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Iran : « Mahsa: larme sacrée, colère sacrée, violence sacrée. »

A la suite de cet article, le fil d’infos sur l’Iran. dndf

 

Un camarade nous a fait parvenir une traduction rapide d’un texte en persan un peu remanié pour lecteurs non-iraniens.dndf

« Mahsa: larme sacrée, colère sacrée, violence sacrée. »

Avertissement

Tout d’abord, soulignons un point qui a son importance dans le contexte actuel: comme d’autres groupes en exil, nous avons par rapport à la situation iranienne, une présence qu’on pourrait, au mieux, qualifier de “secondaire” et “subordonnée”. Nous ne pouvons en aucun cas prétendre être dans l’immédiateté des choses et tenir entre nos mains le pouls de la société; en d’autres termes, il faut considérer notre propos, encore plus qu’auparavant, comme purement “consultatif” et simplement notre façon de participer aux luttes en cours.

Rappelons nous du bon camarade Lénine qui disait qu’un instant de lutte dans une situation révolutionnaire était équivalent à des jours, des mois quant à l’expérience du peuple; ou quelque chose dans cette veine.

En Iran, il suffirait que la vague de protestations actuelles soit suivie par une vague de grève pour qu’on entre dans une telle situation.

Juste au moment où le clown enturbanné et idiot qui fait ces jours-ci office de Président de la République islamique a pris la tribune de l’ONU (le 21 septembre 2022) pour la chaire de la mosquée de son village natal, et a commencé son effronté discours mensongers et plein d’invectives avec un verset du Coran, la mère de Mahsa, la jeune femme martyre de Saghez, assise à même le sol du cimetière, à côté d’un tas de terre qui recouvrait sa bien-aimée, tenant une belle photo de sa fille sur la poitrine, enfonçait ses doigts dans la terre sanglante du Kurdistan et en versait des poignées sur sa tête pour ne pas laisser seule sa chère fille, victime de ce terrible destin.

Des milliers de personnes étaient rassemblées et l’entouraient en ce moment de douleur et de détresse, et les femmes transcendées par le chagrin et la colère, ont enlevé leur hijab et l’ont brûlé pour que plus jamais ce signe de tyrannie médiévale ne règne sur leur vie.

C’est à ce moment là que le Président, idiot du village,  affirme à la journaliste occidentale qui porte un fichu sur la tête que “les femmes iraniennes ont elles-mêmes, spontanément choisi le hijab” et que “le hijab de nos femmes fait partie de notre culture”.

Lorsque cet imbécile, à la suite de son discours, parle avec obscénité de justice et prétend que “la justice elle-même est enracinée dans une rationalité portée par la révélation”, sans s’en rendre compte, il proclame que “le désir d’établir la justice est un don divin dans l’existence de chacun, et une accumulation d’injustices met en mouvement les nations sous forme de révolutions populaires.”

Visiblement il ne voit pas à quel point le peuple iranien est en train de démontrer la justesse de son postulat … contre lui!

Ici, on ne va pas s’attarder sur les vagues successives d’une insurrection qui aujourd’hui frappe à la porte, ni de ses 40 ans d’aléas et d’histoire ; d’autres l’ont fait, mieux et peut-être de façon plus précise que l’on pourrait le faire; mais il y a des points qu’il ne faut pas négliger dans cet élan d’enthousiasme et d’espoir; surtout si l’on veut regarder la situation, non pas du point de vue d’une sorte de “liberté” métaphysique ou simplement en se plaçant dans la perspective des libertés individuelles et démocratiques  à l’occidental, mais de l’évaluer du point de vue des travailleurs et leur sort.

Si nous le faisons, c’est aussi parce que dans l’insurrection de février 1979, nous avons expérimenté la “voix directe”  [صراط‌المستقیم terme coranique] de “l’unité de la parole” [principal slogan de Khomeiny qui a entraîné les foules contre le Shah] dans notre chair et notre sang

et surtout nous voyons à quelle sinistre combinaison tout ceci  a abouti.

Dans de telles situations, il faut se méfier des prêts-à-penser évidents et essayer de réfléchir à contre-courant.

La République islamique n’est pas un gouvernement conventionnel comme un autre, qui soit arrivé au pouvoir, par exemple, à travers une consultation générale ou même par un coup d’État ou une révolution classique ; dans de telles situations, la question de la nature de l’Etat et du pouvoir en place apparaîtrait de façon plus simple et plus lisible; nous aurions par exemple un gouvernement, comme à l’époque du Shah, qui est arrivé au pouvoir par un coup d’État et en s’adossant à une répression sanglante; personne, sauf ceux de sa clique et sa dépendance n’aurait de doute quant à sa nature. Il répondait clairement aux intérêts de sa classe et des firmes américaines et voulait assurer le rôle du gendarme des USA dans le Golfe Persique. Ça serait un gouvernement fantoche qui se maintien au pouvoir grâce à l’armée, sa police politique (la SAVAK), ses conseillers militaires étrangers et ses experts en sécurité; il serait fondamentalement là pour répondre aux exigences structurelles et fonctionnelles du développement du capital international dans un pays dominé à un moment donné de son évolution.

Ou nous serions face à un État issu des révolutions bourgeoises du XIXe siècle, où la classe montante a pu écarter les anciennes classes au pouvoir – les grands propriétaires terriens, les seigneurs féodaux – et créer un État répondant aux besoins de l’instauration et du développement du capitalisme.

Dans de telles situations, nous serions confrontés à des séparations de classe claires et idéologiquement conformes à ces tracés de classe, dans lesquelles il serait aisé de distinguer la ligne de démarcation entre la révolution et la contre-révolution.

Mais ici, dans la situation présente de l’Iran, nous avons affaire à un État non-conventionnel qui a fondé essentiellement son pouvoir, compte tenu de la façon dont celui-ci s’est constitué, dans sa genèse et son développement, non pas sur des politiques de classe évidentes et claires, mais sur une idéologie qui a apparemment répondu aux besoins de la société à un certain stade de la lutte de classes; ce qui le rend  particulièrement difficile à appréhender.

Le gouvernement de la République islamique et son appareil idéologique, et surtout la culture qui en a émergé avec sa stabilisation, ne répondait pas à un programme préétabli du clergé ou de la bourgeoisie dite “libérale”, mais lorsque la lutte des classes et la crise révolutionnaire ont culminé avec l’insurrection de février 1979 et que diverses forces sociales se sont mises m en mouvement pour renverser le régime détesté du Shah, on pouvait distinguer  essentiellement trois courants politiques considérés comme représentants des catégories, couches et classes sociales qui se sont affrontées pour prendre la direction du mouvement populaire.

Premièrement, la bourgeoisie dite “libérale”, qui se trouvai en opposition avec le monopole du grand capital dite “compradore”, qui était entre les mains du Shah, de sa cour, sa famille et

 ses fidèles. Elle se trouvait dans une position conflictuelle avec la grande bourgeoisie car en même temps qu’elle était dépendante de l’existence de ce capital, de ses infrastructures et ses circuits, elle était en opposition avec son monopole et sa mainmise exclusive sur la quasi-totalité de l’appareil productif. Son slogan, tout naturellement se résumait à combattre “la dictature du Shah”.

Pour elle, cette dictature signifiait en fait la dictature économique du grand capital qui ne permettait pas aux capitaux “domestiques” d’obtenir des conditions de croissance et de rentabilité satisfaisante. Cette bourgeoisie “nationale” n’a jamais eu l’intention de renverser le régime du Shah par la violence, mais a seulement exigé un léger recul par rapport aux positions économiques du capital monopoliste dominant. Ce courant politique ne pouvait prétendre à produire aucun programme spécifique à partir de ce qu’il était car toute croissance d’un capitalisme “national” ou de développement auto-centré était devenu impossible et caduque dans les conditions de la subsomption réelle au niveau international après la seconde guerre mondiale. Cette impossibilité faisait d’elle ce qu’elle était, c’est-à-dire effrayée par la révolution et les travailleurs en lutte; et bien sûr leurs représentants politiques en étaient bien conscients.

Le deuxième courant était mené par Khomeiny, le clergé Chiite et les grands commerçants du bazar. Khomeiny, depuis le soulèvement de 1963 (soulèvement du clergé traditionnel, des milieux du bazar et les grands propriétaires terriens qui, mené par Khomeyni et dirigé contre le Shah protestait contre les mesures de réformes agraires et des dispositions légales notamment en faveur du droit de vote des femmes … déjà !! ) était exilé à Najaf, ville Chiite en Irak; ce courant sera considéré plus tard, surtout après l’occupation de l’ambassade des États-Unis en Novembre 1979, comme “la ligne de l’Imam”. À partir de cette date, la direction du clergé, Khomeiny et les autres ayatollahs qui l’entouraient ont intégré cet événement et ont dû renforcer encore plus leur tendance anti-impérialiste de départ pour se conformer aux exigences populaires.

Ce courant religieux du clergé représentait le bazar et bien sûr eux-mêmes (qui, en tant que couche sociale, avaient traditionnellement un rôle économique important du fait de leurs propriétés foncières, les biens de mainmorte (vaghf), les donations, les impôts religieux ainsi que des intérêts commerciaux communs avec les commerçants). Les deux couches sociales étaient par ailleurs depuis toujours liées par des mariages et des liens de parenté.

On peut à grands traits définir ce courant comme  la petite bourgeoisie traditionnelle aisée qui se trouvait en contradiction avec l’instauration et l’accélération des rapports de production capitalistes initiés et impulsés par la réforme agraire et surtout par ses expressions et aspects culturels, qui étaient considérés comme une sorte de modernisation hâtive et “à l’occidentale” minant et détruisant leur idéologie ancestrale qui au moins depuis plus de trois siècles cimentaient les rapports de propriété traditionnelle.

Depuis cette époque, nous avons été témoins des positions réactionnaires du clergé, de la culture islamiques en général, par rapport aux droits des femme; ces positions étant incompatibles avec la culture occidentale défendue par le régime du Shah, qui lui de son côté ne répondait qu’aux besoins du capital international; la politique des années 1950 et 1960 en Iran, suite à la “révolution blanche” de 1962 n’avait d’autre contenu que la destruction des rapports traditionnels, les structures qui les faisaient fonctionner et en même temps  l’instauration et l’extension des rapports de production capitaliste.

À ce niveau, elle voulait que les femmes soient des sujets “libres” des restrictions traditionnelles (pour pouvoir travailler dans les bureaux et les usines) tout comme les serfs et les paysans pauvres qui perdant leur terre étaient obligés de se rendre dans les grandes villes pour trouver du travail dans les usines importées des industries de montage ou au sein des sociétés agro-industrielles; ces deux forces de travail “libérées” leur fournissant une main-d’œuvre bon marché.

Le troisième courant était le courant populaire, démocratique et laïque, composé de travailleurs urbains et ruraux et d’organisations aux idées de gauche ou communistes (essentiellement des marxiste-

léninistes) qui se considéraient comme appartenant à la classe ouvrière et qui tentaient d’adopter une ligne indépendante de défense des luttes immédiates des masses populaires et contre l’hégémonie des deux autres courants; ils militaient pour une République démocratique populaire.

L’existence de cette troisième ligne démocratique et radicale avant l’insurrection de 1979,  le rôle qu’elle a joué dans le processus de l’insurrection elle-même, et surtout  l’énorme développement des organes populaires de masses, exprimant  l’auto-organisation spontanée du peuple, (comités révolutionnaires, conseils locaux, conseils dans les administrations et les usines) et la présence et l’activité des organisations marxistes, avaient tellement effrayé les deux autres courants qu’elle se sont trouvées obligés de former une alliance, et surtout d’entamer les négociations avec les généraux et les agents secrets US et d’autres gouvernements européens. Ces négociations sont aujourd’hui largement documentées: la situation iranienne était le contenu central discuté à la Conférence de la Guadeloupe entre les Etats-Unis, la France, les Allemands et les Britanniques en janvier 1979.

L’armée qui de son côté se préparait à lancer son coup de force pour sauver à nouveau le royaume des Pahlavi, a vu le véto des USA qui entre-temps avait obtenu les garanties nécessaires de la bourgeoisie libérale et du clergé, et qui a préféré avoir les religieux au pouvoir que de risquer d’affronter la gauche et les communistes à la tête d’une insurrection armée.

C’est ainsi que d’un seul coup, au milieu de manifestations monstres qui avaient lieu dans les grandes villes, l’armée qui jusque-là ne faisait que réprimer et tirer sur les gens, a été soudain considérée comme “le frère du peuple” et de la révolution et les manifestants sortis de nulle part mettaient des fleurs au bout de leur fusil. Khomeiny rentre en Iran et la galère commence.

Le clergé en s’appuyant sur son large système d’organisation (petits et grands clercs, étudiants des écoles coraniques, les mosquées et les lieux de culte…) a réussi progressivement à imposer ses slogans spécifiques et immédiatement après la prise du pouvoir, a appelé à la collecte des armes que les courants révolutionnaires et les peuples (arabe,kurde, turkmène …) ainsi que la gauche et les communistes avaient pu

récupérer en prenant le contrôle des casernes pendant les journées de combat de février 79 et lors du renversement du régime du Shah.

Au moment de son accession au pouvoir, ce clergé n’avait pas de plan précis si ce n’est de limiter le mouvement, d’empêcher la croissance de la vague révolutionnaire et d’essayer de la contenir.

Il voulait à tout prix remettre en fonction les rouages économiques : rétablir les échanges et sauver les contrats en cours, remettre de l’ordre dans les administrations, les villes, les quartiers, les bureaux et les usines… et surtout, ce qui lui semblait vital, mettre fin aux grèves qui paralysaient la production du pétrole et redémarrer son exportation.

Le clergé ne pouvait s’emparer du pouvoir politique et faire fonctionner la société sans produire, parallèlement à la progression de la vague révolutionnaire, son propre discours révolutionnaire. C’est ainsi que face et en contraste au discours laïc, populaire et communiste qui attirait de plus en plus les masses, il a créé tout un langage qui accaparait le potentiel révolutionnaire du discours de gauche et ses limites historiques – limites qui ne pouvaient être reconnues que plus tard, c’est-à-dire être pris au piège de la logique du capital, le maintien des usines et des emplois ouvriers, la division internationale du travail… l’effondrement de tout horizon socialiste… en un mot, la sortie des rapports de production capitalistes – et l’a intégrée dans les potentialités de la culture chiite. Il ne faut pas oublier que le chiisme a contrario du sunnisme est très performant sur le plan idéologique et peut répondre grâce à une structure d’autorité flexible, la notion d’ijtihad, à n’importe quelle situation sociale. Pour les chiites après l’occultation du douzième Imam c’est le mojtahed qui interprète la loi et représente la communauté; cette particularité permet à l’islam chiite de se greffer sur les besoins conjoncturels de la société et de jouer le moment venu, le rôle d’une alternative politique.

L’enjeu social et politique le plus important du mouvement islamique était que d’une part, il devait prendre en charge les nécessités de gestion de la reproduction de la société et, par conséquent, se conformer à l’articulation internationale de la région et au rôle qui lui était confié dans la division internationale du travail, et d’autre part, se montrer comme l’expression et l’organisateur des masses laborieuses qui se sont soulevées pour lutter contre cet ordre.

Mais tout cela ne constituait en aucun cas un programme pour aucun des prétendants au pouvoir, précisément parce qu’aucune des couches et classes qui participaient à ce mouvement n’était en mesure d’organiser un développement socio-économique capitaliste spécifique.

Dans cette situation de double impossibilité, c’étaient les religieux qui se trouvaient dans une situation où ils pouvaient mieux prendre en charge les contradictions provoquées par l’intégration de l’Iran dans le cycle international du capital, précisément parce qu’ils étaient, en tant que force sociale, la résultante de contradictions qui en même temps montraient les limites de la lutte des travailleurs ainsi que l’impossibilité d’un programme national pour la bourgeoisie.

Ils se sont retrouvés dans une position où ils devaient reconnaître pas à pas leurs propres intérêts en tant qu’Etat – un Etat dont par un jeu dialectique d’intégration et d’exclusion, ses membres et ses courants évoluaient à chaque instant – et les faire avancer dans la lutte politique.

C’est ainsi que le discours de l’islam politique, utilisé depuis longtemps au Moyen-Orient, a trouvé des caractéristiques et des accents irano-chiites particuliers et des concepts tels que “Ummat islamique”, “Mostaz’afin” (les affaiblis), “Justice islamique”, “Société Monothéiste sans classe”, “les Martyrs de l’islam”, le “Achoura de Hossein”, etc. ont vêtu des habits très politiques, matériels et fonctionnels afin de stabiliser la République islamique.

Petit à petit, la République Islamique fonde ses institutions et ses instances dirigeantes sur ce discours populaire et populiste. Dès le lendemain de l’insurrection, elle crée ses organes de répression et de souveraineté et réprime progressivement toutes les couches et classes qui avaient participé à la révolution et qui ne rentraient pas dans la moule. Il n’a fallu que deux semaines pour que les femmes, conscientes du danger dont cette force réactionnaire était porteuse, entrent en opposition à celle-ci et manifestent dans les rues de Téhéran leur refus du Hijab islamique tandis que la gauche en général y est restée plus ou moins indifférente et de ce fait porte pour toujours la marque indélébile de la honte de son inconscience; la gauche n’a pas compris à ce moment historique l’im

portance du hijab dans la structure qui se mettait en place. Elle était incapable de comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement d’un voile comme accessoire féminin anodin, mais du symbole le plus évident qui lie les femmes et leurs familles à la République islamique et à la culture que porte ce pouvoir politique. Ce hijab signifie la soumission au pouvoir qui s’établit et  s’impose à toute la société ; il signifie l’acceptation de toutes les lois juridiques et les rapports de propriété que ce pouvoir politique met en œuvre et qui, une fois développés s’imposent comme un rapport de production. Ce hijab est la manifestation la plus évidente qui permet de reconnaître les “siens” des “autres”.

Après quelques années de hauts et des bas de la lutte des classes, durant lesquelles des milliers de révolutionnaires, démocrates et communistes ont péri; ainsi que des hommes et des femmes,

appartenant aux minorités nationales et ethniques qui avaient fait flotter héroïquement le drapeau de la lutte dans toutes les régions du pays, ce gouvernement populiste, pour se débarrasser définitivement de ces protestations, a transformé des escarmouches militaires quotidiennes sur la frontière irakienne en guerre totale afin de briser les vagues de la révolution par une autre, de patriotisme et d’unité nationale.

Le résultat le plus important de cette guerre sanglante qui a duré huit ans, outre le sacrifice de centaines de milliers de travailleurs irakiens et iraniens, a été la stabilisation d’un système idéologique, organisé autour de la notion de Velayat du Faghih (la tutelle du théologien-juriste) et imprégné dans une culture politique basée sur l’autorité religieuse et politique du Guide suprême et s’appuyant sur sa force répressive spécifique (l’armée des Pasdarans de la Révolution et le Bassij).

Trente ans de lutte de classes avec ses flambées et ses rébellions ont fait que la République islamique et son Umma sont  de plus en plus recroquevillés et fermés sur eux-même. Le dernier gouvernement (celui de Raïssi, boureau des prisons en 1987) se veut uniforme et exige une cohérence stricte autour de l’islam et tout y passe, des écoles et universités jusqu’à la médecine, l’économie et la banque et même le sport; les femmes iraniennes sont privés de stade et dans quasiment toutes les sports au niveau international les champions iraniens doivent refuser – bien entendu sous motif d’impréparation ou de blessure – de rencontrer les champions israéliens; d’où le nombre important de champions iraniens qui se sont sauvés du pays et participent au compétitions internationales sous d’autres drapeaux.

