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Fiat Pomigliano, Italie : « C’est de l’esclavage ! Viens travailler sur la chaîne toi aussi ! »

 

Tiré de la presse italienne, le texte qui suit sur le nouveau contrat de travail est un compte rendu d’une assemblée syndicale houleuse qui c’est tenue à l’usine Fiat de Pomigliano.

A lire également, un article dans le prochain numéro de la revue Théorie Communiste qui sortira très prochainement et qui revient sur le référendum organisé par Fiat à l’usine de Mirafiori en janvier 2011 et ses conséquences.

Les phrases en gras et le découpage de la traduction sont de notre fait

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Fabbrica Italia Pomiliano , les ouvriers : “Le nouveau contrat contre les droits”.

Les travailleurs désertent la première assemblée convoquée dans le réfectoire de la cantine et non pas, comme cela c’est toujours fait sur l’une des deux esplanades de l’usine. D’après un travailleur placé au chômage technique : “Nous ne cherchons pas à dénigrer l’entreprise, mais la production de la Panda ne peut plus garantir à elle-seule du travail pour l’ensemble des 3 000 travailleurs qui sont encore en dehors de l’usine”.

Il Fatto Quotidiano.it, par Andrea Postiglione, le 25 novembre 2012

“Les travailleurs ne sont pas là pour se prendre des coups de fouet, les travailleurs ont des représentants syndicaux qui tôt ou tard devront être élus par vous”Giuseppe Terracciano, secrétaire général de la Fim Cisl de la région de Naples n’a pas le temps de finir sa phrase qu’un coeur assourdissant de sifflets se lève du parterre.

“L’esclavage c’est ici”, “Viens travailler à la chaîne toi aussi !”lui hurle quelqu’un alors qu’il cherche à reprendre la parole : “Si parmi vous il y a quelqu’un qui pense que c’est le fouet et qu’il ne s’en plaint pas aux organisations syndicales, alors je pense qu’il se trompe”.

A en juger par l’enregistrement que ilfattoquotidiano.it a pu écouter dans son intégralité, la première assemblé de la toute récente Fabbrica Italia Pomigliano (Fip) n’a certes pas été un succès. ce qui est certain c’est qu’elle ne l’a pas été pour les cols bleus déjà réintégrés dans la Fip — seul un peu plus de la moitié d’entre eux étaient présents lors de cette rencontre — et qu’elle ne l’a pas été non-plus pour les les syndicats, comme l’admet le même Terraciano au début de son intervention : “Cela me déplaît personnellement à moi, mais je crois que cela déplaira également à tous mes collègues, que la participation à cette assemblée ne soit pas totale”.
Bien sur, le fait que seuls les ouvriers réintégrer dans la Fip aient été invités à la rencontre et non les presque mille qui travaille sur les chaînes de la Panda (quand bien même ils sont encore sous contrat avec le Fiat Group Automobiles) doit avoir eu une certaine influence. Ou bien c’est le choix de convoquer l’assemblé dans le confinement du réfectoire et non, comme cela c’est toujours pratiqué, sur l’une des deux esplanades de l’usine. en aparté, pourtant, beaucoup admettent que ne pas y avoir participé par ce qu’ils n’approuvent pas la “nouvelle culture syndicale” qui existe dans l’usine depuis la naissance de la newco, celle-la même que décrit Terracciano dans son intervention :

“nous sommes exactement à l’opposé de ce qui se faisait dans le passé, parce que dans le passé il y avait une logique antagoniste. Aujourd’hui la priorité consiste à savoir comment nous allons assurer la compétitivité de cet établissement dans le pays et dans le monde pour pouvoir rivaliser”.

Sans “dénigrer” la Fiat, comme pourrait le faire la Fiom (branche métallurgie de la Cgil). “Parler contre Pomigliano, poursuit-il, n’est pas qu’un tort que vous vous faite à vous-même,mais aussi à ceux qui sont là dehors. Se ghettoïser, dévaloriser ce modèle (la Panda), c’est se placer en concurrence avec la situation de Pomigliano, contre les travailleurs. Ils diabolisent la Fiat et nous accusent d’être les larbins des patrons. Nous réalisons des accords, nous ne sommes pas des larbins”. Un délégué du Rsa Fim lui fait écho en rappelant que “ces 19 qui sont là dehors, qui déclarent que dans cette usine on piétine les droits, lors qu’ils rentreront ils devront signer eux aussi le nouveau contrat”.

Ensuite c’est justement Terracciano qui fait référence dans son intervention à une pratique dénoncée depuis longtemps par les ouvriers lorsqu’ils n’étaient pas encore intégrés dans la Fip et de laquelle personne , à l’exclusion de la Fiom, n’avait parlé jusqu’alors : “la messe dans l’aquarium, c’est-à-dire la “confession” publique des ouvriers contraints à admettre les erreurs qu’ils ont commises durant leur tour de travail face aux dirigeants et aux chefs d’équipes dans une salle aux parois de verre

Une pratique à propos de laquelle le secrétaire de la Fim ajoute un élément inquiétant : “A ce que je sais, les délégués syndicaux participent eux aussi à la “messe”.

Et si les délégués participent également à la messe, vous devez dire à vos délégués, et nous sommes pour les soutenir, les choses qui ne vont pas et ensemble nous devons trouver la solution avec l’entreprise pour les résoudre”. “

C’est la confirmation de nos préoccupations — déclare Antonio di Luca, ouvrier mis au chômage technique et membre de la Fiom. Ce qui nous attriste c’est qu’ils continuent à dire que nous dénigrons la Fiat. Ce n’est pas vrai. Aucun de nous n’a jamais parlé en mal de l’usine, même si nous nous sommes toujours élevés contre le nouveau contrat, par ce que nous sommes convaincus  qu’il enfreint le droit des personnes, et ça nous le constatons tous les jours. Nous n’avons jamais non plus parlé mal sur la Panda, une très bonne voiture qui est en train, à juste titre, de retrouver une place importante sur le marché. Nous savons, néanmoins que la production d’un unique modèle ne peut pas garantir du travail à l’ensemble des trois milles qui sont encore à la porte de l’établissement de Pomigliano et des autres installations dépendantes.”

A ces trois milles cols bleus au dehors, il faudra (avant le 28 novembre) soustraire 19 ouvriers dont la Cours d’Appel de Rome à imposé le réembauchage par la Fiat. 19 ouvriers qui n’ont pas remis les pieds à l’usine depuis le jours du référendum, et qui pour y entrer seront de toute façon contraints à signer le nouveau contrat avec l’entreprise. Et cela concerne aussi Di Luca, “mais nous signerons ces contrats en tant qu’ouvriers, dit-il, il s’agira de contrats individuels, qui ne concerne pas la Fiom. De toute façon, le syndicat sera libre d’exercer tous les droits contenus dans le titre trois du statut des travailleurs . constitution des Rsa, assemblées, référendum, transfert des dirigeants des Rsa, journées de disponibilités payées et non payées, droit d’affichage, subventions syndicales et locaux pour la représentation syndicale”. Tout comme avant le référendum, en somme. comme si ces deux dernières années n’avaient jamais existées.

 

  • ·FIM CSL :  Federazione Italiana Metalmecanica (syndicat type CFTC ou CFDT de maintenant)
  • ·**Rsa : délégués syndicaux permanents dans l’entreprise
  • ·*** FIOM : Federazione Italiana Operai Metalmecanici (syndicat de la CGIL) (type CGT)

**** Référendum :  imposé par Sergio Marchione (actuel dirigeant de FIAT) avec le chantage ou vous êtes d’accord avec les nouveaux contrats ou je ferme l’entreprise.

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