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Ferguson : L’incendie impossible à éteindre

version intégrale de l’article sur la question raciale paru sur le site étatsnusiens http://www.metamute.org/

Ferguson : L’incendie impossible à éteindre

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L’assassinat policier de Mike Brown et l’éruption qui s’en est suivie à Ferguson et un peu partout aux États-Unis ont soulevés des questions sur la valeur de la vie racialisée et sur les formes de lutte contre la race qui émergent par rapport au déplacement, à la paupérisation et militarisation de la police.

RL (l’auteur, NDT) fait état de l’évolution d’une jeune génération militante qui a un rapport différent à la race et l’appartenance de classe

Nous vivons encore dans l’ombre de la crise financière mondiale. Maintenant, bien qu’apparaissant comme un lointain souvenir, avec la vague de luttes qui traînait dans son sillage, les ramifications de la crise sont encore en œuvre aujourd’hui. Ralentissement du PIB autour du Monde, taux de chômage élevé, paupérisation diffuse parmi la population … tous les gouvernements portent une fonction purement négative, s’engageant dans un méli-mélo de demi-mesures inefficaces destinées à prévenir la dissolution sociale. À cet égard, nous sommes tout à fait d’accord avec l’analyse d’End Notes d’un présent pris dans une logique d’attente, dans laquelle la crise mondiale du capital est pour l’instant au point mort et les forces de désintégration sont tenues à distance. [1]

Dans les limites de ces circonstances, une masse croissante de l’humanité est abandonnée tandis que l’économie vacille. Pour que la société capitaliste continue son cours, la masse croissante de l’humanité excédentaire doit, en quelque sorte, être «intégrée» à la société de classe, en dépit de son «inutilité» sociale à sa reproduction. En l’absence de toute résolution sociale de la paupérisation croissante, la situation est pour l’instant résolue idéologiquement par sa criminalisation et, pratiquement, par la punition. L’augmentation de la paupérisation et l’exclusion qui en découle, doit donc être justifiée et normalisée. L’accroissement des inégalités sociales devient un problème de confinement et sa solution, un contrôle croissant.

Le flinguage policier de Michael Brown résonne trop familièrement dans cette période transitoire. Cependant, contrairement à d’autres incidents similaires, Ferguson a eut une réaction explosive et surtout, pendant longtemps. Son impact est allé bien au-delà de la petite banlieue de Ferguson, Missouri, attirant non seulement les voisins immédiats de la ville elle-même, mais se répercutant tout autour des États-Unis. Quels facteurs ont fait que la rébellion dans Ferguson soit particulièrement vaste? Est-ce que cette éruption indique un changement dans le problème de la coordination entre prolétaires, à la lumière des luttes passées? Qu’est-ce que cette éruption nous dit de notre place au sein de la crise actuelle du rapport de classe capitaliste?

La paupérisation

Aujourd’hui, exister en dehors de toute relation formelle au capital revient à n’être rien. Telle est la signification essentielle de la mort de Michael Brown et d’autres jeunes noirs qui ont partagé le même sort avant lui. Les émeutes et les manifestations de Ferguson qui ont suivi exprimaient, d’abord et avant tout, une lutte contre cette condamnation au néant, une contestation à propos de ceux dont la vie compte pour quelque chose et de ceux dont la vie ne compte pour rien.

Mais cette lutte pour la reconnaissance rencontre un obstacle, la volatilité inhérente de la «race» comme base d’unité. La «race», qui a fourni la base de la cohérence dans l’activité des participants est également la base sur laquelle ces mêmes participants sont exclus. Car la «race» n’est pas un être en soi, mais plutôt le résultat de relations sociales, un ensemble de pratiques sociales et matérielles d’exclusion, la racialisation. A titre d’inversion, ces pratiques sociales et matérielles d’exclusion sont transformées en un attribut naturalisé appartenant immédiatement à un sous-ensemble de la population. [2]

Pourtant, l’ordre dans lequel la «race» apparaît est l’inverse de sa fabrication. Comme élément idéologique, la «race» est présentée comme un motif d’exclusion, comme auto justification. De cette façon, la relation entre racialisation et «race» se présente comme évoluant sur une bande de Moebius, où cause et effet sont indiscernables. En d’autres termes, ce qui est la conséquence du point de vue («la noirceur») se transmute en sa cause; La race de Brown semble être une justification de sa mort de la main de l’officier de police Darren Wilson. En conséquence, un langage commun de reconnaissance entre «Blancs» et «Noirs» est rendu impossible par son passage au travers ce prisme idéologique, car à tout moment on peut glisser dans la tautologie : «ils ont tiré sur lui parce qu’il était noir, il était noir et, donc, ils lui ont tiré dessus. Et donc la «race» apparaît ici comme un attribut indépendant, possédant une objectivité» fantomatique» en soi.

Afin de produire une conceptualisation plus adéquate au fait d’«être noir», à la «race» de façon plus générale, nous devons nous concentrer sur la relation historiquement spécifique entre le rapport de classe capitaliste et la racialisation. Par quels mécanismes le prolétaire «devient-il» noir? Et plus important encore, sur quelles bases la relation duelle entre classe et «race» peuvent-elles être rendues inopérantes?

Aux États-Unis, ceux qui ne comptent pour rien ont été historiquement défini comme noir. La valeur de la vie de quelqu’un dans la société capitaliste suppose qu’il est capable de produire de la valeur, qu’il a une valeur d’usage socialement reconnue, c’est-à-dire qu’il possède la marchandise force de travail. Mais qui plus est, cette force de travail doit également être qualifiée de force de travail spécifiquement humaine.

Nous réitérons la définition de Marx au sujet de cette marchandise particulière: la force de travail est tout simplement la capacité formelle de travailler, la potentialité de travailler, «l’ensemble de ces capacités mentales et physiques existantes dans un être humain, qu’il met en œuvre quand il produit une valeur d’usage quelle que soit sa forme. [3] La force de travail est tout ce qui reste au travailleur, dépossédé des moyens de subsistance et de production. Mais serait-il possible que la marchandise force de travail elle-même soit dépossédé? Que resterait-il alors?

