A propos de Charlie

« le citoyen, l’Autre et l’Etat »

(english translation below)

Il y eut Reiser et son prolo, baguette sous le bras, béret sur la tête et clope au bec, tout triste en apprenant de Georges Marchais qu’il ne serait jamais dictateur ; toujours Reiser avec son Vietnamien sur son vélo disant « Aujourd’hui la paix, demain l’usine » ; il y eut aussi le « bal tragique » et « Georges le tueur ». Pour les gens comme moi, de ma génération, ce n’est pas sans un pincement au cœur qu’on apprend le massacre des dessinateurs de Charlie, bien sûr Charlie ce n’était plus ça depuis longtemps, mais ils avaient été les dessinateurs de l’Enragé en 68, alors…

Ce ne sont pas quatre millions d’ « idiots utiles » qui sont descendus dans la rue, en France, le dimanche 11 janvier. Ils ne réclamaient pas une « opération militaire intérieure » mobilisant 10 000 soldats déployés sur le « territoire national » (déclaration du gouvernement le lundi 12). Dès l’après-midi et la soirée du mercredi 7 (le jour de la tuerie à la rédaction de Charlie) c’est spontanément que se sont organisés les premiers rassemblements et les premières manifestations citoyennes sur les « valeurs de la République » et la « liberté d’expression », contre « la barbarie », et qu’est apparu le slogan « Je suis Charlie ». Il n’était pas besoin de « l’exhortation de l’Etat » et de la mise en branle qui a suivi de l’écrasante machine de propagande. L’Etat a pris le train en marche, non sans quelques maladresses au départ comme celle de l’organisation des manifestations sous l’égide d’un cartel des organisations politiques. Le 11 janvier, le personnel politique était plutôt discret face à un cadeau en partie empoisonné pour la nature actuelle de l’Etat que l’on ne peut plus qualifier simplement de national.

Bien sûr, ils vont en profiter pour criminaliser toute forme d’opposition et de révolte, renforcer et légitimer les contrôles et la répression, être réconfortés dans les guerres extérieures, maintenant devenues intérieurement « justes ». Mais les grandes envolées d’estrade sur « l’union nationale » et Jaurès ou « l’union inter-nationale » (pas si évidente) de l’Occident face au monde « postcolonial », non seulement sont absolument inadéquates en dehors de la rhétorique radicale, se résument à une suite de déclarations ronflantes et dénonciatoires qui n’analysent rien parce que ce n’est pas leur but, mais encore ramènent l’analyse à l’affirmation de quelques canons éternels de la norme révolutionnaire. Ramener l’énorme mobilisation du dimanche 11 janvier à une affaire de manipulation, de propagande, d’embrigadement est un peu facile et à la limite réconfortant. En aurait-il été ainsi, encore faudrait-il expliquer que ça ait marché. Ce n’est pas si simple et peut-être plus grave. Cette soudaine mobilisation du dimanche 11 janvier 2015 était éminemment actuelle[i].

            L’événement n’est pas survenu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Dans tout les pays européens, que cela soit sous des thématiques de gauche (Front de Gauche, Podemos, Syriza …) ou de droite (inutile de donner la liste), la citoyenneté nationale est devenue l’idéologie répondant à la crise ramenée à l’ « injustice de la distribution des richesses ». Cette « citoyenneté nationale » sous-tend tout un discours mettant en cause la légitimité de l’Etat devenu un appareil dénationalisé responsable de l’injustice. Quand les manifestants applaudissent au passage des cars de CRS, c’est à l’ordre rêvé de l’Etat protecteur « d’avant la mondialisation libérale » qu’ils rendent hommage et qu’ils croient retrouver. Cela, momentanément, quelles que soient la diversité des insécurités, des dangers, réels ou fantasmés, qui menacent leur vie.

Ce sont ces dangers, ces insécurités qui, de la République à la Nation, se sont fugacement cristallisés dans le mythe de la citoyenneté comme protection. Celle qu’apporte un vrai Etat-nation et une citoyenneté nationale non seulement identitaire mais identitaire parce que protectrice, celle qui a foutu le camp depuis les années 1970. Mais la citoyenneté nationale n’est pas innocente ni dans sa naissance ni dans ses implications. Elle se construit face à « l’Autre » qui la menace et elle implique la suppression de la menace. Aujourd’hui l’islamisme, demain ou en même temps la lutte de classe ou les luttes de femmes. Quatre millions de personnes se rassemblent et ce qui est frappant c’est le vide du discours : il n’y a rien à dire, rien à faire d’autre que de dire « je suis républicain », rien d’autre qu’à comprendre « ce qu’est une nation », rien d’autre qu’à promener une immense représentation de la République menacée par d’anonymes corbeaux noirs que tout le monde identifie sans peine.

La nation ne devient un thème de mobilisation et de combat que si elle est construite comme menacée et les menaces ne peuvent alors être formulées que dans les termes que la nation impose, ceux de ses valeurs et de son authenticité. Le citoyen est une abstraction quant à son rapport à l’individu concret défini dans des rapports de production, des rapports de classes et de genre, mais il n’est pas une abstraction vide de déterminations. L’égalité et l’équivalence des citoyens entre eux qui font leur abstraction supposent un partage de qualités communes historiques et culturelles. Il n’y a pas de citoyenneté sans identité, sans la possibilité de pouvoir dire « nous » et « eux ». Dire « nous » et « eux » n’est pas l’apanage du Front National, des mangeurs de cochonnailles et des buveurs de vin rouge. Cela peut se dire avec le sourire laïque de la « liberté d’expression » et de la défense du « droit des femmes ». Mais cela se dit toujours dans le langage de l’Etat. « Les questions de l’immigration et de l’islam sont clairement posées, on ne peut pas continuer comme ça avec l’immigration qui si elle n’est pas liée au terrorisme complique les choses en générant difficultés d’intégration et communautarisme » (Sarkozy). Du sourire laïque bienveillant à la déclaration de Sarkozy la pente est glissante.

Un bon, un vrai citoyen se doit d’être autant discret que son universalité est suspecte. « Otez donc ce voile » dit le citoyen de gauche qui milite pour l’émancipation féminine, faisant de la domination des femmes l’apanage de quelques cultures archaïques et une chose en voie de disparition chez nous. Car ce citoyen est bien de chez nous. Et c’est parce que bien de chez nous qu’il est universel. Les juifs, quant à eux, dans la manifestation, ont raison de se demander : « S’il y avait seulement eu la prise d’otages à l’Hyper Cacher, vendredi, et pas l’attentat contre Charlie Hebdo mercredi, aurait-on observé un tel sursaut républicain ? ». Bien évidemment non (cf., Toulouse) : la citoyenneté nationale, l’universel, n’est pas menacée quand un particulier s’en prend à un autre particulier même si tous les particuliers ne sont pas subsumés identiquement sous l’universel.

Il arrive qu’un particulier pour des raisons historique dans le temps long et/ou à cause de circonstances sociales ou politiques actuelles ait une positivité en raison de laquelle il appartient, en même temps qu’il est désignée comme particulier, à la même sphère universelle[ii] : « Sans les juifs, la France ne serait pas la France » (Manuel Vals). Ici, la particularité demeure, elle n’est pas, comme il se devrait, supprimée dans l’universel, mais elle appartient à sa sphère ; la particularité est une détermination de l’universel même si elle n’est pas supprimée en lui. La dernière fois qu’un président était descendu manifester dans la rue c’était Mitterrand à la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras, jamais à la suite de l’attaque d’une mosquée ou du carré musulman, même d’un cimetière militaire. Pour toutes sortes de raisons, sociales, politiques, économiques, culturelles, historiques, toutes les particularités ne sont pas équivalentes et le rapport de l’universel à elles va de l’inclusion (qui ne la supprime pas) à la méfiance si ce n’est l’hostilité. A un moment donné il y a des particularités que l’universel construit comme nuisibles, les juifs ont pu tragiquement en faire l’expérience.

Quels que soient les discours tenus, la simple existence des manifestations dont nous parlons et l’invite à « s’émanciper dans la République », signifient qu’il n’en est absolument pas de même en ce qui concerne nos « concitoyens musulmans » (la formule dit tout). Le particulier n’est pas énoncé dans le même rapport à l’universel. Ici, il est énoncé de façon négative, il ne se détermine qu’en lui-même et pour lui-même, il appartient au divers. Soyons plus terre à terre, même si elles ne se réduisent pas à lui, les manifestations du jeudi 8 au dimanche 11, sont incompréhensibles dans leur massivité sans le climat créé en France par la construction inquiète et hostile de l’islam (et des « arabes ») comme purement et simplement étrange et étranger[iii]. « Arrêtons tout angélisme », disent de plus en plus les esprits forts républicains, « ces terroristes viennent bien de chez vous, faites un peu le ménage ». A la suite des attaques du mercredi 7 et du vendredi 9, les actes anti arabo-musulmans se sont multipliés, mais considérons plutôt l’autre face de la même pièce, l’attitude ouverte et humaniste (ce qui nous évitera les facilités de la condamnation humaniste du racisme et de « l’islamophobie »).

L’injonction humaniste à accepter « l’Autre » présuppose l’existence de « l’Autre », sa construction comme tel et donc la hiérarchie vis-à-vis de « l’Un » qui a le pouvoir de dire qui est « l’Autre ». Entre « Nous » et « les Autres », il y a une organisation de la société qui s’impose aux individus et préexiste à chacun d’eux. Ceux qui sont invités à « accepter l’Autre » constituent la société normale, légitime. A l’origine des Uns et des Autres, il y a le pouvoir simple et brut. L’Un est celui qui a le pouvoir de distinguer.

La distinction est la mise en pratique réelle, empirique, quotidienne de l’universalisme du citoyen. Si l’on abandonne la baudruche d’un « vrai universalisme »[iv], l’Occident peut légitimement s’accaparer le monopole de valeurs universelles, si besoin est avec des F16 et des Rafales. L’universalisme est une production idéologique lié au mode de production capitaliste, à l’abstraction du travail, de la valeur et du citoyen. Ce mode de production est le seul universel et à pratiques idéologiques universelles, à condition que les individus correspondent aux critères de l’universalité, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas des femmes ou entretenant des liens communautaires, ethniques, raciaux, familiaux, religieux en concurrence avec l’Etat-nation. Un État, c’est un État-nation car c’est un État capitaliste, il ne connait pas de communautés intermédiaires, d’identités multiples reconnues en son sein, et démarque comme corps étrangers, communautés particulières, donc nuisibles, tout ce qui nuit ou interfère dans son critère d’homogénéité universelle. Toute médiation entre le pouvoir et l’individu a cessé d’exister. Il faut insister sur ce moyen terme qu’est l’État-nation dans sa structure politique, moyen terme sans lequel on ne ferait que renvoyer grossièrement l’explication de l’homogénéisation au développement de la valeur et du capital, à partir desquels on peut expliquer tout et n’importe quoi dans une totalité indifférenciée. Si seul l’État est censé représenter l’individu abstrait de ses déterminations qu’est le citoyen, individu « émancipé », la seule garantie de son « émancipation » est son appartenance-intégration à la collectivité nationale représentée par l’État.

La religion, quant à elle est une forme primaire, instable et inaccomplie, d’universalisme de l’Etat, d’idéologie sous laquelle s’effectue la pratique politique. Primaire et instable car au moment où la religion se constitue en idéologie dominante en coagulant les idéologies sous lesquelles s’exercent les pratiques des rapports sociaux et de production, elle révèle et revendique que l’universalité abstraite de l’Etat n’est pas dans l’Etat lui-même, qu’il n’est pas lui-même « la religion réalisée » (Marx, La Question juive).

« L’Etat politique parfait est, d’après son essence, la vie générique de l’homme par opposition à sa vie matérielle. Toutes les suppositions de cette vie égoïste continuent à subsister dans la société civile en dehors de la sphère politique, mais comme propriétés de la société bourgeoise. Là où l’Etat politique est arrivé à son véritable épanouissement, l’homme mène, non seulement dans la pensée, dans la conscience, mais dans la réalité, dans la vie, une existence double, céleste et terrestre, l’existence dans la communauté politique, où il est considéré comme un être général, et l’existence dans la société civile, où il travaille comme simple particulier, voit dans les autres hommes de simples moyens et devient le jouet de puissances étrangères. L’Etat politique est, vis-à-vis de la société civile, aussi spiritualiste que le ciel l’est vis-à-vis de la terre. (…) L’Etat démocratique, le véritable Etat, n’a pas besoin de la religion pour son achèvement politique. Il peut, au contraire, faire abstraction de la religion, parce qu’en lui le fond humain de la religion est réalisé de façon profane. » (ibid).

« Il y avait quelque chose de l’ordre du sacré » (Nathalie Kosciusko-Morizet) ; « Le peuple de France a communié » (Rama Yade).

Quatre millions de Français dans les rues et 97 % dans les sondages ont renouvelé leur allégeance à « l’Etat véritable » et ont gentiment demandé à « l’Autre » de faire de même, s’il ne l’avait déjà fait. Ils lui ont avec pitié et compassion demander de s’émanciper. Historiquement, en France, cette émancipation au nom de l’universalité appartient au vieux fond politique de la gauche. Les martyres de Charlie étant également réputés de gauche tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes des valeurs universelles à défendre. Il fallait demander aux « musulmans de France » de clamer leur protestation « contre la barbarie », de dire que « ce n’est pas le vrai islam » et de « se rendre à la manifestation ». Ils et elles[v] ne sont pas venu(e)s, mais l’imam présent sur le plateau télé, celui que l’on a invité, acquiesce, fait tout comme il faut poliment.

Mais qu’en est-il de l’humiliation quotidienne, des refus d’embauche, de la relégation urbaine, des regards suspicieux dans les bars ? Ce n’est pas l’Etat islamique ou Al-Qaida, ni leurs origines lointaines qui ont produit les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, c’est la société française. « Les acteurs de cet abominable attentat sont en réalité des citoyens français, ayant fréquenté l’école républicaine et laïque, celle de Jules Ferry. C’est à la France de montrer qu’elle n’est pas un « incubateur » de terroristes, et pas aux musulmans, ni aux chrétiens, ni aux juifs, ni aux Orientaux de prouver qu’ils sont différents. » (courrier d’une lectrice du Monde) ; « Ces djihadistes ont grandi dans nos villes, appris l’échec dans nos écoles, appris la haine dans nos prisons », ajoute un autre lecteur. Depuis longtemps déjà, le chômage de masse, la segmentation du marché du travail jusqu’à sa racialisation, le traitement policier des banlieues, font que la classe dominante sait qu’il n’y a rien à distribuer, rien à offrir si ce n’est un encadrement par « l’islam républicain de France » de cette « jeunesse musulmane française », comme dit un ancien ministre des affaires étrangères. Il faut un Cohn-Bendit pour déclarer « il faut investir dans les banlieues » et proposer … « une fondation nationale du sport qui soutiendrait les éducateurs sportifs ». Malek Boutih est plus direct : « S’il y a un potentiel de danger, ce sont des territoires qu’il faut nettoyer », proposant que certaines communes de banlieue « soient temporairement mises sous tutelle par l’Etat ».

S’il existe aujourd’hui, comme dit Gilles Kepel, « un pôle d’attraction djihadiste hostile au pacte républicain » et si ce pôle sait précisément frapper où ça fait mal, il n’est nul besoin d’aller au Sahel, au Yémen ou en Irak, pour comprendre d’où il vient. Ces « fous de Dieu » sont nos ennemis, non parce qu’ils seraient plus « barbares » que d’autres (les drones de nos démocraties n’ont rien à leur envier), mais parce que leur but est d’accentuer et scléroser des fractures dans la classe exploitée et dominée qui existent déjà suffisamment sans eux. S’il ne s’agit pas d’espérer une unité du prolétariat (la segmentation est inhérente au salariat et l’unité du prolétariat ne peut qu’être identique à son abolition), il ne s’agit pas non plus de rigidifier ces fractures sous un ordre culturel et religieux les essentialisant. Les « jeunes prolétaires de banlieue » ne sont pas plus immunisés que d’autres contre la mutation idéologique générale des conflits de classes (et entre les segments de la classe exploitée) en conflits culturels. D’autant plus que, dans le contexte international, se dire « musulmans » fournit une image de confrontation absolue.

Laissons les historiens conclure.

Cette journée a été un phénomène singulier, car : « Nos grandes journées nationales ont quasiment toujours été des journées de combat » (Jean-Noël Jeanneney).

« La première journée de l’internationalisme démocratique » (Michel Winock)

Pour Pascal Ory, cette manifestation d’unité où les appartenances partisanes, syndicales ou communautaires[vi], furent mises au second plan, en dit long sur l’état de notre société : « Ne pas marcher au pas derrière une organisation, brandir mille et un slogans différents comme on l’a vu dimanche, est le signe de l’individualisme très avancé qui caractérise nos sociétés occidentales. Ce qu’on a vu, c’est un rassemblement de masse, certes, mais un rassemblement qui réunit des gens pour la plupart très individualistes ».

On pourrait dire que Pascal Ory n’a pas trop vu de manifestations récentes, durant lesquelles il est de plus en plus rare de « marcher au pas derrière des organisations », mais passons car en l’occurrence Pascal Ory a raison. Il y avait une masse d’individus isolés, c’est-à-dire une masse de citoyens qui ne pouvait que regarder passer face à eux leur communauté sous la forme d’une cinquantaine de chefs d’Etat. Quoi que ces individus pensent de chacun d’entre eux en particulier et quelle que soit la défiance que cette citoyenneté nationale entretient vis-à-vis de l’Etat actuel réellement existant, c’était notre universalité abstraite qui passait (même si elle n’était pas à cheval comme à l’époque de Hegel) et à laquelle, en tant que citoyens, ils ont renouvelé leur cérémonie d’hommage[vii]. On pouvait ne pas le faire.

« Dans l’histoire, l’euphorie est souvent éphémère, et les grands moments d’enthousiasme sont rarement suivis de lendemains enchanteurs » (Michel Winock). Enchanteurs ou pas, la conjoncture actuelle des luttes de classes (prédominance des rapports de distribution sur les rapports de production, injustice de la distribution et son responsable l’Etat dénationalisé, segmentation racialisée du prolétariat, authenticité du peuple contre les élites, luttes interclassistes) fait qu’au-delà d’un événement qui se dégonflera vite, les lendemains vont se jouer dans l’inévitable jeu contradictoire entre l’individu concret engagé dans les rapports sociaux de production et le citoyen, son abstraction nécessaire[viii].

