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“Crise qui vient, souffle et gilets jaunes : où va-t-on ?”

Un article publié sur Paris luttes info qui fait le point du mouvement en ce début d’année, en lien avec la crise financière annoncée ça et là.
Ca rappelle un peu les débats que nous avions fin 2018 avec Robin, entre autres….dndf

On est beaucoup de gilets jaunes à ne pas savoir où aller en janvier… Que faire ? La répression, la propagande, et l’étirement du mouvement semblent parfois avoir eu raison de lui depuis début décembre… Et pourtant, tout reste insaisissable, beaucoup restent déters, occupent et passent Noël sur les ronds-points… D’autant plus que l’Acte VIII du 5 janvier a clairement marqué un rebond dans la mobilisation… Alors, la suite ?

La crise qui vient

Remarques générales

Nous n’allons pas nous attarder sur les habituels débats tenus entre gauchistes sur le mouvement des Gilets Jaunes. Tout de même, voici quelques remarques d’ordre plus ou moins général histoire de clarifier d’où l’on parle.

Nous participons aux gilets jaunes depuis la première semaine de mobilisation. Le 17, nous étions sceptiques. Le 18, nous étions forcés de constater qu’il se passait quelque-chose d’autre qu’une simple sortie publique de l’électorat d’extrême-droite. Le 19, il nous fallait aller voir sur les ronds-points et les péages les plus proches de nous. Depuis, notre excitation ne faiblit pas.

La situation

Macron et le gouvernement ont peur, ils transpirent, ils se maquillent pour sortir, ils annulent leurs vacances par peur d’être indécents… Les gilets jaunes seraient la seule et unique raison. Laissez-nous porter la réflexion un peu plus loin.

Les États centraux du capitalisme mondial intégré sont tous surendettés. Ce n’est pas nouveau, le constat fait consensus depuis 2008. Mais depuis, quelle fût la réponse apportée par la classe capitaliste pour relancer un nouveau cycle d’accumulation ? Aucune ne semble prendre le dessus, puis-qu’aucune ne semble assez sérieuse.

Automation, généralisation du statut d’auto-entrepreneurs et ubérisation de certains secteurs, constructions idéologiques de procès d’indépendances (régionaux – Catalogne… – ou nationaux – USA, Angleterre…) pour donner un sens social à la problématique nationaliste … Toutes ces options, finalement, ne parviennent pas à masquer les deux seules qui actuellement portent une réelle dynamique au niveau international pour contrer la baisse tendancielle du taux de profit : endettement des États et des Banques Centrales (rachats d’actifs pourris, crédits à taux 0 via les politiques d’assouplissements quantitatifs…) et baisse du coût du travail (baisse des salaires, précarisation des statuts d’emplois, coupes dans les prestations sociales…).

Ces deux leviers englobent et renferment tous les autres. L’automation et l’ubérisation en sont des parties, mais ne peuvent s’imposer à l’échelle du monde pour proposer un modèle économique stable, et tout le monde le sait.
A travers ces deux leviers, se dessinent les premiers signes d’un krach de très grande ampleur, dont 2008 n’était que la bande-annonce. Certes, il y a encore de la marge du côté de la baisse du coût du travail : jusqu’ici, ceux et celles qui n’ont « rien à perdre », sont encore suffisamment peu nombreux pour que la répression d’État puisse parvenir à les contrôler.

Les tentatives de contre-révolutions populistes, voire post-fascistes, à l’image du Mouvement des 5 Etoiles en Italie, du mouvement pour le Frexit en Angleterre, du gouvernement d’Orban en Hongrie, et plus généralement de la montée de l’extrême-droite dans les pays centraux de l’accumulation, ne semblent pas parvenir à calmer la situation ni à catalyser sur le long terme les populations à travers l’idéologie nationaliste. Même quand cela marche pour un temps (et nous ne sous-estimons pas ici les dangers de ce « temps », aussi « court » soit-il…), les problématiques sociales refont surface et la contestation renaît de ses cendres (cf. la lutte contre la « loi travail » d’Orban depuis fin 2018, malgré la météo et la mainmise totale du gouvernement sur les médias locaux).

