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EL PROLETARIADO COMO DESTRUCTOR DEL TRABAJO/LE PROLÉTARIAT COMME DESTRUCTEUR DU TRAVAIL

La page facebook « Spirit of Contradiction »   a traduit ce texte de 1972 publié dans le livre « Rupture dans la théorie de la révolution » aux Editions Senonevero 

 «Texto clásico de 1972 que contiene todo lo que siempre quisiste saber sobre el movimiento obrero clásico, el sindicalismo, el consejismo, las revoluciones rusa y alemana, mayo del 68, el bluff bordiguista, la transición entre dominación formal y dominación real, el rechazo del trabajo y de la política, Potere Operaio y sus miserias, y mucho, mucho más… no hace falta ni atreverse a preguntar, aquí lo tienes…»

«Reflexiones surgidas al hilo de la traducción de “El proletariado como destructor el trabajo” (1972) a fin de aclarar la confusión en torno a las verdaderas innovaciones teóricas de la época y diversos aggiornamentos, más o menos logrados, de la prehistoria contemporánea…»

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Nous publions la version originale

LE PROLÉTARIAT COMME DESTRUCTEUR DU TRAVAIL

En préalable, nous pensons utile de donner les définitions de certains termes que nous employons dans ce texte car ils sont largement inusités dans les analyses économiques habituelles —bien que de moins en moins, heureusement. Ils sont tirés des œuvres économiques de Marx les moins connues parce que les plus escamotées, censurées, ou même calomniées par les divers marxismes officiels ou universitaires, ce sont principalement : les “Grundrisse” ou “Fondements de la Critique…” ou encore “Principes de la Critique…” (1857), et le “6ème Chapitre du Capital” (“Chapitre inédit du Capital” dans la collection 10-18) rédigé par Marx dans les années 1863-66.

PROCÈS (ou processus) DE TRAVAIL

Procès (ou processus) de production de valeurs d’usage.

PROCES DE VALORISATION

Procès de production de plus-value et donc de valeurs d’échange. Les deux procès étant inséparables dans le procès de production capitaliste. Marx, dans le 6ème chapitre… donne cette définition générale : “Le procès de production est unité immédiate du procès de travail et du procès de valorisation, tout comme son résultat immédiat —la marchandise— est unité immédiate de la valeur d’usage et de la valeur d’échange. Cependant, le procès de travail n’est que le moyen du procès de valorisation, celui-ci comme tel, étant essentiellement production de plus-value, c’est-à-dire objectivation de travail non-payé. C’est ce qui caractérise de manière spécifique le procès de production capitaliste, dans son ensemble.” (p. 145, collection 10-18.)

DOMINATION FORMELLE DU CAPITAL SUR LE TRAVAIL (ou Soumission formelle du travail)…

Première phase historique où le procès de valorisation ne domine pas encore réellement et totalement le procès de travail et où le mode de production capitaliste n’est pas encore implanté à l’échelle universelle sous quelque forme que ce soit, et laisse subsister des secteurs de production pré-capitalistes (artisanal, agricole : servage ou même esclavagisme)

DOMINATION RÉELLE DU CAPITAL… (ou Soumission réelle du travail…)

Deuxième phase historique où cette domination est effective et réelle sous diverses formes (industrielle mais aussi agricole)

COMMUNAUTE MATÉRIELLE DU CAPITAL

État de la société soumise réellement et totalement au capital, et où les produits de cette domination apparaissent visiblement en envahissant toute la société sous leurs diverses matérialisations : marchandises, argent, processus de production lui-même, ra­pports des hommes, etc…

COMMUNAUTE HUMAINE

État de la société ayant rompu avec le capital par sa destruction ; autrement appelée généralement, société communiste.

Tous ces termes sont d’ailleurs définis dans le contenu et le mouvement même du texte.

Enfin la société capitaliste dont nous parlons est, à chaque phrase historiques celle des pays les plus avancés, donc les plus industrialisés, sauf explicitation d’une situation historique précise : la Russie de 17.

PREMIÈRE PARTIE :

VERS LES SOMMETS DE LA PRÉHISTOIRE HUMAINE

  1. Le capitalisme comme mode de production spécifique

1)- Pour que le mode de production capitaliste apparaisse, il faut que l’échange, de marchandises soit suffisamment développé et, donc, que les modes de production marchande intérieurs deviennent une entrave à ce développement et doivent céder leur place à un mode supérieur : la production capitaliste.

2)- Tout procès de production réglé par la valeur d’échange implique une division de travail (les biens de consommation devant avoir des valeurs d’usage différentes pour Être marchandises échangées selon leur valeur d’échange.)

Tout procès de production réglé par la valeur implique (pour la compréhension) sa décomposition en procès de travail (producteur de valeur d’usage) et procès de valorisation (producteur de valeur d’échange)
Cependant le procès de production capitaliste tend à généraliser et amplifier la division de travail par le regroupement des producteurs en unités productives toujours plus importantes, et il tend à faire dominer de façon croissante et rapide le procès de- travail par le procès de valorisation.

Pour oeuvrer à cette domination, le capitalisme introduit dans sa sphère productive les deux facteurs essentiels de l’échange : marchandise et monnaie qui n’affectaient que la sphère de circulation dans la production marchande intérieure. La force de travail est une marchandise qui circule comme tout autre sur un marché spécifique —le marché du travail— où elle s’échange contre un salaire lui permettant de se reconstituer. C’est cette marchandise qui, s’exerçant dans le procès de production crée la valeur en produisant la plusvalue correspondant au surtravail.

Le temps de travail se trouve ainsi être posé par le capitalisme comme seule mesure de la richesse sociale.

3)- Des deux caractéristiques principales de mode de production capitaliste ainsi définies : division du travail accru et temps comme seule mesure de la richesse sociale, il résulte que le fondement du travail salarié est le travail individuel —(plus exactement, l’homme y a une “sociabilité” individuelle, alors que dans un mode de production communiste, il a une individualité sociale, comme nous le verrons dans la 2ème partie)— regroupé en unités productives, les usines : le prolétariat assumant sa fonction pour le capital n’est que la somme d’individualités abstraites (marchandises) dont le capital détermine, à la fois, le nombre et le temps pendant lequel il les emploiera.

4)- Pour qu’une marchandise telle que la force de travail existe, il faut une dépossession totale du producteur n’ayant ni moyens de subsistance (réserves sociales) ni moyens de production.

La condition prolétarienne se caractérise par 3 aspects successifs :

a)- Le prolétaire apparaît, en négatif, avec sa dépossession des moyens de production et de subsistance, et comme ne possédant que sa force de travail qui est une marchandise potentielle.

b)- Il noue son rapport avec le mode de production capitaliste proprement dit en vendant sa force de travail à tel ou tel capitaliste sur le marché où, elle se réalise en tant que marchandise en circulant comme tout autre.

c)- Il assume toute sa positivité pour le capital en exerçant cette force de travail dans le procès de production lui-même où elle devient une marchandise spécifique produisant la plus-value.

d)- Ainsi avec salariat, le travail est posé comme préalable à tout. L’esclave et le serf avaient leur vie légalement assujettie à leur maître et à leur seigneur et, donc, leur travail l’était aussi en tant que devoir légal. Le prolétaire lui, reconquière sa vie, sa liberté, son égalité devant la loi mais c’est pour, aussitôt, les reperdre de fait dans le travail dont son existence dépend totalement.

Le travail salarié est, vis à vis du prolétaire, un perpétuel chantage au travail qui de devoir légal est devenu devoir de fait.

II- DOMINATION FORMELLE DU CAPITAL SUR LE TRAVAIL.

1)- A l’apparition du capitalisme et durant toute une première phase de son développement, ses caractéristiques affectant le procès de production ne sont encore que formelles et potentielles.

En effet, d’une part, le mode de production capitaliste n’a encore pénétré que des secteurs de la société relativement restreints.

D’autre part, à son apparition, le capitalisme se soumet le procès de travail tel qu’il existait dans les modes de production antérieurs, c’est-à-dire procès de travail immédiat, individuel, où chaque travailleur accomplit la totalité —ou la plus grande partie— du processus productif, d’où le nom d’ouvrier issu de le production artisanale où le travailleur produit —crée— une oeuvre. Enfin le procès de travail domine encore le procès de valorisation, ou tout au moins n’est pas encore dominé par lui. (Dans les exemples de Marx le temps de travail nécessaire est généralement égal au temps de sur-travail : 6h. et 6h.)
Donc, durant la phase de domination formelle du capital, il y a “dichotomie” entre la spécificité du mode de production capitaliste : le travail salarié, et la similitude du procès de production capitaliste avec les précédents : le procès de travail y est sinon dominant, du moins très important, et a pour base l’homme.

2)- Consécutivement, le prolétaire dans le procès de production a le double caractère —disons à égalité— de producteur de valeur d’usage (ouvrier) et de producteur de valeur d’échange (prolétaire). D’où également “dichotomie” au sein même du prolétariat : En tant que marchandise potentielle — dépossédé— il est pleinement prolétaire.

– En tant que marchandise circulant et s’échangeant —salarié— il est pleinement prolétaire.

– En tant que marchandise spécifique fonctionnant dans le procès de production, il est à la fois prolétaire et ouvrier, et d’abord ouvrier.

3)- Ainsi, de même que le capital ne domine, alors, que formellement le travail et la société, la condition prolétarienne n’est encore que formellement dominante. Et dans le procès de production, de même que le procès de valorisation tend à dominer toujours plus le procès de production, le prolétaire tend à dominer toujours plus l’ouvrier.

III- LES REPRÉSENTATIONS SOCIALES DU CAPITAL ET DU TRAVAIL.

1)- On a vu que la dynamique de la valeur (d’échange) concrétisée dans le capital commercial et financier, faisait naître les modes et rapports de production capitalistes. Avec ceux-ci apparaissent, d’un côté le prolétaire sans moyen : de production et, de l’outre, le capitaliste possesseur juridique de ces moyens.

L’un et l’autre sont issus de la dynamique de la valeur, et le propriétaire réel des moyens de production —celui dont ils dépendent— est le capital dont le capitaliste n’est que le personnification : il est le gérant des rapports de production promu juridiquement propriétaire de ces moyens. Le capitaliste traditionnel disparu, le capital ne subsiste pas moins se créant ne nouveaux gérants-propriétaires légaux, ainsi qu’on pourra le vérifier historiquement par la suite.