Tout doit être islamisé; et la façon la plus visible de témoigner son appartenance et sa soumission est le port du voile avec lequel la République Islamique s’est recouverte.

L’hypertrophie de l’Etat en Iran, le fait qu’il s’appuie exclusivement sur l’idéologie et la violence (Clergé + les écoles coraniques et les Pasdars, les Bassidjis et les forces militaires et de sécurité), le contrôle quasi exclusif qu’il a sur la vie économique grâce aux revenus pétroliers et à travers les entreprises étatiques, les fondations (Bonyad) religieuses et toutes sortes d’institutions commerciales autorisées sous des motifs fallacieux islamiques …en fait une force productive totale. C’est une affaire politique qui s’est directement plongée dans la vie économique et l’organise de part en part à sa façon et selon ses critères. Bien entendu tous les États ont un certain poids économique et des activités productives; il existe des entreprises où les Etats se constituent comme actionnaire majoritaire ou même des industries sous propriété étatique, mais la République islamique elle-même est devenue un rapport de production en raison de la façon dont elle s’est formée et a évolué ; elle est le point de départ et le point d’arrivée ; il détermine la propriété du capital et choisit la voie de sa croissance ; de A à Z. Mais elle n’est pas très performante dans cette tâche car c’est un État basé sur la rente pétrolière, ce qui rend cette existence plus difficile et improductive. Les gouvernements rentiers ne stimulent et n’encouragent pas l’activité économique, mais ils l’empoisonnent. Aucune loi “normale” de l’économie capitaliste ne fonctionne correctement sous les contraintes de l’économie rentière.

Les caractéristiques générales de l’économie rentière a atteint la soutane de ces messieurs et aucune prière ou incantation ne leur permet de s’en débarrasser.

Pour la République Islamique, le profit est fourni à l’avance sous forme de revenu, qui à son tour est simplement redistribué et joue un rôle très faible dans le cycle de la production ; les projets économiques ne sont que des prétextes pour allouer des capitaux et leur utilité ou leurs résultats économiques ne sont aucunement pris en compte ; la production de plus-value est quelque chose de tout à fait secondaire car déjà attribuée au moment de l’allocation du capital ; ils construisent d’énormes barrages, très souvent par des contractants privés des Pasdarans, puis constatent qu’il n’y avait pas de source d’eau suffisante; ou que le barrage en question entraîne des dommages irréparables à l’environnement! Peu importe! Un budget leur est accordé à partir des revenus pétroliers pour le détruire ; sans aucune étude ni enquête, ils construisent d’énormes conduites d’eau pour amener l’eau d’une région à une autre, où les grands propriétaires sont censés leur payer des rétributions soit en argent, soit sous forme d’achat de votes ; la motivation des décisions prises en lien avec la coopération et le développement est tout sauf la satisfaction des besoins de la société ; toutes les allocations budgétaires des différentes régions sont basées sur les intérêts politiques locaux ou nationaux du système ; le salaire des ouvriers et leur pouvoir d’achat ne jouent qu’un part minim dans la réalisation des produits, et pour cette raison, il est tout à fait déconnecté de l’accumulation ; pour le patron iranien c’est une dépense inutile qui doit être le moins possible, payée le plus tard possible ou, si possible, pas payée du tout ; toute importation vaut mieux que la production sur place car cela exige une technologie étrangère, une expertise étrangère et des pièces de rechange étrangères, ce qui rend le produit non compétitif… et mille autres caractéristiques.

La République islamique en raison de ces caractères basiques, c’est-à-dire son populisme inhérent qui l’a fait immergée dans la société et ses prétentions à englober la nation tout entière se trouve face à une sorte d'”incompatibilité” avec le capital international; les contradictions de ses fractions internes sont l’expression de cette incompatibilité. L’immense fragilité économique du pays dans le cadre de ces rapports fermées empêche le développement des relations capitalistes avec l’Occident et l’oblige à s’appuyer sur les puissances «orientales». Les efforts du Président, ces derniers temps pour activer les relations commerciales et de productives avec la Chine, la Russie et l’Inde, la signature de contrats secrets inégaux qui sont censés courir sur plusieurs décennies et ses supplications pour devenir membre du Pacte de Shanghai n’ont d’autre but que maintenir d’une manière ou d’une autre sa relation avec les infrastructures capitalistes mondiales.

Bien sûr, à la base de tout cela, on retrouve les limites auxquelles toute forme d’économie rentière est exposées. Mais en Iran, il y a un autre problème omniprésent qui découle de la nature de la République islamique. C’est une formation politique qui est elle-même devenue un rapport de production. En Iran, la République islamique n’est pas le représentant politique ou l’expression du rapport de production capitaliste, mais plutôt le rapport de production capitaliste lui-même. Il n’est pas comme les autres Etats conventionnels dans lesquels les représentants politiques représentent les rapports de production et, par conséquent se trouverait au-dessus des classes et séparé de la société. La République islamique est un État non-séparé qui n’accepte pas l’existence des classes et ne reflète donc pas leurs revendications et leurs luttes. Dans cette situation, son discours politique se veut inclusif et uniforme, recouvert d’un voile islamique.

Un État idéologique et non-séparé signifie que chaque effort et activité, dans n’importe quel domaine, culturel, civil, social ou économique, doit être connecté et lié au système, prendre sa place au sein de l’ordre social créé par cet État, y être reconnu, payer ses impôts religieux aux responsables de la charia et des hommes du pouvoir. Ici, nous n’avons pas affaire à des personnes libres qui sont liées les unes aux autres par leurs activités sociales ou économiques, mais elles seront autorisées à exercer telle ou telle activité sociale ou économique par et à cause de leur relation avec le pouvoir ; qu’il s’agisse d’une petite entreprise, d’une commerce ou d’un artisan.

Dans une telle société, il n’y a naturellement pas de classe capitaliste libre qui puisse faire aboutir un projet, contracter un emprunt auprès d’une banque sans l’approbation et l’autorisation de l’autorité légitime ou trouver un marché pour ses produits sans la présence et le soutien des Pasdarans. Il n’a aucune chance de se développer à moins qu’il ne fusionne d’une manière ou d’une autre avec la pieuvre que constitue le Velayat-é-Faqih.

Mais cette immersion dans la société n’empêche pas la lutte des classes et les revendications des couches différentes de la société, y compris la bourgeoisie, de la traverser. Cet état de fait est bien sûr dû au contrôle presque total de l’Etat sur l’économie, mais pas uniquement; en Iran, puisque le gouvernement est une forme politique qui s’est transformée en rapport de production, nous sommes face à une incohérence structurelle car, comme déjà décrit, la croissance socio-économique est contrecarrée à chaque pas par ces rapports obstrués ; Cette enveloppe s’avère de plus en plus incapable de les contenir.

Au cours des trente dernières années, cette croissance lente et souterraine a créé une société civile que la dictature du Shah et son militarisme débridé avaient empêchée. Des associations, organisations et syndicats, des maisons de métiers, des foyers… se sont créés et ont imposé leur existence à la République islamique. Il y a aussi une nouvelle génération constituée de descendants de responsables religieux ou militaires et de notables… dont leur père ont su privatiser par diverses ruses et procédés les propriétés collectives et étatiques en leur bénéfice (mainmise sur les ressources de l’Etat, confiscation directe des biens de la famille royale et des personnes aisées fuyant le pays, création de fondations et d’institutions sous prétexte d’intérêts publics et religieux, privatisations par “la vente aux proches et aux relatifs”, vols et détournements de fonds, tous sortes de dépenses et de commissions sous prétexte de contourner les sanctions, des myriades de structures dépendant du pouvoir …). Une partie de la propriété étatique est ainsi transformée en propriété privée qui a besoin de fonctionner comme du capital libre. Progressivement ceci provoque la séparation d’une couche de la classe dominante du corps de la République islamique et exige la liberté d’entreprendre et des relations avec l’Occident… Pour ce genre de rapport, il est nécessaire d’établir un État conventionnel au-dessus des classes. C’est un mode de développement pour qui l’intégration au processus de mondialisation du capital devient une nécessité fondamentale. (En plus, cela se produit dans une situation où le capitalisme mondialisé lui-même se trouve dans une crise grave et est à la recherche d’un  nouvel ordre mondial).

Là encore, la République Islamique est en prise avec une crise évidente à cause des sanctions. Jusqu’à aujourd’hui,  l’Etat était capable d’attirer des pans de la société comme le clergé et les fonctionnaires grâce à la redistribution de la rente pétrolière et d’extraire ses forces de répression des classes populaires, mais aujourd’hui la situation est telle qu’il ne peut même pas satisfaire ses propres troupes.

C’est dans cette situation que quelque chose se produit qui contrairement aux protestations revendicatives ou civiles du passé devient globale.

Mahsa est tuée. Ce meurtre cruel est perpétré sous prétexte d’un défaut de hijab règlementaire par une police spécifiquement constituée pour le faire respecter. Le problème dans ce cas précis c’est que ce gourdin de répression est frappé à la nuque de quelqu’un qui a suivi les règles du hijab obligatoire d’une manière courante chez la plupart des femmes et il n’y a vraiment aucune raison pour une telle peine. Les gens sont à juste titre en mesure de se demander, mais pourquoi ? Bon sang, mais que faudrait-il faire pour éviter la brutalité et la bestialité de ce régime ?

Et ils voient clairement que ce sort  funeste peut arriver à n’importe laquelle des femmes et des filles de la société. Il n’y a plus aucune distinction. Tu n’as pas besoin d’être un opposant politique qui manifeste pour sa cause ou un militant de droit civil ou syndical, un travailleur qui réclame ses arriérés de salaire, ou un retraité dont les pensions ne suffisent plus à vivre, ou un agriculteur en faillite par manque d’eau, ou un épargnant qui a perdu tous ses biens dans une banque islamique bidon ou un fonctionnaire dont sa paie ne suffit plus à vivre…

Aucune de ces catégories sociales ne peuvent expliquer cette attitude violente ; il n’y a plus d’échappatoire pour être à l’abri de la morsure de ce dragon. Cette personne peut être ouvrière ou femme au foyer, étudiante ou employée, pauvre ou riche, du nord ou du sud, kurde ou turque… il suffit d’être une femme pour être haïe par la République islamique et exposée à sa violence; mais pas une femme au sens physique ou biologique du terme; femme d’après la définition que la République islamique a établi pour elle au niveau social avec toutes les obligations, contraintes, devoirs, attentes et limitations qui découlent de ce rôle. Une définition qui est à la base d’une pensée religieuse spécifique et des relations sociales fondées sur elle, dont l’ensemble du système en tire sa légitimité dans chacun de ses aspects.

Ce qui depuis longtemps était considéré comme une obstacle à la vague révolutionnaire et une impasse véritable à l’essor des luttes c’est-à-dire la segmentation et l’isolement des motivations parcellaires (syndicales, professionnelles, raciales, ethniques, confessionnels, religieuse), motivations qui étaient fermées sur elles-mêmes, et pour cette même raison, ne pouvaient fournir la convergence nécessaire à une véritable vague révolutionnaire, a été détruite par les fidèles mercenaires du régime et a désigné la contradiction de genre comme le point d’intersection de toutes les discriminations qui imprègnent la société et a ouvert la voie à une transformation révolutionnaire.

Si le slogan « Femme, Vie, Liberté » est devenu le slogan de cette vague révolutionnaire, ce n’est pas seulement à cause de la signification du nom de Mahsa en kurde, mais c’est fondamentalement parce que ce mot constitue le général dont tous les particuliers réclamaient pour enfin réaliser leur convergence.

Oui, les femmes sont la vie, non seulement dans le sens où elles sont les partenaires des hommes pour gagner les moyens de subsistance de leur vie; elles sont elles-mêmes la vie. La vie émane d’elles, s’épanouit et se dessine autour d’elles ; les femmes, au sens de reproductrices de la population, sont au centre des sociétés et sont le point de départ de tous les processus de production. Tout revient aux femmes et au rôle social qui leur est assigné. La République Islamique a tellement bien bien compris le sens et le poids de cette assignation qu’elle l’a transformée en droit de propriété dont le hijab en est le titre (de propriété).

Tous les devoirs et les contraintes imposés aux femmes dans la République islamique ont pris ainsi la couleur de la captivité qui devient de plus en plus dure et lourde, au point de leur barrer toute respiration. Pour cette culture islamique, la femme n’est pas seulement sous la domination de l’homme, elle est

considérée comme sa possession, devant être protégée de tout regard extérieur. Ces devoirs et contraintes sociaux ne doivent pas être compris sous  un concept qui les réduit à des cas distincts et des points de droit, tels que le hijab obligatoire, l’organisation de son  respect stricte, la promotion de sa nécessité “culturelle” ou légale, légiférer sur les relations sociales avec les hommes, le choix d’un époux et le mariage, les devoirs conjugaux , la grossesse et l’avortement, la contraception, la maternité, le travail domestique, le divorce, l’héritage… . Chacun d’eux ne doit pas être compris dans un sens isolé et autonome, dans un sens “juridique” qui pourrait être sujet à des corrections ou des réformes. Ils forment un tout qui englobe l’Etat dans sa totalité.

Ce hijab est l’expression de l’appartenance et de la soumission à une culture à part entière, et c’est la manifestation la plus évidente, la plus extérieure de la chaîne de relations que cette docte religieuse déploie dans tous les domaines et dont elle en tire sa légitimité politique et sociale. Ce hijab est une norme idéologique qui leur permet de distinguer les familles chiites des étrangers; pas seulement dans la rue mais dans toutes les sphères sociales. Si votre femme respecte son hijab, alors il est possible de commercer avec vous ou de vous embaucher ou de se lier avec votre famille, de vous accepter comme gendre; ensuite, il suffit que vous vous trouviez quelques connaissances communes pour constituer un réseau qui deviendra votre capital social.

Le hijab pour la République islamique est une culture en soi, qui est devenue le drapeau de cette communauté.

Le clergé Chiite, il y a quarante ans a su écarter ses rivaux laïcs et de gauche et prendre le pouvoir politique en s’alliant à la bourgeoisie libérale, en empêchant un soulèvement armé de masses qui allait bouleverser les rapports capitalistes du temps du Shah et ouvrir un nouvel horizon pour les travailleurs; aujourd’hui quelque chose à fait bouger la société toute entière.

Le meurtre de Mahsa et l’étincelle qu’il a provoqué  parmi les femmes des classes «moyennes», mais aussi dans la jeunesse en général, les étudiantes, les lycéeness, les écolières, les professeurs et les enseignants …  a mis le feu aujourd’hui dans toutes les couches de la société. Deux semaines de manifestations dans presque tous le pays ont réveillé toutes les autres revendications et mobilisé toutes les catégories sociales.

Mahsa est l’image d’une femme qui montre toute l’ampleur de la vie, une ligne de lumière qui traverse verticalement toutes les strates de la société. Cette étincelle, qui a jailli de son voile, alla jeter le feu sur tout le corps de cet ordre social qui y était enveloppé. Cette flamme a atteint aujourd’hui leur soutane…

En ce moment sensible et historique, où des filles et des femmes au courage inégalé et aux initiatives audacieuses, aux côtés de leurs jeunes frères, prolétaires pauvres écrasés sous la misère quotidienne, affrontent le diable, les ouvriers des grandes entreprises, tout en se montrant solidaires avec ces luttes, semblent hésiter à entrer de façon indépendante dans la lutte en déclenchant des grèves qui pourraient paralyser le régime. Leur position est tout à fait compréhensible. Ils considèrent l’expérience d’il y a 40 ans, où en pleine révolution les couches supérieures de la société  ont préféré négocier avec  les puissances occidentales et ont vaincu une insurrection qui allait ouvrir de nouveaux horizons; ils ont vu leur organisation en conseil être infiltrée et supplantée par des conseils islamiques bidons et in fine Ils ont été témoins de la prise du pouvoir d’un ordre qu’ils ont dû combattre pendant plus de quarante ans. Ils ont vécu cet échec dans leur chair et leur sang; ils savent très bien combien ce combat peut leur coûter cher.

Les prolétaires et les travailleurs qui rejoignent la lutte dans l’obscurité de la nuit savent que leur subsistance, la leur et celle de leur famille dépend du travail journalier car ils commencent chaque jour en dessous de zéro et n’ont aucune réserve. Ceux qui ont un emploi, même temporaire, doivent garantir ce travail pour rendre leur vie simplement possible, et ceux qui n’ont rien et sont au chômage doivent assurer leur subsistance de quelque manière que ce soit. De plus, nos travailleurs savent que dans la situation actuelle, ce mouvement peut difficilement aller plus loin que la formation d’un Etat laïc, un État bourgeois conventionnel, et ce sont encore eux qui doivent vendre leur force de travail aux capitalistes non-religieux et laïcs, nationaux ou étrangers.

Chacun comprend que les protestations actuelles ne peuvent mener à l’étape suivante de la lutte et casser le carcan de la République islamique sans leur présence indépendante sous forme de grève. C’est dans cette luttes de classes que pourraient s’épanouir d’autres possibilités, des interactions nouvelles et qui sait, de nouveaux horizons pour les travailleurs iraniens.

C’est le point nœudal de notre situation. Une situation qui place, pour une fois, les ouvriers et les travailleurs dans la position privilégiée de déterminer leur destin. Ceux qui produisent toute la richesse de la société ont atteint aujourd’hui ce statut exceptionnel. Cette décision leur appartient.

Les ouvriers qui fréquentent depuis de nombreuses années, les milieux intellectuels et les livres, qui s’en sont nourris et surtout dans leur lutte quotidienne gagnent en maturité, se trouvent, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, dans des conditions intellectuelles leur permettant de décider, par eux-mêmes sur la marche à suivre.

Habib Saï

Andisheh va Peykar (Pensée et combat)

29 septembre 2022

P.S: La grève de certaines unités de production dans les industries pétrolières a commencé le 10 octobre 2022.

Note de bas de page sur l’Etat non-separé qui renvoie au bouquin “de la politique en Iran” a été omise.

1 Voir: De la politique en Iran, Théo Cosme, Ed. Senonevero, Marseille, Nov.2010

  1. Christian L
    13/10/2022 à 09:43 | #1

    « Extrait de Tristan Leoni, La Révolution iranienne. Notes sur l’islam, les femmes et le prolétariat, Entremonde, 2019, p. 2013-214 »

    Révolte des Iraniennes contre l’imposition du voile en mars 1979

    https://ddt21.noblogs.org/?page_id=3478

  2. La soute
    13/10/2022 à 19:30 | #2

    Un camarade à Téhéran nous a envoyé ce petit rapport sur les événements d’hier :

    Manifestation d’avocats sur la place Argentine (quartiers Nord de Téhéran), manifestations importantes à Molavi et Naziabad (centre et Sud de la ville), manifestations dans toutes les universités, en particulier à l’université de Téhéran, manifestations dans plusieurs quartiers de Téhéran et également manifestations dans de nombreuses villes. La déroulement actuel des démonstrations, au moins d’après ce que je peux voir ça se passe comme ceci :
    Un appel central est lancé de quelque part qui peut être connu ou pas. Cet appel est une sorte de signe et donc peu importe qui en en est à l’origine. Les rassemblements commencent généralement entre 12h00 et 1h00 dans les universités, suivies de de sit-in, puis deviennent des manifestations. Pendant ces heures, les agents du régime s’occupent de les perturber,de réprimer et d’arrêter les gens. Dans la soirée d’autres manifestations se déclenchent qui vont se poursuivre jusqu’au tard dans la nuit. Dans ces intervalles, la force et la capacité à supprimer du régime diminuent. Puis nous avons quelques jours de silence relatif et de nouveau les manifestations reprennent. Cette forme de manifestations dispersées et sporadiques a été très réussie et a très bien pu maintenir le moral des manifestants.
    3 points à signaler :
    1) Les arrestations ne servent pas à grand chose car de tout part de nouvelles forces rejoignent le mouvement.
    2) Il n’y a absolument aucun conflit à l’extérieur du pays autour du drapeau, du type de slogans ou d’affrontements générationnels (du genre que la BBC induit en faisant intervenir trois jeunes gens critiquant leur aînés [depuis de longue date la chaîne BBC Persian est considérée par les iraniens comme un soutien discret de la République islamique]). Comme tout autre mouvement, la jeunesse et en particulier les étudiants constituent les forces motrices (de toutes les classes et couches sociales), mais dans les manifestations elles-mêmes, on trouve des personnes de tous âges et générations.
    3) il me semble que la préoccupation essentielle est la question de l’organisation. C’est la faiblesse que j’évoquais précédemment. Les masses populaires ont dépassé le stade de l’expansion du mouvement et de sa transformation en un mouvement national, mais en même temps, elles ne forment pas leurs propres instances organisationnelles. Ceci peut être très dangereux. Répéter une tactique tous les jours sans réfléchir à la façon de la faire évoluer étape par étape peut être problématique.

