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L’Espagne et la Théorie de la communisation:Passé et Présent

Traduction d’un texte préparatoire à une réunion qui s’est tenue en novembre 2014

L’Espagne et la Théorie de la communisation:
Passé et Présent:
Federico Corriente

«[…]Si je m’en souviens bien, le mot en lui-même a surgi entre 1972 et 1974 parmi certaines personnes critiques envers l’IS, la Gauche allemande et italienne, etc., mais inspirées par celles-ci. Peut-être que la première personne à l’employer a été Pierre Guillaume, le libraire (et ex-membre de Socialisme ou Barbarie) de la Vieille Taupe (c’était le nom de la librairie). En tout cas, il a été le premier a donner à ce concept toute son importance. Ce terme a peut-être été forgé par Dominique Blanc, alors principal animateur du groupe La Guerre Sociale, et auteur d’un essai très stimulant et pionnier, Un Monde sans Argent…Ce qui est dommage c’est que cette notion si décisive n’ait pas été réellement développée par le petit milieu qui en a été à l’origine, ce qui semblerait être un indice de la faiblesse du mouvement communiste (en tant que mouvement social, et non d’individus comme toi et moi).
[…]De toutes façons, je n’ai jamais fait que me heurter à de l’hostilité de la part des héritiers de la Gauche germano-hollandaise, de ICO et dernièrement de Echanges et Mouvement. Je suppose que leur agressivité procède d’une profonde incompréhension. S’inspirer autant de Bordiga que de Pannekoek devait leur faire la même impression que des travelos à ma mère».

Correspondance entre une fraction du collectif Riff-Raff et Gilles Dauvé (alias Jean Barrot) -Riff-Raff #7 [1], (Mars 2004)

Préliminaires: communisation et ultra-gauche

Peut-être qu’un article sur le procès de la gestation de la théorie de la communisation à partir de ses origines dans la critique de l’Ultra-gauche en Espagne devrait commencer par l’un ou l’autre des homologues espagnols des grands théoriciens révolutionnaires -Luxembourg, Gorter, Pannekoek et Bordiga- qui rentrèrent en lice lors du cycle mondial de luttes ouvrières révolutionnaires débutant en 1917. Malheureusement pourtant, pas un seul nom ne nous vient à l’esprit. Ce fait est en lui-même frappant, surtout lorsque l’on considère que lors de la Sainte Année 1917 l’Espagne fût le théâtre d’une grève générale révolutionnaire, et que selon Guy Debord, dans La Société du Spectacle, la Révolution de 1936 créa supposément «la tentative la plus avancée d’un pouvoir ouvrier qui ait jamais eu lieu». Si cette assertion est exacte, il ne reste plus qu’à se demander pourquoi ce soulèvement révolutionnaire n’a pas eu d’impact théorique contrairement à la Russie, l’Allemagne ou l’Italie. Cependant, l’énorme bibliographie à propos de la «Révolution espagnole»- dont les meilleurs ouvrages ont été significativement écrits presque en totalité par des auteurs étrangers-, cette absence paraît confirmer la sentence bordiguiste selon laquelle les événements espagnols de 1936 n’ont fait que corroborer en négatif les leçons théoriques apprises bien des années auparavant par la Gauche communiste en Allemagne comme en Italie.

Au lieu d’attribuer ce vide théorique à une sorte de «misère intellectuelle» hispanique endémique, ce manque d’envergure conceptuelle s’explique -au moins en partie- par le fait que tous les révolutionnaires européens mentionnés ci-dessus ont dû faire face aux défis que la transition capitaliste de la subsomption formelle à la subsomption réelle[2] posa au mouvement ouvrier international, alors qu’en Espagne l’étape décisive de cette transition n’advint que lors du «plan de stabilisation»
franquiste en 1958[3]. (Ce qui pourrait expliquer également l’absence, en France de théoriciens d’importance au cours des années 1950).

Par contre, la «Révolution espagnole» a énormément contribué à la consolidation de la crédibilité idéologique de l’opposition fascisme/anti-fascisme, toile de fond idéologique de la 2ème Guerre Mondiale qui prépara le chemin de la transition globale entre subsomption formelle et réelle sous hégémonie étatsunienne. Au passage, en prônant les vertus de la «démocratie ouvrière» et de «l’autogestion», le «court printemps de l’anarchie» donna aussi à la gauche non-stalinienne l’image durable d’une solution «anti-autoritaire» à l’énigme de l’abolition du capitalisme. De ce point de vue, il convient de considérer la mythification épique du versant «révolutionnaire» de la Guerre Civile espagnole comme l’un des climax de la célébration non critique du «côté invaincu» qui accompagna présumait-on les luttes ouvrières durant la période 1917-1968.

Bien loin de couronner enfin ce «côté invaincu» (les conseils, la démocratie directe, la lutte contre la bureaucratie syndicale) en tant que clé de voûte d’une nouvelle vague révolutionnaire, Mai 68 et les années immédiatement postérieures furent le chant du cygne du mouvement ouvrier et de son axe principal, l’affirmation du pouvoir de la classe ouvrière. De fait, l’une des leçons fondamentales de Mai 68 fut que par la suite la révolution communiste devint de moins en moins une question de «pouvoir ouvrier» pour devenir une question de subvertir et transformer conjointement les sphères de la production et de la vie quotidienne. Ce qui, pour les mêmes raisons, exigeait d’aller au-delà des problèmes d’organisation, de gestion et de prise des décisions comme l’alpha et l’oméga de toute activité révolutionnaire. Lentement, mais inexorablement, la notion de ce que supposait l’abolition du capitalisme commença à muter de manière radicale. En reconnaissant qu’opposer le modèle du parti d’avant-garde léniniste à des formes d’organisations ultra-démocratiques et anti-autoritaires n’allait pas au fond du problème, et ne fut qu’un premier règlement de compte, s’ensuivit le rejet de toute «période de transition» après une «conquête ouvrière du pouvoir». Cette notion fut remplacée par le concept de communisation, c’est-à-dire, la prise immédiate de mesures communistes afin d’entreprendre simultanément l’abolition du prolétariat et de miner les bases matérielles de la contre-révolution.

À l’instar d’autres points d’inflexion dans l’histoire du mouvement communiste, les innovations théoriques formulées dans la décennie des années 1970 n’étaient pas dues aux fantaisies d’une poignée de refaiseurs de monde, mais des conclusions tirées de nouvelles caractéristiques et formes des luttes de classes à ce moment-là, telles que la propagation du sabotage, l’absentéisme et autres formes de refus du travail, ainsi que l’apparition de nouvelles luttes hors de la sphère des lieux de production, émeutes des ghettos, mouvement féministe, mouvements des prisonniers, écologie, mouvement anti-nucléaire. Tous ces mouvements peuvent être considérés comme autant d’attaques de la centralité du travail et de l’identité ouvrière comme base de la révolution sociale, et firent leur apparition au moment-même où la dévalorisation globale du capital était en train de mettre un terme à l’expansion de la classe ouvrière productive.

Il en résulta que l’on considéra de plus en plus que l’antagonisme de classe était seulement l’une des formes par lesquelles le capital configurait l’accès inégal au travail salarié et les multiples antagonismes que celui-ci engendre, conjointement à d’autres facteurs tels que la race, le genre, la sexualité ou la nationalité. En même temps, la crise de l’identité ouvrière fut également le début de la fin du mensonge selon lequel la caractéristique définitoire des prolétaires -à savoir leur séparation mutuelle et leur atomisation- pouvait être dépassée par une action politique quelle qu’elle soit. Le prolétariat, argumentait-on alors, pouvait uniquement en finir avec cette séparation en détruisant activement les fondements de sa propre existence en tant que classe. Une autre conséquence du rejet de l’identité ouvrière fut que les notions de «conscience de classe» et «d’organisation révolutionnaire» furent problématisées et attaquées en tant qu’instruments grâce auxquels les rackets politiques prospéraient et faisaient du prolétariat (comme sujet et comme représentation) leur «équivalent général» et leur monnaie d’échange.

Bien que non limitée aux nations capitalistes les plus avancées, la montée des attaques contre le travail trouva son expression théorique la plus claire aux USA, France, Italie et Royaume-Uni. Des textes pionniers tels que celui de 1973 Lip et la contre-révolution autogestionnaire du groupe Négation, (publié en 1975 à Détroit par Black and Red), Lordstown 72 ou Les déboires de General Motors, pamphlet de 1973 Des Amis de 4 millions de Jeunes Travailleurs, ou la brochure de 1978 Refus du travail, faits et discussions d’Échanges et Mouvement (édité en 1979 au Royaume-Uni)-dont aucun ne fut, significativement, traduit en castillan- ces textes rendirent compte tant du «refus du travail» qu’ils déclenchèrent horreur et incompréhension au sein de l’ultra-gauche conseilliste et bordiguiste «installée».

Il y aurait, sans doute, beaucoup à apprendre de l’étude des crises qui ont déchiré le milieu de l’ultra-gauche français au début des années 1970, et qui, d’une certaine manière, anticipèrent le événements -bien plus connus- qui se dérouleront quelques années plus tard en Italie. Le fait que l’on connaisse si mal et que l’on ait si peu écrit à propos de cette turbulente période, ne doit rien à son manque d’intérêt, mais doit tout, en revanche, à l’intérêt du milieu actuel des héritiers de l’ultra-gauche d’éviter d’évoquer une étape gênante de leur histoire. Si la crise de l’ultra-gauche a bien fait disparaître pour toujours une multitude de groupes, d’autres en se regroupant évoluèrent en groupuscules néo-orthoxes combinant les principes du bordiguisme avec les legs du conseillisme germano-hollandais tout en s’efforçant d’éradiquer de leurs rangs la corrosive influence de la critique situationniste du militantisme et de la vie quotidienne, taxant précipitamment et sans nuances les intellectuels qui s’en inspiraient de «petits-bourgeois contestataires».[4]

Les premiers balbutiements de ce que l’on pourrait nommer « théorie de la communisation originelle » commencèrent comme une critique des limites du conseillisme et de l’auto-organisation ouvrière au sein du réseau français ICO (Informations et Correspondance Ouvrières), issu d’une scission de Socialisme ou Barbarie en 1958 [5]. ICO groupaient des militants ouvriers de différents courants politiques -anarchistes, marxistes, ou sans affiliation déterminée- réunis par de fortes convictions autour de la lutte de classe et par l’hostilité à l’élaboration d’une théorie cohérente qui, selon eux, ne pourrait que conduire à la domination par une «élite» intellectuelle, c’est-à-dire à la «bureaucratie».

Il est clair que le rôle de ICO en Mai 68 fut plutôt lamentable: conformément à ses principes fondamentaux, cela se limita à des réunions quotidiennes à l’Université de Censier, faisant circuler les «infos» sans prendre aucune part dans des actions collectives ni participer à la coordination des comités, sous prétexte que ces comités ne représentaient pas la majorité des travailleurs. Pratiquement, à cause de sa volonté de «purisme» en tant que groupe ouvrier d’avant-garde, ICO finit par condamner ce qui était précisément l’aspect le plus subversif de Mai 68: la mise en rapport d’ouvriers radicaux de diverses minorités hors du lieu de travail, ainsi que les contacts de ceux-ci avec des révolutionnaires non-ouvriers (anecdotiquement, il n’est pas sans intérêt de noter que le syndicat stalinien , CGT ait eu recours au même type d’argument «ouvriériste» pour dénoncer les tentatives des comités d’établir des relations avec des travailleurs en grève dans différentes entreprises).