2)- Le prolétariat apparaît, en domination formelle, comme la classe ouvrière —classe du travail— ceci parce que cette classe constitue encore le base de production des richesses sociales, le fondement du procès de travail.

Le prolétariat est dors le principal porteur de l’idéologie du travail, et l’opposition Travail-Capital prend la forme d’une opposition productifs- improductifs (« la gloire des premiers, la honte des seconds ! », selon l’idéologie ouvrière.)

La conscience de classe du prolétariat se situe et se manifeste au niveau de la dépossession des moyens de production, là où le prolétaire est pleinement prolétaire, dans cette phase. Au contraire, au niveau du procès de production, c’est la conscience de producteur de richesses sociales qui domine la conscience de producteur de plus-value ; et les luttes ouvrières les plus radicales tendront vers l’appropriation des moyens de production et l’autogestion des rapports productifs. On peut qualifier cette conscience de classe de conscience immédiate du prolétariat, conscience de producteur.

3)- La classe ouvrière crée alors les organes de défense de ses intérêts immédiats —le prix de sa force de travail— à savoir les syndicats. Ceux-ci représentants de la force de travail, apparaissent en même temps comme les représentants du procès de travail humain contre le procès de travail scientifique et mécanisé et le procès de valorisation. (Le mouvement ouvrier luttera contre la mécanisation du procès de travail qui, dans la logique du système, signifie le chômage et l’accentuation de la séparation producteur-produit ; et la destruction de machines accompagnera la mécanisation interne de la fin du 19ème siècle.)

Cependant dans la mesure même où ils défendent les intérêts de la force de travail, les syndicats tendent à faire triompher le procès de valorisation. En effet des augmentations de salaire assez importantes obligent toujours le capital à se mécaniser, à plus ou moins longue échéance, et toujours davantage ; il en est de même pour la réduction de la journée de travail, on passe ainsi d’un mode d’exploitation extensif à un mode intensif, c’est la passage de la plus-value absolue à la plus-value relative.

En fait, c’est le propre du mouvement ouvrier de tendre à faire disparaître l’ouvrier du procès de production pour ne laisser subsister essentiellement que le prolétaire et de conduire à la domination réelle du capital.

Dans ce contexte, les syndicats prennent une allure “révolutionnaire” dans la phase de domination formelle, ils sont le produit de la conscience immédiate du prolétariat qui tend vers la gestion des moyens et rapports de production : d’où l’anarcho-syndicalisme.

IV- LE PROLÉTARIAT COMME CLASSE DE LA CONSCIENCE ET L’IDÉOLOGIE.

1)- Toutes les classes révolutionnaires, jusqu’au prolétariat ont été le produit du développement de la valeur et, corrélativement, des forces productives qui faisaient apparaître, à l’intérieur même du vieux système, le mode de production dont elles étaient gérantes. Le développement de ce mode de production rendait, à son tour nécessaire la domination politique de ces classes qui, de ce fait, devenaient révolutionnaires. Toutes les révolutions passées ont été essentiellement politiques et ont ainsi généralisé la domination d’une classe sociale. Le prolétariat, lui, apparaît et généralise son existence à l’intérieur même du système où il est dominé. Cette généralisation du prolétariat suppose elle-même son développement préalable, inouï des forces productives et de la valeur jusqu’à la domination réelle et totale de celle-ci sur le travail et la société. Ce développement et cette généralisation créent les bases de l’émancipation du prolétariat qui est aussi l’émancipation de l’humanité.

Cependant, et pour cette raison, à la différence des classes révolutionnaires du passé, le prolétariat ne peut établir de secteurs de production prolétariens ou socialistes à l’intérieur du capitalisme – car le mode de production socialiste est celui de l’humanité socialisée et non celui du prolétariat. Celui-ci est sans avenir politique et économique. Son seul rôle historique, révolutionnaire, est de se nier pour laisser place à ce mode de production sociale où l’humanité produit l’humanité.

Le prolétariat est révolutionnaire en ce sens, où il n’est rien.

2)- Issu de la dynamique Économique et sociale de la valeur, il doit dominer cette dynamique en détruisant la valeur. Il est donc la seule classe révolutionnaire de l’histoire devant accéder à la conscience historique de sa tâche, en prenant le parti de la révolution sociale, donc de sa propre négation.

3)- En domination formelle, la valeur laisse subsister l’idéologie politique comme complément de cette domination et pour l’asseoir.

Il en est de même pour le prolétariat qui pallie à son faible développement et à la dichotomie de son être par l’idéologie ”révolutionnaire” qui se substitue à la conscience historique du prolétariat, seulement potentielle, et se nourrit d’elle.

Ainsi apparaissent les partis dits “révolutionnaires” sociaux-démocrates puis “communistes” qui se posent en conscience historique du prolétariat et prennent “le parti de la révolution communiste”.

Or la forme parti est issue de la bourgeoisie et de ses nécessités démocratiques d’organisation. Le parti est la forme d’organisation de classes, ayant des intérêts à défendre à l’intérieur du système et seulement en son sein : les partis bourgeois prennent le parti de la bourgeoisie (industrielle, commerciale, financière), les partis ouvriers se déclarant réformistes prennent le parti de la classe ouvrière dans ses intérêts immédiats lorsque l’État n’est pas encore réellement conquis par la bourgeoisie industrielle et que la classe ouvrière peut intervenir dans le débat démocratique entre les diverses bourgeoisies et le résidu féodal pour faire valoir ses intérêts (ex : la parti chartiste obtenant en Angleterre la réduction de la journée de travail, ceci évidemment en liaison avec les luttes d’alors.)

La contradiction des partis prolétariens révolutionnaires ou communistes est de prendre à la fois le parti du prolétariat et le parti de la révolution. Prendre le parti du prolétariat c’est évidemment l’opposé de prendre le parti de sa négation. Ceci montre bien, déjà, que seul le prolétariat se formant en classe par et sur les bases de sa généralisation à l’ensemble des hommes, peut prendre le parti de se nier.

La forme parti n’a donc rien, ni de prolétarien, ni de révolutionnaire, elle est indissolublement liée à la démocratie bourgeoise.

Ainsi en domination formelle, les partis dits “révolutionnaires” puisent dans la conscience historique du prolétariat un contenu qu’ils transforment en une forme organisationnelle, elle-même produite par la démocratie.

Ce qui montre bien quel avenir de classe attend les partis “révolutionnaires” portés au pouvoir par les mouvements sociaux.

En effet, la deuxième caractéristique de la représentation politique du prolétariat qu’est le parti, est de puiser son pouvoir dans le mouvement social du prolétariat qui à partir de sa conscience immédiate tend à généraliser son existence par la réappropriation des moyens de production.

Marx tire de cette conscience immédiate le concept de “dictature du prolétariat”. Or le prolétariat, comme on l’a vu, ne saurait être historiquement un dictateur politique ; par ses luttes immédiates il tend à généraliser son existence et à devenir, ainsi, classe dominante socialement.

La substitution à la conscience historique qu’est le parti, tend, alors, à donner idéologiquement un sens historique et politique à ces luttes dont il se nourrit.

Par elles, à un certain degré de leur développement, il peut se réaliser en tant que substitution historique et devient le véritable dictateur politique conformément à son caractère fondamental.

En Russie, en l’absence de révolution mondiale, le pouvoir des soviets, prétendu dictature du prolétariat, ne peut être autre que le pouvoir du parti bolchevique sur les soviets qui, limités par leur conscience immédiate —due au faible développement du prolétariat— nourrissent une nouvelle classe dominante, la bureaucratie, nouvelle gérante des moyens et rapports de production, à qui échoit la tâche de développer le capital dans ce pays.

Ce qui est en jeu dans les soviets qui apparaissent non pas contre les syndicats mais en leur absence, c’est la généralisation (par le développement industriel des forces productives) du prolétariat largement minoritaire, donc une généralisation longue et difficile, en fait, inassumable par la classe —vu la force que peut avoir la réaction notamment dans la paysannerie, très pauvre mais attachée à sa terre— et que le parti bolchevique, après avoir détruit les soviets en tant qu’organisation de la classe, tendra à accomplir —mal et contradictoirement— vu le caractère inadéquat au développement du capital en domination formelle de la nouvelle classe dominante qu’est la bureaucratie et, vu que le pouvoir de celle-ci provient autant de la petite paysannerie que du prolétariat.

Du fait de son essence et de son caractère, la bureaucratie accomplira ce laborieux développement par une dictature féroce sur le prolétariat et par l’utilisation continue du mensonge inscrit dans son existence même de parti substitut des deux aspects de la conscience prolétarienne immédiate et historique !

V- LA TRANSITION

Simultanément à la révolution russe, se déroulent des luttes importantes, et, pour l’époque et pour aujourd’hui, en Europe de l’Ouest et en Allemagne en particulier. Dans ce pays, contrairement à la Russie, on est vers la fin d’une période transitoire dans le domination du capital, correspondant à un développement très important des forces productives à la fin du 19ème siècle. C’est le passage de la domination formelle à la domination réelle du capital sur le travail et sur la société.

On peut dire que les syndicats, alors, s’intègrent au capital un cran en avance sur l’intégration effective du procès de travail dont ils sont les représentants. Ceci est provoqué essentiellement par la première guerre mondiale et la nécessité pour le capital allemand d’obtenir la paix sociale. Les syndicats se rangent délibérément politiquement peut-on-dire, du côté du capital, anticipent sur l’absorption du procès de travail par le procès de valorisation et, en fait, tendent à le provoquer consciemment, politiquement. Le vide alors crée par cette intégration fait apparaître des organes de défense des intérêts ouvriers : les conseils qui rapidement transforment leur contenu en potentialité de révolution immédiate c’est-à-dire de généralisation du prolétariat et d’accession à la communauté matérielle du capital (domination réelle) Ce qui est, donc, potentiellement, en jeu dans les conseils allemands c’est :

  • L’autonomie affective du prolétariat par rapport à ses représentations économiques et politiques : les bases de réappropriation de sa conscience historique.
  • L’unification de l’être prolétarien entre son aspect de travailleur salarié et sa place dans le procès de production où le prolétaire devait liquider totalement l’ouvrier et instaurer un procès de travail purement scientifique et social (accession à la condition de prolétaire total)
  • Parallèlement à ceci, la généralisation de la condition de prolétaire total à l’ensemble des hommes. Ce dernier point était visible dans le ralliement des chômeurs aux organisations d’usine.