Lorsque la marchandise force de travail a disparu, le récipient humain de cette force de travail n’est plus qu’une coquille vide. Tout ce qui reste est un résidu physique, une matérialité inerte charnue qui marque l’absence de la force de travail, une existence purement physique sans subjectivité. Le conteneur humain est désocialisé, ou en d’autres termes, une chose sans utilité sociale. En fin de compte cette existence purement physique est réduite à une simple apparence, dans laquelle l’attribut phénotypique vient médier et déterminer la forme de l’existence sociale de ce conteneur humain une fois qu’il est intégré dans le rapport de classe. Par conséquent, «être noir» apparaît comme une représentation de l’absence de la force de travail, son instanciation positive. L’attribut phénotypique « noir» vient naturaliser ce manque comme un attribut inhérent du conteneur humain lui-même alors qu’il est simplement la représentation sociale de l’absence de la force de travail.

Ne pouvant être complètement intégré dans le rapport de classe, cette fraction de la population ne peut pas être qualifié de proprement prolétarienne, car être un prolétaire suppose à tout le moins la propriété de la marchandise force de travail. Ainsi, les exclus ne sont pas seulement exclus du marché du travail, mais ils sont privés de la marchandise force de travail elle-même. En ce sens, il se produit une différenciation interne dans la reproduction du rapport de classe: d’une part, il ya la reproduction sociale de la force de travail, d’autre part, la reproduction physique asociale des êtres humains.

Cette fraction de la population non rémunérée est donc reléguée à un processus continu de de-prolétarisation, dans lequel la reproduction sociale de la force de travail est séparée de la reproduction des êtres purement physiques. Par conséquent, cette séparation de l’aspect socialement reconnu de la force humaine de travail se transforme en une désocialisation des prolétaires, dont l’objectivité du corps reste un simple résidu. À la suite de ce mouvement général, une fraction de la population est racialisée comme «noire» et donc exclue du rapport de classe.

Cette relégation aux marges du marché du travail est ce que Marx a appelé le paupérisme, dans lequel des sections du prolétariat sont soumises à la paupérisation persistante. Toutefois, le processus de paupérisation aux États-Unis a toujours eu tendance à prendre la forme de racialisation des sections distinctes du prolétariat. Le paupérisme, comme tendance objective de l’exclusion immanente de l’accumulation du capital, prend la forme «être noir », qui devient le premier marqueur de l’exclusion. Historiquement, le chômage des Noirs a toujours été de deux tiers plus élevé que le chômage blanc, cet écart ayant été maintenu au cours des dernières décennies. [4]

Dans le moment présent, la paupérisation devient absolue. La non-reproduction du rapport de classe est une situation objective produite par le capital lui-même, mais pourtant cette tendance à la non-reproduction est affrontée par l’Etat et le Droit par ailleurs, dont la tâche est de suturer cette plaie. De cette façon, la position structurelle de ceux qui sont racialisés en « noir » incarne objectivement la tendance immanente de non-reproduction du Capital, dans lequel le face-à-face entre le Capital et le travail se décompose. La paupérisation, exclusion de la relation de classe, doit être lisible, ce qui produit à son tour la racialisation de l’identité noire.

Ainsi, pour les exclus, l’appartenance de classe est produite de l’extérieur comme contrainte; mais sa production prend la forme d’une racialisation, ce qui produit par la suite la «race» comme sujet autonome. Les différentes explosions des exclus qui ont ponctué la période post-crise sont autant de tentatives pour contrer cette racialisation, pour rendre les mécanismes de ce processus visibles, et, dans le contexte américain, pour finalement contester la racialisation et l’identité noire non plus comme une simple question particulière, mais comme élément fondamental de l’accumulation du capital.

Il existe, en conséquence, une tension contradictoire produite dans l’explosion de Ferguson, dans laquelle l’appartenance de classe prend la forme d’apparition de l’identité noire. D’une part, la réalisation de l’identité noire contre le Capital, que ce soit pour être intégré dans le rapport de classe, ou comme force politique d’opposition au Capital. Mais ceci réifie essentiellement le processus de racialisation en sujet racialisé autonome. D’autre part, il ya la tendance à l’abolition de l’objet racialisé, mais sur la base d’une non-appartenance, l’incapacité fondamentale d’appartenir à une classe. Dans les deux cas, la production de l’identité noire apparaît comme quelque chose d’autonome, qui en vient à représenter un manque de relation à une classe, à ne pas appartenir à une classe particulière.

Exode

Les émeutes ont été, d’abord et avant tout, une réponse à ce processus de paupérisation qui s’accroit depuis le début des années 2000. Banlieue relativement petite à la périphérie de la ville de Saint-Louis, Ferguson n’était pas un ghetto blafard du centre-ville, mais la résidence des classes moyennes et des Noirs de la classe ouvrière. Comme mentionné dans divers comptes rendus de sa situation sociale et économique, Ferguson a connu récemment une vaste baisse du niveau de vie. Le revenu médian des ménages a reculé de 25 pour cent dans la dernière décennie alors qu’un habitant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté fédéral. Au cours de cette même période, le chômage a doublé pour atteindre 13 pour cent.

Mais d’autres villes comme Ferguson abondent dans le comté de St. Louis. Comme déjà noté par divers comptes rendus, Ferguson représente un exemple paradigmatique dans la périurbanisation de la pauvreté qui a diffusé au travers des États-Unis au cours des dernières décennies. [5] Contrairement aux ghettos du centre-ville qui ont été enracinés dans la pauvreté dès le début des années 1970, Ferguson est une banlieue qui a récemment été l’objet d’une transition économique et raciale. [6] Dans la seule dernière décennie, la composition démographique a considérablement changé de quartiers à prédominance blanche à des quartiers à prédominance noire.