Auparavant, ICO avait été critiqué par l’Internationale Situationniste à plusieurs reprises, au départ fraternellement, puis de plus en plus sévèrement. En septembre 1969, René Riesel résuma comme suit ces critiques dans le dernier numéro de la revue:

Quelques organisations existent aujourd’hui, qui prétendent sournoisement ne pas en être. Cette trouvaille leur permet à la fois d’éviter de se soucier de la plus simple clarification des bases sur lesquelles elle peuvent rassembler n’importe qui (en l’étiquetant magiquement «travailleur»); ne rendre aucun compte à leurs semi-membres de la direction informelle qui tient les commandes; de dire n’importe quoi et surtout de condamner en amalgame toute autre organisation possible et tout énoncé théorique maudit d’avance.[…] Si l’on compte seulement, en idéaliste sur le «concept» de Conseil ou, ce qui est plus euphorique, sur l’activité pratique d’ICO, pour «exclure toute idéologie» dans les Conseils réels, on doit s’attendre au pire: on a vu que l’expérience historique ne justifie aucun optimisme de ce genre.
Préliminaires sur les Conseils et l’Organisation Conseilliste. I.S. N°12, septembre 1969.

Au cours de la période qui suivit ICO fut soumis continuellement à des critiques implacables, le plus souvent de la part d’individus et de groupes qui s’étaient joints au réseau après Mai 68 et qui le quittèrent ensuite[6]. La critique la plus connue et la plus incisive fut le texte de Jean Barrot (Gilles Dauvé) datant de 1969 -publié à Bilbao par Zero-zyz en 1976 sous le titre Leninismo et ultraizquierda- «Sur l’idéologie ultra-gauche (Léninisme et ultra-gauche)». Trois années plus tard, dans un article dans le premier numéro de la revue Le Mouvement Communiste (avril 1972)[7], Dauvé résumait les procédés en cours durant la réunion nationale de ICO en 1969 par la «direction informelle» du groupe pour éviter tout débat sur le texte mentionné plus haut:

Malgré le fait que le texte fut explicitement adressé à ICO, au cours des débats il ne fut jamais critiqué par les membres d’ICO. Ils laissèrent à un groupe «d’anarchistes» (nous utilisons ce terme, faute de mieux, et sans connotation péjorative habituelle chez les marxistes) le soin de nous attaquer de la manière la plus confuse qui soit. Si le léninisme n’avait pas existé, c’est alors qu’il aurait fallut l’inventer, tant il constituait le seul élément qui réunissait clairement les gens qui étaient là. Les comptes rendus officiels de la réunion reproduisirent ensuite le texte, ils exhibaient aussi le résumé d’un débat qui n’eût jamais lieu en réalité. Cette façon d’esquiver la critique est d’autant plus aisée que ICO prétend ne pas être un «groupe» dotée de sa « propre théorie». Rien de pire que la bureaucratie informelle secrétée par la démocratie institutionnelle. […] Il existe une foule d’exemples montrant que ICO «boîte aux lettres» est un mythe, et on peut dire de même pour ICO «espace de débat». A ICO, l’on peut débattre de tout, sauf de ce qui poserait la question de la nature même du groupe.

Ultérieurement, peut-être afin d’éviter d’être mis sur le même plan que la légion des intellectuels «modernistes» qui au cours de cette période se vouèrent avec beaucoup d’auto-satisfaction et de narcissisme à «révolutionner la théorie révolutionnaire», Dauvé choisit de ne pas trop accentuer les innovations théoriques qui entourèrent ces scissions. Il se peut, comme il le remarque lui-même, que cela puisse être interprété comme un «signe de faiblesse de la part du mouvement communiste», ou bien et ça revient au même, à dire que la période tournait plus autour de la mort de l’ancien que de la naissance du nouveau.[8] Une grande part de l’activité de Dauvé pendant ces années-là a consisté en un règlement de compte avec le passé et à faire circuler en même temps l’héritage des gauches communistes italienne et germano-hollandaise- connues en grande partie grâce aux efforts de publication de la revue néo-borgiguiste Invariance de Jacques Camatte- dans le but de contribuer à la critique des limites pratiques auxquelles se sont confrontés les éléments révolutionnaires immédiatement après Mai 68. Il est très possible, bien sûr, que cela explique pourquoi les textes de Dauvé circulèrent de façon relativement large (et qu’ils aient été traduits) par des groupes ou des individus dont les antécédents, les modes de penser et les activités, étaient bien plus proches des perspectives de l’ancienne ultra-gauche (ou de l’anarchisme) que celle des représentants contemporains de la «théorie de la communisation», tels que Théorie Communiste et Endnotes. En tout cas, à ce moment-là et pendant plusieurs années, il ne semble y avoir eu aucune conscience de la profondeur de la rupture produite.

Entre-temps, ICO arriva au bout du rouleau en 1973, et à partir des survivants et de quelques-uns de leurs contacts internationaux naissait en 1974-1975 Échanges et Mouvement. Cependant, au-delà de l’insistance générale sur «l’autonomie» comme trait distinctif séparant le «Nouveau Mouvement» de l’«Ancien Mouvement» – manière de parier gagnant et d’éviter de se prononcer de façon concluante à une époque au cours de laquelle les nouveaux mouvements sociaux ne cessaient d’attaquer la centralité de l’identité ouvrière-, il ne semble pas que la transition de ICO à Échanges ait été accompagnée par un renouvellement théorique substantiel:

Échanges n’est pas un groupe au sens traditionnel du terme dans le milieu gauchiste. La manière la plus exacte de définir Échanges serait de l’appeler «réseau»[…]
Les rapports entre ces groupes et ces individus existaient déjà auparavant, et dans la majorité des cas depuis très longtemps. Il y avait beaucoup d’individus de par le monde occidental qui étaient en contact avec ce noyau, et les liens entre eux ne consistait pas uniquement en publications ou échanges de correspondances, mais également en réunions internationales. Une de ces réunions avait produit le matériau d’un feuillet exposant plus ou moins les positions communes des militants mentionnés. Ce feuillet, intitulé «Nouveau Mouvement», constituait le lien idéologique entre eux.[…]
Les participants au projet décidèrent de ne pas s’ennuyer à clarifier les points de vues qu’ils partageaient (ce qui d’habitude accompagne la naissance d’un nouveau groupe), et acceptèrent l’accord tacite pré-existant.[…]
Nous avons peu de notions préconçues et fixes qui limiteraient notre compilation d’informations ou d’analyses relatives aux sens des luttes de classes actuelles ou aux formes que ces conflits prendront dans le futur. Ce qui importe ce n’est pas ce que pensent les travailleurs – même au sujet de leur propre lutte – mais ce qu’ils font réellement et le sens réel de cette activité. Nous pensons que nous devons apprendre de ces luttes et prendre en compte leurs liens avec le mouvement général des luttes et avec la situation du capitalisme dans son ensemble. Conséquemment, nous méprisons le recours aux lanternes, à la rhétorique creuse ou les proclamations auto-complaisantes, les propositions de «conseils» ou de «leçons» aux travailleurs. Nous considérons que cette attitude comme une conception élitiste aspirant à utiliser les luttes ouvrières. (Ce qu’est Échanges et Mouvement en tant que groupe?)

En toute état de cause, les crises de ICO et la fondation ultérieure d’Échanges méritent d’être examinées car les deux groupes ont été profondément affectés par ces crises qui engendrèrent la théorie de la communisation, mais aussi parce que toutes deux furent pionnières du «point de vue organisationnel» préféré par la majorité des militants et des activistes contemporains: «l’autonomie». Ce terme dont le sens a considérablement évolué dans le temps, faisait allusion à ses débuts, à l’autonomie des travailleurs par rapport aux partis politiques et aux syndicats; puis il a désigné l’autonomie des différentes fractions du prolétariat -les femmes et les minorités ethniques- par rapport à la «classe ouvrière» dans son ensemble, pour finalement signifier un regroupement horizontal de militants se consacrant à des projets «autonomes» et n’ayant que peu, ou aucun, rapport avec les secteurs non-activistes de la population, tout en enjoignant leurs pairs de s’organiser démocratiquement entre eux afin de faire converger ces sphères d’activités (et d’activisme) séparées.

Dans un texte récent, Dauvé fait quelques remarques intéressantes sur la pertinence de ce point de vue par les temps qui courent, alors que la construction des partis a été remplacée par «la prise de conscience», et que la majorité des activistes ont cessé de centrer leurs efforts sur les recrutements et l’embrigadement des nouveaux venus, mais n’ont pas cessé de croire, qu’en tant que dépositaires de la conscience, ils ont comme mission spéciale d’informer:

[…] Informations et Correspondance Ouvrière (1961-1973), et aujourd’hui Échanges et Mouvements disaient n’avoir aucune théorie sauf que seuls les prolétaires pouvaient déterminer leurs propres méthodes et leurs propres objectifs. De la même façon, des milliers d’ Infokiosques et de collectifs Indymédia disent n’avoir aucune doctrine spécifique (marxiste, anarchiste, écologiste, féministe, ou autre), et proclament que leur seule finalité est de servir de lieu de rencontre et de centres de communication voués à promouvoir les luttes sociales, avec la différence que le «sujet historique» n’est plus la classe ouvrière, mais le peuple (les fameux 99%). Agissant de la sorte, ils font comme si la « condamnation à l’inexistence» de ICO (I.S.) s’était transformée en condamnation à la présence on-line 24h/24h et 7jours/7jours. Et même alors, l’information demeure la priorité principale, et bien souvent avec des caractéristiques semblables à celles des médias «bourgeois»: flux constant de données, surcharge informative, ainsi qu’obsolescence et sensationnalisme…«The bitter victory of council communism»,
(http://libcom.org/library/bitter-victory-council-communism-gilles-dauve.)

Pour finir, il est intéressant de signaler le livre Nihilist Communism [9], dont les auteurs, sous le pseudonyme de M. Dupont, notent la continuité de ces politiques organisationnelles et théoriques avec les pratiques de la politique démocratique et du « gauchisme de toujours » lorsqu’ils indiquent que le point de vue d’Échanges n’est pas seulement «modeste», mais aussi très convenable pour maintenir les relations de bon voisinage avec le milieu révolutionnaire «installé»:

[…]Échanges dit que «son activité…pourrait finir par être utile à d’autres», mais ne cherche pas réellement ce que cela signifie profondément. Une des raisons pour lesquelles Échanges ne cherche pas à savoir ce que cela dit de son activité pourrait être que ce qu’ils pourraient faire vraiment, en accord avec leur propre logique, c’est d’aller à l’encontre de la majorité du milieu «révolutionnaire» communiste et anarchiste. La différence entre Échanges et le reste du milieu communiste tourne autour du concept de «conscience» qu’Échanges rejette presque totalement. Porter la logique de son raisonnement dans l’arène du milieu communiste, comme argument explicite, supposerait d’être totalement rejeté par celui-ci.[…] Suivre ce chemin théorique mène à se rendre compte que dans cet aspect important la différence réelle entre les projets de l’anarchisme et ceux de la plus grande partie du communisme et de leur supposé ennemi mortel, le léninisme, est faible. Si l’on arrive à cette conclusion l’on perdra la plupart des «amis» que l’on a dans le milieu. C’est ce qu’Échanges semble avoir essayé d’éviter, et d’ailleurs c’est bien grâce à cela qu’ils sont parvenus à conserver un certain respect dans le milieu communiste au cours des années.

Entre l’Internationale Situationniste et la Vieille Taupe: Le MIL

Étant donné que la vague espagnole de grèves de la fin de la décennie des
années 1960 et du début des années 1970 fut contemporaine du cycle de luttes à l’origine de la théorie de la communisation, il est logique de penser qu’il y eût, au moins à un certain niveau, un contact entre les révolutionnaires espagnols du moment et les pionniers de la théorie de la communisation. Les interlocuteurs hispaniques de ce dialogue ne furent autres que les membres du Movimiento Ibérico de Liberación, groupe «d’agitation armée» connu surtout à cause de l’exécution par l’État Espagnol de Salvador Puig Antich en 1974. Pourtant, l’histoire et les activités du MIL sont dignes d’intérêt en elles-mêmes car elles sont l’expression des faiblesses et des contradictions plus générales du mouvement ouvrier autonome espagnol des années 1970 qui était en train de rompre avec les organisations de la gauche espagnole.