R.S

[i] Pour une analyse plus complète de cette situation actuelle dans laquelle s’inscrit cette mobilisation, voir le texte de Théorie Communiste, Une séquence particulière, où en sommes-nous dans la crise ? (sur le site de Dndf et celui de Théorie communiste)

[ii] Voir Hegel, Propédeutique philosophique, chapitre Doctrine du concept, paragraphes numérotés de 2 à 10.

[iii] Pour les raisons sociales et économiques de cette construction, voir le texte M. Le Pen et la fin de l’identité ouvrière, Théorie Communiste n° 18. Cependant, depuis la rédaction de ce texte en 2002, nous sommes passés d’une adhésion « en négatif » (la disparition de l’identité ouvrière) à une adhésion positive dans le cadre des déterminations et des formes sociales d’apparition de la crise (cf. là aussi Une séquence particulière, même si ce texte est criticable : principalement sur l’opposition rigide entre rapports de production et rapports de distribution sur laquelle il fonctionne en grande partie).

[iv] Le communisme sera l’interaction d’individus singuliers que ne subsume aucune communauté, en cela l’appellation même de « communisme » comme état social est problématique.

[v] Il semblerait que la « gentille beurette » figure médiatique de la décennie précédente ait disparu.

[vi] En ce qui concerne la « mise au second plan » des « appartenances communautaires », c’est faux, vue l’absence massive (si l’on peut dire) de la « communauté musulmane ». Ce qui, en la circonstance, ne peut être considéré comme accessoire.

[vii] Cette adéquation du citoyen (même en tant que tel) à l’Etat est actuellement très instable soit que l’individu concret mine le citoyen, soit que l’Etat n’existe plus comme le corollaire du citoyen et de la société civile.

[viii] Nous sommes ici au niveau de l’idéologie sous laquelle peut opérer le jeu de cache-cache entre rapports de production et rapports de distribution (cf., malgré ses limites, Une séquence particulière).

ENGLISH TRANSLATION:

The citizen, the Other and the state

There was the one with the French prole, baguette and beret, fag in his mouth, looking all sad as he hears from Georges Marchais, the leader of the French Communist Party, that there isn’t going to be a dictatorship of the proletariat after all. And the one with a Vietnamese guy on a bike saying ‘Today peace, tomorrow go to work in the factory!’, or the one about the tragic incident in which a ‘tragic party’ left one man dead [Harakiri was finally closed down for its coverage of the death of former president, Charles de Gaulle, whose passing saturated the mainstream media and eclipsed the deaths of more than 140 young people who had been killed after a nightclub burnt down just outside Grenoble. Hara-Kiri’s headline read: “Tragic dance in Colombey [de Gaulle’s hometown]: one death.”], and the strip ‘The Complicated Life of George the Murderer’. For people of my generation, it wasn’t without a twinge of pain that we heard about the massacre at Charlie Hebdo. Of course, Charlie is not what it once was, but they did l’Enragé in 68, so…

All those people in the streets of France on 11 January were not four million ‘dupes’. They weren’t calling for a military operation and the deployment of 10,000 soldiers on the ‘national territory’ (announced by the government on 12 January). As soon as the afternoon of 7 January, the day of the killing at the Charlie Hebdo editors office, the citizen demonstrations for the ‘values of the republic’ and ‘freedom of expression’ against ‘barbarity’ and the ‘Je suis Charlie’ appeared spontaneously. There was no need for the state to ‘appeal’ to the people nor for the propaganda steamrolling that followed anyway. The state jumped on the bandwagon, not without some fuck-ups like organizing the demonstrations under the protection of a cartel of political parties. On 11 Jan the politicians were actually quite reserved, as they received on a platter this dish, half poisoned by the no longer straightforwardly national contemporary form of the state.

Of course they will use this opportunity to criminalize any kind of revolt or opposition, to reinforce and legitize repression, to drum up support for their external wars which will now be unquestionably ‘justified’. But the flights of fancy about ‘national unity’ and ‘Jaurès’ or the (less convincing) ‘international union’ of western countries against the ‘postcolonial’ world are not only completely inadequate to everyone except radical rhetoricians, with a whole array of pretentious denunciations of things that they don’t want to and don’t analyse, instead reiterating some eternal truths of the revolutionary canon. Calling the huge demonstration of 11 Jan a manipulation and propaganda is too easy and even too comfortable. Even if that were what it had been, we would still have to explain how that manipulation worked, but it is not that simple. It is a lot worse – the mobilization on 11 Jan 2015 was outstandingly appropriate to this moment[i].

This didn’t come like a bolt out of the blue. In every country in Europe whether its the politics of the left (Front de Gauche, Podemos, Syriza) or the right (no need to list them all) national citizenship has become the ideology that responds to the crisis as an ‘injustice of the distribution of wealth’. This national citizenship is based on a discourse that challenges the legitimacy of the state which is now denationalized and held responsible for the injustice. When the demonstrators applaud the cops passing in riot vans, it’s a fantasy of momentarily finding back the paternalist state of before liberal globalisation, whatever the diverse dangers and insecurities, real or imaginary, that threaten their lives may be.

It’s these dangers and insecurities that the myth of national citizenship as a protection, (from Republic to Nation) fleetingly congeals together. A real nation-state that forms a real national citizenship, not only forming an identity but forming an identity because it is protective, exactly the social form that went up in smoke since the 1970s. But national citizenship has never been innocent – neither in its origins or its implications. It is formed in opposition to the Other that threatens it, and requires the suppression of that threat. Today Islamism, tommorow (or today at the same time) class struggle or womens struggle. Four million people get together and the most astonishing thing is the emptiness of the discourse. There is nothing to say; nothing to do, except ‘Je suis Republicain’, nothing to understand except ‘we are one nation’, nothing else to do except to conjur up a huge representation of the Republic, menaced by anonymous black crows that nobody has any problem recognizing.

The nation only mobilizes people and becomes a theme of combat if it is constiututed as under threat; but the threats can only be conceived in the terms the nation itself imposes: its values and its authentic nature. The citizen is an abstraction from the concrete individual in their relations of production; of class and gender. However, it is not an abstraction free from determinations. Equality and equivalence between citizens, which constitute their abstraction, presuppose a shared history and culture. There is no citizenship without an identity, without being able to say ‘us’ and ‘them’. Saying ‘us’ and ‘them’ is not the exclusive domain of the Front National, the sausage eaters and red wine drinkers. You can say it through the reassuring secular smile of ‘freedom of expression’ or ‘womens rights’. But no matter what, you say it in the language of the state. ‘We confront the questions of immigration and of Islam; we cannot carry on doing what we’re doing with immigration. When not linked to terrorism it still creates problems of integration and divided communities’ (Sarkozy). It is just a short a step from that benevolent secular smile to Sarkozy.

A real good citizen needs to be just as careful as her universality is questionable. ‘Take off the veil then’ says the left-wing citizen who fights for women’s rights, making the domination of women into something that belonged to some backwards cultures and which over here we are doing away with. Because this citizen is from ‘over here’. And it is because he is from ‘over here’ that he is universal. The Jews in the demonstration are right to ask themselves – if there had only been the hostage at the Kosher supermarket and not the murders at Charlie Hebdo on wednesday, would there have been such an explosion of Republicanism? Obviously not (c.f. Toulouse): national citizenship, the universal, is not threatened when one particular attacks another particular, even if all particulars are not subsumed under the universal in the same way. Either for long-term historical or contemporary social or political reasons, a particular can have a positivity by which they not only become a particular, but also belong to the universal. ‘Without the Jews, France would not be France’ (Manuel Vals). The particular remains particular. It is not, as it could be, effaced in the universal, but it nevertheless belongs to the sphere of the universal. The particular is a determination of the universal even if it is not effaced in it. The last time a president of France went into the street to demonstrate was Mitterand after the desacration of the Carpentras Jewish cemetery, never after an attack on a mosque, muslim graves or even a military cemetary. For all sorts of social, political, economic, cultural and historic reasons, all particularities are not equal. Their relation to the universal varies; from inclusion that does not efface the particular, to distrust or hostility. At certain times, some particularities are constructed by the universal as harmful – the Jews gave the tragic proof.

Whatever their discourses, the very existence of these demonstrations and the invitation to ’emancipation within the republic’ mean that things are absolutely not ‘equal’ for our ‘muslim fellow citizens’ (this phrase says it all). The particular is not posited in the same relation to the universal. It is formulated  negatively; it exists only in and as itself; it is part of the miscellaneous. Or to be a bit more concrete, even if we cannot reduce the demonstrations from Thursday 8 to Sunday 11 entirely to the frightened and hostile construction of muslims (and ‘Arabs’) in France as strange and foreign, neither can we understand the scale of these demonstrations without taking this into account[iii]. ‘No more playing innocent’ we hear the big republicans saying more and more ‘these terrorists come from the same place as you, so it’s time you clean up after yourself’. After the attacks of Wednesday 7 and Friday 9 anti-Arab/muslim acts are multiplying, but let’s also look at the other side of the coin: the open, humanist position (and save ourselves the comfort of the humanist condemnation of racism and ‘Islamophobia’).

The humanist demand to accept the ‘Other’ presupposes that there is an ‘Other’, it’s construction as ‘Other’ and therefore the hierarchy in relation to the ‘One’ who has the power to say who is the ‘Other’. There is a whole social organization, pre-existing any given individual, between ‘Us’ and the ‘Others’. To accept the ‘Other’ is an invitation extended to proper, legitimate society. At the origin of ‘The Ones’ and the ‘Others’ is simple brute power. The ‘One’ is the one with the power to distinguish.
The distinction is the practical, empirical, everyday existence of the universality of the citizen. If we forget about the hot air of ‘true universalism’, the west can legitimately seize the monopoly on universal values, if needs be with F16s and Dassault Rafales. The universality is an ideological artifact proper to the capitalist mode of production – the abstraction of labour, value and the citizen. This mode of production is the only universal, with universalist ideological practices conditional on the individual corresponding to its criteria of universality, that is not to be a women or to bear any cultural, ethnic, racial, familial or religious links that compete with the nation-state. The state is a nation-state because it is a capitalist state, it does not recognize any intermediary in its relation to the individual; no intermediary communities or competing identities within itself. It identifies any element that interferes with its criteria of universal homogeneity as a foreign body, specific and therefore harmful communities. There are no more mediations between power and the individual. Without the middle term of the nation-state and its political structure, we start again with the crude explanation of homogenization through the development of capital value, from which point we can explain anything and everything in an undifferentiated whole. If only the state is supposed to represent the individual abstracted of their determinations that is the citizen, the ’emancipated’ individual, the only garantuee of their ’emancipation’ is that they belong to and are integrated in the national collectivity represented by the state.

Religion is a prior, unstable and unfinished form of the universality of the state, of the ideology in which political practice is carried through. It is prior and unstable because when it becomes the dominant ideology under which social practices and relations of production operate, it reveals and claims that the abstract universality of the state is not in the state itself, that it is not ‘religion realised’ (Marx, The Jewish Question)
‘The perfect political state is, by its nature, man’s species-life, as opposed to his material life. All the preconditions of this egoistic life continue to exist in civil society outside the sphere of the state, but as qualities of civil society. Where the political state has attained its true development, man – not only in thought, in consciousness, but in reality, in life – leads a twofold life, a heavenly and an earthly life: life in the political community, in which he considers himself a communal being, and life in civil society, in which he acts as a private individual, regards other men as a means, degrades himself into a means, and becomes the plaything of alien powers. The relation of the political state to civil society is just as spiritual as the relations of heaven to earth. (…) The democratic state, the real state, does not need religion for its political completion. On the contrary, it can disregard religion because in it the human basis of religion is realized in a secular manner.’ (ibid.)
‘There was something of the sacred about it’ (Nathalie Kosciusko-Morizet) ‘A communion of the French people’ (Rama Yada)
Four million French people in the street, and 97% in the polls renewed their allegiance to ‘the true state’, and asked nicely to the Other to do likewise, if they hadn’t already. In pity and charity, they asked the Others to emancipate themselves. In France such emancipation in the name of the universal is an old historical fund of the left. Given that martyrs at Charlie Hebdo were also of the left, everything turns out for the best in the best of possible worlds of universal values to defend. The ‘muslims of France’ had to speak up to denounce ‘barbarity’, to say that ‘that is not the true Islam’ and to ‘be present in the demonstration’. So they (men and women [v]) did not go, but the Imam that had been invited agreed to get on the television platform and do and say everything right.

But what was there of day-to-day humiliation, rejected job applications, dirty looks in bars? It wasn’t the Islamic State and Al-Qaeda and their long histories that made the Kouachi brothers and Amedy Coulibaly, it was the French society. ‘The perpetrators of that dreadful crime were French citizens, they went to the secular republican school, that of Jules Ferry. It is down to France to show that it is not an ‘incubator’ for terrorism, and not to the Muslims, Jews, Christians or Asians to prove themselves as different’ (letter to Le Monde). Another reader adds: ‘Those jihadists grew up in our cities, went to our schools and experienced hatred in our prisons’. Mass unemployment, the segmentation of the labour market to the point of racialization and police treatment of the banlieues have shown for a long time that the dominant class knows that it has nothing to distribute, nothing to offer, except the incorporation of the ‘French muslim youth’ into ‘French republican Islam’, as an old foreign minister put it. Only a Cohn-Bendit could come up with ‘we need to invest in the banlieues‘ and to propose ‘a national sports foundation that supports local sports trainers’. Malek Boutih is more direct: ‘If there is a potential danger, those areas will have to be cleaned up’, proposing that certain areas in the banlieues ‘would be temporarily taken into protection by the state’.
If, as Gilles Kepel says, there is a ‘jihadist centre of attraction hostile to the Republican contract’, and if they know exactly where to strike to make it hurt, there is no need to go to Sahel, Yemen or Iraq to find out where the jihadists come from. These ‘holy madmen’ are not our enemies because they are barbarians (our democratic nations and their drones have no need to envy their barbarity), they are our enemies because their aim is to harden and thicken the fractures in the exploited and dominated class which are already bad enough. We do not hope for a unity of the proletariat (division is inherent to wage labour, and the unity of the proletariat can only be its abolition), but neither to rigidify the existing fractures further under a cultural and religious order that essentialises them. The ‘young proletarians of the banlieues’ are no more immunized than anyone else against the ideological mutation of class conflicts (and between sections of the exploited class) into cultural ones. Especially given that in the international context, calling yourself a Muslim gives an image of perfect confrontation.

Let the historians decide.
This was a special day, because ‘our days of national celebration are almost always days of combat’ (Jean-Noël Jeanneney).
‘The first day of democratic internationalism’ (Michel Winock)
Pascal Orly thought that this demonstration of unity where partisan, union or community allegiances came second says a lot about the state of our society ‘to not march with an organization and to come with 10,000 different slogans, as we saw on sunday, is the sign of extremely advanced individualism. What we saw was absolutely a mass demonstration, but one that united mostly very individualist people’.
We could say that Pascal Orly hasn’t seen many demonstrations recently, where it is more and more rare to march ‘one step behind the organizations’, but anyway, for this once Orly is right. There was a mass of isolated individuals, i.e. a mass of citizens who could only watch as their community passes in front of them in the form of 50 heads of state. Whatever the individual people thought about each of the latter in particular, and whatever the mistrust of this national unity towards the state as it currently is, what we saw was our abstract universality passing (even if not on horseback as it did in Hegel’s day), and the people as citizens renewing their ceremony of homage to it. They could have not.
‘In history, euphoria is often fleeting, and moments of joy rarely followed by joyful days after'(Michel Winock). Joyful or not, the present conjuncture of class struggles (the predominance of relations of distribution over relations of production, injustices of distribution which are blamed on the denationalized state, racialized division of the proletariat, the ‘real people’ against the elites, and interclassism) means that beyond a sudden event that deflates quickly, the days after will be played out in the inevitable contradictory game between the concrete individual in their social relations of production, and the citizen, its necessary abstraction.
R.S.
[i] For a more complete analysis of the current situation within which this demonstration plays out see Théorie Communiste, Where are we in the crisis? [French versions on the dndf and théorie communiste websites]
[ii] See Hegel, Philosophical Propaedeutic, Ch. Doctrine of the concept, paragraphs 2-10.
[iii] For social and economic reasons for this construction, see Théorie Communiste No.18. Since writing that text in 2002 we have changed our conception from ‘negative’ (the disappearance of the workers identity) to ‘positive’, an identity constructed in the determinations and social forms of appearance of the crisis (c.f. also ‘Where are we in the crisis?’ even if that text is criticable, especially on the basis of the strict opposition between relations of production and relations of distribution that it relies on)
[iv] Communism will be the interaction of single individuals who are not subsumed in any community; in that much even the name ‘communism’ as a social state is problematic.
[v] It looks like the ‘nice arab girl’, a media figure of the 2000’s, has disappeared.
[vi] As for the leaving community identities ‘in the background’, this is untrue: see the massive absence (if you can say that) of the ‘muslim community’, who given the circumstances could only have been seen as stage props.
[vii] The equation of citizen (even as such) with the state is currently very unstable, because the concrete individual undermines the citizen and the state no longer exists as the corollary of the citizen and civil society.
[viii] This is on the level of ideology where the game of hide-and-seek between relations of production and relations of distribution could play out (c.f. despite its shortcomings, ‘Where are we in the crisis?’)

 

  1. R.S
    17/01/2015 à 20:39 | #1

    Désolé pour le vietnamien, j’avais cité de mémoire.
    R.S

  2. adé
    18/01/2015 à 13:54 | #2

    Cum grano salis :

    Bien sûr, les frères Kouachi et Coulibaly sont les produits de la société française, cependant, ou plutôt avec ça, la « société française » est elle-même un produit;
    Peut-on réellement faire abstraction de la domination des sociétés « occidentales » sur l’ensemble des autres sociétés?
    Le rôle des guerres dirigées contre les pays à population majoritairement musulmanes est-il purement accidentel et sans incidence sur les personnes d’origine maghrébine ici?
    La position de la France qui a évolué depuis le gaullisme d’un soutien « au peuple palestinien » vers un alignement- avec Mitterand- pur et simple sur les positions israëlo-étatsuniennes n’a -t-il joué aucun rôle (2 poids, 2 mesures)?
    L’absence d’empathie avec ces populations, que ce soit en Irak (embargo) ou en Palestine (Gaza) n’est-il pas ressenti comme un mépris global, ici vis-à-vis de la population d’origine maghrébine, géo-politiquement vis-à-vis des populations musulmanes?
    L’injustice faite depuis des décennies à ces populations, les alliances avec les sociétés dictatoriales (Arabie Séoudite, Lybie…), la vente d’armement, la « real politik », les hypocrisies, les revirements, etc… n’attisent-ils pas un sentiment de haine envers « les croisés », dont la France depuis des lustres?
    Bref, la position dans le système capitaliste de ces pays dominés agressés par les puissances « occidentales » (coalitions) ne s’ajoutent-il pas au fait que les populations d’origine et de culture arabo-musulmanes présentes surtout en Europe sont sujettes à un racisme et à une relégation économique, spatiale et économique ( amen de l’histoire coloniale des pays comme la France)?
    Salut.