Ainsi peut se réaliser sous l’impulsion consciente du prolétariat, la domination réelle de la valeur, jetant les bases de sa propre négation, et donc de la révolution communiste : le mouvement ininterrompu des luttes du prolétariat, contenant le développement ininterrompu de sa conscience de classe qui d’immédiate peut devenir historique, peut sur un laps de temps assez court conduire à l’accession à la communauté humaine.

Il n’en sera rien car le mouvement butte sur l’absence de luttes et de perspectives en dehors de l’usine, contre l’État qui s’est mis en veilleuse mais qui n’en est pas pour autant détruit. En fait cette situation est, en grande partie, le produit de la séparation économie-politique qui se maintient encore in-extremis dans le capitalisme allemand des années 18-20.

De ce fait, l’idéologie politique et les partis “révolutionnaires” ont encore une existence réelle en tant que représentation de la conscience historique, d’où impossibilité dramatique pour le prolétariat de se réapproprier cette conscience.

D’autre part le développement important du prolétariat et la perte sensible de l’importance de l’idéologie politique font que les partis “révolutionnaires” sont dans l’impossibilité de se réaliser en tant que substitution, en prenant le pouvoir au nom du prolétariat.

D’où la victoire finale de la bourgeoisie allemande qui n’a pas éliminé ses problèmes économiques, mais défait en grande partie le mouvement ouvrier qui n’a pu réaliser sa tâche spécifique, tâche immédiate du prolétariat qui était contenue dans les conseils ouvriers.

La confusion, l’incertitude, l’opacité de cette période se traduit dans un parti comme le K.A.P.D. qui se veut parti sans l’être vraiment —”avant-garde devant se dissoudre dans le mouvement de “masse”— ou dans les diverse organisations d’usine (A.A.U.D., A. A.U.D.E.), véritables partis “informels”. Cela se traduit aussi dans les controverses et essais d’articulation théoriques entre les diverses composantes en luttes (conseils-partis, classe-parti). Tous les théoriciens du moment —en Allemagne mais aussi ailleurs : Hollande, Italie— s’essaieront à cette compréhension de la situation et s’y casseront le nez, ce qui à l’époque était assez logique.

Les conseillistes —Pannekoek, Rhule, notamment— voient dans les conseils la réalisation du communisme au lieu d’y voir la généralisation du prolétariat.

Les partistes —voir notamment Bordiga et l’analyse faite à partir de Bordiga dans “Invariance n°1 nouvelle série”— y voient un repli de la classe dans l’usine alors que il ne pouvait y avoir repli puisque la classe ne s’était jamais manifestée ailleurs, au contraire des partis et organisations ; c’est là, la substitution classique du parti à la classe, mais ici purement idéologique par impossibilité de se réaliser dans les faits.

2)- Le problème était bien au contraire, une extension des luttes hors de l’usine qui n’eut pas lieu – excepté quelques flambées dont la “journée de Mars” 23 qui fut, en fait, provoquée par le K.A.P.D. sentant déjà la défaite du mouvement ouvrier, et qui tentait d’y pallier par la volonté révolutionnaire. Le K.A.P.D. traduisais là son impuissance desespérée dans une sorte de “baroud d’honneur”.

Finalement c’est le nazisme qui réalise la communauté matérielle du capital, le passage effectif à la domination réelle. Et cela contre le mouvement ouvrier allemand en achevant sa défaite par sa destruction totale et l’intégration du prolétariat au capital par sa fixation à l’usine. Cette défaite fut prolongée et parachevée dans la deuxième guerre mondiale d’où le prolétariat allemand sortit scindé en deux parties : Les deux Allemagnes illusoirement opposées sous forme idéologique : triste vérité de l’idéologie.

Le capital, lui, sortit doublement vainqueur, rajeuni et dominant réellement et totalement le travail et la société.

Le nazisme réalisa “le prolétariat classe socialement dominante” sous forme mystifiée : il accéléra la prolétarisation des classes moyennes qualitativement et quantitativement, tout en les maintenant hors de la sphère productive —dans la sphère de circulation développée par besoin du capital— donc en les maintenant en tant que classes moyennes, prolétarisées mais non intégrées au prolétariat d’usine qui, lui, voyait son rôle s’amoindrir toujours plus dans le procès de travail, et donc quantitativement dans le procès productif global, et être toujours plus décisif par la domination du procès de valorisation, et donc s’accroître qualitativement. Dès lors la majorité des hommes devenaient travailleurs salariés et une minorité de ceux-ci producteur de la plus-value.

Vers la fin de la préhistoire humaine… ou vers la fin de l’humanité

I- LE PROCÈS DE PRODUCTION SPECIFIQUEMENT CAPITALISTE

1)- Le Capital parvenant à sa domination réelle, le procès de travail (humain) est absorbé par la procès de valorisation, en ce sens que le procès de production est toujours plus social et scientifique, et que le travail (humain) ne subsiste essentiellement qu’en tant que valorisateur du capital, c’est-à-dire producteur de plus-value. Autrement dit, le sur-travail domine toujours plus le travail nécessaire, et celui-ci est toujours plus assumé par la machinerie et la technologie se substituant à l’homme qui ne demeure essentiellement dans ce procès qu’en tant que sur-travailleur.

Le procès de production devient, donc, spécifiquement capitaliste lorsque le travail abstrait et le travail matérialisé se rejoignent pour dominer le travail concret et humain. Sa perfection et sa limite sont atteintes par la transformation des moyens de production en processus automatique.

2)- Ce procès de production n’est pleinement social que parce que le procès de valorisation absorbe le procès de travail. Il n’est donc social que par et pour le capital. Son organisation en est le reflet par une division du travail atteignant la parcellarisation dont la chaîne de montage semi-automatique est le meilleur exemple.

Les travailleurs soumis à des cadences toujours plus rapides ressentent le caractère humainement asocial d’une telle organisation. A travers celle-ci, c’est le capital qu’ils ressentent : le travail abstrait producteur de valeur d’échange apparaît et se concrétise en quelque sorte, pour eux, dans l’organisation même du travail ; c’est un aspect de l’unification de l’être prolétaire dont la plaine existence de sur-travailleur dans le procès de production rejoint la pleine existence de dépossédé en tant que travailleur salarié.

3)- Le capitaliste traditionnel tend à disparaître. Il apparaît des organisateurs du procès de production et des gestionnaires, tels les managers et les technocrates. D’autre part, avec l’automation, le capital financier tend toujours plus, grâce au crédit bancaire ; à s’approprier les moyens de production. Ainsi, parti du capital financier (et du capital commercial) dont il est le produit, le mode de production capitaliste, pleinement développé, tend à revenir à celui-ci ; mais, cette fois, c’est lui le producteur et le capital financier est le produit : la boucle est bouclée.

4)- Pour les travailleurs dans l’usine, la conscience de transformation de leur situation ne peut être que destructive, négatrice de l’organisation du travail ; elle ne peut être, de ce fait, que destructrice des rapports de production, puisque ces rapports apparaissent directement dans l’organisation du travail.

Cette conscience apparaît déjà, de façon immédiate, dans les nombreux actes de sabotage organisés qui touchent la plupart des usines les plus modernes en Europe (Fiat, Turin, 1969), et surtout aux U.S.A., où ces actes apparaissent de plus en plus comme mouvements de lutte organisés par les travailleurs et inassumables par les syndicats. Les saboteurs ont, entre autres objectifs, de s’attribuer du temps libre de repos par la désorganisation totale de la chaîne de montage [1]. C’est une critique du sur-travail qui est un terme des rapports de production capitalistes, une critique de leur existence de sur-travailleurs, et un désir de vie. Ces mouvements ne s’attachent pas à réorganiser la production par et dans le procès de production existant ; ils n’ont aucune affirmation gestionnaire : les bases matérielles de l’autogestion ouvrière ont disparues avec le producteur immédiat. Bien plus, au point où en est arrivée la division du travail, la destruction de cette division passe par la destruction du travail, et le réappropriation des moyens de production implique leur transformation en processus pleinement automatique : l’homme domine la processus de production par son activité sociale du surveillance et de contrôle, c’est la transformation du caractère social du travail pour le capital en caractère social pour l’homme.

5)- Les syndicats se sont intégrés au capital avec le procès de travail. Ils défendent de moins en moins le prix de la force de travail des prolétaires, et de plus en plus les intérêts du capital, d’où la politique de concertation et les contrats dits “de progrès” pour éviter des grèves coûteuses ; en effet, lorsque le machinisme est la base du procès de production, “tout arrêt de ce procès a pour effet direct de réduire le capital lui-même, c’est-à-dire sa valeur initiale, la valeur du capital fixe ne se reproduit que dans la mesure où elle s’use dans la processus de production. S’il n’est pas employé, il perd son utilité sans que sa valeur se transmette au produit. Par conséquent, plus le capital fixe se développe, plus la continuité du processus de la production où le flux constant de la reproduction devient une condition impérieuse du mode de production fondé sur le capital.” (Marx, Grundrisse : Machinisme, science et loisir créateur). Le sabotage organisé et l’absentéisme de masse ont le même effet que les grèves sur le procès de production, mais, eux, ne peuvent être évités par une bonne politique contractuelle.

L’intégration des syndicats a entraîné de nombreuses grèves sauvages dans l’après-guerre (les premières étant apparues dans l’Allemagne des années 20). Elles constituent une critique immédiate des syndicats en tant que prétendus représentants des intérêts des travailleurs ; mais elles ne sont pas, et ne peuvent pas être, un dépassement des syndicats, dépassement qui ne serait autre qu’une critique de leur rôle de représentant réel des intérêts du capital, et équivaudrait à leur destruction : les syndicats intégrés au capital, ne peuvent être détruits que par le destruction du capital et de ses rapports de production. L’une et l’autre (destructions) vont de pair, mais la destruction des syndicats ne peut précéder celle du capital comme le pensent ou le rêvent de nombreux conseillistes.

