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La communisation comme sortie de crise

Ce texte, paru dans Echanges n° 131, est une contribution à un débat concernant la crise et ses issues possibles.
La note qui suit est délibérément très résumée. Elle ne développe pas la critique du programmatisme – déjà faite abondamment – et ne fait qu’évoquer les aspects récents du mouvement social qui confortent la thèse communisatrice.

1. Immédiateté du communisme

1.1. Définition et origine
Ne pas confondre immédiateté et instantanéité. Par immédiateté du communisme, on pose que la révolution prolétarienne n’a plus pour objectif de créer une société de transition, mais le communisme directement. Du coup : plus de problème de prise du pouvoir politique, d’alliance avec d’autres couches sociales, ni d’effectuation de la transition sur le terrain (dépérissement de l’Etat, etc.).[print_link]

La notion d’immédiateté du communisme ne sort pas de rien. Elle est apparue avec la crise des années 1960-1970 sur la base de l’incapacité politique de la gauche et des gauchistes à comprendre l’anti-travail. Aujourd’hui, toute les tentatives programmatiques sont dérisoires. Quant à l’anti-travail, il revient avec plus de force que dans les années 1970 (Chine, Bangladesh et même pays industrialisés)

1.2. La communisation comme processus
La communisation, cela ne signifie donc pas que le communisme s’instaure d’un coup de baguette magique. Il y aura lutte, avancées et reculs de la révolution. Mais cela signifie que les actions qu’entreprendront les révolutionnaires aboliront le travail et la valeur, et tout le reste (famille, patrie…) ici et maintenant. Quand la révolution attaquera la propriété capitaliste, elle ne donnera pas au prolétariat une propriété qui lui échappait jusqu’ici, mais elle abolira toute forme de propriété, tout de suite. Il est impossible de décrire cela dans le détail. Il faut cependant essayer de préciser, pour avoir une meilleure idée de là où on va et pour savoir, le moment venu, distinguer révolution et contre-révolution.
2. Activité de crise et communisation
Quand la crise éclate, le prolétariat se soulève parce que le non-achat de la force de travail l’exclut du rapport social et de tout rapport à la nature. Ce faisant, il développe une activité de crise qui est la matrice de tous les possibles. La possibilité du communisme ne se trouve que dans l’activité de crise du prolétariat. La théorie n’a pas toujours défini le communisme de la même façon, mais toutes les définitions et stratégies ont toujours reposé sur ce que fait le prolétariat dans son activité de crise. On ne peut parler d’activité de crise que dans le cas d’un soulèvement généralisé du prolétariat, et non dans le cas d’un conflit isolé d’une ou quelques entreprises, aussi « exemplaire » soit-il.

L’activité de crise repose sur deux éléments essentiels : individualisation/démassification du prolétariat, et prise de possession d’éléments de la propriété capitaliste pour les nécessités de la lutte – pas pour reprendre le travail sans les capitalistes. Si la crise qui s’ouvre en ce moment s’approfondit au point de provoquer une insurrection prolétarienne majeure, on retrouvera ces deux éléments, avec les caractéristiques historiques de notre époque. La démassification du prolétariat sera d’autant plus nette qu’elle a déjà été entamée par le capital post-fordiste. Vouloir un retour aux beaux jours de l’ouvrier masse est un rêve contre-révolutionnaire. Quant à la propriété capitaliste, deux traits la caractérisent :
- d’une part, rien ne lui échappe. Le capital s’est tellement emparé de toute la vie que, quoi qu’on fasse, on est toujours chez lui. Quand la crise éclate, le prolétariat ne peut rien faire sans empiéter sur la propriété capitaliste. Même une simple manifestation l’oblige à occuper le bitume municipal. Aujourd’hui, on lui permet de le faire. Demain ce sera illégal. Toute action du prolétariat dans son activité de crise l’oblige à affronter le capital pour prendre possession d’une partie de la propriété et donner ainsi une objectivité à son existence qui n’est sinon que celle d’un pur sujet (1). Et, dans la crise actuelle, le monopole de la propriété capitaliste est si total que, moins que jamais le prolétariat n’a de possibilité de repli. Il est le dos au mur. Par exemple, le capital a supprimé toute possibilité de repli à la campagne ;
- d’autre part, les biens de la propriété capitaliste sont fortement marqués, dans leur valeur d’usage, par les nécessités de la valorisation. Pour cette raison, l’activité de crise sera amenée à beaucoup détruire et détourner. Il n’est pas exclu que le prolétariat s’empare d’une chaîne de montage, mais il est exclu qu’il fabrique des voitures.