  3. adé
    19/01/2015 à 12:37 | #3

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/01/19/bond-de-popularite-pour-francois-hollande_4558607_823448.html

    Extrait : « C’est un phénomène rarissime dans l’histoire des baromètres d’opinion », a ajouté l’expert. « Le seul cas analogue est François Mitterrand gagnant 19 points de satisfaction au moment de la guerre du Golfe entre janvier et mars 1991 ». Jamais auparavant une progression aussi forte n’avait été relevée par l’IFOP, doyen des instituts français de sondage, a indiqué Frédéric Dabi, qui dirige son département opinion.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Golfe

  4. pepe
    19/01/2015 à 13:06 | #4

    Un bon article de commentaire dans Libé ce jour, malheureusement réservé aux lecteurs papier et abonnés:

    http://www.liberation.fr/societe/2015/01/18/inegaux-devant-l-humour_1183522

    On publiera dès qu’on aura pu capter l’article quelque part

  5. 19/01/2015 à 18:35 | #5

    Mais de qui parle t-on?
    Qui sont ces national-démocratistes qui sont censés succéder aux démocratistes radicaux?
    Bien sur, on peut répondre que ce n’est pas homogène, mais traduit une lame de fond dans cette société etc… Mais de fait, il existe toujours des classes, et des segments dans celles ci, non?
     » Quatre millions de Français dans les rues « … D’accord, mais qui? Des gens « de l’autre côté du plafond de verre »?
    Des individus isolés, une masse de citoyens… Je conçois que l’heure soit à l’interclassisme. En même temps, j’ai un peu l’impression que l’heure est toujours à l’interclassisme, pour « les gens de la moyenne » pour reprendre le titre d’une chanson de Colette Magny https://www.youtube.com/watch?v=q5tZq_8UZUM

  6. salle des machines
    20/01/2015 à 14:17 | #6

    «La vie doit continuer » François Hollande

    Évacués pendant le siège des frères Kouachi, ils devront rattraper leurs heures de travail

    http://www.lalibre.be/actu/international/evacues-pendant-le-siege-des-freres-kouachi-ils-devront-rattraper-leurs-heures-de-travail-54be247735703897f84cbefa

    C’est à Dammartin-en-Goële que sont situés les locaux d’Aldi Marché, censés approvisionner les supermarchés d’Ile-de-France. Plus précisément, à quelques dizaines de mètres de la désormais célèbre imprimerie CTD, où les frères Kouachi se sont retranchés au matin du vendredi 9 janvier dernier.

  7. adé
    21/01/2015 à 08:58 | #7

    Trouvé sur le blog de P.Jorion: Vivre ensemble par Pascal

    CHANTS POUR LES PETITS

    Paroles de Lucie Delarue-Mardrus

    MON OMBRE

    Mon ombre est un petit nègre,
    Qui me suit toujours partout
    En rampant comme un toutou
    Un peu maigre.

    Né là-bas au pays du rhum,
    Dans la case de l’oncle Tom,
    Me lécher les pieds, c’est son rôle.
    Avoir un nègre Ah ! que c’est drôle !
    LIVRE à CHANTER
    Pour la jeunesse
    (solfège scolaire avec paroles)
    Prix : 380 francs
    (septembre 1958)
    Edité chez Jean VILLATTE,
    4, place de la Porte-de-Bagnolet
    Paris (20ème)
    Copyright 1958 by Jean Villatte
    Made in France

  8. Anonyme
    21/01/2015 à 17:26 | #8

    L’interclassisme c’est la lutte de la bourgeoisie contre le prolétariat mais puisque pour cette espèce de théor-isation, la bourgeoisie n’existe pas alors l’interclassisme devient une partie de la lutte contre le Capital … C’est totalement hallucinant.
    Le capital est un rapport de production, le prolétariat est une classe. Cela ne semble même pas déranger ces théoriciens. Ils s’imaginent qu' »avant » c’était avant et qu’avant c’était Travail contre bourgeoisie. Non seulement cette lutte n’a jamais existé de cette manière ailleurs que dans leurs têtes, mais un opposé strict du genre Capital Vs. prolétariat est aussi stupide posé dans ces termes là. Avant et aujourd’hui c’est Travail salarié et Capital, Prolétariat contre Bourgeoisie.
    Cette théorie modern-isé ne connaît pas la précision et cela arrange tout les disciples puisqu’il est alors possible de ne pas étudier réellement la critique de l’économie-politique, de développer tranquillement sa petite théorie personnelle en s’imaginant pouvoir parler de tout dans le flou artistique le plus complet. La critique de la philosophie-politique voilà de quoi il s’agit. Et il n’y a rien à comprendre dans ce genre de marécage qui obscurcit les résultats les plus simples et simplifie les rapports complexes jusqu’à les faire complètement disparaître.
    De l’abstrait au concret, les faits sont têtus.
    Ceux qui ont commencé l’étude de Marx reconnaîtront rapidement que tout cela n’a rien à voir mis à part quelques formules verbales.
    Clamer bien haut une supériorité intellectuelle sans apporter en fait aucun élément réel mais que reste -t-il sérieusement ? A défaut d’essayer de comprendre en produisant réellement de la critique, il est visiblement nécessaire de donner son avis sur tout sans ajouter quoi que soit d’important. Lorsqu’on a plus rien à dire, il ne faut pas se forcer.
    Tout cela appartiendra bientôt au passé.

    Le marxisme n’est pas une théorie acceptable, cela ne sert à rien de se donner autant de peine.
    « Prédominance des rapports de distribution sur les rapports de production ».
    Encore un petit effort et bientôt tout apparaîtra le plus clairement du monde.

  9. R.S.
    22/01/2015 à 00:12 | #9

    @Rataxes
    Réponse à Rataxès

    « Mais de qui parle-t-on ? »
    Excellente question. Qui sont les gentils éléphants de Babar qui ont défendu Célesteville face aux méchants rhinocéros de Rataxès ?

    Oui, « il existe toujours des classes et des segments dans celles-ci ». Dans certaines situations produite par ces rapports de classes, peuvent se cristalliser des positions hétérogènes dans la constitution d’un événement unique.
    A propos de l’élection de Louis-Napoléon, le 10 décembre 1848 : « Les autres classes contribuèrent à parachever la victoire des paysans. L’élection de Napoléon, c’était pour le prolétariat (souligné dans le texte) la destitution de Cavaignac, le renversement de la Constituante, le congédiement du républicanisme bourgeois, la cassation de la victoire de juin. Pour la petite bourgeoisie, Napoléon signifiait le pouvoir du débiteur sur le créancier. Pour la majorité de la grande bourgeoisie, l’élection de Napoléon, c’était la rupture ouverte avec la fraction dont elle avait dû se servir un instant contre la révolution, mais qui lui était devenue insupportable (…) Napoléon à la place de Cavaignac, c’était pour elle la monarchie à la place de la république, (…). En votant pour Napoléon, l’armée enfin vota contre la garde mobile, contre l’idylle de la paix, pour la guerre. (…). Napoléon était le nom collectif de tous les partis coalisés contre la République bourgeoise. (…). L’élection de Bonaparte ne pouvait s’expliquer qu’en substituant au nom unique ses significations multiples, qu’en se répétant dans l’élection de la nouvelle assemblée nationale. » (Marx, Les luttes de classes en France, Ed. la Pléiade, Œuvres politiques, pp. 273-279) ;
    Pour des raisons diverses et pouvant même être opposées, « Charlie » était le nom collectif de toutes les classes et segments de classes coalisés pour la défense de la citoyenneté nationale. Pour expliquer cela il faudrait remonter à la spécificité de la crise depuis 2007 / 2008 et les formulations idéologiques qu’à partir de cette spécificité elle a engendré. D’autant plus opposée que, pour la bourgeoisie, le processus actuel de dénationalisation de l’Etat est la forme adéquate de son pouvoir de classe en général même si une fraction de cette classe l’impose à une autre. Sans avoir de données précises, intuitivement, on peut penser que la classe ouvrière était proportionnellement sous-représentée dans ces cortèges. Non pas que pour elle la citoyenneté nationale soit vide de sens (« les prolétaires n’ont pas de patrie »), mais elle y met une signification bien plus concrète que la liberté d’expression ou la laïcité, ce sont les « droits sociaux » qui historiquement se sont toujours constitués comme tels en même temps que la distinction entre nationaux et étrangers (quels que soient les papiers de ces « étrangers »). En outre, pour une partie d’entre elle, la chose était déjà entendue dans son adhésion au Front National.
    L’objet même de cette cristallisation, quelles que soient les raisons des diverses classes et segments imposait sa « forme » : citoyen, individu isolé. La question qui se pose alors et que pointe Rataxès est pour moi la suivante : si les classes n’existent pas sous, au-dessus, comme noyau vrai, en dehors de leur forme de manifestation, ce sont alors les formes de manifestation qui sont constamment instables. C’est la question de l’instabilité et de la dynamique de toute forme de manifestation des rapports de classes qui est l’enjeu de la situation actuelle comme je l’évoque à la fin de mon texte.
    Oui, « les classes existent », mais il serait bien téméraire de croire qu’elles se donnent toujours à voir en clair telles qu’en leur concept et même tout aussi téméraire de croire qu’elles existent toujours comme le noyau vrai sous les formes d’apparition (ou à l’intérieur). Dans la citoyenneté, ce sont des choses différentes qui sont dites, et cela, pour le meilleur ou pour le pire, ne va pas manquer d’apparaître « au nom unique se substitue ses significations multiples »
    R.S

  10. 22/01/2015 à 19:27 | #10

    On en revient à l’heure solitaire de la dernière instance… (voire blague en lien à la fin du commentaire)
    Reste que  » la loi de la pesanteur se fait sentir à n’importe qui lorsque sa maison s’écroule sur sa tête ». S’il est vrai que les classes n’apparaissent pas forcément telles qu’en leur concepts, c’est tout de même à leur appartenance de classe que les prolétaires sont (et surtout seront) renvoyé-e-s dans la crise, surtout qu’elle se présente comme crise de la reproduction.
    C’est ici ou je ne suis pas sur de suivre RS & TC : n’y a t-il pas glissement depuis la question «  comment le prolétariat en tant que classe …» vers la question « comment le prolétariat en tant que société…»? Il me semble que ce qui est posé aujourd’hui par le capital c’est que le prolétariat n’est pas légitime pour « faire société » : il est renvoyé à une appartenance de classe négative, à n’être que sans réserve, il est de trop.
    Comme dans cette légende argentine (impossible de trouver confirmation jusqu’à présent, mais elle est signifiante en tout cas) sur un graffiti indiquant « bienvenue à la classe moyenne » sur le mur d’une villa miseria, un peu avant 2001…
    Bon allez, sur ce, une petite blague: http://www.beintellectual.com/althusser-heure-solitaire-derniere-instance-pour-marx/

  11. 22/01/2015 à 19:33 | #11

    @Rataxes
    Pour être plus clair vis à vis de ce qui ne connaissent pas ces termes, je fait référence à la question « Comment le prolétariat agissant strictement en tant que classe peut-il abolir les classes ? » (voir ici par ex https://sites.google.com/site/theoriecommuniste/la-revue)

    « L’heure solitaire de la dernière instance…  » est une référence à une phrase d’Althusser, cité par TC dans Tel quel je crois.

    Enfin, « loi de la pesanteur » c’est dans le livre 1 du capital.

  12. Lobo
    23/01/2015 à 13:26 | #12

    Question à Roland Simon : d’où, de quelle certitude, voire de quelle boule de cristal tires-tu l’affirmation suivante : « Le communisme sera l’interaction d’individus singuliers que ne subsume aucune communauté, en cela l’appellation même de « communisme » comme état social est problématique » ?

  13. adé
    23/01/2015 à 15:31 | #13

    @lobo
    Société définition:
    1°- Ensemble organisé d’individus entretenant des rapports d’interdépendance règles, exprimables sous la forme de règles naturelles ou conventionnelles.

    2°-Ensemble d’individus humains en relation d’interdépendance et organisé par des institutions.

    3°-L’état social, cadre de vie de l’homme en tant qu’il existe dans une société aux sens précédents (1) ou (2)

  14. adé
    23/01/2015 à 17:38 | #14

    errata (ou erratum?)
    Il fallait lire 1°…des rapports d’interdépendance réglés,…
    Un coup de Charlie, et ça repart…
    Cf. Communauté humaine, immédiateté sociale de l’individu…
    Meilleurs voeux…

  15. Anonyme
    23/01/2015 à 17:45 | #15

    Le commentaire 8 ne pouvait être pris que comme une provocation. Ce qu’il n’est pas en réalité. Une ouverture plus large que la communisation, une véritable invitation au débat critique, ne pouvait pas se faire de manière courtoise. Il n’est possible d’enfoncer son coin dans un bloc de granit qu’en tapant d’un coup sec et précis, pour que les efforts suivants et plus fins puissent sonner et résonner agréablement.
    2 points :
    1- Marcher dans les pas de Marx est un rejet radical de tout dogmatisme, à plus forte raison d’un dogmatisme de Marx. Ce que précisément la théorie de la communisation ne fait pas, contrairement à d’autres. En cela elle porte des germes très féconds. Je me place sur ce même terrain.
    2- Cette théorie a pris, il me semble un chemin bien trop étroit. Ainsi, elle s’est interdit un grand nombre de terrains d’analyses extrêmement puissants qui sont déjà esquissés ou même considérablement développés chez Marx. Ce que je critique, c’est la faiblesse de la théorie communisatrice concernant la critique de l’économie-politique. Cela est vraiment très net. On y reviendra.
    A titre d’exemple, on prendra le taux de profit. Le taux de profit est une traduction du taux général de plus-value. Ce taux là n’existe pas mondialement mais est une tendance qui se constitue dans chaque pays (on entrera pas dans les détails). Il exprime le degré général d’exploitation tandis que sa traduction, le taux de profit exprime le degré d’accroissement du capital. Autrement dit l’évolution à la baisse de ce dernier manifeste le développement de la production capitaliste dans un pays à 2 moments différents de la même manière que s’il s’agit du développement de la production capitaliste dans 2 pays au même moment. Dans le circuit de base déjà A-M-P-M’-A’, M’ doit être comparé à A, la valeur du capital-marchandise à une époque, doit être comparé à la valeur du capital avancé à une autre époque et le passage de M’ à A’ n’est absolument pas automatique même si le prix de M’ représente déjà virtuellement du capital-argent.
    Il n’y a pas la place pour développer. Ce qui a été dit sur la bourgeoisie va dans le même sens. La bourgeoisie est l’organisation des capitalistes de toute la société (l’influence politique des propriétaires fonciers modernes tend à disparaître avec le développement de la grande industrie). C’est un mouvement et un rapport là aussi. La société bourgeoise se résume dans l’Etat qui incarne précisément la bourgeoise à l’échelle de la société.
    Il n’y a pas de capital mondial au sen strict. Il y a un marché mondial qui n’est rien d’autre que le rapport des pays capitalistes. Le marché intérieur de l’un étant le marché mondial des marché étrangers et réciproquement.
    Le capital c’est d’abord le capitaliste mais aussi un élément distinct de lui, autrement dit, c’est un rapport de production et même ce rapport en mouvement donc la production capitaliste elle-même. Comme ce rapport est la base du mouvement de toute la société, c’est un système de production.
    En posant capital contre prolétariat cela a le mérite très important d’insister sur le fait que ce n’est pas tel ou tel personnage qu’il faut abattre mais un système de production tout entier. Cependant, un rapport de production est le rapport des hommes dans la production de leurs existences, entre les capitalistes et les ouvriers tout le reste en découle dans la société bourgeoise et non salariale. La bourgeoisie est le fonctionnaire du capital social, cela n’empêche pas qu’elle lutte et que c’est contre elle que le prolétariat se constitue et lutte lui aussi. Le prolétariat est révolutionnaire ou il n’est rien. La lutte de classe est tantôt une guerre larvée, tantôt ouverte.
    Le problème de cette conception, il me semble, c’est que le Capital en général est considéré comme le capital social mais sur la base des lois de sa reproduction de capital individuel. Ce qui affaiblit considérablement l’analyse. Il faudra revenir là-dessus.
    Au final, cela implique une conception abstraite de l’Etat en général (cf. la critique de cette conception dans la critique du programme de Gotha) qui clairement n’existe pas car le capital se développe sur la base de ce qui existe, révolutionne les structures traditionnelles existantes, aliène l’Etat par les impôts si celui-ci existe, établit des structures agraires « artificielles » là où il n’existait pas.
    C’est non seulement cet Etat en général qui posa problème aux révolutions de 1920 à mon avis. « A chacun sa bourgeoisie », alors cela est un produit de la sociale-démocratie et de la guerre mondiale. Mais de plus, même si je n’entrerais pas ici sur les derniers événements qui agitent la société française, de cette manière, il devient impossible d’analyser mondialement et concrètement la situation de tel ou tel pays.
    Tout est imbriqué bien entendu, c’est la division internationale du travail, produit de la production capitaliste lorsqu’elle repose sur la grande industrie et que le marché mondial prime sur son marché intérieur (en Angleterre la subordination du travail au capital se réalise, devient réelle et est même déjà réelle dès 1830 lorsque la bourgeoisie s’empare du pouvoir politique, mais avec la grande crise cotonnière de 1862 c’est alors un fait indiscutable. La guerre de sécession est un véritable point de bascule)

    Simplement, les marxistes n’ont fait qu’interpréter Marx, ce qui importe, c’est de le développer. Cela n’est en réalité possible qu’en restaurant la critique de l’économie-politique. La contre-révolution sociale-démocrate puis stalinienne a creusé des trous à chaque page de cette arme critique et il devient très difficile au lecteur d’accéder directement au contenu sans que l’idéologie dominante fasse ressortir en lui à chaque ligne un obstacle qui ralentit la compréhension. Marx a mis plus de 20 ans a produire l’ensemble des bases de ses résultats fondamentaux. Vraisemblablement, il en faut bien moins pour y parvenir après lui, cependant, le chemin est semé d’embûches. Le grand corps idéologique que la bourgeoisie a été en capacité de sécréter et de raffiner sur l’écrasement de chaque révolution prolétarienne étend à chaque fois le royaume des ténèbres plus vastement et plus profondément encore sans jamais être en capacité de résoudre les contradictions qui déchirent la production de la vie matérielle et de laquelle, précisément il surgit. Lire, critiquer et comprendre est une lutte véritable parce que la bourgeoisie a le plus grand intérêt à ce que la société qu’elle représente, la société bourgeoise dans tous ces mystères, reste le plus longtemps possible une énigme sans explication.
    Déjà, il faut commencer par restaurer les matériaux rouillés par la corrosion de la contre-révolution. Après on forgera et le travail seul et à la main est définitivement terminé. Nous vivons à l’époque des grands calculateurs et des imprimantes 3D qui imprimeront bientôt du métal dans une production de masse. Ce qui est monumental concernant la révolution de la fonderie, la métallurgie et la fabrication.

