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Sur les assemblées de quartiers à Athènes

Un texte paru le 4 juillet sur le site grec http://skya.espiv.net/2015/07/04/fos-nero-tilefono/ et traduit du grec à l’anglais par un camarade du blog « communisation »

Théoriquement parlant, ce groupe est un mélange de pro-operaïsme, pro-Thomson et pro-Socialisme ou Barbarie. Il forme l’un des groupes les plus intéressants d’Athènes.

Version française de dndf

English version below

Lumière, eau, téléphone, la lutte de classe dans les redevances quotidiennes:  luttes dans la reproduction sociale et le travail dans les quartiers d’Athènes
«Ici, dans ce quartier, dans la prochaine petite rue, le nid construit une petite perdrix “
chanson traditionnelle de Corfou

La révolte de Décembre 2008, puis le «mouvement des places» à l’été 2011 ont ouvert la porte toute grande aux formes d’organisation et de luttes appelées assemblées de quartier. Nous parlons des démarches collectives ouvertes, à caractère auto-organisé, qui ont essayé de territorialiser leur intervention politique au niveau du quartier, de façon stable. Ici, bien sûr, nous ne tenterons pas d’écrire l’histoire ou exposer la généalogie des assemblées de quartier à Athènes, ni de présenter tous leurs contenus politiques en 4.000 mots. Notre objectif est d’analyser la position des assemblées de quartier dans le cycle de luttes contre la dévalorisation du travail, au sujet de nos vies en temps de crise capitaliste et de restructuration. En bref, nous essayons de comprendre ce que sont les positions des assemblées de quartier au cours des dernières années concernant les questions qui ont été posées par les conséquences immédiates de la crise / restructuration dans les domaines de la reproduction sociale et du rapport d’exploitation.


A ce moment là, je dois préciser le point de vue de ce texte par rapport mien. Tout d’abord, mon point de vue est celui de l’implication personnelle dans des projets de quartier pendant environ 6 ans. Deuxièmement, j’écris avec une propension à réfléchir au delà du cycle de luttes qui impliquaient les assemblées de quartier. Et troisièmement, je veux contribuer à une stratégie pour les luttes à venir. Tout cela implique deux choses principales. Que toute critique exprimée dans le texte est, jusqu’à un certain point, auto-critique. Et que ce texte est écrit, en fin de compte, du point de vue de la défense réelle des assemblées et de la tentative d’explorer leurs limites et  possibilités comme formes territorialisées d’organisation et de lutte.

Voyons d’abord ce que nous entendons quand nous parlons de domaines de la reproduction sociale et de l’exploitation. Il est déjà connu et directement ressenti par tout le monde que la classe des exploités ne se reproduit pas uniquement par le salaire au titre de rémunération de son travail. Notre  reproduction sociale, c’est-à-dire, grosso modo, le fait d’être en mesure de survivre tous les jours comme sujet social, a un coût constitué à la fois du salaire direct (l’argent disponible pour payer le loyer, la nourriture, les loisirs, etc.) et du salaire indirect que nous recevons du gouvernement  sous la forme de prestations et de services (les soins, l’éducation, les avantages, les congés payés, le transport, etc.). Notre niveau dans la reproduction sociale est la réponse à la question «comment se débrouiller ? » quels sont nos besoins et comment les satisfaire. Cette question est posée à chaque fois, historiquement, par ce que nous demandons et ce que nous gagnons dans les domaines des salaires direct et indirect. Dès le début, la crise a eu des conséquences importantes pour notre reproduction quotidienne. En bref, le capital nous oblige à vivre avec moins (en termes d’argent et d’avantages) que ce à quoi nous étions habitués. Sur ce terrain, les assemblées de quartier ont donné des luttes qui ont touché directement la façon dont nous gérons nos besoins collectivement dans l’environnement étouffant de la crise, ce dont nous allons parler plus en détail ci-dessous.

Si nous avions à donner une définition complète et abstraite des assemblées de quartier, nous dirions que ce sont des formes d’activités prolétariennes, organisées et territorialisées. A un deuxième niveau, ce sont également  de petites mais importantes étapes de la recomposition de classe en termes de lutte. Expliquons-nous. Nous soutenons que, au-delà du contenu politique individuel, les assemblées sont des formes d’organisation et de luttes des exploités / opprimés afin de mutualiser leurs besoins au niveau local dans les conditions de la restructuration capitaliste. Cela signifie, en résumé, qu’ont émergé plus de sujets de luttes immédiates et urgentes qu’au au cours des 5-6 dernières années,  sur l’électricité, l’impôt foncier, l’argent pour accéder aux hôpitaux, le coût des transport ou le refus des licenciements, sur les sommes à payer, la question des aliments et le blocage de l’exploitation capitaliste des espaces publics. En outre, les assemblées ont créé du temps et des espaces nouveaux dans les quartiers et dans lesquels des sujets plus ou moins séparés les uns des autres – ou du moins non unis auparavant dans des processus collectifs communs (travailleurs, chômeurs, étudiants, étudiants, femmes au foyer, retraités) –  se sont rencontrés et socialisés en termes de partage et de lutte.