Le syndicat se dévoile de plus en plus tel qu’il est, aux yeux du prolétariat mais celui-ci ne nie pas pour autant son existence, il ne peut la nier pratiquement qu’en se niant lui-même pratiquement.

L’intérêt des syndicats va “naturellement’ vers la gestion des rapports de production capitalistes, baptisée par certains, telle la C.F.D.T. : “autogestion”. Les managers les plus progressistes, c’est-à-dire les plus clairvoyants sur les luttes de classes, appuient cette revendication en prônant la cogestion, (cf. : le dialogue PETRI, président du holding d’État I.R.I. TRENTIN, dirigeant de la C.G.I.L., paru dans le Monde du 14-12-71-)

II- LA COMMUNAUTE MATÉRIELLE DU CAPITAL

1)- La valeur devenue autonome et totalement dominatrice du travail et de la société, se débarrasse de ses anciennes présuppositions idéologiques telle que la politique, mais aussi la religion et la philosophie… dont elle n’a plus besoin pour assumer sa domination ; elle organise directement la vie de l’ensemble des hommes prolétaires et prolétarisés, en étant elle-même idéologie matérialisée dans la marchandise (ce que les situationnistes ont appelé le “spectacle”). La valeur organise directement la vie du prolétariat par le produit qui est aussi bien la masse de marchandises consommée par la force de travail pour sa production que la marchandise-capital (machine) qui consomme la force de travail dans le procès producteur de cette masse marchande. Ainsi la valeur produit et reproduit ses propres besoins spécifiques de valorisation. L’idéologie de la valeur tend à présenter les produits du développement du mode de production devenu spécifiquement capitaliste : science, machinisme, et loisirs, comme le patrimoine de la “société-tout-classes-réunies” comme appartenant déjà à la communauté humaine, alors que ce n’est que le patrimoine du capital.

L’État n’est plus que le régulateur de l’économie, c’est-à-dire de la vie du capital, et de ce fait il est partout. Il tend à se poser en conscience historique du capitalisme.

2) – L’idéologie du travail producteur trouve sa vérité et sa réalisation dans l’idéologie du produit marchand, dernier produit idéologique d’un système basé sur le travail et la production.

Le chantage au travail pour la satisfaction des besoins vitaux du prolétaire se prolonge en chantage pour la satisfaction de ses désirs aliénés -pseudos besoins d’accumulation de marchandises et, en fait, besoins vitaux du capital.

Bref, lorsque travail et capital ne font qu’un, la communauté matérielle du capital se présente à la société comme la communauté humaine : là où on croit saisir l’homme, il n’y a que la valeur et sa matérialisation marchande.

Cependant, sous la communauté matérielle du capital, vit et se développe la communauté humaine ; sous les désirs aliénés, vivent les désirs ; le système recèle sa propre subversion.

III- LA CRITIQUE DU TRAVAIL ET LE MOUVEMENT DU PRODUIT (DU MOUVEMENT EXTRA-TRAVAIL)

1)- La science ayant remplacé l’homme dans la procès de travail, celui-là tend d’autre part, a être toujours plus exclu du procès de production, et de ce fait, le chômage de conjoncturel devient structurel, acquérant une constance plus ou moins importante (surtout aux U.S.A., cf : James BOGGS : “La Révolution aux U.S.A. (?)) ; d’autre part, le prolétaire tend à s’exclure lui-même toujours plus de ce procès dont l’existence dominante en tant que procès de valorisation détruit les bases matérielles de l’idéologie du travail. La critique du travail se manifeste chez les jeunes prolétaires, nés avec ou dans la domination réelle du capital, par leur refus sous diverses formes : absences régulières du travail, au rejet catégorique qui entoure l’usage d’expédients comme moyens de subsistance, d’où le développement de la délinquance juvénile.

2)- Les prolétaires ainsi ramenés en dehors du procès de production retrouvent l’existence de marchandise potentielle, base de création du travail salarié mais contrairement aux chômeurs et au lumpen du xixème siècle, ils ne constituent dans un “secteur” retardé du capital : les chômeurs, victimes, eu xixème siècle, de la destruction de secteurs pré-capitalistes, constituaient alors des marchandises potentielles à avenir quant à leur pouvoir d’exercice dans le procès de production, avenir qui était celui même du mode de production capitaliste naissant et devant se développer.

Aujourd’hui, ils sont le produit même de ce développement arrivant à son terme dons les pays industrialisés. Ils constituent désormais des marchandises sans avenir, ne pouvant plus, ou ne voulant plus s’exercer dans le procès de production capitaliste. Ils sont, en quelque sorte, l’avancée extrême du système dont, historiquement, ils ont fait le tour, en redevenant marchandise même plus potentielle.

3)- De façon immédiate, ces marchandises ne circulant plus sur le marché spécifique du travail, circulent sur le marché commun à tous les produits : l’espace-temps de la distribution-consommation. Elles se confrontent comme toute autre marchandise et se consomment entre elles : rivalité, émulation, élimination. Sur cette base sont apparues, dans les années 56-60, des bandes hiérarchisées de jeunes prolétaires —”blousons noirs”, “rockers”, etc…— qui s’affrontent entre elles, et dont les membres s’affrontent au sein de chacune pour le droit au leaderisme, car chaque marchandise et chaque communauté de marchandises n’existent que par différence, les premières de ces bandes sont apparues dans l’Allemagne des années 30. Ce terrain de circulation et de consommation est aussi celui où s’exerce le discours idéologique de la valeur matérialisée dans la marchandise. Ces communautés de jeunes prolétaires vivent totalement cette idéologie, et ne vivent qu’elle. Le refus de travail s’accompagne, chez eux, d’une glorification de la marchandise et d’eux-mêmes en tant que marchandise-produit du système (ils roulent leurs mécaniques, et non plus celles du procès de production). Ils existent, eux aussi, en tant que communauté du capital, et leur particularité est de l’être visiblement.

4)- Cependant, lorsque ces communautés de prolétaires non travailleurs et travailleurs intermittents, se révoltent contre l’ordre du capital, elles manifestent un potentiel destructif qui remet en cause toute la rationalité du système. En effet, vu la place extrême qu’elles y occupent, ces communautés en lutte dévoilent tout le système et l’organisation même de leur existence de marchandises.

Par le pillage, elles critiquent cette existence qui n’a d’au-delà que dans la communauté humaine débarrassée du capital. Telles ont été aux Etats-Unis dans les années 65, les révoltes noires dont le potentiel communiste s’est puissamment manifesté. Le pillage est apparu insurrectionnel après Mai 68 (principalement à Lyon), à Paris, en Juin 71 au quartier Latin, un beau samedi soir, comme une des premières manifestations pratiques et massives du prolétariat européen en lutte sur les lieux de consommation. On peut assister alors à deux phénomènes remarquables : la constitution immédiate des gauchistes en “milice publique” pour la défense du capital “du peuple” et de ses marchandises, et l’unification réelle et mi-consciente de ces communautés de non-travailleurs avec d’autres secteurs du prolétariat et des couches moyennes prolétarisées (étudiants, travailleurs immigrés, et prolétaires “adultes et raisonnables”.)

Ainsi, en détruisant les bases matérielles du travail et de son idéologie, en créant des communautés d’intérêts situés au-delà du travail, et donc potentiellement du capital, celui-ci crée son contraire et les bases mêmes de sa négation : le produit et son idéologie ne sont rien si la possibilité et la conscience du travail productif se dissolvent largement.

Ces mouvements de lutte sont inorganisables politiquement, de l’extérieur, par leur caractère purement destructeur, négation potentielle de l’ordre capitaliste. Car ce qui est – contenu dans le refus du travail – ou l’impossibilité de s’exercer – c’est la conscience historique du prolétariat, qui naît et se développe à partir de la dissolution de l’idéologie du travail et de l’idéologie politique. La conscience historique s’est libérée de son usurpation idéologique : le refus du travail s’accompagne du refus de la politique.

Cette conscience révolutionnaire apparaît dans ces luttes sous sa forme immédiate de conscience destructrice du produit, de tous les produits du système. Elle ne peut se réaliser au sein même de ces luttes et de leur terrain : l’espace-temps extra-productif ; elle doit pénétrer les lieux de production où se produit et se reproduit l’existence pauvrement marchande de ces communautés.

5)- Sur ce terrain, deux remarques importantes s’imposent. La première remarque est que, plus ces communautés de prolétaires semi ou non travailleurs se révoltent et affrontent le système, plus elles dévoilent le système, et donc plus elles affrontent pratiquement leur propre organisation d’existence et se transforment irrémédiablement. Un camarade écrivait ceci (dans son texte intitulé : « Naissance du mouvement radical », paru dans I.C.O., n° 93) “Ceux-ci (les blousons noirs) formaient des bandes hiérarchisées à l’extrême avec un chef indiscuté, ayant fait ses preuves, qui imposait sa volonté, qui avait le droit de frapper “ses hommes”, le droit exclusif de baiser… avec sa favorite, etc… Le rivalité entre bandes (bagarres sanglantes) était le moyen d’émulation et de survie de chacune, et à l’intérieur de même pour les membres. Il subsiste peu de bandes, du moins dans leurs formes d’alors ; elles sont remplacées par des groupes désorganisés à la composition fluctuant suivant les rencontres de la journée. Des leaders plus ou moins affirmés existent évidemment ; mais rarement sans discussion. On se bat de moins en moins contre d’autres groupes, de plus en plus contre un pouvoir se dévoilant. La révolte des jeunes “marginaux” est passée de l’âge préhistorique aux premières années de son histoire se fondant, en le révélant, au mouvement ouvrier dont les “marginaux” font effectivement partie.”

Hormis l’emploi, à tort, du terme “marginal”, c’est bien de cela qu’il s’agit.