  3. salle des machines
    15/10/2022 à 10:44 | #3

    « Féministes françaises et « sorcières iraniennes » en mars 1979 »

    « Les quelques notes ici présentées devaient à l’origine être utilisées pour rédiger la quatrième partie du livre La Révolution iranienne. Notes sur l’islam, les femmes et le prolétariat (Entremonde, 2019, 264 pages). Cette partie a, pour diverses raisons, été abandonnée, et n’en subsiste que le chapitre sur Michel Foucault ; elle devait être consacrée à la réception en France des événements iraniens de 1978-1979, en particulier au sein de la gauche, de l’extrême gauche et des mouvements anarchiste et féministe. Je reproduis ici les lignes consacrées aux réactions des féministes françaises devant la révolte des femmes iraniennes opposées à l’imposition du port du voile. Il s’agit, je le rappelle, de notes de travail prises en 2018 au fil de lectures : livrées telles quelles – mis à part des reformulations lorsque le style était excessivement télégraphique et des renvois vers les pages du livre –, non exhaustives par définition, elles pourraient donner des idées, ouvrir des pistes pour des réflexions ou d’autres recherches… »

    https://ddt21.noblogs.org/?p=3487

  4. salle des machines
    21/10/2022 à 09:30 | #4

    Extraits en traduc DeepL

    Notes sur les soulèvements iraniens

    « des grèves peu orthodoxes pour des temps peu orthodoxes. »

    « La conception orthodoxe (historiquement conventionnelle) de la grève générale – qui ne peut intégrer les travailleurs temporaires et précaires (plus de 90 % de la main-d’œuvre iranienne) ou reconnaître la légitimité des revendications des chômeurs, des femmes au foyer, des immigrants sans papiers et autres – ne s’applique plus à la situation actuelle. Jusqu’à présent, la fécondité contagieuse du mouvement s’est exprimée de multiples façons : des chômeurs bloquant les routes, des lycéennes quittant les salles de classe, ainsi que des grèves de travailleurs de projets pétroliers. Ce sont des grèves peu orthodoxes pour des temps peu orthodoxes.

    On pouvait déjà entrevoir une grève humaine encore naissante lors des précédentes vagues de lutte en Iran – par exemple, la grève des travailleurs du pétrole en 2021 et le mouvement des enseignants en 2022. Cela dit, alors qu’auparavant, les travailleurs de l’industrie pétrolière iranienne se mettaient en grève tout en recevant des déclarations de soutien de la part de divers groupes sociaux (autres syndicats et travailleurs précaires, mouvement des femmes et féministes, retraités, chauffeurs routiers, enseignants et infirmières), ce sont maintenant les travailleurs du pétrole qui se sont mis en grève en solidarité avec le soulèvement de Zhina et les potentiels révolutionnaires qu’il recèle. Ce passage, d’une simplicité trompeuse, des déclarations aux pratiques de solidarité indique déjà l’une des façons dont le soulèvement actuel marque une rupture fondamentale avec les vagues précédentes de lutte et de protestation : suivant l’exemple de Teachers Who Seek Justice, qui a répondu au meurtre de Zhina par une déclaration intitulée “C’est le début de la fin”, les travailleurs du pétrole iraniens défilent actuellement dans les rues en déclarant que “c’est l’année du sang”.

    Ces appels à la défiance, à la grève et au refus sont désormais si répandus que le désir d’un retrait collectif de la participation à la reproduction de l’ordre établi est sur le bout de la langue de chacun. »

    https://www.e-flux.com/notes/498605/tomorrow-was-shahrivar-1401-notes-on-the-iranian-uprisings

  5. RS
    09/11/2022 à 00:06 | #5

    A propos de Masha
    Si je commente le texte d’Habib (H), je ne peux cependant parler ici des luttes actuelles en Iran (octobre 2022) qu’à partir du peu qui en est transmis dans la presse française.

    Deux extraits du texte d’H comme point de départ

    « Ce qui depuis longtemps était considéré comme un obstacle à la vague révolutionnaire et une impasse véritable à l’essor des luttes c’est-à-dire la segmentation et l’isolement des motivations parcellaires (syndicales, professionnelles, raciales, ethniques, confessionnelles, religieuses), motivations qui étaient fermées sur elles-mêmes, et pour cette même raison, ne pouvait fournir la convergence nécessaire à une véritable vague révolutionnaire, a été détruite par les fidèles mercenaires du régime et a désigné la contradiction de genre comme le point d’intersection de toutes les discriminations qui imprègnent la société et a ouvert la voie à une transformation révolutionnaire. »
    [Cela me semble le cœur du texte]
    «En Iran, il suffirait que la vague de protestations actuelles soit suivie par une vague de grèves pour qu’on entre dans une telle situation. » [« une telle situation » ?, c’est-à-dire « révolutionnaire » ; comme le sous-entend la référence à Lénine dans le paragraphe précédent]

    Cependant, en conclusion, cette perspective est plus ou moins tempérée :
    « De plus, nos [est-ce que ce « nos » est une dérive de la traduction ?, nda] travailleurs savent que dans la situation actuelle ce mouvement peut difficilement aller plus loin que la formation d’un Etat laïc, un Etat bourgeois conventionnel et ce sont encore eux qui doivent vendre leur force de travail aux capitalistes non-religieux et laïcs, nationaux ou étrangers. » Mais : « … c’est dans cette lutte de classes que pourraient s’épanouir d’autres possibilités, (…) de nouveaux horizons pour les travailleurs iraniens. (…) Une situation qui place, pour une fois, les ouvriers et les travailleurs dans la position privilégiée de déterminer leur destin. » Le dernier paragraphe laisse perplexe sur cette capacité à « déterminer leur destin » du fait de leur maturité intellectuelle acquise par leur « fréquentation des milieux intellectuels et des livres ». Comme si les « milieux intellectuels » n’étaient pas ceux-là mêmes qui font que le mouvement comme l’écrit H « peut difficilement aller plus loin que la formation d’un Etat laïc, un Etat bourgeois conventionnel. » et ils feront tout pour que ça en reste là.

    Sans remonter aux origines de la République islamique, il faut, je pense, considérer depuis le début des années 1990, les innombrables révoltes, émeutes, grèves, manifestations, comme un unique mouvement dont la nature politique des rapports de classes en Iran donne l’unité. Unique mouvement dans la mesure où tout se résout toujours dans les contradictions et les blocages inhérents, pour chaque classe ou fractions de classe (chacune pouvant, tour à tour y trouver des privilèges), à la nature de cet Etat immergé dans la société et devenu lui-même la conjonction des rapports de production qui le traversent. C’est sa faiblesse, il peut être attaqué de toutes parts, mais aussi sa force : attaquer d’un côté, il trouve un soutien de l’autre.
    La nouveauté par rapport à 2009 ou à 2019 (je passe sur tout ce qui s’est passé entre les deux), c’est que toutes les classes (y compris des fractions des classes dominantes et même au niveau des instances dirigeantes la lutte doit être à couteaux tirés), fractions et couches sont mise simultanément en mouvement. Ce même texte laisse de côté la composante régionale du soulèvement ; très fort au Balouchistan et au Kurdistan, ainsi que la grande violence de la répression dans ces zones. Le texte de H n’évoque pas ce qui, à mon avis, est fondamental dans cette simultanéité actuelle : l’extrême misère pécuniaire, alimentaire, sanitaire (le Covid a fait des ravages) dans laquelle est, plus ou moins, plongée l’immense majorité de la population. En mai 2022, le gouvernement met fin aux subventions sur le prix du pain, les manifestants attaquent des bases des milices islamiques bassidji (5 morts), au même moment l’effondrement d’une tour à Abadan (19 morts) provoque de nouvelles émeutes contre le régime et la corruption. A partir de juin les manifestations qui ont trait à la survie sont quotidiennes à Téhéran. C’est dans ce contexte qu’il faut situer ce qu’il se passe à la suite du meurtre de Mahsa. L’Etat ne contrôle plus rien sur les prix à l’exportation, sur ses importations, ses subventions aux produits, son budget, ses crédits, ses emprunts. Tout le système fonctionnant comme économie rentière est bloqué, là où toute activité pouvait devenir rente la manne ne circule plus. Déjà les émeutes de 2019 sur les tarifs des carburants avaient vu les attaques des banques et des institutions religieuses et la classe ouvrière y participer de façon diluée et dispersée dans le « peuple ». Puis le Corona est arrivé, l’inflation explose et la monnaie s’effondre, dans les manifestations qui en juillet 2020 suivent la confirmation de la condamnation à mort de trois personnes suite aux émeutes de 2019, les personnes les plus susceptibles d’être touchées n’avaient rien à perdre. En Août 2020, sur 80 millions d’habitants, 60 millions ont besoin d’aide pour survivre surtout dans les villes du Sud (on estime actuellement à 14 millions de personnes ceux qui vivent à la périphérie des villes, c’est incontournable quand on parle de la classe ouvrière et / ou du prolétariat en Iran où nous avons une étrange relation entre baisse du chômage et augmentation de la population inactive).
    Tout cela demeurerait de pures généralités si ce n’était pas investi et mis en forme par ce qui a mis le feu à toute la plaine et donné son sens à cette « convergence » qui n’est pas nécessairement une unité (si un soulèvement devient global, ce n’est pas en étant une somme). Le texte de H oscille souvent entre un soulèvement de « toute la société » tout en évoquant, avec moins d’insistance, les conflits potentiels ou inhérents à ce « soulèvement général ». La contradiction de genre serait la cristallisation de ce « général », mais H donne comme contenu de cette cristallisation une substantialisation des femmes : « la femme c’est la vie ». Cela nous expliquerait pourquoi la contradiction de genre peut unifier la révolte de toutes les classes, couches et fractions de classes. Outre la substantialisation des femmes cela n’articule pas la contradiction femmes / hommes dans les contradictions de classes (et vice-versa), ça devient une sorte de primat anthropologique, mais, surtout, par là-même, ça laisse dans l’ombre la raison spécifique de cette cristallisation en Iran aujourd’hui.
    Pour que la contradiction de genre soit la cristallisation de toutes les contradictions (à un moment), il faudrait que la situation des femmes en Iran ne soit pas l’opposition à une situation spécifique (« archaïque ») représentée par le voile. C’est-à-dire devienne autre chose, à partir d’elle, que la lutte contre la République islamique. Il faudrait que cette contradiction de genre s’articule pour être telle (contradiction) à l’exploitation. C’est cette liaison pratique qui fait la contradiction. C’est-à-dire que la lutte féminine ne porte pas sur une forme particulière d’oppression (le voile, une série d’interdictions et de confinements) mais sur ce qui fait que des personnes sont désignées et assignées comme « femmes ». Ce qui ne peut pas aller à l’intérieur même d’une insurrection contre l’exploitation sans un conflit entre les hommes et les femmes (tous les comptes, un jour ou l’autre se règleront). Présentement en Iran, leur « libération » les femmes s’en chargent et c’est très bien, mais cela demeure à l’intérieur de la contradiction et du rapport entre les hommes et les femmes, cela demeure à l’intérieur de la contradiction de genre. Le pouvoir islamique n’est qu’une forme particulière de l’oppression des femmes qui comme particularité s’oppose à la généralité actuelle de cette oppression qui est la forme occidentale vécue, à raison, comme celle de l’individu isolé, libre, responsable de lui-même, etc. (voir TC 26, pp. 144-146). On ne peut que soutenir le rejet de cette forme particulière, mais c’est la « forme occidentale » qui s’impose à toutes les contestations à partir des situations dites « archaïques » et même, en « Occident », comme la référence idéale à atteindre (voir metoo).
    Je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui en Iran de globalisation des contradictions autre que politiquement au travers de ce que j’appelais dans le petit livre le « parti idéologique » dont les classes moyennes sont la représentation, cela du fait même de la nature de l’adversaire qui piège toutes les contradictions et toutes les luttes. Une globalisation n’est pas une « convergence », elle n’est pas une somme, mais la présence dans chaque lutte des autres et de leur raison d’être spécifique dans une sorte de « causalité structurelle » (causalité dans une structure ou pour reprendre l’expression de Marx dans une « totalité organique », c’est une question essentielle que j’ai beaucoup de mal à cerner). En outre sur cette question de ce qu’est une « conjoncture » j’ai du mal à la distinguer de la notion d’ « unité de rupture ». Tous les éléments d’une société se tiennent, mais tous ne sont pas également habités par la dynamique du mode de production et corollairement par la contradiction portant son dépassement à moins de tout subsumer sous une « théorie générale » de l’aliénation. Le problème réside dans le fait que si la logique sous-jacente, essentielle, des rapports de production finit toujours par faire valoir sa cause déterminante, ce n’est jamais dans ses propres termes (et c’est normal de par les métamorphoses nécessaires des rapports de production)

    Le féminisme est la pierre de touche de ce que j’appelais dans le petit livre sur l’Iran la « parti idéologique » centré sur les classes moyennes mais qui en raison de la nature même de l’Etat en Iran est susceptible de structurer toutes les oppositions y compris ouvrières (il ne faut pas oublier toutes les fractures internes de cette classe ouvrière d’ores et déjà divisée quant à sa « participation » à ce « parti »).
    « Le parti idéologique de la liberté qu’il serait insuffisant de ramener aux intérêts immédiats des classes moyennes a des bases solides dans les transformations survenues dans la société iranienne. Cela signifie que momentanément il peut se présenter comme l’expression générale des intérêts de la société renvoyant tous les autres intérêts de classe à un statut d’intérêt strictement particulier sans autre perspective que cette particularité (nous soulignons maintenant). » (p.140). H dit bien que c’est « toute la société qui est dans le soulèvement », mais qui tient la possible expression de la totalité et en quels termes ?
    « La condition du succès de ce parti idéologique réside, aux deux extrêmes, d’une part, dans sa capacité à représenter une alternative crédible pour une partie de la bourgeoisie, ce qui est fort possible, tant les divisions de la classe bourgeoise sont fortes, la possibilité même d’entrainer une partie de la bourgeoisie qui ne tient sa fonction bourgeoise non individuellement mais de son appartenance à une bureaucratie d’Etat ou semi-étatique et dont les éléments se rêvent en “vrais bourgeois” est également un processus envisageable ; d’autre part, dans sa capacité à mobiliser la classe ouvrière en la coupant des “déshérités” et de tous ceux qui survivent à la marge. Il est très probable que dans une période où les grèves ouvrières se multiplient contre des patrons (privés ou non) qui ne remplissent plus leur fonction, une “économie ouverte”, “libérée des favoritismes” et qui ne “dilapident pas l’argent de la rente pétrolière” puisse exprimer avec succès les limites de ces luttes ouvrières sur le salaire et l’emploi. » (pp.146-147). Il faut faire attention de ne pas réduire la lutte des femmes à une simple nécessité du « parti idéologique », c’est aussi une lutte qui a sa signification, ses intérêts, motivations propres.
    Il faut partir de la contradiction globale, celle qui colore et donne sens à toutes les autres et à tous les affrontements, dans cette contradiction globale (globalisante) les luttes ouvrières sont prises dans un piège. On peut trouver très positif que la lutte de cette classe ouvrière formelle du pétrole qui tient les leviers du pouvoir soit sortie de son corporatisme strictement revendicatif (grèves de juin 2021, cependant quand les grèves s’étendent en juillet la relance provient de la sous-traitance dans le secteur), mais son passage au politique est celui de la lutte contre une certaine forme d’Etat qui trouve sa solution dans une « réforme de l’Etat ». En outre, cette réforme ne peut que signifier sa coupure (peut-être violente) avec l’immense masse du prolétariat informel qui peut, après être descendu dans la rue, redevenir des bataillons de la « contre-révolution ». Quand cette infime fraction formelle de la classe ouvrière entre dans le mouvement (sous la forme de la grève, impossible pour l’immense majorité du prolétariat en Iran) avec ses revendications matérielles propres, exprimées maintenant en termes immédiatement politiques, il y a fort à craindre, dans les caractéristiques actuelles du soulèvement, que celles-ci soient englobées, retravaillées, traduites dans les termes de l’enjeu politique dans lequel les contradictions sociales se sont construites en Iran et dont le « parti idéologique » détient la clé.

    Il existe une grande partie de la population iranienne dont on ne parle jamais, sans le soutien (même passif) de laquelle le renversement du shah n’aurait pas été possible et sans lequel le renversement de la République islamique ne l’est pas : la petite paysannerie (les exploitations de moins de 10 ha sont omniprésentes en Iran). La simple pression de cette masse paysanne, en dehors même de son éventuelle activité directe dans le soulèvement joue sur son devenir d’un double point de vue : exode rural et surpopulation ; solidarités et constitution d’une identité de pauvre non purement capitaliste. Son soutien à la République islamique est chancelant mais la fin de celle-ci serait pour elle son arrêt de mort.
    « Pour les paysans, comme pour de nombreux “déshérités” urbains, modernisation et démocratie riment avec disparités grandissantes entre les classes, avec la fin de tout ce que pouvait représenter de protection la préservation même largement artificielle des valeurs traditionnelles. Là s’enracine un rejet culturel du réformisme “hypocrite” et “occidentalisé”. La dynamique démocratique, dans des catégories sociales encore fortement imprégnées de l’holisme rural, est une insupportable dépossession sociale et culturelle, d’autant plus qu’elle s’accompagne du rôle croissant des femmes dans la société rurale. » (p.135). Toute perspective de lutte en Iran, même strictement urbaine et ouvrière est tributaire du poids de cet environnement, la question paysanne est posée à l’intérieur même des luttes ouvrières.
    Tout le discours démocratique et culturel sonne creux aux oreilles de cette population.