Résumons d’un point de vue historique : l’extension quantitative du capital (extension du procès de production capitaliste à toutes les sphères sociales de l’existence humaine, sur l’ensemble du territoire de la planète) semble achevée ou au moins assez avancée pour ne plus être source de profits nouveaux structurants ; l’augmentation de la productivité a su porter un second cycle d’accumulation générale (fordisme, taylorisme…), mais a dû se délocaliser et freiner ses ardeurs compte tenu des conditions de production qu’elle instaurait ; la dissolution de toutes les entraves à la reproduction du rapport social capitaliste (mondialisation de l’économie, précarisation des statuts et des emplois, gestion des populations surnuméraires, etc.) et l’endettement des États portent eux l’accumulation depuis les années 1980, mais semblent atteindre aujourd’hui leurs propres limites…

Ce qui nous mène à poser un concept sur la table : la restructuration impossible. Le populisme ne sera pas la contre-révolution, puisqu’il ne propose (pour l’instant du moins) aucune réponse économique réelle. Une contre-révolution, c’est avant tout une restructuration du cycle d’accumulation, des bases sur lesquelles celui-ci se construit, s’étend et se consolide. Or, si ce n’est de l’idéologie, souvent rance, le mouvement populiste ne s’impose jamais sur la scène économique, elle-même ultra-complexifiée, inter-connectée et donc aux apparences immuables depuis la restructuration des années 1980 : à quoi d’autre que des effets d’annonces suivis de reculades ont mené le Brexit et l’élection de Syriza ? En réalité, le « protectionnisme » est inapplicable en l’état actuel des choses et tout le monde là-haut le sait, c’est peut-être aussi pour cela qu’ils flippent…

Les quelques situations de protectionnisme/guerres commerciales débouchent sur une déstabilisation des prix des produits et un bouleversement du pseudo-équilibre mondial inter-connecté que le monde des affaires, main dans la main avec les grandes instances politiques internationales, s’est acharné à modeler depuis 50 ans. Toutes les économies sont au point mort, et les possibilités de relance sont de fait plus que restreintes (cf. encore, l’arnaque du Portugal comme « économie de gauche relancée » [1]).

Tout cela pour en venir au fait : pour Noël, Wall Street fût à son plus bas niveau depuis 2008, on vient d’éviter un petit krach grâce à la fermeture artificielle pour les fêtes, la bourse de Tokyo s’est affolée à son tour et a plongé de 5%… Pour faire court, il semblerait que les conditions d’une grande dépression mondiale à venir se dessinent à une vitesse qui n’a finalement rien de surprenante (les leçons de 2008, d’un point de vue strictement réformiste, n’ont absolument pas été prises… Mais est-il seulement possible de changer le cap vu l’énormité et l’inter-pénétration internationale de nos manières de produire, de répartir, de distribuer et de financer nos activités ?).

Quelques signes en vrac :

  • Europe : Les exportations de biens britanniques se sont effondrés à des niveaux inédits depuis trois ans (industrie manufacturière en berne, cf. baisse considérable de la production et des ventes de voiture). En Allemagne, le salaire minimum n’a pas fait baisser le nombre de mini-jobs (d’autant plus qu’ils viennent de réduire le seuil d’heures travaillées pour ces emplois à temps partiels précaires plafonnés à 450 euros, sans cotisations sociales ni retraites). L’italie et son économie « populiste » en conflit avec l’Europe semble s’enfoncer dans le déficit budgétaire… Logiquement ses taux d’intérêts augmentent. Jusqu’où le conflit sera-t-il porté et quelles seront les conséquences réelles ? Repensons à la Grèce de Syriza…
  • Les tensions commerciales ne sont pas sans conséquences en Chine : forte baisse des ouvertures de postes dans le secteur manufacturier ; chute de la croissance des ventes au détail (en novembre elle allait au rythme le plus lent depuis 15 ans) ; plus faible production industrielle des trois dernières années… La croissance officielle annualisée du pays est au plus bas depuis 2009, et la Chine est contrainte de corriger ses excès financiers et ses surcapacités, ce qui entraîne toute la zone asiatique dans son ralentissement (cf. baisses de régimes en Malaisie, à Taïwan… cf. baisse exportations Corée-du-Sud/Chine en décembre). Le ralentissement de l’économie chinoise menace en outre de supprimer le soutien essentiel aux secteurs mondiaux des exportations et des importations. En Asie toujours, le Japon va tout droit vers une crise de la dette sans rapport avec ce que l’on connaît ici… S’il ne sera pas le déclencheur, comment va-t-il remonter la tête au milieu du marasme international qui s’annonce ?
  • La première économie du monde (USA) est frappée, malgré une croissance dopée par des baisses d’impôts et un chômage en apparence plus bas que jamais [2], par une très faible productivité ainsi qu’une grande dépendance à l’égard des capitaux et biens extérieurs. L’illusion du « plan Trump » finira vite par s’estomper ; les investisseurs partagent déjà leurs craintes pour la suite. Ray Dialo, fondateur du plus grand hedge fund Bridgwater Associates, estime que le dollar (1re monnaie de réserve mondiale auprès des investisseurs étrangers) pourrait chuter de 30% dans les deux prochaines années. « Comme en 1929-1933, nous avons après la crise de 2007 augmenté la dette pour soutenir les marchés et l’activité économique » [3]

L’injection massive de liquidités dans les secteurs financiers ne pouvant durer éternellement, les banques centrales n’ayant plus de munitions, et les risques de baisses de croissance étant accentués tant par les tensions géopolitiques que par les grands défis écologiques (changement climatique et question énergétique – pétrole – notamment), il paraît évident que ce qui s’annonce pour les dix prochaines années à venir n’a rien de marrant.