Alors que la pauvreté concentrée est encore très caractéristique de l’environnement urbain, et s’est d’ailleurs intensifiée au cours des dernières décennies, la paupérisation dans les zones suburbaines a connu une augmentation encore plus marquée, connaissant une croissance de 65 pour cent de la population pauvre de 2000 à 2012 dans les grandes régions métropolitaines. Le Midwest et le Sud sont des régions particulièrement touchées par cette tendance où la croissance de la population pauvre au cours de la même période a été de bien plus de 100 pour cent. [7]

Une tendance similaire est observée dans d’autres pays à revenu élevé, où la hausse de la pauvreté des banlieues a contribué à l’éclosion de troubles sociaux par les populations marginalisées. Paris en 2005 en est un bon exemple. En Suède, les troubles ont éclaté dans la banlieue de Stockholm en 2013, ce qui avait été précédé par des émeutes à Malmö en 2008 et une série d’émeutes à Stockholm en 2010 et 2012. Les trois plus grandes régions métropolitaines, Stockholm, Göteborg et Malmö ont vu une augmentation considérable de la densité de la population concentrée dans les banlieues au contraire du noyau urbain. [8]

Cependant, l’autre côté de l’histoire de la périurbanisation de la pauvreté est le cours régulier du Capital au cours des dernières décennies. De 1980 à 2000, l’augmentation de l’emploi manufacturier dans la région métropolitaine périphérique de comté de St. Louis était de38 pour cent tandis que le comté central perdait 24 pour cent de l’emploi. Au cours de la première décennie des années 2000, les régions métropolitaines centrales et périphériques ont toutes deux perdu, respectivement, 41 et 23 pour cent des emplois du secteur manufacturier. Sur un plus long terme, l’activité des industries de fabrication de base, et par conséquent l’emploi, des centres ville aux banlieues puis dans les zones dortoirs extra urbaines a laissé une traînée de localités où ceux qui ne pouvaient pas faire face à la fuite de capitaux ont été laissés pour compte. Le processus complémentaire de migration blanche a accompagné ce mouvement qui avait historiquement a commencé au début des années 1960, lorsque les familles blanches s’étaient déplacées vers les banlieues.

Pendant que le Capital fuyait le centre-ville de Saint-Louis vers la périphérie, il laissait derrière lui une traînée de dégradation urbaine, de brûlure et de repli de l’administration municipale. Pour tenter de lutter contre cette situation, les responsables municipaux ont instauré un programme de rénovation urbaine qui prévoyait de rénover une grande partie de la ville. Mais ce plan a largement échoué, entraînant simplement le déplacement les familles noires du centre-ville vers d’autres quartiers de banlieue à proximité. La démolition du projet immobilier historique de Prurit Igue, du début des années 1970, a marqué le début de ce vaste schéma de déplacement des ménages noirs, les disséminant partout dans les banlieues tentaculaires, sur les bords extérieurs de la ville de Saint-Louis.

La migration interne obligatoire dans le comté de St. Louis est devenu un phénomène plus commun, comme dans les quartiers noirs établis qui étaient autrefois le foyer de plusieurs générations de familles noires et ont été déplacés régulièrement, obligeant les habitants à bouger.

Un excellent exemple de ce phénomène est la ville de Kinloch où les résidents à vie ont été forcés de se déplacer en raison d’un programme de rachat initié par la Ville de Saint-Louis visant à élargir la piste de l’aéroport international Lamber-StLouis. De 1980 à 2014, la population est passée de 4000 personnes à moins de 300. Les anciens résidents ont été dispersés à travers le grand Comté pendant que Kinloch été réduite à un quartier délabré, la piste de l’aéroport n’ayant pas encore été construite. [9] De nombreux anciens résidents de Kinloch habitent maintenant Ferguson et d’autres banlieues.

Ce modèle de déplacement de population a donc éclaté une communauté noire diffuse à travers le Nord du comté de St. Louis: «de nombreux résidents noirs contraints à la location, se déplaçant souvent et n’acquérant jamais d’égalité en terme de logement ou d’économies à léguer à leurs enfants. Les zones où ils vivaient n’avait pas d’assiette fiscale, d’écoles inadéquates et aucun recours possible aux entreprises locales qui auraient pu fournir des emplois» [10]

Cela fait suite à une tendance plus générale aux Etats-Unis, où le principal atout pour les familles est la propriété. 73 pour cent des familles blanches sont propriétaires de leur logement, pour seulement 44 pour cent environ des familles noires. Dans Ferguson la crise des subprimes a frappé particulièrement durement les ménages noirs. Plus de la moitié des prêts hypothécaires ont sombré (où l’évaluation de la valeur du marché est inférieure au montant payé sur l’hypothèque). Par conséquent, les familles noires ont été plus contraintes au marché locatif, où les biens immobiliers sont détenus par des petites et moyennes entreprises d’investissement, pour beaucoup situées hors de l’état. [11] De nombreux ménages noirs ont connu une baisse marquée de leur épargne et de leur patrimoine. Le revenu médian des ménages pour les ménages noirs est actuellement de 35K de $ environ, de 59K de $ pour les ménages blancs. [12]

La migration forcée a été le résultat de la restructuration de la relation entre production et reproduction plus généralement, ce qui est le plus concrètement exprimé dans la distance spatiale entre lieu de travail et l’habitat. Les banlieues deviennent des pièges à pauvreté puisque les prolétaires sont soit contraints à des emplois au salaire minimum dans le secteur des services à bas salaire, soit en recherche d’emploi dans d’autres régions plus riches. Par conséquent, afin de trouver un emploi bien rémunéré, il faut être capable de se déplacer avec les emplois, ou être disposé à voyager plus loin pour ces emplois. Alors qu’auparavant la relation entre la production et la reproduction étaient spatialement reliée, cette relation est devenue de plus en plus fracturée.