Tout cela bien sûr ne signifie pas que ces activités se définissent expressément elles mêmes comme formes de l’activité du prolétariat et de la recomposition de la classe. À ma connaissance, ce ne fut le cas dans aucune des assemblées de quartier. Voici donc soulevé la question de savoir comment nous analysons les choses auxquelles nous participons. Marx a écrit que nous ne pouvons pas juger une personne par l’opinion qu’elle a d’elle-même; donc nous ne pouvons pas juger une telle époque par la subversion de la conscience qu’elle a d’elle-même. Nous aimerions également ajouter que nous ne pouvons pas juger une personne sur ce qu’elle dit, mais (surtout) sur ce qu’elle fait. Donc, nous partons de l’acte lui-même. Nous amenons les conclusions ci-dessus à partir notre expérience et de notre participation aux luttes (ce que nous faisons et comment nous le faisons), mais aussi à partir de la composition sociale et de classe de ces luttes (qui nous sommes, hommes et femmes). Donc, cela est une interprétation politique et non pas un descriptif, qui est en même temps une proposition politique pour l’analyse et l’action. En bref, nous ne considérons pas les mobilisations faites par les assemblées simplement comme des «interventions politiques», mais comme une lutte des classes avec ses propres contenus, ses contradictions et ses limites. Aussi, nous ne réduisons pas les participants à des «participants» (même les politisés), mais comme une communauté vivante de la lutte d’exploités qui créent des relations sociales entre eux. Est-ce à dire que nous ne devrions pas prêter attention à ce que les gens disent sur eux-mêmes? En aucun cas. Mais nous devons garder à l’esprit que ce qu’ils disent, bien qu’important, n’est ni la définition ni l’ultime reflet nécessaire ce qui se passe dans la réalité. Pour être plus précis, la façon dont on parle de ce que l’on fait n’est  qu’un moment dans un processus de (auto) transformation. C’est-à-dire qu’Il est un enjeu politique continu qui montre comment se déroule et se décrit l’acte collectif.

Nous pensons que c’est un piège dans lequel tombent plusieurs parties du mouvement: généralement, quand ils sont aux prises avec la relation entre le politique et le social et, plus précisément, quand ils discutent sur les assemblées de quartier. Ces dernières ont souvent été critiquées comme étant bourgeoises ou interclassistes, sans contenu politique réel ou sans véritable «conscience de classe». Nous ne répondrons pas en détail ici, mais nous nous bornerons à quelques brèves remarques. Tout d’abord, en utilisant des termes idéologiques abstraits, on ne peut pas juger des processus sociaux ouverts qui comprennent à la fois des militants politisés et des éléments plus larges de la classe, politisés pour la première fois. Deuxièmement, même si, en théorie, les conditions de constitution des assemblées permettent (ils ne l’interdisent pas explicitement) la participation de micro-patrons, dans la pratique, nous voyons que ce n‘est pas le cas. Il ya quelque chose qui empêche ou décourage activement leur participation. Et, troisièmement, si l’on regarde le cycle des luttes au cours des dernières années au niveau du travail et de la reproduction, nous voyons que les assemblées de quartier se sont impliquées dans ce cycle beaucoup plus que la grande majorité des sujets politiques collectifs (dont beaucoup, en dépit de hisser le drapeau de la «conscience de classe», ne font que regarder les luttes à une distance de sécurité et avec des jumelles «prolétariennes»). Et enfin, si nous attendons que les sujets de la lutte  parlent la langue idéologique ou théorique de la lutte de classe, nous allons finir par ne considérer comme «prolétaires» et «porteurs» de la conscience de classe que ceux qui sont d’accord avec nos opinions politiques et non pas ceux qui développent effectivement des activités contre le capital et des relations sociales capitalistes.
Les différentes assemblées de quartier se sont positionnées, de tout à fait commune et convergente, contre la politique de dévaluation, souvent en raison de leurs interrelations politiques. Cela s’est fait de deux façons parallèles, en particulier pendant la période 2010-2013, et, dans une certaine mesure, plus récemment. La première étape a été la création de relations de lutte et de solidarité au niveau local, notamment par le biais de revendications et d’actions sur le coût de la vie. Cette étape a impliqué des  luttes autour de la fourniture d’électricité, le coût du transport et des soins, mais aussi la mise en place de structures d’entraide telles que les cuisines collectives, les bazars d’échanges gratuits, les cours d’enseignement supplémentaires aux élèves et les cliniques sociales. La seconde étape a impliqué leur présence organisée et très souvent conflictuelle au niveau de la rue comme sujets collectifs visibles, en particulier dans les manifestations de masse au cours des grèves générales à Athènes; mais aussi à des manifestations au niveau local en cas de grèves générales telles que les marches à travers le quartier, puis au centre d’Athènes avec d’autres assemblées; ou en bloquant les lieux de travail  au même moment. Dans l’ensemble, nous dirions que les principaux contenus politiques des assemblées à ce moment-là ont été, d’une part, la promotion du non-paiement et de la solidarité dans la vie quotidienne et, d’autre part, la pratique des conflits contyre les diktats du capital au niveau central et régional.

Depuis quelque temps, cette forme d’activité des assemblées s’est lui-même trouvé en crise. La crise, qui concerne à la fois leur forme et leur contenu, nous montre qu’ils ont fait un cycle politique, ce qui ne signifie en aucun cas qu’ils sont politiquement en faillite ou ont cessé de lutter. Leur crise se rapporte à deux facteurs objectifs et subjectifs. Tout d’abord, l’approfondissement de la crise capitaliste elle-même et l’absence de résultats concrets importants du point de vue des luttes (en dépit de leur intensité et de la conflictualité) ont conduit de nombreuses personnes à la frustration et à l’éloignement des processus collectifs; et souvent à l’attente de la victoire électorale de SYRIZA. La récession progressive et générale de l’antagonisme social de 2012 a également produit l’éloignement d’une partie du mouvement des processus collectifs ouverts. Cette distanciation, comme un retour aux identités politiques rigides, a pris deux formes principales: d’une part, la recherche de réponses politiques dans les processus idéologiques clos et, d’autre part, le retranchement idéologique et la fermeture des assemblées elles-mêmes, même si elles conservent généralement leur caractère ouvert. Pour dire les choses plus simplement, plusieurs assemblées ont été dissoutes ou périclitent et dans la plupart des cas, des gens de moins politisés y participent.
Ici, nous allons essayer d’examiner cette crise des assemblées du point de vue des luttes qu’elles ont menées durant ces années sur le terrain de la reproduction et du travail. Nous allons essayer d’analyser leur crise comme un produit des limites qu’elles rencontrent dans les luttes et d’explorer le dépassement de la crise comme une possibilité réelle dans les luttes.