Les Gilets jaunes comme signe

Ainsi, nous pensons que le mouvement des Gilets Jaunes est annonciateur des luttes à venir dans ce cycle dépressif. D’une part dans son langage et sa mobilisation tant hétérogène que spontanée : la grammaire populiste, celle d’un « peuple » contre ses « élites », représente sûrement l’offensive idéologique la plus proche d’une contre-hégémonie à l’heure d’aujourd’hui. Ce n’est pas un mauvais jugement : nous pensons qu’en acte, quand cette idéologie amène les individus à se soulever, elle mène à des rencontres improbables et des moments de luttes qui transforment les subjectivités et orientent les réflexions assez logiquement vers des problématiques sociales. Cela dit la dynamique n’est pas aussi simple ni propre, puisque le « populisme » et son langage portent en eux une multitude de possibles qui brassent en long et en large le spectre politique.

Sur la forme (blocage des flux, occupation sauvage des ronds-points, péages et rocades, émeutes non-déclarées en Préfecture et combativité), il paraît évident que le mouvement G-J est significatif de ce qui vient. Les « mouvements sociaux » inter-syndicaux n’arrachent plus rien ou presque depuis plus de vingt ans. Les manifestations plans-plans, issues de la contre-culture ouvrière et de son identité auparavant structurante, ne vont plus pouvoir être hégémoniques.

L’impossibilité pour la politique de se sortir des périodes de crises sinon par la répression, la propagande et la construction idéologique d’unités nationales rances, mènera à un moment ou un autre ces dynamiques de luttes à leur propre débordement. La répression est en train de créer des générations de révolutionnaires à venir ; la propagande est en train de pousser des milliers de foyers à déserter leur télévision. Le levier économique n’étant plus qu’un levier de stabilisation par nature instable car devenu incontrôlable d’un point de vue régalien et national (plus encore qu’il ne l’a jamais été), la politique va progressivement se confronter à un mur.

Le nationalisme économique, dans ses échecs, devra faire ses preuves sur le terrain « sociétal », en particulier celui de la chasse aux migrants. Le fait que des luttes éclatent en ce moment doit être pris au sérieux : l’intensité que ces instants propose, les rencontres qu’il permet, représentent les meilleurs outils contre l’idéologie raciste et nationaliste… à moins qu’on laisse les racistes et les nationalistes avec les insurgés « apolitiques » ! Il est de notre responsabilité de s’impliquer, en tant que partie du prolétariat, dans les mouvements d’insoumissions que notre période porte. D’autant plus que les choses, de ce côté-là, vont aussi s’accélérer (métissage des populations ; migrations à venir portées par le changement climatique et les guerres à répétition, etc.).

Où ce mouvement va-t-il aller ?

Impossible de le prédire. Le réel sursaut de la semaine dernière résistera-t-il aux dispositifs revus et corrigés du 12 janvier ? Les actions décentralisées, locales, de blocages, occupations ou autres tenues en semaine perdurent-elles ? Arriveront-elles à se relancer, ou le rythme s’empêtre-t-il dans la théâtralisation du samedi ? La répression ciblée, les mutilations, auront-elles raisons d’un peuple soulevé certes, mais toujours minoritaire dans la rue ?

Autant de questions auxquelles il n’est pas intéressant de répondre, puisque nous ne sommes pas prophètes. Cela dit, on se demande pourquoi tant d’habitués aux mouvements sociaux refusent de se mêler à une masse qu’ils semblent mépriser ? De notre côté, nous avions l’impression que les masses syndiquées et hippies de Nuit Debout portaient tout autant de confusion dans leurs postures idéologiques.

La question est : arrêtons de nous limiter à l’idéologie. Les livres n’amènent pas la conscience. L’action, la ferveur, l’intensité des périodes pré-insurrectionnelles, amènent des consciences multiples à se structurer dans la radicalité. Sans jouer aux mauvais léninistes, nous avons notre mot à dire dans cette structuration : pas en tant qu’avant-garde éclairée, distribuant bon et mauvais point, amenant ses nouvelles normes langagières et ses obligations militantes (les militants professionnels ne sont jamais loin du sacerdoce), mais en tant que participants obligés de vendre leur force de travail et étant tout aussi inquiets pour notre futur que n’importe quel autre. Notre militance nous a fourni une expérience qu’il ne s’agit pas d’imposer, mais d’adapter et d’apporter en soutien, de proposer.

