Accueil > Nouvelles du monde > « Premières mesures révolutionnaires »

« Premières mesures révolutionnaires »

 

arton795

« L’ordre existant, ce scandale permanent et mondial, ne répond plus à personne, ni de rien. Il a renoncé à tout argument, hormis celui de la force. Aussi, nous ne le critiquerons plus, nous l’attaquerons. Pour attaquer, il faut constituer une force et disposer d’un plan. Ce livre est une proposition de plan pour rendre l’insurrection irréversible, pour que le vieux monde ne puisse plus faire retour, passé le moment où le pouvoir se sera évaporé, où ses débris tournoieront dans le vide. Un plan pour sortir du cycle trop connu des révolutions ratées.
Quant à la force, nous la constituerons en commun, tout en discutant, en amendant ce plan, en en formant un meilleur. Avec tous ceux qui n’en peuvent plus et qui attendent que quelque chose se lève pour nous porter ailleurs. Il faut faire vite : le vent de la révolte parcourt le monde et le domino français ne va pas tarder, comme bien d’autres avant lui, à tomber. Rencontrons-nous. Organisons-nous. Soulevons-nous. »

Sortie 16 septembre 2013
116 pages – 8 euros

Categories: Nouvelles du monde Tags:
  1. 18/12/2013 à 21:24 | #1

    À première vue, c’est alléchant, et pis Hazan, hein, c’est pas le dernier venu ! Plus encore, c’est l’éditeur de l’Insurrection qui n’est pas venu, et surtout, cerise des temps sur la nouvelle Commune loin de Paris, ça fait penser aux « mesures communisatrices »…

    Qui veut en savoir plus sans le lire (ou avant de la voler) peut voir cette interview pour alternative Libertaire, qui nous éloigne un peu de la révolution, mais bon, une femme avertie en vaut…
    http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article5522

    Extraits pour s’éviter de le voler :

    « La première mesure c’est de s’opposer à l’installation d’un gouvernement provisoire »

    « des assemblées ouvertes, fonctionnant au consensus, ne votant qu’en cas de blocage. C’est là que doivent se décider la plupart des choses, pour éviter le retour d’un parlementarisme mortifère »

    « Il faut bien sûr mettre fin à une surproduction qui est liée au capitalisme. Quant à la surconsommation, elle doit tomber d’elle-même avec ce système. »

    « l’écologie [] joue trop souvent, ces derniers temps, le rôle d’« opium du peuple »… le vrai problème, c’est l’expansion urbaine »

    « Nous prônons le communisme, mais pas l’abolition immédiate de l’argent » (ça fait Khmer rouge)

    « nous n’évoquons cela que pour l’échelon régional. À l’échelon local, on n’est pas obligé d’avoir des délégué-e-s. L’assembléisme peut suffire. Ce qui est important surtout, c’est qu’on « décapitalise » Paris, qu’on relocalise les décisions. » (c’est le pas Hazan de Paris)

     » Le livre ne se veut pas un programme. En l’écrivant, nous avons surtout voulu tracer des pistes sur ce que peut être l’après-révolution, avec tout ce qu’il peut y avoir d’utopique d’« hors du commun » dans cette proposition »

    hé bé voila, ya même des chemins non tracés. Que demande le peuple pour éviter l’opium ? Ce livre vous l’annonce :

    « Il faut une organisation qui permette de travailler ensemble, en s’exonérant de la bureaucratie »

    Reste un mystère, que seraient de premières mesures contre-révolutionnaires ? On écrit un bouquin, les copines ?

  2. CLN
    19/12/2013 à 10:03 | #2

    effectivement c’est alléchant et l’on retrouve de ce petit livre d’une centaine de page

    Citation p 35 et 36

    Le plus difficile, le plus contraire au « bon sens », c’est de se défaire de l’idée qu’entre avant et après, entre l’ancien régime et l’émancipation en actes, une période de transition est indispensable………

    A soi seul, l’écroulement de l’appareil de domination ne suffira jamais à construire du nouveau. Dès le lendemain de l’insurrection victorieuse, il faudra mettre en place ce qui interdira au passé de faire retour, et aux reflux de prendre la forme d’un « retour à la normal ».

    la chute sur l’organisation m’a un peu refroidi, cela soulève tout de même la question de l’auto activité des communistes ( pour ne pas écrire le mot qui fâche )

  3. 19/12/2013 à 19:37 | #3

    Ce qui me frappe, en dehors de la faiblesse du contenu, c’est la naïveté pour ne pas dire l’angélisme des auteurs, à se demander dans quel monde ils vivent aujourd’hui pour écrire pareille fiction.