Commençons d’abord par considérer le contenu des luttes menées par les assemblées sur terrain de notre reproduction sociale, du point de vue des exploités. Comme nous le disions précédemment, le processus de crise / restructuration a rapidement eu des conséquences directes sur les coûts de la survie quotidienne. Les assemblées de quartier ont très rapidement ouvert des fronts  de lutte autour de ces coûts, d’une manière très différente de la façon dont les formes politiques traditionnelles procèdent. Au lieu de campagnes politiques abstraites, au contenu strictement dénonciateur ou idéologique, elles ont choisi d’engager, d’une part, (avec autant de forces qu’elles avaient) des luttes revendicatives et la promotion active du refus social de payer l’État et le Capital et, d’autre part, de créer des structures autonomes afin de répondre aux besoins sociaux directs.

En ce qui concerne le refus des paiements, les trois principaux terrains de lutte ont été le refus de payer l’impôt foncier sur les factures d’électricité, la « reconnexion » de l’électricité en cas de coupures, la tentative de bloquer l’imposition du billet de 5 euros pour accéder à des soins hospitaliers et l’exigence de la libre circulation qui a pris la forme d’une opposition aux augmentations du prix des billets des transports publics et le sabotage pratique du fonctionnement des contrôleurs. Historiquement parlant, il est très important de noter à ce stade que les assemblées ont été en mesure “d’enfoncer le clou” en ce qui concerne certains des enjeux centraux de la situation de classe au niveau de la vie quotidienne. Ce qui est la plus grande vertu du fait de faire une politique de combat à partir des besoins sociaux. D’une part, vous essayez de bloquer la restructuration d’une manière territorialisée dans l’espace réel et le temps, d’autre part vous essayez de vous connecter et de construire des relations de luttes avec des sujets sociaux sur des participations directes, avec des objectifs précis. Telles étaient les exigences qui préoccupaient les assemblées au niveau de la reproduction sociale, tant il est vrai que les taxes exceptionnelles sur des denrées de base comme l’électricité, le démantèlement des services publics de santé et le coût de transport de la ville atteignent la qualité de vie des exploités d’une manière exceptionnellement directe et oppressante. D’autre part, la plupart des assemblées ont essayé de mettre en place des structures stables pour répondre aux besoins, en termes d’auto-organisation de la vie quotidienne et de solidarité. Ces exemples ont soulevé des questions concernant l’alimentation, les soins de santé et des articles de première nécessité.
Ce double objectif a été et est un élément clé de la vie de la plupart des assemblées de quartier. Néanmoins, il a produit une série de contradictions et de limites dont nous  sentons qu’elles n’ont pas été suffisamment discutées; un fait auquel la réticence générale à la réflexion et l’auto-critique, concernant plusieurs parties du mouvement, contribue. Bien que, superficiellement, les luttes revendicatives et les structures autonomes semblent se compléter les unes les autres, dans la plupart des cas, cela se déroule à un niveau séparé ou abstrait. Et ici apparaît le déficit de débat de fond sur ce que nous voulons faire et comment. À ce stade, nous ne disposons pas de lieu pour analyser en profondeur chaque lutte individuelle et la structure, donc nous allons essayer d’examiner certaines des limites qui traversent  ces processus, en essayant de nous expliquer autant que possible par l’utilisation d’exemples.

Les luttes revendicatives comme celles contre l’impôt sur l’électricité, le transport et l’augmentation des coûts de soins de santé ont été forcées d’avancer sous deux dynamiques. D’une part, elles ont développé une logique d’action directe et la mobilisation (presque) quotidienne des assemblées; et de l’autre, il est apparu une logique particulière de la délégation qui découle des enjeux de la lutte. En d’autres termes, alors que les assemblées été mobilisées quotidiennement sur ces luttes, pour lesquelles l’appel à participation été ouvert et public, beaucoup de gens les ont traités de “Robin des Bois” qui viendraient et résoudraient les problèmes, d’une manière directe et militante. Cela est devenu particulièrement évident dans le cas des taxes sur l’habitation lorsque, alors qu’il y avait eut de très nombreux appels d’urgence pour reconnecter le courant électrique, beaucoup moins de personnes rejoignaient les assemblées. Mais il serait superficiel de ne pas prêter attention à la façon dont ces deux dynamiques ont été combinées. Et il serait aussi superficiel de nous en tenir à la conclusion simple que «c’est comme cela, les gens veulent tout tout cuit ».  Nous pensons que quelque chose dans la façon dont nous avons agi, à défaut de créer de la délégation l’a intensifié dans certains cas. De la part des assemblées, l’activisme et la propagande par le fait l’emportait souvent sur le débat à propos de la tactique et de la stratégie spécifiques pour gagner. La plupart du temps, nous  appelions les gens à s’engager dans la désobéissance civile et à refuser de payer sans tenir compte de la façon de lutter efficacement contre l’Etat lui-même pour gagner ces luttes et sans rechercher les processus qui nous permettraient de créer des relations réelles de lutte avec les exploités. Comment pouvons-nous former des communautés de lutte au-delà de nous? Cette question est restée largement implicite – ou traitée par un simple “qu’ils viennent à l’assemblée.” Et là se trouve également une autre question sur la façon d’ouvrir réellement nos procédures afin de les faire devenir vraiment massives et collectives. En outre, étant donné que ces luttes ont tourné autour des agences de l’Etat, nous n’avons jamais sérieusement étudié la façon dont nous pourrions communiquer avec les employés de ces services, au-delà de leurs bureaucraties syndicales et des structures corporatives, et tenter conjointement de bloquer la restructuration à la fois comme employés et comme usagers des services. C’était déjà le pari dans la connexion  avec les travailleurs des transports pendant l’hiver 2010-2011, quand ils étaient eux-mêmes en lutte, et qui n’est pas allé au-delà des relations politiques déjà existantes