2.1. « Production » sans productivité et abolition de la valeur
C’est à partir de l’activité de crise, et pour en sortir, que s’enclenche la communisation. La communisation ne répond pas à un idéal ou à un mot d’ordre politique. Elle est la solution des difficultés de reproduction que le prolétariat rencontre dans son activité de crise. Celle-ci est une lutte contre le capital pour assurer la survie, pas plus. Lorsque les alternatives prolétariennes contre-révolutionnaires ont fait la preuve de leur inefficacité à sauver économiquement le prolétariat, la communisation fait le saut dans la non-économie. Le paradoxe est que, alors que, au plus profond de la crise, les besoins du prolétariat sont immenses, la solution consiste à tourner le dos au productivisme. La « production » sans productivité n’est pas une fonction de production. C’est une forme de socialisation des hommes dans le communisme où la production intervient, mais sans mesure du temps ni de rien d’autre (intrants, nombres d’hommes impliqués, résultat productif). Selon la bonne formule de Théorie communiste : « radicale non-comptabilisation de quoi que ce soit ».

Essayons de voir les choses en deux temps :
- durant la phase de descente aux enfers de la crise, la reproduction du prolétariat est principalement assurée par la prise sur le tas. Même dans une économie qui fonctionne en flux tendus, il y a des stocks. L’activité de crise consistera (entre autres) à s’en emparer. Déjà à ce stade, on peut imaginer une divergence entre une voie contre-révolutionnaire qui vise à comptabiliser, à regrouper les biens, à coordonner leur distribution, à faire respecter des critères de droits et de devoirs, etc., et une voie communisatrice, qui récuse cette économie du pillage et la formation d’instances supérieures de la distribution, même élues démocratiquement etc. Cette deuxième voie insistera sur le fait que l’approfondissement local, la gratuité absolue, valent mieux qu’une stabilisation nationale ;
- dans une deuxième phase, celle de la sortie de crise proprement dite, la production reprendra.

Le problème est alors de savoir comment la production peut repartir sans travail, ni productivité, ni échanges. Le principe de la « production » sans productivité est que l’activité des hommes et leurs rapports sont premiers par rapport au résultat productif. La production reprend sur cette base parce qu’il n’y en a plus d’autres. Développer la production sans productivité, c’est abolir la valeur dans ses deux formes :
- valeur d’échange : si rien n’est comptabilisé, si la justification de l’activité n’est autre qu’elle-même, le produit résultant de l’activité n’a aucun contenu abstrait ;
- valeur d’usage : la valeur d’usage se distingue de l’utilité simple par le fait qu’elle a, elle aussi, un contenu d’abstraction. L’utilité de la marchandise doit être générale, ou moyenne, pour satisfaire un utilisateur inconnu dont on ne sait pas le besoin particulier (prêt-à-porter/sur mesure). La production sans productivité est une activité particulière d’individus particuliers, satisfaisant des besoins exprimés personnellement. L’usage des objets fabriqués porte la marque de cette particularité. C’est l’anti-normalisation. Le caractère nécessairement local de la communisation y contribue.

Dans la révolution communiste, l’acte de production ne sera jamais productif seulement. L’objectif des individus ayant décidé de mettre en place une boulangerie ne sera pas de réaliser un nombre déterminé de pains, mais de se socialiser, de cultiver leurs affinités en produisant du pain (2).

De plus, ces prolétaires ne produiront pas du pain comme catégorie générale, mais un pain particulier qui les sollicite ce jour-là. Enfin, l’approvisionnement de nos boulangers en farine risque d’être aléatoire, au moins dans un premier temps, si les prolétaires qui sont au moulin suivent les mêmes principes. Certains jours, il n’y aura pas de farine parce que ceux qui étaient au moulin ont préféré discuter de l’amour et du sens de la vie. C’est la chienlit ? Disons simplement que ce jour-là il n’y aura pas de pain. Il faut l’assumer. L’autre terme de l’alternative est que quelqu’un fixe un plan, avec des quantités et des délais, et que les autres bossent. Non seulement la valeur est alors rétablie, mais en plus cette expérience prolétarienne n’a pas d’avenir : ou bien elle marche et les prolétaires n’auront très vite plus aucun droit (restauration du salariat sous une forme ou une autre), ou bien elle ne marche pas et ils se retrouvent à la case précédente de chômage et de salaires impayés. Il est d’ailleurs probable qu’une solution communisatrice n’intervienne qu’après un ou plusieurs échecs de ce genre.