L’urbanisation

Dans les pays à revenu élevé, la paupérisation des banlieues est un moment particulier de la restructuration plus générale de la zone urbaine au cours des dernières décennies. Aux États-Unis, une grande partie de l’industrie automobile s’est déplacée vers le Sud, principalement en raison de mesures incitatives telles que les bas salaires et les lois sur le droit au travail offertes par les États du Sud. [13] La fabrication industrielle s’est éloignée du centre des régions métropolitaines, plutôt regroupée en périphérie extra urbaine. Les usines ont, en outre, été réduites de manière significative, utilisant moins de travailleurs du fait des dernières évolutions technologiques en capital fixe. L’usine moyenne compte environ 57 employés [14] En partie à cause de l’augmentation de la mobilité qui permet aux entreprises de rapidement déplacer leur capital fixe selon les nécessités du marché.

Avec la dissémination centrifuge de la production industrielle vers les périphéries métropolitaines au cours des années 1980 et 1990, les centres-villes ont été vidés et préparés au réaménagement. La restructuration du capital productif a contraint le réaménagement urbain à emboîter le pas, avec comme résultat de faire de la ville l’une des premières arènes de conflit. L’année 2007 a été une année charnière, car non seulement elle portait la crise financière, mais elle marquait un tournant important dans le développement urbain. Pour la première fois dans l’histoire humaine plus de la moitié de la population mondiale vit dans les villes. Qui plus est, on prévoit un rythme croissant de l’urbanisation, en particulier dans les économies émergentes. Ainsi, il est logique que l’urbanisation soit devenue un point de conflit important. Les projets d’urbanisation rapide, tels que les mégapoles qui prolifèrent rapidement en Chine, par exemple, et le conflit extensif à la suite du projet de réaménagement du parc Gezi en Turquie ont mis en évidence le rôle changeant des villes par rapport à l’économie mondiale.

La décentralisation de la production industrielle à travers le monde vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement mondiales a produit une division internationale du travail étroitement liée. Des nouveaux centres urbains ont surgi dans les économies émergentes en raison de nouvelles distributions du capital productif. Prenant note des réarrangements dans la répartition géographique de la production mondiale, le géographe Neil Smith écrit que:

« Les systèmes de production précédemment territorialisés à l’échelle régionale (infranationale) ont été de plus en plus détachés de leur contexte définitivement national, ce qui entraîne non seulement des vagues de désindustrialisations dans les années 1970 et 1980, mais également des restructurations dans la distribution et des déstructurations dans le cadre d’un remaniement de la hiérarchie d’échelles établies . En conséquence, les systèmes de production ont été revus à la baisse. La territorialisation de la production se concentrant de plus en plus sur les centres métropolitains élargis, plutôt que sur de plus grandes régions: L’échelle métropolitaine est de nouveau appelée à dominer l’échelle régionale, plutôt que l’inverse [15] (souligné dans l’original)

Historiquement, les secteurs clés de la croissance économique basée sur la production industrielle à grande échelle ont été distribués à l’échelle régionale, représentée par des territoires tels que la Rust Belt aux États-Unis, ou la région de la Ruhr en Allemagne. Aujourd’hui, cependant, la répartition spatiale de l’accumulation du capital a été fondamentalement redistribuée. Les centres métropolitains, une fois rendus à la production industrielle, ont été creusés et réaménagés. Ces centres sont maintenant occupés par les secteurs en pleine croissance de la technologie et des innovations, ce qui est devenu le moteur principal de la croissance économique dans de nombreuses localités métropolitaines.

La base de cette redistribution régionale de la production peut être reliée au New Federalism, instauré dans les années 1980, qui visait à restaurer l’autonomie aux Etats au niveau infranational à la suite de l’autorité globale du gouvernement fédéral instaurée par le New Deal. Bien que l’intention ait été de rétablir le pouvoir au niveau infranational, ce qui en a résulté était plus une confusion dans la répartition du pouvoir entre les niveaux fédéral et étatique et une fragmentation de l’économie nationale. Le financement des programmes publics, comme l’éducation, et les filets de sécurité ont été transférés du niveau fédéral au niveau de l’État et au niveau municipal, tandis que les économies métropolitaines locales étaient exposées et vulnérables à la volatilité du marché mondial. Chaque localité métropolitaine a donc été laissée à elle-même, aux prises avec la responsabilité de stimuler son économie locale, en essayant d’attirer les capitaux et la main-d’œuvre parmi une multitude d’autres régions métropolitaines concurrentes. Chaque région métropolitaine a été positionnée contre les autres, non seulement à l’intérieur des frontières nationales, mais à l’échelle internationale également. Comme Marx l’avait vivement observé, « la concurrence entre les travailleurs est seulement une autre forme de la concurrence entre les capitaux. »[16]

Dans la même veine, l’histoire de Saint-Louis représente une variante très emblématique de ce contexte national. Ferguson fait partie d’un patchwork plus large, le comté de St. Louis, qui est composé d’un peu plus de 90 micro-municipalités qui sont socialement et économiquement hétérogène. La concurrence entre les travailleurs blancs et noirs a elle-même joué principalement au niveau de la distribution, où la bataille sur le financement des services municipaux par le biais de taxes est devenue une question de démarcation et de ségrégation territoriale. Les communautés plus riches, souvent blanches, ont tenté de se distancier de communautés à faible revenu afin de bénéficier d’ allégements fiscaux et autres incitations, ce qui a donné, dans la production et la reproduction, des concentrations endémiques de pauvreté et de ségrégation. La fracture rigide Nord-Sud, basée sur données économiques et raciales dans le comté de St. Louis est l’aboutissement de cette logique au cours des dernières décennies.

