvent le terme de patriarcat pour signifier le fait que l’oppression et l’inégalité de genre ne sont pas sporadiques ou exceptionnelles. Elles ne peuvent être réduites à des phénomènes qui ne se produiraient qu’à l’intérieur des relations interpersonnelles car ce sont, au contraire, des questions qui traversent la société toute entière et qui se reproduisent sur base de mécanismes que l’on ne peut pas expliquer en restant sur le plan individuel.

Bref, on utilise souvent le terme de patriarcat pour souligner que l’oppression de genre est un phénomène doté d’une certaine constance et d’un caractère social, et non pas seulement interpersonnel. Cependant, les choses deviennent un peu plus compliquées si on veut être plus précis sur ce que l’on entend exactement par « patriarcat » et « système patriarcal ». Et on fait encore un pas dans la complexité si on commence à se demander quel est le lien entre le patriarcat et le capitalisme et quelle est leur relation.

Itinéraire de la question

Pendant une courte période entre les années 70 et le milieu des années 80, la question du rapport structurel entre le patriarcat et le capitalisme a fait l’objet d’un débat animé entre théoriciens et militants du courant matérialiste et marxiste du féminisme (du féminisme marxiste au féminisme matérialiste d’origine français, en passant par les différente variante de ce que l’on nomme « socialist feminism » ; le féminisme marxiste ou matérialiste Afro-américain, le féminisme matérialiste lesbien, etc.). Les questions fondamentales qui étaient posées tournaient plus ou moins autour de deux axes :

1) est-ce que le patriarcat est un système autonome par rapport au capitalisme ? ;

2) est-il correct d’utiliser le terme « patriarcat » pour désigner l’oppression et l’inégalité de genre ?

Ce débat, à l’occasion duquel des écrits d’un grand intérêt ont été produits, s’est progressivement démodé parallèlement au recul de la critique du capitalisme et alors que s’affirmaient des courants féministes qui, soit ne remettaient pas en question l’horizon libéral ; soit essentialisaient les rapports hommes-femmes et sortaient donc le genre de son contexte historique ; soit éludaient la question de la classe et du capitalisme tout en élaborant des concepts qui se sont révélés très fructueux pour la déconstruction du genre (en particulier la théorie « Queer » des années 90). Lire la suite…

De l’antiracisme

11/05/2015 Aucun commentaire

Traduction d’un tract distribué lors d’une manifestation antiraciste organisée par les Jeunes Socialistes à Zurich le 28 février 2015. Le groupe Eiszeit (http://eiszeit.nfshost.com/), qui l’a rédigé, est un groupe communiste de Zürich qui contribue également à la revue Kosmoprolet (http://www.kosmoprolet.org/).