  16. Lobo
    23/01/2015 à 17:54 | #16

    Merci, Adé, pour ce raccourci très dictionnaire. Mais permets-moi de rester sur ma faim et de réitérer ma question : d’où vient cette affirmation abrupte qu’une fois le capitalisme aboli, les êtres humains ne seront plus que des « individus singuliers » que ne subsume aucune communauté ? Pour ma part, j’entends cela comme une version un peu savante des paroles de l’Internationale, « du passé faisons table rase. » Ainsi donc, il n’y aurait plus rien qui fasse communauté entre les « individus singuliers. » Plus de communauté intermédiaire, donc, entre l’individu singulier et l’être abstrait que serait l’être humain.
    C’est effectivement une possibilité. Mais il y en a certainement quelques milliers d’autres. D’où ma question : qu’est-ce qui permet d’affirmer de façon aussi péremptoire que le « communisme » (entre guillemets, puisque pour Roland Simon, même ce vocable semble périmé) aura supprimé toute forme de communauté au profit de l’Unique ?

  17. Anonyme
    23/01/2015 à 19:06 | #17

    Il me semble qu’il est nécessaire d’ajouter ceci au commentaire 15

    Peut-être qu’il existe une tendance à la péréquation des taux d’intérêts au niveau international mais en aucun cas il n’y a d’égalisation des taux de profits entre les pays parce qu’il n’y a pas de degré général d’exploitation mondial (salaire, journée de travail, productivité et intensité du travail social, quantité et qualité des subsistances de bases, taille de la famille ouvrière). En vérité cela ne se produit même pas complètement à l’intérieur d’un pays, entre la grande agriculture et la grande industrie. Il faudrait développer.

    Ce qui gène la théorie de la communisation, à mon avis, concernant la bourgeoisie, c’est l’URSS. Et bien la bourgeoisie est arrivée elle aussi et elle arrivera comme classe pleinement constituée juridiquement et politiquement en Chine mais à ce moment cela risque de ne pas se faire sans un mouvement puissant des travailleurs chinois.
    D’une part, le juridique vient avant le politique qui porte un plus grand poids que les autres formes idéologiques (religieuses, artistiques et philosophiques). L’ordre de l’énumération de Marx n’est pas simplement là pour décorer. Le juridique est la racine que la superstructure plonge dans la base concrète de la société (droit du travail, synthèse de la lutte entre les capitalistes et les ouvriers salariés, bail, synthèse entre la lutte que se mènent les fonciers et les capitalistes. Tout cela au niveau de la société et en réalité de toutes les sociétés. La lutte de classe se passe au niveau le plus général, le plus synthétique, historique, « politique » dans le sens le plus fort). On pourrait d’ailleurs prendre une quantité d’exemple sur les formes de transitions dans l’agriculture qui est le champ où naissent les rapports de production bourgeois modernes.
    Et cela n’est pas une mince affaire non seulement en Chine et en Inde mais dans une société bourgeoise économiquement pleinement constituée comme l’Arabie saoudite mais où précisément il se trouve un véritable conflit politique entre une fraction bourgeoise et la famille royale. Précisément une partie de la bourgeoisie considère que ses intérêts ne sont pas pleinement satisfaits. Cf. la prise de la mosquée de la Mecque en 1979, cette sédition bourgeoise qui donna son acte de naissance à l’islamisme-politique jihadiste.
    Le Moyen-Orient en feu, la remise en cause des frontières de 1920 par l’Etat islamique, n’est pas une mince affaire. Dans tous les cas, sur le cadavre des énormes révolutions démocratiques parties de Tunisie en 2011 et qui avaient mis internationalement en mouvement la planète jusqu’en 2014, de l’Ukraine au Yemen, de la Lybie au Pakistan s’est élevé un grand mur qui coupe nettement l’UE de l’Asie.
    Concernant, l’URSS et la Chine, la spécificité de la forme juridique et politique vient d’une centralisation maximale du capital social là où le capital est concentré à un degré minimal, ou du moins trop faible en rapport aux autres capitaux sur le marché mondial. Et cela n’a été possible que par des révolutions dans lesquelles le prolétariat a été une force motrice véritable. La faible bourgeoisie ne pouvait rien et a été d’abord écrasé.

    La bourgeoisie ne peut pas résoudre l’antagonisme qui traverse toute la société bourgeoise jusqu’à la faire éclater mais elle peut le différer, le résoudre à sa manière en le faisant resurgir plus tard et c’est bien ainsi qu’elle s’est maintenue jusqu’à présent.

  18. adé
    23/01/2015 à 19:55 | #18

    @Lobo

    Redicco.

    -isme /ism/ masculin

    Utilisé pour former un nom correspondant à une doctrine, un dogme, une idéologie ou une théorie.
    communisme, libéralisme, hédonisme, darwinisme
    Utilisé pour former un nom correspondant à une qualité ou un état constaté.
    analphabétisme, anachronisme, professionnalisme, je-m’en-foutisme
    Utilisé pour former un nom correspondant à un comportement, une particularité, une maladie.
    belgicisme, narcissisme, mimétisme, somnambulisme, saturnisme

    Je t’invite à éplucher les archives de Meeting où cette question avait déjà été abordée.
    Pour ma part, je me tiens le plus loin possible de tout spéculationnisme, mais je trouve intéressant de pousser dans le sens de R.S., l’abolition du mode de production capitaliste dans ses derniers retranchements…
    salut et non-finalisme ;-)

  19. adé
    24/01/2015 à 08:29 | #19

    @lobo :Pour ma part, j’entends cela comme une version un peu savante des paroles de l’Internationale, « du passé faisons table rase »

    La table (de la loi) demeurait.

    « Ainsi donc, il n’y aurait plus rien qui fasse communauté entre les « individus singuliers.  »

    Les individus ne font rien que des « communautés » singulières. Cela ne fait pas société.

    « Plus de communauté intermédiaire, donc, entre l’individu singulier et l’être abstrait que serait l’être humain »

    à communauté abstraite, être humain singulier; à individu abstrait communauté intermédiaire.

    « C’est effectivement une possibilité. Mais il y en a certainement quelques milliers d’autres »

    Voire plus, et tout cela ne fait pas de bons Français. Milliers de combinatoires ne font pas « lien social »

    «  » communisme » (entre guillemets, puisque pour Roland Simon, même ce vocable semble périmé) aura supprimé toute forme de communauté au profit de l’Unique ? »

    Date de péremption: maintenant et maintenant et maintenant.
    Où il y a du genre le mâle fait Unique.

    Un peu ça va, allez kafé ;-)
    Ding, dingue, donc.

  20. adé
    24/01/2015 à 13:23 | #20

    @anonyme,
    Sans dec, c’est pas mal du tout.
    Chapeau, casquette, ou quoi.
    Faut voir tout ça, c’est super.
    Je relis. re-relis.

  21. pepe
    25/01/2015 à 11:50 | #21

    Une réflexion de sociologue, intéressante dans le contexte.

    http://www.liberation.fr/chroniques/2015/01/16/quand-nos-enfants-tuent-nos-peres_1182251

  22. R.S
    28/01/2015 à 23:16 | #22

    @Anonyme
    Ma première réaction a été que ne voulant pas être la cause d’une dépression, je laissais l’Anonyme à l’assurance de son « marxisme non-intellectualisé », tout le monde sait que Marx était un manœuvre autodidacte. Et puis, si on suit l’argumentation, les questions sont intéressantes : existe-t-il un taux de profit mondial ou même une tendance à l’établissement d’une telle chose ? Quelle contradiction dans le mode de production capitaliste ? Mais il faudrait articuler un peu tout cela avec « l’analyse concrète d’une situation concrète ». S’il pleut aujourd’hui, cela n’est certainement pas sans rapport avec le « big bang », mais depuis lors ce ne sont pas les médiations qui manquent. Blague à part, revenir de façon nouvelle et pertinente sur la question d’un « taux de profit mondial », c’est trois ans de travail.

    R.S

  23. pepe
    29/01/2015 à 10:38 | #23

    Même si ce qu’écrit Alain Badiou n’a qu’un lointain rapport avec le courant théorique qui s’écoule dans ce site, il est toujours intéressant de le lire. Son dernier article sur le drame « Charlie »
    http://la-feuille-de-chou.fr/archives/76799

  24. adé
  25. Anonyme
    29/01/2015 à 21:37 | #25

    Boté en touche.

    Des questions ? pas du tout ce sont des affirmations, relatives nécessairement.

    3 ans n’a rien à voir, c’est ridicule, quand on utilise pendant des années.

    Peut-être il y a eu beaucoup trop d’un coup.
    Parce qu’en réalité rien à été dit ou discuté sur les points vraiment fondamentaux.

    Et si on fait la démonstration point par point, on continue ainsi … ?

  26. R.S
    30/01/2015 à 01:10 | #26

    Ah bon ! Des « affirmations » ? Tu as de la chance. Et si tu cherchais une autre victime ?
    R.S

  27. Anonyme
    30/01/2015 à 02:39 | #27

    Le concret …doucement là dessus on y viendra. mais ce n’est pas le mets de prédilection tout de même. Qui va piano va sanno.
    La question est bien celle-ci.
    Est-ce que conserver ce que l’on croit avoir solidement bâti est plus fort que dérouiller et ramener à la vie ce qui est extrêmement puissant et terriblement dangereux?
    Attention parce que là on touche au diable véritable.
    L’avant-garde qui se crispe est devient l’arrière-garde …
    Je comprend que ce que l’on a fait pendant des années ne peut pas être jeté sans que l’on se sente soi-même en difficulté mais il faudra s’y faire très certainement.
    Et malgré tout c’est ainsi le mouvement, le communisme.
    A ceux que cela intéresse Section Salaire, taux de salaire nationaux, livre I.
    Là est posé là base de ce qu’est la monnaie non pas entre marchandise mais dans le MPC.
    La loi de la valeur dans son acceptation internationnle comme dit Marx;

  28. spip
    30/01/2015 à 13:54 | #28

    Ce n’est pas le centre du débat, mais je reviens sur la remarque d’Artaxès à propos du taux de profit : Effectivement il n’y a pas péréquation du taux de profit au niveau du marché mondial.
    Ce n’est pas un scoop et cela a été noté depuis fort longtemps par les bordiguistes par exemple. Sinon on ne pourrait pas comprendre pourquoi les taux d’accumulation ( les taux de croissance du PIB pour prendre la chose telle qu’elle s’exprime en termes ‘économiques’) sont si différents d’un pays à l’autre ou d’une zone à l’autre, malgré l’inégalité des termes de l’échange – ce que certains ont désigné comme « pompage » de la plus-value au niveau mondial – et y compris en période de récession ( voire n’importe quel tableau donnant ces taux pour la période 2007-2014 par exemple, pour les pays ‘émergents’ et pour les pays ‘avancés’) .
    L’explication ne réside pas seulement dans les niveaux de prix de la force de travail, et dans le taux de plus-value, comme c’est mentionné, mais aussi dans les autres éléments qui régissent les taux de profit : on pense évidemment en premier à la composition organique du capital (quantité de capital auquel se rapportent le salaire – et la plus-value ), à sa vitesse de rotation, etc…D’où des taux de profit – et donc d’accumulation – extrêmement disparates que l’on constate d’un pays ou d’une aire à l’autre, élevés dans les pays capitalistes dits émergents, bas dans les pays centraux.
    Tout ça est normal si on ne perd pas de vue que l’analyse de Marx dans le livre III du Capital, même si elle « se rapproche des formes qui se manifestent à la surface de la société», reste encore extrêmement abstraite : la reproduction d’ensemble dont Marx expose les mécanismes, et notamment la péréquation du taux de profit (et la baisse tendancielle du taux de profit qui va avec) n’est pas le marché mondial réel et l’ensemble des formations sociales qui en font partie, mais simplement encore une étape dans la théorie du mode de production capitaliste pris en soi, ce que l’on a pu désigner comme un capitalisme « pur ».
    C’est à dire que les lois dégagées ne valent que si l’on fait abstraction, comme le présuppose Marx justement (voir ses remarques multiples dans ce sens) , des conditions plus concrètes, locales, nationales, régionales : il y a péréquation du taux de profit parce que capital et force de travail se déplacent sans aucune entrave d’une branche, d’un secteur à l’autre, dans une concurrence qui ne connaît aucun obstacle, aucune limitation, ce qui suppose qu’une extrême unification de la formation sociale, avec ses propres organes spécifiques, est déjà mise en place par le mode de production capitaliste (rente foncière, crédit, Etat spécifiquement capitaliste, classes, etc..). En réalité, ces conditions peuvent être remplies au niveau d’un pays capitaliste ou d’une sphère déterminée ( le développement du capital fictif, et sa forme moderne la ‘financiarisation’) mais ce n’est pas le cas pour l’ensemble du marché mondial.
    Il ne s’agit pas de prendre ça historiquement (avec l’idée d’un capitalisme réel qui se rapprocherait progressivement de ce modèle abstrait, à mesure que le mode de production capitaliste se soumet de plus en plus totalement les sociétés existantes). En fait il s’agit de garder en tête un point de vue ‘logique’, ‘méthodologique’, de ne pas confondre l’abstrait et les formes concrètes, le concept de mode de production capitaliste et les sociétés capitalistes concrètes, il s’agit de tenir ferme la différence, de ne pas passer de l’un à l’autre de façon éclectique et au gré des besoins ‘théoriques’ immédiats, comme cela a été fait par certains avec le concept de subsomption du travail sous le capital (la ‘domination réelle’).

  29. Anonyme
    30/01/2015 à 19:03 | #29

    Je suis assez d’accord avec spip.
    Cependant, dans le livre III, c’est écrit noir sur blanc. Marx analyse des taux de profits à l’échelle d’un pays.
    Je n’ai pas réellement parlé du prix de la force de travail pour souligner qu’il n’y avait pas égalisation mondiale. Ce qui est dit c’est que le taux de profit est une traduction du taux de plus-value, donc nécessairement la composition du capital est décisive. Je ne défend donc pas que c’est la main d’oeuvre moins chère dans le pays B qui attire le capital de prêt du pays A mais que précisément c’est le taux de profit plus élevé en B parce qu’il traduit un taux de plus-value inférieur à celui existant en A pour un capital social de composition inférieure. C’est une différence dans le développement des forces productives.
    Sous une autre forme cela se retrouve à chaque subdivision de la production matérielle (dans une branche, dans les 2 grandes sphères agriculture-industrie, entre les pays et entre les époques). De la plus-value est ponctionnée là où elle est extraite dans les conditions de production défavorable (valeur-de marché et surprofit, prix de production agricole et rente, intensité du travail social et échange égal de journées inégales)
    J’ai insisté sur la constitution d’un degré général d’exploitation différents dans chaque pays mais c’est une « loi tendancielle comme toute les autres ». Pour cela j’ai rappelé la liste que donne Marx dans le chapitre sur les taux des salaires nationaux. Au fondement de ce degré général, il y a le plein développement de la grande industrie. Avant, les branches de production sont entre elles comme des nations.
    D’une certaine manière, la grande abstraction que fait Marx, à mon avis dans le livre III, concernant le taux de profit moyen, taux du capital social, c’est qu’il considère toutes les branches industrielles. C’est-à-dire qu’il fait abstraction de l’agriculture et de la division internationale du travail. On se situe bien au niveau d’un pays et même au sein d’une partie de la production d’un pays. Pourquoi ?
    Dans la dernière section, concernant la transformation du surprofit en rente, il étudie la spécificité de cette grande sphère de la production matérielle (dans laquelle il inclus toute la production de matière première parce que la rente est déterminée par les terrains qui produisent l’aliment de base) Quelle est la grande conclusion autour de laquelle tournait toute l’économie-politique depuis les physiocrates ? La différence entre les costs prices et les value of commodities, C/V agricole < C/V industriel, preuve de l'existence d'une rente absolue.
    Tant que les forces productives sont plus développées dans la grande industrie proprement dite que dans la grande agriculture mécanisée, ce qui est juste historiquement alors à capitaux avancés égaux dans un même pays, par exemple 100, les prix de production agricoles sont supérieurs aux prix des produits manufacturés.
    Si à cela on ajoute des intensités du travail social différentes entre les pays. Autrement dit des quantités différentes de valeur sont produites dans un même temps, c'est ce qu'il y a au fond des monnaies nationales (cf. ce chapitre sur les taux de salaires, Livre I), c'est ce qui permet de comprendre pourquoi les marchandises les plus dévalorisées trouvent leur appréciation maximale (prix, valeur d'échange exprimée en argent), et inversement les marchandises contenant une valeur importante se trouvent fortement déprécié sur le marché mondial.
    Alors une division internationale du travail se forme au sein de laquelle les métropoles industrielles convertissent les pays agricoles en magasins de matières premières. Avec la grande industrie, c'est le marché mondial qui prime sur le marché intérieur.
    J'ai plutôt tendance à considérer la subordination réel comme un rapport qui se développe, comme le rapport spécifique entre le capital et le travail salarié, autrement dit le développement de la production capitaliste (ce qui est le titre du Livre I d'ailleurs qui ne parle que de subordination réelle à part dans la dernière section). Autrement dit la subordination du travail au capital dans un atelier, une branche, etc. Il suffit de suivre le développement de la grande industrie en réalité. Donc en 1914, le capital s'est quasiment emparé de toute la production matérielle des pays d'Europe et des Etats-Unis mais il n'a pas révolutionné la production agricole conformément à son être. Cela s'est produit après 1945 et explique l'accumulation rapide du capital. Il y a eu le développement de la grande agriculture mécanisée, la combinaison de celle-ci avec la grande industrie et l'extension de grande branches industrielles (En particulier l'agro-alimentaire justement, alors l'agriculture ne produit plus que des matières premières qui sont livrées à la grande industrie proprement dit qui elle fabrique les moyens de subsistances).
    Si on tient tant à utiliser cette subordination, subsomption, domination du travail au capital, alors autant dire qu'elle n'est pleinement réalisée à l'échelle de la société et cela dans les pays occidentaux qu'en 1970. Cependant, ce n'est absolument pas le cas des campagnes de Chine et d'Inde par exemple.
    Il ne faut pas confondre l'abstrait et le concret, ok. Mais il faut tendre au concret non ? Je veux dire de la marchandise jusqu'au marché mondial. Donc Il s'agit bien d'exposer la production capitaliste en élargissant l'étude par le passage à des formes de plus en plus concrètes. Cependant, les contractions plus développées doivent, à chaque dépassement être rapportées aux formes antérieures plus abstraites et ainsi exprimer le développement de celles-ci dans celles-là. On s'élève alors effectivement en zig-zag. Et il en est bien ainsi dans la réalité. Le développement de la marchandise jusqu'au marché mondial trouve également une progression en retour, une rétroaction à chaque étape et finalement du marché mondial à la marchandise. Du moins, jusqu'à la veille de la crise de surproduction et même après lorsque celle-
    ci a été surmontée. Mais s'il n'y a plus de chape lourde, de géant industriel qui pèse sur toute la division du travail social (ce que fût l'Angleterre et les Etas-Unis), alors les contradictions ne peuvent pas être différées, alors elles ne sont plus renvoyées en interne mais
    s'exacerbent au contraire d'avantage jusqu'à la guerre totale et la révolution totale.

