« L’autre pensée 68 »

Avec les limites de la pensée philosophique, avec le coté agaçant et péremptoire d’Onfray
A écouter ou podcaster sur le site de France Culture

Diffusion estivale des conférences animées par le philosophe Michel Onfray en 2012-2013 dans le cadre de l’Université populaire de Caen.  Le thème de cette 11è année : « L’autre pensée 68 ».

  1. adé
    04/09/2013 à 23:36 | #1

    Je ne suis pas assez âgé pour avoir participé aux « événements ».
    Pourtant, les grèves, les distributions de patates (la CGT, dockers était quand même radine),la pénurie d’essence, les piquets devant le collège, j’ai vu; à la télé les barricades à Paris, mon général et sa grandeur qui causait, c’était marrant, même la tête de ceux du défilé gaulliste de juin : Malraux, Debré (criminel de Charonne : 08 février 1962.)s’époumonant sur « allons enfants,etc… ». Je croyais que tout cela finissait, balayé par la contestation tout azimut. Tout semblait être sur le point de basculer : U.S.A, les manifs anti-guerre du Viet-Nam, les hippies, les weathermen, les blacks panthers; le Socalo à Mexico, les Zengakuren au Japon, les manifestations à Madrid, à Barcelona, à Torino, à Milano, à Roma, à Hamburg, à Francfort, à Bruxelles, Anvers-Antwerpen, partout, tout autour.
    Il y avait les MLF, même ici, banlieue d’aucun centre, fief stalinophile.
    Dix ans après, je me trompais et voulais encore y croire, là : les situs, le fhar, les grundrisses, quelques méfaits bénins, qu’on a vite recouvert: « Le temps payé de revient plus » que la presse locale interpréta comme : le temps passé ne revient plus (moi j’étais revenu et avait insisté sur le Y, mais la presse locale ne dit rien…), d’autres du même tonneau, ou plus personnels : » Quand Soudain… »
    Debré m’avais fait virer, par censeur interposé, du lycée de la ville voisine : c’était la mobilisation contre la loi du même nom que cet enfoiré, qui ne méritait sûrement pas son entonnoir sur la tronche. Je perturbais les cours, avec quelques autres, je me foutais du reste.
    Puis je suis parti avec « Sur la route » et Rimbaud sur la route, j’ai longtemps vécu ici ou là, chez des amis-comme le chantait ou susurrait? B. Fontaine-. Loin, loin de cette putain d’Europe, dans cette Europe des grandes villes refuges, Amsterdam, surtout, aussi Bruxelles, Barcelona, après la mort du Dictateur. Afrique du Nord, Turquie, Iran- avant la mort du Dictateur, juste l’année d’avant-Pakistan, entre les mains des militaires, Inde où la misère est profonde, où l’humain, la masse, la foule, les rats, les temples et les riskshaws, se bousculent se côtoient se fondent; Difficile retour, très.
    Quelques amis s’y sont perdus à tout jamais, d’autres plus loin à l’Est, toujours plus à l’Est, en Thaîlande. D’autres encore n’ont pas eu besoin de partir si loin, ni du tout pour partir dans leurs soi-disant belles années; puis le Sida, puis le suicide à petit, tout petit feu d’un briquet chauffant le contenu d’une petite cuillère. Un autre à Marseille, avec des médicaments, dans un hôtel proche de Saint-Charles, la gare, ironique possibilité d’aucun départ.
    J’ai vu des papillons disparaître du paysage, des oiseaux devenir rares, comme le coucou au fond du bois de mon enfance et de mon jeune âge, j’ai vu une grenouille rainette bleue, des couleuvres plus grosses que mon bras (il est vrai, je suis maigre), des lézards verts à la gorge turquoise, comme de beaux monstres des temps…jadis. Les rapaces se faire rares, les ormes dépérir, Fos se construire : il y avait du boulot – à ne pas avoir besoin d’en chercher, qui te tombait dessus-, le chômage (bien payé et nous nous occupons du reste : un autre slogan mural).
    Les autoroutes, les réacteurs nucléaires, la télé en couleur : Dallas ton univers impitoyable.
    Non, non rien n’a changé, tout a continué, et de pis en pis.
    A présent Misanthrope, j’écoute à la table voisine trois jeunes gens, fils de dockers et donc eux-mêmes dockers : « Ceux qui réussissent dans la vie, c’est parce qu’ils ont des couilles », et leur vie idéale  » La vraie vie c’est d’investir, de faire construire et de vivre de la rente, ça c’est top, mais il faut prendre des risques, ne pas avoir peur… »( re avoir des couilles), question loisir : « J’ai regardé le spectacle de Dieudonné en allant en voiture à Montpellier sur ma ipad « (ou pod?). Il m’est difficile de pas en tenir compte, car sur les environs dix-mille habitants d’ici, je ne peux parler qu’avec un ou deux, le reste…rêvent-ils/elles d’écrans plasmas, de BMW, Audi, 4/4 noirs, luisants, vitres polarisés? En tout cas le soir, le parking est plein, les rues sont vides; à travers les fenêtres la présence d’écrans plats, très grands, chatoyants : il y a des émissions intéressantes, des jolies images d’animaux et de vie, c’est Soleil Vert à volonté.
    Je pense pour ces diverses raisons, et pour d’autres qui s’y rapportent que nous n’allons pas vers la rupture, nous tous, vous toutes, nous nous enfonçons dans la destruction programmée, échelonnée, massive, et comme dit l’Amer indien « Quand toutes les rivières seront empoisonnées, quand l’air sera irrespirable, quand la terre sera détruite, alors vous vous apercevrez que l’argent ne se mange pas ».
    J’aimerai faire erreur, un sursaut.

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