    Enfin, on ne peut pas apprécier les luttes de classes actuellement en Iran en dehors du contexte géopolitique. Partout la lutte des classes est surdéterminée par la crise de la mondialisation américaine (voir le texte Ukraine 2022). Cette surdétermination est une caractéristique interne, constitutive, des luttes.
    Dans la subsomption réelle du travail sous le capital, toutes les guerres opposent non seulement deux ennemis poursuivant des buts antagoniques, mais surtout deux ennemis constitués et construits par la polarisation d’une même contradiction, chacun en représentant un pôle et chacun ayant en lui-même l’existence et la nécessité de l’autre.
    Actuellement, depuis la crise de 2008, celle du mode de production tel que restructuré dans les années 1970-1980, la contradiction à résoudre mondialement est celle de la déconnexion entre la valorisation du capital et la reproduction de la force de travail qui était le principe même de la mondialisation de l’accumulation. Il s’agit de réarticuler mondialement l’accumulation du capital et la reproduction de la force de travail globale.
    Si nous considérons la déconnexion comme l’essence et la dynamique de la mondialisation de ces trente dernières années c’est alors un monde qui est entré en crise et doit se renouveler. Ce monde était celui de la mondialisation américaine.
    Crise de la mondialisation américaine : cette crise se fixe au niveau mondial sur deux kystes principaux : la Russie et la Chine et, sur un troisième, au niveau régional : l’Iran. Il faut remarquer que dans ces trois cas, l’Etat domine l’économie et n’a pas accédé à l’existence d’Etat séparé. Dans l’affrontement Etats-Unis (Occident) / Russie mais aussi Iran, Turquie, etc. ; Chine, encore à un autre niveau, se jouent les solutions possibles à la reconfiguration mondiale de l’exploitation. Aucun Etat (aucun protagoniste) ne représente un seul terme mais en chacun un terme joue le rôle de dominante de la relation.
    C’est la contradiction de la mondialisation comme totalité qui produit la particularisation nationale de ses termes. Les termes de l’affrontement ne sont pas sui generis, c’est par la nature de la totalité que les termes sont particularisés
    Pour l’Iran, il s’agit d’être un terme face à l’Occident de la cristallisation des pôles de la contradiction dans laquelle s’est enlisée la mondialisation et par là, au travers de toutes les alliances possibles, se ressourcer en jouant dans le grand jeu de la reconfiguration mondiale de l’accumulation capitaliste.
    La crise de la mondialisation se mue partout (centre et périphérie) en crise politique mais, si la « restructuration » ne peut passer que par la lutte des classes, les classes dominantes dans des pays comme l’Iran ont la capacité de préempter sous la forme nation (souveraineté, populisme, citoyenneté), la « politique » du prolétariat et des classes moyennes qui leur est opposée, malgré – et au travers – tous les conflits.

    Si l’on peut trouver une « perspective » dans la convergence actuelle, c’est bien dans cette convergence qu’on la trouve, mais non en elle-même, en tant que telle, mais en ce qu’en tant que convergence, elle peut faire advenir, à l’intérieur d’elle-même, tous les conflits (et Dieu reconnaîtra les siens).

  6. Habib
    10/11/2022 à 00:25 | #6

    Ce commentaire ne répond pas au précédent mais à une demande d’infos:

    Le mouvement ne s’affaiblit pas. On assiste aux manifestations locales et très mobiles en attendant des appels de manifestations plus generales lancés par “les jeunes du quartier de … “.
    Le mouvement étudiant a pris le relais et dans quasiment toutes les grandes villes et même des villes plus petites les universités et les facs sont en grève et en manifestation journalière. En général les manifs commencent à l’extérieur des bâtiments officiels et puis se répandent par petit comité dans divers quartiers des villes. Le régime a essayé de créer des endroits pour la discussion avec les protestataires mais à chaque fois leur représentant a été humilié et insulté. En même temps ils n’ont pas cessé d’arrêter les étudiants; les listes des étudiants arrêtés ou disparus s’allongent tous les jours. On parle de milliers de personnes emprisonnées.
    En plus, comme vous le savez on est en pleine cérémonies des quarante jours des gens qui ont été tués au début du soulèvement. Chez les chiites après la mort de quelqu’un au troisième jour, au 7e jour et au 40e jour il y a des cérémonies. Donc les manifestants importantes de l’ordre de plusieurs milliers de personnes se sont déplacéses vers les cimetières, à l’extérieur des villes.
    La semaine dernière dans plusieurs villes il y a eu de grandes marches et manifestations des gens qui allaient, malgré le blocage des routes, vers les cimetières où ces jeunes sont enterrés.
    Des villes comme Karadj à 40 km de Téhéran ou Foulad Shahr (Ville d’acier) aux alentours d’Ispahan qui était construite pour loger les ouvriers de l’usine de Sidérurgie d’Ispahan et qui reste une ville industrielle، ont vu de grands rassemblements qui se sont terminés dans une bagarre avec les forces de l’ordre.
    Le Kurdistan et le Baloutchistan constituent des régions où l’affrontement est journalier. Avant hier, à khark (Baloutchistan) ils ont encore une fois tirer sur la foule et il y a plus de 16 tués dont plusieurs enfants.

    On a vu que les forces de la repression ont tellement de difficulté en Iran qu’ils ont fait entrer des groupes entier de jeunes Afghans qui étaient membres d’une milice appartenant à l’armée des Pasdarans qui s’appelle Fatémioun (d’après les disciples de Fatima, fille du Prophète); ils sont plus de 15000 personnes et ont déjà combattu en Syrie pour le compte de la République islamique; en fait se sont des mercenaires qui pour quelques centaines de dollars par moi mettent leur vie en danger en tuant les opposants.
    Ils ont été vus, preuve à l’appui, au moment de leur arrivée à l’aéroport de façon très officielle, avec passeport et visa.
    Aussi, dans la répression au sud de l’Iran (Khouzestan) on avait déjà vu en 2020 des Arabes irakiens faisant partie de Hashd-ol-shâabi participer à la répression des manifestations. Ces jours-ci on les revoit encore participer aux côtés des bassidji et des forces de l’ordre dans la répression au sud du pays.
    Hier, deux-cents vingt parlementaires iraniens ont signé une lettre demandant aux forces de l’ordre de “châtier” par le “ghéssâs” (vengeance islamique) tous les manifestants arrêtés dans le soulèvement en cours. Ils les qualifient d'”ennemis de Dieu” passibles de la peine de mort. Ils y ont écrit que défendre le guide suprême est “plus important que défendre la vie de l’Imâm caché”.
    Hier dans une manifestation contre le régime à l’étranger (Bruxelles) un slogan a été entendu qui montre une série d’évolution:
    Au début des manifestations ponctuelles en Iran nous entendions très souvent ce slogan :
    “N’ayez pas peur! N’ayez pas peur ! Nous sommes tous ensemble !”
    Après quelques semaines ce slogan a changé d’interlocuteur :
    “Ayez peur ! Ayez peur! Nous sommes tous ensemble !”
    Pour devenir :
    “Ayez peur ! Ayez peur! Les femmes sont toutes ensemble !”

    La semaine dernière un tract a été collé dans les rues de Téhéran d’un groupe s’appelant “Ceux qui sèment [cultivent, répandent] du soleil”. Ce groupe qui a été récemment constitué résume assez bien les revendications générales de la frange “progressiste” des protestataires.

    Voici une traduction rapide de ce texte :

    “Pourquoi nous ne voulons pas le renversement du régime, tout en étant des révolutionnaires ?

    Nous ne sommes pas des subversifs car renverser la République islamique ne nous suffit pas. Nous voulons que si la République islamique est renversée les femmes et les hommes soient égaux. Que les gens puissent vraiment décider par eux-mêmes des questions qui les concernent. La propriété privée doit être abolie et les travailleurs doivent bénéficier de leur propre travail. La crise de l’eau doit être résolue et l’eau des villes et régions défavorisées ne doit pas être donnée aux villes riches. La répartition des richesses doit être équitable dans toutes les régions du pays. Les personnes non-persanes doivent pouvoir apprendre et enseigner dans leur propre langue. Personne ne devrait être exclue de la société en raison de son orientation ou de son identité sexuelle. Les universités devraient être dirigées par des étudiants, des professeurs et des employés. Le service militaire ne doit pas être obligatoire et être soldat ne soit pas une profession. Que les forêts ne soient pas pillées. Que les quais d’embarquations illégaux [dans les mains de l’armée des Pasdarans] soient fermés. Personne ne devrait être forcé de transporter sur son dos du carburant ou des marchandises [dans les régions frontalières beaucoup de jeunes et d’adultes sont devenus, par la misère, des transporteurs de carburant vers l’étranger ou des marchandises manufacturières vers l’Iran] et être abattu à cause de cela. Les enfants ne devraient pas être forcés de travailler, les enfants devraient être des enfants et profiter de leur enfance. L’éducation, la santé et un logement convenable et gratuit doivent être accessibles à tous. Les retraités doivent pouvoir vivre confortablement. Les enseignants et les élèves dirigeraient les écoles. Nous ne voulons pas être pauvres. Que les mains des 1% de riches soient écourtées de la vie des 90% de pauvres. Et nous avons bien d’autres rêves que nous ne pouvons réaliser tant que nous n’avons pas renversé la République islamique. Le renversement de la République islamique est une condition nécessaire pour réaliser les souhaits de la majorité du peuple, mais ce n’est pas une condition suffisante. Pour cette raison, nous ne sommes pas des subversifs, nous sommes des révolutionnaires, car la révolution signifie le renversement de l’ordre dominant oppressif et le changement radical au profit de la majorité des travailleurs.

    Ceux qui sèment [cultivent, répandent] du soleil

    Bonne journée
    Habib

  7. salle des machines
    12/11/2022 à 11:02 | #7

    Nouvelles du 12/11/2022
    transmis par le cde du texte « Mahsa: larme sacrée, colère sacrée, violence sacrée. »

    « nous ne descendrons pas dans la rue les mains vides »
    Voici la traduction rapide d’un appel lancé par “les jeunes des quartiers de Rasht [Capitale régionale de Guilan, ville importante au nord du pays, 700.000 habitants]. Cet appel montre une tactique très innovante entre de petits rassemblements ponctuels qui, en fait constituent le liant avec les manifestations plus importantes dans les grandes villes. Aussi, il est à noter que l’appel mentionne “la défense légitime du peuple”. Ce qui constitue en fait l’acceptation de la violence légitime.
    Habib

    “Appel public pour le vendredi 11 et le samedi 12 novembre 2022

    Appel n°10 des jeunes des quartiers de Rasht

    Que la paix soit avec tous les Iraniens épris de liberté, en particulier les gens qui n’ont pas peur de briser les interdits à Rasht.
    Depuis plus de 50 jours, nous crions à l’unisson “Mort à la République islamique” dans tout le pays, et nous nous rassemblons dans les rues en exposant nos poitrines et notre sang aux balles brûlantes des mercenaires de ce gouvernement fasciste. Cela fait plus de 50 jours que les mercenaires au solde d’Ali Khamenei nous prouvent chaque jour et de plus en plus qu’il n’y a pas d’autre voie pour la liberté que son renversement et celui de son gouvernement mensonger.
    Compatriotes épris de liberté, le chemin que nous avons commencé est le seul moyen de salut pour nous et les générations futures. À l’heure actuelle, l’appareil de propagande du gouvernement corrompu de la République islamique essaie de nous décourager et nous détourner de notre chemin en diffusant de fausses nouvelles, mais le fait est qu’à mesure que nous avançons, de jour en jour, notre pouvoir augmente et se sont eux, les mercenaires de la républiques islamiques qui perdent de plus en plus de leur capacité à résister à notre unité et à notre solidarité.
    Aujourd’hui, l’appareil de répression du gouvernement anti-iranien de la République islamique se trouve affaibli face au peuple épris de liberté. Ils sont obligés d’utiliser les méthodes les plus brutales et les plus violentes pour réprimer les luttes révolutionnaires, mais pourtant, tout l’Iran, sans distinction d’ethnie, de race ou de langue, crie pour sa liberté. Ce Zahak [personnage mythologique du “livre des Rois” qui était un souverain avec deux serpents sur les épaules qui se nourrissait en mangeant la cervelle des jeunes gens et qui a été in fine défait par un forgeron appelé Kaveh] de notre temps pensait qu’en faisant traverser les frontières sacrées de notre pays, par ses milices et mercenaires étrangers, il pourrait faire taire notre cri de liberté, mais non seulement ces étrangers dodus et bien-nourris n’avaient pas la capacité d’affronter la fière jeunesse iranienne, mais cette décision a surtout révélé le manque d’effectifs de l’appareil répressif de la République islamique mais aussi sa faiblesse opérationnelle.

    Courageux compatriotes, maintenant que nous nous trouvons tout proche de la liberté, nous sommes condamnés à poursuivre le combat et à extraire cette tumeur cancéreuse qu’est la République Islamique qui s’est enracinée dans nos territoires, notre sol et nos fleuves. Par conséquent, sur la lancée de ces luttes pour la liberté, nous vous informons que nous prévoyons d’organiser de grands rassemblements révolutionnaires dans les rues de Rasht le vendredi 11 et le samedi 12 novembre, et de combattre ce régime cruel avec le mot d’ordre de ” A Mort la République Islamique” et de nous soulèver ainsi contre ce régime tyran et corrompu. Nous demandons aux autres combattants de la liberté, habitants d’autres villes et villages de notre province Guilan, où les conditions nécessaires pour organiser ce type de rassemblements ne sont pas réunies, de choisir les rues de Rasht comme bastion de notre lutte commune. Nous demandons également aux habitants des autres grandes villes de la province et de tout le pays d’organiser leurs rassemblements révolutionnaires en coordination avec les habitants de Rasht.
    Il convient de noter que ce genre d’appels au rassemblement pour des jours spécifiques ne signifie pas qu’on va arrêter de manifester les autres jours de la semaine dans nos rues; le but de ce genre d’appel généraux est de privilégier des rassemblements plus importants lors des dates marquantes du mouvement.
    Comme tous les rassemblements récents, nous ne descendrons pas dans la rue les mains vides et nous considérons qu’il est de notre droit de nous défendre de façon légitime contre les mercenaires de Khamenei.
    Avec notre lutte, le soleil de la liberté brillera à nouveau sur la patrie.

    Jeunes des quartiers de Rasht,
    19 Abân 1401 [10 novembre 2022]

  8. salle des machines
    16/11/2022 à 11:43 | #8

    Nouvelles du 16/11/2022
    « Je suis à Téhéran, la capitale de l’Iran. Les sidérurgistes iraniens ont également rejoint les grèves nationales contre le régime des mollahs. »

    https://twitter.com/BehdinEran

    https://twitter.com/i/status/1592516612003082240

    15 nov.

    « Des grèves nationales ont commencé dans l’une des plus grandes entreprises sidérurgiques d’Iran (Zob »

    https://twitter.com/PartyofDonkeys

    « Les ouvriers du pétrole en Iran sortent. Énormément de courage. Incroyablement significatif »

    https://twitter.com/omid9

    https://twitter.com/i/status/1592540008635928577

  9. Habib
    18/11/2022 à 16:13 | #9

    Nouvelles du 18/11/2022

    Il serait significatif de commencer ce fil d’info avec une nouvelle qui en surprendrait plus d’un et qui n’aurait pas été concevable il y a seulement quelques mois.

    Hier le 17 novembre 2022 dans la ville de Khomeyni-shahr la foule a mis le feu à la maison natale du fondateur de la République islamique l’Imam Khomeyni. Cette maison est bien entendu située dans la ville de Khomeyn, du côté d’Ispahan dans le centre du pays. C’est une ville très religieuse avec plus de 500 000 habitants dont un bon nombre des forces de l’ordre en sont originaires et qui n’avaient pas jusqu’ici participé au soulèvement.

    Il fallait bien mettre un point d’honneur aux deux mois de soulèvement et de protestation héroïque en Iran. Au troisième jour de grève et de manifestation appelée à l’occasion de l’anniversaire du “massacre d’Aban” survenu en novembre 2019 au cours des manifestations au sujet de l’augmentation du prix de l’essence et qui a entraîné d’après les données officielles plus de 1500 morts, des milliers de personnes sont sorties pour lancer des slogans hostiles au régime et ont finit par incendier la maison de l’Imam. Tout de suite après cet événement une rumeur a couru, que la prochaine cible serait le mausolée de l’imam qui se trouve à proximité de Téhéran et qui est aujourd’hui considéré comme un lieu de pèlerinage des chiites.

    Revenons à ce qui nous intéresse le plus 

    Il semblerait qu’un mouvement de grève chez les ouvriers des plateformes pétrolières est en train de s’installer; hier (16 novembre) on a entendu qu’à côté des sidérurgistes d’Ispahan, une partie des ouvriers des plateformes d’Assalouyé (Pars du Sud, gisement offshore très important de gaz naturel -apparemment premier mondial- appelé aussi North Field ou South Pars situé à cheval entre les eaux territoriales de l’Iran et du Qatar dans le golfe Persique) qui construisent et développent les installations exploitées au sud de l’Iran par plusieurs pays dont l’Iran, le Quatar et l’Irak) sont également entrés en grève.

    À ce jour, on avait reçu des vidéos et des prises de vue individuelles montrant des ouvriers menaçant le régime de leur grève s’il n’arrêtait pas la répression générale des protestataires et s’il ne libérait pas les prisonniers politiques. Ces ouvriers étaient allés jusqu’à menacer de détruire “tout ce qu’on a déjà construit”, ce qui avait entraîné un renforcement des dispositifs sécuritaires sur le site. 

    Aujourd’hui une partie de ces ouvriers, probablement les contractuels ou ceux qu’on appelle “sur projet” ont déclenché une grève. On ne connaît pas encore précisément les motivations de cette action; même si le but de l’opération semble évidemment d’accompagner le soulèvement en cours, mais très probablement, ils ne vont pas mettre au premier plan ces motivations politiques pour ne pas aggraver la pression qu’ils subissent quotidiennement. Jusqu’à maintenant au niveau global les revendications étaient très corporatives. 

    Il serait intéressant de voir les premières publications de ses ouvriers sur leur compte Telegram pour mieux comprendre leurs revendications avant ce mois de septembre et le soulèvement en cours.

    Habib

    Source: publications du compte Télégramme du Conseil de l’Organisation des Protestations des Ouvriers Contractuels du Pétrole (COPOCP) qui a été inauguré début juillet 2021 à l’occasion des grèves pour l’obtention du plan 20/10 (20 jours de travail 10 jours de repos). 

    Voici une traduction (automatique, ameliorée) de leur première déclaration de grève:

    “Déclaration des travailleurs contractuels du pétrole au sein des raffineries, des industries pétrochimiques et les centrales électriques.

    Par la présente, nous déclarons que nous allons déclencher une grève nationale pour poursuivre nos revendications.

    Nous, travailleurs contractuels du pétrole œuvrant dans les raffineries, la pétrochimie et les centrales électriques, protestons contre le bas niveau des salaires, la réduction quotidienne de notre pouvoir d’achat et le non-respect des promesses faites auparavant. Comme déjà annoncé, nous reprenons nos grèves et rassemblements, cette fois-ci de façon généralisée et nationale devant chaque centre de production. Nous poursuivrons ainsi nos revendications maintes fois répétées. À cet égard, le 29 Khordad (19 juin 2021) nos collègues “de projet” [des ouvriers engagés sur la base de la réalisation d’un projet, qui est en général un segment d’un plan beaucoup plus vaste découpé en projets distincts; très souvent ces projets sont confiés à des boîtes privées appartenant soit aux Pasdarans soit aux responsables politiques ou leur proches] de la société Farab de la centrale électrique de Bidkhoun se sont mis en grève pour réclamer une augmentation des salaires et exiger 20 jours de travail et 10 jours de congé, ce qu’on appelle le plan vingt-dix, et ils quittèrent en masse les centres de production pour rentrer chez eux. Ces ouvriers ont annoncé qu’ils ne reprendraient pas le travail tant que leurs revendications n’auraient pas été satisfaites.

    Vous devez considérer cette grève comme un avertissement ; elle se poursuivra pendant une semaine, et le 9 juillet, nous allons rejoindre les rangs de nos collègues officiels qui ont annoncé une journée de protestation à cette date. 

    Tout au long de cette semaine de mobilisation, nous essayerons de prendre une décision collective en nous rassemblant sur nos lieux de travail et en faisant entendre notre voix par nos collègues à travers le pays.

    Voici nos revendications:

    – Le salaire de tout ouvrier travaillant dans le pétrole ne doit pas être inférieur à 12 millions de Tomans, et le niveau général des salaires doit être augmenté de façon immédiate; le niveau des salaires doit être indexé sur les prix des marchandises et être réévalué au fur et à mesure que les prix augmentent.