Contre le racisme et l’égalité abstraite des hommes

La biologisation ou la culturisation[i] des phénomènes et différences socialement produits constitue une niaiserie idéologique et hautement dangereuse. Peu importe que, d’une manière pseudo-scientifique, l’on explique l’inégalité directement par la nature, ou bien, d’une manière un peu plus moderne, en décrétant immuable la culture en question, cela revient, dans les deux cas, à légitimer idéologiquement et à reproduire des différences et des pratiques socialement créées. Ce sont ces mêmes idées que l’on retrouve  derrière les accès socio-chauvins qui se produisent actuellement dans tout le pays. Peu importe contre qui, selon la conjoncture du moment, est dirigée la haine – il en est de même lorsque ce sont les ressortissants nationaux des classes inférieures qui sont dans le collimateur – ces idées sont, dans leur logique même, profondément apparentées au préjugé raciste. Les phénomènes sociaux sont travestis en phénomènes biologiques ou culturels. On s’accordera tous aisément sur le fait que le racisme, même dans sa variante culturalisante la plus moderne ou sa déclinaison social-chauvine, est encore et toujours meurtrier, et que sa place est dans la fameuse poubelle de l’Histoire. En revanche, c’est sur la manière dont on pourrait l’y mettre qu’on n’est pas d’accord. Les Jeunes Socialistes, organisateurs de la manifestation d’aujourd’hui, veulent que « des organisations de droite, voire d’extrême-droite » ne puissent plus « implanter » chez les gens des balivernes sur les immigrés et que tous les hommes « soient égaux en valeur ». Pour y parvenir, « certains » lutteraient « dans la rue, d’autres dans les parlements ». La critique du niveau de cohérence de l’antiracisme des JS et du parti dont ils sont issus est plutôt facile à faire, ne serait-ce déjà qu’en jetant un coup d’œil sur l’histoire du PS et son rôle dans l’évolution de la politique d’immigration, ainsi que sur sa politique envers les étrangers et le durcissement du discours public de certains de ses représentants des plus éminents. Et là, il y effectivement de quoi faire, surtout si l’on a une définition du racisme un peu plus large comme celle que nous avons établie précédemment.  L’entreprise peut être complétée par une analyse de la manière dont les questions politiques sont débattues dans les rouages du parlement. Elle n’a rien à voir avec l’abolition des conditions qui produisent nécessairement du racisme. La proclamation antiraciste des jeunes socialistes se trouve déjà ridiculisée par les pratiques de leur parti. Mais si l’on s’arrêtait à ces conclusions relativement banales, cela reviendrait à ne même pas effleurer le cœur du problème.
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Autour de « Caliban…. »

09/05/2015 Aucun commentaire

Lettre d’Athènes

04/05/2015 Aucun commentaire

Des camarades participant à un groupe de discussion à Athènes nous ont fait parvenir ce texte

La version en anglais et en grec à la suite de cette traduction

A PROPOS de Woland

Il est désagréable de parler de la signification et des objectifs d’affaires qui ont été laissées sous le tapis. Il est tout aussi désagréable de faire des déclarations publiques sur des affaires qui n’ont jamais réussi à élucider des contenus verbeux et enfumés. Quel dommage, il nous fait du chantage !
Il y a quelque temps, nous avons été informés, par Internet et non par lui-même, que l’ex camarade Woland, avec lequel nous avons milité dans le même groupe de lecture, avait été nommé à un poste gouvernemental très élevé. De cette position et du choix de l’accepter on doit en déduire ce qu’il est: un cadre de haut rang de l’État grec et du gouvernement de coalition entre gauche et extrême droite. Les services de la préservation de la misère existante que ce cadre offre « peuvent » se rapprocher de  la lutte qu’il menait précédemment contre, mais d’une manière contradictoire.

Nous, signataires de ce texte, nous sommes  rencontrés dans le  groupe de lecture mentionné ci-dessus. Certains connaissaient Woland depuis plusieurs années, certains l’ont rencontré en 2012 pour la première fois et d’autres enfin l’ont rencontré en personne en 2014 quand ce groupe de lecture a essayé de construire un environnement théorique de discussion. Woland était en effet l’un de ceux qui avait pris cette initiative. Des discussions ont été menées dans des réunions en face-à-face ainsi que par échange de courrier, tandis qu’une liste Internet était crée, plus vaste que ce qu’il en reste. La relation étroite de Woland avec un candidat député de Syriza était connu pour nous dès le début et avait été posé  comme un « travail salarié » exclusivement, ce qui n’était pas un problème étant donné le fait que l’engagement dans les activités d’un groupe de lecture n’exige pas de critères de sélection stricts des participants. Et d’autant plus que l’ex camarade participait au mouvement depuis de nombreuses années et qu’il était considéré comme suffisamment capable de repérer les « lignes rouges » . Notre erreur concernant cette partie de l’histoire fut notre confiance en lui. Au début, ce groupe de lecture traitait de la prétendue «crise» puis du rôle spécifique de l’Etat à l’intérieur. En raison du fait que (probablement) la majorité des participants se définissaient, d’une façon ou d’une autre,  dans le courant dit de la communisation, le dit groupe a maintenu une relation spéciale avec lui, en ce sens que plusieurs partie de cette théorie furent largement débattues.