  30. pepe
    31/01/2015 à 13:20 | #30

    Un article du Monde Diplomatique:
    « Islamophobie ou prolophobie? »
    ICI:
    https://generationbethune.wordpress.com/2015/01/30/islamophobie-ou-prolophobie/

  31. salle des machines
  32. Flav
    14/02/2015 à 04:56 | #32

    @ R.S
    Voici quelques questions ainsi qu’une petite piste de réflexion à propos de la note [iv] :

    « Le communisme sera l’interaction d’individus singuliers que ne subsume aucune communauté, en cela l’appellation même de « communisme » comme état social est problématique. »

    Certes, mais cela reviens à supposer une nature transhstorique de l’individu. A moins que le communisme ne soit ni une société ni une collection d’individus mais le dépassement (entre autre) des deux termes société et individu…

    En tout cas, il semble au moins qu’il ne s’agisse plus d’individus immédiatement « sociaux »?

    Peut-on définir l’individu en dehors de sa [subsomption/implication réciproque] à une communauté/société ?

    « L’indivisible » ne recèle-t-il pas un certain désir de protection auquel viendrait répondre le mythe de la citoyennté d’une manière redoutablement achevée : d’une forme flexible (multiplicité des identités candidates à l’univers) et d’un contenu insécable : le capital. Autrement dit, la notion d’individu a-t-elle déjà été autre chose qu’une mise en forme de la compétition? Peut-être d’abord entre les courtisans en réaction à la chute du féodalisme pour ensuite devenir l’expression d’un « partage » du pouvoir (réel ou désiré), l’expression d’une implication réciproque entre deux classes naissantes?

    Je pense en particulier à l’oeuvre d’Elias… qui mériterait bien une (petite?) révision marxiste.

  33. adé
    15/02/2015 à 16:42 | #33

    Salut Flav,
    L’affaire des individus immédiatement sociaux a été entendue: y gisait une contradiction zombie.
    Social=médiation. La communauté humaine, même en un seul mot, comme la langue allemande le permet portait elle aussi cette bombe: d’un côté, la communauté, de l’autre l’humain, enlacement fatal, anthropophage.
    L’idée de »… que le communisme ne soit ni une société ni une collection d’individus mais le dépassement (entre autre) des deux termes société et individu… » est certes séduisante.

    « Autrement dit, la notion d’individu a-t-elle déjà été autre chose qu’une mise en forme de la compétition? Peut-être d’abord entre les courtisans en réaction à la chute du féodalisme pour ensuite devenir l’expression d’un « partage » du pouvoir (réel ou désiré), l’expression d’une implication réciproque entre deux classes naissantes? »
    Peut-être à cause des Flaviens, je pense à l’histoire de l’antiquité romaine, au passage de la République à l’Empire, aux Guerres Sociales, aux réformes foncières tentées par les Gracques, frères qui finirent assassinés, au soulèvement des « socii » exigeant la citoyenneté romaine.
    Je pense alors aux moeurs politiques de l’époque, à l’imbrication des clans, des « castes », des statu juridiques, aux esclaves, aux affranchis, à la plèbe, aux patriciens, sénateurs, chevaliers, aux prolétaires, aux clientèles…
    Et l’individu dans tout cela? Les femmes?
    Et bien, oui « la notion d’individu » là-dedans très différente, pourtant si proche, peut-être, parce qu’inévitablement une société de classes, et surtout gréco-latine, « ressemble » à une autre société de classes qui en est issu. Et le passage de la République à l’Empire comme une révolution, et même des révolutions dans une révolution.
    Je ne connais pas très bien Elias, mais je vais voir aussi dans cette direction.
    Salut amical.

    Je lis : Rome. I Grandeur et déclin de la République: Marcel Le Glay; Tempus éd. PERRIN
    :Les femmes Grecques à l’époque Classique: Pierre Brulé; Hachette Littérature( La vie quotidienne)
    Dans un autre registre : Les croisades vues par les Arabes -La barbarie franque en terre sainte- Amin Maalouf; éd. J’ai lu.
    : La fascination de l’Islam: Maxime Rodinson; Petite collection Maspéro.

    Et encore dans un autre registre, celui du polar social-historique (un récit entre Berlin 1932 et Buenos Aires 1950) Une douce flamme : Philip Kerr -policier, Livre de poche-

  34. adé
    16/02/2015 à 21:21 | #34

    Pour l’historien P. Veyne, la démocratie à Athènes résulte de l’extension du statu aristocratique à tous les individus mâles habitants la cité et ayant une lignée – clan, tribu, famille- athénienne.
    En sont donc exclus, les métèques -individus provenant d’autres cités-, les femmes dont la plus grande partie est confinée dans le gynécée (certaines femmes sont « publiques » : danseuses, chanteuses, hétaïres), et bien entendu la population esclave.
    Selon le même historien, la Grèce archaïque amalgame l’homme de pouvoir et l’homme au contact du sacré, on peut continuer à percevoir cet amalgame, ou plutôt la transformation de celui-ci, dans la société Romaine Républicaine et tardive pré-impériale dans le cumul des charges de pouvoir et justice (consulaire, sénatoriale, pro-consulaire) et des charges religieuses (flamines,pontifes…) entraînant un tabou sur les individus en charge. Jules César- Clan des Julii, descendants des Vénus et d’Enée- était Grand Pontife, descendant donc d’Aphrodite-Vénus (Vénus Genitrix). Sylla, « généralissime » et « dictateur » confiait que ses succès militaires était dus à Fortune, sorte de divinité qui préside à la destinée… Les Empereurs pré-chrétiens faisaient l’objet d’un culte et étaient divinisés.
    A l’époque impériale, après la crise qui a conduit à la christanisation (c’est plus compliqué que ça…) et au rejet de la morale aristocratique (sexualité pédérastique, filiation par adoption…) l’Empereur est également paré des vertus christiques, entouré de sa femme (mère de son fils) et de ce dernier, il évoque la trinité: mère, fils, saint-esprit (c’est lui-même), il est assimilé au « bon berger » qui prend soin de son troupeau… Il est remarquable que le rejet des normes morales aristocratiques et donc le rejet de la filiation par adoption, aient abouti à une valorisation du rôle de l’épouse par la nécessité, d’un côté d’une continuité familiale – le fils de l’Empereur est destiné à devenir Empereur à son tour- ce qui contribue à une relative stabilisation de l’institution impériale, et d’un autre côté,à l’adoption des règles morales propres aux plébéiens qui n’avaient pas les moyens d’une morale aristocratique. L’Empereur est protecteur, l’Empire résulte d’une alliance inter-classiste (faudrait essayer de voir en terme de genre) entre la plèbe, les marchands »capitalistes » et l’armée (mais en fait les Légions ont été ouvertes à la plèbe, et même dans certains cas aux esclaves, pendant ou peu après les Guerres Sociales), contre les grands propriétaires terriens nobles, typiquement, les Sénateurs.
    La morale impériale suppose donc l’extension de la morale plébéienne au sommet de la société, et de retour, une assimilation de l’empereur au « Sauveur », guide et berger. Encore un faisceau convergeant entre sacré et profane, un dépassement (dépassé-non aboli?) de la période républicaine conservant en les modifiant (ou vice-versa) les éléments déjà présent dans la socité archaïque grecque
    On sait que les Rois de France étaient supposés guérisseurs d’écrouelles.
    La Révolution bourgeoise française a tenté d’imposé, sans succès, une religion de l’Être Suprême, ainsi qu’un calendrier non-chrétien, ça n’a pas marché. Le terme « citoyen/ne », pour désigner un/e français/e, a été lui-même abandonné au profit de Monsieur, Madame, Mademoiselle qui étaient l’apanage de la noblesse…de même le droit de chasse étendu à l’ensemble des populations paysannes essentiellement.

  35. Flav
    17/02/2015 à 02:20 | #35

    Salut adé ;)
    Merci pour toutes ces pistes très stimulantes.

    Le developpement du marché entraine un « cumul des charges de pouvoir et justice » et peut-être corrolairement le développement de « l’individu ». Si je le mets entre guillemets, c’est pour le considérer comme une boîte noire, un problème, une question : à partir de quand, dans quelles conditions peut-on parler d’individu? Il ne s’agit pas simplement de la personne juridique ou du citoyen, mais de l’expression d’une reconnaissance (sociale), et parallèlement de l’expression son absence. Mais l’expression de l’absence de cette reconnaissance est un conflit qui ne peut apparaitre que lorsque cette reconnaissance est présuposée par les rapports de production (centralement par le salaire – en tout cas pour les prolétaires). Ainsi, lorsque l’individu est subsumé par le capital, il devient le principe de la société (civile – y’en a-t-il une autre?, bien que tout individu ne soit pas citoyen), et l’individu est essentiellement une relation de classe – notament (de genre aussi, et ce n’est pas moins important, mais je ne veux pas me retrouver à finir systématiquement toutes mes phrases par genre et classe, ça n’apporterais rien sur le rapport entre les deux).

    Il faudrait parvenir à dissocier et mettre en relation la citoyenneté et l’individualité. On est systèmatiquement reconnus, bon grès mal grès, comme individu. Réciproquement l’intégrité individuelle est toujours revendiquée face à la société. L’aspect nécessairement revendicatif de cette intégrité trahit l’implication réciproque entre l’individu et la société, son horizon indépassable. Dire « nous sommes tous citoyens rassure ». Dire « bonjour madame », « bonjour monsieur » aussi. Ce sont des expressions du caractère universel (ou du moins présupposé comme tel) de la condition individuelle (mais la condition individuelle est-elle autre chose que cette présupposition?). La distance entre citoyen et individu « tout court » est un conflit entre classes. Mais s’il est possible de renier sa citoyenneté, il est moins évident de renier son individualité. Même un tel renoncement serait perçus, à tort ou à raison, comme un acte individuel.

    Compte tenu du faible état d’avancement de mes reflexions (« faible »c’est relatif, mais depuis le temps que j’en parle!..) Je ne suis pas en mesure de saisir l’individu (ou plutôt le pré-individu) du « pré-capitalisme ». Je suis convaincu que l’on doit mettre en valeur une histoire de la subjectivité qui ne commencerait pas simplement à la fin du Moyen Age, époque à laquelle il semblerait que l’individu soit « né ». Ce que tu viens d’apporter le confirme clairement. C’est bien dans l’histoire des empires, de la justice et du marché, voire de la monnaie qu’il va falloir construire la génèse de l’individu. Je ne sais pas si c’est moi qui y parveindrais étant donné l’ampleur des connaissances que cela suppose. Je partagerais bientôt mes ébauches sous la forme d’un ensemble d’un ou plusieurs articles plus ou moins cohérents, dans lequel il sera surtout question de reflexion autour du concept d’individu. Je ne me sens pas encore les capacités d’élaborer une histoire de l’individu. J’ai bien peur que ce soit un peu décousu, mais je ne souhaite pas garder ces réflexions égoïstement. Je reviendrais sur l’idée que l’individu est la revendication d’une recconnaissance sociale, tout autant que la présupposition de cette reconnaissance. Puis je tenterais, de manière plus ou moins convainquante, de lier cette reconnaissance avec la notion « d’indivisibilité ».

    Je crois percevoir dans les recherches en sciences sociales sur l’individu toute une panoplie de paradigmes divergents ne parvenant pas à s’accorder (du moins en apparence), et qui me font penser, à bien des égard aux économistes prémarxistes tentant de percer le mystère de l’argent…

    Salut amical,
    Flav

  36. adé
    17/02/2015 à 16:23 | #36

    « La stricte délimitation du prolétariat par rapport aux autres classes, sa lutte contre toute production marchande sont en même temps un processus qui contraint les couches de la petite bourgeoisie salariée, de la « classe de l’encadrement social » à rejoindre la classe communisatrice. Le mouvement où le prolétariat se définit dans la pratique comme le mouvement de constitution de la communauté humaine est la réalité de l’abolition des classes. »

    Je ne suis pas entièrement d’accord avec cette citation de T.C., il me semble que cette perspective conserve en grande partie la vision du programme ouvrier en ceci qu’elle implique la prolétarisation des couches non-prolétarisées, d’abord, puis par cette notion de « communauté humaine », qui jetée à la porte, revient par la fenêtre. Cela implique une dynamique de socialisation, qui même renommée « communisation » n’en est pas moins une étape nécessaire, tout cela ressemble au programme en « accéléré ». Puis, la « communauté humaine » posée comme but, même si l’on dit qu’il s’agit d’un moyen (Par le communisme=par la communauté humaine), ne sort pas vraiment de l’optique téléologique, du sens de l’histoire.
    Pour moi, il est plutôt question d’une profonde transformation sociale, et non de l’affirmation du prolétariat. La « fin de l’identité ouvrière », signifie une transformation de cette identité, non une disparition, là se pose bien entendu le rapport entre genres et le rapport entre individus/classes.
    La rhétorique de « la table rase » occulte de fait cette transformation sociale, et a tout à voir avec celle de « la mission historique », si la transformation est révolution (et vice-versa), l’histoire n’est pas, ou pas uniquement, c’est le même, l’histoire de la lutte des classes.

    J’envisage le mouvement de communisation comme contenu dans l’anthropocène, c’est-à-dire dans la dynamique globale en cours depuis les années 1950 (la réelle possibilité de la guerre atomique), la disparition -soit pure et « simple »- soit par transformation radicale de l’extériorité naturelle, qui présuppose, sans pour autant la réaliser, la production des êtres -humains, ou non-humains, individus, genres, groupes, comme une production historique, et non comme une donnée d’origine naturelle, divine ou comme création rationnelle, finalement comme téléologie.
    J’imagine la production des individus, hors genres et classes, comme très problématique; sans « communauté surplombante », l’individu se construit dans son rapport aux autres, eux-mêmes définis en retour, c’est un travail à temps très plein…;-). Cette dimension de construction individuelle intégrée et intégrant les individus hors toute appartenance/assignation me paraît être la dynamique historique d’un communisme non social, et comme tu l’écris « certaines seront peu recommandables », c’est-à-dire, selon mon point de vue que le dépassement des individus englobés dans les assignations classes/genres, n’abolit pas une fois pour toutes les appartenances diverses et variées( quoique cette variation, s’inscrit dans une espèce « d’infini fini »), mais ce dépassement est pour les individus, pour les groupes…etc. à produire comme à la fois individualisation (ou individuation?) et appartenance à la fois volontaire, individuelle et résultant d’une histoire d’un groupe particulier. Les interactions entre différents groupes peuvent être de toutes sortes, y compris de la pire sorte, idem pour les individuel-l-es.
    Je suppose que je parviens à être encore plus confus que toi, ou pas? ;-)

    Pour revenir à mon dada gréco-latin, j’ai appris que la religion à Rome avait deux versants :l’un public (religion d’Etat, rites public, charges religieuses,…) et religion, ou plutôt religiosité privée.
    Cette dernière comprenait le culte des mannes familiales, du « Génie » personnel (Juno pour les femmes, Genius pour les hommes),etc…C’est à partir de la fin de l’époque républicaine, et sous l’influence de l’héllenisme (philosophie, littérature, théâtre) que les cultes privés se développent, ou en tout cas prennent une autre tournure, et c’est également vers cette époque que les cultes du salut individuel (vie après la mort) font leur apparition. Cultes parfois liés aux mystères: Eleusis-Dionysios-Bacchantes, ce culte de Dyonisios-Bacchus fut très fortement réprimé (plusieurs centaines, voire milliers de morts).
    Les cultes privés,l’influence des doctrines grecques (stoïciens, néo-platoniciens,…) ouvrent la voie, du moins expliquent l’installation du christianisme dans toutes les sphères sociales, et la christianisation, non pas comme solution de continuité, mais comme transformation à partir de ces données sociales.
    J’aimerais bien lire tes réflexions sur la question de l’individu, et je pense comprendre que tout cela est ardu et glissant.
    Amicalement

  37. Flav
    17/02/2015 à 21:17 | #37

    adé : « Je ne suis pas entièrement d’accord avec cette citation de T.C., il me semble que cette perspective conserve en grande partie la vision du programme ouvrier en ceci qu’elle implique la prolétarisation des couches non-prolétarisées, d’abord, puis par cette notion de « communauté humaine », qui jetée à la porte, revient par la fenêtre. Cela implique une dynamique de socialisation, qui même renommée « communisation » n’en est pas moins une étape nécessaire, tout cela ressemble au programme en « accéléré ». Puis, la « communauté humaine » posée comme but, même si l’on dit qu’il s’agit d’un moyen (Par le communisme=par la communauté humaine), ne sort pas vraiment de l’optique téléologique, du sens de l’histoire. »

    « il me semble que cette perspective conserve en grande partie la vision du programme ouvrier en ceci qu’elle implique la prolétarisation des couches non-prolétarisées »

    Si R.S ne s’était pas risqué à placer d’emblée dans le processus d’abolition ce processus de « prolétarisation », qui n’en est pas tout à fait un, je partagerais son exposition. C’est une petite erreur à relier au fait que T.C considère que « L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle. » (C’est le titre du supplément à T.C n°21). Après tout ne serait-il pas plus exacte de dire que l’auto-organisation est le dernier acte de ce cycle de lutte? Est-ce un biais ou une tentative de séduction des courants souhaitant favoriser l’auto-organisation? En tout cas R.S s’en sortirais sans doute en expliquant que le sens de l’histoire ne se confirme qu’après coup, et que puisque l’on ne peut exposer le dépassement que comme s’il avait lieu, l’affirmation se justifie par un présupposé assumé.