Localement, nous avons pourtant vu le gauchisme s’empêtrer dans ses pires numéros. Le pire d’entre eux consiste à tenter d’imposer des Assemblées Générales centralisées par régions, contre la volonté de la plupart des participants au mouvement (qui comprennent bien qu’un rond-point occupé devient un Comité d’Action à lui tout seul, et que les seules questions à se poser ne sont pas idéologiques mais pratiques, ce sont celles des mesures à prendre, des approvisionnements, des organisations pour mener à termes l’occupation et les actions qu’elle se donne). D’autres peuvent être cités, comme ces militants Alternatiba s’acharnant à transformer la critique en acte de la production (via le blocage et la multiplication des partages) par la critique abstraite/idéologique de la consommation et du consommateur (actions anti-pubs, blocages d’enseignes accompagnés de messages militants…).

La volonté d’en finir avec les représentations, les médiations, et de vouloir intensifier la lutte pour la lutte, au-delà des présupposés idéologiques (présupposés par ailleurs toujours mouvants et incertains… sauf chez les militants léninistes et les post-modernes renfermés), est bien le geste le plus fort du mouvement gilet-jaune. La multiplication des points d’ancrages, pensés comme autant de points de rencontres, matérialise ce geste. C’est ce qu’il s’agit de tenter de faire grandir.

Diffuser notre art et notre mémoire collective (pas celle du vieux mouvement ouvrier ; mais par exemple celle des photos de blessés du mouvement imprimés en grand format, collés sur des affiches ou dans des rues avant/pendant les manifs ; ou nos tags marrants et évocateurs) ; proposer des réflexions et des comptes-rendus sous forme d’infokiosques (pas ceux habités par les brochures totos, mais plutôt par des brochures confectionnées à l’occasion, sur le mouvement, pour le mouvement) ; amener du matériel de soins/protections/défenses en manifs (on voit déjà les gilets-jaunes amener leur propre banderole renforcée, leurs propres équipes de médics, etc.) ; participer aux groupes Facebook en tant que participants lambdas (les débats idéologiques s’y jouent pas mal) ; venir sur les lieux de blocages pour faire masse… C’est dans ces gestes que nos participations ont pris sens, ont porté significations.

Petite suggestion stratégique…

Pourquoi ne pas proposer à tous les groupes locaux auxquels on participe que l’Acte 10 soit celui de la reconquête des points d’ancrages locaux ? Imaginez : 400 points reconquis en un seul et même jour, une centaine de cabanes (re-)construites dans l’après-midi, aux quatre coins du pays, des grandes bouffes partagées le soir, des concerts, des teufs, des bals (suivant le contexte) ! Pas de riot porn, certes, mais un nouveau souffle, peut-être !

Quoi qu’il en soit, le souffle à venir est bien la crise qui vient. Ce ne sera pas de tout repos. Ça ne risque pas d’être joyeux. Du moins pas seulement. Mais assurément, l’ordre existant s’en verra transformé. Ce n’est pas forcément rassurant, mais au moins excitant, non ? A moins que l’on préfère l’Histoire morte et enterrée, la militance pour la militance dans un monde figé par le triomphe des démocraties libérales… ? Allez, réveillons-nous !

Notes

[1« Alternatives Economiques », Pourquoi le Portugal ne va pas si bien qu’on le dit, 30 août 2018.
Sans compter que l’article n’aborde pas les problèmes de la corruption endémique ni des populations surnuméraires – extrêmement nombreuses par ailleurs et définitivement « en-dehors »… des statistiques !

[2] On sait que cette baisse est illusoire : chute du taux de participation au marché du travail, part croissante d’adultes inactifs, hommes en particulier (23 millions d’adultes inactifs de 25 à 54 ans échappent totalement aux statistiques sur l’emploi), hausse des seniors se remettant au travail, concordant avec la hausse de la précarité chez les personnages âgées… Lire : Libération, États-Unis : chômage, un taux trop bas pour être vrai, Frédéric Autan, 30 septembre 2018

[3Les Echos, Le fondateur du plus gros hedge fund livre sa vision des marchés, Nessim Ait-Kacimi, 27 décembre 2018, mis à jour le 7 janvier 2019

La source

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  1. Lisbeth Salander
    11/01/2019 à 21:05 | #1

