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Egypte: les luttes ouvrières s’imposent sur l’arrière scène

Trois données ont dominé la journée de jeudi : la menace d’une intervention de l’armée pour endiguer ou réprimer le soulèvement, l’extension des mouvements de lutte sur le terrain social initiés la veille et enfin les rumeurs annonçant le départ imminent de Moubarak. Que ces trois éléments soient reliés entre eux ne fait aucun doute.

Menace de répression par l’armée
Dès le mercredi soir, le pouvoir politique avait fait savoir qu’il était
prêt à envoyer l’armée pour en finir avec le « chaos » et faire respecter le
couvre-feu. Une armée et des forces de police qui n’ont pas attendu cet
ordre pour intervenir massivement dans au moins une ville, celle d’El Kharga
dans le sud du pays et provoquant la mort de 5 personnes. Tôt dans la
matinée, l’armée s’est déployée dans toute la ville du Caire, du Nord au
Sud. Soldats, tanks et camions de transport des troupes. Le quartier
d’Heliopolis, où se trouve le palais présidentiel, est isolé du monde, sous
la protection de l’armée, en plus de la garde présidentielle. Cette menace
d’intervention, qui fait suite à des rumeurs de coup d’État la veille, a été
faite au terme d’une journée qui a vu les occupants de la Place Tahrir plus
déterminés que jamais à ne pas abandonner les lieux tant que Moubarak
demeure le chef de l’Etat et n’hésitant pas à harceler le pouvoir en
encerclant le Parlement et le siège du gouvernement. L’autre donnée est le
début de mobilisation sociale dans pratiquement tous les secteurs de la
société égyptienne, en particulier les travailleurs du textile, du pétrole,
de gaz, de la métallurgie, des activités liées au trafic du canal de Suez,
les chemins de fer…

Extension des grèves et de la mobilisation sociale
Comme ils l’avaient annoncé la veille, les ouvriers et ouvrières de la plus
grande usine textile d’Egypte, la Misr Spinning and Weaving, employant
environ 24.000 personnes à Mahallah dans le delta du Nil, sont entrés en
grève illimitée en solidarité avec les manifestants anti-gouvernementaux et
pour demander une hausse de leurs salaires. Ils ont cadenassé les entrées et
se sont rassemblés devant le bâtiment de la direction.

Des mouvements sociaux, grèves, marches, rassemblements, sit-in, portant sur
les salaires, les conditions de travail, les demandes de démission de la
direction, se sont poursuivis ou ont démarré dans de nombreuses entreprises,
dont les arsenaux, de Port-Saïd (Nord-est), dans toute la partie
industrielle regroupant les sociétés privées travaillant le long du canal de
Suez (Est) ou encore dans de multiples entreprises du Caire : à l’aéroport,
dans les télécoms, la métallurgie, chez les postiers, dans le plus grand
hôpital de la ville.

Environ 3.000 membres du personnel médical de l’hôpital Qasr al-Aini, le
plus grand du Caire, se sont dirigés en manifestation vers l’Assemblée du
peuple pour rejoindre des centaines d’autres manifestants bloquant l’accès
au bâtiment en criant “Le peuple veut la chute du régime”. Nombreuses grèves
également à Alexandrie (Nord méditerranéen) dans le commerce,
l’alimentation, l’électricité, le pétrole.

Dans le Sud, notamment à Assiout et Sohag, des sit-in ont été organisés dans
plusieurs entreprises publiques et privées, y compris pharmaceutiques,
rapporte la chaîne de télévision Al Jazeera. Et un peu partout, des
mouvements dans les chemins de fer, les transports publics, fonctionnaires…

A Port-Saïd, 3000 manifestants venus du bidonville de Zarzara ont cette fois
saccagé le siège de la police, après avoir fait de même la veille avec celui
du gouvernorat. Non seulement ils luttent pour leur relogement mais ils se
sont mis en colère lorsqu’ils ont découvert que leur pétition avait été
jetée à la poubelle située devant l’édifice du gouvernorat.