    Cependant tu as raison ce n’est pas sans poser problème : tout ce qui n’est pas encore advenu peut être considérer dès lors comme communisation, puisque nécessaire à l’avènement de la communisation. Mais on doit concéder de la « prolétarisation des couches non-prolétarisées » qu’elle est cruciale. En fait c’est elle, A PARTIR D’UN POINT DE NON RETOUR, qui constitue le processus d’auto-abolition du prolétariat (le prolétariat s’abolissant, c’est le prolétariat abolissant la division du travail). Mais elle n’est pas d’emblée ce processus, elle est d’abord contrainte par les modalité d’exploitation, par l’auto-présupposition du capital, puis, dans le cours des luttes, si le prolétariat parvient à faire sienne cette prolétarisation, il parviendra peut-être à transformer cette prolétarisation en abolition des classes et du capital.

    « Puis, la « communauté humaine » posée comme but, même si l’on dit qu’il s’agit d’un moyen (Par le communisme=par la communauté humaine), ne sort pas vraiment de l’optique téléologique, du sens de l’histoire. » En fait selon T.C la constitution de cette communauté n’aura pas été programmée, mais sera la manière dont le prolétariat fera sienne la prolétarisation en abolition des classes, si le prolétariat parvient à emmener la lutte jusque là.

    « Cela implique une dynamique de socialisation »
    Et bien je pense que tu as raison, dans la mesure ou le terme « communauté humaine » supposé une affirmation, un contenu positif. Je m’auto cite pour revenir sur un point :

    « On peut espérer quelque chose d’universellement négatif : une hostilité, peut-être définitive à l’exploitation, la monnaie, aux séparations consommation production et reproduction, c’est à dire aussi à la division du travail. Mais bien que ceci irait probablement de pair avec un monde plus hospitalier que celui ci, de la à parler d’une communauté humaine… Quelle espèce de positivité universelle en serait le principe? Peut on vraiment parler de commun, et donc de communauté si ce n’est en un sens strictement négatif? Rien ne nous permet d’affirmer qu’en découlerait un mode de vie cohérent et universel. Il y’aura peut-être plusieurs manière de répondre aux contraintes du dépassement du capital, peut-être même que certaines seront peu recommandables… »

    Je te cites :
    « J’imagine la production des individus, hors genres et classes, comme très problématique; sans « communauté surplombante », l’individu se construit dans son rapport aux autres, eux-mêmes définis en retour, c’est un travail à temps très plein…;-). Cette dimension de construction individuelle intégrée et intégrant les individus hors toute appartenance/assignation me paraît être la dynamique historique d’un communisme non social, et comme tu l’écris « certaines seront peu recommandables », c’est-à-dire, selon mon point de vue que le dépassement des individus englobés dans les assignations classes/genres, n’abolit pas une fois pour toutes les appartenances diverses et variées »

    Je crois que l’idéologie consiste en quelque sorte à masquer des choses qui font défaut. Par exemple, c’est après avoir construit un monde fondé sur de profondes inégalités que la Grèce antique produit la démocratie. Je crois qu’il en va de même avec l’idée de faire société, et que cette question est indissociable avec celle de faire individu (littéralement faire « indivisible » – j’y reviendrais plus tard). Je crois qu’abolir le capital, c’est identiquement faire en sorte que ces questions ne se posent plus. Si ces question et tout ce qui les fondent disparaissent, le rapport homme/femme et la peur de l’étranger aussi, dans un même mouvement. Ainsi, ce ne peut être une intégration, c’est le contraire. Sinon, on retombe dans de la socialisation. Si partage il y’a, ou en-commun, ce ne peut être qu’un ensemble de principes négatifs : « une hostilité, peut-être définitive à l’exploitation, la monnaie, aux séparations consommation production et reproduction, c’est à dire aussi à la division du travail ».

    « Il y’aura peut-être plusieurs manières de répondre aux contraintes du dépassement du capital, peut-être même que certaines seront peu recommandables… » Je ne qualifie de peu recommandables que d’éventuelles mesures d’abolition du capital, et non le communisme (les?) lui même. Par exemple, il est possible que l’abolition de l’argent dans une région se fasse au détriment de la survie d’une autre. Ou que l’abolition des conditions du capital consistent en un autre endroit en un suicide collectif… Bref, on rentre dans de la spéculation et on s’écarte du sujet.

    Pour faire court je suis favorable à des formulations éventuellement pompeuses du style « communauté négative » d' »individus négatifs ». Elles sont peut être critiquable, mais plus prudentes que « communauté humaine ». Enfin, je pense que l’individu se construit face à la société, mais aussi face à la nature, dans la mesure où son rapport avec elle ne peut être immédiat. Le coup de baguette magique serait de dire : si la société et l’individualité disparaissent, l’humain est concilié (réconcilié supposerait qu’il fut concilié autrefois) avec la nature. Mais quand je pense à la revue Invariance, j’ai peur de trop réfléchir à la nature…

    Je continuerais de te répondre plus tard à ton message.

    Amicalement,
    Flav.

  38. Flav
    18/02/2015 à 04:53 | #38

    Je ne suis pas sûr qu’on devrait tordre le cou à cette « communauté humaine ».
    Rien dans ce que dit R.S n’en fait un projet de société, ou simplement quelque chose de positif. Simplement je n’envisage pas un moment où on aurait une communauté dont les membres ne seraient déterminés que par leur propre nature et qui serait encore face au capital. Mais il ne peut encore moins s’agir d’un embryon. Peut être que la production communiste du communisme s’effectue par une « communauté de lutte », qui immédiatement après l’abolition des classe peut-être nommée « communauté humaine ». C’est sans doute du chipotage, immédiateté du communiste et immédiateté dans le temps ne sont pas à confondre… Mais je ne voit pas comment échapper à un « moment négatif », celui d’un sujet intermédiare. Sans exposer un programme, il me semble logique d’exposer un déroulement, en somme un processus. Mais je souhaitais tout de même m’assurer qu’il n’y avait rien de déjà positif, même minime, dans le terme « communauté humaine »

    Pour en revenir à l’individu:
    Je suis en train de lire ceci : Une brève histoire de l’individu.

    « La vérité est que l’individu n’existe pas aux débuts de l’histoire humaine, dont il est seulement un des résultats, une création de milliers d’années d’activités humaines. Par exemple en Europe, ce n’est que vers la fin du Moyen-Age qu’on voit apparaître cet homme indépendant, détaché d’une place, d’obligations, de rites, de relations, fixés par la coutume et la naissance, qu’on appelle individu, être proclamé libre d’aller et de venir comme de ses choix, de ses relations avec les autres. »

    J’avais pourtant fait pas mal de recherches, mais c’est seulement maintenant que je tombe dessus. Il y’a des éléments intéressants, ça sera utile pour produire une génèse de l’individu, mais je me concentrerais dans un premier temps sur l’individu dans le capital afin d’éviter de tomber dans le piège d’un mythe originel d’un hypothétique « pré-individu » (bien qu’il n’en est pas question dans ce texte)… Plus on sait ce que l’individu a d’essentiellement capitaliste, historique, moins on risque de l’essentialiser.

  39. Flav
    22/02/2015 à 19:28 | #39

    En réponse à cette histoire de « communauté humaine » et de « sujet intermédiaire », voire les éclaircissements de R.S. sur la « classe communisatrice » dans « A propos de Charlie (suite) ». Ils sont agrémentés de quelques rappels salutaires, notamment sur la critique de la critique de la valeur : l’erreur consistant à attendre la révolution de la caducité du capital, ce qui revient à attendre la révolution de ce qui constitue la contre-révolution. Cela revient à attendre la révolution de l’activité du capital, et non de l’activité du prolétariat…

    « La révolution ne devient l’abolition positive du capital que comme affrontement contre le mouvement qui la rend possible et elle peut triompher parce que la contre-révolution est contrainte de se situer sur son terrain : la caducité du mode de production capitaliste. »

    En fait, après avoir bien fait le « tri », ce n’est définitivement pas l’expression « communauté humaine », ni même « communauté immédiate à ses membres » qui me pose problème, mais seulement « immédiateté sociale de l’individu ». Je pense être enfin pleinement en mesure d’expliquer pourquoi. Mais il me reste un long travail de rédaction.

    A suivre…

  40. adé
    28/02/2015 à 15:42 | #40

    Telle communauté, tel individu.

    Je pense que l’erreur de « l’immédiateté sociale de l’individu » consiste à partir de l’individu pour aller vers la communauté(=société).
    Il faut repartir de la communauté/société: la société n’existe pas en tant que société immédiate, elle n’a d’existence que par ses médiations. Ce qui est abolit dans la société humaine (l’homme est social) ce sont ces médiations, médiations de classe et de genre.
    C’est la communauté qui communise immédiatement ses membres, la communauté/société se confond avec la production et la reproduction de ses membres/individus.
    La communisation est la production sans médiation des individus, la société communise c’est-à-dire est produite comme rapport entre ses membres, l’ensemble des rapports inter-individuels se confond avec ses membres, la reproduction se confond avec la production, il n’y a plus de médiations d’aucune sorte entre les individus, ce sont les individus qui font la communauté, c’est la communauté qui produit ces(ses) individus.
    Les appartenances de genre, classes et tout les autres sous-ensembles qui en découlent (races, cultures, communautés religieuses, et autres communautés intermédiaires ) sont dépassées sur la base de ce qu’ils sont actuellement, et ce qu’ils sont actuellement c’est la crise de la reproduction du rapport d’appartenance aux classes et aux genres, et à toutes les communautés intermédiaires.
    La crise, comme crise de la reproduction, se manifeste comme crise des identités (moment critique des appartenances identitaires), la reproduction des classes, des genres, et de toutes les appartenances intermédiaires apparaît comme crise de l’identité d’appartenance au prolétariat (fin de l’identité ouvrière/prolétarienne), crise de l’assignation basée sur le genre, crise des identités intermédiaires, culturelles, nationales, religieuses.
    C’est parce que la crise actuelle est moment critique des appartenances que la question des identités individuelles se pose comme recherche/rénovation de nouvelles identités. C’est à partir du dépassement de cette situation qu’il est possible de poser la société humaine comme dépassement des médiations par la production directe de l’humanité comme communauté humaine:la communauté produit sans médiation les individus adéquats à elle: telle communauté, tels individus.
    Tout cela a, je pense, d’énormes implications: rapport direct à la « Nature », production de celle-ci, rapport entre individus comme rapport historiquement produit, production historique dans son rapport avec la nature limitée de l’histoire individuelle, donc rapport avec la production des croyances religieuses, rapport à soi comme rapport à la société/communauté, et inversement, rapport ce cette société immédiatement comme rapport à soi…

    OMNIA MUTARI
    =
    TOTAL BOULEVERSEMENT.

    Salut.

  41. adé
    08/03/2015 à 21:19 | #41

    Parlons affaires…

    L’identité ouvrière/prolétarienne n’a pas disparue sans laisser de traces, non-abolie elle s’est transformée, dépassée à partir de la crise des années 7O.
    Cette identité, cette appartenance de classe n’a jamais été une appartenance immédiate, elle a toujours été, au contraire une appartenance individuelle médiée par une culture et d’autres identités intermédiaires, hommes/femmes, nationalités, religions, idéologies, races, etc…

    Ceci étant ce que l’on a nommé le programmatisme n’a jamais été une appartenance idéologique immédiate et exclusive, faut-il s’étonner dès lors que l’effondrement idéologique du mouvement communiste et socialiste international n’ai pas engendré un dévoilement, un éclaircissement pour aboutir à la révolution communiste.
    La formule « le prolétariat ne peut que faire la révolution » est une vessie (l’heure de l’appartenance en dernière instance ne sonnera jamais), la communisation ne parvient pas à se défaire de la vieille peau du programme, l’appartenance à la classe prolétarienne, même si cette appartenance est conçue comme « un rapport » ne parvient toujours pas à se débarrasser d’une définition essentialiste du prolétariat.
    Issue du mouvement ouvrier les théories de la communisation traînent encore derrière elle cet essentialisme : la classe prolétaire ne peut que…
    En fait, dans un monde régi par les lois de la concurrence, du marché, sous la houlette de la classe dominante, exploiteurs et affidés, tout est affaire, opportunité : saisir votre opportunité, faire des affaires, quelle que soit la classe. Pour la classe prolétaire l’affaire est de vendre sa force de travail au meilleur prix, c’est-à-dire au moins pire, défendre sa position, conserver ses acquis, se garder de la concurrence étrangère, profiter des soldes du colonialisme, et des marchandises à bas prix venues des pays sous-développés, et à présent des émergents : tout doit disparaître, liquidation totale du stock. Point barre.
    La vision d’une classe qui ne pourrait que faire ceci ou cela est une conception programmatique.
    La vision, la pratique, et l’idéologie du programme doit beaucoup à celle de la révolution bourgeoise, dont elle s’inspire en héritière et se réclame, les fils dépassent leurs pères.

    La communisation comme mouvement prolétarisant pour déprolétariser est une baliverne, l’idée de la nécessité de prolétariser, par exemple, comme je l’ai déjà exposé, « les petits mondes anciens » est l’héritage du mouvement ouvrier, et revient à socialiser, à une période de transition, même s’il s’agit d’une accélération. Derrière tout cela se tient caché la période de transition, la figure du prolétaire comme d’essence révolutionnaire, même si l’on affirme que cela est dû à sa position comme vendeur de sa force de travail, on revient à la maintenant fameuse « dernière instance ».
    Il n’y pas d’intégration qui tienne, pas de programme non-programmatique, il y a la libération, non la libération du travail comme une libération affirmative de l’appartenance au groupe de ceux qui travaillent, mais comme une libération qu’imposent les rôles et les identités sociales liées à cette appartenance, la classe, les genres et toutes les autres appartenances contraintes que sont l’ethnie, la race, la religion et les culture nationales qui y sont liées.

    Le concept « implication réciproque » permet de saisir que l’appartenance de classe est volens nolens – qu’on le veuille ou non-,c’est-à-dire, par voie de conséquence que l’adhésion idéologique joue un rôle fondamental dans cette appartenance.Les patriotes espagnols qui harcelaient les troupes napoléoniennes venues libérer le peuple espagnol des chaînes de la tyrannie criaient : « Viva la esclavitud ».. Plus récemment il faut rappeler l’Afghanistan.
    La libération des rôles imposées par l’exploitation et les dominations est le point de départ obligé de toute action révolutionnaire, le combat est d’affirmation de cette possibilité, la lutte est le combat pour un monde de fraternité, de solidarité et d’amour.
    La conception de la révolution orientée vers « l’emparement », n’est pas très éloignée de celle de la révolution comme prise du pouvoir, elle met en avant in fine la stratégie militarisée, exalte et s’égare dans des considérations sans fin sur la difficulté ou la possibilité de s’emparer des moyens de production, sur » comment obliger les paysans à ne pas échanger » (en devenant paysans, en transformant l’aspect et la définition même de ville et de campagne), et dans une certaine mesure dépeint un tableau apocalyptique de l’insurrection révolutionnaire avec le film des bombes atomiques (mon oncle, un fameux bricoleur…La Java des Bombes Atomiques, Boris Vian) s’abattant sur les zones communisées…Oui, mais,à l’heure actuelle,- et c’était déjà le cas pour l’Afghanistan,- que peuvent ces armes contre les troupes de l’EI? Que peuvent les troupes de mercenaires de la bourgeoisie contre une insurrection non-militaire, non organisée de manière pyramidale, non focalisée sur des buts militaires?
    Il ne faut pas jouer à se faire peur, même si cela peut sembler être le nec plus ultra de la lucidité,cela ne l’est pas.
    J’avais posté, il y a de cela déjà quelque temps, un petit lien à propos des vendeuses des magasins de luxe à Paris, soutenant leur boss pour pouvoir ouvrir et travailler le Dimanche, ce commentaire avait été censuré…j’avais, lors d’un séjour en Espagne, dans la Provincia de Alicante lu un article au sujet d’une manifestation d’ouvriers du bâtiments, à Torrevieja, défilant derrière leur boss, qui était fort contrarié de ne pouvoir bâtir ses pavillons dans une zone d’intérêt environnemental (une zone humide=marisma de Torrevieja).
    Pourtant cela n’était-il pas une illustration idoine de ce concept d’implication réciproque?

    J’avais aussi mis en doute celui de « luttes suicidaires », les ouvriers menaçant de « tout faire péter » en exhibant des bouteilles de gaz pour obtenir de meilleures compensations ne m’ont jamais parues être une annonce de rien de positif, d’aucune remise en cause. Je n’ai pas non plus apprécié que d’autres ouvriers, pour les mêmes motifs, menacent d’empoisonner, d’achever une rivière ou son affluent en y déversant les poisons qu’ils utilisaient dans leur travail quotidien. Une annonce, peut-être, mais de quoi?
    Les ouvriers n’ont jamais fait péter leur lieu de travail pour empêcher des productions destinées à la continuation de la guerre, contre d’autres hommes, ou plus généralement contre la nature, ce qui effectivement aurait été une très bonne annonce, annonce, publicité, affaire encore, ou ni fait ni à faire?