Pour ce qui concerne les structures de solidarité (les cuisines, les bazars, les cliniques, etc.), les choses sont encore plus compliquées, car l’absence de véritable débat sur leur contenu les a conduit à une crise ou une désertion majeure et, dans plusieurs cas, à la dissolution ou l’intégration. Bien qu’ils furent et restent des espaces quotidiens importants de partage et de socialisation pour les assemblées, répondre aux besoins des participants, individuellement, ne fut pas leur première préoccupation. Ils ont plutôt essayé de combler les lacunes créées par l’État-providence moribon, que cela ait été leur objectif ou pas. En bref, au lieu de d’essayer de répondre aux besoins (de reproduction matérielle et de socialisation) de la communauté de lutte, ils ont essayé de répondre à la «société» globale d’une manière générale et abstraite. Cela a fait émerger un certain nombre de questions. Tout d’abord, que nos assemblées ne peuvent pas combler les lacunes de la reproduction sociale, même si elles le veulent. Deuxièmement, que “la société” choisit toujours, en fin de compte, ceux qui le font le mieux (c’est à dire ceux qui ont des infrastructures, de l’argent et du soutien pour ce faire) comme les municipalités, l’église, les ONG ou, dans certains cas, même les fascistes (seulement pour les Grecs…). Troisièmement, nous nous retrouvions à offrir du travail non rémunéré dans les domaines de la production sociale dont l’État se retire au lieu d’exiger l’extension du salaire social d’une manière militante et avec un contenu de classe. Autrement dit, au lieu d’exiger toujours plus de l’Etat sur la base de la satisfaction de nos besoins collectifs et de modifier l’équilibre des forces dans les relations d’exploitation existantes, nous finissions souvent par reproduire les logiques de “volontariat humanitaire”, même si cela n’était pas notre intention. Nous pensons que ces contradictions dans les structures de solidarité sont la raison pour laquelle, dans une certaine mesure, celles-ci deviennent des formes d’auto-gestion de la pauvreté à une petite échelle. Aussi, ce n’est pas un hasard si certaines de ces structures qui n’étaient pas liés à des assemblées plus clairement anti institutionnaliste ou anti-autoritaires, se sont rapidement rapidement ralliées au char politique de SYRIZA (sous des formes telles que “la solidarité pour tous»), à la recherchede légitimité politique et de financement gouvernemental indirect (maintenant que SYRIZA est arrivé au pouvoir).

Passons maintenant aux luttes en milieu de travail ; nous voyons que les groupes locaux, les squats etc ont accumulé une expérience assez importante des conflits avec le Capital concernant les enjeux de classe spécifiques dans de nombreux domaines du secteur public et privé. Dans un sens, cela signifie un dépassement qualitatif de l’implication traditionnelle du milieu anti-autoritaire dans la lutte de classe, la condamnation idéologique générale et abstraite de l’esclavage salarié, sans territorialisation dans les luttes spécifiques et sans aucun lien avec la plus grande partie de la classe. Les assemblées de quartier, d’autre part, se sont engagées en termes de lutte quotidienne dans les revendications des travailleurs, en général avec les syndicats et les collectifs. Il en existe de nombreux exemples. Dans le secteur privé, ils se sont principalement engagés dans les luttes contre les salaires impayés, comme à l’institut d’enseignement privé Anelixi Ilioupoli, au bureau de messagerie ACS à Alimos, au restaurant de restauration rapide Gamato à Zografou, à la librairie Euripide à Halandri, au café Scherzo à Maroussi, en soutien à la grève dans la téléphonie mobile chez Wind, dans les supermarchés AB à Holargos et dans plusieurs autres cas plus éloignés, ou dont nous ne savons rien. Il convient également de noter que les assemblées de quartier ont porté, avec les syndicats de base, une partie très importante du poids de la solidarité à la grève de la compagnie d’acier Chalyvourgia et de la lutte contre l’abolition de la fête le dimanche; à la fois en participant aux appels centraux à la grève et en bloquant les magasins au niveau local. Dans le secteur public, d’autre part, il y eut une forte participation des groupes locaux, des squats, etc de la partie orientale d’Athènes à la grève du personnel administratif de l’Université d’Athènes contre les licenciements et la mobilité, à la sauvegarde du campus de l’Université pendant la grève et dans les mobilisations de la même période, avec les employés des sous-traitants chargés de nourrir les étudiants vivant sur le campus. En outre, plusieurs assemblées ont été impliquées dans les protestations contre le travail intérimaire “humanitaire” du secteur public, comme dans le cas de la municipalité de Kaisariani et dans les manifestations devant le siège du service de chômage de l’Etat à Alimos.