La deuxième remarque à faire est la comparaison entre ces communautés de marchandises que sont ces bandes, et les groupuscules, sectes, chapelles diverses de l’extrême gauche étudiante et intellectuelle. Elles vivent sur le même mode d’existence : rivalité, émulation, élimination, leaderisme, scissions, etc… et ne vivent aussi que par différence. (cf. : le texte : “pour une théorie des chapelles” paru dans “Noir et Rouge” n°44, où un remarquable essai de description de ce phénomène est fait.) Il y a une base très simple à cela : une grande masse d’étudiants (et donc d’intellectuels), ne travaillent pas encore, et ne travailleront peut-être jamais ; ils sont voués au chômage, non pas à la suite d’une crise ou d’une ”reconversion” mais par destination comme les jeunes travailleurs, ils sont des marchandises mêmes plus potentielles. La prolétarisation de ces couches moyennes ne les intègre pas dans les travailleurs productifs ou improductifs, mais dans les non-travailleurs, ce qui augmente le degré de leur prolétarisation, relativement. En devenant prolétaires, ils deviennent immédiatement totalement prolétaires. Mais là s’arrête la comparaison et l’unification ; de par leur position sociale, ils nagent, respirent, et vivent de l’idéologie politique. Alors que le jeune “blouson noir” ne vit que l’idéologie de la valeur matérialisée dans la marchandise, ils vivent encore en retard l’idéologie de l’organisation de la valeur en domination formelle, l’idéologie de l’idéologie, la politique ; cet espace-temps où il se sont toujours exercé. Leurs luttes se placent donc au même niveau que celles du prolétariat non-travailleur, (luttes dans l’espace-temps extra-productif : rues, lieux de consommation, universités, etc…), mais, de par leur nature “politique”, tendent à aller dans le sens inverse, c’est-à-dire à soutenir le capital et son procès de reproduction des rapports sociaux, en parlant le langage de l’organisation et de la conscience venues de l’extérieur, de la “politique”. Ils se heurtent de cette façon aux bandes de jeunes, dans leurs essais de les récupérer et organiser, ou de les canaliser (cf : le pillage du quartier latin) en se constituant en syndicats extra-productifs.

Leur lutte, alors, avec les syndicats est la concurrence pour le partage du pouvoir, les syndicats et partis gardant la main sur les lieux de production, et eux contrôlant la réalité sociale extra-productive (critique des institutions, manifs, universités, tribunaux populaires, fêtes pops, etc…) Mais elle est illusoire et de plus en plus inefficace, car elle est la lutte de la dernière conscience historiquement politique, le gauchisme, contre le capital et ses produits historiquement sociaux.

C’est la lutte des couches moyennes pour arrêter le temps, au moment historique où le temps social les extermine. En affirmant la politique, ils affirment également le travail et exaltent le prolétaire comme travailleur immédiat, ainsi que sa conscience immédiate, comme leur équivalent général.

Face au jeune blouson noir, chez qui apparaît la conscience destructrice du produit, de tous les produits, conscience qui, pour se réaliser, doit repénétrer les lieux de production, dans un mouvement unificateur. La conscience du jeune intellectuel gauchiste apparaît comme conscience organisatrice et apologétique, comme conscience du travail et du travailleur, par personne sociale interposée, conscience, qui pour arriver à faire semblant de se réaliser, doit rester en dehors des lieux de production où la réalité sociale est le discours matérialisé qu’il tient encore. En même temps son existence de prolétaire ou d’être se prolétarisant contredit toujours un peu plus sa conscience politique qui s’affirme toujours plus nettement idéologique. Ou bien ce mouvement de prolétarisation fait éclater l’idéologie du travail et de la politique, et il se retrouve dans les luttes du prolétariat ; ou bien, au contraire, l’idéologie du travail et de la politique le range dans les rangs de la contre-révolution qui s’organise.

IV- NAISSANCE DU MOUVEMENT COMMUNISTE

1)- Depuis plusieurs années aux États-Unis et récemment en Europe, le mouvement critique du travail s’est répandu largement chez les prolétaires demeurant dans le procès de production. Cette critique prend plusieurs aspects : —sabotage organisé, comme nous l’avons vu dans ce qui précède— Absentéisme massif dans la plupart des entreprises les plus importantes et les plus modernes (chaque jour 12% des ouvriers manquent sans motif à la Général Motors, (cf : I.C.O. n° 115-116), à peu près autant à la Fiat de Turin ; dans de nombreuses usines de Grande-Bretagne, il n’y a presque personne le lundi matin ! – Changement fréquent d’usines par la majorité des jeunes prolétaires, avec, entre les changements, des temps plus ou moins longs d’arrêt complet de travail.

Tous les aspects de cette critique sont réunis chez les mêmes prolétaires qui sabotent, s’absentent, s’arrêtent, sabotent, etc…

Cette pratique s’avère être une critique des rapports de production capitalistes, et notamment du sur-travail dominant, c’est donc bien une critique de la condition de prolétaire.

Par cette pratique, les jeunes prolétaires affirment leur choix du temps de loisir (non-travail) comme mesure de la richesse sociale.

Dans les loisirs (non-travail) il y a déjà une possibilité de choix affinitaire des êtres (même si ce choix est encore mystifié sous le capital) avec qui on a envie de vivre, dans l’usine ce choix est uniquement celui du capital. Le choix est l’affirmation consciente de la communauté humaine dominant les choses, c’est la rationalité passionnée et passionnante de l’humanité sociale contre la rationalité glacée et glaçante du capital : les prolétaires de Détroit, aux U.S.A. qui quittent leur atelier pour rejoindre leurs copains dans un autre atelier, affirment leur contre-choix. (cf : n° d’I.C.O. déjà cité : “Contre-planning dans l’atelier”).

La communauté humaine se choisira parce qu’elle n’a qu’elle même à produire consciemment.

Choix communautaire et choix de « loisir” comme mesure de le richesse sociale, sont déjà, donc, une affirmation immédiate du communisme.

2)- Cependant le mode de production capitaliste ne connaît que le temps de travail comme mesure, et il ne produit le loisir que par rapport au travail : la contradiction surgit directement entre le maintient de ce mode de production et la pratique sociale des jeunes prolétaires. En dehors et en complément du sabotage, la traduction de cette contradiction au niveau des luttes se situe sur deux plans :

  • Lutte sur les lieux de ”loisirs”, de la rue aux bals, où les jeunes prolétaires découvrent de plus un plus le capital comme organisateur de l’espace-temps du non-travail.
  • Luttes plus dures sur les lieux de production pendant le temps où ils y sont par nécessité d’obtenir le maximum de pognon en vue de subvenir à leurs besoins pendant le temps de non-travail (constitution d’une sorte de réserve sociale). Ils deviennent le fer de lance des grèves sauvages.

Ainsi, de plus en plus de jeunes prolétaires ont une pratique de lutte qui recouvre toute la réalité sociale. Ils s’affirment en tant que possesseurs de la pratique dialectique qui ne laisse aucun aspect de côté. Partout où est le capital sous ses diverses matérialisations, ils s’affirment comme sujet de sa destruction.

Le mouvement critique du travail donne tout son sens au mouvement des grèves sauvages.

3)- Il était normal que le mouvement prolétarien recommençât à se manifester globalement sur les lieux où il avait été inhibé dans les années 20-30 : les usines, et dans un contenu qui l’avait, après sa défaite, transformé en simple objet du capital : les occupations.

C’est la France, où cette inhibition avait eu le caractère le plus démocratique (mouvement des occupations en 36), qui a hérité de cette espèce de répétition (mai-juin 68), où apparaissait en même temps que le mouvement n’assumait plus l’inhibition et amorçait son dépassement, ceci en négatif : non tentative de réorganisation de le production capitaliste, et en positif : fuite des usines par de nombreux jeunes prolétaires qui transportaient, quand ils le pouvaient, leurs luttes dans la rue et sur les barricades.

Il était non moins normal que le mouvement prolétarien ait été précédé et “catalysé” par le mouvement étudiant, à la fois mouvement des couches moyennes “prolétarisées” revendiquant la “démocratie”, et mouvement de non-encore-travail.

C’est ce qui mystifia tout le mouvement de Mai 68 qui ne pouvait se reconnaître de fait de son incohérence due à ses multiples composantes de classes et d’aspects historiques (caractère du passé et caractère de l’avenir). Le mouvement étudiant ne fut pas dépassé par le mouvement prolétarien, ce qui montre bien toute les limites de Mai 68, et explique que les débats soient restés, alors, et par la suite, au niveau démocratique et autogestionnaire.

4)- Le mouvement de négation du prolétariat doit refaire le chemin parcouru par le fascisme, mais en inversant le mouvement : là où le prolétariat “classique” (producteur de plus-value) était devenu objet, il tend à redevenir sujet. Par sa pratique dialectique, il constitue la direction pratique des luttes de la classe s’universalisant – l’ensemble des hommes prolétarisés qui commence à affronter le capital -. Par sa pratique qui n’est révolutionnaire que si elle est négatrice, le prolétariat “classique” donne tout le sens de cet affrontement : lutte pour la libération de l’humanité. Il doit intégrer dans son mouvement de négation, outre les luttes du prolétariat non productif, chômeur, ou non-travailleur, les luttes des couches moyennes prolétarisées, et celles qu’il ne peut intégrer, il ne peut que les détruire, s’il n’est pas détruit et/ou intégré : par elles.

Ainsi, se remet en mouvement, en pratique, ce qui avait été figé, statufié par l’idéologie marxiste, correspondant à la phrase de domination formelle du capital, dans le concept de “dictature politique du prolétariat”.

Le mouvement communiste naît sur et contre l’idéologie communiste.

V- LES VIEUX RACKETTS POLITIQUES

1)- Quant le capital domine réellement et totalement, les partis ”révolutionnaires” se muent en organisation pour le parti (le parti du parti !)

Ils ne font que traduire, ainsi, leur inadéquation à se placer sur le terrain réel de la vie du prolétariat, d’où leur existence de sectes, et leur impuissance à organiser les ruptures avec le système que sont les luttes les plus radicales.

Ils ne peuvent désormais plus prendre que le parti de l’existence du prolétariat, puisque celui-ci peut à présent prendre lui-même et immédiatement le parti de sa propre négation. De ce fait, les groupuscules sont réduits à prétendre organiser le prolétariat en tant que communauté du capital, dans le capital ; d’où le caractère positif qu’ils confèrent à celui-là, mais aussi, par là même, à celui-ci (le pouvoir aux travailleurs !)

