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“Le « “Peuple » : fin d’un mythe au sein des Gilets Jaunes ?”

texte signalé sur la page facebook de notre camarade AC ainsi que son commentaire. dndf

“Je suis loin de partager l’optimisme du constat et de la perspective, mais il y a – outre une partie historique qui montre bien que le peuple est avant tout une construction politique – de très intéressantes remarques sur l’autodéfinition conflictuelle des luttes dans ce texte”

“Le « Peuple » : fin d’un mythe au sein des Gilets Jaunes ? (part 2 – L’inévitable lutte des classes)

Dès le début du mouvement des Gilets Jaunes, les forces se rassemblant sur les rond-points furent dans l’obligation de se définir. L’agrégat de petits patrons, chômeurs, artisans-commerçants, ouvriers, paysans, auto-entrepreneurs, etc constituait une force où des classes aux intérêts diamétralement opposés se sont retrouvées pour dénoncer taxes, imposition, salaires différés (cotisations à la sécu, à la CAF, aux caisses de retraites).
C’est à juste titre que la masse hétéroclite d’alors s’est définie comme étant le « peuple » ou du moins, une large fraction de celui-ci.
Mais qu’est-ce que ce « peuple » que tout le monde a soudainement investi pour dissimuler des logiques et des intérêts contradictoires au sein même des Gilets Jaunes ?
Pourquoi les premiers Gilets Jaunes à se réunir se définirent communément comme le « peuple » ?


Pour tenter de comprendre tout cela, il est bon d’analyser le mot « peuple », son histoire et sa portée. Aujourd’hui, il est important de comprendre la portée et les invraisemblances de cette identification au « peuple » pour pouvoir envisager de nouvelles perspectives pour ce mouvement, le mouvement des Gilets Jaunes.

PEUPLE & REVOLUTION – UNE QUESTION HISTORIQUE

La volonté du peuple « n’a besoin que de sa réalité pour être toujours légale, elle est à l’origine de toute légalité. Non seulement la nation n’est pas soumise à une constitution, mais elle ne peut pas l’être, mais elle ne doit pas l’être […]. Nous ne parlons pas ici brigandage ni domination, mais association légitime, c’est-à-dire volontaire et libre »
Sieyes à propos de la nature du tiers-état, 1789.

Le peuple, c’est ce qui reste lorsque l’aristocratie est soustraite d’une société. Dans l’imaginaire, le « peuple », c’est la communauté sans son aristocratie. En France, ce mot a une portée encore plus importante que dans de nombreux autres pays, car le « peuple », dans notre histoire, c’est tout de même la masse qui coupe les têtes des aristocrates, des curés et même du roi. Le « peuple », tel qu’on nous l’a enseigné, ou comme on nous apprend à le chanter dans la Marseillaise, n’est ni gentil, ni pacifique, ni soumis : il est armé, il a une envie frénétique de bouffer ses maîtres et il a la fâcheuse tendance à monter des barricades.
Avant 1789, c’est simple : il y a les seigneurs et il y a le peuple. Le peuple se soulève, il fout en l’air le système féodal et il zigouille l’ancienne classe dirigeante, la noblesse.
Après 1789, cette notion de « peuple » devient plus floue : les classes commerçantes et déjà possédantes accroissent leurs biens qu’ils rachètent à l’état révolutionnaire. Sous la pression des soulèvements paysans, des attaques des biens seigneuriaux par ces mêmes paysans, l’état révolutionnaire exproprie les aristocrates et le clergé. Mais l’État revend ces biens expropriés, et seuls ceux qui en ont les moyens les rachètent – ceux-là sont la bourgeoisie.
La bourgeoisie est d’ores-et-déjà constituée en tant que classe en 1789. Déjà sous Louis XIII, la bourgeoisie est une classe qui influe sur la vie du royaume – tel bourgeois devient ministre du roi, tels autres prêtent de l’argent à une noblesse qui deviendra de plus en plus dépensière. Bref, la bourgeoisie ne sort pas de nulle part : elle se constitue sur plusieurs siècles en accumulant biens, capitaux et influence. En échange d’une protection de leurs biens par la haute-noblesse et le roi, la bourgeoisie soutient le régime féodal financièrement jusqu’au XVIIIe siècle.
Au cours de la révolution de 1789-93, la bourgeoisie réalise un tour de passe-passe qui tient plus à la mécanique sociale qu’à un complot planifié : en soutenant les dynamiques qui mettent à bas l’ancien régime au nom du « peuple » auquel cette bourgeoisie appartient (au même titre que le paysan), elle se débarrasse de tout ce qui la limitait institutionnellement en tant que classe.
Comme nous l’avions abordé précédemment, le soulèvement permet aussi à la bourgeoisie d’augmenter considérablement son patrimoine foncier en rachetant les biens confisqués à l’état révolutionnaire – la propriété privée devient un droit sacré garanti par les nouvelles institutions.
Enfin, mais j’en passe, le servage est aboli au profit du salariat, ce qui implique une économie considérable sur le coût de la main-d’œuvre. L’abolition du servage n’étant pas l’abolition du travail, il ne s’agit plus d’entretenir un travailleur dont le travail rapporte (nourrir, loger, soigner l’esclave jusqu’à sa mort). Avec le salariat, il s’agit seulement de payer une somme convenue au salarié pour le temps qu’il consacre au travail. A lui, travailleur « libre », de se débrouiller avec son salaire pour se nourrir, se loger, se soigner… Le siècle faisant suite à la révolution de 1789 connaîtra une misère des plus cruelles et son lot de révoltes contre cette « liberté » de s’épuiser au travail ou de crever de faim qu’était et reste le salariat.
Le tours de passe-passe de la bourgeoisie, c’est d’avoir été une fraction du « peuple ». « Peuple » qui a détruit l’ancien régime, mais au sein duquel la bourgeoisie s’est aussi battue pour le régime de la propriété privée et sa défense par les nouvelles institutions.
Au cours de la révolution de 1789, la bourgeoisie fait donc bosser le « peuple » à son seul profit en faisant passer ses intérêts de classe pour l’intérêt général, pour l’intérêt du « peuple ». A l’issue de la révolution, alors que la bourgeoisie impose une véritable dictature de classe en mettant en place le Directoire (puis l’empire napoléonien et la monarchie constitutionnelle), le tour de passe-passe aboutira en une escroquerie historique où le « peuple souverain » et le « peuple autochtone » rempliront un rôle galvaniseur pour soumettre une population mobilisée pour les guerres, affamée pour les profits des classes possédantes et dépossédée de nombreux droits gagnés au cours de 1789-93 (par ex : les élections au suffrage universel ou l’abolition de l’esclavage des Noirs, pourtant actés au cours de la révolution, ne seront remis sur le tapis qu’après 1848).
Quoiqu’il en soit, la révolution de 1789 souligne que le « peuple » en tant qu’agrégat de fractions sociales aux intérêts contradictoires n’est qu’une illusion. L’idée du « peuple » reste et restera une mascarade sociale cherchant à gommer les conflits sociaux directs (par ex : un locataire face à son propriétaire) en mettant en exergue des conflictualités institutionnelles et sociales distanciées (par ex : éviter le conflit direct en faisant appel à la haute-finance, l’oligarchie, le roi…).
Le « peuple » en tant que négation des contradictions sociales au sein du « peuple » est une illusion : les contradictions sociales ne peuvent jamais qu’être repoussées, mais c’est toujours pour mieux exploser par la suite.
Les Gilets Jaunes ne se dispensèrent ni de la référence au « peuple » pour entrer en conflit avec les institutions, ni des contradictions sociales qui traversent le « peuple ». D’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement ?
Inévitablement et dès ce début 2019, l’idée même de « peuple » craquelle, soumise qu’elle est aux tiraillements contraires.
Cette idée de « peuple » apparaît de plus en plus souvent comme une escroquerie idéologique aux yeux des prolétaires, des sous-prolétaires et des paysans en lutte au sein du mouvement des Gilets Jaunes. Les contradictions directes entres les classes au sein du « peuple » existaient dès le 17 novembre et, depuis, elles ne cessèrent de s’aggraver. Lorsque les uns possèdent et que les autres sont possédés, aucune idée ne peut faire illusion quand au rapport de domination et d’exploitation – pas même l’idée de « peuple ».