    D’abord, l’INSURRECTION (qui vient), mais ça c’est « l’APRÈS-RÉVOLUTION »… française, doit-on ajouter, tout ça ayant l’air de se passer dans un seul pays, Paris pour capitale… avec une resucée de vieilleries que l’extrême-gauche n’ose même plus vendre. AL qui sert à l’auteur une soupe même pas populaire (« Votre livre est résolument communiste »)… Étrange récit où ce n’est pas DANS l’insurrection même que s’imposent des « mesures révolutionnaires » mais APRÈS (« sans transition » est-il dit), par une sorte de démocratie à la base…

    Le tout ficelé par un mec, allez, deux, qui pondent dans leur coin le nouveau petit livre rouge pour bobos, dont la France s’ennuie, bourré de perles, à se demander si c’est pas un gag, Hazan en nouveau Stéphane Hessel : RÉVOLUTIONNAIRES, MESUREZ-VOUS !

    « Nous voulons repousser l’argent aux marges de la vie. Que l’essentiel des biens et services soient gratuits, et qu’on ne garde une monnaie que pour les biens de consommation non essentiels. »

    Le communisme c’est l’argent de poche

    « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées »
    Kamo Hazan devenait idéal…

  4. R.S.
    20/12/2013 à 00:10 | #4

    Salut
    par rapport à ce que l’on trouve en général sur Dndf (pour ne pas parler de « ligne générale »), je trouve bizarre la présentation de telles inepties qui, quand elles ne sont pas expressément ainsi qualifiées, équivaut à leur promotion. La seule question que pose ce texte est celle de son existence, qu’est-ce que ça exprime, qu’est-ce que cela signifie maintenant ? La question ne se posait pas pour « L’insurrection qui vient » quoi qu’on pense du texte.
    Une reconstruction et extrapolation idéologiques du « mouvement des indignés » ? ?

  5. 20/12/2013 à 12:01 | #5

    J’avoue mon trouble devant cette photo ici, sous le titre sec et la 4ème de couverture. Mesurer l’air du temps, d’accord, mais le souffler ?

    Je perçois cet avatar comme ça aussi, une basse récupération de « L’insurrection qui vient » pour le vider de son sens (de son intention du moins) et le glisser dans un truc qui accroche la jeunesse révoltée, supposée prochainement dépasser son « indignation » ?

    Une alouette d’insurrection, un cheval de démocratie, la nouvelle potée « révolutionnaire ».

    Voyez Google à mesures révolutionnaires > https://www.google.fr/webhp?hl=fr#hl=fr&q=mesures+r%C3%A9volutionnaires

    à ‘révolutionnaires’, 30 pages et pas une fois communisation… https://www.google.fr/webhp?hl=fr#hl=fr&q=r%C3%A9volutionnaire

  6. Stive
    20/12/2013 à 12:06 | #6

    A relire sérieusement ce texte, car je suis lent à la détente, on découvre un amalgame et un pompage de thèses anarchistes, indignées, communisatrices, tuqqinesques, etc… ce qui en fait un pudding inconsistant et incohérent, dur à digérer, mais il est dans l’air du temps de confusion et d’indétermination. Il aura un certain succès, le temps de ce que durent les roses (comme les divagations d’Hessel).
    S

  7. Stive
    20/12/2013 à 12:13 | #7

    Je n’ai aucune compétence pour me prononcer sur l’opportunité de présenter ou pas ce texte sur dndf, par contre, je pense qu’il n’a pas sa place dans la rubrique « du côté de la théorie » car, de ce point de vue, le niveau théorique de cette brochure se situe au zéro.