    Il y a une petite musique de fond qui est en train d’envahir la réflexion théorique ou politique autour de ce mouvement des gilets jaunes et ce texte l’illustre bien, à la suite de Robin, mais on peut l’entendre a plein d’occasions dans « lundi matin » et dans toutes les productions qu’on pourraient appeler « jaunistes » : la pensée marxienne, les références aux producteurs de marchandises, à la classe ouvrière, les gens qui ne se précipiteraient pas dans la rue en ce moment seraient devenue une espèce d’arrière-garde ronchonne, dépassée par les événements, qui ressasse son catéchisme communiste, les anciens quoi, ceux qui pensaient que la révolution à venir ne pourrait se passer du monde de la production… Des tontons maussades, has been, sidérés, assis sur leurs grimoires, devant la montée de ce qui serait devenu une irruption inattendue, spontanée, joyeuse, inventive d’un nouveau sujet ou plutôt, d’une nouvelle socialité révolutionnaire.
    Je crois qu’il ne faut pas inverser la charge de la preuve. C’est comme pour l’existence de Dieu : ça n’est pas à ceux qui savent que Dieu n’existe pas de faire la preuve de sa non existence.
    C’est aux jaunistes de nous expliquer comment, du plaisir de la socialité dans la lutte, du bonheur énorme de la solidarité contre l’Etat, contre les flics on passe à des acquis qui vont permettre d’abolir la propriété privée, à l’emparement, à la communisation…. C’est un peu facile d’envoyer paitre les pisse vinaigres de « l’ancienne théorie » quand on voit à quel point ce mouvement est en fait la somme complètement disparate de (presque) toutes les colères qui trainent dans ce pays. Et des colères, il y en a, et pas toutes très modernes…..
    La décantation se fait doucement, envahie de pleins de bonnes volonté activistes qui essayent de souffler sur les braises de la grève générale dont il n’a encore jamais été question, tout ce beau monde s’excitant du Riot Porn que nous offre Paris chaque samedi et qui fait l’affaire de TOUT LE MONDE…. On verra bien….
    Bref, continuons à jouir du spectacle, mais en gardant la tête froide…..

  2. R.S
    12/01/2019 à 01:34 | #2

    salut

    “C’est aux jaunistes de nous expliquer comment, du plaisir de la socialité dans la lutte, du bonheur énorme de la solidarité contre l’Etat, contre les flics on passe à des acquis qui vont permettre d’abolir la propriété privée, à l’emparement, à la communisation…”

    Nous avons affaire tout simplement à un mouvement de classe, à la lutte de classe. Est-ce que nous avons demandé en 1995, en 2003, en 2005 (banlieues), 2006 (CPE), 2010 (Retraites), 2016 (loi travail), etc. comment ces mouvements allaient “abolir la propriété privée” “pratiquer l’emparement et ouvrir la voie à la communisation…” ? Il est important de critiquer ce type de discours hyperboliques (et je l’ai fait) qui pouvaient également exister dans les mouvements précédents. Mais, maintenant il faudrait enfin (perso je suis resté longtemps dans l’expectative), tout simplement, voir la lutte de classe dans ce qu’il se passe. La lutte de classe est quelque chose de très simple, c’est d’abord et avant tout une réaction et une lutte contre l’injustice et les inégalités sans présupposer la révolution et le communisme. Là, maintenant, le grand truc, dans ce mouvement, c’est que toute les inégalités sont connectées, sans revendications formellement explicitées et sans formes (pour l’instant) de négociations. C’est la lutte de classe bête, violente (je ne parle pas des boxeurs) et qui embarque avec elle toutes les tares de cette société, c’est normal, elles sont là et nous les partageons, les prolétaires ne passent pas par des formations de politiquement correct avant de lutter. De ce point de vue l’absence de discours anti-assistés (sauf très marginalement) est remarquable, ainsi que le flop de la volonté de Macron d’introduire dans le “Grand Débat” les questions de l’immigration et de l’identité.
    Depuis novembre, à l’intérieur de l’interclassisme, l’hégémonie a changé dans le mouvement. Bien sûr il n’y a pas “toute la classe”, il y a même de grands absents. Il y a même des “contradictions au sein du peuple”. Et alors ? On ne peut pas parler de la restructuration, de la fin de l’identité ouvrière, de lutter en tant que classe comme la limite de la lutte de classe (c’est aussi l’interclassisme) et attendre les grands bataillons de Billancourt. Doit-on vraiment alors s’étonner de ne pas retrouver les formes de mobilisation et d’actions en vigueur depuis le début du XXè s. En gros, ceux et celles qui sont là ce sont ceux et celles dont les types d’emplois, la déstructuration des lieux de travail rendent la mobilisation collective “traditionnelle” impossible. Sans oublier qu’il apparaît que cela crée une sorte d’appel d’air sensible dans la remontée des revendications salariales ici et là.
    Ce mouvement interroge toutes les déterminations de la restructuration du mode de production capitaliste, il agit comme un analyseur global, social : deconnexion; mise en abimes des territoires, illégitimité de la revendication ; dénationalisation de l’Etat, effondrement du mouvement ouvrier organisé, identité ouvrière, représentation politique… les Gilets jaunes ne préfigurent aucune “solutions” aux questions de la communisation, ils préfigurent seulement les problèmes.
    Il s’agit bien de rapports de distribution, de vie quotidienne, d’idéologie. Mais comment cela se passe, qu’est-ce que cela désigne ? Avec cet “interclassisme”, cette prédominance de la distribution et de l’injustice fiscale (il faut tout de même reconnaître là-dessus la lucidité du mouvement : violence contre violence, mépris et insultes contre mépris et insultes), la volonté d’existence politique, tout cela c’est de façon inattendue le fait de lutter en tant que classe comme limite de la lute de classe ; cette dialectique peut nous surprendre.
    Je ne peux pas refréner une petite joie en apprenant que Dior avance au vendredi son défilé prévu samedi.
    Où ça va ? Est-ce que nous devons reconnaître comme lutte de classe que ce qui incarne le sens prédéterminé de l’Histoire ?
    Ces considérations ne rendent pas caduques mes interventions précédentes, ni le texte de TC de novembre (si ce n’est – ce qui n’est pas rien – sur la question de l’hégémonie à l’intérieur du mouvement) elles les ORIENTENT.
    R.S