Ces systèmes municipaux divers sont étayés par un système de justice pénale qui est en grande partie déconnecté de la population qu’il est censé servir. Dans de nombreux cas, ces deux institutions fonctionnent efficacement comme des rackets officiels avec un vaste réseau de patronage. En raison de contraintes budgétaires conséquentes, les revenus des gouvernements municipaux à Ferguson et dans d’autres quartiers similaires comptent sur la pénalisation des habitants, l’extraction des amendes et de frais de justice de manière disproportionnée au regard du revenus des populations. La ville de Ferguson tire environ un quart de son chiffre d’affaires des redevances et amendes; d’autres villes dans le comté de St. Louis dans une situation similaire tirent plus de 50 pour cent de leurs revenus de ces pratiques. [17]

Les résidents de Ferguson affrontent donc un Etat qui redistribue vers le haut, les représentants du gouvernement et des policiers, les revenus provenant des segments les plus pauvres de la population. Ainsi, non seulement les résidents ont-ils été soumis à une pression à la baisse sur leurs revenus, mais encore la menace et l’actualité de la pénalisation ont servi à produire un gouvernement local qui adopte essentiellement une forme d’appropriation politique de la main-d’œuvre nécessaire, à savoir les salaires. Ceci est comparable à une taxe  sur  le simple fait d’«être» noir, ce qui contribue à la reproduction des coûts supplémentaires.

Les prolétaires noirs ont donc été coincés entre deux forces contradictoires: d’une part, la nécessité de la migration interne, résultant du déplacement ou de la nécessité de poursuivre et d’atteindre les emplois de services offerts au public, tels que l’éducation ou la santé. D’autre part, les contraintes à ce mouvement même par l’Etat, en particulier sous la forme de la police, qui ne servent pas seulement à réglementer la circulation des prolétaires noirs, mais qui médiatisent également leur reproduction.

Par conséquent, à Ferguson, la tactique des participants a répondu à ces conditions objectives, qui étaient pour la plupart enracinée dans la construction d’une forme de la territorialité et de la circulation qui a coordonné les mouvements des participants. West Florissant Avenue, l’artère principale de Ferguson, est devenu le premier site de rencontre entre la police et les émeutiers. Le QT Marta qui avait été pillé et brûlé dans les premiers jours a été transformé en un campements de toutes sortes, qui au cours de la journée a servi de point d’association pour les résidents et les autres qui étaient venus pour montrer leur soutien. La pugnacité de cette localité a servi de d’étincelle permettant aux émeutes de se maintenir [18] Les affrontements répétés avec la police lorsque la nuit est tombée faisaient écho à la même tactique utilisée pendant le mouvement des Places comme sur la place Tarir ou à Oakland ; chaque fois que la police a tenté de vider Florissant avenue, les manifestants revenaient, plus résolu et déterminé que jamais. Ce mode d’activité était tout à fait dans la même veine de ce qu’Aufheben avait caractérisé comme émeute de la communauté, suivant leur typologie des perturbations dans les émeutes anglaises de 2011. La principale préoccupation pour les émeutiers était de maintenir une territorialité distincte et de récupérer un espace habituellement contrôlé par la police.

Sur un plan plus général, Ferguson est devenu le pôle d’attirance pour tous ceux, de partout dans le pays, qui sont contraints de rejoindre la rébellion. Beaucoup viennent des villes voisines également touchées par les mêmes pratiques policières racistes que Ferguson. D’autres manifestants ont voyagés, de villes ou même d’Etats éloignés dans certains cas. Ainsi, à bien des égards, Ferguson n’était pas simplement une émeute de la communauté, mais plus encore une émeute métropolitaine où la petite banlieue de Ferguson est devenu un nœud de convergence, de circulation des personnes et des forces plusd ou moins lointaines, un peu comme le mouvement des Places. De cette façon, l’ensemble de la distinction entre «locaux» et  «agitateurs étrangers» a été suspendue.

Les considérations territoriales ont joué un rôle beaucoup plus important dans les éruptions de Ferguson que lors de précédentes rébellions anti-police aux États-Unis. Les émeutes de 2011 en Angleterre ont également partagé une logique similaire, où plusieurs localités ont été transformées en lieux de confrontation entre émeutiers et police. Cependant, la propagation globale des émeutes anglaises a été répartie sur une vaste étendue de territoire, reflétant dans une large mesure la composition hétérogène des émeutiers eux-mêmes. Ainsi, la propagation des émeutes a été plus réelle que dans Ferguson, qui est devenu un nœud dense et cristallisé de l’antagonisme. Une grande partie de la raison de cette concentration peut être attribuée à la singularité de la région qui englobe le Midwest et le Sud, et sa formation raciale historiquement spécifique. Etant l’un des premiers passages migratoires pour les Noirs à la fin du XIXe et au du début du XXe, les relations entre prolétaires blancs et noirs prennent une tonalité très différente d’autres régions du pays.

Mort sociale

Une politique fondée sur l’unité noire est-elle possible? Les formes anciennes de la politique noire des années 1960 et 1970 semblent maintenant, de notre point de vue, un phénomène historique singulier. Même si la population noire a été largement confinée dans le ghetto du centre-ville, cet environnement est un ensemble complémentaire des organisations politiques noires, des entreprises et des institutions de la société civile qui ont fourni les conditions dans lesquelles une forme historique spécifique de la politique noire pourrait ainsi survenir. En général, même en dépit des différences de classe au sein de la communauté noire, cela ne s’exprimait pas dans l’espace; Les noirs venus d’horizons de classe divers inter réagissaient les uns avec les autres et habitaient les mêmes quartiers.

Ces quartiers de mixité de classe, complétés par une constellation d’organisations sociales et politiques, ce qu’ Allan Spear appelle le ghetto institutionnel, ont fourni la base essentielle de la politique noire dans le milieu du XXe siècle, plus typiquement exprimées dans les droits civils et le mouvement Black Power. La séquence de luttes des années 1960 et 70 a été l’aboutissement de ce type de formation en milieu urbain,  rapidement suivie par le retranchement des services fournis par l’État et le retrait du marché du travail. C’est dans ce contexte que la configuration urbaine qui avait composé le ghetto institutionnel s’est dissous.