PEUPLE SOUVERAIN, PEUPLE AUTOCHTONE ET NATION – HISTOIRE D’UNE CONTRE-REVOLUTION PERMANENTE.

« …pour éviter tout équivoque et tout délai, je déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes »
Serment des représentants du tiers-état fait aux représentants de Louis XVI sur le rond-points du Jeu de Paume, 1789, propos rapportés par Mirabeau.

« Tout le pouvoir aux ronds-points ! »
Graffiti Gilets Jaunes, décembre 2018

La notion de « souveraineté du peuple » apparaît en opposition à la « souveraineté du roi ». Par extension, l’opposition Peuple/Roi se comprend depuis deux siècles comme une opposition « Peuple » / « Caste dirigeante ». Mais le « peuple » ne se définissant jamais qu’en opposition à l’élite qui prétend l’administrer, cette élite a apprit à se dissimuler derrière une multitude de rumeurs à propos d’élites exotiques, considérées comme bien plus dangereuses que ne le serait l’élite connue de tous.
Dans la bouche de la bourgeoisie, ces élites exotiques et ésotériques, ou occultes ou ethniques, seraient les « vraies élites » contre lesquelles le « peuple » se définirait.
Dès la fin du siècle de la Révolution, l’élite détentrice du pouvoir politique et économique érige un régime faisant référence à la « souveraineté du Peuple » contre les puissances étrangères. L’Europe en guerre et Napoléon sont l’illustration de ce phénomène.
Plus tard, ce seront les franc-maçons et les juifs que les véritables élites désigneront au « peuple » comme étant des menaces contre sa souveraineté.
Plus tard encore, les communistes, les homosexuels, les féministes, les « naturalistes » (ou écologistes des premiers temps) seront eux aussi accusés devant le « Peuple » de mettre en péril la « souveraineté du peuple ».
Puis vint le rejet du migrant, la notion d’oligarchie qui, elles aussi, n’ont pour seule finalité que de réconcilier l’inconciliable rapport patron/employeur, locataire/propriétaire.
Aujourd’hui comme hier, grâce à l’oligarchie comme au reste, l’ennemi est en dehors de la sphère réelle et quotidienne de la domination et de l’exploitation. Elle est complot et haute-finance, elle est conspiration et fantasme en orbite. L’oligarchie (ou X conspiration) serait la véritable responsable des plan sociaux que nos pauvres employeurs sont obligés de nous imposer… Foutaise, donc ! Mais foutaises qui satisfont les lâchetés des uns et confortent le pouvoir des autres.
La confusion et le confusionnisme ne sont pas d’hier. C’est tout le régime qui s’est construit dessus. Ce confusionnisme use de la notion de « peuple » justement parce que cette notion est pleine d’insuffisance et permet toutes les escroqueries. Cette insuffisance augmentant au fur et à mesure du romantisme identitaire que les artificiers de l’Histoire forgent, le confusionnisme dut avoir recours au révisionnisme historique (histoire romantisée) pour faire entrer dans les têtes les affirmations les plus fantasques quant à la nature du « peuple ».
Entre autres révisionnismes faisant vibrer les cœurs :
Romantisme historique de la « révolution française » et de sa Bastille et autres symboles qui furent mystifiés tout au long du XIXe siècle pour faire oublier la sociologie même de la révolution, comme les conflits entres les paysans et les propriétaires terriens – que ceux-ci soient nobles ou non.
Romantisme napoléonien qui fut présenté, non pas comme une succession de campagnes militaires et d’invasions de nos voisins, mais comme une exportation des valeurs humanistes et démocratiques à l’étranger. (Etrangement, nos voisins ne se rappellent pas des campagnes napoléoniennes comme étant des visites de courtoisies).
Romantisme gaulois, taillé de toute pièce par Napoléon III dans la seconde moitié du XIXe siècle, ce qui permit aux gréco-latins de Marseille comme aux germains de Strasbourg, d’apprendre que leurs ancêtres étaient des Gaulois (pourtant massacrés par les Francs) et que Vercingétorix, jusque-là oublié dans « la guerre des Gaules » de Julius César, fut l’une des pierres angulaires de la nation avec Saint-Louis, Jeanne-d’Arc et consorts – et tout ces « grands personnages » se voient soudainement attifés de récits fantastiques et héroïques pour la gloire de la nation.
Enfin, plus récemment, le romantisme d’une société d’abondance et du plein emploi qui fait oublier les bidonvilles de Nanterre et les guerres coloniales des mythiques « 30 glorieuses » auxquels font référence plus d’un confusionniste prétendument de « gauche » ou de « droite » (peu importe, c’est la même escroquerie).
Au début du XXe siècle, non seulement l’objet antithétique qui permet au « peuple » de se comprendre comme tel était littéralement détourné et embrouillé par ceux-là même qui sont l’élite dirigeante du « peuple », c’est-à-dire, la bourgeoisie ; mais en plus, la seconde partie du XIXe siècle avait réussi à persuader le « Peuple » qu’il était « Peuple » par essence, c’est-à-dire de par son histoire et son sang – pour ne pas dire, sa « race ».
Dès lors, la compréhension même du « peuple » par le « peuple » voulut tout dire et son contraire. La référence au « peuple » devint l’argument maître pour promouvoir la soumission des paysans et des ouvriers à et par la bourgeoisie : ils devaient tous défendre une identité commune contre les étrangers, les franc-maçons, les juifs, l’oligarchie, les ennemis intérieurs, etc. Dreyfus en fit les frais…