    S

  8. pepe
    20/12/2013 à 13:06 | #8

    Tu as raison, Stive, on enlève la rubrique « du coté de la théorie ». Il n’y a pas les 25% de Marx et les 15% de Hegel règlementaires pour prétendre à de la théorie.Et ça fait pas 200 pages, en plus!
    C’est du coté du pamphlet, de la provoc, du slogan sur un mur, de la jouissance de l’éructation, du plaisir d’écrire… bref, ça a toute sa place ici, comme les critiques qui suivent d’ailleurs
    CE N’EST QU’UN COMBAT, CONTINUONS LE DEBUT!

  9. 20/12/2013 à 13:44 | #9

    Oui toute sa place ici – il fallait en témoigner – dans la mesure (révolutionnaire) où l’idéologie, c’est aussi un combat avec des mots, la LUTTE de CLASSES dans et par le LANGAGE.

    Les mots de cette brochure relèvent de la CONTRE-RÉVOLUTION en France aujourd’hui, dans sa spécificité. Elle peut nous paraître ridicule, elle n’est pas anodine : gauchir les mots de la révolte, et les vider de portée dans la perspective révolutionnaire au présent.

    Que dndf se centre sur l’essentiel en faisant ressortir sa différence, « sa ligne générale », c’est à mon avis tout son intérêt.

  10. pepe
    20/12/2013 à 13:57 | #10

    « Seul le Capital est contre révolutionnaire »

  11. 20/12/2013 à 15:01 | #11

    Seul le capital, mais justement il n’est pas seul. Et dieu sait quelles voies il emprunte. Impénétrables ? Si la révolution est un dépassement produit, tout ce qui l’empêche n’est-il pas contre-révolutionnaire ?

    Quel dépassement produire d’une impasse ?

    Hazan veut en finir avec « les recettes d’une révolution ratée, on les connaît…».

    « Partant de l’inéluctable insurrection à venir » il veut « assurer son irréversibilité et empêcher la dégénérescence bureaucratique de la révolution » (AL)

    Le capitalisme n’apparaît que comme contingence (exemple : « la surproduction qui est liée au capitalisme »), pas comme mode de production produisant tous les rapports sociaux, hommes-femmes…

    Tout se ramène pour AL à des problèmes de « pouvoir », à « opposer un pouvoir populaire structuré, visible, incarné » pour « éviter qu’un nouveau pouvoir d’État ne se coagule », et Hazan surenchérit « il faut confier la gestion des affaires aux premiers intéressés ». Les affaires existent (autrement dit « l’économie », donc le capital), il convient de les gérer autrement. Revoilà l’autogestion, l’auto-organisation… Comme l’a bien noté Stive, c’est un « un amalgame et un pompage de thèses anarchistes, indignées, communisatrices, tuqqinesques, etc…».

    Toutes les possibilités d’y voir plus clair grâce aux luttes de ces dix dernières années sont noyées dans « l’inconsistant » (Stive), mais un inconsistant qui les vide de sens comme produites par la crise du capital, un simple effet de la trahison des politiques…

    La sortie du livre est relayée par France Inter, la FNAC, Amazon, Le Monde diplomatique, Le Figaro, Publico, Mediapart, le Blog des Zones Subversives… Comment ne pas y voir une entreprise concertée pour plonger le bébé dans les eaux tièdes d’un démocratisme revisité ? Peut-être cela correspond-il au fait que sous la plage, des révoltes grondent, et qu’il convient de les cadrer par avance ? Comme un constat que des questions hier encore minoritaires se sont emparées des couches moyennes en voie de prolétarisation, comme une volonté décalée de voir sous l’angle des « révolutions arabes », à réussir ?