Mais avec l’avènement de la désindustrialisation et la dissolution de l’État-providence, la paupérisation tomba sur le ghetto institutionnel. La classe moyenne noire prit ses distances avec les défavorisés en se déplaçant vers les banlieues ou d’autres zones non directement touchées par la hausse du chômage et la dislocation sociale. Ainsi la ségrégation raciale et économique a été aggravée quand les ménages de la classe moyenne noire ont fui la désolation en sens inverse du ghetto institutionnel.

Alors que l’unité noire est la base essentielle de la cohésion des émeutes, la base sous-jacente de cette unité est donc fragile. Comment peut-on affirmer la chose même qui était la base de la domination? Cette question a traversé la série d’émeutes et de manifestations à Ferguson. Les participants eux-mêmes ont tenté de répondre à cette question de façons variée et donc hétérogène aussi bien de par leur composition que dans leurs perspectives. La variété de tactiques reflète plus la multitude de fractions distinctes qui ont agi parfois de concert et d’autres fois en conflit les uns avec les autres. Dans une analyse révélatrice des principaux acteurs des émeutes, un article du Washington Post a involontairement publié une analyse de la composition de classe de l’émeute, réduisant les participants en quatre groupes principaux: Les aînés, les pacifiques, les pillards, et les militants [19]

C’est peut-être les militants, en particulier les fractions ultrapériphériques des exclus, dont les actes et la perspective nihiliste globale désespérée parle le mieux de la situation des Noirs en Amérique. Les militants comprennent un réseau informel de jeunes hommes chômeurs noirs, dont beaucoup viennent non seulement des villes voisines dans le comté de St. Louis, mais aussi des villes des états voisins, tels que Chicago, Detroit, New York, et d’autres environnements urbains qui ont partagé un destin historique semblable à Saint-Louis. Leur principal objectif était de s’affronter à la police directement par tous les moyens nécessaires. Cela a pris la forme de pillages, d’émeutes, ou des fusillades sporadiques avec la police et autres qui ont ponctué le déroulement des événements. Leurs proclamations affirmant la mort («prêt à mourir») mettent en évidence l’horizon proposé à de nombreux jeunes noir aujourd’hui, que ce soit par l’État ou par l’économie. En faisant face à l’imminence de la mort à tout moment, ils reconnaissent l’essence même du fait d’ « être noir » dans l’Amérique d’aujourd’hui. Leur situation quotidienne est déjà imprégnée par une espèce de guerre civile diffuse de faible intensité avec la police.

Une déclaration récente de jeunes activistes noirs corrobore ce point de vue: «ne venez pas à Ferguson si vous n’êtes pas prêt à mourir» [20] Les factions les plus militantes des émeutiers semblent parler de la vérité de la situation: En affirmant le fait d’ « être noir » on affirme en même temps la mort comme son propre avenir.

Cette perspective est en contradiction frappante d’avec les plus âgés, qui sont largement ancrés dans une politique de représentation institutionnalisés ancienne, cultivée à partir de la fondation du ghetto institutionnel. Cette ancienne génération vante une «politique de respectabilité», une idéologie de la classe moyenne noire basée sur la reconnaissance d’une éthique de travail spécifiquement noire. Pourtant, pour de nombreux jeunes noirs, cela fait peu de sens à une époque où la montée du chômage et de l’augmentation des niveaux d’incarcération sont les formes prédominantes de reconnaissance.

Au moment des premiers événements dans Ferguson, beaucoup de jeunes noirs ont exprimé leurs frustrations vis-à-vis des plus âgés dont les prises de position apparaissent souvent être largement déconnectées des préoccupations immédiates de la jeunesse. Ces frustrations ont débordé dans le week-end d’action à la mi Octobre, appelé Ferguson October, au cours duquel la jeunesse noire a bloqué un rassemblement pour dénoncer les limites des organisations historiques plus anciennes, comme la NAACP. Pour les jeunes, la politique de représentation, incarnées par les anciens, représente une impasse.

La ligne de faille entre les anciens et les jeunes noirs signe l’approfondissement d’une différenciation de classe qui produit une tension immanente à la reproduction de la force de travail. Cette situation se reflète immédiatement dans la situation des jeunes Noirs en particulier, qui ont été accablés par le taux de chômage le plus élevé de toute la population. Les jeunes Noirs habitent la fissure entre la reproduction de la force de travail et sa reproduction à long terme au jour le jour. Face à cette dissonance, Le Capital « préfère des stratégies qui minimisent le travail nécessaire sur le long terme tout en assurant simultanément la reproduction de la force de travail.»[21]

Cette fragmentation dans la reproduction de la force de travail met en évidence la «fermeture entre les générations”, plus perceptible dans la composition par âge de Ferguson où l’âge médian est autour de 30 ans. [22] La fermeture intergénérationnelle implique un chevauchement dans les réseaux adultes et de la jeunesse dans un quartier donné. Plus grand est le chevauchement entre les réseaux, mieux sont intégrés à la fois les adultes, et en particulier les jeunes, dans la communauté au sens large. Ceci est par ailleurs corroborées par diverses institutions communautaires, tels que les organisations politiques, les clubs civiques, les écoles, les églises, et ainsi de suite.

Comme tous les motifs de l’action collective sur la base d’une identité communautaire positive sont dissous, les émeutes apparaissent comme une réponse à la désintégration générale du tissu social. Toute base positive de la relation entre prolétaires en est venue à jouer un rôle négatif en réponse à la police, dont la fonction primordiale est de maintenir la déconnexion et l’antagonisme croissant au sein et entre les communautés de dissolution. Peut-être que l’expression la plus nette de cet antagonisme croissant se trouve dans les réactions au meurtre de Michael Brown et dans les événements qui ont suivi à Ferguson, ce qui a polarisé les lignes raciales. Un nombre croissant de prolétaires blancs, dont certains ont trouvé justifié le tir policier, ont de plus en plus exprimés leur désapprobation et même leur ressentiment contre les manifestations.