De ce fait, le « peuple » devint le refuge et l’argument des fascismes bruns (Pétain) comme des fascismes rouges (staliniens). A contrario, les éléments sociaux et politiques révolutionnaires en propos et en pratiques, cessèrent de faire référence au « peuple » (par trop littéraire), pour faire référence à l’économie et à la sociologie, c’est-à-dire aux fractions du « peuple » spécifiquement en charges de la production : le prolétariat et la paysannerie.
Ce sont ces révolutionnaires matérialistes qui assurèrent par leurs critiques et leurs luttes tous les progrès sociaux, sanitaires, éducatifs, distractifs, etc, qui fondent aujourd’hui nos modes de vies et libertés.
A contrario, les apologistes du « peuple » ne produisirent jamais que les guerres et la misère au nom de la gloire du « peuple », alors que ce même « peuple » en crevait au seul profit de sa propre bourgeoisie.
Comme ce qu’il se passa à l’issue de la Révolution de 1789, l’exemple de la contre-révolution algérienne par la notabilité « indigène » (qui commence après la signature des accord d’Evian de 1962) est éloquente à ce sujet : la révolution constituée sur la notion de « peuple souverain » contre l’envahisseur étranger instaura un régime d’accapareur. Un régime où les caïds collaborant avec l’occupant français se changèrent miraculeusement en moudjahidin du FLN après 1962, tout en lâchant les chiens de la SM (police politique) sur les moudjahidins d’avant 1962. Comme nous pouvons encore le constater aujourd’hui, cette notabilité s’accapara les richesses et les profits de l’Algérie au nom du peuple algérien, bien qu’au détriment des Algériens eux-mêmes.
Depuis décembre 2018, les Gilets Jaunes mettent à jour les mêmes arnaques auxquelles d’autres succombèrent par le passé. Les sympathies aux théories nationalistes de certains Gilets Jaunes sont profondément ébranlées par les faits auxquels ils sont confrontés (violences policières, déclarations du RN, roulements de mécaniques directifs de militants nationalistes foutant la merde sur des ronds-points…). D’autres, aux sympathies plus gauchisantes ou libertaires, comprennent que la lutte sociale n’est pas une lutte pour un idéal ou une utopie, mais qu’elle est une lutte entre les classes et que les classes ne souffrent pas le « peuple ». Au final – et ceci n’ira qu’en s’aggravant – les premières sympathies envers la police disparaissent, car la police frappe, mutile et met en prison. La grande réconciliation de classe dans le « peuple » a pris un sacré coup dans l’aile depuis que les classes commerçantes et les employeurs se mirent à dénoncer leurs ex-camarades de rond-point parce qu’ils sabotaient les fêtes de fin d’année et l’économie nationale.
Début 2019, plus d’un cortège de Gilets Jaunes est rentré en conflit avec des groupuscules antisémites ou nationalistes qui vivotaient jusque là en leur sein. La tentative de reprise en main du mouvement des Gilets Jaunes par l’extrême-droite et l’ultra-droite républicaine semble dégénérer à chaque fois en une bagarre générale entre Gilets et fascistes.
Foutus dehors par la porte, les fascistes tentent pourtant de revenir par la fenêtre, et les voilà qui se constituent en service d’ordre pour les manifestations. Ça n’aura marché qu’une fois…
Ne reste plus à l’extrême-droite que de continuer sa grande masturbation sur le « Peuple » devant les caméras ou en offrant des avocats à des personnalités Gilets Jaunes (comme Collard avec Dettinger). En vain, encore une fois !
Et pour cause : au sein des Gilets Jaunes, il est de moins en moins question de comprendre le mouvement comme un mouvement inter-classiste. De plus en plus de Gilets Jaunes revendiquent des qualités sociologiques, historiques et économiques du prolétariat (souvent, sans en avoir conscience). En de nombreuses localités, le propos internationaliste à tellement pénétré les Gilets Jaunes qu’ils en viennent à fraterniser avec des sans-papiers (comme à Caen ou à Limoges). Début février, ils sont même ralliés par les syndicats desquels ils se méfiaient tant.
Fin janvier, il ne s’agit plus de moins payer de taxes, mais de mieux vivre en s’attaquant aux revenus sans perdre la convivialité gagnée sur les ronds-points. Cela change du tout au tout l’intelligence collective mise en branle le 17 novembre et qui aboutit à la situation actuelle – une situation réellement pré-insurrectionnelle.
N’allez pourtant pas croire que je vois dans tout cela une victoire idéologique, loin de là ! Je constate juste qu’une révolte s’inscrivant dans le temps s’appuie sur une mécanique historique dont la dynamique dépend entièrement des contradictions sociales entres possédés et possédants, employeurs et employables, vendeurs et nécessiteux. Cette mécanique, personne ne la contrôle et ne pourra jamais la contrôler. Enfin, si il y a bien une chose dont je suis certain à cette heure, c’est que cette mécanique turbine à tout va et que plus rien ne semble pouvoir la stopper. D’ici un mois, même la dissolution du Parlement n’y pourra plus rien…

