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“Commentaires sur la Catalogne”

Présentation et traduction par Fédérico Corriente d’un texte publié sur la page facebook de Jose Sagasti

Voici ce qu’on pourrait appeler l’avis « libertaire » standard sur les contradictions de la mouvance independantiste et les événements des dernières jours á Catalogne : dans ce texte on combine une description bien précis des faits (depourvu, néanmoins, de toute spéculation sur, par exemple, qui pourrait être à l’origine du Tsunami Democrátic ou sur la niveau d’ « autonomie » réel des CDR), auquel on ajoute une dose d’espoir pas exempte de circonspection de que la situation actuelle pouvait prendre une autre direction du seul fait —évident— que les ingredients nécessaires pour une telle eventualité sont, ils-aussi, largement présents.

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Commentaires sur la Catalogne

Ce qui a arrivé ces jours-là á Barcelona, Girona, Lleida y Tarragona démontre qu’ici se passe quelque chose de semblable a ce qui se passe a Hong Kong : une protestation qui commence avec des objetifs démocrates et nationalistes provoque aussi une révolte contre la répression et l’injustice.

Ce qui a arrivé ici n’a pas le caractère de classe, prolétarien, des luttes de Chile ou Ecuador, mais tout n’est canalisé par le réformisme, par le mouvement qui convoite un gouvernement autonome catalan.

L’irruption d’une géneration jeune, plein d’amour et de rage, à transformé les mobilisations citoyennes independantistes en flammes contre le pouvoir. Si on s’approche aux nuits de feu, on peut constater tout de suite qu’il y a des milliers de gens derrrière chaque barricade, que beaucoup de ces gens sont très jeunes (15, 17, 19, 21 ans), et qu’en gran nombre des cas ils sont aussi trop téméraires, se maintenant debout devant les balles en caoutchouc. Aussi, qu’ils parlent espagnol ou catalan, de manière interchangeable, et que la fraternité de la rue leur donne une attitude ouverte à toutes sortes de slogans et de chansons. Les proclamations d’indépendance sont mélangées, avec celles qui condamnent l’attaque de la Turquie, à « gouverne qui gouverne, nous serons ingouvernables » ou « qui sème la misère, suscite la colère ». Bien qu’à vrai dire, une fois la nuit tombée, il n’y a que peu de chansons ; ce qu’il y a est une sensation intense de faire l’histoire et de que cela va durer longtemps.Ceux qui conduisent et tiennent le premier rôle dans les émeutes sont une petite minorité des milliers qui se trouvent derrière, mais ils les soutiennent, les protegent et imitent symboliquement, se couvrant le visage même s’ils se trouvent à quatre pâtés de maisons des affrontements, assis sur un trottoir.D’après ce qui s’est passé il y a deux ans, vous pouvez écouter l’interview à la radio d’alors. Il ne s’agit alors que de notes urgentes sur ce qui s’est passé entre le 14 et le 19 octobre et, surtout, dans la ville de Barcelone.Invasion de l’aéroport La première réponse à la décision du front de l’indépendance (qui convient à presque toutes les organisations de ce courant) a été d’essayer de bloquer l’aéroport. Cette action a été coordonnée par une nouvelle plateforme appelée Tsunami Democràtic et s’est caractérisée par l’innovation technologique. Grâce à une application accessible depuis le mobile (mot de passe précédent fourni par une personne de confiance), vous devenez un activiste et vous êtes informé des besoins du mouvement, en particulier des besoins de ceux qui se trouvent à un kilomètre autour de vous: « Il manque de gens dans un tel endroit, la police charge dans tel autre ». Même les coordinateurs du mouvement, constatant qu’il y a des centaines de personnes au même endroit, peuvent improviser une action près d’eux et surprendre les forces répressives.Ce jour-là, des routes ont été bloquées sur le chemin de l’aéroport, ce qui a entraîné l’annulation de plus de vingt vols. Les milliers de personnes qui ont mis leur corps dans cette action ce jour-là, presque entièrement, avaient un sentiment catalaniste ou anti-État espagnol. Il faut savoir que beaucoup d’eux affirment être devenus indépendantistes des coups de matraque vus ou reçus le 1er octobre 2017.Lorsque Tsunami Democratic a mené à bien son action, il a appelé (via application) à quitter l’aéroport. Cependant, de nombreuses personnes qui venaient d’arriver (nombre d’entre elles marchant sur quatre, cinq, six kilomètres ou plus) ont décidé de rester. Il y avait aussi beaucoup d’indépendantistes radicaux, pour les appeler en quelque sorte. Les indépendantistes étaient convaincus que les seules méthodes pacifiques étaient extrêmement limitées et que la censure attendue du gouvernement espagnol par les gouvernements les plus puissants du monde pourrait ne jamais arriver. « Vous l’avez fait à votre façon et cela n’a pas fonctionné, maintenant laissez-nous le faire. » Ils ont résisté à l’aéroport et ont été blessés par des balles de caoutchoc. Ce sont les mêmes indépendantistes qui auraient souhaité qu’après le référendum du 1er octobre, le gouvernement catalan aurait proclamé son indépendance, se serait retranché au Parlement et qu’eux l’auraient entourée et défendue dans une sorte de Maidan (Ukraine).Les nuits de feu Après l’aéroport, la rage contre la brutalité utilisée cette nuit-là par les corps policières catalans et espagnols (jeunes battus, gazés, perte de yeux ou de dents) s’est généralisée. Egalement pour les récentes arrestations de militants des comités de défense de la République (CDR), accusés de terrorisme.Lors des manifestations organisées (notamment par ces mêmes CDR) les après-midi des 15, 16 et 17 octobre, des membres du mouvement indépendantiste (à la fois pacifiques et radicaux) et de nombreux autres individus indignés étaient présents. Tard dans la nuit, ceux qui provoquent les émeutes sont les indépendantistes radicales et de nombreux jeunes, fatigués de la société capitaliste. Il y a aussi ceux qui pendant des années ont affronté le système capitaliste en Barcelone, « les anti-système habituels », selon les mots du Conseller (ministre de l’Intérieur de Catalogne). Ceux qui, malgré leur longue expérience dans la résistance aux expulsions et les attaques contre les commissariats de police et les banques, sont surpris par la détermination de ces nouveaux partenaires de barricade. Ils sont surpris de constater que le seul objectif de leurs voisins encapuchonnés est la police et le levage et la mise à feu de conteneurs pour fermer la rue. Ils observent avec incredulité les vitrines intactes des agences immobilières.La police catalane est également surprise par les nouvelles façons d’agir: « C’est comme si ils n’avaient pas peur de nous, ils attaquaient nos fourgonnettes et ils ont reussi de les renverser deux fois ».Marches pour la dignité, la grève et la nuit de la rage Le 18 octobre, lors d’une autre des actions convoquées par Tsunami Democràtic, des dizaines de milliers de personnes sont arrivées à Barcelone en provenance de villes plus ou moins éloignées. En Catalogne, une grève générale et des manifestations avaient été organisées dans l’après-midi. À Barcelone, plus d’un demi-million de personnes sont descendues dans la rue. Après que les manifestations eurent été annulées, les CDR organisent un camping prolongé à Gran Vía, qu’ils annulèrent aussi après avoir constaté que plus de dix mille personnes restaient derrière les barricades en flammes, devant les lignes de police. Cet annulation à la dernière minute indique le degré d’autonomie de ceux qui sont à l’affiche des émeutes. Hier, particulièrement frappantes, notamment à cause du nombre d’encapuchonnés qui courent d’ici à là-bas. La police et les politiciens disent qu’ils n’ont jamais rien vu de tel. Lors de la grève générale de mars 2012, l’incendie et la destruction de magasins ont été déclarés le jour le plus violent depuis la guerre de Sécession, mais presque tout le monde souligne que la nuit de hier a été plus frappante.Dans les quatre principales villes catalanes et au cours des quatre dernières nuits, il y avait plus de cent agents blessés, huit cents conteneurs de déchets brûlés, deux cents véhicules de police gravement endommagés. Il était particulièrement surprenant d’utiliser des conteneurs (cabines de construction) pour couper la rue et les pioches pour casser le trottoir et créer des projectiles. Également l’utilisation de pièces pyrotechniques, des clous croisés pour perforer des roues, de billes d’acier lancées avec frondes et les traditionnels —mais très peu vus dans ces endroits— cocktails Molotov.