Antonio French, un politicien local participant aux manifestations, confirme cette atmosphère chargée d’émotion: «Il y a trop de jeunes hommes disant qu’ils sont prêts à mourir ce soir». Sans aucune base pour prétendre à un semblant d’humanité, ceci semble la seule option qui reste à ces jeunes noirs dont les vies sont jugées consommables. En l’absence d’un horizon positif, les jeunes noirs en sont réduits à engager une lutte basée uniquement sur le châtiment.

Pour les plus jeunes générations qui grandissent dans la société capitaliste d’aujourd’hui, la paupérisation est vécue comme une exclusion sans cesse croissante de la société capitaliste et de ses institutions. Dans le monde il y a actuellement environ 357 700 000 de jeunes qui ne sont ni dans l’éducation, l’emploi ou la formation (NEET). Dans les pays à revenu élevé, 16,7 millions les jeunes sont dans cette situation alors que dans les pays à faible et moyen revenu de plus de 341 millions jeune sont déconnectés de ces institutions. [23] Aux États-Unis 16 pour cent de la population âgée de 15 à 29 ans sont considérés comme étant déconnectés. Une enquête menée au Royaume-Uni l’année dernière a constaté que 10% des jeunes chômeurs de longue durée trouvent qu’ils ont rien à vivre [24] Ces jeunes sont laissés dans la poussière tandis que l’économie traîne en avant son incertitude. Ils viennent grossir les rangs des exclus, les inemployables, les parias.

Où en sommes-nous? Comme l’État du Missouri et les habitants de Ferguson se préparent à l’annonce de la décision du grand jury, on se retrouve avec une série de questions qui se posent aux frontières extérieures des émeutes. Comme la territorialité est de plus en plus amenée à jouer un rôle majeur dans la détermination de la forme et de l’extension des luttes aujourd’hui, nous pouvons peut-être harmoniser nos compréhensions sur le fait que les luttes en sont venues à aborder le problème de la composition spatiale, celui qui a été en grande partie contrôlée par l’accumulation du capital. Comment pouvons-nous concevoir une insurrection qui s’étende et prenne sur une plus grande étendue de territoire? Par quels moyens les banlieues similaires à Ferguson, qui sont relativement déconnectées et isolées des centres d’accumulation de richesse, se rapportent à ces mêmes centres? Comment les liens entre territoires séditieux seront construits? Comment les formes de contre-circulation, la circulation des ressources et des gens qui se les approprient et subvertissent la circulation des capitaux, pourront être établies entre les nœuds de l’activité insurrectionnelle? Bien sûr, ce sont des questions ouvertes, des questions qui ne seront matériellement résolues que dans le cadre des nouvelles éruptions.

R.L. travaille sur la théorie communiste. Il peut être contacté à loroleis [at] riseup.net

Traduction dndf

[1] Voir Endnotes, ‘The Holding Pattern’, Endnotes, no. 3 (September 2013), http://endnotes.org.uk/en/endnotes-the-holding-pat….

[2] Dans ce cas, nous utilisons de la conceptualisation de la «race» et le racisme de Barbara et Karen tels qu’établis dans leur livre Racecraft. Lorsqu’on se réfère à des «noirs» ou «blancs», nous prenons également en considération la distance nécessaire à partir de ces termes comme réification d’une relation sociale, à savoir le racisme.

[3] Karl Marx, le volume de capital 1.

[4] «chômage noir est toujours bien pire que le chômage blanc. Mais l’écart dépend de l’endroit où vous vivez », Philip Bump, Washington Post, 6 Septembre 2014.

[5] Voir See Phil A. Neel, ‘New Ghettos Burning’, Ultra, August 2014, http://www.ultra-com.org/project/new-ghettos-burning/

[6] «The Making of Ferguson», Dissent Magazine 16 Aout 2014.

[7] Pour voir de nombreux détails sur les données recueillies, aller à www.confrontingsuburbanpoverty.org et rechercher ‘Suburban Poverty Data Tables’.

[8] Jan-Evert Nilsson, ‘Sweden – the emergence of a national urban policy’, Blekinge Institute of Technology, 2007.

[9] Voir ‘Kinloch connection: Ferguson fuelled by razing of historic black town’, Al Jazeera America, 20 August 2014.

[10] Voir ‘St. Louis: A City Divided’, Al Jazeera America, 18 aout 2014.

[11] Voir ‘Another Shadow in Ferguson as Outside Firms Buy and Rent Out Distressed Homes’, New York Times, 3 Septembre 2014.

[12] Voir ‘5 disturbing stats on black-white inequality’, CNN Money, 21 Aout 2014.

.

[13] Les lois sur le droit au travail visaient à empêcher le syndicat de gérer une usine fermée, empéchant efficacement toute possibilité d’organisation des travailleurs du secteur.

[14] Susan Helper, Timothy Krueger, and Howard Wial. ‘Locating American Manufacturing: Trends in the Geography of Production’, The Brookings Institution, 9 May 2012., le 9 mai 2012. http://www.brookings.edu/research/reports/2012/05/09-locating-american-manufacturing-wial

[15] Neil Smith, ‘New Globalism, New Urbanism: Gentrification as Global Urban Strategy’, Antipode 34, no. 3 (1 July 2002), pp.427–50

[16] Karl Marx, Grundrisse.

[17] Jeff Smith, ‘In Ferguson, Black Town, White Power’, New York Times, 17 Aou 2014.

[18] Cars, Guns, Autonomy: On the Finer Points of the Recent Revolt in Ferguson, MO’, Avalanche, Numéro 3, novembre 2014.