  3. Lisbeth Salander
    12/01/2019 à 11:28 | #3

    A peu près en accord avec ton commentaire, comme avec la plus grande partie du texte commenté également.
    A ceci près.
    D’abord, en 2003, 2005, 2006, 2010,2016 et j’en passe, il me semble qu'”on” a toujours critiqué les agitateurs professionnels qui voyaient de la communisation dès qu’une lacrymo était tirée. Depuis toujours, on voit fleurir des appels à l’insurrection, à la grève générale, toujours aussi incantatoires, inutiles, et aussi éphémères qu’ont été les dits mouvements. J’aimerais d’ailleurs qu’on me signale les productions des groupes ou rebelles en question qui ont ensuite critiqués honnêtement leur propre enthousiasme et analysé pourquoi, pour la 4520° fois, “Ca” ne s’est pas passé comme ils l’attendaient…
    Ensuite, tu dis que le mouvement des gilets jaunes, c’est la lutte des classes dans sa réalité brute, non policée et sa multiplicité d’apparition. Qui l’a jamais nié??
    Bien sûr que même l’interclassisme, c’est bien la forme actuelle de la lutte des classes.
    Mais quand on a dit lutte des classes, on a pas donné un blanc seing ou un Imprimatur à toutes les projections délirantes de tout un chacun. Aujourd’hui, partout, il n’y a pas un seul mouvement politique, organisation, groupuscule, journal, tract qui ne nous explique que le mouvement des Gilets Jaunes… c’est exactement ce qu’ils prédisaient ! Même la REM !!!! Jusqu’à Filipo qui dépose le nom à l’IMPI. Et la ligue du Nord en embuscade. Du jamais vu. Caricatural !
    Les masses de prolétaires qui, partout dans le monde, se retournent vers un Etat fort parce qu’ils rejettent l’Etat “keynésien” (même s’ils le sont tous, toujours) qui n’a pas rempli sa mission de les exploiter au bon prix, ce n’est pas une manifestation de la lutte des classes?
    Les foules de pauvres qui se pressent pour jouer au Loto ou dans les PMU (dans lesquels se tissent de vrais liens sociaux!!) ça ne manifeste pas cette réalité cruelle du rapport de classe: les prolétaires ne veulent plus le rester et rêvent de devenir riches ? C’est même un des moteurs de l’économie immergée, quand les gamins des surnuméraires se battent au risque (réel celui-là) de leur vie pour créer des entreprises clandestines qui les sortirons de leur devenir de merde (“Become rich or die trying).
    Sinon, d’accord avec toi sur tout ce que fait surgir à notre réflexion la particularité inédite de ce mouvement. Et tout a fait en attente de tout ce que l’on va pouvoir penser et écrire de ce mouvement.

  4. robin
    14/01/2019 à 15:53 | #4

    Tout d’abord un grand merci aux auteurs de ce texte pour avoir compilé, corrigé, approfondis, et structuré pas mal de mes interventions dans le débat sur ce site (je serais curieux de savoir qui c’est quand même, parce qu’a priori on devrais s’entendre théoriquement ^⁾
    Concernant le ton du débat, je crois qu’on est quelques uns à être bien engagés dans ce mouvement, avec les tripes, avec les oeuillères de l’espoir, et donc naturellement la confrontation avec ceux ne partageant pas cet espoir est pleine de remous, houleuse. je penses pas qu’on puisse y échapper, et, à titre personnel, cela n’enlève rien à l’amitié que je peux ressentir pour ceux ne partageant pas mon enthousiasme. J’avoue parfois forcer le trait sur les contours de ce qui me donne espoir, ça fait partie de mon engagement, c’est une lutte pour continuer à raviver la flamme de l’espoir en moi, je ne vise à faire passer personne pour « un dinosaure du vieux mouvement ouvrier » .