Dans ces luttes, même s’il y avait des différences importantes entre eux, les assemblées de quartier apparaissaient habituellement comme manifestant de la solidarité, la priorité revenant aux syndicats ou aux collectifs de travailleurs. Cela ouvre une question importante. Mon opinion est que, d’une part, cette impression est superficielle concernant la réalité des luttes elles-mêmes et, d’autre part, que l’identité même de “quelqu’un qui exprime sa solidarité” mystifie le contenu de la participation des assemblées dans ces luttes. Nous soutenons que nombre de ces luttes n’auraient pu être menées (ou gagnées) sans la participation directe des assemblées et que l’identité de “quelqu’un qui exprime la solidarité” dans de nombreux cas ne permit pas aux assemblées de faire le lien avec les communautés de classe de la lutte, à un niveau direct et efficace. Observons le début. Dans la plupart de ces luttes, en particulier dans le secteur privé et celles dans lesquelles l’auteur de ce texte avait une implication directe, les assemblées de solidarité ont été formées, constituées habituellement de travailleurs, du syndicat sectoriel concerné ou du collectif des travailleurs et d’une ou plusieurs assemblées de quartier. Chaque fois que la lutte est déclenchée, ce qui est immédiatement en jeu est de définir ceux qui la soutiennent –c’est-à-dire qui s’impliquent sur une base quotidienne. Ce n’est pas un problème technique, – le nombre des participants-, mais une question politique. Dans de nombreux cas, les assemblées sont apparues comme « l’armée de réserve locale de la solidarité», alors qu’en fait, elles ont porté sur le dos, tous les jours, le processus de lutte: la construction de relations avec les employés à l’échelle du quartier, la socialisation et l’ouverture de la lutte au niveau local, et ce en participant massivement aux mobilisations locales. Voilà où nous discernons certaines des faiblesses objectives et subjectives de la représentation syndicale traditionnelle de la classe, même dans sa version auto-organisée. Malgré l’expérience militante et utile des syndicats de base dans l’action dans l’industrie, nous devons répondre honnêtement à la question de ce qui fait finalement qu’une lutte est victorieuse, ou du moins qu’elle soit donnée en termes réels. Quels processus sont en place pour intervenir efficacement dans les lieux de travail? Cette intervention doit-elle être uniquement sectorielle ou a t-elle besoin de plus larges contenus sociaux ou de classe? Qui exerce de fait une réelle pression sur les inspecteurs du travail ou pendant le blocage de l’activité économique, terrain officiel des syndicats, fait de la présence massive, de la détermination et la connexion avec les parties les plus larges de la classe qui vivent ou travaillent dans la zone? Ces questions ne suggèrent pas que les assemblées de quartier peuvent se substituer à l’intervention dans les lieux de travail; bien sûr, cela ne veut pas dire, non plus, que les syndicats sont  nécessairement en mesure de le faire eux-mêmes.

Au lieu de cela, nous essayons ici de poser une question qui préoccupe vraiment les assemblées elles-mêmes. Se considérant «uniquement» comme  solidaires plutôt que comme  protagonistes de ces luttes – c’est à dire comme communautés de classe de la lutte au niveau local- cela produit une série de limites et de contradictions qui limitent le contenu réel de leur participation dans les luttes ouvrières. Nous voyons que, bien que les gens des assemblées de quartier soient extrêmement disposés à s’engager, en termes réels, dans les luttes ouvrières comme solidaires, d’autre part, ils / elles ne semblent pas prêt à mener une telle lutte pour eux / elles-même. En bref, il semble que ces relations collectives et ces contenus à l’intérieur des assemblées collectives n’ont pas été suffisamment développés pour que les personnes qui ont participé  commencent à examiner leurs propres besoins et problèmes. La majorité des participants aux assemblées évolue habituellement dans la zone grise entre l’insécurité, la flexibilité et le chômage, d’autres n’ont pas été payés depuis des mois ou ne sont pas assurés, mais on n’a pas vu de luttes jaillissant des assemblées afin de satisfaire les besoins de leur membres. Donc, ici apparaît la contradiction concernant le fait que nous cherchons la lutte de classe quelque part en dehors de nous-mêmes en tant que sujets exploités. Il ya beaucoup de façons d’interpréter cette contradiction, mais nous nous bornerons ici à deux choses. Tout d’abord, il y a toujours le défi à surmonter de la logique traditionnelle des milieux politiques qui choisissent d’ouvrir des questions en termes de campagnes politiques plutôt que d’engagement personnel et collectif, en tant que sujets sociaux et de classe. Deuxièmement, nous avons besoin de construire de telles relations collectives communautaires et de partager ce qui nous donne la confiance nécessaire pour nous battre directement, sachant que nos camarades lutterons avec nous jusqu’à la fin. En tout cas, la forme donnée aux luttes à partir de votre propre position affecte la façon dont les autres luttent. Pour l’exprimer autrement, même si ces luttes avaient un contenu de classe direct, la plupart du temps, les assemblées s’engageaient dans ces luttes avec l’identité de sujets politisés du quartier, pas en tant que travailleurs / chômeurs confrontés à des problèmes similaires, cherchant des façons de se lier en une communauté de lutte.

Résumant les questions que nous avons soulevées, nous dirions que pour nous les assemblées de quartier sont des communautés de luttes qui sont maintenant en récession persistante, quoique menant des luttes dans les domaines de la reproduction sociale et de l’exploitation au travail. Si elles ont accompli quelque chose d’important dans le dernier cycle de luttes, à notre avis, ce fut la socialisation de la lutte des classes à un niveau territorialisé et la recomposition des parties de la classe en termes de lutte. Les deux, bien sûr, ont été accomplis d’une manière partielle et contradictoire, c’est-à-dire qu’elles ne représentent pas le dépassement des limites politiques ou syndicales traditionnelles, restant dans une certaines mesure (significative) captives des logiques traditionnelles d’intervention politique. Si nous ne repensons pas collectivement ce que nous avons fait jusqu’à maintenant et n’essayons pas d’apprendre de nos erreurs et lacunes, nous réussirons ni dans l’analyse de nos limites, ni dans la réalisation de notre potentiel. Nous ne réussirons pas, en définitive, à maintenir en vie et à élargir les relations de solidarité et de lutte que nous avons créé au fil des années, ou à les défendre contre la frustration, le retrait, l’arrêt et l’intégration.

peter poor

Zografou (Athens), Juin 2015

Light, water, telephone, class struggle in installments: social reproduction and labor struggles in the neighborhoods of Athens

 “Here in this neighborhood, in the next little street

nest built a partridge little one “

traditional song from Corfu

The revolt of December 2008 and then the “movement of the squares” in summer 2011 opened wide the door for the forms of organization and struggle encoded as neighborhood assemblies. We are talking about open collective proceedures of a self-organized character who tried to territorialize their political intervention at the neighborhood level in a stable public way. Here, of course, we will not try to write the story or expose the genealogy of the neighborhood assemblies in Athens, nor present all their political contents in 4.000 words. Our aim is to analyze the position of neighborhood assemblies in the cycle of struggles against the devaluation of labour and our lives in times of capitalist crisis and restructuring. In short, we try to figure out what are the positions of the neighborhood assemblies during the last years concerning the issues that have been posed by the immediate consequences of crisis/restructuring in the fields of social reproduction and the relation of exploitation.