[19] ‘Ferguson protestors: The peaceful, the elders, the looters, and the “militants”’, The Washington Post, 18 Août 2014.

[20] Voir ‘Activists: “Don’t come to Ferguson if you aren’t ready to die”’, The Washington Times, 8 Octobre 2014.

[21] Lise Vogel, le marxisme et l’oppression des femmes: Vers une théorie unitaire, Cambridge: Pluto Press, 1983.

[22] inventé par James S. Coleman, la conception est explicité par William Julius Wilson dans When Work Disappears: The World of the New Urban Poor, New York: Vintage, 1997.

[23] Global Agenda Councils – Youth Unemployment Visualization 2013’, World Economic Forum.

[24 One in 10 young British “have nothing to live for”’, The Guardian, 1er Janvier 2014.

http://www.liberation.fr/monde/2014/11/24/ferguson-le-policier-va-savoir-dans-la-journee-s-il-est-inculpe_1150016

De violentes échauffourées et des pillages ont éclaté lundi soir dans la petite ville américaine de Ferguson, après la décision d’un grand jury populaire de ne pas poursuivre un policier blanc qui a tué cet été un jeune Noir sans arme. «Pas de justice, pas de paix», ont scandé des manifestants en colère après l’exonération du policier Darren Wilson, malgré les appels au calme lancés par le président Barack Obama et la famille du jeune noir Michael Brown.

«Arrêtez de lancer des pierres», a crié un policier à l’adresse des manifestants massés dans les rues de Ferguson. Des vitrines étaient brisées et les nombreuses caméras de télévision montraient des voitures en feu dans cette banlieue de St Louis, où de graves émeutes raciales avaient déjà éclaté en août après la mort de Michael Brown, abattu en plein jour de six balles par un policier.

Après trois mois de délibérations, le procureur du comté de St Louis a annoncé que l’agent de police ne serait pas inculpé, comme l’espérait la communauté noire. «Le devoir d’un grand jury est de séparer les faits de la fiction», a déclaré à la presse le procureur Robert McCulloch, les jurés «ont déterminé qu’il n’y a pas de raison suffisante d’intenter des poursuites contre l’officier Wilson».

Peu après l’annonce de la décision, le président Obama et la famille de Michael Brown ont exhorté la foule à manifester dans le calme et à la police de faire preuve de«retenue». Protégés de casques à visière et de gilets pare-balle, les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants, a constaté l’AFP. La police a fait également état de plusieurs scènes de pillages au nord de cette banlieue de St Louis.

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  1. adé
  2. adé
    26/11/2014 à 16:17 | #2

    http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20141126.OBS6119/photos-ferguson-de-new-york-a-los-angeles-les-americains-en-colere.html

    Parmi les pancartes, celle-ci :
    You don’t need a Grand Jury to know
    WHITE AMERICA IS GUILTY
    in the first degree of the murder of Michael Brown
    and millions more.

    =Vous n’avez pas besoin de Grand Jury pour savoir que l’Amérique Blanche est coupable au 1er degré du meurtre de Michael Brown et de millions d’autres.

  3. adé
    28/11/2014 à 18:08 | #3

    http://insurgentnotes.com/2014/11/no-more-missouri-compromises/

    The whole system is guilty like hell

    (Tout le système est coupable d’enfer)

    Très bon article relayé par Mondialisme.org

  4. salle des machines
    04/12/2014 à 12:19 | #4

    encore un meurtre


    http://www.liberation.fr/monde/2014/12/04/mort-d-un-noir-a-new-york-ouverture-d-une-enquete-federale_1156361

    Des milliers de manifestants se sont rassemblés mercredi soir 3 décembre dans plusieurs quartiers de New York, et une trentaine de personnes ont été arrêtées, après la décision d’un grand jury de ne pas inculper un policier blanc impliqué dans la mort d’un père de famille noir.

    Cette décision est intervenue dix jours après une décision similaire à Ferguson (Missouri) qui avait suscité des émeutes, et de très importantes forces de police avaient été déployées à New York pour éviter tout incident.

    Le ministre de la Justice Eric Holder a par ailleurs immédiatement annoncé mercredi soir une enquête fédérale sur une éventuelle violation des droits civiques de la victime, Eric Garner.
    Plusieurs cortèges ont convergé vers Broadway et Times Square, où quelque 5.000 personnes étaient rassemblées en fin de soirée, selon le Washington Post. Des conducteurs bloqués par les manifestations klaxonnaient en signe de soutien, seloon le journal.

  5. salle des machines
  6. adé
  7. adé
    05/12/2014 à 22:23 | #7

    http://www.courrierinternational.com/article/2014/12/04/combien-de-bavures-passees-sous-silence
    Pour ces chiffres : en 2013, selon des journalistes 1000 personnes se sont faites flinguer par the cops, contre 27 cops tués selon FBI…

  8. adé
  9. salle des machines
    08/12/2014 à 14:12 | #9

    Californie: 2e nuit de manifestations violentes contre les bavures policières

    http://www.liberation.fr/monde/2014/12/08/californie-2e-nuit-de-manifestations-violentes-contre-les-bavures-policieres_1159246

    Des manifestations émaillées de violences ont eu lieu pour la deuxième nuit consécutive en Californie, pour dénoncer les bavures policières contre les Noirs qui se sont multipliées au cours des derniers mois aux Etats-Unis.
    Plusieurs centaines de manifestants ont cassé des vitrines de magasins, pillé des commerces, vandalisé des voitures et incendié de poubelles à Berkeley et Oakland, où la police a dû faire usage de gaz lacrymogènes et a indiqué avoir procédé à des arrestations.
    Plusieurs policiers ont été blessés dans les affrontements avec les manifestants, selon les autorités.

  10. adé
    08/12/2014 à 23:59 | #10
  11. salle des machines
  12. salle des machines