    Un des rares blogs à l’attaquer http://nons.stops.over-blog.com/article-kitty-kitty-come-here-120894295.html relayé par Indymédia-IdF :

    « Un livre a paru, Premières mesures révolutionnaires, qu’il faut attaquer, pour ses positions et son programme, si malhabilement nié soit-il. Car, si ce livre salue certains ouvrages récents traitant du communisme pour « leur contribution à rendre possible de prononcer à nouveau le mot communisme sans s’excuser », il importe alors de dire ici que Hazan et Kamo participent à nous rendre honteux de le faire, nous tous qui portons si difficilement, et malgré tout, ce brumeux espoir, qui ne se traduit encore aujourd’hui que grâce aux termes usés de communisme et de révolution.[…]»

  12. 20/12/2013 à 15:50 | #12

    Un éclairage sur le contexte « Où en sommes-nous dans la crise II » RS/TC, sur les couches moyennes, l’inter-classisme, l’Etat et le/la politique comme lieu de l’affrontement entre classes…
    http://www.theoriecommuniste.org/

    « L’injustice de la dis­tri­bu­tion a un res­pon­sable qui a « failli à sa mis­sion » : l’Etat. Il s’agit de poli­tique et de dis­tri­bu­tion.
    Le moment actuel de la crise que l’on peut défi­nir comme crise du rap­port sala­rial deve­nue crise de la société sala­riale devient une délé­gi­ti­ma­tion du poli­tique : pre­miè­re­ment la crise du rap­port sala­rial deve­nue crise de la société sala­riale est crise des formes de dis­tri­bu­tion et redis­tri­bu­tion dénon­cées au nom d’une vraie poli­tique natio­nale, deuxiè­me­ment elle est une clô­ture de l’avenir per­çue comme ascen­sion sociale et troi­siè­me­ment comme géné­ra­lité de l’attaque sur tous les reve­nus salariaux.
    […]
    La citoyen­neté devient une forme idéo­lo­gique dans laquelle est menée la lutte des classes.
    […]
    Main­te­nant, c’est l’idéologie qui se cris­tal­lise dans la rela­tion nation-citoyenneté-travail qui est en crise depuis la restruc­tu­ra­tion mais qui est aussi actuel­le­ment revi­vi­fiée, dans la crise actuelle, comme déter­mi­na­tion cris­tal­li­sante des luttes de classes autour de la ques­tion de l’Etat et élé­ment pos­sible d’une restruc­tu­ra­tion pos­sible qui se fait tou­jours « au fil de l’eau », c’est-à-dire d’abord comme bri­co­lage.
    […]
    Avec la déna­tio­na­li­sa­tion on a quelque chose qui reste lié au natio­nal, tel qu’il s’est his­to­ri­que­ment construit, qui est pro­fon­dé­ment imbri­qué à lui, mais selon des condi­tions his­to­ri­que­ment nou­velles : c’est socia­le­ment explo­sif si on le relie à la thèse de S sur les « deux classes glo­bales » — très en haut et très en bas – avec une énorme masse cen­trale sur la touche (la lutte des classes c’est un drôle de mer­dier, il faut com­pa­rer la lutte des classes épu­rée et cano­nique dans Le Capi­tal avec les textes his­to­riques de Marx). C’est au sein du natio­nal que s’effectue une grande part du démon­tage de l’Etat-nation his­to­ri­que­ment construit. Ce démon­tage est, pour une grande part, endo­gène au natio­nal et non la consé­quence d’attaques externes. Finie l’évidence selon laquelle le peuple c’est l’Etat et l’Etat c’est le peuple»

    Effectivement, on trouve sous la plume de Hazan-Kamo le retour du « peuple », en miroir du FN… (« une révolution populaire victorieuse »), le mot « classe » n’est pas prononcé une seule fois (marque de l’interclassisme)…

    Hazan a un problème avec les classes. Le site TropLoin a publié une critique de son livre  » Une Histoire de la Révolution française, paru en 2012, aux éditions de La Fabrique. Sandra C. écrit en conclusion : « Une Histoire de la Révolution française est une réfutation de la lutte des classes qui ne s’appuie pas sur les faits historiques, mais sur un discours idéologique dont le but est d’en finir avec l’analyse marxiste, réduite d’ailleurs volontairement au « marxisme de caserne », c’est à dire l’Union soviétique, le Parti communiste et le stalinisme. Pour Hazan, « il y avait bien des riches et des pauvres », mais pas de classes.» http://www.troploin.fr/lire-aussi/64-la-revolution-francaise-selon-eric-hazan

    Comme si l’histoire selon Hazan n’avait été, avant-goût d’arrière-garde, que la projection sur le passé de son idéologie du présent projetée sur l’avenir, qui se révèle dans « Premières mesures révolutionnaires ».