Les divers groupuscules à idéologie “classique” sont autant de racketts qui font l’apologie du travail et s’affrontent concurrentiellement sur le mode d’existence même du capital.

La forme rackett est la vérité de la forme parti.

2)- De ce fait, les partis anciens dirigés par les intellectuels trouvent leur vérité dans les racketts actuels essentiellement composés d’intellectuels, phénomène qui correspond à leur apparition en tant que couche sociale depuis la fin de la guerre. Alors qu’auparavant, les intellectuels, petits et moyans, apparaissaient comme “couche idéologique” “sans intérêts sociaux spécifiques” pouvant se mettre au service du prolétariat comme de la bourgeoisie, ils se sont réalisés pour la première fois, dans la Russie soviétique de 1917, à la fois en tant que classe sociale et classe du mensonge. Mensonge qu’ils sont obligés de répéter, aujourd’hui, indéfiniment non plus seulement au prolétariat, —ce qu’ils peuvent de moins en moins assumer—, mais surtout à l’intérieur de leur propre classe, en lui masquant sa prolétarisation (et donc en se la masquant), afin de la faire évoluer dans la seule sphère de l’idéologie politique. En fait les groupuscules exercent beaucoup plus leur rackett sur les intellectuels (profs, étudiants) que sur le prolétariat “classique”, mais, par là même, ils tendent à se constituer en rackett sur la classe universelle qui tend à se former en englobant les couches prolétarisées.

Or, l’attitude et la pratique de ces couches déterminent le devenir de la lutte des classes, et, en partie, leur issue. Tant que la classe universelle ne s’est pas encore effectivement formée, tant que ces couches moyennes prolétarisées n’ont pas choisie pratiquement et socialement l’affrontement avec le capital, pour sa destruction, (et c’est la cas lorsqu’elles évaluent encore largement dans la sphère politique), elles peuvent osciller entre la révolution et la contre-révolution. Cette dernière alternative est actuellement la plus plausible, puisque c’est à l’idéologie du prolétariat et à sa conscience immédiate, (et pas encore à sa pratique sociale et à sa conscience négatrice),que se rallient de plus en plus les couches moyennes ; ralliement qui fut la base même de naissance du fascisme, du nazisme, et du stalinisme.

Certaines manifestations dans la pratique maoïste peuvent même être actuellement interprétées comme émergence de la contre-révolution ; nous examinerons ces manifestations dans la prochaine parution de “Négation”.

Ce que nous appelons “maoïsme”, ce n’est pas simplement les organisations maoïstes, effectivement en plus ou moins grande décomposition en France, mais c’est l’ensemble des déterminations sociales et de la conscience de classe qui entraînent une pratique autour de laquelle se groupe, et dans laquelle se reconnaît, semble-t-il la majorité des classes moyennes se prolétarisant. La décomposition du maoïsme en tant qu’organisations “classiques” est d’ailleurs le signe que les problèmes commencent à se poser à ces classes de façon beaucoup plus directement socialement, d’où l’enjeu qu’on peut entrevoir à cette situation : intégration aux luttes du prolétariat ou luttes contre le prolétariat.

Pour nous donc, faire une critique du gauchisme en tant que rackett politique c’est moins faire une critique du caractère anachronique de l’existence politique et idéologique de ces sectes que comprendre la pratique sociale que cette existence traduit.

VI- LES NOUVEAUX RACKETTS POLITIQUES

(Potere Operaio)

1)- Si, en France, on en reste principalement au gauchisme classique, en Italie, une nouvelle ferme de rackett est apparue avec des groupes comme Potere Operaio qui tente d’organiser le mouvement de refus du travail.
La stratégie européenne de ce groupuscule est résumée dans son mot d’ordre revendicatif : “salaire politique” c’est-à-dire salaire pour l’ensemble du prolétariat, travailleurs comme non-travailleurs, et en dehors de toute considération économique vis-à-vis du capital, et notamment la productivité.

En somme c’est le salariat généralisé voulant se poser en contradiction du salariat. On voit tout de suite la contradiction fondamentale qui affecte un rackett comme P.O. : la politique en tant qu’activité spécialisée est apparue avec le travail en tant que double producteur de valeur d’usage et d’échange. L’idéologie politique colle étroitement à l’idéologie du travail dans le développement historique de la valeur. Lorsque celle-ci domine réellement et totalement, les bases matérielles de l’idéologie du travail et de l’idéologie politique, s’effondrent en même temps ainsi que nous l’avons vu dans ce qui précède.

Et P.O. survient alors pour essayer d’organiser politiquement ce qui est une critique à la fois du travail et de la politique.

Son raisonnement “théorique” est le suivant : puisque le refus du travail dépasse le cadre de l’économie (vu par P.O. comme limité à la sphère productive), ce mouvement est directement politique, d’où la possibilité de l’organiser. Or, s’il est vrai que le prolétariat, formé en classe et se niant, réalisera la politique en la supprimant définitivement en tant qu’activité spécialisée, toutes ses luttes tendant à cette auto-organisation et à cette suppression se déroulent sur le terrain de vie du capital qui s’est immiscé partout en auto-organisant la vie des prolétaires ; l’économie domine tout au point de sembler disparaître, d’où l’expression “tout est politique” produite par ce fétichisme.

2)- A partir de cela, plusieurs caractéristiques à la fois déterminent et limitent l’existence du rackett P.O. :

a)- Le mouvement extra-travail est considéré dans sa réalité immédiate, la place qu’il occupe dans le système, c’est-à-dire le négatif dans cette société (de même que les partistes traditionnels et les conseillistes ne considèrent l’usine que dans sa réalité immédiate : le positif dans cette société). Or seul le mouvement dialectique, interpénétrant les luttes se déroulant dans l’espace-temps extra-travail et des luttes d’usine, peut transformer la communauté extra-travail, de négatif dans cette société en négatif de cette société, et inversement, conférer un caractère négateur à la communauté d’usine. P.O. est réduit à considérer indéfiniment la communauté de non travail comme le négatif dans le système, lui donnant ainsi une positivité politique, condition impérative de l’existence de rackett. De ce fait, ce ne peut être l’organisation des luttes destructrices de cette communauté qu’assume P.O., mais l’organisation de manifestations pour le salaire politique s’opposant spectaculairement aux manifestations des racketts classiques pour le droit au travail. Dans la stratégie de P.O., le mouvement d’usine doit venir se joindre au mouvement extra-travail sur le terrain de celui-ci, et, ainsi, devenir lui-même politique : c’est une caricature a-dialectique de la formation en classe du prolétariat, mais due aux nécessités du rackett.

D’où aussi le moindre accent mis par P.O. sur le mouvement d’absentéisme qui, du fait qu’il figure déjà comme aux U.S.A., le mouvement dialectique des luttes exprimant un contenu communiste, s’avère totalement inorganisable politiquement.

b)- Les séparations, voire les oppositions, entre les diverses communautés du prolétariat sont elles aussi considérées dans leur réalité immédiate comme base stratégique de l’intervention européenne sur les immigrés.

Faisant une critique des groupuscules traditionnels qui veulent unir par des voeux pieux prolétariat immigre et autochtone, P.O. veut, au contraire, accentuer ces séparations, élargir la réalité produite par le capital “pour le conduire à un point d’éclatement où la réunification serait possible”. On retrouve ici, la même gymnastique caricaturale qui tient lieu de dialectique à ce groupuscule et qui cache, mais en fait révèle, le contradiction où se débat P.O. dont la base de rackett est la séparation même des diverses communautés du prolétariat : l’unification des luttes par et dans les luttes, c’est la mort du rackett (car c’est la constitution de la classe se réappropriant sa conscience historique) d’où la stratégie combinée d’accentuation des séparations et d’unification idéologique par et dans la sphère politique où dominerait P.O., la Conscience.

Ce pauvre rackett, malgré ses efforts pour paraître s’en démarquer, ne peut faire mieux que les groupuscules traditionnels : tenter d’organiser le prolétariat en tant que communauté du capital.

3)- Alors que les racketts classiques se voient privés de bouffe, et donc réduits à l’impuissance, par l’impossibilité actuelle de réapparition de la conscience immédiate du prolétariat —conscience de producteurs de valeurs d’usage— P.O., produit de cette impossibilité, en tire les conclusions pour faire une critique des conseils ouvriers qui est une critique de rackett [2], et pour sa placer sur le terrain d’apparition de la conscience historique du prolétariat ; la critique et le refus du travail.

Ce qui revient à vouloir se substituer directement à cette conscience —en somme être la conscience de la conscience comme les autres groupuscules veulent être le parti du parti— et vouloir organiser sa propre négation en tant que rackett ! En fait, comme on l’a vu, ils ne peuvent tenter d’assumer la réalisation de cette conscience historique, à la fois en niant que les lieux de production sont les lieux de sa réalisation, et en niant l’unification réelle ; des diverses communautés en lutte du prolétariat : c’est le résumé de leur contradiction et de leur limite.

4)- Cependant en intervenant sur le terrain réel et immédiat de l’existence du prolétariat et de naissance de sa conscience négatrice, de tels racketts peuvent ne pas apparaître immédiatement comme tels, ils doivent nécessairement coller à la réalité et paraître s’y fondre. Ils ont donc un rôle mystificateur et de réel frein aux luttes, d’où l’importance de la démystification par leur critique constante.

Dépendant plus étroitement que n’importe quel autre de l’évolution du système et des luttes de classes, de tels groupuscules apparaissent dans les prys où la situation économique et les luttes sont parmi les plus avancées,,et ils apparaissent différemment suivant le degré de cette évolution. Ainsi en Italie, où est né P.O., ce groupuscule politique est apparu presque immédiatement en tant que tel, et cherche son second souffle, et sa virginité initiale – , dans son extension aux autres pays européens.

Le Grande Bretagne, où la situation des luttes du prolétariat —tant sur le plan des luttes d’usines que sur celui de la critique en actes du travail par les prolétaires—, semble être le plus avancée d’Europe, ils apparaissent immédiatement dans les mouvements extra-travail tels les claimants Unions (organisation de défense des intérêts des chômeurs et non-travailleurs), et au moment même de leur apparition, ils semblent déjà ne plus pouvoir se manifester sous la forme groupusculaire traditionnelle, tout en appelant d’un autre côté, au soutien envers l’ignoble I.R.A. National-socialiste, avec tous les autres demeurés des groupuscules traditionnels.