De façon générale, on retiendra que la communisation remplace la circulation des biens entre les « producteurs associés » par la circulation des individus d’une activité à l’autre. Cela implique notamment que : u les « lieux de production » n’auront pas de personnel permanent, produiront ou ne produiront pas, selon la motivation et le nombre des présents, car les « lieux de production » seront avant tout des lieux de rencontre et de vie ;
- au moins dans un premier temps, la communisation se fera localement, non pas comme communautés autarciques, mais comme initiatives entièrement contrôlées par les participants. La communisation se fera comme une nébuleuse d’initiatives locales. Ce n’est, me semble-t-il, qu’à cette échelle locale que la communisation peut faire la preuve qu’elle améliore tout de suite la vie des prolétaires. Or cet aspect est fondamental : les prolétaires font la révolution pour vivre mieux, pas par idéal. A vouloir trop entrer dans le détail, on finirait par tracer le schéma d’une non-économie tout aussi contraignante que la société de transition. En même temps, comment ne pas en donner (et montrer la pauvreté de notre imagination) pour rendre palpable le fait que toutes les solutions apportées par la révolution communiste ont pour principe de mettre en avant l’activité et non pas son résultat. Pour dire que le principal « résultat » visé par l’activité, c’est elle-même. Les individus circuleront entre les activités en fonction de leurs affinités, et chaque étape de cette circulation sera un moment de reproduction. Des produits circuleront avec ces individus, mais sans échange. Ceux qui ont fait des saucisses les feront partir vers une cantine locale sans se soucier d’obtenir quelque chose en retour, puisque ces saucisses ne leur ont rien coûté, pas même du travail.

2.2. « Consommation » sans nécessité
Le règne de la nécessité n’est pas celui où les forces productives sont insuffisantes pour assurer une abondance dont on ne sait pas exactement où elle commence. Le règne de la nécessité est celui où l’existence de la propriété est une menace continuelle de désocialisation et de mort pour ceux qui ne sont pas propriétaires. Voilà pourquoi, aujourd’hui, la gratuité ou les bas prix provoquent des réactions de stockage et de surconsommation. Dans le communisme, cette peur du manque disparaît en même temps que la propriété. Chacun est sûr de pouvoir manger, gratuitement, ce que d’autres auront apporté et que d’autres auront préparé. Dans ces conditions, pourquoi irais-je surconsommer, stocker des aliments dans mon réfrigérateur sous le prétexte qu’ils sont gratuits ? Tout est gratuit et le restera. Parce que tout est produit par des gens pour qui, en quelque sorte, les saucisses ne sont qu’un sous-produit de quelques jours de discussion sur le sens de la vie.

La gratuité est une notion difficile à manier. Je pense que, pour parler du communisme, il vaut mieux l’entendre comme dans « geste gratuit » que comme dans « produit gratuit ». D’une part, c’est une évidence que les initiatives communisatrices imposeront la gratuité dans le champ de leur intervention. Mais d’autre part et surtout, cette gratuité est plus que « prix = zéro ». Il ne faut pas se représenter cela comme gratuité de marchandises qu’on peut avoir sans argent. Ce qui est en jeu ici, c’est la non-rémunération de l’activité des communisateurs. C’est une évidence aussi, puisque les prolétaires qui se lanceront dans la communisation ne le feront qu’après avoir tenté, en vain, d’obtenir un salaire ou une allocation. La gratuité, ici, c’est celle de l’être pour soi, dans une activité totalisante qui rompt les séparations, par exemple entre « production » et « consommation ».

Production sans productivité, consommation sans nécessité sont deux formulations, dans le vocabulaire limité dont nous disposons, de la même activité unifiée et libre.
3. Révolution, contre-révolution, répression
La communisation avance en élargissant progressivement le cercle des prises de possessions. La propriété ne se laissera pas faire. Elle a plusieurs cordes à son arc. La contre-révolution n’est pas uniquement militaire.

3.1 Subtilités de la contre-révolution
Une partie de l’opposition à la communisation viendra des rangs du prolétariat lui-même. Dans une situation donnée, l’option autogestionnaire et l’option communisatrice pourront s’affronter. Par exemple, la prise en charge des enfants dans l’activité de crise donnera sûrement lieu à des tentatives d’autogestion des écoles. Face à quoi, un courant communisateur proposera l’abolition pure et simple des écoles – il est d’ailleurs probable que les élèves se chargeront directement de donner violemment leur avis (Grèce). Evidemment, l’abolition des écoles pose instantanément une masse de questions, très urgentes : qui va s’occuper des enfants, qui va leur apprendre quoi ? Leur faut-il un local dédié ? Vaut-il mieux qu’ils s’instruisent en jouant dans les allées de la révolution ? Comme tout problème de la révolution, celui-ci n’existera que localement pour les habitants du quartier (pas de ministre de l’éducation !). La solution mise en place localement, plus ou moins bonne, ne demandera pas des prouesses de productivité (pas de construction d’école, pas de formation de maîtres, pas de rédaction de programmes…), et s’ajustera en fonction de l’évolution de la situation. Le succès ou l’échec d’une telle initiative ne tient pas tant à sa justesse théorique qu’à sa capacité ou non d’améliorer la vie des prolétaires (parents et enfants) qui l’initient. Malgré la difficulté que nous avons à nous représenter une vie sans travail ni valeur, l’analyse (et certaines expériences d’activité de crise) nous permet d’affirmer qu’à un certain degré de la crise, une solution communisatrice sera plus apte à améliorer la vie que toutes les formules autogestionnaires. Ce qui est dit ici de l’école vaut pour toutes les institutions actuelles.