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Correspondance de Baltimore

01/05/2015 un commentaire

déclaration d’un camarade natif de Baltimore sur le soulèvement

http://sicjournal.org/a-statement-from-a-comrade-and-baltimore-native-about-the-uprising-there/

 (traduction empruntée au blog de Patlotch approximative en attente de mieux…)

Quelque chose de très important se passe non seulement à Baltimore, mais à travers toute l’Amérique noire. Aucun décès n’a été imputé aux manifestants dans une ville où 250 personnes sont tuées par an, la quasi-totalité de ces victimes d’homicides étant noires. Malgré les incendies et les pillages, les jeunes gens de Baltimore ont encore montré une plus grande retenue dans leurs conflits avec la police et les propriétaires de magasin. Je dis cela parce que pendant des années, ma famille aussi a fait l’objet d’assassinats et nombreux morts.

Comment se fait-il que le soulèvement actuel, malgré sa violence, n’ait pas débouché sur une guerre ouverte entre blancs et noirs, flics et enfants, propriétaires et locataires, patrons et travailleurs, compte tenu du fait que la guerre ouverte entre les jeunes hommes noirs dans toute la région est incessante ? Parce que les jeunes Noirs apprécient plus encore la vie de leurs ennemis structurels que la leur propre. Le processus de ce qui est probablement l’organisme social d’auto-cannibalisme le plus efficace dans l’histoire – fusillades nocturnes, agressions, overdoses – est un projet qui a été construit depuis des siècles.

Les jeunes noirs de Baltimore ont été conditionnés pour se considérer eux-mêmes comme le problème. Toutes les questions socio-économiques qui se posent sont en quelque sorte le résultat de leur comportement. Ils entendent cela, non seulement de la part des flics blancs, des enseignants philippins, des propriétaires de magasin de liqueur coréens, mais aussi du grand nombre de noirs qui ont fréquenté Coppin ou Morgan, obtenu des emplois décents et décidé que la raison pour laquelle la police les vise eux, c’est que leurs biens ne doivent pas augmenter, ou ils ne doivent pas avoir d’augmentation de salaire, parce que « les négros » ont quitté le comté , qu’ils se sont toujours volés entre eux ou que « le reste d’entre nous » se fait mal voir.

La structure de l’Amérique a évolué pour s’assurer qu’il y ait pas de place pour ces jeunes. Les mouvements d’aujourd’hui ne feront pas écho aux luttes des années soixante. Aujourd’hui il n’y a aucune protection comme dans le boom économique d’après-guerre, pas d’emplois bien rémunérés pour les travailleurs peu qualifiés, aucun effort pour intégrer les noirs pauvres dans le processus productif. Des décennies de désindustrialisation ont stoppé les tentatives économiques d’intégrer les Noirs à faible revenu au marché du travail, et l’augmentation exponentielle du système pénitentiaire depuis quatre décennies signifie un retour au système esclavagiste comme moyen de gérer l’Amérique noire. Ce à quoi nous assistons à Ferguson, Baltimore et, bientôt, dans les quartiers noirs partout en Amérique, c’est à une rébellion d’esclaves modernes.

Aujourd’hui, il n’y a aucune direction noire légitime. Plus que tout, l’ascension d’une poignée de noirs à des postes de pouvoir a démontré l’impossibilité structurelle de trouver une place pour la majorité des Noirs en Amérique. Un maire noir, un chef de la police noire, un président noir et Baltimore brûle toujours.

Ce n’est pas une situation pleine d’espoir. Il est parfaitement possible qu’il n’y ait aucune résolution de ces problèmes. Je ne peux qu’espérer que les gens qui ont conçu cette architecture de la misère noire, ce hachoir à viande de chair noire, vont sentir le poids des dents et des ongles sur leur propre cou.

Josh Baltimore le 29 avril 2015

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