Quant au U.S.A., ils n’y sont jamais apparus, et la situation semble désormais au-delà de leur possibilité d’existence sous quelque forme que ce soit. Toute possibilité réformiste y semble déjà exclue des luttes. La révolution communiste arrive là-bas à l’ordre du jour, ce qui implique qu’aucune organisation extérieure à la classe et à ses luttes ne peut désormais y prendre d’essor.

En France, un des pays les plus retardataires quant à l’évolution économique et aux luttes, il semblerait qu’un groupe comme P.O. ait de l’avenir ; il s’y est crée un sous-fifre balbutiant en la personne du groupe “Matériaux pour l’intervention” (Martin Adler, B.P. 42-06, Paris). Mais ce n’est qu’une hypothèse, car la France fait partie du monde capitaliste ; une évolution et un durcissement rapides de la situation des luttes dans les pays les plus avancés se répercuterait sur la France elle-même, la faisant passer directement au niveau de ces luttes. L’entrée de la Grande Bretagne dans le Marché Commun pourrait, entre autres, avoir cette conséquence.

Des groupes comme P.O., semblent être l’expression d’une progression de la prolétarisation des intellectuels, et simultanément, de leur conscience. Si on s’en réfère au groupe français “Matériaux pour l’intervention”, composé principalement d’enseignants, cela semble correspondre à la décomposition idéologique de ce milieu, qui est apparue visiblement depuis deux ans : le travail des profs débarrassé de son apparat idéologique, le “savoir”, tend à se révéler de plus en plus pour ce qu’il est, “du travail salarié”. D’où sa critique par de plus en plus de jeunes enseignants, dont beaucoup reportent ce pouvoir idéologique sur la politique, sur l’organisation politique du prolétariat. Ils se posent ainsi en ultimes idéologues, et en ultimes politiciens.

5) – Pour finir, disons que toute la contradiction de P.O. est contenu dons son nom même : s’appeler “Pouvoir Ouvrier” montre en effet, —en dehors de la substitution, mais l’expliquant—, que pour ce rackett, le prolétariat ne doit pas aller jusqu’à ce nier, mais il doit prendre le pouvoir, et en plus redevenir l’ouvrier collectif, ce qui signifie que le procès de valorisation et le prolétariat devraient faire marche arrière et revenir à la phase historique où ils étaient peu de choses, et où le travail humain et le producteur de valeurs d’usage étaient beaucoup !!

C’est d’ailleurs une marche en arrière constante de l’histoire que tente dérisoirement P.O. qui à la prétention de la réécrire à partir d’un marxisme pur d’où seraient nettoyé les merdes social-démocrates, léninistes [3] et staliniennes.

 Il n’est d’ailleurs pas le seul à s’essayer à ce petit jeu de société : le vrai marxisme, le seul, l’intégral, le pas déformé, pas révisé, est à l’affiche comme Jésus !

Quelques conclusions

1)- Le marxisme a été une idéologisation de la théorie de Marx. Celui-ci a lui-même participé à cette fixation, notamment dans ses écrits et positions “politiques”.

La contradiction de Marx a été de décrire la vie d’un être, le Capital, de sa naissance à sa mort, et de vivre à une époque où cet être était encore peu développé, d’ou la glorification de la politique lorsque Marx voulut traduire dans la réalité immédiate et active son analyse des rapports de production capitaliste.

Il y avait une contradiction terrible entre les possibilités pratiques du mouvement qui n’était encore que le mouvement “ouvrier”, et avait des tâches surtout éminemment “politiques” à remplir (instauration de la démocratie bourgeoise républicaine et/ou de la démocratie “populaire” : 1830-1879, puis généralisation du salariat et du prolétariat : IIème Internationale), contradiction donc, entre cela et les propres conclusions dépassant le cadre de son époque précise, que tirait Marx de son analyse du capitalisme, analyse pourtant liée aux luttes fondamentalement communistes malgré cela du prolétariat d’alors. Ce que Marx disait était une critique radicale de ce qu’il pouvait faire en partie. Il en avait très conscience et le déclarait plus ou moins dans sa correspondance. Mais Marx, d’un autre côté, dans le mouvement immédiat, ne pouvait que limiter qualitativement l’apport de son travail théorique radical, (Voir, comment Marx et Engels ont été seuls, ou presque, sur le plan doctrinal, incompris même par leurs disciples : cf. Critique des Programmes d’Érfurt et de Gotha)

Marx, puis Engels, ont donc été les premiers bureaucrates et idéologues du mouvement ouvrier, involontairement. Ses écrits fondamentaux (Manuscrits de 1844, Grundrisse, Introduction à la Critique, Le Capital, etc…) ne peuvent prendre leur sens et leur vérité que maintenant, car c’est seulement maintenant que le capitalisme décrit par lui, s’est réalisé totalement, et que le communisme est la question à l’ordre du jour.

Les œuvres de Marx ne pouvaient donc servir qu’à la formation idéologique de la bureaucratie socialiste, faite des intellectuels spécialisés dans le maniement de la dialectique et de l’économie, mais comme sphères séparées, et d’une partie de l’aristocratie ouvrière. Le théorie marxienne ne servait plus qu’à prouver la nécessité du capitalisme par la connaissance de ses “lois” (cf : Althusser) et d’éterniser ainsi les rapports capitalistes dans le pouvoir des cheffaillons et chefs syndicalistes et politiciens. Le fait que Marx se soit centré sur la critique de l’économie n’est pas là où le bât blesse ; il blesse lorsque cette critique de l’économie est considérée comme une science, et non comme le centre de la théorie de la praxis communiste du prolétariat.

Cet économisme avait comme base la nécessité de comprendre l’économie capitaliste afin de défendre le travail salarié contre le capital (social-démocratie) ou de créer le capitalisme (léninisme).

D’autre part, cette terrible dichotomie exprime la dichotomie intellectuels/manuels, que la lutte entre la bureaucratie manoeuvrière marxienne et la bureaucratie conspiratrice bakouninienne, au sein de la première Internationale, brandissait des deux côtés comme drapeau dérisoire et comme miroir déformant.

Les étapes qui mènent de Marx au stalinisme sont chacune la Vérité de la précédente : marxisme blanquiste et politicien – marxisme économiste et déterministe de la Social-démocratie – Léninisme – Stalinisme. Le trotskysme est un accident de parcours, archaïque ; quant au bordiguisme, il est la réalité fausse du marxisme de la bureaucratie, et son expression la “plus” “scientifique”.

Aujourd’hui le marxisme est le discours de la classe dominante du capitalisme “oriental”, et le discours universitaire tendant à dominer à l’Ouest.
L’existence de ces deux discours implique évidemment, pour eux, la censure ou la minimisation de certains écrits de Marx, la déformation ou la parcellarisation de certains autres, et la mise en évidence d’autres enfin.

2)- Les anarchistes avaient raison d’affirmer au xixème siècle, qu’il ne saurait y avoir d’État réellement prolétarien. Cette affirmation n’était pas sans contradiction : l’idéologie du travail était exacerbée chez eux comme dans l’ensemble du mouvement “ouvrier”.

En fait, la justesse de leur conception était alors réduite à être sous-utopiste [4] humaniste, quasiment religieusement. L’idéologie anarchiste n’a pas —et ne pouvait pas— échapper au sort commun des idéologues en domination formelle : à la fais traduire et mystifier la réalité du capital et des luttes de classes.

L’idéologie anarchiste (20 ans après qu’elle se soit compromise, comme tout le beau monde socialiste de l’époque, dans la 1ère guerre mondiale, Kropotkine en particulier) trouva sa vérité dans l’Espagne de 1936 où le scandale n’était pas dans la participation des leaders anarchistes au gouvernement contre-révolutionnaire républicain mais, dans la raison de cette participation : les “collectivisations” considérées par les anarchistes comme la destruction des rapports de production capitalistes, n’en furent très vite là aussi que le potentiel de généralisation et de rationnalisation malgré les prémisses prometteuses, dûes au combat de classe magnifique du prolétariat espagnol.

Il est évident que le fédéralisme anarchiste n’a rien de communiste, rien de destructeur de l’État. C’est une conception liée à l’apparition du capitalisme, utopie qui ne serait qu’une régression historique, (où les groupes de producteurs s’affronteraient sur un marché rendu “juste” par la régularisation de l’anti-État).

La communauté humaine est à la fois anarchique et centralisée et basée sur la conscience de l’homme social.

L’apport des écrits anarchistes sur ce dernier point est considérable. Même si ce ne pouvait être, alors, que des affirmations humanistes tournant au mysticisme, et donc mystificatrices.

Aujourd’hui, alors que la destruction de l’État et l’instauration de l’Anarchie Pratique est l’enjeu des luttes du prolétariat, l’idéologie anarchiste se résorbe, outre les vieilles x d’antan (F.A.), dans des organisations-sectes calquant leur existence sur celle des organisations léninistes : la confusion des idéologies et leur opposition spectaculaire se fait au niveau du rackett. Cette idéologie se résorbe aussi dans de “communautés” artisanales, ou agricoles, qui, en voulant, illusoirement, revenir sur des bases de production pré-capitalistes, croient être sorti de leur misère triple de prolétaires (Eh oui !), d’idéologues, et d’”idéologisé” (la puanteur religieuse)

Le caractère radicalement négateur du système capitaliste ; revendiquant la libération totale de l’homme, sur tous les plans, que l’on rencontre dans la littérature anarchiste révolutionnaire ; (Bakounine, Coeur de Roy, Éric Mühsam, Malatesta, Camillo Berneri, etc…) crache à la gueule des anarchistes tout comme l’oeuvre de Marx est le coup de pied au cul des marxistes.

3)- La critique des conseils ouvriers est à l’ordre du jour dans les milieux ayant dépassé le léninisme ; c’est une critique qui, généralement, escamote le problème réel en ne voyant dans les conseils allemands qu’une manifestation superficielle de la classe [5], ou en affirmant que l’opposition soviets-parti bolchevique n’existe que dans la tête des conseillistes [6]. Ceux-ci, de leur côté, font du rapport conseils-partis une opposition rigide, presque morale : les partis ne semblent avoir aucune base matérielle, d’existence et de réalisation en tant que conscience historique substituée.