    – En outre, les niveaux de salaire des autres catégories de travailleurs devraient être basés sur l’accord avec leurs représentants élus.

    – Le retard dans les paiements de salaires doit être considéré comme un crime et un vol flagrant. À la fin de chaque mois, les salaires doivent être versés à temps.

    – Nous nous opposons au travail temporaire et contractuel et exigeons que les patrons et les sociétés de sous-traitance ne soient plus admis dans l’industrie du pétrole de sorte que nous puissions bénéficier de la sécurité de l’emploi et que tous les contrats de travail deviennent permanents. Nous exigeons l’interdiction des licenciements.

    – Les lois esclavagistes des zones économiques spéciales, qui créent une séparation entre nous et les autres travailleurs de la société, et selon lesquelles les employeurs sont libres d’attaquer nos vies et nos moyens de subsistance, doivent être annulées immédiatement.

    – Nous voulons que notre environnement de travail soit sécurisé. Actuellement, il ressemble à une bombe à retardement. On doit faire face aux terribles incendies, chutes de hauteur, nuisances sonores dues à l’explosion de produits pétroliers, inhalation de substances toxiques et chimiques; en plus des conditions de santé et de cliniques non standard, font des ravages sur nous tous les jours et ont causé de nombreuses blessures physiques et mentales aux travailleurs. Travailler dans la chaleur atroce de l’été et le manque d’équipement de conditionnement d’air et de climatiseurs standard a multiplié par cent la pression du travail. L’industrie pétrolière est un grand secteur rentable de la société. Nos centres de travail doivent être sécurisés et dotés des normes environnementales les plus élevées. Dans l’industrie pétrolière, des fonds suffisants devraient être alloués pour sécuriser les environnements de travail et équiper les centres de travail des installations de climatisation et de chauffage, ainsi que d’autres dispositifs nécessaires dans la mesure requise, en élevant la norme sanitaire dans les dortoirs et les lieux publics tels que les toilettes et les salles de bains, etc.

    – Nous, les travailleurs du pétrole, en avons assez des pressions sécuritaires dans nos environnements de travail et il faut mettre fin à cette situation. C’est notre droit le plus absolu de nous organiser, de nous rassembler et de protester.

    – En conclusion, nous déclarons notre ferme soutien à nos collègues officiels de Naft (pétrole) qui ont annoncé que si leurs demandes ne sont pas satisfaites , ils manifestent le 9 juillet et un appel dans ce sens est déjà lancé. 

    Les revendications listées sont les revendications de tous les travailleurs du pétrole, y compris nos collègues officiels. En outre, ces collègues s’opposent à la manière d’augmenter les salaires en 1400, qui est en fait une atteinte à leur vie et à leurs moyens de subsistance, l’imposition de lourdes taxes sur leurs salaires et la non-application de l’article 10, et par conséquent, la suppression de certains de leurs avantages salariaux. L’objectif de la protestation des collègues officiels comme nous, les travailleurs contractuels, est la question des salaires et de son inadéquation avec nos frais de subsistance; l’augmentation soudaine des prix au niveau des biens de consommation et le logement, la privation d’assurances de base, le manque de l’éducation gratuite pour tous, … ont rendu la vie difficile pour nous ainsi que pour tous les membres de la société. Nous voulons la réalisation de ces droits fondamentaux.

    Une vie humaine décente est le droit de chacun d’entre nous.

    Conseil pour l’organisation des manifestations des travailleurs contractuels du pétrole

    30 juin 2021″

  10. Habib
    20/11/2022 à 18:47 | #10

    Nouvelles du 20 novembre
    Bilan de 3 jours de luttes en Iran

    Pendant les 3 jours des manifestations à la mémoire du massacre de novembre 2019, qui correspondent au 60ème jour du soulèvement de Mahsa, on a été témoin du développement de grèves des commerçants et la généralisation des occupations et manifestations des étudiants et des lycéens ainsi que le commencement de la grève dans certaines industries notamment la Sidérurgie d’Ispahan qui est, semble-t-il la plus grande usine de Sidérurgie au Moyen Orient et chez les contractuels du gaz. Beaucoup de petites villes de 50 à 100 mille habitants sont entrées dans le mouvement. Les médias ont compté plus de 200 villes, grandes et petites et même des villages dont on ne connaissait pas le nom font partie du mouvement. Dans beaucoup de ces endroits, les manifestants ont mis le feu aux bacs poubelle, ont fait descendre les drapeaux de la RI et les ont brûlés en lançant des slogans.
    – pour la deuxième fois sous la RI les bazars des villes importantes ainsi que les quartiers commerçants ont entamé une grève et ont baissé leur rideau. Il faut savoir que les commerçants souffrent de plus en plus du monopole commercial exercé par les sociétés en rapport avec le “QG exécutif des ordres de l’Imam” ou “Siège de l’application de l’ordre de l’imam Khomeiny” qui tient toutes les ficelles des affaires dans le pays. Il est, comme tous les bonyad (fondation) religieux et les forces armées (Armée des Pasdarans), dispensé de l’impôt. Ils ont soit disant l’autorisation signée de Khomeiny qui est considéré comme révélation divine. A contrario les bazaris privés se sont vus imposés lourdement, ce qui les poussent dans la contestation.
    – Aussi, le bazar traditionnel a beaucoup évolué et se doit de démontrer une solidarité avec les gens, qui constituent le gros de leur clientèle. A Téhéran, Ispahan, Shiraz, Tabriz, Hamedan, … toutes les villes grandes et petites de Baloutchistan et du Kurdistan… malgré les communiqués menaçants des chambres de commerce, les rideaux des marchands étaient tirés et toute la journée une ambiance de ville morte y régnait… Jusqu’à dans la soirée où les rassemblements ponctuels commencent. Les gens sortent peu à peu et commencent à se retrouver dans les quartiers.

    Avant – Hier, 18 novembre on a entendu qu’à Téhéran les manifestations de deux quartiers se sont jointes. Si cette information est fiable on irait vers la formation des manifestations monstres dont l’Iran en 1979 en a été un précurseur.

    -Ça fait des semaines que suite aux protestations et manifestations au Kurdistan et au Baloutchistan le régime a commencé une répression féroce et constante de la population. Mais depuis quelques jours en réaction à la montée des vagues de protestations, le régime a intensifié sa réponse répressive à Saghez et à Mahabad ; hier, le 19 novembre, cette répression a atteint un niveau jamais vu ;
    En particulier à Mahabad où dans la soirée la population est sortie massivement dans les rues qui étaient désertées pendant la journée à cause de la grève des commerçants. Les slogans les plus radicaux contre le régime et en particulier dénonçant ceux qui collaborent étaient lancés.
    Les forces de l’ordre, beaucoup plus nombreuses et équipées que d’habitude (des témoins sur place témoignent de l’arrivée des colonnes de véhicules de transport de troupes avant les événements d’hier soir) ont attaqué la population qui, de son côté, a monté des barricades pour faire face. On assistait réellement à des scènes de guerre civile. Pendant des heures, le bruit ininterrompu des mitrailleuses et des explosions s’est fait entendre et il y avait des colonnes de feu et de fumée à chaque coin de rue. Des hélicoptères volant à basse altitude ainsi que des drones ont été utilisés contre les gens.
    A cette heure on ne connaît pas le nombre de victimes.
    Un slogan en particulier c’est retenti dans la nuit noire : “Kurdistan Kurdistan, l’œil et la lumière de l’Iran!”

    – L’effondrement de la devise

    L’échec des négociations avec les Américains et les Européens sur la question nucléaire (qui semble s’éloigner de plus en plus avec le mouvement populaire), la possibilité d’autres sanctions européennes, la victoire relative des républicains dans les élections midterm aux États-Unis, ont fait fortement baisser la devise iranienne. Raïssi, le président de la République actuel qui avait promis un dollar à 5000 Tomans quand le dollar était effectivement à 8000 (sous le gouvernement de Rohani) doit faire face aujourd’hui à 1 dollar qui s’approche de la ligne des 40.000 ce qui entraîne mécaniquement une perte effroyable du pouvoir d’achat et des économies de la population. Il faut ajouter à ces raisons de la baisse du devise iranien le fait que le marché des capitaux s’est effondré car de grandes quantités de capital sont en train de quitter le pays; ceci est causé par l’incertitude économique qui règne sur les marchés mais aussi la fuite des capitaux qui a été entamée depuis deux mois dont un des signes est la mise en vente aux prix sacrifiés des villas et des appartements de luxe de la haute société iranienne. On parle des ventes à moins 50 % du prix du marché; les responsables de la République islamique et leur famille sont massivement en train de transférer de l’argent à l’étranger pour acquérir des biens immobiliers et d’investir dans les marchés et aussi de déplacer leur famille et préparer leur départ à eux, notamment par le biais d’achat d’appartement en Turquie, en Espagne et en Grèce où l’achat d’un appartement à plus de 600000 € les fait bénéficier d’un visa de séjour qui pourrait plus tard faire évoluer leur statut vers l’obtention de la nationalité.
    La chute de la devise a eu aussi des conséquences importantes sur le marché de l’immobilier et de la construction automobile. Toutes les transactions en cours ont été stoppées à cause de ces instabilités.
    Les grèves dans l’industrie qui semblent beaucoup plus importantes que ce qu’on entend dans les médias ont eu également de conséquences très importantes sur le ralentissement de l’économie.

    -La répression féroce de la République islamique sur les ouvriers, leur arrestation préventive, l’arrestation de toutes les meneurs des mouvements politiques ou corporatifs et l’attitude sécuritaire adoptée rend très difficile le déclenchement des grèves; la République islamique a réussi à décapiter les têtes de toutes les protestations au niveau des usines…
    Les ouvriers sont obligés donc de trouver des voies détournées pour “se mettre en grève” de façon pratique et technique, sans le proclamer de manière ouverte.Par exemple on assiste à des vagues de sabotages sur les machines, sur les camions ou sur les bus pour arrêter effectivement le travail ou créer des blocages dans la chaîne de fourniture des pièces et accessoires de travail; ainsi l’ouvrier peut toujours cesser le travail à cause d’une impossibilité matérielle sans se trouver arrêté pour motif de grève. Ce type d’arrêt de travail est devenu très fréquent en Iran.

    – – – – – – – –

    Si j’essaie de vous donner un maximum d’informations “sous-cutanées”, c’est pour vous permettre de saisir l’ambiance générale du mouvement actuel au-delà des informations plus ou moins officielles qui tôt ou tard arriveraient à vos oreilles ; que ça soit de la part des médias officiels du régime ou d’autres qui se trouvent essentiellement à l’étranger et qui sont directement ou indirectement sous influence occidentale et en général pour la royauté devenue “républicaine” et démocrate ces jours ci.
    Pour ce qui est des réseaux sociaux, on doit les différencier car on y trouve de tout.

    Par exemple, sur les réseaux sociaux on a entendu une technique intéressante pour couper la vidéo surveillance dans les villes au moment des manifestations de rue. Un technicien de réseau électrique expliquait que si, avant les manifestations, à une heure très précise les gens arrêtaient ensemble leur consommation d’énergie à la maison, le régulateur automatique du système ferait baisser le niveau de production. Après quelques minutes, les gens devraient remettre les appareils en route. Ceci va créer une coupure d’électricité dans beaucoup d’endroits car il faut remettre en route le système manuellement ce qui pourrait prendre quelques heures durant lesquelles les manifestants ne seront pas filmés et reconnus par les forces de l’ordre.

    – Selon un camarade Baloutch résidant à Londres, qui est resté très proche de sa communauté, au deuxième jour de l’anniversaire du massacre d’Aban (novembre 2019), les femmes du Baloutchistan sont descendues dans la rue.
    Deux clips ont été diffusés depuis Kanarak et Zahedan, qui montrent que les femmes ont joué un rôle de premier plan dans les manifestations de rue. Un signe qui ne trompe pas : cette fois-ci la manifestation est organisée un mardi et non pas un vendredi (jours de mosquée et de prière collective), le lieu de leur manifestation aussi est la rue et non plus la mosquée. Ce mouvement de protestation des femmes pour la vie et la liberté, est très significatif car il repose sur une certaine indépendance par rapport à la religion et à la tradition. Elles sont sorties des espaces du vendredi et de la mosquée qui étaient censés les “protéger”. On sent une nouvelle force et une dynamique de contestation au Baloutchistan parmi les femmes, qui remettent en cause profondément le hijab obligatoire, mais pas seulement. Elles brisent le monopole masculin de l’espace public et elles transgressent l’espace exclusif qui leur était réservé.
    Ces protestations donnent un nouveau contenu social au mouvement au Baloutchistan et établissent une relation entre les protestations et l’ensemble du mouvement des femmes, de la vie et de la liberté à travers l’Iran. Jusqu’ici les manifestations à Zahedan et d’autres villes de la région, malgré les slogans hostiles à la RI étaient basés sur un sentiment de vengeance “tribale”; car il s’agissait de punir le gradé violeur de la fille de quinze ans et comme les responsables de l’État ne faisait rien pour l’amender, c’était le peuple qui s’en chargeait. Mais cette manifestation change la donne et pourrait être le point de départ d’une nouvelle vie dans cette province.
    Il ne faut pas non plus se faire trop d’illusion. Le processus de leur libération se heurte à beaucoup d’obstacles et d’hostilité. Il faudrait que le cri de liberté du mouvement des femmes qu’on entend de tout côté en Iran vienne à la rescousse des femmes et des filles Balloutch pour leur permettre de se libérer de la domination archaïque de la tradition et de la religion.
    La voix féminine de cette révolution ne cesse de gronder dans tous les rassemblements et de toutes les manifestations.

    – Dans une interview radiodiffusée par une station à l’étranger, une jeune fille de 18 ans qui parlait de l’intérieur du pays, expliquait la stratégie du mouvement en disant que “le régime et ses blogueurs essaient de normaliser la situation, il faut les ignorer et poursuivre nos buts principaux ; pour les rassemblements dispersés dans la ville, il faut que chacun soit dans son quartier, là où il connaît la disposition des lieux, les gens… Il pourrait mieux se défendre en cas d’attaque ; nous sommes dans le premier stade de la révolution. Il ne faut pas désespérer. Dans la deuxième phase les manifestations deviendront massives et par millions pour finir dans une troisième phase qui serait la prise du pouvoir.
    Nous sommes encore dans la première phase, juste en train de passer à la deuxième.
    Aussi, je dois dire que cette révolution est, comme la révolution française basée sur l’idée et pas sur une idéologie comme la révolution de 79 chez nous ou la révolution d’octobre. Une telle révolution qui cherche à réaliser une idée n’a pas besoin d’un chef ou d’une force de direction précise. Tous les gens qui à un moment se trouve meneur du mouvement, dès qu’ils se retournent de l’idée poursuivie, serait immédiatement rejeté.”
    L’animateur n’a pas pû s’empêcher de lui demander avec stupeur “excusez-moi vous avez réellement 18 ans” ?!

    – dans une réunion d’où une vidéo a fuité, un des chefs Bassidji, Pouyane Hosseinpour, adjoint de direction de l’organisation de l’espace virtuel”, connu pour ses exploits contre le mouvement, racontait avec étonnement à ses collègues sa journée. Il expliquait avec forces de détails ce qui l’avait impressionné; il disait que “maintenant les gens n’ont plus peur et ils résistent! À l’inverse des dernières fois où après quelques bagarres ils s’enfuyaient et qu’il nous suffisait 10 minutes pour disperser un rassemblement dans la rue, aujourd’hui on peut y passer des heures sans forcément réussir. C’est la nouvelle stratégie de l’ennemi. Aujourd’hui on était dans la rue Zahir-ol-islam à l’intersection de Saadi, à part le rassemblement dans la rue, on avait les habitants aussi sur le dos ; si dans la rue il y avait 30 bâtiments, de tous les 30 on nous balançait des trucs, si chaque bâtiment avait 4 étages, de chaque étage on était pris pour cible; on nous a balancé des pierres mais aussi tout ce qu’on peut imaginer, des pots de fleurs, des barriques, des chaises même des bancs .. un de nos collègues a reçu un fer à repasser !!! Vous avez vu les films qu’on a montrés. Ça n’a rien à voir, maintenant ils n’ont plus peur, ils résistent!

    – Dans la journée, au moins à Téhéran, de plus en plus les femmes et les filles se montrent fièrement sans le hijab accompagnées des sourires complices et encourageants des passants.

    – la vente des bombes de peinture aux jeunes de moins de 30 ans a été interdite !

    Habib

  11. Yannis
    24/11/2022 à 06:30 | #11

    Bonjour, si tu publies autre chose tu peux me l’envoyer s’il te plait? J’ai beaucoup apprécié ce texte. Solidarité totale

  12. salle des machines
    24/11/2022 à 10:27 | #12

    Bonjour Yannis

    ton commentaire a été transmis au camarade

  13. Habib
    25/11/2022 à 13:58 | #13

    Nouvelles du 25 novembre
    Le pouvoir iranien vient de procéder à une nouvelle nomination: le gouverneur de Téhéran a été limogé et se trouve remplacé par un ancien général de l’armée des Pasdarans de la révolution. Ceci est un signe fort de l’essor du mouvement de protestation qui oblige le régime à prendre des mesures encore plus radicales.
    Beaucoup d’observateurs ont comparé cette nomination à celle
    du Colonel Général Azhari le 5 novembre 1978, quelques mois avant
    l’insurrection de février 79 et le renversement du Shah. A l’époque, Azhari,
    face aux manifestations monstres qui prenaient place à Téhéran avait dit dans
    un discours que sur 4 millions et demi d’habitants de Téhéran on a eu des
    manifestations qui au maximum rassemblaient quelques 200000 personnes; et il a
    commencé son petit calcul de pourcentage pour minimiser la chose et dire que le
    mouvement ne pouvait pas aller plus loin; c’est très exactement ce que
    M.Hadad-Adel, père de la belle-fille de Khamenei et à ce titre membre très
    influent de la RI vient de déclarer. La biographie de ce monsieur peut, à elle
    seule, transcrire la hiérarchie du pouvoir en Iran et ce qu’un peu
    d’opportunisme peut réaliser dans une telle structure : ancien président du
    Parlement, ancien président et membre actuel de l’Assemblée consultative
    islamique, mais aussi directeur de l’académie de langue et de littérature
    persane, membre du haut conseil à la révolution culturelle et membre du Conseil
    de discernement, membre du conseil d’administration des dizaines d’organismes
    et de fondations différents… Notons au passage qu’un tel cheminement n’a rien
    d’exceptionnel sous la République islamique ; des gens qui faisaient partie des
    soldats de la révolution ou même carrément des voyous qui se sont mis au
    service du clergé sont aujourd’hui à la tête de toutes les organismes
    politiques mais aussi économiques et militaires du pouvoir) ;
    Donc Haddad -Adel a de son côté, a estimé que le nombre des
    manifestants ne dépassait jamais les 200000 et qu’il ne fallait pas s’inquiéter
    plus que ça !

    On se demande d’où ils sortent précisément ce chiffre ?! Ça doit être une sorte de seuil d’alerte enseignée dans les écoles militaires de jadis et … coranique d’aujourd’hui !