En choisissant délibérément le terme « agitation armée » pour se détacher de la notion qu’ils constituait une sorte « d’avant-garde armée », le groupe voulait démontrer qu’il n’avait pas la volonté de diriger la révolution et que l’unique finalité des braquages auxquels il avait recours était de financer les activités destinées au soutien des luttes ouvrières dans la région de Barcelone. Cependant, on ne peu nier -malgré ce qu’il en pensait lui-même-étant donné qu’ils espéraient que des « noyaux armés » tel que le sien prolifèrent au sein du mouvement ouvrier et « accélèrent » la lutte des classes, que le MIL avait une conception clairement avant-gardiste de son rôle. En effet, alors que les groupes léninistes tentaient d’introduire la « politique » dans les luttes dites « économiques », le MIL aspirait à « radicaliser » ces mêmes luttes à travers son exemple en leur fournissant des fonds expropriés.

Avec le temps, la contradiction entre le projet initial de 1969 et la réalité de ce qu’était devenu le MIL -à savoir, un groupe de révolutionnaires professionnels spécialisés- fut critiqué dans ses propres rangs, et en Août 1973 le groupe annonça sa dissolution dans un document public dans lequel il affirmait, entre autre: « […] l’organisation politique, le militantisme, le moralisme, les martyrs, les sigles, et notre propre étiquette appartiennent désormais au Vieux Monde ». Malheureusement, cependant, les auteurs de ce document considérèrent la dissolution du groupe plus comme une manière d’éviter que celui-ci fut « récupéré » comme vedette* collective que comme auto-critique de sa pratique antérieure : au lieu d’en tirer la conclusion que les noyaux permanents spécialisés dans la violence étaient superflus, ils considérèrent que dorénavant de tels noyaux devaient agir de « manière autonome », c’est-à-dire, de manière informelle, diffuse et décentralisée.

En tout et pour tout, malgré sa perspective théorique générale « situationniste » et ses illusions sur « l’agitation armée », le MIL fut clairement influencé par les prédécesseurs de la théorie de la communisation contemporaine, comme le démontre la correspondance entre le groupe et les membres de la librairie parisienne La Vieille Taupe. Comme le soutient Sergi Rosés dans « Un Esbozo de la historia del MIL» ( Une ébauche de l’histoire du MIL ) :

[…] il est indubitable que les inspirations théoriques du MIL se soient trouvées là [ dans le communisme de conseils, le bordiguisme, et le situationnisme], et non dans l’anarchisme comme on s’est plu à le répéter et qu’on le répète encore. Dans ce devenir théorique du groupe, dans lequel Santi Soler est le personnage clé, apparaît l’ un des facteurs importants mais aussi les plus ignorés de son histoire, le rôle de clarification et d’orientation théoriques qu’eurent les membres d’un groupe informel se réunissant à la Vieille Taupe vis-à-vis du MIL. Cette librairie est non seulement la source la plus importante des textes théoriques qui influencèrent le MIL, mais certains de ses membres, notamment Pierre Guillaume et surtout Jean Barrot, devinrent les principaux interlocuteurs avec lesquels étaient discutés ces textes et la situation politique générale. Barrot établit une relation notable avec Santi Soler et fut une influence constante dans les questions théoriques, jouant même un rôle lors de la dissolution du groupe en 1973. [10] . (http://old.kaosenlared.net/noticia/un-esbozo-de-la-historia-de-mil)

Compte tenu de ce qui précède, il est franchement surprenant que dans le corpus déjà très nourri des œuvres existantes sur l’histoire du MIL, personne ne semble avoir signalé jusqu’à présent que l’une des phrases les plus fréquemment citée par ce groupe – « l’organisation est l’organisation des tâches »- soit apparue pour la première fois dans la revue Le Mouvement Communiste en avril 1972, dans le même article où Dauvé critiquait dans ICO et la démocratie ouvrière, outre l’impasse du fétichisme organisationnel et la concurrence politique entre révolutionnaires, comme autant d’expressions de la réalité dominante. Mieux, Rosés Cordovilla – sans doute le plus sérieux et consciencieux des historiens du MIL- attribue non seulement cette sentence à Santi Soler, mais aggrave encore la confusion en opposant « l’influence bordiguiste » de son véritable auteur, Dauvé – soi-disant exprimée par le fait que ce dernier continue à « utiliser le terme ”parti” »- aux conceptions organisationnelles de Soler [11].

Il est vrai qu’aucun des autres groupes autonomes existant à ce moment-là en Espagne, ou actifs au cours des années immédiatement postérieures ne s’aventura à questionner des concepts tels que l’organisation révolutionnaire ou la conscience de classe ; il est néanmoins tout aussi exact qu’à la différence des groupes français ou italien Négation et Ludd, par exemple, le MIL ne proclama jamais explicitement « la fin du mouvement ouvrier », perspective qui eut parue quelque peu prématurée dans une Espagne en pleine apogée du mouvement des assemblées, et où les luttes radicales non centrées dans les lieux de travail continuaient d’être une rareté.

À la lumière de ce qui précède, il serait tentant de contraster les perspectives et les activités « accélérationnistes »(sic) du MIL avec la tournure que prirent les événements ailleurs, surtout en Italie, où au fur et à mesure que l’élan subversif dans les usines commençait à faiblir, de nombreux révolutionnaires commencèrent à donner la priorité aux luttes ayant cours dans la sphère de la reproduction sociale, à prendre progressivement leurs distances avec classe ouvrière industrielle à et adopter une perspective « immédiatiste » orientée à « vivre le communisme » ici et maintenant. Cela entraîna quelques-uns de ces groupes à théoriser les pratiques illégalistes comme la forme la plus cohérente du refus du travail (face à la perspective du MIL, qui justifiait ces pratiques au nom de « l’appui »aux luttes ouvrières et pour accélérer la venue de la révolution ). Paradoxalement,, dans le contexte italien la critique situationniste du « sacrifice » conduisit à la substitution de la morale militante par des exigences abstraites de « radicalité » dans le cadre d’une idéologie d’une « autonomie » toujours plus individualiste. Conséquemment, les tâches de transformation sociale – jusqu’alors subordonnées au succès du processus révolutionnaire dans son ensemble – finirent par dépendre alors de la « capacité » de l’individu à critiquer la vie quotidienne, et du degré de « rupture » de celui-ci d’avec « le mode de vie dominant ». À mesure que les perspectives révolutionnaires s’évanouissaient, ce point de vue dériva en une perspective sectaire caractérisée par une hostilité envers la classe ouvrière – considérée comme « contre-révolutionnaire »-, la défense de la délinquance comme seul mode de survie respectable et la mise à l’épreuve des nouveaux membres à des rites initiatiques et à des « examens de radicalité ».

En Espagne, au contraire, la « transition démocratique » commencée en 1976 (c’est-à-dire, la stabilisation du capitalisme avec l’appui des principales organisations politiques et syndicales de gauche ) coupa court à toute convergence potentielle de la lutte ouvrière avec les balbutiantes luttes qui commençaient dans la sphère de la reproduction et la « critique de la vie quotidienne ». C’est la raison pour laquelle ces dernières, au lieu de prolonger une offensive ouvrière désormais contenue, acquirent une forte empreinte de repli imposée par la stabilisation politique et la crise économique. Ce qui explique que l’explosion contre-culturelle étroitement liée à des publications libertaires telles que Ajoblanco, Star ou Bicicleta ait fusionné rapidement avec des phénomènes de désenchantement et de pasotismo (je-m’en-foutisme), mélange d’indifférence, d’animadversion, et de cynisme vis-à-vis tant des nouvelles institutions, que dans la possibilité de changer le monde, ajoutée à une volonté subjective de refuser de travailler autant que possible.

À mesure que la « transition démocratique » avançait de nombreuses personnes qui avaient participé au mouvement ouvrier autonome des années 1970 – parmi eux quelques-uns des membres du MIL- choisirent de participer de façon « critique » à la refondation de la CNT, stratagème d’auto-défense collective qui espéraient-ils les épargnerait de payer le prix d’un échec historique. Ce qui, en soi en dit long sur les limites du mouvement autonome espagnol des années 1970 [12]. Le résultat fut un fiasco catastrophique, et en 1979 la majorité de ces individus et de ces groupes avaient été chassés de l’organisation ou l’avaient abandonnée.

Le MIL n’eut pas de continuateurs, mais une part de son projet pour « une bibliothèque socialiste » fut adopté par Etcétera et finit par être publié sous le titre « Crítica de la Política ». D’ailleurs, selon Sergi Rosés, au milieu des années 1970, Santi Soler, ex-théoricien du MIL fut l’un des fondateurs de Etcétera. L’influence des précurseurs de la théorie de la communisation contemporaine était évidente, tant dans les titres choisis que dans les brèves introductions théoriques qui servirent de prologue à ces textes (entre autres, Un mundo sin dinero 1 et 2 -Un monde sans argent 1 et 2-, les Glosas critícas marginales sobre el artículo « El rey de Prusia y la reforma social. Por un prusiano. – Gloses marginales critiques sur l’article « Le roi de Prusse et la réforme sociale. Par un Prussien» de Marx traduit par J.Camatte et publié dans la première série d’Invariance, ainsi qu’une paire d’articles d’A. Bordiga sous le titre de La ilusíon democrática -L’illusion démocratique).

Un bon exemple de cette influence est celle apparaissant dans l’avertissement contenue dans l’introduction au feuillet de Etcétera datant de 1979, Apuntes sobre la autonomía obrera -Notes sur l’autonomie ouvrière-, une collection de textes sur la question de « l’autonomie » très en vogue à ce moment-là, qui incluait une traduction de « Nuevo Movimiento »- Nouveau Mouvement- d’Henri Simon, ainsi qu’un texte du groupe Collegamenti sur le mouvement italien de 1977 :

Si nous étions attentifs à la période de désenchantement croissant au sein du militantisme que nous pouvons observer autour de nous et à sa signification profonde, nous comprendrions que le phénomène que nous avons sous nos yeux constitue justement l’inverse d’une ALTERNATIVE. L’AUTONOMIE n’est pas tant un point de départ qu’un résultat que ne sauraient tarder à questionner, tous ceux qui aujourd’hui encore s’obstinent à suivre le sentier de la politique, quand bien même il s’agisse de la politique autonome, ou de la politique libertaire.

Pourtant, depuis sa création, le groupe barcelonais qui commença à publier en 1983 le bulletin Etcétera – malgré quelques affinités initiales avec La Guerre sociale – entreprit un amalgame théorique éclectique qui assortissait la perspective générale de l’ancienne ultra-gauche conseilliste (en bonne part déjà convertie à l’évangile de « l’autonomie » ) à des points de vue anti-technologiques de publications telle que The Fith State et Radical Science [13]. D’où l’inexistence d’une quelconque continuité entre la série « Crítica de la Política » publiée par le groupe Etcétera -dans laquelle l’influence des précurseurs de la théorie de la communisation est évidente- et les réflexions contenues dans le bulletin du même nom qui, au-delà de l’adhésion générale à une perspective générique « autonome », et sauf indication expresse du contraire, doivent être considérées, à l’instar d’Échanges et Mouvements, strictement comme des opinions individuelles.