3.2. Refus de toute militarisation
Si un tel mouvement local fait tache d’huile, si l’autogestion est insuffisante pour l’empêcher, la répression la plus violente interviendra évidemment. L’histoire nous montre que la propriété ne reculera devant aucun massacre. Je pense que ce serait une grave incompréhension des atouts spécifiques du prolétariat que de prôner une militarisation, même « révolutionnaire », du mouvement. Je ne pense pas qu’il y ait d’exemple dans l’histoire où la militarisation, même la plus souple, la plus démocratique, n’ait ouvert en grand la porte à la contre-révolution. Impossible d’entrer ici dans le détail. Mais on peut quand même indiquer que, si la crise atteint une intensité telle que la communisation avance ainsi, la bourgeoisie elle-même ne sera pas indemne et, tout choyé qu’il soit, son personnel répressif n’échappera pas à la crise. Il ne faut surtout pas invoquer une crise morale de la police face à l’idéal révolutionnaire, mais bien plutôt à des mutineries intervenant pour des raisons très matérielles (Afrique du Sud). D’autre part, le refus de la militarisation même la plus légère n’implique nullement le rejet de la violence.
Conclusion

L’abolition de la valeur, la destruction du capital et l’auto-suppression du prolétariat ne sont des moments mystérieux ou mystiques que si on les envisage dans un processus insurrectionnel de type ancien mouvement ouvrier, affirmant l’identité travailleuse de la classe ouvrière et se fixant comme but de mettre le prolétariat (en réalité ses représentants) au pouvoir politique. Jusqu’à présent les communistes ont buté de façon insurmontable sur ces questions et n’ont trouvé que la société de transition pour éluder l’obstacle. La société de transition est un leurre, de même que le dépérissement de l’Etat.

Depuis la crise des années 1960-1970, le processus même de la contradiction entre les classes a commencé à nous débarrasser de ce problème. L’évolution récente du rapport des classes permet de comprendre beaucoup mieux que Marx lui-même la nature intime de la société capitaliste, la valeur, le travail, et donc leur abolition. Elle permet ainsi d’approcher de plus près ce que sera le communisme et le processus révolutionnaire de communisation qui le créera. Plus la crise va s’approfondir, plus on avancera sur cette voie.

B. A.

Août 2009
Notes

(1) La prise de possession se déroule comme interaction entre individus du prolétariat. Il n’y a plus les automatismes du rapport de classe. Si le prolétariat est contraint de se soulever, il faut quand même quelques individus pour sortir les premiers pavés, casser les premières vitrines…. Autrement dit, l’activité de crise gagne un degré de liberté par rapport à la prospérité. Ce n’est pas encore le règne de la liberté, mais c’est ce degré qui donne aux insurgés le sentiment que tout est possible.

(2) Nous avons fait remarquer que, dans l’approfondissement du chômage en Argentine, certains piqueteros tenaient à peu près ce discours. Voir Bruno Astarian, Le Mouvement des piqueteros, Argentine 1994-2006, Echanges et Mouvement, mai 2007, notamment pages 37 et 52.

3 février 2010

Mondialisme.org

  1. Patlotch
    05/02/2010 à 18:14 | #1

    Texte d’un grand intérêt théorique, par ses questions peut-être plus que par ses réponses, j’y reviendrai…

    En attendant, question de théorie pour un champion : quelle articulation entre communisation et anti-travail ?

    Autrement posée : le travail est-il possible sans le capital, ou : qu’est-ce qui le rend impossible au-delà du capital ? Ou encore : l’anti-travail est-il une lutte au-delà de la lutte de classes ?

  2. Patlotch
    06/02/2010 à 13:14 | #2

    Ce texte propose un débat sur la communisation, ce qui est rare en dehors des échanges internes au milieu théorique, directs mais quasi privés ou indirects par les textes. Je saisis l’occasion pour suggérer un état des lieux, ou un tour d’horizon (à nos pieds).