Evacuations des cadres des multinationales
Extrait du blog Cris d’Égypte
[http://crisdegypte.blogs.liberation.fr/cairote/] : « D’autres
nouvelles nous parviennent : les multinationales implantées
dans le “Smart Village” (une mini Silicon Valley sur la route d’Alexandrie)
évacuent leur locaux. Parmi elles, Vodafone, IBM dont nous avons pu joindre
des employés. L’évacuation simultanée des locaux des multinationales laisse
penser qu’elles en ont reçu l’ordre. Ce que nous pouvons affirmer maintenant
c’est que cet ordre a émané, simultanément, des services de sécurité de ces
entreprises respectives. Nous ne savons pas encore si, à la source, il
s’agit d’un ordre émis par le gouvernement. »

Source site de l’OCL

Une vague de conflits sociaux s’ajoute à la contestation politique
Des ouvriers du textile au personnel médical, une vague de mouvements
sociaux touche l’Egypte, donnant une ampleur supplémentaire à la
contestation politique qui secoue déjà le régime du président Hosni Moubarak
depuis deux semaines et demie.
Ces mouvements portent sur les salaires ou des revendications
catégorielles, mais leurs mots d’ordre rejoignent aussi ceux des
manifestations anti-Moubarak qui se succèdent depuis le 25 janvier à travers
tout le pays.
Jeudi, le personnel de la plus grande usine textile d’Égypte, Misr Filature
et Tissage, à Mahallah al-Koubra, dans le delta du Nil, a entamé une grève
illimitée.

«Nous sommes en grève premièrement en signe de solidarité avec les
manifestants de la place Tahrir» du Caire, où des milliers de personnes
campent jour et nuit en réclamant le départ du président Hosni Moubarak, a
déclaré par téléphone un des organisateurs du mouvement, Faiçal Naoucha.
«Nous voulons aussi des décisions de justice relevant le salaire minimum»,
a-t-il ajouté.

Cette entreprise publique qui emploie quelque 24.000 personnes a déjà été au
cours des dernières années au centre d’importants mouvements sociaux, en
particulier en 2006 et en 2008.

Des manifestations d’employés du secteur médical, de l’enseignement ou
d’autres administrations ont également eu lieu dans plusieurs autres villes
du delta, a-t-on appris auprès des services de sécurité.

Des dizaines de milliers d’employés du secteur public se sont également en
grève à Alexandrie, la deuxième ville du pays, ainsi que dans d’autres
villes de la côté méditerranéenne et à Suez, à l’entrée sud du canal du même
nom.

Au Caire, environ 3.000 membres du personnel médical de l’hôpital Qasr
al-Aini, le plus grand de la ville, ont manifesté contre le président
Moubarak.

Les manifestants se sont dirigés vers l’Assemblée du peuple pour rejoindre
des centaines d’autres manifestants bloquant l’accès au bâtiment en criant
«Le peuple veut la chute du régime». «Il ne s’agit pas de nos salaires, il
s’agit de demander à ceux qui sont au pouvoir de rendre des comptes et
d’obtenir notre liberté», a affirmé Soha Mohammed, interne à l’hôpital.

«Il y a effectivement une escalade (dans les conflits sociaux) depuis le
début des manifestations» anti-régime, a déclaré à l’AFP Kamal Abbas, un
responsable du Centre pour les syndicats et les services aux travailleurs,
une organisation non-gouvernementale.

Des manifestations avaient également eu lieu mardi et mercredi dans les
arsenaux de Port-Saïd, à l’entrée nord du canal de Suez, ainsi que chez
plusieurs sociétés privées travaillant sur cet axe stratégique du commerce
mondial.

À l’aéroport du Caire également des mouvements sociaux ont été signalés dans
certaines sociétés de services, ou parmi des employés des services de
sécurité. Des fonctionnaires du département des statistiques
gouvernementales ont également manifesté mercredi dans la capitale.

Le pouvoir égyptien a promis lundi une hausse de 15% des salaires des
fonctionnaires et des pensions de retraite pour tenter de contrer la vague
de mécontentement, marquée par les manifestations incessantes et sans
précédent pour réclamer le départ de M. Moubarak, au pouvoir depuis 1981.

AFP, 10 février.

Source juralibertaire

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