    Ces déclarations des responsables du régime, surtout la
    nomination d’un chef militaire à Téhéran sont signe d’un durcissement de leur
    politique de répression.
    Cet élément est lié au fait que, de plus en plus, les
    soutiens du régime parmi la population sont en train de le lâcher. C’est la
    fameuse « couche grise » de la société qui manque encore dans les
    manifestations, mais on commence à les apercevoir en train de rejoindre le rang
    des contestataires.
    A cet égard une déclaration semble digne d’intérêt :

    Il s’agit des paroles d’un ancien membre de l’armée des
    Pasdarans M. Peykari-Shouchtari Ahmad qui, au moment de la révolution de 79
    avait une quinzaine d’années et a participé avec ses 2 frères à la guerre
    irano-irakienne; il est aujourd’hui outré par l’attitude du régime et fait
    partie de cette vague de mécontentement qu’on entend monter parmi les soutiens
    du régime. Ça permet de comprendre la position des “honnêtes gens” de
    bonne foi qui ont participé au renversement du régime du Shah et qui
    aujourd’hui se trouvent devant un régime impopulaire qui les a trahis.

    -On entend de plus en plus des appels envers l’armée pour
    qu’elle se mobilise afin de contrecarrer la répression des Pasdarans et des Bassidjis.

    Parmi beaucoup de personnes qui comparent la situation
    actuelle à l’époque du Shah, l’armée est considérée comme une force patriote,
    politiquement neutre, qui est là pour défendre la nation et l’intégrité territoriale
    du pays. Sous cette répression féroce qui s’est abattue sur l’Iran en
    particulier au Kurdistan et à Baloutchistan, on entend parmi la population des
    appels lancés vers l’armée leur demandant d’intervenir pour les défendre.
    Voici ce que leur disait hier une mère kurde visiblement à
    bout :

    “Vous avez l’expérience de la
    guerre, vous avez eu une formation de soldat ; en face de ces gens il n’y a que
    des jeunes de 15 et 16 ans, sans arme, sans expérience, qui ne connaissent rien
    à la guerre. Ils n’ont que des pierres pour se défendre. C’est votre
    responsabilité de les défendre.

    Qu’est-ce que vous attendez, mes frères? Vous attendez qu’ils
    nous suppriment tous ?

    L’armée des Pasdarans nous frappe, les bassidjis nous frappent,
    l’armée de Hashd-ol- châabi nous frappe, les Fatimiouns nous frappent et notre
    armée est là sans rien faire, c’est ça notre douleur.”

    – Depuis plusieurs semaines, les politiciens du régime et les
    gradés de l’armée des Pasdarans ont intensifié propagande anti-kurde et
    anti-Baloutch en les traitant d’indépendantistes aux mains des étrangers ;
    Parallèlement aux “agitations” actuelles au Kurdistan et au
    Baloutchistan, elle a profité de la situation pour bombarder lundi 21 novembre,
    les positions des organisations kurdes qui se trouvent dans le territoire
    irakien, notamment le siège de la direction de Kumala (Force de gauche laïque
    originaire du Kurdistan, assez puissante) ainsi que l’hôpital et les quartiers
    résidentiels du parti démocrate du Kurdistan d’Iran. Durant ces attaques
    aériennes, 3 missiles ont été tirés ainsi que des “drones
    suicidaires”.

    – A ce jour on compte plus de 110 journalistes emprisonnés et
    la République islamique cherche à condamner 21 d’entre eux à la peine capitale.

    – Avant-hier après-midi (21 nov) l’équipe de football de
    l’Iran a fait son entrée dans la compétition du mondial du foot à Qatar et a
    subi une lourde défaite face à l’Angleterre.

    Le rapport de la République islamique avec ses sportifs de
    premier rang, qui ont l’occasion de se montrer sur la scène internationale, est
    assez complexe et contradictoire. Ces sportifs qui sont en général pourris et
    gâtés par le régime doivent se comporter à l’étranger comme l’expression de la
    gloire et de la force de la République islamique. Les responsables des
    fédérations différentes sont en général des gens (anciens sportifs ou non) tout
    à fait sur la ligne politique du régime et qui, malgré la marque de la pierre
    de prière qu’ils ont sur le front (pour dire qu’ils passent des heures entières
    à prier !!) n’ont rien à faire avec la religion. Ils doivent se montrer très
    pratiquants et absolument sur la ligne du guide pour pouvoir accéder à ces
    postes de responsabilité avec tous les avantages qui en découlent.

    On a vu, depuis le meurtre de Mahsa et les contestations qu’il
    a provoquées voit quelques championnes
    iraniennes à l’étranger enlever subrepticement leur hijab à un moment de la
    compétition et puis quand elles rentrent (si elles ne se débrouillent pas pour
    rester à l’étranger) elles disent qu’elles l’ont un moment oublié. A cet égard,
    le cas d’Elnaz Rekabien (Championne du monde en escalade), a fait pas mal de
    bruit fin septembre dans les médias ou récemment encore on a vu que l’équipe
    féminine de basketball toute entière a enlevé son hijab au moment de la photo
    officielle; le responsable de fédération de boxe féminin de son côté s’est
    réfugié à l’étranger et n’est plus entré en Iran. Il a dénoncé la façon dont
    les champions envoyés à l’étranger sont traités: Ils doivent laisser des
    cautions très importantes et s’engager à respecter les critères de la
    République islamique; ils sont pendant tout leur voyage suivis et surveillés
    par des “accompagnateurs” qui n’ont aucune qualification sportif ou
    médicale mais font partie de la police politique. Ils sont gardés à l’écart des
    autres équipes nationales et du monde extérieur. En plus, leur famille
    se trouve en situation d’otage au cas où leur enfant se montre trop expressif.

    Pour revenir au mondial de Qatar, cet événement a introduit à
    sa marge quelques incidents et effets qui semblent intéressant d’examiner.

    Les joueurs du foot de l’équipe de l’Iran avant le début du
    match, au moment de leur présentation sur le terrain, ont refusé de chanter l’hymne
    national du pays. Ils sont restés silencieux avec des visages tirés tout le
    long de la diffusion de l’hymne iranien. Les médias étrangers ont fait beaucoup
    de bruit sur cette marque de protestation tout en montrant des gens, parmi les
    spectateurs, qui brandissaient des pancartes hostiles à la RI et des drapeaux
    avec l’emblème de la royauté en signe de protestations. Ils ont même lancé des
    slogans à la 24e minute du match en hommage au 24 ans de Mahsa. Il est à noter
    que ces gens-là étaient essentiellement des supporters du fils du Shah, venus
    des États-Unis ou de l’Europe car ils sont les seuls à avoir les moyens de se
    déplacer à Qatar et de se payer les billets.

    Quand on connaît le parcours médiatique de l’équipe du foot
    de l’Iran ces dernières semaines on ne peut s’empêcher d’être étonné de
    l’hypocrisie dont les joueurs ont fait preuve ; quelques jours avant cette date,
    toute l’équipe était reçue par le Président de la République en personne et
    avait courbé l’échine en formulant des messages à l’égard du guide qui ferait
    trembler de rage n’importe quel opposant.

    Et quelques jours plus tard, ils sont capables de se montrer « en opposition » avec la politique de répression du régime en observant le silence pendant la diffusion de l’hymne national. Si c’est gars ne sont pas champions du monde du foot ils peuvent très certainement concourir pour le championnat de l’hypocrisie !

    A leur décharge, il faut préciser qu’ils ont toutes leurs familles en Iran en situation d’otage.
    Donc la synthèse pratique de ces deux tendances (la soumission au régime et la solidarité avec le peuple) s’est concrétisée dans le refus de chanter l’hymne national. Ils ont montré de cettefaçon un minimum de solidarité envers les gens qui subissent la répression mais le niveau de la haine à l’intérieur est tel que ce genre de tergiversation n’est plus toléré ; ce qui s’est passé dans le pays à la suite de la défaite de l’équipe était incroyable. C’est peut-être la première fois qu’on voit les gens fêter la défaite de leur équipe nationale ; des Iraniens qui sont en général très footeux et derrière leur équipe nationale, cette fois-ci se sont montrés tout à fait contents et satisfaits de leur défaite ; on a vu même des drapeaux de l’Angleterre tenus par des jeunes montés derrière leur copain sur les motos traversant les rues de Téhéran et d’autres villes. Pour les Iraniens, la défaite de leur équipe nationale est une victoire du camp des protestataires. Ils ont dansé dans la rue à l’occasion de la défaite de leur équipe tout en brandissant le drapeau de leur adversaire du jour.

    – De son côté le régime Qatari a collaboré activement avec les agents de la RI et la police politique du régime tenait à l’écart du stadium ceux qui visiblement étaient venus manifester leur colère face à un régime qui deux jours auparavant avait tué des enfants au Kurdistan. Même les journalistes des médias iraniens à l’étranger, qui sont bien entendu financés
    par l’Arabie Saoudite comme “Iran international” n’ont pas eu accès aux événements.

    – Il est à noter que la chaîne Al-Jazeera appartenant au Qatar, à l’inverse des autres chaînes d’information en langue anglaise ou persane n’ont toujours pas évoqué les événements récents de l’Iran.

    Toutes ces fêtes après la défaite, se sont terminées dans des rassemblements avec des slogans hostiles au régime et à Khamenei.

    La joie du peuple était une vengeance à l’égard de l’attitude “cul entre deux chaises” de l’équipe nationale qui est maintenant appelée par paronymie “team Mollas” (équipe des curés au lieu de “team Melli” (équipe nationale).

    Depuis la semaine dernière où une répression féroce s’est abattue sur le Kurdistan (à Mahabad, Saghez, boukan, Marivan, Sanandaj…) ou d’autres villes kurdes située à Kermanshah comme Djavanroud (40.000 h), dans toutes les manifestations ponctuelles des autres villes et quartiers la référence au combat de cette région est constante. La structure des slogans dans chaque ville reprend son propre nom qui s’ajoute au mot “Kurdistan”. Par exemple, à Karadj qui se trouve à une quarantaine de kilomètres de Téhéran, ils entonnent “De Karaj au Kurdistan, on donne notre vie pour l’Iran“; ou “de Dashti au Kurdistan…“. Dashti est une petite ville rurale de 5000 habitants du Province de Hormozgan au sud du pays; (cette région borde sur presque mille kilomètres le Golfe Persique dont fait partie le
    détroit de Hormuz.)

    – Des slogans en solidarité avec le Kurdistan fleurissent dans toutes les protestations : “Mahabad, Kurdistan, modèle partout pour l’Iran”.

    – Dans toutes les manifestations et protestations c’est la voix des femmes qui domine, même en pleine nuit ce qui était plus rare il y a quelques semaines.

    – La rumeur dit que durant ces 72 dernières heures “l’unité spéciale de la protection du guide” (Yegane sar-ollah), qui fait partie de l’armée des gardiens de la révolution et qui compte quelques 12000 personnes dans ces rangs a dû déplacer Khamenei 4 fois et l’installer dans différentes résidences à Téhéran ou ses alentours par peur d’être attaquée par la foule.

    – Dans des petites villes de Baloutchistan et du Kurdistan, très souvent après les manifs, les cortèges attaquent les sièges des forces de l’ordre. On a vu le 21 novembre à Kamyaran une ville à 60 km au sud de Sanandaj avec quelque 70 000 habitants les manifestants attaquer le siège des Bassidjis.

    Habib

  14. salle des machines
    28/11/2022 à 11:27 | #14

    le 28/11/2022

    « A Ispahan , des militants rapportent que des camionneurs du quartier de Shapour ont lancé une grève. Des camionneurs de Bandar Abbas, dans le sud de l’Iran, ont été vus poursuivre leur grève pour une deuxième journée consécutive…
    Des camionneurs d’autres régions du pays ont rejoint les grèves.
    Dans la province d’Ispahan, les camionneurs de la mine d’or de Mooteh ont cessé de travailler et se sont mis en grève. À Marand, dans le nord-ouest de l’Iran, des camionneurs ont également rejoint les grèves. À Kashan, dans le centre de l’Iran, les habitants signalent que des routes autrement encombrées de camions sont vides depuis le matin. Dans la province de Téhéran, la route Téhéran-Bumehen était vide. Dans la province de Qazvin, les camionneurs ont refusé d’aller travailler. Et à Karaj, les camionneurs ont cessé de travailler et ont organisé des rassemblements de protestation…

    Dans d’autres informations parues samedi, des informations indiquent qu’environ 4 000 travailleurs de la célèbre aciérie d’Ispahan ont débrayé et se sont mis en grève. Des grèves ont également été signalées par des travailleurs à Téhéran et à Alvand (province de Qazvin). »

    https://english.mojahedin.org/news/live-report-iran-uprising-expands-to-more-cities-as-college-students-continue-protests/

  15. Habib
    30/11/2022 à 10:35 | #15

    Nouvelles du 23 au 28 Novembre 2022

    Le bruit de fond des manifestations et protestations dans toutes les grandes villes de l’Iran continue.
    Suite à la publication de l’appel à la grève par l’union des camionneurs et les conducteurs de camions, les travailleurs de plusieurs usines industrielles et automobiles ont aussi cessé de travailler et se sont mis en grève. Cet appel invite à un arrêt de travail de 10 jours.
    La grève des camionneurs qui était relancée samedi 26 novembre s’est poursuivie dimanche et elle est bien partie pour être quasiment généralisée. On voyait de temps en temps des conducteurs de camion et des chauffeurs disant qu’ils étaient en grève et qui appelaient leur collègues à faire de même, mais c’était en général sans succès et restait assez limitée. La grève de cette semaine semble pourtant réellement avoir pris. Elle est suivie sur plusieurs axes routiers importants.
    Dimanche matin à 7h30 un conducteur de camion a pris une vidéo montrant la route qu’il est en train de parcourir à toute vitesse vers le nord du pays. Cette route qui normalement est bondée de camions et de véhicules était entièrement vide et déserté ; il disait que ça fait plus d’une heure qu’il est en train de conduire, ni devant ni derrière lui il n’y a ni voiture ni camion et il s’inquiétait réellement de ce qui allait lui arriver car il n’avait pas suivi le mot d’ordre de la grève.
    Un autre conducteur disait que l’État leur avait envoyé un message précisant que dans les ports les marchandises sont arrivées et il faut qu’ils aillent les chercher; ils avaient reçu également des bons de réduction pour du gasoil supplémentaire. Il répondait en direct que “vous n’avez qu’à envoyer vos footballeurs et vos parlementaires chercher ces marchandises, nous, on n’y va pas!

    D’un autre côté le domino des grèves ouvrières qui avaient commencé au cours du dernier mois dans l’industrie pétrolière ont atteint l’industrie sidérurgique et d’autres secteurs notamment l’industrie automobile…
    Voici quelques exemples des mouvements et grèves dans les usines en Iran durant la semaine dernière. Il semblerait que ces grèves soient beaucoup plus importantes que ce qu’en général apparaissent dans les médias. N’oublions pas que le régime fait tout pour empêcher ces grèves (menaces, arrestations, chantages…) ou à la rigueur d’empêcher les nouvelles et des informations les concernant de sortir dans les médias. Commençons par une grève des ouvrières :

    -le mardi 24 novembre, les travailleurs de la “Cruz Auto Parts Company”, premier producteur des pièces et fournitures pour l’industrie automobile, (créée en 1983) avec plus de 12000 ouvriers, dont 70% de femmes, se sont à nouveau mis en grève et ont défilé dans les locaux de l’usine pour protester contre l’indifférence de l’employeur à leurs revendications. Déjà une première fois, le 19 Novembre 2022, ils étaient mis en grève pendant trois jours réclamant une augmentation de salaire, l’arrêt immédiat des retards de paiement des salaires et la modification [et le respect] des tours dans l’attribution des heures supplémentaires.
    Les conditions de travail des ces ouvrières sont extrêmement difficiles, comparable à de l’esclavage moderne : 10 heures de travail debout par jour et l’interdiction d’utiliser le téléphone pendant ce temps; L’employeur n’embauche que des femmes célibataires et celles qui se marient sont passibles de licenciement.
    Dans le texte qui annonce ce mouvement on peut lire: “Sous le règne du régime islamique, non seulement les femmes n’ont aucune visibilité et existence politique, leur existence sociale a été réduite à une machine de reproduction sociale … au nom de l’honneur du père, du frère et des partenaires; ces conditions font également d’elles une force de travail bon marché et obéissante renforçant les rangs des ouvriers précaires.”
    Ce n’est pas pour rien que leur voix retentit, la plus forte dans les cortèges et les protestations.

    Le même jour, les grèves ont commencé dans l’usine “Bahman motors” de Ghazvin, un constructeur de véhicules lourds, mais aussi sous-traitant et constructeur de pièces d’automobile pour “Iran-Khodrow” (principal producteur d’automobiles en Iran). Ce groupe industriel a été créé en 1952 sous le nom de “Khalij Co.” en construisant des petits véhicules à trois roues. En 1971 suite à un accord avec Mazda, le constructeur japonais, change de nom pour s’appeler “Mazda Iran”. En 1993, la société entre en bourse fondée en 1968 sous le Shah. (Il est à noter que dans l’intervalle 1979-1989 la bourse de Téhéran était restée inactive par la domination quasi exclusive du secteur public et le manque de demande de capitaux. C’est seulement en 1989 et les privatisations d’entreprises nationales qu’on assiste à une revitalisation de la bourse.)
    En 1999, le Holding du groupe Bahman est créé en continuant de travailler avec Mazda et avec Mitsubishi depuis 2005 en mettant en place une chaîne de montage; ils produisent aujourd’hui des minibus, des camionnettes, des vans, des ambulances… Depuis 2009, ils sont aussi présents dans l’industrie pétrolière, du gaz et de la pétrochimie (production de goudron). Le principal actionnaire et propriétaire de cette société holding est depuis 2016 le groupé “Cruise”. L’entreprise compte plus de 4000 ouvriers.
    Depuis le 22 novembre les ouvriers de l’unité de Ghazvin sont en grève pour des revendications touchant les conditions de travail, la classification des emplois, l’augmentation et l’unification des salaires dans tout le groupe et dans toutes les unités de production, contre l’obligation d’effectuer des heures supplémentaires et de travailler les jours de congés hebdomadaires, la prise en compte de la pénibilité du travail.
    Selon les ouvriers, avant l’arrivée du nouveau propriétaire en 2016, la pénibilité du travail était prise en compte pour les ouvriers et leur permettait de partir à la retraite avec 20 ans d’expérience professionnelle. Mais ces dernières années, la pénibilité a été retirée des dispositions légales et les travailleurs doivent travailler pendant 30 ans pour prendre leur retraite. Alors que leur travail est légalement considéré comme l’un des emplois difficiles et comportant des risques pour la santé.
    Le principal slogan entendu est “Nous exigeons nos droits, nous ne voulons plus de promesses!”
    Apparemment dans un premier temps la direction a fait un geste en leur versant un petit pécule, suite auquel on pouvait entendre parmi les slogans: “Nous ne voulons pas de chantage. Nous exigeons nos droits!”

    – Les travailleurs des entreprises industrielles de siderurgie d’Ispahan (Zob-Ahn_Esfahan), Sarma-Afrin_Alvand (réfrigération d’Alvand), Constructeur d’auto Moratab (Khodrosazi_Mortab), Constructeur d’auto Seif (Seif Khodro), les appareils ménagers Pars à Ghazvin (Lovazm_Khangi_Pars_Ghazvin) se sont mis en grève dans la continuité de la grève des commerçants et ouvriers de différentes provinces à partir du novembre.

    un mot sur chacune de ces grèves :
    -A l’usine de sidérurgie d’Ispahan, les employés ont entamé leur grève aujourd’hui en arrêtant le travail. Zob Ahan est une société mère de quatre mille employés, qui travaille dans la production d’acier de construction et de rails. A un moment les forces de l’ordre ont fermé la porte d’entrée de l’usine la nuit pour empêcher les ouvriers d’entrer sur le site. Mais ils ont pu finalement entrer et par la suite, se sont les ouvriers qui ont condamné les portes pour ne pas laisser entrer les agents du régime.
    -Grève à l’entreprise Sarma Afarin (réfrigération et climatisation): Les travailleurs de la ville industrielle de Sarma Afarin à Alborz ont également rejoint la grève nationale ce 26 novembre dans la ville industrielle d’Alvand. Les travailleurs de cette entreprise ont scandé le slogan “Criez travailleurs, criez pour vos droits” pour protester contre le bas niveau des salaires et se sont rassemblés dans les locaux de l’usine. Sarma Afarin est une entreprise du secteur de la climatisation qui a démarré son activité il y a un demi-siècle.