  13. Anonyme
  14. colporteur
    15/01/2014 à 14:54 | #14

    Une critique de Fantomas du livre Premières Mesures Révolutionnaires (d’Hazan & Kamo à La Fabrique) – postée en commentaire d’une recension :

    À propos :
    Ce monde particulièrement lugubre l’est surtout parce qu’il montre bien l’une des menaces fondamentales que l’ennemi essaye de nous inculquer : il n’y a pas d’issue, il n’y a pas d’au-delà possible, il n’y a pas de but. L’insurrection est son propre but, une façon de vivre suffisamment durable pour qu’on oublie comment elle commence, tout comme le Comité invisible a aujourd’hui oublié comment commence une insurrection. Alors que le projet anthropocentrique de l’humanité est un projet de maîtrise de l’humain par l’humain, de la totalité, le Comité invisible est sans cesse résigné à des pertes de contrôle définitives, comme même la notion du temps. Même les maoïstes du PCMLM, qui au moins pensent sortir de cet univers par la dialectique et la lutte de classes, visent un dépassement. Mais ici, on reste dans ce monde, il est seulement ravagé par la guerre, en deux camps sans fin, dans une sorte d’apocalypse pauvre et tenace, qui ressemble à certains films de politique fiction de série B.

    Devant un projet aussi médiocre, qui incite plutôt à la soumission actuelle – qui au moins ne trouve pas ses joies dans des ateliers mécaniques et des mairies envahies par des expulsés –, il ne sera ici commenté qu’un seul des désaccords plus fondamentaux que ce texte fait aussi surgir : ce que les auteurs disent de l’« assemblée générale ».

    « Un autre réflexe est, au moindre mouvement, de faire une assemblée générale et de voter. C’est une erreur. Le simple enjeu du vote, de la décision à remporter, suffit à changer l’assemblée en cauchemar, à en faire le théâtre où s’affrontent toutes les prétentions au pouvoir. Nous subissons là le mauvais exemple des parlements bourgeois. L’assemblée n’est pas faite pour la décision, mais pour la palabre, pour la parole libre s’exerçant sans but. »

    Dire que voter transforme une assemblée en cauchemar est une vision qui ne correspond pas, en tout cas, à celles qui ont eu lieu en Argentine en 2002. Le but était la palabre plus qu’ailleurs – ce but n’était pas avoué mais but quand même –, et l’on votait beaucoup : voter faisait partie de la palabre. Le vote y a aussi été utilisé pour le pouvoir, mais surtout contre tout pouvoir, pour brouiller toutes les cartes. Bref, voter était parfaitement réjouissant.

    Les parlements « bourgeois », quant à eux, votent justement sans décider quoi que ce soit : les décisions sont prises avant le vote, par les centrales des partis. Le vote ne donne lieu, dans ces assemblées, à aucunes prétentions au pouvoir : le pouvoir, comme la décision, a son siège dans des antichambres moins exposées au public. Enfin, prétendre que la palabre, la parole libre, est celle qui s’exerce sans but, est bien le témoin de ce désarroi de gens sans buts, qui n’en veulent pas. Parler sans but n’intéresse pas particulièrement les assemblées qui jouissent des urgences dont l’histoire est l’accélérateur, et dont l’insurrection est la preuve. Les assemblées qui sont aujourd’hui les plus proches de cette définition – pas faite pour la décision, mais pour la palabre – sont les pseudo-débats télévisés, où il n’y a pas non plus de vote, et qui se veulent, non sans raison, les lieux privilégiés de la parole libre s’exerçant sans but.

    Le Comité invisible trouve qu’il y a fort peu de décisions à prendre, si peu qu’il ne faut pas les prendre, mais que les décisions doivent s’emparer de nous. Je prends plusieurs milliers de décision par jour, et je cherche par ailleurs à prendre la décision qui contient toutes les autres. Il s’agit d’acquérir une maîtrise de ce qui est. Cette décision nécessite plusieurs assemblées générales de l’humanité, qui décident, pas nécessairement d’ailleurs par le vote, mais même de cela ce sont ces assemblées qui décideront. Une décision qui s’emparerait de moi est aux antipodes d’une décision qui me réalise, qui m’accomplit. Celle-là se projette, et se prépare. Voilà tout ce qui sépare la téléologie moderne de cette « insurrection qui vient », que je combattrai avec férocité si elle avait lieu dans le vaste monde que nous traversons en insatisfaits plutôt que dans l’imagination pauvre de quelques pauvres.