DEPASSER LE « PEUPLE » : LA COMMUNE

« L’état de communauté est le seul juste, le seul bon ; hors de cet état il ne peut exister de sociétés paisibles et vraiment heureuses. […] Bientôt les dépouillés sont portés à réfléchir et à reconnaître que les fruits sont à tous et la terre à personne ; que nous ne sommes perdus que pour l’avoir oublié ; que c’est une bien folle duperie [que] de rester l’esclave et la victime de l’oppression de la minorité ; qu’il est plus que ridicule de ne point s’affranchir d’un tel joug, et ne point embrasser l’état d’association […] ; état hors duquel il ne peut exister de sociétés paisibles et vraiment heureuses »
Babeuf, in Le Tribun du Peuple du 21 nov 1795.

Que les contradictions sociales possédés / possédants se formulent ou non par l’usage des mots « prolétariat », « lutte des classes » ou autres n’a pas grand intérêt en l’état actuel. L’intelligence collective des Gilets Jaunes est suffisante en soi pour qu’ils se comprennent socialement et économiquement.
Dans la mesure où ces contradictions sont, s’aggravent et vont finir par faire exploser le « peuple », le mouvement des Gilets Jaunes s’accroche à sa plus belle réussite : la vie en commun sur les ronds-points, l’entraide qui permit ces communautés, la solidarité et la combativité qui y germèrent. De ce fait, le mouvement peut autant faire référence au « peuple » qu’il le veut, mais ce même « peuple » ils commencèrent à l’euthanasier il y a déjà quelques semaines. Aujourd’hui, ce qui émerge, ce sont des communautés de Gilets Jaunes. Le « peuple » est en passe de se faire anéantir au profit de ces communes de ronds-points.
A certains endroits, ce dépassement du « peuple » par la « commune » s’avère difficile, voire impossible. Ces endroits sont des localités ou des ronds-points fossilisés en une étrange garde alternée entre les prolos de la semaine et les bourgeois du week-end. Ces lieux tentent de maintenir un équilibre entres ces deux populations qui se croisent et ont de plus en plus de difficultés à cohabiter au même endroit, au même moment. Aucun de ces ronds-points où la lutte s’épuise en une impossible réconciliation de classe n’échappe à une forte référence identitaire, car c’est au nom d’une vallée ou d’un village que ces lieux tentent de se mentir à eux-mêmes sur les contradictions qui les déchirent.
Les lieux où les Gilets Jaunes ne pourront dépasser la compréhension d’eux-mêmes pour se comprendre en tant que commune sont voués à disparaître. Au quotidien, dans l’intensité de la lutte, ce sont les classes prolétariennes et paysannes qui font ce mouvement. La réconciliation avec la bourgeoisie impliquant l’obéissance à cette bourgeoisie, à ses partis politiques anciens ou récents, à ses carnavals et autres randonnées du samedi, c’est très naturellement que les fractions les plus en butte à l’urgence sociale et économique du moment s’en dissocieront de la bourgeoisie. Et la seule bourgeoisie ne pourra s’inscrire dans la lutte… d’où mort, disparition de ces lieux.
A l’inverse, les zones où il y a un refus formel et assumé de l’encadrement bourgeois (rejet des associations constituées, des règles « républicaines », des conseils « éclairés »(sic), des représentants, des services d’ordre) sont des lieux qui seront encore debout quand les autres auront été oubliés. Ces zones luttantes se comprennent de plus en plus fréquemment comme tenues ou fortement influencées par des gens partageant les mêmes conditions d’exploitation et de domination – tant et si bien que les identités géographiques de ces zones sont passées au second plan depuis début 2019. A contrario, les références à une même identité de classe se formule dans une myriade de slogans, propos, actions, propositions, tracts, banderoles.
Ces lieux « radicalisés » sont des lieux curieux d’ailleurs. Les voilà allant à Saint-Nazaire, d’autres revenant de Commercy. Par une pratique directe, les différents secteurs en rupture avec la bourgeoisie pourraient même arriver à structurer un mouvement Gilets Jaunes national ; ce qui est précisément et exactement l’échec de la tendance bourgeoisie jusqu’ici empêtrée dans ses associations et autres « trucs à faire » sans que personne n’en comprenne la véritable utilité, si ce n’est, peut-être, pérenniser le rapport de classe entre la bourgeoisie et ceux qu’elle domine.