Le dernier exemple important de l’influence de la théorie de la communisation précoce pendant presque deux décennies coïncida avec la parution de Marxismo : señas de identidad [14] -Marxisme : signes d’identité-, un bref opuscule écrit en 1980 par l’ex-théoricien du MIL Santi Soler. Rédigé dans un style enlevé et accessible, et ouvertement présenté comme un essai d’établir un bilan de la défaite de la génération des années 1970, le livre voulait revendiquer en même temps « la valeur d’usage » de la théorie marxiste dans une perspective libertaire. Dans cet ouvrage, outre la présentation de Bordiga et des Situationnistes, Soler intercalait dans ses commentaires de fréquentes citations de Dauvé, ainsi que des références à Camatte et au projet Etcétera. À propos de la théorie de la conscience séparée comme alibi justifiant le pouvoir des rackets politiques, Soler écrivait :

Mais il y a des formes plus subtiles d’établir des savoirs séparés, des formes apparemment « non-idéologiques ».[…] si le thème de la conscience de classe ne se réfère pas à une activité pratique, à la vie réelle de la classe ouvrière, si elle implique une sorte d’intellectualisme ou de savoir séparé, il importe peu que le déguisement utilisé soi Lukcas ou Lénine.[…]
Sous le jeune Lukcas se cache précisément le cauchemar bolchévique-léniniste, sous la conscience en tant que théorie séparée ce qui existe vraiment c’est le pouvoir séparé, ou pour le moins son ultime justification.[…]
Ce qui occulté, en fait, derrière tous ces prétextes – « théorie socialiste », « conscience de classe », « autonomie ouvrière », « organisation de conseils », etc. -n’ a rien à voir avec l’auto-réalisation du prolétariat : celle-ci passe indéfectiblement par son auto-abolition.
[…] Il n’y a pas de prétexte qui vaille pour nous faire admettre une autre notion organisationnelle qui ne soit la pure et simple « organisation des tâches ». Ni militantisme, ni sigles, ni bien entendu, martyrs et mythes[…] L’organisation est l’organisation des tâches : c’est aussi simple que ça.

Postérieurement, rien ne sera publié en Espagne relativement à Dauvé et Cie. pendant presque vingt ans, jusqu’à ce que les éditions Klinamen, surgissent en 2003 du milieu anarchiste madrilène du moment, et commencent à redécouvrir et à publier des textes sur les mouvements prolétariens de la décennie 1970.

Le moment actuel : après le 15-M et « Los indignados »

L’une des principales répercussion du mouvement 15-M (15 Mai) fut que la question des limitations de l’auto-organisation ainsi que celle des limites de la politique se reposèrent alors, bien que dans des conditions radicalement différentes. Les nouvelles formes de protestation qui entrèrent en lice en Mai 2011 représentent une première réponse massive à la restructuration capitaliste commencée dans les années 1980 qui a déplacé progressivement l’axe des luttes sociales du terrain de la production à celui de la reproduction sociale (qu’il suffise de penser, par exemple, à toutes les répercussions qu’a eu l’entrée massive des femmes dans le marché du travail) et qui en dernière instance est à l’origine de la crise politique actuelle[15]. Malgré le fait qu’apparemment ces luttes manquent du dynamisme historiquement associé aux luttes ouvrières et continuent à être de nature inter-classiste et politique, ces mouvements ont concerné toujours plus de population excédentaire, de chômeurs, et d’employés précaires.

Cette prolifération de mouvements auto-organisés qui dénoncent la politique réellement existante au nom d’une demande généralisée de réformes politiques et économiques a surgit à peine quelques mois avant que l’État sous tutelle amende la Constitution espagnole afin d’adopter des politiques fiscales, monétaires et sociales destinées à se plier aux exigences de l’Union Européenne en matière de déficit et de dette, et à couper court conséquemment à toute velléité de retour en arrière. De fait, la crise politique actuelle fut déchaînée à toutes fins utiles depuis le sommet par la classe dirigeante afin d’accélérer les politiques néo-libérales. Conséquemment, les projets de « réforme politique» en concurrence actuellement pour le pouvoir en Espagne sont d’avance pieds et poings liés et, il sera sans doute éclairant de voir quel rôle réel ceux-ci sont en train de se forger dans un futur proche.

Simultanément, le mouvement du 15-M et ses bénéficiaires ont montré toujours plus nettement que l’auto-organisation et l’autonomie ne constituent plus une perspective révolutionnaire, mais une limite contre laquelle le prolétariat va se heurter tant et plus à mesure de l’avancée de la crise et de la nécessité de lutter pour sa propre reproduction. À la fois, et de façon indirecte, ils ont démontré également de manière palpable que le noyau dur des catégories du discours radical des années 60 joue actuellement le rôle d’inoffensive distraction, qui en réalité ne va pas plus loin que le cadre politique du démocratisme radical et de la société établie.

L’exemple qui s’impose pour illustrer cette situation fut la revendication de « démocratie réelle » à laquelle la minorité radicale du 15-M opposa le slogan de « tout le pouvoir aux assemblées ». Si cette opposition exprimait d’une certaine manière l’impasse* entre les fractions « réformiste » et « radicale » du mouvement autour de la tentative d’affirmer une identité commune ( polarisée entre « citoyenneté » et « classe ouvrière » mythifiée ), ce qui est certain est qu’elle y parvint seulement en masquant sa profonde unité sous-jacente. En effet, ce que la dynamique du mouvement des occupations des places et ses suites ont mis en évidence c’est le caractère toujours plus vide de ces alternatives, puisqu’une identité constituante, organisée ou non autour de la classe ouvrière, avait cessé d’être une possibilité réelle. En effet, l’illusion de généralité qui alimente l’activisme,- soit sous la forme du mythe d’une auto-organisation politique généralisée, ou sous celle d’un dépassement de luttes spécifiques convergeant vers une unité politique,- est toujours plus entraîné vers la faillite, et devra in fine imploser en même temps que l’activisme lui-même.

D’ailleurs, « tout le pouvoir aux assemblées » s’est déjà transformé en une consigne commune, non d’une poignée d’ouvriéristes nostalgiques, mais de toutes les forces qui aspirent à perpétuer la politique dans toutes les sphères de la vie et à transformer la totalité de la vie sociale en un « problème de gestion ». Il n’y aucune raison pour que ce point de vue « radical » et les perspectives de ceux qui se sont réunis par exemple autour de Podemos, soit fâchés à perpétuité. Ce qui les réuni c’est la recherche commune de solutions à la crise actuelle sous la forme d’un « pouvoir populaire », indépendamment du fait que l’instrument de ce pouvoir soit un État national démocratiquement « réformé » ou une démocratie directe « pure » engagée par le bas, combinaison dont on peut tout dire, sauf qu’elle soit inédite.

Depuis le laps de temps qui sépare le 15-M du moment actuel, les luttes en Espagne ont avancé dans des aspects modestes mais importants. « Las marchas por la dignidad » – Les marches pour la dignité- qui firent leur entrée à Madrid en Mars 2013, par exemple, furent le cadre d’un retournement de la tendance qui opposait depuis longtemps les manifestations massives et les émeutes. L’une des principale pomme de discorde qui avait lesté le mouvement 15-M, à savoir, le zèle avec lequel le secteur majoritaire du mouvement avait assumé la tâche d’identifier et de livrer à la police les individus présumés « violents » connut enfin son dénouement.

Peu de temps après, en Janvier 2014, les émeutes de Gamonal- qui éclatèrent dans un quartier ouvrier de Burgos, en opposition aux travaux d’urbanisation menés par la mairie sur la principale avenue, alors même que la dépense sociale chutait à pic- suscitèrent des manifestations de solidarité dans tout le pays, marquant leur point d’inflexion lorsque des jeunes prolétaires, des habitants urbains paupérisés et des citoyens lambda sortirent dans la rue dans plus de trente villes. Des affrontements avec la police se produisirent durant deux nuits consécutives à Madrid, alors qu’à Barcelone des « canons à son » furent utilisés pour la première fois afin de disperser les milliers de manifestants qui marchèrent dans le centre-ville le 17 Janvier, élevant des barricades, brisant les vitrines des banques, et attaquant un commissariat de police.

Quelques mois plus tard seulement, vers la fin du mois de Mai, de graves troubles éclatèrent lors de l’expulsion du centre social occupé de Can Vies, situé dans le quartier historique de Sants (Barcelone). Au cours de six nuits et six jours consécutifs, plusieurs milliers de personnes habitantes du quartier, jeunes ou vieux, travailleurs ou chômeurs sortirent dans la rue. Avant la nuit de vendredi, des manifestations avaient eu lieu dans plus de quarante quartiers et villes différentes, sans compter des émeutes à Gracia, San Andreu, Noubarris et d’autres quartiers de la métropole catalane.

Là non plus, contrairement à tant de fois au cours des années passées, aucune condamnation ne fut prononcée à propos de « la violence », pas plus qu’il ne fut établit de distinction entre « bonnes » et « mauvaises » manières de protester. L’unique délimitation qui fut tracée fut celle qui séparait la violence institutionnelle de ceux qui étaient résolus à y résister.

Les mouvements massifs, aussi bien que les émeutes qui éclatent aujourd’hui sont deux aspects de la même crise de reproduction sociale. Les « manifestations pacifiques » débouchent sur des affrontements car les luttes pour des revendications immédiates de heurtent constamment à l’action répressive de la police, qui s’est transformé actuellement en un moment fondamental de la reproduction des relations de classe, comme on peut le voir clairement avec la Ley de Seguridad Ciudadana – Loi de Sécurité Citoyenne- adopté par le gouvernement en Novembre 2013 [16].
Entre-temps, les salaires réels ont baissé substantiellement, la pauvreté et la malnutrition ne cessent d’augmenter et des centaines de milliers de personnes qui ne peuvent plus payer les crédits hypothécaires ont été expulsées de leur domicile. Pour résumer, la conjoncture actuelle voit la confluence de l’aggravation des maux économiques pour la majorité du corps social, la méfiance exacerbée vis-à-vis d’une classe politique dont la participation à de nouveaux scandales de corruption n’en finit pas de faire la une, la défiance envers la quasi totalité des institutions, et une population toujours plus exaspérée et turbulente.

Ce qui a manqué pendant quelque temps dans ce panorama ce sont précisément les luttes dans les lieux de travail. Cependant, au cours des deux dernières années, les travailleurs de nombreux secteurs – malgré le caractère local et défensif des luttes – se sont mis en grève de plus en plus fréquemment, et quelques-unes de ces grèves ont obtenu des succès considérables, ce qui représente également une inversion par rapport à la tendance prédominante depuis de longues années. « La Marcha Blanca » – La Marche Blanche- de Madrid organisé pour s’opposer aux coupes et aux privatisations dans le secteur de la Santé se solda par une victoire spectaculaire, après que les grèves et les protestations aient obligé les tribunaux à intervenir pour éviter la privatisation de six hôpitaux. Nonobstant, ceci ne signifie pas que les luttes ouvrières convergent avec les « mouvements sociaux », ce qui met en relief le principal écueil de la situation actuelle, – à savoir que les luttes dans la sphère de la reproduction sociale restent séparées de celles ayant cours dans la sphère du travail. Seul un saut qualitatif permettra d’aller plus loin des luttes revendicatives de ces deux sphères et de mettre sur le tapis la question de la reproduction des classes en tant que telle.

Comme l’écrit Théorie Communiste :

Le dépassement de l’auto-organisation réellement existante ne se fera pas dans la production de la « vraie », « la belle » « la bonne »,, elle s’effectuera contre elle mais à l’intérieur d’elle, à partir d’elle [17].

En d’autres mots,jusqu’à ce que la confrontation de classe ne débouche positivement dans la communisation, c’est-à-dire, dans l’appropriation des moyens de subsistance, de communication et de transport afin d’attaquer simultanément le capital et d’abolir le prolétariat, l’auto-organisation et les luttes défensives continueront à être la seule forme d’action possible. Dès lors, le saut qualitatif entre une situation et l’autre ne sera cependant pas précédé par une quelconque forme d’unité politique prolétarienne, mais plutôt par la prolifération de ruptures au sein même des luttes existantes, et l’affrontement conflictuel entre pratiques différentes, par exemple autour de la question de genre. Pour pouvoir s’unir réellement entre eux en tant qu’individus, les prolétaires devront abolir concrètement leur séparation, dépassant pratiquement les termes de la relation de classe.