    4. Le phénomène de ce petit ouvrage est étrange, parce qu’il est à la fois familier et étranger à chacun. C’est une flèche qui ne se trompe pas de direction. Elle est tirée avec force, mais sans portée. Elle se termine à nos pieds ou dans un nuage, dans le trop court et dans le trop vague, tant l’insurrection finale paraît absurde et peu souhaitable, à nous-mêmes qui souhaitons des insurrections.

    La faiblesse de la méthode, l’ignorance très inquiétante de l’histoire, la perte de recul et de vue d’ensemble, sont les autres étrangetés d’un ouvrage qui mesure quelle est la distance entre les particuliers éparpillés d’aujourd’hui et leur propre insatisfaction, entre les moyens d’un constat qui n’a plus les moyens d’une analyse, et le dérisoire d’un projet qui a perdu son but.

    C’est sans doute par cette infirmité qui s’est généralisée que ‘L’insurrection qui vient’ nous est suffisamment familier pour que nous examinions ce curieux objet si hostile au même ennemi que nous et où, pourtant, nous reconnaissons son influence à chaque pas.

  15. Blaise
    20/01/2014 à 11:09 | #15

    RS a écrit :

     »
    La seule question que pose ce texte est celle de son existence, qu’est-ce que ça exprime, qu’est-ce que cela signifie maintenant ? La question ne se posait pas pour « L’insurrection qui vient » quoi qu’on pense du texte. Une reconstruction et extrapolation idéologiques du « mouvement des indignés » ? ?
     »
    Pourquoi est-ce que la question ne se posait pas pour l’IQV ? Merci d’éclairer ma lanterne.

  16. Cyclimse
    13/04/2016 à 00:02 | #16

    Engels répondait bien à Dühring, faudrait-il donc répondre aux
    téléologues ? À l’aune de leur influence, qui fut peu ou prou, le motif
    d’Engels, certes pas, mais l’ombre d’une théorie devient rare de nos jours,
    laissons la fine bouche aux temps meilleurs.

    Qu’est-ce donc que cet « Observatoire de Téléologie », anciennement
    « Bibliothèque des Émeutes » ? Ne faisant en aucun cas partie du petit
    milieu des néo-situs parisiens oni des consommateurs de radicalisme pas cher
    de la rive gauche, je n’ai aucun repère sociologique, historique ou
    personel en la matière, je ne puis donc que me limiter au contenu de
    leurs interventions, à la nature du projet théorique qu’ils avancent,
    sans pour autant prétendre à l’exhaustivité.

    Voilà un bien joli nom il faut en convenir, « Observatoire de
    Téléologie », de nature à susciter une fascination d’esthète de
    la terminologie…

    Du titre d’observatoire ou de bibliothèque, les membres de l’OT peuvent
    y prétendre sans doute. L’accumulation de faits, le catalogue d’émeutes,
    d' »assauts contre le mensonge dominant » qu’ils ont réalisé est, au moins
    quantitativement, plutôt impressionant. On a pu leur reprocher, ça et là,
    une bête accumulation de faits, sans analyse, sans théorie, c’est un
    peu injuste, de plus une telle démarche d’accumulation de donnée peut
    arguer d’une analogie avec la méthode scientifique.

    Puisque nous ne reviendrons pas sur cet aspect (jugeant comme Marx que
    le péché originel est, ici encore, dans la théorie), disons tout de même
    que leur catalogation manque singulièrement de discernement. Toute forme
    de violence de groupe marque pour eux un « assaut », dès lors il n’est guére
    étonnant qu’ils observent tant de défaites ! Ils ont vis-à-vis de la
    violence spontanée, collective (du « germe d’insurrection ») le même fétichisme
    fasciné que les anarchistes vis-à-vis de la violence individuelle. Un certain
    systématisme qui mettait dans le même sac Jacob et Landru, fait ici de
    n’importe quelle Albanie une Espagne. L’analogie avec les anarchistes n’est
    pas innocente, nous y reviendrons.

