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Nouvelles notes de lecture sur « Théorie Communiste, la soute »

Notes sur les Marches

1983 et 1984

  • Christian Delorme : La Marche, éd. Bayard
  • Salika Amara : La Marche de 1983, éd. FFR (Filles et Fils de la République)
  • Michelle Zancarini–Fournel : Les luttes et les rêves, éd. La Découverte, pp. 871 à 878.
  • Collectif : Convergences 84, la ruée vers l’égalité, éd. Mélanges
  • Catherine Wihtol de Wenden : Ruptures postcoloniales, p. 258, éd. La Découverte (la réapparition de la citoyenneté)
  • Ahmed Boubeker : Ruptures …, Les Minguettes et la Marche, pp. 268 et sq, éd. La découverte.
  • Houria Bouteldja : Les Blancs, les Juifs et nous, pp.110 et sq., éd. La Fabrique et Sadri Khiari : La contre- révolution coloniale en France, pp.105-111, éd. La Fabrique

Les Marches (malgré leurs différences) entérinent le passage du travailleur immigré à l’immigré comme autre culturel (mais un « autre » paradoxal : une « reconnaissance » – et un enfermement – d’une altérité essentielle à l’intérieur de la négation de l’altérité au nom « l’universalisme républicain », « l’autre » est perdant à tous les coups). C’est le passage d’une situation et d’une existence définies par une certaine place dans les rapports sociaux de production à une situation définie par une différence « culturelle », elle-même résultant d’un changement de place dans les rapports de production et leur vécu. Tout cela se cristallisant dans une différence de générations. La culture qui n’était qu’une détermination du travailleur immigré en devient la définition même. La critique et le refus par certains de l’appellation « beurs » et « beurettes » qui, dans les mots, veut marquer une différence et même une coupure avec le « travailleur arabe » manifestent la conscience de ce changement dans la période de transition dans laquelle se déroulent ces Marches. Mais, en fait, ils soulignent surtout l’impuissance devant le changement en cours de réalisation et sa reconnaissance comme le manifestent, aussi bien lors de la Marche de 83 que de la Convergence de 84 et le peu de succès, le caractère marginal, de la rencontre et de la solidarité avec les ouvriers de l’automobile en grève au même moment.

La transformation culturelle n’est pas seulement un processus objectif subi, elle est reprise, revendiquée comme revendication politique et sociale de l’égalité et de la citoyenneté (qui réapparaît comme concept idéologique central aux débuts des années 1980). On lutte alors sur un terrain déjà piégé. Ainsi la deuxième génération participe elle-même, de façon revendicative (elle revendique dans un cadre où elle est coincée), à une évolution qui se retourne contre elle. Une fraction du Parti socialiste a bien vu le processus et l’a même anticipé. La Marche est annoncée le 7 juillet 1983 à Lyon dans le journal local Le Progrès, le 10 août Mitterrand est en visite aux Minguettes avec Georgina Dufoix, ils rencontrent les organisateurs et le Président promet de recevoir une délégation à l’arrivée à Paris. Il n’est pas sans intérêt de rappeler que les déclarations gouvernementales sur les ouvriers « islamistes » en grève dans l’automobile sont toute fraiches, elles datent de la fin janvier-début février 1983.

« Ce début de reconnaissance publique apparaît comme l’aube d’une ère nouvelle où la société française pourra enfin crever un abcès de son histoire. Le temps d’un coup de cœur, les « Beurs » sont vus comme les hérauts d’un devenir multiculturel de l’Hexagone. Mais très vite les pendules sont remises à l’heure d’une France éternelle de l’assimilation. Poser publiquement la question ethnique, ce serait remettre en cause l’universalité du modèle républicain, car seule l’extrême droite parlerait ce langage de sinistre mémoire. » (Boubeker, in Ruptures …, pp.268-269). Mais pourquoi cette remise en cause n’est pas possible ? Pour Boubeker, il ne s’agirait que de « la peur de la gauche socialiste de perdre le pouvoir ». Elle raterait là « une occasion historique de lancer un grand débat public sur la nouvelle dimension multiethnique et pluriculturelle de la société française » (idem). Pourquoi cette « occasion » fut-elle ratée ?

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