    Depuis quelques mois, plusieurs textes circulent ou sont accessibles sur le net, qui reformulent et actualisent des positions théoriques majeures au sein du « courant communisateur », le terme et le concept de « communisation » ayant lui-même fait une percée sur la base des  » aspects récents du mouvement social qui confortent la thèse communisatrice » (BA)

    À ma connaissance, en plus de ce texte de Bruno Astarian, deux autres permettent d’y voir plus clair dans les accords et désaccords entre théoriciens de la révolution :

    - « LE MOMENT ACTUEL » de Roland Simon, qui date de l’été dernier http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-1357.html Sommaire : Actualité du rapport capitaliste / Nouvelle centralité de la revendication salariale : revendiquer pour le salaire est illégitime / La crise / Fin de l’ancienne formalisation des limites : fin du démocratisme radical, fin de l’activisme / Les limites actuelles : nous ne sommes rien en dehors du rapport salarial ; la police, la discipline / L’exploitation : un jeu qui abolit sa règle / L’écart : définition, exemples / Notre pari

    - LE TOUT SUR LE TOUT, Gilles Dauvé & Karl Nesic, Trop Loin http://troploin0.free.fr/ii/index.php/textes/45-le-tout-sur-le-tout « Nous publions ici les réponses, parfois un peu augmentées, à un questionnaire proposé par des camarades italiens [...] Revenir à quelques interrogations élémentaires, c’est relativiser ce qui doit l’être, mais aussi reprendre ce qui pour nous reste fondamental : [1] Croire encore à la révolution ? [2] Communisation ? [3] Quelle différence avec l’anarchisme ? [4] Peut-on encore parler de classe et de lutte de classes ? [5] Que faire en période non-révolutionnaire ? [6] Que faire en période révolutionnaire ? [7] Mais à quoi sert la théorie révolutionnaire ? [8] Marx & Reich [9] Marx en son temps… et au nôtre [10] Développer les forces productives ? [...] Tant que nous nous débattrons dans les couples désir/besoin, pénurie/abondance, individu/société, et bien sûr sujet/objet, ce sera le signe que l’enjeu de la révolution communiste n’est pas encore posé historiquement.»

    Il convient d’y ajouter les positions ressortant de l’activité de groupes s’inscrivant dans ce courant, mais dont je ne connais pas d’élaboration théorique systématique, globale et cohérente (« totalitériste »). Des textes ont été mis en lignes par DNDF, notamment à l’occasion de L’affaire Tarnac et du texte « L’insurrection qui vient », plus récemment un retour sur les mouvements de chômeurs (Passé et présent du -) http://reposito.internetdown.org/analyses/chomeurs.pdf , sans parler de la Grèce, des discussions autour des « émeutes » (fil Zambie émeutes ouvrières http://dndf.org/?p=5622 , ou de la revendication sur le salaire. Autant dire, et c’est heureux, que les discussions parlant de théorie ne figurent pas nécessairement dans la catégorie « Autour de la théorie » http://dndf.org/?cat=7

    À côté de tout ça, mais comme à l’extérieur de la problématique communisatrice, on doit signaler les positions autonomistes d’Henri SIMON pour Echanges, d’un grand scepticisme concernant l’intérête de la théorie, telles qu’elles ressortent par exemple de l’éditorial du dernier numéro, le 131, qui publie également le présent texte de BA.  » Et pourtant… elle tourne. Les voix qui tentent de porter la bonne parole communiste ne rencontrent guère d’échos  » http://www.mondialisme.org/spip.php?article1429

    Plus loin et hors champ des thèses communisatrices, puisque quasi a-classistes, les thèses de « Temps critiques ». Son nouveau site http://tempscritiques.free.fr/. On se reportera au texte publié dans le numéro 15 de janvier 2010 « Quelques précisions sur Capitalisme, capital, société capitalisée » http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article206

    Puisqu’il a été question de Slavoj ZIZEK (fil Séisme Haïti http://dndf.org/?p=6267 ), autant dire que, nonobstant qu’il dit sans doute moins de conneries que la plupart des « marxistes » officiels, ses thèses n’en appartiennent pas moins à l’idéologie du démocratisme radical. À preuve, où ses positions politiques, et donc théoriques, s’expriment très clairement, son entretien récent à l’Humanité http://www.humanite.fr/Entretien-avec-Slavoj-Zizek

    Voilà, sûrement pas exhaustif, et bien trop français, mais il y a matière à discuter, distinguer, discerner, causer… en espérant ne pas créer d’illusions sur le fait qu’ « Avant la révolution, la théorie révolutionnaire sert avant tout à ceux qui la font et en débattent, et sans doute pas à grand-chose d’autre. » (« Le tout sur le tout 7 Mais à quoi sert la théorie révolutionnaire ? »

    Encore que…

  3. Patlotch
    06/02/2010 à 15:16 | #3

    Avec quelques corrections et ajouts, j’ai repris cette intervention

    COMMUNISATION, POUR UN ÉTAT DES LIEUX THÉORIQUES
    http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-1393.html

  4. A.D.
    08/02/2010 à 20:38 | #4

    Je rejoins le premier commentaire de Patlotch au sujet des questions que ce texte pose autour de l »articulation » travail/communisation, ou anti-travail/communisation.
    Je cale là-dessus, mais à première vue travail correspond à activité déterminée salariée s’auto-présupposant, sans auto-présupposition, difficile pour le travail.
    Imaginez des « secteurs » tels que « Santé », difficile de penser que le continuum exigé par ce type d’activité (santé) puisse fonctionner comme dans le texte imagine pour la production du pain, mais, je cale.