    -Grève au complexe sidérurgique de Bafaq: Les soudeurs du complexe sidérurgique de Bafaq (Folad Abuyi) se sont également mis en grève pour protester contre le non-respect des mesures de sécurité. L’élément déclencheur était une explosion au sein du complexe qui a entraîné la mort de deux de leurs collègues: la veille, le vendredi 25 novembre, une fuite de gaz et l’explosion d’une capsule dans le projet de fer spongieux de cette entreprise avait causé la mort de deux ouvriers et des blessures graves sur un autre ouvrier.

    -Grève à l’usine Seif Khodro: Les ouvriers de l’usine Saif Khodro se sont mis en grève le samedi 25 nov. “Saif Khodro Company” est l’une des sociétés satellites de “Frico Holding”. Cette société est également propriétaire de l’entreprise industrielle de production Moratab, qui s’est jointe à la grève depuis la semaine dernière.
    -Les ouvriers de l’entreprise industrielle Moratab se sont mis en grève pour protester contre le non-paiement des salaires depuis 9 mois et ont organisé un rassemblement devant l’entreprise. Selon le rapport de sources “Iranwire”, les travailleurs de “Moratab Automobile Company” ont cessé de travailler et se sont rassemblés devant l’entrée de l’entreprise depuis le 19 novembre, pour protester contre leur “paiement des salaires et traitements” qui a été retardé pendant des mois.
    Moratab Automobile Company a opéré sous le nom de marque “Land Rover Factories” jusqu’à la révolution de 1979. “Ahrar Institute” est le principal actionnaire de la société depuis 1996 avec 61,1% des actions. En 2001, cette société a signé un contrat avec la société sud-coréenne Sangyong pour produire la voiture “Muso”. En 2016, les parts de Moratab Group ont été rachetées par Seif Khodro, après deux ans de fermeture.

    -En 1985, la Société Nirou Moharekeh (force motrice) a été créée avec l’investissement de l’Iran Industries Development and Modernization Organization, sous le nom de Nirou Moharekeh et la Compagnie de construction de motocycles de l’Iran, dans le but de produire des moteurs de moto à essence et à engrenages. Actuellement, l’activité principale de l’entreprise est la conception, l’assemblage et la production de boîtes de vitesses de la famille Peugeot et de pièces de huit autres types de boîtes de vitesses, qui sont principalement utilisées dans les produits Iran Khodro. Depuis jeudi 24 novembre, les travailleurs de la société, située dans la ville industrielle d’Alborz à Ghazvin, se sont mis en grève et se sont rassemblés pour protester contre le manque de traitement de leurs problèmes. Il s’agit de la septième grève liée aux constructeurs automobiles.

    -Aujourd’hui, 28 novembre, ça fait trois jours que la grève des camionneurs et des chauffeurs routiers a commencé. Les vidéos et prises de vue sur la grève que les camionneurs et chauffeurs ont diffusées sur les réseaux sociaux montrent que durant ces trois jours, la grève est suivie dans les villes de Ghazvin, région de Shahpur à Ispahan, sur l’axe routier Bouméhen vers Téhéran, Kermanshah et Bandar Abbas, Kashan, vers la frontière Bashmaq de Marivan, Marand et environs, Shiraz et la mine d’or Mouté d’Ispahan.

    Dans le passé, chaque fois qu’il y avait un murmure de grève parmi les conducteurs, le gouvernement précédent tentait de diviser les grévistes en promettant un supplément de carburant. Maintenant, dans un message “Texto” aux camionneurs et aux chauffeurs, il leur a promis du carburant supplémentaire, mais cela n’a pas pu arrêter la grève. Il convient de noter que le problème des camionneurs et des chauffeurs n’est pas seulement le manque de quota de carburant, mais d’autres problèmes tels que la commission de fret élevée perçue par les intermédiaires souvent “désignés” par le pouvoir, le problème dite de “la tonne au kilomètre” (il s’agit d’une réglementation complexe pour calculer les salaires perçus par les chauffeurs) et l’augmentation du prix des pièces de rechange et des pneus affectent également leurs conditions de vie.

    -Parallèlement aux chauffeurs de camions, les chauffeurs des bus (transport Intercités) aussi ont entamé leur grève. Le 22 novembre dans le terminal Akbar-Abad de Téhéran des centaines de personnes ont marché dans la rue et manifesté avec ces slogans:
    Puis ils sont revenus dans la grande halle du terminal et ont continué leur slogan qui s’amplifie dans cet espace: Soutien! soutien! Ô Conducteur digne, soutien soutien!
    -A mort dictateur !
    Après quelques heures l’unité spéciale des forces de l’ordre (yegane vijeh) est intervenue et a arrêté nombre de personnes.

    À cet ensemble de grèves, il convient d’ajouter le cri de protestation de retraités, des enseignants et des étudiants :
    -Un groupe de retraités s’est réuni devant le bureau de la Caisse de retraite de la rue Mirdamad à Téhéran le 26 novembre et a exigé une augmentation de leur pension mensuelle. Les retraités présents à ce rassemblement syndical disent : “Pourquoi, malgré le fait que l’augmentation de salaire approuvée par le Conseil supérieur du travail pour les retraités des autres secteurs est de 38 %, notre pension mensuelle n’a augmenté que de dix pour cent.” Nous exigeons une augmentation légale de nos salaires mensuels.”
    Selon eux, c’est un droit des retraités d’avoir une pension décente en rapport avec le taux d’inflation. Ces retraités protestent également contre d’autres insuffisances telles que : “leur traitement médical, l’assurance complémentaire et autres services sociaux” et ils attendent de la direction de gestion des fonds qu’ils agissent pour répondre à ces revendications..

    -210 enseignants et professeurs d’université ont écrit une lettre aux responsables politiques réclamant la libération des étudiants arrêtés et emprisonnés.

    -Le 26 novembre les étudiants de l’université industrielle d’Ispahan ont fait une manifestation qu’on pourrait qualifier de monstre en proportion du monde universitaire. Des milliers de personnes sont sortis de leur université avec les slogans hostiles au régime. Ce, malgré toutes les menaces qu’ils subissent et les arrestations dont ils font l’objet.

    -Les étudiants de l’université Kharazmi de Karaj ont de leur côté continué leur grève et manifesté en lançant “On n’a pas subi des morts pour nous réconcilier maintenant et soutenir ce guide assassin!”

    -La lutte des peuples Baloutch et Kurdes

    Ce vendredi 25 novembre à Zahedan, il y a eu encore une grande manifestation qui a été suivie cette fois-ci par une répression terrible. Il y a eu également des manifestations dans les villes Tchahbahar, Khash, Saravan, Iranshahr et Taftan.
    Il faut constater que ce vendredi, on a vu pour la première fois une manifestation monstre telle que l’insurrection de 79 nous en avait habituée à Zahedan (700.000h; capitale de la province de Sistan-et-Baloutchistan,) des dizaines de milliers de personnes avec des slogans hostiles au régime iranien ont marché dans les rues et ont démontré leur solidarité avec les villes kurdes qui subissent depuis une dizaine de jours une répression des plus dures. Les slogans sont devenus de plus en plus radicaux : aujourd’hui on a entendu “les Kurdes et les Baloutch sont des frères et assoiffés du sang du guide !”

    Les forces de l’ordre ont réagi en ouvrant le feu sur les manifestants en tuant au minimum 4 personnes et en blessant des dizaines d’autres. À cet instant nous ne connaissons pas le nombre exact de victimes.
    Les forces de l’ordre n’ont pas hésité à arrêter les ambulances qui transportaient les blessés pour procéder à l’arrestation des blessés.
    La présence des femmes dans la manifestation était remarquable. Elles ont rejoint les manifestants après la prière de vendredi.

    La RI traite les deux peuples kurde et Baloutch avec une violence décuplée, elle ne tergiverse pas dans la montée de celle-ci et ne respecte aucune proportionnalité ; tout de suite elle use des armes de guerre, des fusils mitraillettes, et des munitions létales. On a mentionné l’utilisation de mitrailleuses lourdes appelées Doushka de construction russe.

    -À Bouchehr, au sud du pays, les familles des tués empêchent les forces de l’ordre de s’accaparer le corps des victimes. Elles se débrouillent pour les récupérer et les préserver dans la glace pour les enterrer à l’occasion d’une cérémonie qui, elle aussi, se transformerait en une manifestation contre le régime. Hier soir, un de ces enterrements (pour Shomal khadivar) s’est déroulé à Bouchehr et a été l’occasion d’un rassemblement de contestation.

    L’état d’esprit des forces de l’ordre

    -Un signe important qui montre la réalité des pertes de soutien de la République islamique et des hésitations au sein des forces de l’ordre ainsi qu’auprès de la population qui d’habitude soutenait le guide est que lui-même a dû s’y coller le 26 novembre devant une assemblée de bassiji. Il a commencé son discours avec une phrase qui en dit long sur son état d’esprit. Il faut savoir que derrière son fauteuil, de là où il prononce ses discours, il y a toujours un verset de Coran, écrit avec une très belle calligraphie. Il est de notoriété public que c’est lui-même qui le choisit minutieusement à l’occasion de chaque discours et qui en général donne le contenu du discours. On peut le considérer comme une sorte de titre du discours.
    Hier le 26 novembre ce verset ainsi que celui cité dans ce discours faisaient référence à celui révélé à Mohamed, le prophète, après la défaite de la guerre d’Ohod et qui dit “Ne vous découragez pas et ne vous affligez pas, et vous serez plus fort si vous êtes croyants.” (Verset 139 du sourate Alé-Omran).
    Les bassiji dans la salle lui répondaient en s’appropriant un des slogans des protestations “N’ayez pas peur! N’ayez pas peur! On est tous ensemble !
    Si on avait besoin d’une preuve démontrant que la peur a changé de camp, on est bien servi !

    -L’enregistrement sonore de la réunion de Bassij du 15 novembre 2022:
    Un groupe de hacker nommé black Reward qui avait déjà publié des documents sur le nucléaire iranien a de nouveau frappé en publiant un enregistrement sonore d’une réunion des bassij qui se déroulait entre le Patron des forces de Basij, Ghasem Ghoreyshi avec les représentants des médias de Bassij, des Pasdarans et autres agences gouvernementales. Cet enregistrement qui dure plus de 2h30, nous montre l’état d’esprit des forces de l’ordre face au soulèvement actuel. Voici quelques points évoqués :
    1- ils avouent clairement que les grèves des commerçants dans les journées du 15, 16 et 17 novembre étaient beaucoup plus suivies que ce qui a été annoncées par les médias. D’après leur estimation, entre 70 et 100 % du pays était en grève et ont participé aux protestations. Cette grève et fermeture de magasins ont été suivies dans 24 provinces du pays.
    2-ils ont avoué qu’ils n’ont pas pu “ramasser” [maîtriser] les protestations et que les forces de l’ordre perdent de plus en plus leur moral; d’ailleurs c’est la raison pour laquelle Khamenei à plusieurs reprises leur avait demandés de ne pas désespérer et de continuer à croire dans leur mission.
    3- Les conclusions des services de renseignement démontrent une défaite cuisante sur le plan des médias et que le personnel de NAJA (LES FORCES DE L’ORDRE DE LA RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE) s’est affaibli. Une des personnes présentes a précisé que : “comment voulez-vous qu’avec 7 ou 8 millions de tomans [équivalent de 230$] de salaire nous ne perdions pas notre motivation? Pour des gens qui sont 24 heures sur 24 dans les rues, ce n’est pas suffisant. Le guide a bien précisé qu’il faut soutenir la motivation des forces armées et faire attention à leur conditions de vie donc Commandant, il faut faire quelque chose”.
    4-Aussi dans leur rapport, ils ont évoqué la multiplicité des actes contre les religieux, qui sont victimes d’insultes et des “vols de turban” par les jeunes. Ils ont également parlé des attaques contre les sièges de bassiji et les bureaux des parlementaires dans les provinces sur lesquels on lance régulièrement des cocktails Molotov.

    La politique et le foot

    Pratiquement au même moment où les forces de l’ordre étaient en train de réprimer le peuple Baloutch et le peuple Kurde, pendant la coupe du monde de football, l’équipe iranienne a gagné son deuxième match devant le Pays de Galles.
    Conformément à la réaction hostile de la population au moment de la défaite de l’Iran dans son premier match, cette fois-ci, les gens ne sont pas sortis de leur maison pour fêter dans la rue cette victoire. Les grands axes de grandes villes comme Téhéran, Mashhad et autres … sont restés désespérément vides et on a vu seulement les agents du régime brandir des drapeaux et faire du bruit soi-disant pour fêter la victoire devant les caméras de la télé publique. C’était un spectacle de joie populaire tellement en carton-pâte que ça en devient affligeant.
    Parfois les forces de l’ordre habillées en Robocop ne se sont même pas données la peine de se changer en civil et ils faisaient soi-disant la fête avec un drapeau dans une main et le gourdin dans l’autre !
    On a vu même des religieux enturbannés encerclés de leurs fidèles en liesse, distribuer des sucreries justifiant du coup le sobriquet de “Team Molla” utilisé par la population.
    A Téhéran, dans le quartier de Sadeghieh les fêtards/forces de l’ordre étaient accueillis par les slogans “indigne ! indigne !” des protestataires.
    Dans ce domaine non plus, la République islamique n’a rien inventé; c’est une pratique courante des régimes autoritaires d’utiliser le football comme moyen de propagande ou de diversion.

    -À l’occasion de la victoire de l’équipe iranienne dans le mondial de foot, le patron du pouvoir judiciaire a déclaré qu’ils vont procéder à l’examen des dossiers des personnes arrêtées pour des motifs mineurs en vue de leur libération.
    Deux jours plus tard, on a entendu que “pour fêter la victoire de l’équipe de l’Iran au mondial du foot”, ils avaient libéré plus de 600 personnes arrêtées à l’occasion du soulèvement. La RI a mis beaucoup de moyens dans sa propagande pour détourner l’attention des contestation en cours. Ils n’ont pas hésité à envoyer au Qatar des dizaines de personnes, membres de Bassij ou même parlementaires ou d’autres responsables politiques. Qatar de son côté à entièrement collaboré dans la répression des spectateurs opposants au régime. Les documents produits par le groupe hacker Black Reward ont démontré que c’était un plan préparé de longue date pour profiter de cette occasion. Apparemment ils ont dû dépenser quelque 4000 dollars par personne pour les envoyer brandir le drapeau iranien et comme on l’a déjà dit la police qatarienne a collaboré de manière active avec les forces de sécurité iranienne. La rumeur dit que cette collaboration a été obtenue contre certaines privilèges accordés au Qatar dans l’exploitation des plateformes pétrolier Pars-Sud.
    Si jamais à l’occasion du prochain match avec les États-Unis l’Iran arrive à les battre, ils vont tout faire pour créer une diversion.
    Il est intéressant de noter que parmi les spectateurs du Camp iranien ont pouvait distinguer non seulement les responsables de bassij, des parlementaires et des responsables des forces de l’ordre déguisées en supporters avec sur leurs joues les couleurs du drapeau iranien et portant des drapeaux et soufflant dans leur trompette, mais aussi des femmes sans hijab! En particulier une dame blonde a attirée l’attention du public car elle était présente et identifiée au moment de la cérémonie pour “le martyr de Soleimani.”
    Quand il s’agit de propagande politique, la République islamique, non seulement peut soutenir l’accès des femmes dans les stades (ce qui est tout à fait interdit en Iran) mais encore elle est capable de s’asseoir sur ses principes sur le hijab. Même Khamenei dans son discours, a soutenu l’équipe de l’Iran et les footballeurs qui restent fidèle à la cause de l’Islam !!

  16. Habib
    06/12/2022 à 14:40 | #16

    Les nouvelles d’Iran du 30 novembre au 5 décembre 2022

    Trois jours de mobilisation

    Comme vous êtes certainement au courant, une autre série de trois jours de protestations, manifestations et grèves a été lancée en Iran pour le 5, 6, et 7 décembre. On ne sait pas exactement par quel miracle ces appels arrivent à s’organiser ensemble et de définir des actions communes dans des centaines de villes et villages différents.
    Les séries de trois jours de mobilisation doivent être considérées comme le point apogée d’un ensemble d’actions et de mouvements qui font suite aux appels ponctuels des quartiers. Ces appels qui sont lancés à intervalles irrégulièrs, de sorte qu’on ne puisse définir un schéma par avance, sont le fait des jeunes des quartiers d’une ville qui serait relayé par d’autres quartiers et par d’autres villes pour s’agglutiner et devenir un appel national. Une fois les dates fixées, les jeunes s’activent pour les préparer. Il s’agit de passer l’information par tous moyens imaginables : flyers imprimés qu’on distribue ou qu’on jette du toit de l’immeuble sur la foule,manuscrits individuels qu’on met sous les portes des voisins ou sous les essuies glaces des voitures, inscription murale ou sur le mobilier urbain, manifestations ponctuelles par petits groupes, la nuit, dans les quartiers résidentiels, en lançant des slogans par le toit des immeubles… Cette fois ci, dans au moins 30 villes les jeunes sont sortis et ont manifesté pour demander à tout le monde de participer à ces trois journées de mobilisation.
    Les universités aussi peuvent être un point de relais pour les information, les étudiants à travers les groupes informels existants entre les universités propagent l’appel et le jour du rendez-vous, elles sont un point de départ pour les protestations. Ça commence en général par un rassemblement devant le bâtiment d’un faculté puis une fois que le cortège a fait le tour du domaine universitaire tout en se renforçant, il s’écoule dans les artères de la ville et vont vers les quartiers; les quartiers qui, de leur côté ont parfois déjà entamé leur rassemblement de protestation vont parfois se rejoindre entre eux, de façon prémédité ou pas, pour converger vers une manifestation plus importante au niveau d’un arrondissement ou parfois aller vers le centre de la ville, vers les places centrales …. qui en général se termine par une dispersion violente des forces de l’ordre; ces contestations testent chaque fois leur portée. C’est en fin de compte, dans ces affrontements et l’équilibre des forces, chaque fois créée, que la question du pouvoir politique va se régler.
    Quand ces petits cours d’eau vont se rejoindre et devenir une rivière puis un fleuve, des torrents d’eau vont s’abattre sur les lieux de pouvoir, vers le siège de la radio-télé publique, vers les ministères et les quartiers du guide…

    Il semblerait d’ailleurs que la première journée ait été couronnée de succès. Non seulement les commerçants et ceux qui ont pignon sur rue ont respecté le mot d’ordre de la ville morte, mais même chez les fonctionnaires la grève a été assez suivie.
    Malgré les difficultés de connexion internet les nouvelles de plus de cent villes sont sorties dans lesquelles de 50 à 100% des commerces étaient fermées et ont suivi le mot d’ordre de la grève.
    -Selon des rapports reçus, environ cinq cents des ouvriers de Mahshahr Petrochemical Tanks and Terminal Company ont cessé leur travail depuis dimanche 4 décembre.
    Ces ouvriers s’occupent du chargement des produits pétrochimiques pour l’exportation ainsi que de la réception des fournitures nécessaires aux fonctionnement des complexes. Ces travailleurs sont embauchés par des sociétés contractuelles dans les unités d’extraction du gaz chez South Pars et d’autres pétrochimies. Leur revendications sont: l’augmentation des salaires, droit aux primes d’exploitation, le rejet des discriminations ; Mise en œuvre de la classification des emplois et bénéficier des mêmes conditions salariales que leurs collègues officiels.
    -Un appel est lancé pour une grève générale dans l’industrie minière du pays. Nous étions informés de l’occupation et la mise à l’arrêt d’une exploitation minière de l’or au moment des journées de protestations au Baloutchistan. Mais, nous n’avons pas encore de précisions au sujet de ce dernier appel.

