Accueil > Nouvelles du monde > Au Leclerc d’Ibos, une banderole sur “les salaires les plus bas” a déplu

Au Leclerc d’Ibos, une banderole sur “les salaires les plus bas” a déplu

u centre commercial Méridien Leclerc dans le village d’Ibos, près de Tarbes, on n’aime guère les “agitateurs”. Et c’est à la suite d’une grève de trois heures, le 19 mars, que trois salariés du centre commercial viennent de se voir signifier leur prochain licenciement.

Motif officiel : “Licenciement économique.” Mais dans la région, personne n’y croit. “C’est peu convaincant, presque risible”, estime Jean Glavany, député (PS) des Hautes-Pyrénées, évoquant les 2,5 millions d’euros de dividendes distribués au titre de 2008 et les travaux d’agrandissement prévus pour un budget de… 50 millions d’euros. “Si la justice prud’homale existe encore, ce que je crois, cette affaire n’a aucune chance de passer, s’emporte l’ex-ministre de l’agriculture. Il y a assez de “vrais” licenciements économiques en ce moment pour ne pas en rajouter.”[print_link]

“PAS DE GRÈVE DEPUIS 1976”

Pour Florence Andrieu, Christian Doleac et Cyrille Panassac, les trois salariés concernés, tout serait parti d’une banderole. Le 19 mars, ils brandissaient une affiche sur laquelle on pouvait lire “Leclerc, les salaires les plus bas”. Détournement du slogan du distributeur – “les prix les plus bas” – qui se veut “LE” défenseur du pouvoir d’achat. Le lendemain, la photo était dans la presse régionale. “La direction n’a pas aimé”, constate Mme Andrieu.

“Nous avions des revendications salariales, explique-t-elle, citant des cas de salariés ayant plus de vingt-cinq ans d’expérience et payés 1 100 euros par mois, mais pas seulement.” Pour elle comme pour ses collègues, il s’agissait de rétablir le droit des salariés. “Au Méridien d’Ibos, il n’y a aucun syndicat depuis sept ans, et pas de grève depuis 1976 !”, indique-t-elle.

Une situation qui s’expliquerait par la mainmise de la famille des Saint-Laurent dans la région. Depuis près de cinquante ans, Jacqueline Saint-Laurent, surnommée “la patronne des Leclerc béarnais”, et ses deux fils, Brice et Davy, possèdent quatre centres Leclerc, représentant des milliers d’emplois cruciaux pour la région. “Nous avons toujours eu de bons rapports avec la famille, rapporte le maire (PS) d’Ibos, Daniel Frossard. Aussi, après cette affaire, je suis tout de suite allé voir Davy pour lui dire que cela était malvenu.” Mais, cette fois-ci, “je n’ai pas été entendu”, regrette-t-il.

De fait, pour la famille, cette fronde est inexplicable. “Nous sommes une entreprise familiale, très protectrice, estime M. Saint-Laurent. Le magasin a fait des bénéfices l’année dernière, on ne s’en cache pas, mais le résultat d’exploitation s’est effondré de 25 %.” Et si le patron est resté discret sur ces contre-performances, c’est, dit-il, qu’il “ne voulait pas créer de psychose et affoler les salariés”. Ce serait donc officiellement pour éviter une aggravation des difficultés que la direction aurait décidé de se séparer de ces trois personnes, payées au smic, travaillant au Leclerc Méridien d’Ibos.

Claire Gatinois Article paru dans l’édition du 05.06.09

LE MONDE

  1. Pas encore de commentaire
  1. Pas encore de trackbacks

%d blogueurs aiment cette page :