    L’espoir, quel est t’il ? Pour quiconque partageant le constat décrit dans la première partie du texte, cet espoir ne peut être celui d’une satisfaction des revendications portées par le mouvement. Le cap défendu par macron est en effet le seul “légitime” pour le ode de production capitaliste qui n’a plus aucun autre levier pour faire tourner la machine que la baisse des salaires .

    L’espoir réside à mes yeux dans deux aspects de la période actuelle :

    – premièrement la certitude que la classe capitaliste est dos au mur, et qu’elle ne pourra rien lâcher, et que pire encore, elle sera amenée dans les années qui arrivent, avec le crach en cours et ses conséquences, à jeter dans la lutte toujours d’avantages de personnes qui n’ont rien à perdre, et qu’aucune forme de restructuration ne pourra venir refaire tourner le double moulinet avec fluidité. ainsi, même si les gilets jaunes sont “vaincus” momentanément par la répression, ou encore si le mouvement était amené à s’éteindre pour laisser place à une 6e république, une vague bleu marine, ou autre, la catastrophe de la crise à venir viendra réveiller les ardeurs peu de temps après.

    – La deuxième raison de considérer la période actuelle avec espoir tient à ce mouvement, car il me semble qu’il y à bien plus à observer que « le plaisir de la socialité dans la lutte, du bonheur énorme de la solidarité contre l’État, contre les flics » :
    Il y a une prise de conscience que médiations entre les individus nuisent a l’efficacité des luttes, c’est quelque chose de « jamais-acquis » mais il me semble que cette tension se manifeste et devrait être présente pour le cycle de luttes à venir :
    -La médiation de la représentation syndicale, des partis politiques, et de tout ce qui pourrais y ressembler est farouchement combattue, et les « leaders » sont mis aux oubliettes dès qu’ils s’éloignent de cette ligne malgré les efforts de l’appareil médiatico-politique (bye bye Jaqueline Moreau), le discours visant à convaincre les autres gilets jaunes à se montrer « respectable » est relativement inaudible face aux encouragements à
    -La médiation raciale et la distinction « braves travailleurs – racailles de l’économie informelle/assistés » si présente dans le cours normal des choses au point où on à un TC entier consacré au sujet, s’est comme évaporée, dissoute dans la lutte : des ex-sympathisants FN qui acclament le courage d’un gitan et souhaitent la jonction avec les quartiers face aux flics en sont déjà un bon marqueur, l’autre étant la mixité des manif : à Nîmes en tout cas samedi, les différents segments de classe sont absolument indissociables dans la manif, il n’y a pas de blocs discernables avec les uns plutôt d’un coté et les autres de l’autre (même si je suis pas certain que ce soit partout pareil). Ce mouvement est tellement dissolvant que j’ai l’impression que pas mal de groupes gauchistes se sont carrément dissous dans la lutte. Ça donne plus l’impression que les différents segments de l’interclassisme se sont dissous dans le jaune qu’une coalition temporaire ou chacun vise ses propres objectifs limités en se servant d’une alliance temporaire.
    -Le contenu des discussions sur les groupes facebook de gilets jaunes est a nouveau ré-axé sur des enjeux pratiques : s’organiser face à la répression, et l’argumentaire pro-RIC est en baisse, et laisse entrevoir à nouveau la dynamique ou ce sont les enjeux pratiques qui sont prédominant, ce qui me laisse entrevoir là aussi une tension à l’immédiateté
    On est d’accord, ce que je rapporte est sans doute marginal, ne s’attaque ni en profondeur ni en conscience au mode de production capitaliste, la sphère de la production n’est jamais remise en cause, etc. Il me semble que nous avons pourtant bien plus, qualitativement parlant, que pendant la période démocrate-radicale/alternative, ou avec les bonnets rouges, ou même encore les nuits debout (même si j’ai pu ressentir la même tendance à l’immédiateté dans les marges du mouvement durant un court instant). Après, étant pris « au tripes » par mon espoir, j’ai du mal à faire une étude impartiale du mouvement mais grosso modo, pour résumer cette seconde partie, je dirais qu’il y a une tensions à l’immédiateté sociale de l’individu, non comme but mais comme moyen, une conscience déjà palpable que c’est le caractère déstructuré du mouvement qui fait sa force, et que seuls les enjeux pratico-pratiques méritent qu’on s’organise (plus d’une 50aines de streets-médics sur-organisés à Nîmes, des fils de discussions entiers remplis de réflexions sur comment s’organiser face aux flics pour les repousser, les leaders qui avaient « lachés le mouvement » pour les salons des prefectures déjà oubliés etc…)

    Du coup oui, contrairement à Roland, je penses que les Gilets Jaunes préfigurent des “solutions” aux questions de la communisation, et que, même s’il me paraît inévitable que la lutte subisse à moyen terme un reflux (répression ou passage aux urnes), il me semble qu’il y a, dans cette tension à l’immédiateté et à son caractère dissolvant , quelque-chose qui pose la communisation comme le moyen par lequel les prolétaires luttent paradoxalement pour un capital qui les intègre dignement.