Notons pour terminer que l’analyse théorique du « mouvement réel qui abolit les conditions existantes » ne permet pas forcément de l’anticiper, et la diffusion d’une idée, aussi géniale soit-elle, ne pourra jamais produire une révolution, ni même accélérer sa venue. La théorie n’est qu’un moment nécessaire du caractère auto-critique des luttes réellement existantes, et pour cela même elle participe de la nature contradictoire de celles-ci. Assumer l’incomplétude de la théorie de la communisation, loin de l’invalider permet d’être en adéquation avec ce qui est décrit. Pour autant, diffuser le concept de communisation n’a rien à voir avec révéler « au mouvement réel » ce qu’il est « réellement », et encore moins avec la donquichottesque entreprise d’élever « le niveau de conscience ». Ceci ne signifie pas, cependant, que la possibilité de production du communisme soit étrangère à un resserrement des liens entre des luttes toujours plus auto-critiques et l’enracinement d’une théorie révolutionnaire.

NOTES :
• *En Français dans le texte.
• 1: http://libcom.org.library/correspondence-between-parts-of-the-riff-raff-collective-and-gilles-dauve
• 2: Pour un récit détaillé de l’histoire globale de cette transition, cf. B. Astarian, Éléments de la périodisation du MPC: histoire du capital, histoire des crises, histoire du communisme, Hic Salta, 1998
http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-1140.html
• 3: Pour plus d’informations sur cette transition dans le contexte espagnol, cf. le texte de Loren Goldner, Ubu saved From Drowning: Worker’s insurgency and Statist Containment in Portugal and Spain, 1974-1977, http://bthp23.com/Portugal-Spain.pdf
• 4: Les vétérans de l’ultra-gauche, davantage conscients du danger potentiel que les critiques des « communisateurs originels » représentaient pour l’existence et la cohésion de leur milieu, se limitèrent en général à livrer une guerre du silence, et à des critiques modérées contre ses derniers. Cependant, lorsque d’anciens membres de La Vieille Taupe, Pierre Guillaume et Dominique Blanc furent compromis dans « l’affaire Faurisson » et le «négationnisme » en 1978, une bonne partie de l’Ultra-gauche (et de la presse bourgeoise) s’empressa de sauter sur l’occasion de venger des affronts passés et de mettre tout le milieu communisateur dans le même sac.
• 5: Voici un bref extrait du bilan un tant soi peu codé d’Henri Simon au sujet de l’histoire post-68, de ICO et de la disparition de celle-ci: « […]Après 1968, le caractère de ICO avait complètement changé. Le groupe était devenu plus une organisation politique qui comptait peut-être plusieurs centaines de membres informels. Les travailleurs étaient minoritaire et votèrent avec leurs pieds, vu que les débats s’éloignaient énormément de leurs luttes. Plusieurs tendances s’affrontaient pour conduire ICO vers une direction spécifique et quatre ans après celle-ci éclatait en plusieurs morceaux. » (1958-1998: Communisme in France: Socialisme ou Barbarie, ICO and Échanges. http://libcom.org/library/communism-france-sob-ico-Échanges
• 6: Le livre de Francesco Santini, Apocalipsis y supervivencia, explique comment quelques-unes de ces critiques parvinrent en Italie: « Dans le premier numéro de Ludd sont apparus les notes prises lors de la réunion organisée à Bruxelles par ICO en Juillet 1969, à laquelle ont participé presque toutes les tendances conseillistes. On y trouvait aussi les textes des groupes « immédiatistes », qui centraient leurs pratiques autour de forme de réalisation immédiate de la critique de la vie quotidienne (illégalité, refus immédiat du travail, hédonisme) et qui avait critiqué les autres groupes durement. » (https://libcom.org/library/sections-8-102)
• 7: « Ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne voulons pas, et ou nous ne voulons devenir »
http://archivesautonomies.org/spip.php?article573.
• 8: Il faudrait mettre en regard le manque de triomphalisme de Dauvé au cours de ces années-là avec de nombreux bilans « situationnistes orthodoxes » des luttes de la décennie 1970, ainsi qu’avec le ton vaguement à l’expectative vis-à-vis du nouveau monde heureux de l’« autonomie » contenu dans un texte au demeurant symptomatique et parfois stimulant, « Nouveau Mouvement » d’Henri Simon (1974):« Si l’on regarde le monde d’aujourd’hui, on peut dire que les révolutions au sens jacobin, demeurent de plus en plus au dernier plan, alors que le procès révolutionnaire en lui-même est toujours plus puissant. »
• 9: https://libcom.org/library/nihilist-communism-monsieur-dupont.
• 10: Dauvé a résumé l’attitude du milieu communiste français vis-à-vis du MIL dans son texte ” Violence et solidarité révolutionnaire”
http://archivesautonomies.org/spip.php?article591. Il existe une traduction en castillan disponible dans l’ouvrage El 1000 y la OLLA: agitación armada, formación teórica y movimiento obrero en la España salvaje, Éd. Klinamen, Madrid 2014.
• 11: Sergi Rosés Cordovilla, El MIL: Una historia política, Alikornio Éd., Barcelona 2002, p.232.
• 12: au sujet de la résurrection de la CNT et ses résultats, cf.
« Algunos aspectos ideológicos de la actualidad española » in Internacional Nexialista #1 ( La Banda de Moebius, Madrid, 1977), ainsi que Los incontrolados, crónicas de la España salvaje, 1976-1981,
http://www.editorialklinamen.net/wpcontent/uploads/2012/10klinamen-incontrolados.pdf.
• 13: Cf. Entretien radiophonique avec Carlos García Velasco, membre de Etcétera, in : http://glayiu.org/audio-anabasis-revista-etcetera.html.
• 14: Éditions Libertarias (Colección La Comuna), Madrid 1980.
• 15: Il serait très avisé de ne pas perdre de vue que les méthodes et les formes d’action du Mouvement 15.M ne sont pas sortis du néant et prendre en compte la grande similitude qu’elles présentent avec celles des activistes autonomes de l’aile radicale du mouvement « No a la guerra », qui ont joué un rôle important dans l’éviction du gouvernement du Partido Popular après les attentats de Mars 2004 à Madrid.
• 16 : Désormais il est illicite de participer à une manifestation devant les sièges des institutions de l’État, sans sans avoir fait la demande expresse à l’officine en question. Le fait de faire circuler des images des troubles produits au cours d’une manifestation tombe également sous le coup de la loi et peut être punie d’une amende allant jusqu’à 600.000€. La convocation de manifestations à travers internet, les réseaux sociaux, ou par n’importe quel autre moyen est aussi susceptible de sanctions.
• 17: « L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle »
http://meeting.communisation.net/archives/meeting-no-3/les-textes-publies-12/article/l-auto-organisation-est-le-premier.

  1. adé
    06/02/2015 à 18:07 | #1

    “… au moment-même où la dévalorisation globale du capital était en train de mettre un terme à l’expansion de la classe ouvrière productive.”

    En Europe, USA, Japon (dans les pays centraux), oui…mais qu’en est-il de la montée en puissance des pays et zones périphériques?
    Ce déclin ne me paraît concerner que les pays centraux; les délocalisations n’ont-elles pas entraîné une explosion de l’emploi ouvrier en Chine, Inde, pays du Sud-Est asiatique, Afrique -il faudrait y voir de plus près pour ce continent- et même en Amérique du Nord (Mexique), ou Centrale -il faudrait aussi voir de plus près les pays du cône Sud ( Chili, Argentine..) ainsi que dans ceux du cône Nord (Brésil, Pérou, Bolivie).
    La dynamique globale me semble plus complexe que la fin de” l’expansion de la classe ouvrière productive”.
    Si les délocalisations, la robotisation, etc. ont réellement eu cet effet dans les pays centraux, corollairement il y a eu, c’est connu, expansion dans ces mêmes pays des emplois dans le secteur des services, certes cette dernière n’a pas absorbé les emplois perdus dans le secteur productif.
    Je pense, quoi qu’il en soit, qu’il ne faut pas perdre de vue que cette “fin de l’expansion” de l’emploi du secteur productif dans les pays centraux (ou naguère considérés comme tel :cf. la montée en puissance de la Chine et de l’Inde…) s’est accompagnée, et en fait n’a été rendue possible que par l’augmentation de l’emploi ouvrier dans les pays cités. Le déclin ici est relatif, l’augmentation là-bas est absolue.
    En termes globaux, il n’y a jamais eu autant d’emploi ouvrier productif, je pense qu’il faut vérifier, mais cela me paraît essentiel.
    Salut.

  2. Anonyme
    08/02/2015 à 15:40 | #2

    Ce que dit adé est assez juste.
    Bien sûr qu’il n’y a jamais eu autant de travail productif. Et jamais autant de chômage …
    Cela est bien la conclusion du livre I de Marx et prouve que son analyse, sur 150 ans, demeure la seule a pouvoir expliquer le développement de toute cette merde sans se perdre dans des demis-vérités contradictoires.
    Cependant il semble qu’on peut pousser d’avantage encore.

    Visiblement, il s’agit de savoir si oui ou non il y a eu augmentation de la population ouvrière employée après 1970 en Europe occidentale et aux Etats-Unis. Et bien je ne suis pas sûr que l’on puisse affirmer ce qu’affirme ce texte, à savoir qu’à partir de 1970, la classe ouvrière n’a pas augmentée dans les vieux pays capitalistes, et même en général, mondialement.

    Après 2008, on peut avec des pincettes affirmer une telle chose mais avant cela est sacrément osé je trouve.

    En France par exemple, il est vrai que le nombre de CDI est resté relativement stable depuis 1975. Et donc ? La création de nouveaux emplois ont pris de nouvelles formes (CDD, intérim, saisonniers, apprentissage, temps partiels, stages, contrats aidés, …, ce qui correspond en plus à la division du travail, logistique-marchand, industrie, agriculture, artisanat, “services”-administratifs,) jusqu’à représenter environ 12% de la population employé en 2010 contre 5% en 1980.
    La population active a augmenté de 5 millions mais seulement 3,5 millions d’emplois supplémentaires ont été créé entre 1975 et 2010. Cela correspond presque exactement à la création de ces contrats courts.
    Par ailleurs l’emploi masculin est resté stable, ou presque de 13,1 à 13,4 millions. Pour les femmes en revanche on passe de 8 à 12 millions. Voilà donc le nouveau visage de l’emploi salarié à partir de 1975, en augmentation de la population active employée, les femmes remplacent les hommes, les contrats courts augmentent avec cette augmentation et constituent à la fois un ajustement précis de la demande de force de travail par le capital tout en exprimant justement le raffinement de cette demande par petite quantité.
    Dans tous les cas la population employée a augmenté + 3,5 millions.
    Cependant est-ce que le travail productif a augmenté, est resté stable ou a diminué ?
    Et bien cela ne se compte pas en nombre d’emploi.
    En comparant le nombre d’emplois industriels par rapport au nombre total d’emplois dans la société, on compte quoi au juste ? Autrement dit, si le nombre de personnes qui travaillent en dehors de la production industrielle augmentent plus vite que l’augmentation de ceux qui travaillent dans ce secteur alors il y aurait moins d’ouvriers ?
    Quand il s’agit de la population ouvrière, relativement et absolument sont des termes inutilisables par les académiciens des instituts de données. Ceux-ci bidouillent des formules à droite et à gauche jusqu’à faire naître et mourir idéalement leurs catégories. Alors ils peuvent affirmer qu’il y a eu une diminution absolue du salariat ouvrier. A mon avis, cela est complètement faux de 1970 à 2010. Bien sûr, cela dépend de quoi on parle.
    Dans tous les cas, lorsque les politiciens appellent à la rescousse les chiffreux de l’insee pour affirmer la fin des ouvrier, ils savent qu’ils s’approchent déjà de beaucoup trop près de la croissance du chômage de masse. Et cela les emmerde profondément. Par contre quand celui-ci point vraiment le bout de son nez, alors les délateurs professionnels de toutes obédiences politiques hurlent que l’industrie et “l’économie réelle” sont la priorité numéro 1.
    Dans tous les cas, dans ce genre de calcul on range ensemble des pantalons et des culottes. On compare tout et n’importe quoi. C’est évidemment le plat préféré des statisticiens et cela complique bien les problèmes puisque nous ne cherchons pas la même chose qu’eux et qu’il faut donc croiser beaucoup de données différentes pour obtenir quelque chose de conséquent.
    Sinon, on se trouve avec un magma où il y a des salariés et des non-salariés, des patrons et des ouvriers, des paysans propriétaires et leur femme non-salariée travaillant à l’exploitation, des fonctionnaires et des commerçants, des croupiers et des routiers, des joueurs de poker et des métallurgistes.