Les lieux « radicalisés » forment les embryons des communes à venir. Aucune autre transformation que celle de « peuple » en « commune » n’est d’ailleurs envisageable si le mouvement doit perdurer. Ces « communes » sont le fruit des rencontres, mais elles sont aussi devenues les moyens de se solidariser et de garantir la survie individuelle (manger, essentiellement). Elles sont les bases offensives et défensives d’un mouvement en prise à une violence institutionnelle inouïe. C’est là où les Gilets s’organisent, s’engueulent et se décident collectivement, et non pas isolément, car encore une fois : ces « communes » sont curieuses les unes des autres. Elles ont le désir de réaliser quelque chose ensemble – et c’est bien en ceci que ce mouvement des Gilets Jaunes pourrait précéder une insurrection.
Le mouvement des Gilets Jaunes n’a pas deux ou trois futurs différents. Il n’en a qu’un et c’est celui des « communes » se fédérant et s’associant par des intérêts communs, des pratiques communes et des désirs communs. C’est précisément ce qui fait peur à la bourgeoisie, car ces « communes » abordent la question de la propriété privée, de la collectivisation et de leur existence propre comme commune.
Toute cette dynamique soulève la question de la nation qui, elle aussi, pourrait voler en éclat. Le mouvement des Gilets Jaunes a fait des émules dans le monde entier et si cette même dynamique de « communes » se développe à l’étranger, il est évident que les « communes » de l’étranger voudront se fédérer avec les « communes » françaises qui ne le leur refuseront pas – surtout si Commercy demeure le point de convergence des « communes ». Dès lors, c’est toute la question des nations qui s’opposera à l’idée grandiose d’humanité des « communes ».
A la vérité, l’idée de « peuple » est appelé à se faire balayer par la réalité révolutionnaire, tout comme la révolution pourrait rester dans les livres si l’idée de « peuple » demeure indépassable.
A moins qu’il ne se passe rien de tout cela, si le mouvement préfère se saborder plutôt que se formuler révolutionnairement. Cette option n’est pas à écarter et c’est pour cela qu’il faut rester attentif aux contradictions qui traversent le mouvement, car ces contradictions, si elles ne se dépassent pas, tueront le mouvement.
Il s’agit donc d’aiguiser nos neurones, autant individuellement que collectivement.
Il s’agit aussi de se rappeler que si la révolution de 1789 commencent en 1789, cette révolution ne s’arrêtera qu’en 1793 – et peut-être aurait-elle duré plus longtemps pour aboutir, car c’est la dictature bourgeoise du Directoire qui y met fin.
Si aujourd’hui il s’agit d’une révolution, elle a commencé le 17 novembre 2018 et elle doit encore dépasser une multitude de contradictions qui germeront en elle pendant des années.
Si c’est une révolution, il va autant être question d’endurance que d’intelligence dans ce qui risque d’être un marathon historique où certains mourront quant d’autres y naîtront.
Enfin, l’enjeu est de taille, car ce marathon pourrait bien être la dernière occasion qui se présente à nous pour que les « communes » prennent les décisions écologiques nécessaires à notre survie commune, mais que le vieux monde reste bien incapable de prendre – ce qui le disqualifie d’emblée quant à son utilité pour notre avenir.

Joseph Kacem, le 4 février 2019 – www.josephkacem.net

  1. Christian L
    04/02/2019 à 14:24 | #1

    Commentaire de l’auteur publié sur la page fb d’AC

    « Pas si optimiste en fait… Perso, je table plutôt sur l’option du non-dépassement. Je tentais juste de dire que c’est vraiment merdique si c’est pas dépassé et que la tentative de réalisé ce dépassement vaut le coup. De là à dire que ce dépassement se réalisera (genre prophétie), il y a un gouffre. L’autre aspect est aussi pédagogique, car mes textes sont surtout à destination des ronds-points où ça circule, où ça se lit (quelques-uns ont désappris à lire, donc d’autres lisent à haute voix pour eux). Aussi, l’objet même du papier n’est pas de définir d’une façon complexe ce qu’il se passe, mais de formuler les questionnements qui traversent les GJ de ronds-points et de cabanes, et de les armer de références historiques pour qu’ils se comprennent eux-mêmes, toujours plus précisément. Ces quelques précisions me semblaient utiles pour éviter les quiprocos »

  2. Lisbeth Salander
    04/02/2019 à 15:40 | #2

    je ne sais pas si ça m’est bien sympathique, ce rapport aux luttes sur le mode pédagogique performatif…. a voir….