  42. pepe
    08/03/2015 à 23:54 | #42

    « ce commentaire avait été censuré »
    Première nouvelle…..

  43. adé
    09/03/2015 à 13:54 | #43

    @pepe
    Errare humanum est…

    Peut-être que j’avais oublié de cliquer comme il faut, c’est possible. Excuses.

    Erratum (adé est):
    « Il n’y pas d’intégration qui tienne, pas de programme non-programmatique, il y a la libération, non la libération du travail comme une libération affirmative de l’appartenance au groupe de ceux qui travaillent, mais comme une libération qu’imposent les rôles et les identités sociales liées à cette appartenance, la classe, les genres et toutes les autres appartenances contraintes que sont l’ethnie, la race, la religion et les culture nationales qui y sont liées.

    Lire :…qui travaillent, mais comme libération par rapport aux rôles imposés par les identités sociales liées… »

  44. adé
    09/03/2015 à 20:56 | #44

    NI…NI,

    La révolution communisation n’est pas, et ne sera pas, le fait d’une classe à titre « strictement prolétarien » (T.C), et pas plus « à titre humain » (Dauvé, si je ne m’abuse).
    Parce que « strictement prolétarien » ne veut pas dire grand chose, si ce n’est à convoquer la fameuse « dernière instance », la classe comme les individus qui y prennent place ne sauraient être « strictement » prolétaires, déjà femmes/hommes, d’ici ou d’ailleurs, familles, cultures…
    « A titre humain », non plus, parce que d’abord, une révolution est toujours humaine, et l’humain qu’est-ce que c’est? Animal social et historique, les êtres humains,font société.
    La révolution est sociale, ou n’est pas. Sociale parce que révolution totale, universelle. Révolution sociale totale universelle (R.S.T.U.). Parce que totale, comme l’ensemble des rapports humains, des êtres entre eux, c’est-à-dire, d’eux-mêmes à eux-mêmes, et donc à la nature et à l’ensemble du vivant, l’enjeu est de taille.
    La taille de cet enjeu c’est la vivabilité de la Terre.
    Bernard Lyon écrivait qu’on est tous « schizophrènes », car d’un côté désirant la révolution, et de l’autre effrayés par le bazar du processus révolutionnaire. Je dis, maintenant, et le gouffre du présent, et l’horreur, et l’immense tristesse devant le résultat du mode de production capitaliste.
    Devant la disparition des espèces, l’extinction des espèces animales végétales, l’enfer du changement climatique…et les être humains qui resteront seuls devant leurs robots, devant leurs écrans, les êtres humains devenus hybrides,rêves des technophiles? des enfants sans hirondelles, sans papillons, et sans abeilles, des êtres humains regardant le monde avec leur lunettes de « réalité augmenté », éternels clones aux prothèses robotiques, rêve de Google et des déjà robots sans âme, mais oui l’intelligence artificielle, les sponsors du nano, les fous de l’homme machine, de l’immortalité dans le désert irradié, pollué, stérilisé d’agents chimiques, des dieux contemplant le foutoir. Non.
    Et c’est ce qui est là, c’est cela le résultat du résultat.
    C’est cela le plus odieux des bazars.

    On a dit que je « tape sur les prolos » car ils ne font pas la révolution, on a dit que je les méprise, et le dépit rend aigre. Patlotch, qui malgré la brutalité des rapports qu’il impose, absolument contradictoire avec ses idées, oui camarade, sans guillemets, à présent s’interroge sur la possibilité d’une identité ouvrière néo-fascisante. Et qui ne la voit venir?
    Ici, crânes rasés, avec la touffe, comme les GI’s, vêtus en uniforme kakis, ou mèche longue sur côté rasé, retour vers les années trente…Rêve de gain loto, football, bagnoles et fringues de marques, méprisant tout intellect, toute sensibilité, tout esprit, intello c’est leur insulte, physique imposant, à force de traction, de produit pour gonflette, acide aminés en vente sur le net.
    Ou, femmes aux cheveux raides, longs car faut pas confondre, blonds, c’est mieux et qui badent les exploits de leurs mecs, des vrais mecs, pas des gonzesses, des mecs qui n’ont pas un physique de lâches (choses vues, entendues, jusqu’à plus soif). Et le dépit devant cela, ici où je survis, avec mon physique de lâche, sans gonflette, sans loto, ni football, ni bagnole allemande, ni rienvd’autre sous le regard, à peine la peine.
    On a dit que les syndicalistes n’étaient pas des traîtres, et moi je réponds du lixiviat, le jus d’ordures, ces pontes qui paradent et profitent (tiens, pour rénover l’appart), et échangent des poignées de mains avec les exploiteurs, c’est qui qui paye, les adhérents et l’état, eux qui se gavent, les autres qui les badent, mais quoi faut le standing, pas vrai?

    La communisation sera l’esprit,comme une religion dépassant les religions, comme un souffle d’âme, d’amour. Sinon rien car « Le XXIème siècle sera religieux, ou ne sera pas ».
    L’esprit et l’âme pour l’amour et la vie, pour les hommes, les enfants, les animaux, et les arbres.
    Rien à cirer des controverses stériles, oui je revendique pour tous un monde plus beau, plus doux et plus vivable.

    OMNIA MUTARI

  45. Lobo
    12/03/2015 à 14:32 | #45

    Ah la, la, et moi qui avais promis, ici même, de ne plus remettre les pieds ni les lettres sur ce site, conservant un fort mauvais souvenir des ancêtres de la communisation, ce milieu « ultra-gauche » (oui, je sais, personne n’accepte l’étiquette), leur dogmatisme, leur arrogance, leur mépris comique pour tout ce qui ne pense pas comme eux, leurs pratiques de secte avec tout ce qui va avec : soumission au gourou beau parleur ou bel écriveur, exclusions de type stalinien, ricanements de connivence entre cons vaincus, aveuglement sur les réalités les plus évidentes, sans parler des dérives négationnistes de certaines figures, et non des moindres, en bref, mille et une raisons de fuir ce milieu de micro sectes toxiques.
    Et puis, voilà que je tombe sur ce beau commentaire d’Adé, un peu moins logomachique que la prose en vigueur sur ce site, plus lyrique et finalement plus vrai. Je m’y retrouve. Totalement ou presque. Totalement dans le ressenti, dans la fureur face au sort qui nous est fait, dans la tristesse de voir l’abrutissement gagner de plus en plus largement ce prolétariat si longtemps mythifié. Mais presque, parce que cet emportement totalisant, cette affirmation mille fois répétée, et pas seulement par toi, Adé, que rien ne restera du monde ancien, aucune médiation, me laisse perplexe. Et si à ce moment-là, la théorie se muait en idéologie ? L’ensemble fonctionne logiquement, dialectiquement, rien à redire, de contradiction en contradiction, de dépassement en dépassement, d’affirmation du travail en abolition du travail, il n’y a apparemment rien à redire.
    Et pourtant… l’idée même d’abolition des médiations me semble pencher du côté de la foi et non de la praxis. La révolution, dans sa fureur communisatrice, n’épargnera donc rien, ni les communautés, ni les genres ? Hommes et femmes, c’est bien connu, ne sont que constructions sociales, et la différence des sexes d’ordre biologique ne peut renvoyer, au mieux qu’à une affligeante indigence de la pensée et au pire au pétainisme le plus crasse. Quant aux « communautés » historiques, d’ordre religieux, national, ethnique, etc. elles ne peuvent qu’être en contradiction avec l’immédiateté sociale de l’être humain.
    Permets-moi d’en douter. Et de redemander dans quelle boule de cristal on peut trouver les contours d’un tel avenir. Car enfin, jamais dans l’histoire du genre humain il n’est arrivé pareil bouleversement, qui ne laisse rien subsister de l’existence antérieure. Ou alors, après une longue, très longue… période de transition, celle-là même qui est écartée d’un revers de dépassement dialectique.
    Dans le ciel de ces idées, je ne retrouve guère les intempéries auxquelles je me confronte dans les luttes quotidiennes, ces mêmes luttes que l’on ne peut mener sans être taxé d’activiste, mais c’est encore une autre histoire……

  46. pepe
    12/03/2015 à 16:23 | #46

    Ici, on essaye justement d’éviter tout ce qui est excommunications, anathèmes, rodomontades militantes, duels d’égos, combat de coqs théoriques lilliputiens, coups de mentons rebelles, etc…..C’est aussi pour cela qu’on essaye d’éviter les images de bastons contre les flics, d’incantations insurrectionnelles, d’appels à la guerre sociale…. Du coup, ce genre de commentaires tombent un peu à coté de la cible…. bref…. et lassitude!!!

    Il ne faut surtout pas te sentir obligé de fréquenter des gens aussi crasses, aussi dignes de ton mépris militant!!!!
    Ce qu’il y a de bien avec les blogs sur Internet, c’est qu’on n’est pas obligé d’y venir!

  47. Lobo
    12/03/2015 à 16:48 | #47

    Si tu lisais un peu moins vite, l’ami Pépé, et pas seulement ce qui t’agace, tu verrais que justement, je ne reproche nullement à ce site des incantations insurrectionnelles, des apologies de bastons contre les flics, etc. et que je ne méprisais personne et ne jugeais personne « crasse. » Tout au contraire, après quelques rappels peu amènes sur les ancêtres de la communisation (l’ultra-gauche, pour faire vite) je disais tout le bien que je pensais du dernier commentaire d’Adé. Mais je m’interrogeais aussi, et c’est peut-être ce que tu n’as pas pris la peine de lire, sur cette vision apocalyptique du « tout doit disparaître, » genres et communautés diverses. Nul mépris militant dans ces propos, seulement des interrogations. Cela dit, tu peux, vous pouvez écarter ces interrogations avec « mépris. » Et là, pour le coup, c’est moi qui serais fondé à éprouver de la « lassitude. »

  48. adé
    12/03/2015 à 18:39 | #48

    @pepe
    Salut Lobo,
    Je vais te répondre que tu ne m’as pas bien lu, ou pas assez, moi explicite.
    Sur les médiations : Il s’agit d’une transformation sociale, et oui, rien ses médiations spécifiques au mode de production actuel ne subsistera, ces médiations, ces modes de relations ont toutes été produites par amalgame des diverses périodes historiques et sociales basés sur la séparation des êtres humains d’avec leur communauté, de la république à l’Empire Romain, du « Moyen-Âge » à la Renaissance, et de là au Moderne, et même, tiens au post-Moderne ( au Centre du Monde Capitaliste).
    Dès lors ces rôles de genre, ces antagonismes de classes, tout ce qui fait société, tout cela c’est l’histoire, et l’histoire de tout ça connaît comme toute histoire une fin.
    Certes, il est, et sera, difficile à discerner où se situe la rupture et où la continuité des transformations, où commence et où s’arrête les révolutions, c’est vrai que comme tu l’écris « . Car enfin, jamais dans l’histoire du genre humain il n’est arrivé pareil bouleversement, qui ne laisse rien subsister de l’existence antérieure.  »
    Mais a-t-on auparavant connu une situation comme la situation actuelle?
    Puis, il n’est pas question de « rien qui subsiste de l’existence antérieure », la situation antérieure « subsiste » comme point de départ, comme ce qui est dépassé, et que l’on ne reproduit plus. Il est question de l’ensemble des rapports sociaux, c’est-à-dire d’une unité organique dont les fondements, les bases matérielles, et les modalités d’existence individuelle n’ont plus de rapport avec ceux régnant dans les sociétés de classes.
    Excuse, je reviens tout à l’heure.

  49. adé
    12/03/2015 à 20:48 | #49

    Voilà:

    Le moment actuel, est l’aboutissement d’une longue histoire, cette histoire, mettons commencée au Néolithique, en Europe a donné ce qu’elle a donné, le mode de production capitaliste. Celui-ci s’est imposé universellement, à travers des guerres, des crises, le commerce, la colonisation, la domination de la nature, la science de ces dominations, au point qu’il a détruit, et sape constamment ses propres bases. Au Paléolithique tardif,les chasseurs avaient détruit une bonne partie des grands mammifères, par exemple en Amérique, aussi en Australie, ici également, ces chasseurs/chasseuses employait une technique d’enfermement des herbivores dans une zone donnée afin de pouvoir les avoir plus commodément, il suffisait de se rendre à cet endroit pour que la chasse soit fructueuse…c’était le début de l’élevage. Pour chasser, les loups (Lobo) rendent bien des services,pour se défendre aussi, pour éloigner les prédateurs des hommes, des femmes, des enfants, du troupeau ainsi constitué, le loup est devenu le chien, c’était la domestication.
    L’élevage, la domestication signifiaient la mise, en cause en grande partie, du régime cueillette/chasse/pêche…ceci n’a pas empêché une certaine continuité, les outils, les armes, les habitations ont évolué, mais n’ont pas disparu, les rites, les religions ont été profondément transformé, les relations ayant cours pendant cette période se sont profondément modifié.
    De la même façon (pas la même quant à son contenu,la même quant à sa transformation radicale), cet aboutissement actuel se modifiera, parce qu’il est résultat des étapes antérieures, parce qu’il est dépassement-conservation, des catégories de cette longue histoire depuis les sociétés antiques autour de la Méditerranée, il en restera des rites, des coutumes issus de ce chemin, mais transformés, méconnaissables, parce que dépassés, reconfigurés dans une autre perspective.
    Les rites, que ce soit de naissance, d’alliance, de funérailles, reprendront peut-être, sans doute, des éléments antérieurs, mais en leur donnant une certaine « courbure », un sens nouveau, il pourra y avoir amalgame de certains aspects et surgissement de relations totalement inédites.
    Des fêtes pour des raisons improbables maintenant, des coutumes locales ou globales ayant un lointain rapport avec celles d’aujourd’hui, mais c’est l’ensemble de tout cela qui aura changé de base.

    J’espère avoir répondu.
    SALUT.

  50. Lobo
    13/03/2015 à 10:09 | #50

    Dit comme ça, comment ne pas être d’accord ! Il appartiendra dès lors à l’humanité de décider ce qu’elle abolira et ce qu’elle conservera, aussi bien dans l’univers de la production matérielle que symbolique, puisque c’est précisément ce qu’elle ne peut faire en société capitaliste où ne sont mises en oeuvre que les productions s’inscrivant dans la formule générale du capital, A-M-A’. Cela dit, le champ des possibles (et du souhaitable) n’est pas illimité, mais là aussi, c’est une autre histoire…
    Salut, Adé.

  51. adé
    13/03/2015 à 13:53 | #51

    @adé (manoeuvre non-souhaiitée)
    Les voisins, les voisines du quartier, les travailleurs, la factrice et la retraitée.

    Y’en a de sympas : le gars de la maintenance COFELY, la soixantaine, moustache de morse, queue de cheval, « Alors, où est-ce qui vont les mettre, les immigrés? » -se tournant vers le micro-site où jouent les enfants et ados -site Boli-, « c’st des français,qu’est-ce qui vont en faire les FN? hein?Les renvoyer, mais où, c’est des français » .Puis ça râle, contre les patrons, les politiciens, mais avec des récriminations contre les assistés, les fonctionnaires.
    Le retraité, moitié paralysé par je ne sais quelle maladie dégénérative, affligé d’une dépigmentation de ouf (c’est tendance à ce qu’il paraît), à son fils, en gueulant, je l’entends de 50 mètres « Alors, les ouvriers y votent FN maintenant!? », répètent en boucle , puis, « Moi, je suis milliardaire, ben, jamais je vote FN, toujours de l’autre côté ». En fait de milliardaire, il travaillait dans les coquillages, achat-vente, et pêcheur,un physique de colosse, grec, fait de la peine avec ses béquilles, il bafouille, et râle « c’est pas possible, les ouvriers y votent FN! »
    La factrice, à propos du temps, et moi sur le réchauffement : »ah, c’est foutu pour les enfants, c’est trop tard »,moi « jamais pour s’y mettre »,elle en filant des biscuits à mes toutous  » C’est vrai, mais qu’est-ce qu’on va mettre à la place »,moi « ben, rien… », elle dubitative « Ah, vu comme ça », pui « Y’avait qu’un seul type qui pouvait nous sauver », moi, dubitatif « qui ça? », elle « Coluche », moi en rigolant « Il n’y a pas de Sauveur suprême », elle en montant dans le véhicule postal, « Allez, bonne journée ».
    La retraitée au sujet des détritus qui jonchent la quartier « Gaspillage, incroyable », moi « l’exemple vient d’en haut », elle « c’est vrai », moi « telle société, tels individus », elle « regarde plus les reportages sur la bouffe, ça fait peur, ça coupe l’appétit, déjà que je suis pas grosse mangeuse…pourrissent tout, les sols sont gavés de produits, comment on va faire, c’est de pire en pire », moi « si on fait rien, ça n’ira que encore pire.. », elle « ah! mais faut une révolution! », moi « ouais, mais vous avez vu en Egypte, ce que ça a donné? », elle, en partant se retourne « Faut prendre le risque! »,moi, « On dit: qui ne risque rien…. »

  52. pepe
    13/03/2015 à 16:53 | #52

    En parallèle au débat qui suit son cours, malgrè les accusations de censure de notre part, ici ou là, et pour ceux que cela intéresse, chaque fois qu’il sera question de ressortir les anathèmes policiers au sujet du fameux et lointain débat sur le négationnisme, nous rappellerons ce qui nous sert de « position référence », cet extrait d’un bouquin de Senonevero sur le sujet:
    « Ultra gauche et négationnisme », déja publié ici:
    http://dndf.org/?p=12234

  53. adé
    13/03/2015 à 21:05 | #53

    @pepe.
    ça va, je me suis excusé, et de toutes façons, je l’avais pas pris trop mal, d’abord parce que le truc était un peu débilou, puis j’avais pas trop grand chose à dire sur ça, sinon j’aurais dû réagir sur le champ, re-re-re apologize.
    Sans rancune? Restons en là.
    Maintenant, le négationnisme et autres vieilles Lunes…, y’a éclipse le 2O mars, mais c’est du Soleil qu’il s’agit (de O8h à IOh).
    @lobo.
    « Il appartiendra dès lors à l’humanité de décider ce qu’elle abolira et ce qu’elle conservera…. »

    Tu t’attendais à voir écrit: »il faudra un vote du Plénium du Soviet Suprême » « ou « faudra voir avec le Comité Central… »

    En ce qui concerne les productions matérielles, le matos quoi, je ne comprends pas la façon de penser qui consiste à se demander « Mais qu’est-ce qu’on va garder, et qu’est-ce qu’on va mettre à la place? », on verra bien, nom de Zeus! On verra en faisant, pas en en calculant, là, maintenant « mais, est-ce qu’y aura des avions? Mais, faudra former les chirurgiens,mais faudra faire tourner les hauts-fourneaux, les dentistes, les… » On verra en faisant, par Toutatis! Par Santibelli, par Flores Magon, et par saint Marx!
    Vu comme ça, on ne peut qu’applaudir, ne vous gênez pas….
    Standing Ovation.