    Puisque, comme disent les téléologues, la théorie est primordiale, ne
    serait-ce qu’en tant que citadelle des fausses consciences, nous allons y
    entrer d’un pas gaillard et féroce. Sur les quelques points qui suivent, je
    prierais mes contradicteurs de ne pas s’arrêter aux quelques obus qui
    tomberaient à côté parce que je n’aurais pas entendu ce qu’ils disent (par ma
    faute ou par la leur), d’autant que ce ne pourrait être que quelques éclats
    épars, cette fois je vise le coeur !

    1. Une métaphysique nominaliste de la finitude (défense de l’infini)

    Il est selon l’OT une question centrale, qu’ils auraient le mérite d’avoir
    posée toute nue : « Tout à-t-il un fin ? ou non ? ». Ne pas ce poser cette
    question, ne pas en voir l’importance – qui reviendrait à y répondre
    implicitement « non », mais sans admettre les conséquences d’une telle position,
    serait alors l’aveuglement commun à la pensée bourgeoise et à la fausse
    pensée révolutionnaire.

    Sans accorder à la question l’importance qu’ils y mettent, on peut leur
    accorder une certain mérite : il est courant de refuser la question, même
    d’y répondre franchement « non », tout en rejetant l’infini, il n’est pas
    jusqu’à Engels qui ne le fasse.

    Notre thèse en est le contrepoint : « Non, tout n’a pas une fin, il est dans
    la nature de bien des choses de ne pas en avoir, et OUI l’infini existe,
    matériellement, sans paradoxe, sans mysticisme, c’est le fini qui est
    paradoxal, contradictoire, idéaliste ».

    «Et bien, merde alors !» se dit le lecteur attentif. Je le prie à ce stade,
    d’essayer d’oublier le reflexe conditionné de la pensée post-chrétienne de
    refus positiviste de l’infini. Et s’il s’en souvient, de repenser aux
    oscillations de Leibniz, tantôt défendant l’infini actuel, « réalisé en toute
    chose de la nature », construisant une analyse mathématique des quantités
    infinitésimales (première analyse « non standard »), tantôt le rejetant avec
    force, horreur paradoxale, contradictoire, attribut Divin. C’est bien le
    Divin qui impose le fétichisme du fini, c’est une question de prérogative.

    Avant d’aller plus avant, liquidons le paradoxe. Toutes les prétendues
    contradiction de l’infini sont logiquement équivalente à celle-ci :

    « Une partie est aussi grande que le tout. »

    Il revient à la hardiesse de Cantor, Bolzano et d’autres, d’avoir sans crainte
    inversé les faux semblants en posant que ce n’est pas une contradiction, que
    c’est la propriété essentielle de(s) infini(s), que le fini par contre ne
    peut prétendre à une caractéristique aussi simple, aussi homogène ou alors
    négativement : « est fini ce qui est toujours plus grand que ses parties ».

    Enfonçons le clou : l’infini est premier, matériel et réel, il est la base
    de la rationalité. Pas de physique sans infini (continuité), pas de
    mathématique sans infini, pas de théorie sans infini. C’est l’infini qui
    fonde la possibilité de toute généralisation théorique, sans lui il n’est que
    des situations particulières vaguement reliées par des analogies bancales.

    En voulant réaliser une téléologie positive (finie), en opposition avec la
    téléologie classique (métaphysique), l’OT subit pourtant les séquelles à
    rebours du mysticisme : dans la vision mystique la finalité est dans l’infini
    du projet divin. Éjectant ce divin, l’infini suit – bébé avec l’eau du bain.
    Dans la finitude on ne peut qu’assimiler finalité et fin, au sens courant du
    terme, que reste-t-il à faire alors ? Et bien, réaliser la fin du monde selon
    son concept, positivement « la fin de tous les petits humains », on ne dit pas
    d’où vient ce concept, mais bon, c’est bel et bien le positivisme du docteur
    Folamour, ou celui des non-O de Philip K. Dick. En tout cas, hors ce « selon
    son concept », la logique est impeccable.