    Alors maintenant, pour répondre à la question : « comment […] on passe à des acquis qui vont permettre d’abolir la propriété privée, à l’emparement, à la communisation », ce serait un peu court de répondre la seule bonne réponse possible : « l’avenir nous le dira ». Disons que la lutte des gilets jaunes nous laisse entrevoir une tension à l’immédiateté, une capacité qu’a le prolétariat à balayer les médiation qui le divise et à s’organiser pour s’affronter a la médiation de l’état pour, paradoxalement survivre en tant que prolétaires.
    Je garde un fort espoir de cette conjonction « restructuration impossible  -luttes qui dépassent les médiation par souci d’efficacité » est porteuse de la communisation, parce que la communisation est la forme d’organisation la plus forte, et que toutes les autres seraient défaites. D’une certaine manière, le raisonnement,un peu bancale et tautologique certes c’est :
    Vu qu’il ne peut y avoir de restructuration et que la tension ne peut que monter avec la crise , et vu que tout ce qui tendrais à restaurer des médiations du capital signifierais la défaite, et qu’il ne peut y avoir que reprise des luttes immédiatement après la défaite puisque pas de restructuration possible, alors on est en train d’amorcer une phase ou la résultante ne peut être que la communisation. Une phase qui crée de la conjoncture, qui rebat incessamment les cartes, qui « distrupte » tout pour ne laisser petit à petit que les cendres du capital et les formes d’organisation immédiates de la lutte : la communisation. Enfin bon, ça mériterais d’être plus structuré et tout comme raisonnement, mais pour apporter ma contribution au débat, ça ira dans un premier temps.

    Au delà du mouvement et du cycle de lutte nouveau dans lequel il s’inscrit à mes yeux, vu d’un point de vue encore plus englobant, celui de l’histoire des modes de productions successifs, il me semble que l’on est à une période charnière : dans la préface de 1859, Marx écrit :
    « À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. »
    Il me semble qu’il y a une tension impossible du capitalisme à la « distruption » à une fluidité des rapports de production qui appellent à un remodelage et une réadaptation permanente que le rapport de production capitaliste n’est pas capable de contenir et qu’il appelle pourtant de ses vœux. Si on écoute l’idéal « distruptif » de macron, il faudrait que tout ce qui est institué puisse se défaire et se recomposer librement de manière fluide . Il me semble que c’est très palpable dans le numérique, où la forme marchandise des productions est une entrave au déploiement à plein potentiel des création. Certains exemples sont frappants :
    -je connais un type payé par Areva 5000 balles par moi pour qu’il contribue à un logiciel open source de simulation de mécanique des fluides parce que c’est bien plus effectif de contribuer à un en-commun gratuit que de négocier des conventions de recherche avec des concurrents et autres.
    -ya des applications supers performantes qui pourraient révolutionner la manière de produire qui n’ont qu’une utilité faible en raison de leurs buisness models qui mettent un frein aux potentiel de l’application (payement, limite du nombre d’utilisateurs aux salariés d’une entreprise, etc)
    j’aurais pas mal d’autres exemples mais ça serait trop long, mais j’ai l’impression que le MPC prends conscience que l’avenir du développement des forces productive est dans une mise en adéquation super fine de besoins et des ressources, dans un redéploiement rapide des efforts de production, etc et je suis persuadé que la barrière marchande est un frein à cela. Du coup je serais pas étonné que ce soit sur le terrain même de la disruption qu’il se fera battre. La facilité avec laquelle le mouvement à su s’organiser, se réorganiser, se décomposer et se recomposer avec presque toujours un temps d’avance sur l’état est un marqueur qui me conforte dans cette idée. Le blocage simultané de milliers de ronds points aurait été quasi impossible avec une structure pyramidale type syndicat/partis alors que ça a été un jeu d’enfant avec les formes d’organisations horizontales détournant des outils numérique pas prévu pour cela (facebook). D’ici peu nous aurons des outils pleinement adaptés, j’en suis convaincu, j’ai d’ailleurs appris à coder pour travailler dessus.

    enfin bref, j’espère que j’ai pas trop égaré la discussion avec la dernière partie, en tout cas c’est un débat que je trouve très intéressant.

  5. Christian L
    16/01/2019 à 10:55 | #5

    traduit in english

    “The Coming crisis, breath & yellow vests: where are we going?”

    https://t.co/J5ksLhrson