  5. Patlotch
    08/02/2010 à 22:50 | #5

    J’ai posé ces questions au premier degré, parce que je m’interroge aussi. D’un côté je suis assez d’accord avec l’approche « Pour en finir avec la critique du travail » (cf http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-879.html ), sur la fait que l’abolition porte essentiellement sur le capital, la valeur… d’un autre, avec ce que disent Astarian et mon petit doigt, j’ai comme l’impression que le travail à abolir revient dans la communisation comme le sparadrap du Capitaine Haddock sur les bras de la production sans productivité etc.

    Donc je cale, mais c’est pas grave, AD dit yaura plus de voiture et TropLoin qu’il faut pas y aller en vitesse.

  6. A.D.
    02/03/2010 à 16:33 | #6

    . Activité de crise et communisation
    « Quand la crise éclate, le prolétariat se soulève parce que le non-achat de la force de travail l’exclut du rapport social et de tout rapport à la nature. »

    Ou : Pour que la crise éclate, le prolétariat doit se soulever…(parce que le non-achat de la force de travail l’exclut du rapport social et de tout rapport à la nature.),
    le rapport avec (ce qu’il reste de) la nature n’est-il pas rapport social ?

  7. Patlotch
    03/03/2010 à 13:35 | #7

    Je vois ça comme ça :

    - la crise dont il est question est l’impossible reproduction des conditions de l’exploitation, elle est indissociablement crise de l’économie politique et produit de la lutte de classe. Elle est supposée générale, mondiale.

    - la lutte de classe prend alors une autre dimension, différente de soulèvements localisés que l’on connaît, avec une exclusion sociale partielle. Il y a soulèvement général du prolétariat, parce qu’il y a exclusion généralisée du rapport social, du rapport salarial, de l’accès à la survie. Chaos économique et social.

    - le rapport à la nature n’est pas un rapport strictement social, la nature n’étant pas totalement socialisée (même sur terre). La nature n’est pas d’essence sociale. Elle n’est pas ‘réellement’ subsumée sous le capital, rapport social. Si elle voyait ça comme ça, la théorie de la révolution relèverait encore d’un humanisme, avec une solution communiste humaniste, l’Homme au centre, qui ne serait pas aussi un animal, un être vivant parmi d’autres dans l’univers.

    Sans doute par la communisation le prolétaire se transforme-t-il en homme sans qualité sociale, mais le processus conduit à la remise en cause de la toute puissance humaine face à la nature. De la même façon qu’il n’est pas question d’autogérer les usines, il n’est pas question de gérer la nature.

  8. A.D.
    03/03/2010 à 18:29 | #8

    … »elle est indissociablement crise de l’économie politique et produit de la lutte de classe. Elle est supposée générale, mondiale. » Pat.
    Sans chipoter : tant que la classe exploitée ne remet pas son existence de classe en cause je ne vois pas de crise générale de la reproduction, je vois une crise capitaliste globale dont la « réponse » pourra encore redéfinir la place des classes et fractions de classes au prix d’une mise au pas, voire d’une élimination, d’une très grande partie de la force de travail surnuméraire, au profit des exploiteurs et d’une fraction de la classe exploitée désireuse de conserver son mode de vie et le monde qui va avec. La remise en cause de la classe par la classe est un préalable à la généralisation crisique. Le conflit à l’intérieur même de la classe est le renversement des valeurs, des mythes et des modes de vie qui définissent la classe dans son rapport avec son activité définitoire, sa place et sa subordination nécessairement volontaires. La lutte de classe contre la classe se traduit par un fractionnement (peut-être démassification comme chez Astarian) où se produit l’irrémédiable césure (peut-être écart, comme chez T.C.) non négociable.

  9. Patlotch
    04/03/2010 à 10:53 | #9

    AD tant que la classe exploitée ne remet pas son existence de classe en cause je ne vois pas de crise générale de la reproduction

    Astarian parle de la situation de crise économique advenue (crise de reproduction comme dit TC), et de l’activité du prolétariat dans cette crise. La remise en cause de l’existence de classe, jusque-là limitée à des situations localisées, devient générale, non d’abord du fait d’une « prise de conscience », mais de part l’absence d’issue revendicative. L’élément premier, massivement déclencheur, est la crise de l’économie.