    Salut.

  54. pepe
    13/03/2015 à 23:51 | #54

    Désolé Adé, cela ne s’adressait pas spécialement à toi….mais l’intérêt en est très relatif donc….c’est un peu comme les anathèmes ad hominem, dans ce petit milieu…. dérisoires et pichrocolins….

  55. Lobo
    14/03/2015 à 12:08 | #55

    J’aime beaucoup l’expression « anathèmes policiers » lancée par Pepe. Je fais donc comme si ça ne s’adressait pas à moi. Il n’y aurait d’ailleurs aucune raison, n’est-ce pas ?
    Quant à la « décision » que tu relèves, Adé, il est évident qu’on ne va pas « programmer » ce qui sera gardé et ce qui sera irrémédiablement balayé. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas d’y réfléchir avant, ça peut être distrayant. Je tenais seulement à souligner qu’il s’agit là de l’aspect essentiel d’une révolution communiste : la fin de la valeur comme critère ultime de l’action humaine et la réappropriation consciente de cette action. Dans certaines limites, tenant notamment à l’ordre symbolique du langage, mais là aussi, c’est une autre histoire et c’est peut-être ailleurs que peut se mener une réflexion sur cet aspect des choses.

  56. 15/03/2015 à 01:32 | #56
  57. fredo
    18/03/2015 à 14:54 | #57

    Sur charlie vu aussi
    http://vosstanie.blogspot.fr/2015/01/emission-de-la-web-radio-vosstanie-du.html
    # Libertés & expressions
    De la pétition « Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expression libertaire »
    à Charlie Hebdo. A écouter ?

  58. flav
    19/03/2015 à 02:29 | #58

    La dérive négationniste n’est pas inhérente au concept de communisation, mais produit d’un résidu de programmatisme bordiguiste ayant trompé beaucoups de monde dont des communisateurs. On peut en parler, mais c’est pénible que ça revienne toujours comme un cheveu sur la soupe. Autant que les commentaires relatifs à cette histoire aille se greffer sur la page mise en liens par pepe. Du moins ce serait sympa, ça éviterait de casser le fil de discussion ici. Surtout que cette histoire ne doit pas être prise à la légère. Faudrait pas que ce soit juste pour lancer un discrédit.

    @adé : « Telle communauté, tel individu. »
    ———————————————————

    Salut Adé,

    Désolé pour le retard. Je ne voulais pas vendre la mèche avant la publication de mon article, mais tampis!

    Je te cites :
    « C’est parce que la crise actuelle est moment critique des appartenances que la question des identités individuelles se pose comme recherche/rénovation de nouvelles identités. »
    Oui, et c’est valable pour le néofascisme : d’une part il s’agit plus d’une réaction à l’impossibilité d’une nouvelle affirmation du travail qu’à une résurgence de celle ci. D’autre part il y’a la volonté très forte de naturaliser l’individu, ce qui entraine ce néofascisme sur le terrain de l’identité en général. Et forcément aussi en particulier, comme tu le dis, il façonne bel et bien l’identité ouvrière, mais plus précisemment l’identité d’ouvriers. Et non celle d’une entité pouvant réclamer légitimement le contrôle de la production. Extrait de la ligne politique du bloc identitaire : « Ils (la gauche socialiste et droite libérale) voient le salarié comme une marchandise et une ressource comptable, nous le voyons comme une personne concrète et enracinée. » Enfin ce néo-fascisme est mise en forme de la concurrence des prolétaires entre eux.

    On continu…
    « C’est à partir du dépassement de cette situation qu’il est possible de poser la société humaine comme dépassement des médiations par la production directe de l’humanité comme communauté humaine:la communauté produit sans médiation les individus adéquats à elle: telle communauté, tels individus. »

    La contradiction individu-capital
    ——————————————–

    Tout d’abord, je considère que la notion d’individu renvoi necessairement à une subjectivité qui ne peut pas ne pas être en rapport avec une société, d’où la nécéssité de son dépassement.
    Si je prétends être indivisible cela ne signifie pas que je ne sois pas divisé (transformation des corps en machine), mais que j’ai besoin de le prétendre. Cette revendication à l’unité individuelle est une loi fondamentale de mon auto-production, telle qu’elle est historiquement spécifique et qu’elle n’existe que précisément du fait qu’il y’a division dans le procès de mon auto-production. Il n’y a donc pas d’immédiateté de l’individu, l’individu étant essentiellement médiation. Le communisme peut quant à lui être immédiat à ses membres, mais pas à des individus. Mon auto-production est un double-procès de dividuation et d’individualisation. Il n’y a pas l’un sans l’autre, et le deuxième donne sens au premier.

    En creux, dans ce double procès, un oeil attentif devinnera une sorte de partie manquante du double moulinet de TC.

    Ici, je vais sauter quelques explications qui permettent notamment de fonder l’identité entre le capital et l’être générique, et de montrer que l’individu est un rapport de classe. Voici les trois moments des exploitations (incluant au moins – quoiqu’implicitement (à compléter) – celle, spécifique des femmes) :

    – face à face de l’autoproduction de soi (notamment et centralement, mais pas uniquement, comme force de travail et activité de reproduction de cette force) et du capital en soi, et reconnaissance des individus (centralement mais pas uniquement par l’achat-vente de la force de travail). C’est le moment d’individualisation.

    – production des identités comme absorption du particulier par le générique (individu abstrait), notamment et centralement par l' »absorption du travail vivant par le travail objectivé dans le procès de production immédiat où se forme la plus-value ». C’est le moment de dividuation.

    – Transformation de l’être générique en société civile, notamment et centralement par la « transformation de la plus-value en capital additionnel. » Moment de « civilisation » ?

    Le cours historique du capital est toujours affirmation d’un de ses aspects en ce que la contradiction individu-capital n’existe que dans son mouvement perpetuel. Ainsi l’abolition des deux termes de la contradiction n’est pas d’emblée cessation de l’affirmation de l’individu, sans quoi il n’y aurait plus mouvement, mais son affirmation négative : L’individu abolissant les conditions qui le contraignent à l’individualité. C’est parce qu’il est la médiation insoluble (qui ne peut être dissoute) entre lui même en tant qu’individu concrèt et le capital qu’il peut y avoir un hyatus entre les deux ayant pour contenu l’abolission de leur rapport, de leur existence telle qu’elle ne peut qu’être que réciproque. C’est parce qu’il est cette médiation INSOLUBLE DANS LE CAPITAL (qui ne peut y être dissoute, mais aussi résolue cette foi ci) que l’individu négatif est le sujet révolutionnaire abolissant le capital et l’individualité. Son affirmation sera médiée par des victoires (positives), tantôt spécifiquement idéologisés comme prolétarienne (ce qui ne sera pas « faux »), comme celles des femmes (idem), et sera finalement celle de la communauté humaine immédiate à ses membres.

    On constate que contrairement à l’identité ouvrière, qui s’est révélée soluble dans le capital, le fait que l’auto-négation de l’individu coincide avec le procès de son abolission tel qu’il est jusqu’au bout médié par son rapport (anthropique) au capital, tient la route. Ce n’était pas le cas de l’autonégation du prolétariat : la négation n’est qu’une affirmation négative, or en tant que médiation l’identité ouvrière s’est révélée être soluble dans le capital (subsomption réelle du travail), donc la négation de cette médiation (qui n’est pas identique au prolétariat) ne pouvait qu’être mise en forme de sa solubilité dans le capital.

    L’individu négatif est une question ouverte. Il n’est évidement pas la bourgeoisie. Il n’est pas d’emblée tout le prolétariat, et lorsqu’il est supposé y parvenir il est déjà autre chose. Il est privé de certaines « ressources » (la propriété évidement, mais quelle type(s) de privation spécifique?) lui permettant de s’autoproduire comme individu mais il les retrouve paradoxalement dans sa lutte contre sa condition dividualisante, jusqu’à l’abolition de ce qui le contraind à la dividualité, et donc à l’individualité. L’individu ne parvient à se dissoudre qu’en même temps qu’il achève d’abolir le capital. C’est notament un paradigme d’égo et d’identités qui vole en éclat dans le cours de la révolution avec l.

    L’emploi du futur au lieu du subjonctif n’exprime en rien une inéluctabilité de la révolution (je ne suis pas madame soleil, R.S. non-plus d’ailleurs!), mais que l’exposé de celle ci est déduite des conditions présentes, et n’est pas d’ordre spéculatif (quoiqu’il peut accidentellement y en avoir, l’erreur est humaine, et le lecteur supposé critique et attentif).

    ———————————

    @Lobo: « Question à Roland Simon : d’où, de quelle certitude, voire de quelle boule de cristal tires-tu l’affirmation suivante : « Le communisme sera l’interaction d’individus singuliers que ne subsume aucune communauté, en cela l’appellation même de « communisme » comme état social est problématique » ? »

    Je passe sur le fait que Roland faisait dans cette phrase allusion à des « individus », ce qui à mon avis rend prisonnier son « appellation même de « communisme » comme état social ».
    Tu vas sans doute trouver que c’est une ritournelle de mauvaise foi si je te dis que le problème n’est pas la réponse mais la question. Autrement dit la communisation n’expose pas une réponse mais une question : comment une classe agissant en tant que classe peut-elle abolir les classes? On se sert des contradictions actuelles pour sans cesse réexprimer cette question. Ce qui légitime la question c’est que le capitalisme est une contradiction.
    Ce n’est pas pour répondre à la place de Roland, d’autant que son éventuelle réponse m’intéresse franchement, mais au contraire une manière d’éviter que ta question ne passe à la trappe…

  59. flav
    19/03/2015 à 02:34 | #59

    Fausse manip’ phrase incomplète:

    « C’est notament un paradigme d’égo et d’identités qui vole en éclat dans le cours de la révolution avec l. »

    « C’est notament un paradigme d’égo et d’identités qui vole en éclat dans le cours de la révolution avec la valeur le travail etc ».

  60. flav
    19/03/2015 à 02:47 | #60

    Contrairement au prolétariat, l’individu est sa propre médiation avec le capital. Il est en contradiction avec lui. Vous me direz : mais l’individu bourgeois n’est pas en contradiction avec le capital. Certes. Mais l’individu bourgeois travaille éventuellement, ce qui n’empêche pas le travail d’être en contradiction avec le capital…

    Bon j’en garde pour mon article, salutations ;)

  61. adé
    20/03/2015 à 17:50 | #61

    Lectures:

    J’ai lu : Pierre Grimal, « La Civilisation Romaine » -Arthaud, Grandes Civilisation, Champs Flammarion, 1960, réédité 1981.
    Une somme, de la fondation à l’Empire, « la vie et la coutume », « la vie et les lois », « les conquérants », « la vie et les arts », « la société rurale », « l’exploitation des terres »… »l’extension de Rome »…. »les plaisirs de la Ville », « les grandes Villes Impériales ».
    P.Grimal est (ou était?) un mandarin, du côté de l’ordre et de la loi, par exemple au sujet du vin; interdit sous peine de mort aux femmes:
     » Il est tout naturel que les pères de famille aient voulu protéger leurs femmes de ce qui était pour eux une drogue dangereuse….Aussi, pendant longtemps à Rome ne buvait-on de vin qu’au cours des beuveries entre hommes, selon des rites minutieusement réglés. »
    On y apprend que « Tribun »vient de…Tribu, et plein de choses très intéressantes.

    – De Jean-Pierre Vernant : « L’individu, la mort, l’amour » -Soi-même et l’Autre en Grèce Ancienne-
    Folio Histoire : 1982, réédité 1989.
    Je ne l’ai pas terminé, mais très instructif : « Figures féminines de la mort en Grèce », « L’individu dans la cité ».
    Salut Flav et à tous/toutes.

  62. Flav
    22/03/2015 à 02:57 | #62

    Adé : « J’avais aussi mis en doute celui de « luttes suicidaires », les ouvriers menaçant de « tout faire péter » en exhibant des bouteilles de gaz pour obtenir de meilleures compensations ne m’ont jamais parues être une annonce de rien de positif, d’aucune remise en cause. Je n’ai pas non plus apprécié que d’autres ouvriers, pour les mêmes motifs, menacent d’empoisonner, d’achever une rivière ou son affluent en y déversant les poisons qu’ils utilisaient dans leur travail quotidien. Une annonce, peut-être, mais de quoi?
    Les ouvriers n’ont jamais fait péter leur lieu de travail pour empêcher des productions destinées à la continuation de la guerre, contre d’autres hommes, ou plus généralement contre la nature, ce qui effectivement aurait été une très bonne annonce, annonce, publicité, affaire encore, ou ni fait ni à faire? »

    Roland m’avait brievement parler du choix du terme annonce. Il ne signifie pas quelque chose de positif (ni au sens moral ni au sens d’affirmation). Il signifie que ça indique quelque chose, sans être préexistance de quoique ce soit. Les « luttes suicidaires », indiquent que le prolétariat, bien qu’agissant strictement en tant que classe peut, dans une situation historique donnée, orienter son action contre ses propres conditions d’existance. D’où le fait qu’on peut dire qu’il « annonce » le dépassement du cycle de luttes actuel comme communisation.

    Pour me débrouiller avec mes propres concepts, je dirais que certains individus prolétaires, niés par le capital, entament contre lui une attaque de leur propre situation à l’intérieur de lui. La limite, c’est le fait qu’il ne trouvent pas, dans leur rapport au capital, la capacité de s’auto-produire comme individus négatifs, c’est à dire d’abolir leurs conditions d’existence individuel (à fortiori de classe). Ceci ne peut être trouvé que dans le procès mondial de communisation lui même. Cette capacité (plutôt que possibilité) est définitoire du procès de communisation. Elle est sa nécessité, non comme préalable, mais comme point de départ, et comme résultat intermédiaire, ne l’épuisant pas, tout au contraire, mais la médiant jusqu’à l’abolition des classes et de l’individualité.

    Si cette capacité venait à épuiser la communisation, c’est à la fois que la tentative révolutionnaire aurait détruit ce qui la produisait, que cette capacité aurait été transformée en nouvelle capacité de s’auto-produire comme individu positif et confirmé à l’interieur du capital : une contre-révolution par une nouvelle hypothétique socialisation.
    C’est ce qui menace la communauté des individus négatifs si elle ne parvient pas à rendre viable et souhaitable pour elle même cette négation : c’est à dire si elle ne parvient pas à l’affirmer. Car il s’agit bien d’une affirmation.

    Adé : « La libération des rôles imposées par l’exploitation et les dominations est le point de départ obligé de toute action révolutionnaire, le combat est d’affirmation de cette possibilité, la lutte est le combat pour un monde de fraternité, de solidarité et d’amour. »

    Donc : bien que je préfére le terme capacité à celui de possibilité, tu as raison camarade, c’est une affirmation!

    Enfin un dernier point : « J’avais posté, il y a de cela déjà quelque temps, un petit lien à propos des vendeuses des magasins de luxe à Paris, soutenant leur boss pour pouvoir ouvrir et travailler le Dimanche, ce commentaire avait été c*n*s*u*ré…j’avais, lors d’un séjour en Espagne, dans la Provincia de Alicante lu un article au sujet d’une manifestation d’ouvriers du bâtiments, à Torrevieja, défilant derrière leur boss, qui était fort contrarié de ne pouvoir bâtir ses pavillons dans une zone d’intérêt environnemental (une zone humide=marisma de Torrevieja).
    Pourtant cela n’était-il pas une illustration idoine de ce concept d’implication réciproque? »

    Oui, et l’on constate que l’implication réciproque ne signifie pas la même chose pour l’ensemble des individus prolétaires, et suppose la domination des classes moyennes sur les subalternes (entre autre). A l’echelle individuelle, si l’on considère ce liens comme condition d’auto-production psychologique, on peut le relier à la notion de « bénéfices secondaires ». A qui profite l’implication réciproque? De quelle manière? En tentant de répondre, on peut oposer un prolétariat cédant à sa condition par « pure » (abstraitement au moins) contrainte, et un prolétariat explicitement consentant. Deux pôles de la subjectivité du prolétariat. La reproduction du prolétariat par celle du capital consiste en un fragile réajustement des conditions propices à ces « bénéfices », en une toujours plus délicate redistribution de rôles modifiés (Ici on peut parler de composition organique de l’être générique!). Le rapport entre ces deux pôles menace de devenir anthropique (d’une part à un moment on ne différencie plus une miette d’une autre miette, d’autre part, si à ce moment on découvre un gâteau caché dans la poche d’un des nôtres, on voit rouge! Une bien belle couleur…).
    Pour le prolétariat, s’attaquer à sa condition de classe, c’est s’attaquer à l’implication réciproque, donc forcément à ceux qui l’incarneront (flics, égoïstes zélés…). Il n’y a rien de militaire là dedans, il ne s’agit pas essentiellement de tuer des personnes mais de rendre obsolète un mode d’auto-production. Mode général, non en ce qu’il est le même pour tous, mais en ce qu’il s’impose unilatéralement comme généricité abstraite de l’humain : comme société.

    ps : Je recommande vivement à tout le monde d’oublier cette histoire de censure… kgb is watching you! Tiens bon Pepe, on détruira Internet bientôt ;)

  63. Flav
    22/03/2015 à 03:08 | #63

    « vendeuses des magasins de luxe à Paris » : Implication réciproque, bénéfices secondaires, voilà des concept qu’il nous faut élargir. Ce n’est pas que le fait d’être prolétaire qui est impliqué, mais aussi celui d’être femme, d’être une ou un individu spécifique pour des raisons précises. Toutes les femmes n’ont pas interêt à reproduire la condition générale de femme du capital, tout les prolétaires n’ont pas interêt à reproduire la condition générale de prolétaire, tout les individus n’ont pas interêt à reproduire la condition générale d’individu, mais il le font… La faute à qui, à quoi? Et jusqu’à quelle situation?

%d blogueurs aiment cette page :