    -Ces trois jours de mobilisation coïncident aussi avec la grève des camionneurs, des routiers et des chauffeurs de bus qui s’étend de jour en jour. Le terminal frontalier de Soumar à Kermanshah aussi a rejoint la grève
    .-Le 30 novembre était officiellement “la journée de l’infirmière/er”. A cet occasion, les infirmières et les infirmiers de l’hôpital Imam à Téhéran se sont rassemblés et ont précisé qu’en solidarité avec les 3 jours de mobilisation et les contestation en cours, elles/ils ne célèbrent pas cette journée.
    -Les même jour, 30 novembre, les agriculteurs de l’est et l’ouest d’Ispahan ont organisé un rassemblement dans la place Pazou pour protester contre la pénurie d’eau.

    -De leur côté, les ouvriers contractuels de pétrole, du gaz et de la pétrochimie ont exprimé leur solidarité avec ces journées de lutte.

    Voici leur déclaration datée du 4 décembre 2022:

    “Le conseil d’organisation des protestations des travailleurs contractuels du pétrole soutient l’appel à trois jours de protestation entre le 5 et le 7 décembre 2022

    Des appels à manifester ont été lancés pour trois jours de mobilisation du 14 Azar au 16 Azar [5 au 7 décembre]
    Les enseignants, le personnel médical et les médecins, les camionneurs, les commerçants et les boutiquiers du bazar et les habitants de différentes villes ont exprimé leur solidarité avec cet appel.
    Il s’agit d’une protestation contre la répression, les arrestations qui se poursuivent et les tirs nourris qui ciblent les protestataires, contre les peines de mort que l’appareil judiciaire n’hésite pas à prononcer à l’égard de nos jeunes et des personnes qui n’ont rien fait d’autre que de souffrir. En fait, c’est une répression contre nous tous, écrasés que nous sommes par la pauvreté, le dénuement et l’insécurité. Voilà pourquoi nous protestons.
    Ils attaquent les écoles et condamnent nos enfants comme «مفسد فی‌الارض» “corrupteur sur la terre” [expression juridique islamique qui correspond au péché capital et condamne l’accusé à la peine de mort] ils tuent des enfants, des hommes et des femmes, ils tirent sur Kianpour Falak qui n’avait que 10 ans et ses parents dans la voiture, et des dizaines de milliers d’autres se trouvent sous les verrous. Des personnes qui ont des droits légitimes et des revendications justes, qui ont été arrêtées et emprisonnées et de lourdes peines leur ont été infligées.
    Nous, les contractuels du projet pétrolier, à côté de tout le peuple du pays, soutenons ces trois jours de protestation.
    Tous les ouvriers arrêtés, les enseignants détenus, les étudiants emprisonnés et les dizaines de milliers de personnes arrêtées récemment doivent être libérés.
    Les décrets de condamnation à la peine capitale doivent être annulés et rejetés.
    Pour nous, les gens, il n’y a pas d’autre moyen que la lutte unitaire pour défendre nos vies.
    Nous avons tous le même slogan : Femmes, Vie, Liberté!”

    Source: https://t.me/shoranaft

    La police des mœurs

    -Il y a quelques jours, le procureur général Jaffar Montazeri a prononcé devant les reporters la possibilité de revenir sur la question du hijab mais il a précisé que c’était une investigation qui allait prendre 15 jours. Entre-temps, il semblerait que la police des mœurs a été démantelée. Les médias occidentaux ont largement diffusé cette nouvelle sans qu’on soit encore certain de sa vérité. Il faut comprendre que même si cette mesure est vraie, en fait la RI ne fait qu’officialiser un fait déjà en cours, car les membres de cette police étaient déjà affectés aux tâches de répression directe et avaient intégré les forces de l’ordre. La question du Hijab est autrement centrale pour la RI et Khameni peut difficilement avaler cette “coupe de poison”. (Khomeyni avait appelé le cessez le feu avec les irakiens “la coupe de poison” qu’il avait dû boire pour sauver les intérêts supérieurs de l’islam.)

    L’Art de la Révolution

    C’est tout un art de garder vivace la flamme de la révolution; un processus qui peut durer des mois et même plus; il ne s’agit pas d’une rébellion instantanée dont le régime au pouvoir pourrait venir à bout par une répression soudaine et féroce; il s’agit d’une véritable révolution dont la mémoire collective des Iraniens garde encore la trace: une année de lutte en 78-79 qui a abouti au renversement du régime du Shah et de sa fuite de l’Iran.
    C’est un mouvement qui se construit à son propre rythme et pour ce faire, le peuple iranien est en train de montrer une détermination, une patience et une intelligence des mouvements sans égale; c’est comme si un chef d’orchestre expérimenté faisait intervenir les différents corps musicaux pour en sortir in fine une symphonie grandiose. On est certes loin d’une musicalité parfaite qui serait la révolution telle que nous l’imaginons et l’espérons mais néanmoins, on ne peut qu’apprécier le courage sans limite de ces jeunes femmes ou hommes qui défient, les mains vides, une des forces armées les plus sauvages qui puissent exister. Quelle que soit la forme que prendrait la stabilisation de ce mouvement complexe, il est vrai qu’aujourd’hui les forces vitales de la société iranienne font tout pour aller vers un avenir meilleur et se débarrasser de ce régime. Personne ne semble chercher une garantie dans l’action qu’il mène, puisque chaque action individuelle peut finir dans le sang, mais on a parfois l’impression qu’une cause supérieure les anime, une cause qui dépasserait les destins individuels et qui prendrait la forme d’une société idéale utopique même si tout le monde insiste pour dire qu’il ne veut qu’une vie quotidienne sans histoire et harmonieuse.
    Quoi qu’il en soit, la flamme de la révolution est restée vivace depuis presque trois mois et tous les gens interviennent dans la sauvegarde et le renforcement de cette lumière : entre les cris de protestation quasi-quotidiens qui s’élèvent des universités, des lycées et même des écoles, parmi une jeunesse qui, malgré tant d’arrestations et de répression n’arrête pas de réclamer ses propres revendications mais aussi de faire écho aux protestations de toute la société, et les rassemblements et manifestations ponctuels dans les quartiers qui se relaient toute la nuit et qui, des fois, se rejoignent et qui se terminent dans des feux de joie animés par les slogans de renversement de la totalité de ce régime oppresseur … la lutte continue et le mouvement s’étend.
    Ce parcours a forcément ses moments forts et ses moments faibles et il faut bien pouvoir les gérer pour qu’il ne s’essouffle pas, qu’il ne tourne pas en guerre d’usure avec la machine de répression étatique qui est là, payée et nourrie pour ces moments; même si trois mois de lutte incessante a montré les faiblesses, les points de décomposition de cet appareil, nous ne devons pas oublier que nous avons affaire à un État et qu’il possède des ressources illimitées donc il serait vain de penser le défaire sur le plan militaire. La preuve c’est la demande que vient de formuler la République islamique auprès de ses alliés russes pour qu’ils interviennent dans la répression du mouvement. Il est indéniable que la Russie depuis l’époque soviétique, depuis Makhno et Cronstadt, et puis les pays de l’Est et plus récemment en Syrie a maintes fois démontré sa capacité de répression. Surtout que récemment la République islamique est devenue partenaire et partie prenante dans la guerre avec l’Ukraine et qui ne cesse de s’enorgueillir de ses industries militaires, ses drones et ses missiles. L’Iran, par la force des choses et notamment les sanctions de toute sorte, a développé une capacité remarquable de “Reverse Engineering” qui le rend capable de fabriquer des engins militaires sophistiqués à condition que les Américains aient eu la gentillesse, auparavant, de leur balancer quelques uns sur la figure ! L’Iran depuis des dizaines d’années, a fait travailler ses meilleurs ingénieurs sur de tel projet et a démontré une certaine efficacité dans la guerre d’Ukraine, même si les petits moteurs d’engins qui équipent leur drone font tellement de bruit que les forces ukrainiennes, l’élément de surprise passé, arrivent assez facilement à les détecter et les cibler. l’Iran qui, apparemment a vendu quelque 4500 drones à la Russie et aussi un nombre inconnu de missiles, a aujourd’hui besoin de l’expertise russo-soviétique de renseignement et de contre-espionnage pour rétablir la chape de plomb adorée dans les deux contrés. Pour ce qui est de la sécurité informatique, c’est la Chine, avec son plan d’un internet “national”, qui est l’allié privilégié de la RI.

    Stratégie de la peur et son renversement

    -Une des stratégies utilisée en dernier recours par les forces de sécurité du régime c’est ce qu’ils appellent Al-Nasro-men-al-ra’ab (Victoire par la frayeur). Ils ne cessent de fomenter des manigances qui sont censées faire peur à la population. On avait vu les cortèges d’engins militaires et de véhicules blindés avec sur chacun, un Pasdar sorti du toit derrière sa mitrailleuse, faire des tours dans la ville sans destination particulière.
    Déjà, à Ispahan, il y a quelques années et depuis, de temps à autre, devant la résistance des femmes à porter le voile, ils avaient balancé de l’acide aux visages des femmes qui ne le portaient pas correctement.
    En ce moment, face à un mouvement étudiant sans précédent, ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’empoisonner les étudiants pour les tenir éloignés des protestations dans les jours déterminants à venir. Ainsi au sein de 4 universités importantes, les étudiants sont intoxiqués à grande échelle après avoir mangé à la cantine. Rien qu’à l’Université de Téhéran, il y a eu plus de 160 étudiants malades avant que la nouvelle ne s’ébruite et les autres soient avertis.

    Et pourtant, cette stratégie de la peur, de façon tout à fait spontanée, est en train de se répandre dans le propre camp de la République Islamique:
    -Les signataires de la fameuse lettre ouverte des 210 parlementaires qui avaient réclamé la peine de mort pour les jeunes arrêtés pendant ces événements ont, un par un, démenti avoir signé cette lettre et en fait ils sont revenus sur leur signature.
    -Il est notoire qu’à part le patron des Pasdarans, M. Salami qui tous les trois ou quatre jours a la lourde tâche de défendre le régime et de se réjouir des victoires obtenues contre les “contestataires manipulés par les forces occidentales”, ce qui par ailleurs est très risible et même comique, tous les autres commandants des Pasdarans se sont faufilés dans leur trou de souris et n’ouvrent plus leur bouche. Personne n’entend ces jours-ci M. Mohsen Rezaï, M. Rahim Safavi, M. Aziz jafari … pourtant habituellement si bavards et prolixes, parler des “troubles” comme ils aiment bien nommer la vague de protestation. Même les membres du premier cercle autour de M. Khamenei gardent le silence; Et même on entend par ci par là, surtout dans les provinces, les Mollas commencer à critiquer la façon dont le pays est dirigé.
    Un régime qui, depuis l’arrivée du Virus Corona nous a raconté des histoires fantaisistes les plus folles, -malheureusement avec des conséquences désastreuses- qui a d’abord prétendu qu’il ne comporte aucun risque, puis a interdit l’arrivée des vaccins en soupçonnant qu’il est fabriqué par les occidentaux “pour tuer les iraniens”, puis en affirmant haut et fort que Corona n’a aucune force devant le pouvoir de l’islam et que rien ne peut résister à l’islam…de sorte qu’ils avaient interdit le port du masque dans les mosquées et ils allaient jusqu’à lécher les autels et les tombeaux religieux pour démontrer leur confiance en le pouvoir de l’islam, ou quand le nombre de morts a démontré l’impuissance de leur croyance face à l’épidémie ils ont prétendu que la médecine islamique du bon docteur-Ayatollah Tabrizian qui prescrivait de s’introduire par derrière un coton imbibé de l’huile de Violette est efficace et puis enfin après avoir interdit la livraison des vaccins américains et anglais se sont mis à créer leur propre vaccin qui en fait n’était qu’un prétexte pour allouer un milliard de dollars au “Siège exécutif du commandement de l’imam” et à l’armée des Pasdarans pour qu’ils fabriquent eux-mêmes ce vaccin … qui n’était autre que les vaccins importés de la Chine et de la Russie sur lesquels ils collaient leur propre étiquettes en persan …
    (Oui, nous avons un régime malicieux qui, si ce n’est le nombre de morts accumulés, peut fournir l’occasion d’une franche rigolade entre amis.)
    Un tel régime, qui a tant dénigré le port du masque est devenu, aujourd’hui, par peur de la population très assidu dans l’observation de cette mesure d’hygiène. On a vu à l’occasion du dernier discours télévisuel du guide suprême devant une parterre de Bassiji, qu’hommes et femmes, toutes et tous sans exception, portaient leur masque pour ne pas être reconnus! D’un seul coup le Corona a pris une importance jamais égalée.
    -C’est bien la première fois qu’on peut rencontrer des Mollas du régime – si on arrive à les rencontrer, puisqu’ ils ne se montrent plus dans l’espace public- on verra qu’ils portent, eux aussi, de grands masques pour ne pas être reconnus.
    -Le plus risible ce sont les photos que les Bassijis affichent maintenant sur leur compte de réseaux sociaux (Twitter, Instagram et autres Facebook). Les photos des filles et des garçons pro-régimes ou membres de leur armée cybersécurité, entièrement couverte par leur masque et aussi des lunettes de soleil de sorte qu’il est impossible de distinguer leur visage.

    En somme, ils sont devenus les champions de la lutte contre l’épidémie, mais l’épidémie à laquelle, cette fois-ci, ils ont affaire, ce n’est pas du genre à s’arrêter devant un masque … ni d’ailleurs devant une balle !

    Toumaj

    -Il y a quelques jours, c’était aussi l’anniversaire de Toumaj Salehi, un rappeur qui a percé par la force lyrique de ses poèmes qui sont devenus parfois des slogans du soulèvement, surtout parmi les jeunes.
    Quelques mois avant le commencement du soulèvement il avait chanté une chanson prémonitoire dans laquelle il disait aux responsables et agents de la RI de se procurer un trou de souris pour se cacher car la fin est proche. Les agents du régime ont pu l’arrêter après une traque de plus de deux mois.
    Il est aujourd’hui en prison, sous la torture en attente des délibérations du pouvoir judiciaire. Sa condamnation à une peine très lourde est plus que probable.

    -Les luttes des peuples Kurdes et Baloutch continuent de plus belle. Les Baloutch en particulier sont dans la rue tous les vendredis. C’est un rituel qui s’est mis en place : Après la prière de vendredi, les hommes commencent à former des cortèges qui est immédiatement rejoint par les femmes ; et ceci dans toutes les villes importantes de la province, de Zahedan à Saravan en passant par Khash, Tchahbahar, Zahak, Iranshahr …
    Un des slogans : “Nous ne voulons pas d’un État tueur d’enfants !”
    Le régime, comme d’habitude, a utilisé le seul langage qu’il connaît c’est à dire la violence brute.

    Instantanés de luttes:

    -Les pancartes suspendues des ponts pour piétons sur les grandes autoroutes ou les artères à grande vitesse…
    -les slogans et les tags sur les murs,
    Les petits flyers qu’on balance par les hauteurs ou qu’on place la nuit sous les essuies glaces des voitures.
    -les slogans sur les billets de banque
    -Les cocktails Molotov ou les troue-routes préparés à la maison pour les altercation avec les forces de l’ordre
    -Déchirer ensemble tout en filmant la photo du guide des livres scolaires
    -Haranguer l’enseignant ou le prof qui veut continuer son cours comme si de rien n’était.
    -Produire des autocollants contre le régime et les fixer sur le mobilier urbain.
    -Les jeunes filles qui marchent seule, en contre sens au milieu les embouteillages tenant haut une pancarte dénonçant le régime.
    -Des slogans la nuit des fenêtres ou sur les toits.
    Un nouveau slogan s’est répandu : “Si nous résistons nous allons être victorieux, si nous reculons on va être la Corée du Nord”.

    Les milliers de créations artistiques, danse, performance théâtrale, dessin, collage, calligraphie, poésie, chanson, musiques, clips, dessins animés,.. qui pouvait imaginer ce peuple aussi talentueux!
    Les gens inventent tous les jours de nouvelles façons de lutter et de s’exprimer contre ce pouvoir oppresseur.
    Quoi qu’il arrive à la suite de ce soulèvement, la page semble définitivement tournée.

    Habib
    5/12/2022

  17. Habib
    06/12/2022 à 18:22 | #17

    Anecdote significative
    C’était très tard dans la soirée du 29 vers 1h du matin quand pour la deuxième fois la population est descendue dans la rue à l’occasion de la défaite de l’équipe du foot de l’Iran face, cette fois-ci, aux États-Unis. On n’a jamais vu, de mémoire de footeux, fête plus joyeuse pour la perte de son équipe nationale !! Les rues des grandes villes étaient bondées par les voitures klaxonnant et les motos et les gens qui marchaient dans les trottoirs en donnant des slogans contre la République islamique. On aurait dit qu’on est sur les Champs-Élysées en 1998 quand la France avait gagné la coupe du monde, avec cette différence que maintenant ce n’était plus seulement dans une seule avenue mais quasiment tout le centre des villes qui était en liesse.
    Dans les ensembles résidentielles (comme au cité Ekbatan à Téhéran) ou les bâtiments bordent tout autour des places et que d’habitude les gens dans la nuit se mettent à lancer des slogans qui se répètent à l’infini dans cette espèce d’amphithéâtre architectural, la joie et les cris de bonheur se mélangeaient aux slogans et c’était une ambiance de folie. Il faut savoir que le match à l’heure locale de l’Iran était à 22h30 donc on est à peu près vers 1h du matin que ce fiesta a démarré et duré des heures.
    Sur les réseaux sociaux on a pu voir des vidéos publiant cette marée de joie dans les différentes quartiers surtout au centre de Téhéran à Zanjan, de Ghazvin à Neyshabour …
    Un des conducteurs, bloqué dans la circulation où tout le monde klaxonnait et criait par les fenêtres abaissées, a prononcé deux mots succincts, si significatifs et délicieux par sa brièveté qu’il faut vraiment l’immortaliser: il a dit par la fenêtre de sa voiture : “akhound par”! (Le curé s’envole) ce qui a fait éclater de rire tous les gens qui étaient à côté de lui. Ça remonte au temps immémoriaux de notre enfance où un jeu existait pour occuper les enfants de 3 à 4 ans lors des soirées où les parents voulaient avoir un peu de tranquillité. Ce jeu s’appelle “kalagh par” (le corbeau vole). Ça consiste à ce que les enfants assis en rond sur le tapis, mettent ensemble leur index sur un point au centre de ce cercle; un enfant, en général un peu plus grand, qui mène le jeu, tire son doigt vers lui même tour en disant “kalagh par”et il soulève son doigt pour mimer l’envol de l’oiseau. Les autres enfants, s’ils sont attentifs, doivent suivre ce mouvement et glisser leur doigt vers eux même, et puis le soulever … et on continue en disant les trucs qui sont censés voler et les enfants font ce geste répétitif jusqu’à ce qu’il dit quelque chose qui ne vole pas, du genre “la maison vole”; et si un enfant continue dans sa geste répétitif, et soulève le doigt, il a perdu et sort du cercle.
    Là donc, on a entendu crier Akhound (curé) par (s’envole) et tout le monde a soulevé le doigt. Ça veut dire “le curé s’envole!” . 
    Pour un enfant de l’Iran ces deux mots ont un pouvoir de dérision succulent !!
    Habib

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