At this point, I have to stress the viewpoint of this text of mine. First, my perspective is that of personal involvement and commitment to neighborhood projects for about 6 years. Second, I am writing with a disposition to reflect upon  the cycle of struggles that involved the neighborhood assemblies. And third, I want to contribute to a strategy for the struggles to come. All this entails two main things. That any criticism expressed ​​in the text is up to a certain point self-criticism as well. And that this text is written, ultimately, from the standpoint of the real defending of the assemblies and of attempting to investigate their limits and possibilities as territorialized forms of organization and struggle.

Let’s see, at first, what we mean by saying fields of social reproduction and exploitation. It is already known and directly experienced by everyone that the class of the exploited does not reproduce itself solely through wage as remuneration for her work. Our social reproduction -i.e. roughly speaking, to be able to survive everyday as social subjects- has a cost that depends both on direct wage (i.e. the money available to pay for rent, food, entertainment, etc.) and on indirect wage we receive from the government in the form of benefits and services (such as care, education, benefits, paid holidays, transportation etc.). Our level of social reproduction is the answer to the question “how do we get by?” what our needs are and how we satisfy them. This question is answered each time historically by what we demand and what we earn in the fields of direct and indirect wage. From early on, crisis had important consequences for our daily reproduction. Briefly, capital compels us to live with less (in terms of money and benefits) than we were used to live. At that terrain, the neighborhood assemblies gave struggles that directly touched the way we meet our needs collectively inside the suffocating environment of the crisis, about which we will talk in more detail below.

If we gave a comprehensive and abstract definition of the neighborhood assemblies, we would say that they are forms of organized and territorialized proletarian activity. At a second level, they are also small but important stations of class recomposition in terms of struggle. Let us explain ourselves. We argue that, beyond individual political content, the assemblies are forms of organization and struggle of the exploited/oppressed in order for them to collectively meet their needs at the local level in conditions of capitalist restructuring. This means, in summary, that raised struggles over immediate and pressing issues for those below during the last 5-6 years from electricity property tax, tickets to hospitals and transport costs to withdrawal of lay-offs, claiming accrued money, the issue of food and blocking capitalist exploitation of public spaces. In addition, the assemblies built new time and space in the neighborhoods where subjects more or less separated from each other –or at least not previously together in common collective processes (workers, unemployed, students, students, housewives, pensioners)– met each other and socialized in terms of sharing and struggle.

All this of course does not mean that these procedures expressly defined themselves as such, i.e. as forms of proletarian activity and class recomposition. To my knowledge, this has not happened in any neighborhood assembly. Here then is raised the question of how we analyze things in which we participate. Marx wrote that we cannot judge a person by the opinion she has for herself; thus we cannot judge such an epoch of subversion from consciousness she has for herself. We would also add that we cannot judge a person by what she says, but (mainly) by what she does. So, this is where we start from, the act itself. We reach the above conclusions out of our experience and participation in struggles (what we do and how we do it), but also out of social and class composition of the struggles(who we are, men and women). So, this is a political interpretation and not a descriptive one, which is at the same time a political proposal for analysis and action. In short, we do not consider the mobilizations made by the assemblies simply as “political intervention,” but as a class struggles with their own contents, contradictions and limits. Also, we do not address the participants simply as “residents” (even politicized ones), but as a alive communities of struggle of the exploited that create social relations between them. Does this mean that we should not pay attention to what people say about themselves? In no case. But we must bear in mind that what they say, although important, is neither ultimate definition nor necessarily reflects what is happening in reality. To be more precise, how one talks about what one is doint is but a moment in a process of (self-) transformation. It is i.e. a continuous political stake that shows of how deep collective act and the collective discourse go.

We think that this is a trap in which several parts of the movement fall: generally, when they grapple with the relation between the political and the social and, specifically, when they are discussing about neighborhood assemblies. The latter have often been criticized as being bourgeois or interclassist ones, that they have no real political content or that have no real “class consciousness”. We will not reply in detail here, but will confine ourselves to a few brief remarks. First, by using abstract ideological terms, one cannot judge open social processes that include both politicized militants and wider parts of the class that are being politicized for the first time. Second, even if, theoretically, the conditions of constituting of the assemblies allow (i.e. they do not explicitly prohibit) the participation of micro-bosses, in practice we see that this is not the case. That is, there is something that prevents or actively discourages their participation. And this is that, third, if we look at the cycle of class struggles in recent years at the levels of work and reproduction, we see that the neighborhood assemblies have involved themselves in this cycle far more than the vast majority of collective political subjects (many of which, despite raising the flag of “class consciousness”, are used to watching struggles from a safe distance and with “proletarian” binoculars). And finally, if we await the subjects of the struggle to speak the ideological or theoretical language of class struggle, we will end up considering as “proletarians” and “holders” of class consciousness only those who agree with our political views and not those whoactually develop competitive activities against capital and capitalist social relations.

The neighborhood assemblies position themselves into the cycle of struggles against the policy of devaluation with quite a common and coherent way, often as a result of their mutual political relations. This was done in two parallel directions, especially during the period ‘10 –‘13, and, to a certain degree, more recently. The first direction was the creation of relations of struggle and solidarity at the local level, particularly through demands and structures around the cost of living. This direction involved struggles with demands around the provision of electricity, the cost of transportation and care, but also setting up structures of mutual help such as collective kitchens, spare-gratuitous bazaars, supplementary teaching courses to pupils and social clinics. The second direction involved their organized and very often confrontational presence at the street level as visible collective subjects, especially in the mass demonstrations during general strikes in Athens; but also in demonstrations at the local level in the event of general strikes such as marches through the neighborhood and then to the center of Athens along with other assemblies; or blocking workplaces in the same occasion. Overall, we would say that the most central political contents of the assemblies at that time were, on the one hand, promoting non-payment from below and solidarity in everyday life and, on the other hand, the practical conflict with the dictates of capital at the central and regional level.