La répression a de nouveau été brutale: perte de testicules, perte d’ouïe ou de vision due aux impacts de balles en caoutchouc, d’acculages   et de bastonnades sans discernement. Soixante détenus et plus de trente hospitalisés. D’innombrables blessés et gazés par les gaz lacrymogènes ou le poivre. Quelques heures avant le début d’une nouvelle manifestation convoquée par l’indépendantisme radicale, la frontière du Jonquera est toujours bloquée par les manifestants et des mesures gouvernementales, telles que la suspension du match de football Barcelone-Madrid, ont lieu pour tenter de faire qui régne la paix des cimetières.

« Aucun Etat ne nous libérera » Bien que cette phrase fût présente dans l’une des banderoles des manifestations d’hier, il y en a beaucoup plus de gens qui célèbrairent un État catalan ou ceux qui, au lieu d’initier un processus révolutionnaire international, seraient enrôlés dans une guerre inter-bourgeoise. Cependant, beaucoup rappellent que, lorsque la plupart des prisonniers politiques ou des exilés actuels étaient au Parlement, au cours du mouvement 15 M de 2011, on a tenté de bloquer l’accés, afin de les empêcher de voter pour les budgets de la misère. Aux cris de « personne ne nous représente » et « que tous s’en aillent », on a résisté les charges policières. Il y eut des détenus et ces mêmes politiciens ont dit que tout le poids de la loi (espagnole, mais peu importe) devait tomber sur les violents qui s’etaient traversé dans son chemin, prendant position également contre une éventuelle demande de grâce. En outre, il est certain que si ces mêmes prisonniers politiques assument un jour le gouvernement d’un État catalan indépendant, ils veilleront à opposer des articles répressifs et relatifs à la sécurité nationale à toute tentative de révolution sociale.Quoi qu’il en soit, de Hong Kong à Barcelone, de Paris à Santiago et à Quito, il semble que la bourgeoisie mondiale ait encore beaucoup de nuits blanches dues a ce réchauffement de plus en plus global.

Barcelone, le 19 octobre 2019

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