  3. Anonyme
    06/02/2019 à 09:27 | #3

    AC/Carbure sur facebook :

    « Pour moi, la difficulté en ce moment est de déterminer si ce qui a le plus contribué à éteindre le mouvement des Gilets jaunes est la persistance de la gauche à vouloir en faire un mouvement social ou la violence de la répression du gouvernement qui le traite comme l’insurrection qu’il aurait peut-être pu devenir. Je pense tout de même pour la deuxième option, jusqu’à présent. »

  4. Lisbeth Salander
    06/02/2019 à 11:10 | #4

    Je lis et relis ce texte et le commentaire de son auteur et le malaise grandit…
    C’est déjà assez pénible de se fader tous les délires dithyrambiques de tous ces rebelles orphelins de leur quart d’heure de convivialité barbuda (“hasta la vitoria…”). Mais bon, après tout, une des fonctions de l’Internet d’aujourd’hui est de permettre à tout un chacun de dire tout et n’importe quoi… pourquoi pas. Aux lecteurs de faire leur tri. Difficile devant le torrent (et là le mot n’est pas excessif) de productions que le mouvement des GJ débite chaque jour… Mais c’est le jeu.
    Mais là, devant l’aveu naïf et tranquille du militant qui nous explique que, lui, il a bien compris que…(pas con, le mec!), mais qu’il va quand même aller expliquer aux gens qui luttent à quel point ils ne réalisent pas combien leur combat est bien plus grand que ce qu’ils croient…..Des fois que cela leur permette de réfléchir… On va “les armer”!!!
    Je rappelle juste que la pédagogie, à la racine, c’est la science de l’éducation des enfants!! rien que ça!!
    Le réflexe premier serait de lui dire tout simplement ” eh, petit, tu te prends pour qui, exactement?”
    Ce mouvement, comme tous les mouvements, s’exprime, parle, débats, se théorise. Jamais mouvement n’aura reçu un tel accueil médiatique de tous ordres. Ca déborde de partout. On a juste à les écouter, à les lire…. Merci de ne pas aller leur expliquer combien VOUS, vous savez vraiment ce qu’il se passe.
    La théorie, ça demande un peu de recul et ça assume sa part d’extériorité par rapport au mouvement. Cette forme d’intervention, elle, est clairement parachutée, de l’extérieur, comme tout bon militantisme gauchiste.

  5. ânonime
    06/02/2019 à 12:18 | #5

    @Lisbeth Salander

    ah là, Chère Lisbeth, bravo ! Il fallait quand même le dire, sans complexes ni scrupules d’aucune sorte, et, si je peux me permettre ayant rompu avec l’analyse des (vrais) théoriciens de la communisation, en en retenant quand même capacité qu’elle a, de discerner ce qui est “lutte d’une classe” pour la rupture avec le Capital et l’État, même si de mon côté je “vois” l’avenir révolutionnaire autrement

    pour qui ça intéresse, j’ai regroupé tous les sujets de mon forum abordant d’une façon ou d’une autre le so called “mouvement des Gilets jaunes”, une approche croisée partant des faits pour en faire théorie, poétique, et rigoler aussi

    http://patlotch.forumactif.com/t121-gilets-jaunes-une-approche-croisee-tous-les-sujets-du-forum#1278

    merci de tous commentaires si possible critiques

    et bonne continuation, prenez pas chaud ni froid, un 6 février, va savoir ce que le ciel complote sur nos “têtes fragiles”, comme dit l’autre

  6. L’auteur: Kacem Joseph
    07/02/2019 à 17:46 | #6

    @Lisbeth Salander
    ” eh, petit, tu te prends pour qui, exactement?”

    Le mieux est encore de répondre, puisque c’est moi l’hérétique:
    Kacem, 41 ans, père de deux moutards de 17 et 11 ans. Ex-ouvrier du batiment, ex-ouvrier de la pétro-chimie et actuellement cuisinier en atelier de transformation agricole, mais aussi romancier (quand c’est possible).
    Autrement dit, je me prend pour pas grand chose et ne suis pas trop militant (des gens de TC m’ont croisés dans des milieux “militants”, mais je penses qu’ils peuvent confirmés que je tiens plus du sub-militant que du militant à la Koestler – car justement, le milieu militant m’est assez pesant).
    Pour le reste, j’écris mon ressentis (et ça, c’est attaquable) avec le bagage critique qui est le miens (et ça aussi c’est attaquable). Quand les GJ se refilent mes trucs sur les ronds-points, c’est juste qu’ils les impriment, se les filent et puis c’est tout. Je les démarche pas. Après, je ne sais pas où tu as lu que j’appelais aux armes (ce genre de truc j’en suis pas fan).
    Enfin, si je parle de “pédagogie” (terme peut-être exagéré, mais je n’en voyais pas d’autres) dans le com, c’est juste qu’en discutant avec des GJ, ce sont eux qui m’ont exprimé un désir ; désir que j’ai tenté de satisfaire en écrivant ce texte comme en les interviewant au micro depuis plus d’un mois maintenant (dispo sur soundcloud – par ex: https://soundcloud.com/user-116871419/2-fevr-2019-acte-xii-des-gilets-jaunes-a-ales-gard)
    Pourquoi m’ont ils exprimé ce désir et laissé être observateur-intime de cette lutte? Peut-être parce que je suis de ce milieu, partage les mêmes boulots, les mêmes bistros, le même langage et que j’ai le même niveau d’étude qu’eux – je suis un familier, pas une avant-garde éclairé (et pourvus que ça reste comme ça, car je trouve la militance éclairé fatigante)
    Pour le reste, je ne sais pas quoi te répondre: tout ce que je lis me semble si étranger à mon propos que j’en reste baba.