En réalité, il y a bien une opposition réelle entre conseils ouvriers et partis qui n’est autre que le potentiel d’autonomie de la classe vis-à-vis de ses représentations politiques, mais cette opposition n’est pas rigide, c’est un lieu qui les oppose c’est une opposition qui les lie les uns aux autres.

Pour le conseilliste allemand des années 20, Otto Rülhe, le prolétaire n’est prolétaire que dans l’usine, ailleurs il se comporte comme un petit bourgeois, etc… On a vu que le prolétaire était d’abord prolétaire parce qu’il n’avait aucun moyen —de production et de subsistance— de l’éviter. Cette conception conseilliste qui, alors, avait des bases réelles dues aux limites des luttes —excepté le côté idéologique de l’appellation “petit-bourgeois”— aujourd’hui est une incompréhension totale des luttes et une entrave idéologique à la compréhension du mouvement révolutionnaire qui se reforme. Tous les néo-conseillistes (sans parler des débiles para-situs du genre G.R.C.A. dont la récente déconfiture est la seule signature) sont réduits à former des organisations politiques pour l’avènement du Pouvoir des conseils ouvriers (cf. : le récent regroupement conseilliste : “Cahiers du Communisme de Conseils”, de Marseille avec “Révolution Internationale” de Toulouse et Paris, et l’inénarrable “Organisation conseilliste”,de Clermont-Ferrand) : en somme c’est la rackett inversé des partitistes, et en plus dérisoire encore.

Cependant, s’il faut affirmer avec force que le prolétaire n’est pas prolétaire que dans l’usine, il faut aussi réaffirmer que c’est dans le procès de production que son existence est toujours plus décisive.

La réalisation de la destruction des rapports de production capitaliste repose donc, en dernier lieu, et fondamentalement, sur le négation du prolétariat dans ce procès et l’espace où il s’exerce : l’usine, alors peuvent réapparaître les Conseils en tant qu’organisations de lutte, mais leur contenu ne peut être que totalement différent et même opposé à celui des conseils ouvriers allemands et italiens et des soviets russes. Ils ne peuvent qu’être inscrits dans un mouvement de lutte destructrice qui englobera toute la réalité sociale (tout l’espace et l’ensemble des hommes prolétarisés —donc les prolétaires non productifs, et les prolétaires non travailleurs en particulier— ) dont l’État n’est plus que le régulateur policier. Ils ne peuvent être que des conseils Prolétariens —ce qui n’est pas une question de mot, vu l’unification de l’être-prolétaire—, immédiatement négateurs du procès de production-valorisation.

Comme l’écrit le camarade auteur de “Capitalisme et Communisme” [7] :

“… pour révolutionner la production, pour liquider l’entreprise, la révolution communiste est naturellement amenée à s’en servir. C’est là son levier essentiel, au moins pendant une phase. Il ne s’agit pas de prendre pied dans l’entreprise pour y rester enfermé et les gérer, mais pour en sortir et relier entre elles les entreprises, sans échange, ce qui les détruit comme entreprise.

Les conseils ne peuvent apparaître que pour se nier.

Autrement dit, comme ultime affirmation de la direction pratique du prolétariat fondamental dans le mouvement, ils peuvent réaliser la démocratie économique et sociale, pour la détruire définitivement, en détruisant toute scission entre être et pensée, car la délégation des pouvoirs humains sur laquelle est basée toute démocratie, directe ou indirecte, ne saurait survivre à l’avènement de la communauté humaine.

4)- Le rôle de la théorie n’est que d’être l’expression globale et l’explicitation de la conscience qu’ont les prolétaires de leur situation et de leurs luttes, conscience indissolublement liée à leur pratique, et de mettre simultanément au jour et à jour le devenir du mouvement révolutionnaire. Combattre toutes les idéologies substitutives à cette conscience (autogestionnaire, organisationnelle, etc,..), fait partie de cette explicitation.

Cela implique que les “théoriciens” n’aient pas d’intérêts de classe immédiatement et historiquement différents de ceux du prolétariat s’universalisant, dans lequel ils doivent être déjà, pratiquement et socialement, inclus ; et cela implique, donc, qu’ils ne soient pas que des ”théoriciens”.

5)- Le travail, cet échange organique entre “l’homme-individu” et la nature, est, en fait, détruit par le mode de production capitaliste lui-même qui en fait, peu à peu, en le socialisant, une unique fonction productrice de profit, et, par là même, d’aliénation pour l’ensemble de l’humanité et de la nature. Le prolétariat doit détruire cette fonction en se niant. Ainsi, il réalise, dans un sens humainement social, la destruction du travail humain individuel ; il libère l’humanité et la nature en les réconciliant, et fonde l’activité sociale productrice qu’on peut définir comme l’échange organique entre l’homme social et la nature.

Les sommets de la préhistoire sont atteints lorsque le capital domine réellement et totalement le travail et la société, en tendant à détruire le milieu naturel de l’homme. Alors, le mouvement inhérent aux rapports sociaux des hommes, semble disparaître, seul apparaît le caractère fixe des choses. Mais le mouvement vit et se développe sous la marchandise-capital : tout acte productif est un mouvement social et le mode de production capitaliste est un antagonisme en actes, le développement d’une contradiction. Et au moment où le mouvement disparaît spectaculairement, il vit, anonymement, invisible aux yeux de ce qui lui est extérieur. Il se développe en négateur de la fixation des choses et du capital, jusqu’à redevenir généralement visible parce qu’envahissant les coins jusqu’à maintenant aveuglés. Par lui et dans lui, tout se remet lentement en mouvement.

Le point de rupture avec le capital est le point où le caractère mouvant de l’homme retrouvé domine le caractère fixe des choses ; avec la fin du travail, c’est la fin de la préhistoire humaine.

De même que le système de l’économie bourgeoise se développe peu à peu, de même aboutissement ultime de ce système, se développe peu à peu sa propre négation. Pour l’instant, nous avons en vue le processus de la production immédiate. Si nous considérons la société bourgeoise dans son ensemble, nous voyons que le dernier résultat du processus de la production sociale est la société elle-même, autrement dit l’homme lui-même dans, ses rapports sociaux. Dans ce mouvement tout ce qui possède une forme fixe (le produit, etc…) n’apparaît que comme un moment passager, le processus de la production immédiate y compris. Il en est de même pour les conditions et les réalisations de ce processus, où seuls apparaissent comme sujets les individus dans leurs rapports réciproques, qu’ils reproduisent tout autant qu’ils créent. C’est le processus constant de leur propre mouvement, où ils se renouvellent eux-mêmes dans l’acte de renouveler le monde des richesses qu’ils créent.”

Karl Marx (Grundrisse. Ed. de la Pléiade)

Le communisme, comme l’amour, “c’est tout ce qui est vivant, toute spontanéité, toute expérience sensible, en un mot toute l’expérience réelle dont en ne sait jamais à l’avance d’où elle vient et où elle va.”

Karl Marx (Le Sainte Famille)

6)- Pour nous, la révolution n’est, évidemment pas l’inéluctable ;
mais, l’est, en préalable, un double affrontement du prolétariat fondamental avec le capital et les couches moyennes prolétarisées et se prolétarisant. Si le prolétariat intègre ces couches à ses luttes destructrices, c’est la grande majorité des hommes prolétarisés qui affrontera le capital pour sa destruction. Si, au contraire, le prolétarien, se laisse résorber dans les luttes immédiates des couches moyennes pour la démocratie et, donc, pour le capital, les antagonismes que celui-ci suscite, par et dans son existence, entre les diverses composantes du prolétariat universel et à l’intérieur même du prolétariat fondamental, ces antagonismes ne peuvent que s’exacerber et conduire à l’autodestruction physique de l’humanité, sa négation par le capital triomphant, et n’ayant d’autre perspective que cette destruction partielle ou intégrale.

Négation du prolétariat ou négation du genre humain, tel est l’enjeu des luttes de classes, aujourd’hui. D’où l’importance de situer, déjà, la contre-révolution dans son émergence.

Nous développerons ces conclusions et les autres points essentiels de ce texte dans les parutions ultérieures.

Nous nous sommes procurés des brochures du “Pillage eu Quartier Latin”. Elles sont encore disponibles.

Paris – Mai 1972

Groupe Négation

 

 

 

 

NOTES

 

[1] Voir I.C.O. (Informations correspondance ouvrières), n° 115-116, « Le contre-planning dans l’atelier », malgré les interprétations de l’auteur à tendance autogestionnaire, au prix de nombreuses contradictions visibles au sein même du texte. Adresse: P. Blachier, 13 bis, rue Labois-Rouillon, Paris 19 ème.

[2] Plus possible de se réaliser par les conseils en tant que conscience historique substituée (cf: texte de P.O. sur les conseils en Allemagne et Lénine, texte dont nous ne savons pas de quelle brochure ou livre il est tiré).

[3] En fait, P.O. ne fait jamais une critique réelle du léninisme, il semble l’amorcer quelquefois, mais finit par le justifier entièrement. C’est d’ailleurs le cas de beaucoup de groupes divers qui « ont dépassé le léninisme » sans jamais l’avoir critiqué !

[4] Le courant utopiste (Fourrier en particulier) exerçait une compréhension plus rationnelle de la société, et même intuitivement géniale, mais d’un autre côté, totalement sans incidence pratique dans les luttes prolétariennes. Ce qui est remarquable, c’est la jonction entre le courant utopiste fouriériste, le mouvement anarchiste ouvrier, et les luttes radicales de 1830 à 1807 que Joseph Dejacques exprime le mieux et qui est déjà vision claire et lumineuse du communisme comme buts et moyens.

[5Invariance n° I, nouvelle série. J. Camatte. B.P. 133 (83) Brignolles. (Texte d’ailleurs fondamental, à compléter par la lecture de “Fondements de l’économie communiste”, brochure d”Information Correspondance ouvrière”.)

[6] ”Critique de l’idéologie ultra-gauche”, de Jean Barrot, en vente à “La vieille Taupe” 1, rue des Fossés St Jacques.

[7] ”Le Mouvemen

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