    Dans cette période, il y a blocage du système, qui ouvre une possibilité d’en sortir, mais aussi d’y revenir, y compris sous la forme du travail autogéré, si le capital peut trouver une nouvelle forme de restructuration.

    AD La remise en cause de la classe par la classe est un préalable à la généralisation crisique

    Nous parlions d’une situation où la crise est déjà générale. Dans ce qui l’a produite, il n’y a pas de « préalable ». Les luttes du prolétariat qui ont précédé ont participé de la baisse du taux de profit et de l’impossibilité de reconstituer les présuppositions de l’exploitation. On en a une idée avec les données (fil Crise et économie) comparées du taux de profit et du taux de plus-value depuis 2005, aux USA. L’exploitation augmente, la rentabilité baisse.

    AD Le conflit à l’intérieur même de la classe est le renversement des valeurs, des mythes et des modes de vie qui définissent la classe dans son rapport

    C’est une vision étrange que de définir le prolétariat par des « valeurs, mythes, et modes de vie » : les prolétaires doivent prendre conscience qu’ils vivent comme des cons, et le conflit est une histoire de cons et de moins cons. Je croyais naïvement qu’il était question de salaire, pour manger, s’habiller, se loger… S’il y a fractionnement, n’est-ce pas entre ceux qui ont encore un petit quelque chose de ce côté là, ou l’espoir de le retrouver, et d’autres pour qui c’est plié, aussi bien en terme de survie matérielle que de foi en la démocratie et la politique ? Les idées dont s’arment le prolétariat (luttes théoriciennes) sont produites par sa situation économique, non l’inverse.

  10. A.D.
    04/03/2010 à 23:28 | #10

    « Nous parlions d’une situation où la crise est déjà générale. Dans ce qui l’a produite, il n’y a pas de « préalable ». Les luttes du prolétariat qui ont précédé ont participé de la baisse du taux de profit et de l’impossibilité de reconstituer les présuppositions de l’exploitation ».PAT
    Je ne pense pas qu’une crise générale se généralise sans disons : » activité de crise ».
    Si par le passé les crises n’ont jamais abouti à une généralisation, l’activité d’affirmation du prolétariat y est pour tout, ou grande partie. Sans tensions vers l’auto-négation pas de crise de reproduction, la crise de la reproduction coïncide avec la crise économique…
    « Je croyais naïvement qu’il était question de salaire, pour manger, s’habiller, se loger… S’il y a fractionnement, n’est-ce pas entre ceux qui ont encore un petit quelque chose de ce côté là, ou l’espoir de le retrouver, et d’autres pour qui c’est plié, aussi bien en terme de survie matérielle.. » P
    C’est aussi ce que je pense, pas une histoire de cons et de moins, mais entre ceux qui ont un petit quelque chose,etc, et ce n’est pas que matériel-matériel, c’est le mode qui va avec.
    Je ne pense pas que les révolutions puissent se comparer à des catastrophes, naturelles, ou pas, elles ne vous tombent pas dessus à l’improviste, les prémices ne concernent pas seulement quelques individus, tout cela se prépare…sous nos yeux.

  11. A.D.
    17/03/2010 à 19:39 | #11

    Résumé : Pas d’activité de crise sans crise de l’activité (ou de la reproduction), mais pas d’activité de crise sans démassification, c’est-à dire, sans fractions.
    La place des activités de lutte et de crise est dans les fractions, il n’y pas de milieu, ni d’au-delà. La théorie cesse d’être une activité comme une autre, la pratique de lutte est le moyen et le but de la cohérence fractionnelle, ou des dynamiques démassificatrices.
    Les impliquées dans ex-le milieu ont un rôle particulier dans ce procès : leur point de vue particulier.
    – A la bonne votre-