    Mais la faute est le rejet de l’infini, qui force à tomber un nominalisme
    grossier, curieusement en fait c’est une étape vers l’idéalisme, c’est
    en celà que je vois dans l’OT tout en place pour donner une « petite religion ».

    La nature de l’homme se pensant comme espèce est dans l’infini, la nature de
    la vie est la dialectique du fini de la mort et de l’infini de l’espèce. La
    dialectique de l’histoire est cette même dialectique un niveau plus haut, entre
    civilisation et humanité.

    2. Une théorie du complot, vision polière en creux de l’histoire

    Ils y a beaucoup de forces en présence chez les téléologues, un certain
    machiavélisme stratégique, comme chez Debord, imprègne leur glose.
    L’«information dominante» (personnalisée) subit des «assauts» auquels
    manquerait cette même constance… Si Voyer a, à mon sens, raison de
    personnaliser les « maîtres du mondes », il ne tombe pas dans une telle paranoïa
    du complot, là encore il revient à Marx, d’avoir pointé que pour la caste
    dominante, il n’est nul besoin d’unité d’organisation : la simple communauté
    d’intérêt avec la mainmise sur les moyens d’action suffit à donner un
    caractère rationnel à l’ensemble des actions individuelles, « tous contre
    tous, tous avec tous » est bien la devise des marchands. Il faut bien
    reconnaître qu’il y a une totale absence de compréhension dialectique
    chez les télésectateurs !

    Si l’on suit une telle vision, « organisationiste » du monde, on voit des
    policiers partout, on voit d’ailleurs toujours partout ailleurs ce qu’on croit
    avoir le mérite d’être les seuls à rejeter, tous les ennemis sont donc des
    flics : bolcheviques, jacobins, Debord, Voyer, moi aussi je suppose…

    Les anarchistes arrivent en général au même point un peu plus directement :
    comme toute organisation de pouvoir est policière, les communistes sont des
    flics, cqfd. C’est curieusement aussi le point de vue du livre noir, de feu
    les soviétologues, sauf bien sûr, dans ce cas, pour le « moins mauvais des
    systèmes » du flic Churchill. C’est de l’idéalisme historique on ne peut plus
    grossier, la théorie contient le crime originel des bourreaux qui se réclament
    d’elle, même si c’est de la manière la plus grossièrement idéologique qui
    soit.

    3. Un utilitarisme théorique

    Car, comme encore le disait Guytounet (on se demande vraiment ou sont
    les neo-pro-situs !), la valeur de la théorie s’évalue à sa réalisation…
    Dans la finitude des téléos, celà ferme le verrou sur le communisme, le régime
    policier qu’est devenu la république des conseils entache les bolchéviques,
    et leurs parents, leurs chiens et leur chats, et ceci jusqu’à 10 générations en
    arrière (au moins), du sceau d’infamie, (c’est bel et bien le point de vue
    téléologique – classiques et modernes réunis), c’est aussi le point de vue de
    roquet des journalistes.

    C’est très typique, surtout dans un monde fini, d’enterrer les attaques
    passées sous un uniforme de policier, confectionné sur mesure. C’est comme
    celà qu’on fabrique de bien belles farces historiques.

    4. L’idéalisme du fini

    Pour conclure, revenons sur le point, que comme l’OT, je pense central dans ce
    semblant de débat, de l’infini.

    Les mystiques rejetent l’infini, attribut réservé à Dieu, les matérialistes
    vulgaires le rejettent pour la même raison. Le fini et l’infini sont des
    idées, des modèles, en vertu du principe de correspondance on peut en montrer
    des expressions dans le monde. N’admettre que le fini, qui est paradoxalement
    la plus bancales des deux notions, c’est enfermer le monde dans une contrainte
    idéale. La différence entre le cheval et l’esprit à cheval c’est cette
    conscience aigüe de l’infini de l’humanité. L’infini potentiel de l’humanité
    est l’infini actuel de la praxis individuelle. La préhistoire à une fin, pas
    l’histoire, nous sommes encore dans la préhistoire.

    La fin du monde c’est de ne pas en avoir.