    Par rapport à cette non extension de la classe productive, la question est à mon avis la suivante :
    Est-ce qu’en l’an 2010, il y avait réellement en quantité absolue moins d’heures de travail salarié dans l’industrie qu’en l’an 1960 ? De plus l’intensité du travail a elle aussi augmenté. Dans une heure de 2010, il y a plus d’heures qu’en une heure de 1960. Bien sur le statisticien va sortir de l’Insee pour nous dire « Calmez-vous messieurs enfin, soyez raisonnables, voyez, les ouvriers disparaissent … »
    Je n’ai pas fait d’étude approfondie sur ce sujet mais ce que je sais c’est que lorsqu’on parle des services comme d’un ensemble distinct de l’industrie, on se place sur un terrain qui risque de se dérober sous nos pieds.
    Juste en passant, n’est-ce pas étrange que les sycophantes considèrent fièrement l’informatique comme une révolution industrielle sans la reconnaître comme une activité industrielle ? Si on range l’informatique, l’électronique et la maintenance industrielle dans les services marchands, alors tout devient possible … et les ouvriers diminuent …
    Le gros secteur des services, en chiffres d’affaires et en nombre d’emploi, c’est les services aux entreprises et dans ce cas, bien souvent il s’agit de maintenance (le ménage c’est de la maintenance de bâtiment comme l’isolation et l’électricité), de transport (ce qui est plutôt balèze comme branche industrielle) et d’informatique (pour le coup cela est archi-balèze puisque il y a fusion de l’ensemble de la production matérielle). Donc il s’agit clairement de branches industrielles “détachées” des industries de fabrication de base.
    Dans les services aux entreprises il y a aussi du conseil et dans ce cas il s’agit de capitaux marchands.
    Pour le transport il faudrait développer, j’y reviendrai sans doute mais c’est pleinement du travail productif, sauf si c’est une activité d’Etat (mais, les conditions générales du procès de production passent progressivement sous le capital (déjà depuis 1830) et l’Etat voit ainsi son ancienne position traditionnelle supérieure se dégrader définitivement lorsque les travaux publics, les grandes voies de communication et de transports passent sous le capital) Dans les pays capitalistes développés, le Léviathan est énorme, en France en particulier. Dans ce pays, il y a 7,5 millions d’employés par l’Etat soit 30 % de la population active employée.
    Là il s’agit de la grande partie des classes improductives, qui n’ont rien à voir avec les fonciers, les commerçants et financiers, mais correspondent aux classes qui tirent leurs revenus des revenus des 3 classes de base (les ouvriers salariés, les capitalistes, les propriétaires fonciers). Elles sont dérivées de la base concrète de la société bourgeoise.
    Il y a eu également une grande extension des branches marchandes (commerciales et financières). La productivité du travail social et l’exploitation des ouvriers employés dans la production sont devenues tellement considérables que les activités commerciales ont subis une gigantesque extension jusqu’à dégrader complètement les anciennes situations des commis et employés de commerce, créant ainsi une véritable section commerciale au sein du prolétariat.

    Je pense que c’est un peu aventurier d’affirmer “la dévalorisation globale du capital était en train de mettre un terme à l’expansion de la classe ouvrière productive.” Donc disons pour simplifier que la population ouvrière employée (cela est un peu réducteur) stagnerait depuis 1970 non seulement en “occident” mais même partout.
    Mais comment le capital a-t-il pu se développer de cette manière jusqu’à 2010 ? Honnêtement, je ne comprend pas très bien ce que veut dire cette expression “dévalorisation globale du capital … ” qui sonne un peu comme une sentence.

    Je suis assez d’accord avec que ce que tu dis, adé :

    “Je pense, quoi qu’il en soit, qu’il ne faut pas perdre de vue que cette « fin de l’expansion » de l’emploi du secteur productif dans les pays centraux (ou naguère considérés comme tel :cf. la montée en puissance de la Chine et de l’Inde…) s’est accompagnée, et en fait n’a été rendue possible que par l’augmentation de l’emploi ouvrier dans les pays cités. Le déclin ici est relatif, l’augmentation là-bas est absolue.”

    Cependant, je dirais plutôt que partout il y a eu progression mais pas partout à la même vitesse. Et que précisément comme je l’ai très rapidement mentionné dans d’autres commentaires, la loi de la valeur dans son acceptation internationale (cf. Marx) implique un certain nombre de transferts d’un pays à un autre suivant le degré de développement des forces productives déjà atteint.
    Il y a deux axes différents, il me semble, lorsqu’on parle de déclin industriel, comme l’appelle les délateurs professionnels.
    1- Ceux-là comptent les nombres d’emplois et en déduisent qu’il n’y a plus d’industrie, désindustrialisation là où la productivité est la plus élevée, là où précisément il existe les développements très avancés de la grande industrie, comme les industries chimiques, agro-alimentaires, informatiques.
    2- L’autre versant, c’est la productivité du travail social, qui se traduit de manière capitaliste par la tendance à la baisse du taux de profit. Effectivement derrière le déclin industriel d’un pays, il y a cela. C’est donc un déclin relatif par rapport à l’essor des autres, autrement dit une nation capitaliste dégringole sur l’échelle des pays capitalistes qui rivalisent pour la suprématie industrielle sur le marché du monde. Il se peut par ailleurs que ce déclin soit en fait un essor absolu mais qui se traduise pas une chute lorsqu’il est rapporté à l’essor des autres pays.
    En réalité, ce déclin peut bien être différé un temps. Dès lors que le marché mondial reste à la fois la seule issue de toutes les grandes industries. A mesure que le pays capitaliste plus récent cherche à se hisser sur l’échelle de la division internationale du travail, il est en quelque sorte freiné dans son développement parce qu’il rencontre les anciennes conditions. Le marché mondiale lui est alors indispensable et en même temps défavorable. (cf. l’allemagne et l’angleterre jusqu’en 1890, alors que l’angleterre rencontrait des difficultés à étendre sa puissance internationale dès 1868, l’USA, l’UE et la Chine aujourd’hui)

    La baisse tendancielle du taux de profit dit bien qu’à sa naissance, le capital peut progresser très vite mais qu’en se développant, par l’intermédiaire de l’augmentation de la productivité du travail social, ce rapport de production se freine lui-même et l’élargissement de sa reproduction diminue, autrement dit sa progression ralentit. Entre les pays, les taux de profits ne se comparent pas comme entre les branches.

  3. Anonyme
    08/02/2015 à 17:19 | #3

    Pour être plus exact sur la membrane qui enserre la société et en bouche tous les pores.

    L’Insee compte 7,5 millions d’employés dans une catégorie appelée ” administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale”
    Par ailleurs, la fonction publique proprement dit compte environ 5,6 millions d’employés (fonction Etat proprement dit, territoires, hôpitaux)
    Et les 2 millions ?
    Déjà, il se trouve environ 1,3 millions salariés dit du semi-publics (organismes publics ou privés à financement publics, enseignement privé sous contrat, protection sociale, hôpitaux privés, entreprises publiques)
    Donc il en manque encore un peu. Vraisemblablement, déjà les associations, même si beaucoup de financements s’imbriquent dans ce cas, le compte serait presque bon.
    Voilà donc pour les effectifs du percepteur.

    Quelques liens :

    LES DISPARITÉS SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES :
    une analyse sur longue période

    http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2012-015-2.pdf

    Un article sur l’impact des tendances technologies sur l’emploi du point de vue bourgeois. Très intéressant. L’automatisation des métiers manuels et intellectuels ” LES CLASSES MOYENNES FACE À LA TRANSFORMATION DIGITALE Comment anticiper ? Comment accompagner ?”

    http://www.rolandberger.fr/media/pdf/Roland_Berger_TAB_Transformation_Digitale-20141030.pdf

    Données générales sur la structure de l’emploi, ces 40 dernières années.
    http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/FHPARIT12j_F3travail.pdf
    http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/EMPLOIR08c.PDF

  4. adé
    10/02/2015 à 13:37 | #4

    Au lieu de “…mettre un terme à l’expansion de la classe ouvrière productive”, je subodore qu’il s’agit: d’un terme à l’idéologie liée à cette classe. C’est ce que T.C. a défini comme “programmatisme” et “fin de l’identité ouvrière”, là effectivement il y a effondrement, et la montée en puissance des pays tels que la Chine, etc…de même que les transformations à l’intérieur des pays centraux ne sont pas venus palier cet effondrement.
    Il n’y a pas de “néo-programmatisme” ni dans les pays “émergents”, ni dans les pays centraux autour d’un “néo-sujet”.

  5. Anonyme
    10/02/2015 à 19:11 | #5

    Je suis très étonné de cette réponse.
    C’est un peu gonflé je trouve quand même.

    Dans ton commentaire 1 adé, tu parlais de quoi ?
    De l’emploi productif ou de “l’idéologie … ” ?

    Donc merci pour la petite explication mais là je suis un peu dépité …
    Cela me donne légèrement l’impression d’être pris pour un …
    Et merci encore pour le programmatisme mais je connais déjà le néo-vocabulaire.
    Je considère que c’est un tour de passe-passe qui n’est pas aussi solide qu’il peut paraître ; je rédigerais peut-être quelque chose là-dessus.

    Bon ben tant pis.

  6. adé
    11/02/2015 à 13:29 | #6

    “Je suis très étonné de cette réponse.
    C’est un peu gonflé je trouve quand même.”

    Mais il ne s’agit pas d’une réponse, et je n’ai pas l’habitude de prendre les commentateurs pour des imbéciles.
    Je reprends :
    Je suis d’accord avec…mon commentaire 1 et j’apprécie les remarques que tu fais à ce sujet.
    J’ajoute là-dessus le #4 parce qu’il me semble bien qu’il y a effectivement une fin de l’expansion de la classe ouvrière productive, et qu’il s’agit bien de la fin de l’identité ouvrière et du programme lié à cette identité. Ce programme est basée sur l’affirmation du travail, et des porteurs de travail, le prolétariat comme clé de voûte de la société socialiste : c’est le programmatisme. Tout cela s’est effondré: le prolétariat comme sujet central de la réorganisation sociale et socialiste, la période de transition, le socialisme réel. La classe du travail est incapable d’organiser la société autour d’elle, que ce soit dans la version “dictature du prolétariat”, ou dans celle de l’auto-gestion et “du “pouvoir des conseils ouvriers”.
    Je comprends, néanmoins, ton dépit et attends avec patience tes arguments au sujet de ce “néo-vocabulaire” (à présent, pourtant, pas si “néo” que ça…).
    Je comprends ton dépit, car j’ai pu lire dans un autre commentaire tien cette fameuse phrase de Marx : “Le prolétariat est révolutionnaire ou n’est rien.” Cette sentence définitive est typiquement progammatique, pourrais-tu approfondir la deuxième partie :” ou n’est rien.”, que signifie “n’est rien”.?
    Salutations.

  7. Anonyme
    11/02/2015 à 20:26 | #7

    Il y a eu effondrement du mouvement ouvrier. Très bien mais de quoi parle-t-on ?

    Faut-il faire une distinction ouvrier et travailleurs productif ?
    Si on reste sur les catégories de l’insee et des délateurs et qu’on ne les critique pas d’avance on est dans la merde. Il y a des ouvriers qui sont dans la case employé (le ménage industriel par exemple, il y a des embauches à titre de technicien qui sont classifiés sur le coeff de manoeuvre dans les conventions collective et même sur la fiche de paie, tout cela pour flatter la peau à tanner). Il y a beaucoup de techniciens d’usine qui sont en fait des ouvriers hautement qualifiés dans les faits, et on pourrait aligner.