  12. A.D.
    18/03/2010 à 15:51 | #12

    « Quand la crise éclate, le prolétariat se soulève parce que le non-achat de la force de travail l’exclut du rapport social et de tout rapport à la nature. » B.A.
    Quel est le seuil qui doit ou devrait être franchi, vu que le non-achat de la force de travail est déjà une réalité massive ? Et si le programme ne subsistait plus que comme affirmation d’une identité exploitée liée pour le meilleur et pour le pire à l’exploitation et à ses classes ? Pour que la crise prenne tournure critique, comme crise de l’activité ou de la reproduction, c’est cette dimension qui doit être critiquée, c’est la base de l’existence même de la classe, classe exploitée, salariée, précaire (étymologie : contrat obtenu par la prière), l’activité de crise c’est la critique de l’activité massifiée et spécifique, la précipitation de la crise par une fraction contre l’autre. Le capital n’existe que par et dans cette affirmation de l’identité intégrée du prolétariat massifié et segmenté : la répression le montre très clairement, les forces répressives se confondent avec cette affirmation.
     » Une partie de l’opposition à la communisation viendra des rangs du prolétariat lui-même. » B.A
    Mais peut-être pas pour les raisons ici évoquées (auto-gestion principalement).
    Ces options n’existent plus, il n’y a rien qui subsiste, en tout cas par chez nous, de ce moment auto-gestionnaire qui se confond avec un pouvoir ouvrier. Le pouvoir ouvrier est devenu pouvoir être ouvrier (plutôt que chômeur ou sans abri), son exigence est sa seule place, sa place sa seule exigence.
    L’opposition plus probablement se centre sur d’une part l’affirmation de l’identité et de ce qui en découle : radicalisation probable des affirmations nationalistes, racistes, sexistes, revendication du droit à être exploité(e), tentative de maintenir le statu quo et de réprimer les fractions hostiles.
     » Celle-ci(la communisation) est une lutte contre le capital pour assurer la survie, pas plus. »B.A
    C’est oublier qu’une partie du prolétariat sera l’adversaire.
    « Lorsque les alternatives prolétariennes contre-révolutionnaires ont fait la preuve de leur inefficacité à sauver économiquement le prolétariat, la communisation fait le saut dans la non-économie »B.A
    C’est tout un « alternatives prolétariennes » et affirmation de l’identité exploitée.
    « Or cet aspect est fondamental : les prolétaires font la révolution pour vivre mieux, pas par idéal. »B.A.
    Laissons de côté l’idéal, et considérons surtout que vivre mieux c’est vivre autrement, chose assez différente. Ceux et celles qui veulent et voudront vivre mieux, veulent et voudront peut-être vivre pareil, comme avant parce que c’était mieux. Autrement c’est cela toute l’affaire.
    Très bonnes idées sur la valeur d’échange/usage, démassification et activité de crise, très sympathique tentative de description de l’activité pour elle-même. un zeste de fraction, non?
    Salut

  13. A.D.
    19/03/2010 à 00:09 | #13

    « Celle-ci(la communisation) est une lutte contre le capital pour assurer la survie, pas plus. »B.A
    C’est oublier qu’une partie du prolétariat sera l’adversaire.

    C’est à dire une lutte pour la survie dans le capital, pas de moyen terme, pas d’alternative c’est cela finalement la contre-révolution prolétarienne en cours. Assurer la survie c’est assurer une forme, un mode de survie. On ne survit pas d’une seule façon, il est possible de survivre de multiple manières : faire des milices pour préserver sa place, aider l’état dans ses tâches c’est une manière de survivre, c’est la fonction des militaro-policiers, et ils vivent ainsi,ils ne font pas ce travail par idéal.
    Du reste, je me demande dans cette vision du chamboulement : que fait la classe capitaliste ?
    Si la crise se présente comme impossibilité de la reproduction de la classe, ou pour moi c’est kif-kif, comme dévalorisation générale, le résultat serait l’impossibilité corolaire de la reproduction de la classe exploitante. Cela me semble très curieux, à ce moment-là, même plus besoin de lutter contre : les bourgeois-capitalistes se seraient donc suicidés ? Et en même temps le rapport d’exploitation. Je pense que cette façon de comprendre la révolution repose sur ce point : l’arrivée de la crise de reproduction est indépendante de l’activité de crise, et n’est pas elle-même conséquence de cette activité de crise, la crise est automatique puis vient le moment de la réponse, ou des réponses soit activité de crise/communisation, soit contre-révo. comme auto-gestion, contrôle « ouvrier », or je pose que seule l’activité consciente d’une fraction du prolétariat contre les projets intégrateurs, contre la classe intégrée et se revendiquant telle peut accoucher d’une crise générale globale.
    D’autre part au sujet de la « démassification », je ne pense pas que le post-fordisme (le toyotisme comme procès de production immédiat, et le « libéralisme » comme idéologie globale) participe , ou ait entamé une démassification, ad contrario : la segmentation et l’atomisation participent, à mon point de vue, de la massification, rien de plus massifié que l’individualisme de la période actuelle.
    C’est le rôle des partis de gauche( ici du PS, là-bas les démocrates…)et des unions et syndicats que de faire passer la pilule aussi toxique soit-elle, comme en Grèce ou aux USA, ces partis et leurs relais n’ont que cela à faire, et ils essaieront, avec l’aide d’une partie très importante de la classe exploitée, ils ne se laisseront pas faire, ni se suicideront (pas plus que les Fuckers ne se sont défenestrés -en 29 non plus d’ailleurs).). L’état sait séduire, et opposer, concéder et rallier, diviser et gouverner.
    Des Noske à venir, peut-être.

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