For some time now, this form of activity of the assemblies has found itself in crisis. The crisis of neighborhood assemblies, which concerns both their form and content, shows us that they have made a political cycle, which doesn’t in any way mean that they are politically bankrupt or have stopped making struggles. Their crisis pertains to both objective and subjective factors. First of all, the deepening of the capitalist crisis itself and the absence of significant practical results from the perspective of struggles (despite their intensity and conflictuality) led many people to frustration and away from collective processes; and often to the expectation of the electoral victory of SYRIZA. The gradual and general recession of social antagonism from ‘12 onwards also produced the distancing of a part of the movement from open collective processes. This distancing, as a return to rigid political identities, took two main forms: on the one hand, the search for political answers in closed ideological processes and, on the other hand, the ideological rentrenchment and closure of the assemblies themselves, even though they typically retain their open character. To put it more simply, several assemblies have been dissolved or underperform and in most cases less and more politicized people participate.

Here, we will try to consider this crisis of the assemblies from the perspective of the struggles that the assemblies have made these years in the terrains of reproduction and work. That is, we will try to analyze their crisis as a product of the limits they encounter within the struggles and explore the overcoming of the crisis as a real possibility in the struggles.

Demanding struggles like the ones against property tax on electricity, transport and healthcare cost increases were forced to step on two boats. On one hand, there developed a logic of direct action and (almost) daily mobilization by the assemblies; and on the other, there emerged a peculiar logic of delegation that stemmed from the stakes of the struggle. In other words, while the assemblies were mobilized in a daily base for these struggles, in which the call for participation was open and public, many people treated them as the “Robin Hoods” who would come and solve their problem, although in a direct and militant way. This became particularly evident in the case of the property tax when, while there had been very many emergency calls for reconnecting the electricity current, much less people joined the assemblies. But it would be superficial if we did not pay attention to the way these two dynamics were combined. And it would also be superficial if we were only to stick to the conclusion that “this is the way it is, people want everything ready”. We think that there was something in the way we acted that did not create but in some cases intensified the delegation. From the part of the assemblies, activism and propaganda-by-acts often seemed to prevail over the discussion on the specific tactics and strategy that would lead us to victory. Most of the time, we called people to engage in civil disobedience and refuse to pay without considering the way to effectively confront the state itself in order for these struggles to win and without searching for these processes that would allow us to create real relations of struggle with the rest of the exploited. How do we form communities of struggle that would include more people than us? This question has remained largely implicit -or answered by a simple “let them come to the assembly.” And here there also lies another issue about how open our procedures really are in order for them to become really massive by people coming to meet their needs in a collective way. Moreover, since these struggles revolved around state agencies, we never seriously explored the way we could connect with the employees of those services, beyond their trade union bureaucracies and corporative structures, and jointly attempt to block restructuring both as employees and service users. One such bet was the connection with transport workers during winter ‘10 –‘11, when they themselves were also in struggle, which did not move beyond some already existing political relations.

As far as solidarity structures (kitchens, bazaars, clinics etc) are concerned, things are even more complicated, since the absence of real debate on their content led them to a major crisis or demassification and, in several cases, to dissolution or integration. Although they were and are important daily spaces of sharing and socialization for the assemblies, more often meeting the needs of participants in the first person was not their beginning. Instead, they were trying to fill the gaps created by the collapsing welfare state whether they had it as their goal or not. In short, instead of orienting themselves to meeting the needs (material reproduction and socialization) of the community of struggle, they were trying to address “society” in total in a general and abstract way. This causes a number of issues to emerge. First, that our assemblies can not fill this gap of social reproduction even if they want to. Second, “ society” always chooses, ultimately, those who do it best (i.e. those who have infrastructure, money and support to do so) like the municipalities, the church, the NGOs or in some cases even the fascists (only for the Greeks course …). Third, we end up offering unpaid work for areas of social production from which the state withdraws itself instead of demanding the extension of the social wage in a militant way and with a class content. That is, instead of constantly demanding more terrains from the state on the basis of satisfying our collective needs and of changing the balance of forces against the existing relations of exploitation, we often end up reproducing logics of “volunteerism in humanitarian terms” even if this is not our intention. We think that these contradictions of the structures of solidarity are the reason why, to some extent, the latter become forms self-managing of poverty on a small scale. Also, it is no coincidence that any of the structures that were not related to assemblies with more clear anti-institutionalist or antiauthoritarian characteristics, quickly tied themselves to the political chariot of SYRIZA (in forms such as “solidarity for all”), seeking political legitimacy and indirect government (now that SYRIZA came to power) financing.

Turning now to the field of workplace struggles, we see that the local groups, squats etc have accumulated a quite significant experience of conflict with capital concerning specific class stakes in many areas of the private and public sector. In a way, this suggests a qualitative overcoming of the way that the political forms of the antiauthoritarian milieu have been traditionally involved in class struggle, that is by the general and abstract ideological condemnation of wage slavery without territorializing in specific struggles and with no connection to wider parts of the class. The neighborhood assemblies, on the other hand, usually in collaboration with trade unions and collectives in many cases committed themselves in terms of daily struggle in direct workers’ demands. There are many examples. In the private sector, they mainly engaged in struggles to claim unpaid wages, such as at the private educational institute Anelixi in Ilioupoli, at the ACS courier office in Alimos, at the fast food restaurant Gamato in Zografou, at the bookstore Euripides in Halandri, at the Scherzo café in Maroussi, at safeguarding the strike at Wind mobile telephoning, at AB supermarkets in Holargos and several other cases that are beyond our reach or that we do not know at all. It should also be noted that the neighborhood assemblies lifted, along with the base unions, a very important part of the weight of showing solidarity to the strike of Chalyvourgia steel company and of the struggle against the abolition of the Sunday holiday; both by participating in the central calls for strike and by blocking the operations of stores at the local level. In the public sector, on the other hand, there was a strong participation of local groups, squats etc from the eastern part of Athens in the strike of the administrative staff of the University of Athens against lay-offs and mobility, in the safeguarding of the University campus during the strike and in the mobilizations of the same period that were made ​​in common with the employees of the subcontractors responsible for feeding the students living at the campus. Furthermore, several assemblies were involved in the protests against “charitable” interim work for the public sector, as in the case of the municipality of Kaisariani and in the protests outside at the headquarters of the state unemployment service in Alimos.