    Pour cela j’ai juste dit quelque lignes de fuite en posant la question du volume absolu de nombre d’heures qui participe à la production de marchandises (marchandises réelle, pas les brevets, conseil, etc.). Je n’ai pas la réponse.
    Je pense juste qu’en volume, le travail productif a nécessairement augmenté, peut-être de quelques cheveux mais il n’a pas pu stagné depuis 40 ans, même si l’accumulation rapide en Chine au Brésil a dopé artificiellement, si on veut. Mais là on est au niveau du commerce international et cela est compliqué même en ce qui concerne la loi de la valeur. cf. les commentaires que j’ai laissé et le chapitre de Marx là-dessus.
    Donc comme tous les cycles industriels, de 70 à 2010, cela a été chaotique et c’est le cas depuis 1825, première grande crise de surproduction industrielle, début véritable de la subordination réelle même si cela ne touche que la production industrielle de l’Angleterre essentiellement et pas réellement sa production agricole.
    C’est un rapport qui se développe la subordination réelle.
    Et réelle à l’échelle de la production matérielle d’un pays entier cela n’est vraiment le cas, à mon avis que depuis 1970, en Europe précisément. 1945-1965, en Europe correspond à une période d’accumulation rapide qui a pour base la révolution de toute la production agricole (qui était en quelque sorte formelle si on tient à cette terminologie, disons que la grande industrie pénètre dans l’agriculture de manière généralisée et se combine avec la grande industrie proprement dite). Dans cette période il n’y a pas véritablement de mouvement ouvrier dans ces pays. Les partis ouvriers bourgeois, qui ne sont pas les premiers d’ailleurs, sont pour le coup devenus des appareils d’Etat connexes et incomplets. Et ils se sont effondrés après 1970.
    Concernant, le mouvement donc, il n’y a plus les ouvriers bien qu’ils soit là réellement mais sous d’autres étiquettes et à la grande époque de la classe ouvrière, beaucoup se disaient ouvriers qui étaient en réalité de réels employés de base parce qu’il liaient leur sort à celui des ouvriers de bases, qu’ils se sentaient du côté du combat des ouvriers.

    Parce qu’honnêtement, à y regarder de près, cela est intenable de recouvrir en un seul tenant, un seul grand mouvement, une période qui s’étend de 1830 à 1970. Il y n’y a donc pas de flux et de reflux ?
    En février-juin 1848 et même en mars 1871, il ne s’agit pas vraiment de “partage du temps de travail”, de “tout le monde doit travailler pour que nous travaillons moins”. Cela est posé internationalement et avec une visée immédiate et pratique en plein combat mais à partir de février-octobre 1917 et disons jusqu’en avril 1920, échec de l’insurrection de la Ruhr.
    En février 48, il s’agit bien plus de l’égalité des droits, de la république démocratique, ce champ de bataille ultime comme dit Engels. Et précisément cette égalité idéale révèle immédiatement l’inégalité réelle entre les ouvriers et les capitalistes dans la production et cela tourne à la fusillade moderne de Juin et finalement des républicains bourgeois eux-mêmes. Et c’est le noeud du sac de pommes de terre, le représentant naturel de Jacques bonhomme qui se substitue à la politique des capitalistes industriels. La machine d’Etat est modernisé. Marx suggère alors que la prise du pouvoir politique est le butin des classes du passé (18 Brumaire)
    Cela est confirmé en 1871.
    La catastrophe de 1914 n’est jamais pleinement mesurée pour ce qu’elle est. Luxemburg dans sa brochure de Junius (et à mon avis il faut l’étudier ce texte et sa réponse par Lénine également) affirme que la révolution russe déferlait presque inévitablement en 1911-12-13 et que l’Allemagne a sauvé la situation en poussant à la guerre jusqu’à donner à cette révolution des conditions particulièrement défavorables.

    Cet holocauste industriel, mécaniquement énorme, était-ce une guerre formelle pour reprendre la terminologie ?

    Pour moi ce qu’il y a avant 1914-17 et après ne peut pas être mis comme ça dans un grand lot.
    Le système capitalistes s’est totalement écrasé dans une boucherie à une échelle inimaginable par le passé. Le capital a découvert sa tête de mort comme dit Rosa.
    La guerre était bien la paix absolue entre les classes et la révolution la face opposée de la même pièce, la guerre absolue entre les classes. Et il y eut Guerre-Révolution-Guerre.
    Et bien là il s’est passé quelque chose d’énorme, de gigantesque.
    Tout proportion gardée et puisque l’histoire n’admet pas de répétition, on peut juste à titre de comparaison s’imaginer que 1871 est à 1968, ce que 1914 et à l’époque actuelle.
    J’en appelle simplement à une reprise de cela pour décrasser un peu. A mon avis la contre-révolution de 1920-30-40 (à son apogée) avec la seconde mondiale comme feu d’artifice grandiose a été tellement profond que en un sens nous n’en sommes pas encore sorti, le communisme comme mouvement ne s’en est pas vraiment relevé. Il a dû apprendre à reconnaître son ennemi dans des caricatures de ses camarades d’hier. Mais précisément, les base mêmes de tout cela s’effondre actuellement.
    La remise en cause des frontières des accords sykes-picots de 1916 et du Traité de Sèvres qui marque le dépècement de l’Empire Ottoman, n’est pas une petite bagatelle. L’éclatement du World Trade Center, le “centre du marché du monde”, tout de même ! Cela non plus.
    Je ne dis pas pour autant qu’il ne s’est rien passé dans les années 1970 mais la rupture est grandement surestimée à mon avis.

    Concernant la classe, le prolétariat, …
    Pour moi le prolétariat, la révolution sociale et le communisme lorsqu’on se place millénairement à l’échelle historique, cela signifie exactement la même chose. Il s’agit soit de la constitution de la force, soit de son exercice, soit de tout ce mouvement au-delà des frontières spatiales et temporelles bourgeoises qui séparent les générations actuelles ou passées des prolétaires communistes.
    Donc,
    L’armée industrielle de réserve s’est accrue dans des proportions mondiales gigantesques. Nécessairement les ouvriers salariés devaient perdre leur position unilatéralement motrice étant donné qu’il n’y a pas eu révolution sociale.
    A mon avis il faut faire une distinction entre les 3 grandes classes fondamentales du mode de production capitaliste (ouvriers salariés, fonciers, capitalistes) qui sur la base des conditions de production donnent les revenus de base et permettent ensuite de déduire les revenus dérivés des classes improductives (fonctionnaires, libéraux, médecins, jongleurs, etc.) et les grandes classes historiques ou disons politiques dans le sens le plus “élevé”, destructif.
    Le salaire n’étant un revenu qu’en étant d’abord opposé aux ouvriers comme capital.
    Ce que ne comprendra jamais Piketty qui nous ressort revenus = production mondiale. Il a ajouté mondiale. Ils n’ont pas beaucoup évolué les pauvres. Ce Piketty s’imagine que le capital est la somme des prix de marchés, eh ben au “le capital au XXIème siècle”, vous ramez, les gars.
    Cela est quand même important.
    Il s’agit toujours de savoir uniquement comment est réparti le travail vivant, mais concernant le travail mort alors là les grands (sycophantes) se ratatinent … Les inégalités des revenus en prenant des “revenus” en général, voilà le nec plus ultra …
    Les revenus, c’est la répartition après l’exploitation. Voilà pourquoi j’ai attaqué lorsqu’on affirme “la prédominance des rapports de distribution”.
    Il faut faire gaffe quand même.

    La bourgeoisie (qui d’une certaine manière joint les foncier et les capitalistes même s’ils tendent plus ou moins à se confondre avec le développement de la grande industrie, et ensuite le développement de la rente différentielle II qui pousse à l’intervention de l’Etat dans la sphère agricole, et ainsi à la disparition de tout type d’influence politique des propriétaires du sol), donc la bourgeoisie incarne la propriété privée, donc on est là juridiquement au niveau de toute la société, à l’expression, la synthèse des rapports de production à l’échelle de la société, (propriété de la terre, des moyens de travail reproductibles, de la force de travail).
    Le prolétariat est l’incarnation de l’abolition de la propriété privée. Et cette abolition existe réellement et depuis un moment, et même elle tend à devenir et elle est devenue l’existence majoritaire de la population qui habitent dans la société bourgeoise pleinement constituée (et non salariale, c’est la société bourgeoise dont il s’agit et bien sur il n’y a pas que des bourgeois dans cette société. Il faudra revenir sur les classes improductives, c’est l’un des hic de la communisation).
    Mais l’abolition générale de cette propriété en tout lieu et en tout temps est une affaire révolutionnaire.
    La bourgeoisie et le prolétariat sont ainsi des classes historiques et révolutionnaires diamétralement opposées sur le plan historique. Juin 1848. Lorsque le prolétariat arrache son rouge du drapeau tricolore, il dit à la bourgeoisie qu’il est un plus grand révolutionnaire qu’elle, que désormais elle se tient dans le camp de la réaction de l’histoire.

    “Les individus ne forment une classe que pour autant qu’ils ont à mener une lutte contre une autre, sinon ils s’opposent dans la concurrence”.

    Et c’est précisément cette concurrence là, la concurrence à la base qui est le grand noeud du problème. Eh bien elle a de plus en plus de mal à jouer globalement dans la situation actuelle parce que le salaire ne baisse plus de manière relative et que l’abaissement absolu du salaire actuel n’est plus la baisse du salaire absolu comme par le passé mais une attaque violente à l’échelle du grand renfort de l’Etat de classe, de la manière la plus directe qui met les classes face à face.
    Et alors en forçant au positionnement politique derrière des bannières toutes bourgeoises, la bourgeoisie va-t-elle juguler le chômage de masse, va -t-elle satisfaire les besoins de base de l’immense majorité. Point du tout.
    Et depuis 2011 cela bouge dans les sociétés bourgeoises et cela bouge vite, très vite.

    Y aura-t-il de nouveaux mouvements de types économiques, cela est possible et je pense même que cela est presque certain mais très rapidement il y aura un basculement à un niveau politique. Il y a de grande chance pour que le communisme renaisse dans les pays occidentaux avec la dépréciation des conditions des ouvriers mais évidemment cela dépend également des partis de l’ordre qui grimpent. Ceux-là ne peuvent rien contre le chômage de masse sauf s’ils arrivent tous au pouvoir dans les grands pays d’Europe et en rangeant les prolétaires derrière les drapeaux, forcent un conflit qui est déjà très tendu dans le Pacifique, autrement dit s’ils sauvent la situation politique intenable en Chine.
    Parce que la chine a besoin de faire circuler sur son territoire, les forces, les capitaux et avant tout de conquérir ses propres terres, de créer un marché intérieur, tout cela est bien ce qu’exprime la république démocratique. Mais à ce niveau de concentration, une révolution démocratique peut rapidement tourner au rouge.

  8. Anonyme
    11/02/2015 à 20:58 | #8

    Pour le dire autrement sur la classe et la concurrence de base.
    Cette classe de l’abolition de la propriété privée ne peut pas exister comme telle dans la société de la propriété privée sans entrer en conflit avec tous les fondements de cette société. Elle surgit, se forme, prend forme, s’organise, se donne l’organisation dont elle a besoin et meure s’il elle ne parvient pas à enflammer l’ensemble du monde de la propriété privée.
    C’est un Phénix.
    Il semble cependant que cette fois risque d’être la dernière chance lorsqu’on mesure la puissance des moyens de destruction opposables.