    PS: Désolé pour les fautes, mais je fais pas corriger un com.

  7. Lisbeth Salander
    07/02/2019 à 18:15 | #7

    “et de les armer de références historiques pour qu’ils se comprennent eux-mêmes”

  8. Anonyme
    07/02/2019 à 22:14 | #8

    on ne peut être au four et au rond-point

    Alain Corne : « Je me disais ce matin qu’il faudrait faire un travail d’historien sur ces trois mois, en collectant tout ce qui s’est dit dans la presse régionale, les publis des GJ, etc. pour se faire une idée du vrai mouvement, sans ça on réfléchit un peu à l’aveugle. Gros boulot, moi j’ai pas le temps. »

    il paraît que certains ont pris ce temps depuis le début, mais qu’il vaut mieux pas les lire. Va savoir

  9. Anonyme
    09/02/2019 à 19:05 | #9

    “combien VOUS, vous savez vraiment ce qu’il se passe.”@L.Salander

    Pas militants, non, pas pédagogues, mais quoi au juste?

    Refiler des tracts aux G.J aux ronds-points, vraiment c’est un interventionnisme vraiment insupportable, alors que publier, diffuser, vendre revues, livres, blogs pour un public choisi, ça c’est top.

  10. ânonime
    09/02/2019 à 22:14 | #10

    @Anonyme

    Refiler des tracts aux G.J aux ronds-points, vraiment c’est un interventionnisme vraiment insupportable, alors que publier, diffuser, vendre revues, livres, blogs pour un public choisi, ça c’est top.

    tsss… quel contenu les “tracts”, s’ils se voulaient « armer [les GJ] de références historiques pour qu’ils se comprennent eux-mêmes » ? C’est cela qui me semble déterminer une posture militante…

    quant à qui « publie, diffuse, vend revues, livre, blog pour un public choisi », TC est assez grand pour réagir, mais là encore il me semble que le “théoricisme” éventuel dépend davantage de qui le lit et pour quoi en faire, autrement dit comme ce peut être le cas “une théorie comme guide de la pratique”, suspecte d'”attentisme”

    je ne sache pas que ce public soit vraiment “choisi”, bien que par la force des choses ciblé, via une diffusion privilégiée là où il se reconnaît lui-même comme cible privilégiée et fière de l’être, ce que je n’ai cessé de reprocher à TC

    quant à moi, Patlotch, je ne cible personne, sans quoi à lire mon fatras je serais bien mauvais cibleur, et parfois coucheur, surtout avec les « camarades, mais femmes. » Je pense avoir écarté tout risque d’être lu pour être suivi, je n’ai même pas besoin des Corne et autre Clover pour me bloquer : leurs adeptes ne s’intéressent ni à ma prose, ni à ma poésie

    bien la bonne nuit à toussétoutes

    « La nuit partout même le jour, c’était mieux avant parce que j’étions jeune, insoucieux des réseaux, des raisons, sans raison de m’en faire, l’avenir m’appartenait alors, moi qui si longtemps me suis couché de tarde heure, cette ardeur qui m’aura trahi ! »

  11. Lisbeth Salander
    10/02/2019 à 09:24 | #11

    En tout cas, ce petit échange donne l’occasion de tirer un coup de chapeau à Patloch, avec qui les relations “politiques” ne sont pas toujours faciles…..En dehors du gros travail de compilation tous azimuts sur le mouvement en cours, même si c’est un peu difficile de se retrouver dans le bordel de son site, on ne peut que reconnaitre à Patloch sa position en permanence “critique” (au sens de la critique de cinéma, ni à charge ni à décharge) au milieu d’une production pléthorique du mouvement lui même, production d’actes, de paroles, d’écrits et sa méfiance tenace par rapport au tropisme automatique, démago envers tout ce qui bouge et produit des gazs lacrymogènes….Ca n’est pas si fréquent dans le présumé milieu de la communisation….

  12. ânonime
    10/02/2019 à 10:43 | #12

    @Lisbeth Salander
    bon, ben merci… Je me plains, mais quand ça vient du cœur contre le chœur, je suis gêné qu’on lise pas bête

    Cioran : « La timidité, source inépuisable de malheurs dans la vie pratique, est la cause directe voire unique, de toute richesse. »

  13. ST
    10/02/2019 à 12:05 | #13

    Lisbeth Salander :
    sa méfiance tenace par rapport au tropisme automatique, démago envers tout ce qui bouge et produit des gazs lacrymogènes….Ca n’est pas si fréquent dans le présumé milieu de la communisation….

    Ce rapport au mouvement est à la fois hilarant de naïveté et insupportable. Vous êtes là depuis trois mois à vous bastonner entre “optimistes” et “pessimistes”, entre “méfiants” et “enthousiastes” sans voir que vous partagez un même rapport au mouvement. Ce dont il faut se méfier en ce moment c’est de vos propre position politique, et de la manière dont vous avez tendance à ne voir ce qui se passe que sous l’angle de la confirmation ou de l’infirmation de ces positions. “Alors : c’est bien ou c’est pas bieeen ?”, c’est la seule question que vous êtes capables de vous poser, la seule question qui vous intéresse, et vous jouez à qui sera le moins naïf ou le moins con dans ses prédictions, sans vous préoccuper une seconde de ce qu’il est en train de se passer.