In these struggles, although there were significant differences between them, the neighborhood assemblies usually appeared as people expressing solidarity, while the priority lay in the side of the unions or the workers’ collectives. This opens an important issue. My opinion is that, on the one hand, this impression is superficial concerning the reality of the struggles themselves and, on the other, that the very same identity of “someone who expresses solidarity” mystifies the content of the participation of the assemblies in these struggles. We argue that many of these struggles would not have been able to be made (or won) without the direct involvement of the assemblies and that the identity of “someone who expresses solidarity” in many cases did not allow the assemblies to link themselves as class communities of struggle in a direct and effective level with the workers. Let’s take it from the beginning. In most of these struggles, especially in the private sector and in those that the writer of this text had direct involvement, solidarity assemblies were formed that usually consisted of the individual worker or workers, the respective sectoral trade union or workers’ collective and one or more neighborhood assemblies. Whenever a struggle is given, what immediately at stake is who are supporting it i.e. commit themselves at a daily basis. This is not a technical issue, i.e. in terms of thw quantity of those participating, but a political issue. In many cases the assemblies appeared as “the local reserve army of solidarity”, while in fact they took the everyday process of the struggle on their backs: constructing relations with the employees at the neighborhood level, socializing and opening the struggle to the local level, massively participating in local mobilizations. This is where we discern some of the objective and subjective weaknesses of the traditional trade union representation of the class, even in its self-organized version. Despite the militant and useful experience of the base unions in industrial action, we need to answer honestly the question of what ultimately makes a struggle win or at least being given in real terms. What processes are in the place to intervene effectively at the workplace? Can this intervention be solely of a sectoral nature or does it need broader social and class contents? Who actually exercises real pressure at the labour inspectors or during the blockages of economic activity, ultimately the official form of the union or the massive presence, the determination and the connection with broader parts of the class who live or work in the area? These questions do not suggest an answer saying that the neighborhood assemblies can substitute intervention in workplaces; of course this does not mean, though, that unions are necessarily able to do so themselves.

Instead, we try here to pose a question that really concerns the assemblies themselves. Considering themselves “solely” as people expressing solidarity rather than as equal protagonists of these struggles -i.e. as class communities of struggle that construct relations at the local level- produces a series of limits and contradictions that restrict the actual content of their participation in the workers’ struggles. We see that, although the people of the neighborhood assemblies are extremely willing to engage, in real terms, in workers’ struggles as someone expressing solidarity, on the other hand, he/she does not seem ready to give such a struggle him/herself in the first person. In short, it seems that these collective relations and these collective contents inside the assemblies have not been developed enough in order for the people who participated in them to begin considering what their needs and problems are. The majority of the participants in the assemblies usually move in the gray area between insecurity/flexibility and unemployment, others have not been paid for months or are uninsured, but we have not seen struggles springing from the assemblies in order to satisfy the needs of their members. So here appears the contradiction concerning the fact that we search for the class struggle somewhere outside our own selves as exploited subjects. There are many ways to interpret this contradiction, but will confine ourselves here to two things. First, there is always the challenge to overcome the traditional logic of political milieus that choose to open issues in terms of political campaigns rather than direct personal/collective engagement as social and class subjects. Second, we need to build such collective community relations and sharing that give us the necessary confidence to fight in the direct level knowing that our comrades will take with us the fight until the end. In any case, the way you give struggles from your own position affects the way you stand by the struggles of the others. To put it otherwise, though these struggles had a direct class content, most of the times the assemblies engaged in these struggles with the identity of the politicized subjects of the neighborhood, not as workers/unemployed facing similar problems and looking for ways to link together as a community of struggle

Summarizing the issues that we have raised, we would say that for us the neighborhood assemblies are communities of struggles that are now in recession continuing, though to give struggles in the fields of social reproduction and the exploitation of labor. If they have accomplished something important in the last cycle of struggles, in our opinion, this was the socialization of the class struggle in a territorialized level and the recomposition of parts of the class in terms of struggle. Both, of course, have been accommplished in a partial and contradictory way i.e. they do not represent but a relative overcoming of the limits of traditional political or trade union forms remaining to a (significant) extent captive of traditional logics of political intervention. If we do not collectively rethink what we have done until now and try to learn from our mistakes and shortcomings, we will succeed neither in analyzing our limits nor in realizing our potential. We will not succeed, ultimately, to keep alive and expand the relations of solidarity and struggle that we have created over the years, or defend them against frustration, withdrawal, fencing and integration.

peter poor juin 2015

  1. 12/07/2015 à 11:51 | #1

    Un autre texte du groupe SKYA, sur le référendum mais rédigé avant, “Guide de survie collective par temps de destruction de masse” vient d’être traduit et publié ici : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1715

    salut !

  2. vladimir
    13/07/2015 à 09:19 | #2

    Depuis la fermeture des banques ?

    citation

    Panagiotis Grigoriou. Historien et Ethnologue dit

    ..Les transports en commun à Athènes sont toujours en accès libre et gratuit, tant que les drones de l’hyperbole (en grec c’est aussi l’exagération) obligeront (illégalement) la Grèce à ne pas ouvrir ses banques, lesquelles, ne seraient plus tout à fait grecques (ailleurs ce n’est guère mieux). Cependant, à certains moments, les rames sont pratiquement vides.
    mercredi 8 juillet 2015

    Eurotisme débordant

    http://www.greekcrisis.fr/2015/07/Fr0444.html#deb