  9. R.S
    13/02/2015 à 01:07 | #9

    Salut,
    juste sur un point de « détail » : « le prolétariat est révolutionnaire ou n’est rien ».
    Cette formule est abondamment reprise en dehors de son contexte pour dire tout et n’importe quoi sur la révolution qui va et qui vient. Elle est extraite d’une lettre de Marx à Schweitzer (successeur de Lassalle à la tête de l’Association générale des travailleurs allemands) du 13 février 1865 dans laquelle Marx s’oppose à la politique de Lassalle et à l’attente par les ouvriers de réformes venant de l’Etat et l’intégration de leur organisation dans une politique d’Etat, soutenant que, dans ce cas, le prolétariat ne serait plus rien. Marx y défend ce qui fait l’essence du programmatisme : l’unité de la montée en puissance de la classe et de son action autonome. Unité que précisément mine la subsomption réelle du travail sous le capital. Ce «plus rien» n’est pas très éloigné de la formule du «Manifeste» : « le prolétariat se constitue en classe donc en parti politique » ou de la construction «classe en soi» et «classe pour soi» de «Misère de la philosophie».
    R.S

  10. adé
    13/02/2015 à 13:23 | #10

    .” 1945-1965, en Europe correspond à une période d’accumulation rapide qui a pour base la révolution de toute la production agricole (qui était en quelque sorte formelle si on tient à cette terminologie, disons que la grande industrie pénètre dans l’agriculture de manière généralisée et se combine avec la grande industrie proprement dite). Dans cette période il n’y a pas véritablement de mouvement ouvrier dans ces pays. “[En Europe]

    Pourtant: grève insurrectionnelle partie de Renault- Boulogne-Billancourt Avril 1947
    “Les grèves commencent le 25 avril 1947, à la régie Renault de Boulogne-Billancourt, nationalisée l’année précédente. La veille, le cabinet Ramadier avait réduit la ration quotidienne de pain de 300 à 250 grammes”
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ves_de_1947_en_France

  11. adé
    13/02/2015 à 15:49 | #11

    “Parce qu’honnêtement, à y regarder de près, cela est intenable de recouvrir en un seul tenant, un seul grand mouvement, une période qui s’étend de 1830 à 1970. Il y n’y a donc pas de flux et de reflux ?”
    Bien sûr, il y a eu flux-reflux. Cela n’empêche pas que ces mouvements fluctuants s’inscrivent dans une dynamique globale programmatique. Le programme ouvrier c’est l’action révolutionnaire/réformiste basée sur la révolution/réforme comme recomposition sociale, et socialiste, autour de l’affirmation de la classe du travail. Le programme pouvait être révolutionnaire, et l’a été réellement, ce n’est qu’après-coup,à partir des années 60-70, que certaines composantes du mouvement ouvrier ont critiqué cette centralité de l’affirmation du travail (cf. I.S.), également, et en relation étroite avec cette affirmation du travail, la vision “étapiste” (d’abord le socialisme, puis, plus tard le communisme, vu comme l’aboutissement, comme “société” et non comme mouvement), en relation également avec ces critiques, la dénonciation du productivisme (augmentation des forces productives). Egalement hors-programme, les mouvements féministes des années en question, mettant en cause l’ensemble social parce que basé sur la domination “patriarcale”, dont les prolongements ont donné les “théories du genre”…

    “Je ne dis pas pour autant qu’il ne s’est rien passé dans les années 1970 mais la rupture est grandement surestimée à mon avis.”

    S’agissant des années 70, plus que “rupture”, il y a lieu de parler de “restructuration du mode de production capitaliste”, consécutive à l’échec des mouvements ouvriers autour de 1968, prolongés en Italie jusqu’aux années mi-70 (autonomie). Cette restructuration signe la défaite des mouvements prolétariens et l’effondrement du programme ouvrier, tel que définis lors des périodes précédentes. C’est à partir de cette période,et suite à cette restructuration et à cet échec, que les théories de la communisation ont pris naissance, comme le montre le texte de Federico Corriente. Ces courants refusent la réorganisation sociale-socialiste de la période intermédiaire, le productivisme, la gestion ouvrière, et plus récemment, l’un des groupes -Théorie Communiste- a placé au centre de la communisation l’abolition des assignations de genre.
    Il s’agit toujours (continuité) d’une révolution prolétarienne, cependant (rupture) par le communisme, et non par l’affirmation de la classe et la socialisation.

  12. Anonyme
    13/02/2015 à 19:25 | #12

    Je ne suis sûr de pouvoir continuer encore longtemps sur ce mode là.

    Je comprend le raisonnement et je connais bien tous ces arguments mais cela ne me convient plus du tout.
    Cela repose sur la périodisation de Camatte qui est à mon avis en fait intenable.

    La subordination du travail au capital (c’est le terme que Marx utilise dans le Livre I qu’il a retravaillé directement en français et d’ailleurs il ne parle que de cela Marx dans ce livre, mise à part dans la section qui concerne l’accumulation primitive) est le rapport spécifique entre le travail salarié et le capital, dépouillé des anciens vestiges. Ce n’est pas une nouvelle ère au sens strict mais il s’agit également du développement de ce même rapport, dans le temps et dans l’espace. C’est la production capitaliste proprement dite, ou encore si on préfère, le mode de produire spécifiquement capitaliste.
    En 1830, non seulement cela existe déjà pleinement comme le révèle la première grande crise de surproduction industrielle de 1825 (qui n’est déjà plus une crise commerciale ou financière) mais comme le dit Marx, c’est la crise décisive, la bourgeoisie s’empare définitivement du pouvoir politique en Angleterre et en France (il s’agit de la fraction la plus dynamique, les capitalistes industriels).
    La société bourgeoise est pleinement constituée, “la bourgeoisie a compris que les corps idéologiques sont le sang de son sang.” (TSLP, tome 2, Ed. Sociales) Alors commence l’époque des apologistes qui font plaisir à la police.

    Ce que je critique, c’est non seulement cet espèce de chronologie en 2 phases qui lisse tout. Mais surtout une tendance à la description de surface. C’est comme si on étudiait le bouleversement de la base matérielle à partir du bouleversement plus lent de la superstructure, comme si on se fiait à ce que la société aime à dire sur son propre compte. Comme si il était préférable de savoir ce que les gens disent de ce qu’ils font plutôt que de savoir ce qu’ils font en réalité. Comme s’il suffisait de suivre historiquement les expressions politiques et philosophiques, les organisations et les scissions.

    Le plan de travail de Marx ne sort pas de nul part. Capital, propriété foncière, travail salarié, Etat, marché mondial-crise.
    En gros d’abord les rapports de production, la base concrète de la société bourgeoise, ensuite la superstructure, le résumé officiel de cette société, ou si on veut le rapport que la société entretien avec elle-même à l’intérieur d’elle-même. Finalement le rapport des sociétés bourgeoises entre elles, le marché mondial et les crises, ou si on veut le rapport que la société bourgeoise entretient avec elle-même à l’extérieur d’elle-même, dans l’espace et dans le temps.

    “restructuration du mode de production capitaliste”. Eh bien là il faut expliquer et cela ne passe pas simplement par une concaténation de phénomènes. Là il faut être précis.

    Est-ce qu’on affirme que le rapport entre le capital et le travail salarié aurait été bouleversé ? Ce sont les rapports de production ici. Autrement dit la production capitaliste aurait changé tout en restant la production capitaliste ?
    La production capitaliste, c’est le développement de la production capitaliste. Les rapports de production bourgeois moderne (capital, propriété foncière, travail salarié) ont été reproduit plus largement. Mais ils ne seraient plus ce qu’il étaient après 1970 ?
    Est-ce cela qu’on affirme ? Et même si on invoque le passage de la quantité à la qualité, là aussi il va falloir être précis. Si c’est cela qu’on affirme alors il faut des explications sérieuses, économiques. On ne peut pas s’en sortir par des analyses de haut vol qui risquent de s’échapper dans la critique de la philosophie-politique.
    Et il n’y a pas d’attaque personnelle. Je me fous complètement des querelles individuelles. Les divergences sur le fond ne peuvent pas aller avec une forme courtoise, cependant.

  13. R.S
    14/02/2015 à 00:34 | #13

    @Anonyme
    Salut
    excusez moi, mais à nouveau un “point de détail”. Les “corps idéologiques … sang de son sang”, la référence c’est “Théorie sur la plus-value”, Ed. Sociales, tome 1 (et pas deux), p. 345. Marx dit “simplement” qu’arrivée au pouvoir la bourgeoisie n’a plus trop intérêt à la ramener sur la question du travail productif.
    R.S

  14. adé
    14/02/2015 à 19:26 | #14

    [Cette classe]”Elle surgit, se forme, prend forme, s’organise, se donne l’organisation dont elle a besoin et meure s’il elle ne parvient pas à enflammer l’ensemble du monde de la propriété privée.
    C’est un Phénix.”
    C’est très beau, le Phénix : un Être imaginaire, oiseau qui renaît de ses cendres, identique à lui-même. Oui, mais la classe, n’est pas un être, ni réel, ni d’imagination, plutôt un rapport social.
    Les métaphores, est-ce vraiment “sérieux”? Je lis que “la classe se donne l’organisation dont elle a besoin”(l’organisation c’est l’organisation des tâches),il vaut mieux, dans ce cas, y figurer en haut qu’en bas : c’est pourquoi, peut-être, “l’étude” sérieuse du Panthéon (autre métaphore d’origine gréco-latine) est si importante aux yeux de ceux-là mêmes qui postulent.
    “La classe meurt si…etc”, donc la classe est morte? La classe n’est ni morte, ni vivante, le rapport ignore l’intermittence, par contre, le rapport d’exploitation est d’implication réciproque; l’exploitation des ouvriers, de même l’assignation à genre implique pour les exploité-e-s/dominé-e-s d’y trouver des “avantages”. La compétition, la concurrence donnent des avantages aux un-e-s par rapport aux autres, la soumission est un avantage dans le sens qu’elle dégage de certains devoirs : aux exploiteurs le calcul, la prospective, l’agencement dans le but du profit moyennant l’exploitation, aux prolétaires l’exécution, l’obéissance,la subordination moyennant salaire, accidents, morts. Aux hommes, la politique, le travail comme source principale de revenus( jusqu’à une époque très récente, et encore largement de nos jours), aux femmes le travail domestique, l’élevage, le ménage et la reproduction,le soin, et le “repos du guerrier”…
    Lire Varron au sujet de la meilleure façon de traiter les esclaves: exercice mesuré de la force, gratifications, pécule, femme esclave, afin de ne pas désespérer(Billancourt), et de reproduire la “race des esclaves”.

    “Est-ce qu’on affirme que le rapport entre le capital et le travail salarié aurait été bouleversé ? Ce sont les rapports de production ici. Autrement dit la production capitaliste aurait changé tout en restant la production capitaliste”
    Un autre phénix, en somme? Oui changé… pour que rien ne change. La restructuration de la fin des années 70 est une transformation des rapports sociaux dans leur ensemble, y compris en partant du procès immédiat de production : produit-on des marchandises en…1950 comme en 1990? Non. Les rapports entre les classes se sont modifiés, les rapports entre pays aussi, leurs places respectives ont été redéfinies : cf. fin du “bloc socialiste”, cf.alliance Chine-USA,… les rapports de genre entre individus ont été redéfinis : cf. travail des femmes, cf. rapports inter-individuels hommes-femmes, etc…

    [Les rapports de production bourgeois modernes]”Mais ils ne seraient plus ce qu’il étaient après 1970 ?”
    J’ai répondu.

    “Si c’est cela qu’on affirme alors il faut des explications sérieuses, économiques.”
    Ces “explications sérieuses”, c’est-à-dire “économiques”, on les trouve étalées sur des années, et produites par des groupes tels que T.C., revues, livres…etc…
    Cependant, quand on s’exprime ainsi : sérieux=économique, on exprime ipso-facto, un choix idéologique sérieux, comme l’économie est sérieuse, c’est-à-dire scientifique, indiscutable et mathématique, or cela est faux, même les économistes “bourgeois” le savent. économie-politique/philosophie politique/ critique de l’économie politique.

    “Et il n’y a pas d’attaque personnelle. Je me fous complètement des querelles individuelles. Les divergences sur le fond ne peuvent pas aller avec une forme courtoise, cependant.”

    Garde-toi bien de menaces à peine voilées, bis repetitas, tercio non placent.

    J’arrête ici, cet intéressant échange : tu ne me convaincras pas, ni moi à toi.

    Salut, courtois, ou pas

  15. salle des machines