  14. pepe
    10/02/2019 à 12:54 | #14

    @Lisbeth Salander
    Tout à fait d’accord avec tous les aspects du commentaire de LS à propos de Patloch

  15. pepe
    10/02/2019 à 13:05 | #15

    @ST
    Sincèrement, sans polémique, une vraie question posée à ST et a plein d’autres commentaires qui vont dans le même sens sur Facebook.
    Je ne comprends pas pourquoi toutes les questions qui sont abordées dans les nombreux textes et commentaires publiés ici, sur dndf et ailleurs, peuvent être commentées par:
    “sans vous préoccuper une seconde de ce qu’il est en train de se passer.”
    Sincèrement, j’ai vraiment l’impression que ces débats, polémiques, affrontements, accords et désaccords sont vraiment la manifestation de l’intérêt énorme pour ce qui est en train de se passer!!
    Pourquoi cette ironie? Pourquoi faut il considérer comme “extérieurs” des points de vues qui critiquent, même durement, un mouvement?
    N’est ce pas le propre de ce mouvement, justement, de contenir tout et n’importe quoi comme élaboration, réflexion, essais de compréhension, tentatives de théorisation, etc, etc…..
    Personne ne cherche à dire “c’est bien ou c’est pas bien”. On s’en tape. On cherche à comprendre, à trouver les liens qui existent ou pas avec le reste des réflexions qu’on mène pour certain(e)s depuis de décennies.
    C’est quelle légitimité supérieure qui vous autorise à décider qui est IN et qui est OUT?
    Je répète, c’est pas de la provoc. Je ne comprends pas, même si je voies bien que l’origine se trouve dans des commentaires ou textes qui critiquent parfois de façon dure le déroulement du mouvement DANS LEQUEL NOUS SOMMES TOUS et TOUTES EMBARQUES!!!!

  16. pepe
    10/02/2019 à 13:30 | #16

    Pour être complètement clair, je trouve tout a fait intéressant, légitime, productif de lire ou entendre:
    “je suis en total désaccord avec ce que tu racontes et je te prouve le contraire”.
    Et je trouve inacceptable qu’on dise:
    “ta parole est illégitime”.

  17. Christian L
    10/02/2019 à 14:26 | #17

    la partie 1

    Le « peuple » : fin d’un mythe au sein du mouvement des Gilets Jaunes ? (part. 1 Ubérisation)

    Quelle place les ouvriers ubérisés ont-ils dans la conflictualité de classe ?
    – Au vu du nombre de ces ouvriers ubérisés que nous rencontrons sur les rassemblements de Gilets Jaunes en Cévennes, la question mérite d’être posée et ne peut être balayée du revers de la main pour les ranger dans le tiroir des commerçants-artisans dont nous ne connaissons que trop bien les positions.

    Pour commencer, qu’est-ce qu’un ouvrier ubérisé ?
    – Strictement parlant, localement, c’est un salarié dont le CDD n’est pas renouvelé et que son ex-employeur réembauche comme sous-traitant en l’incitant à prendre le statu d’auto-entrepreneur.
    Les collectivités territoriales, le commerce et les sociétés du BTP sont en tête des secteurs ubérisant leurs propres ouvriers, vendeurs et techniciens.
    L’ouvrier ainsi ubérisé croit gagner en autonomie, mais les sirènes de l’entrepreneuriat se taisent assez vite. Et voilà notre bonhomme qui perd en pouvoir d’achat (généralement une perte de 30% pour une augmentation du temps de travail difficile à quantifier), en capacité de négociation avec son employeur principal (il est seul, donc aucune action collective ne semble possible) et qui, en plus, se tape tout le boulot administratif (déclarations sociales, etc) puisqu’il n’est plus salarié mais entrepreneur sous-traitant.

    – Si on élargit un tant soit peu cette notion d’ubérisation à l’ensemble du champ de la main-d’œuvre productive, la population ubérisée explose. Du chômeur invité à créer son entreprise “multi-services” (petits travaux, jardinage, etc) en passant par les régisseurs de résidence secondaire (dont l’activité consiste à faire les lits, les jardins ou aérer les maisons avant que les colons débarquent pour les vacances), ce sont autant de secteurs autrefois constitués de sociétés salariantes qui ont disparu au profit d’une atomisation de la classe. Pour le même travail, le travailleur est moins payé (autant du point de vue tarifaire qu’avec le recours aux chèques emploi-service), plus zélé pour conserver sa part de marché et largement plus docile (car isolé, sans collègue avec qui discuter d’une condition commune).

    – Enfin, si on élargit jusqu’au fin fond de la condition même de créateur de plus-value (bénéfices brut d’activité) devant limiter sa valeur ajoutée (son salaire) pour offrir services et produits concurrentiels, nous découvrons une myriade d’auto-entrepreneurs sortie des statistiques du chômage, ne disposant que très rarement de leurs propres outils de travail (reste à rembourser les crédits dans les 3/4 des cas).
    Ceux-là vendent tout et n’importe quoi, sont parfois dans la restauration rapide. Beaucoup de cette catégorie-ci sont des petits paysans ; et même si le statut agricole n’est pas celui de l’auto-entrepreneuriat, cela revient au même, car la pression à fournir un produit ou un service toujours moins cher conduit invariablement à maintenir le niveau de vie de la seule classe moyenne tout en conduisant les petits “entrepreneurs” ou les paysans à une ruine certaine – faute de rémunération, car c’est sur la rémunération que ça gratte pour vendre moins cher. Peu importe si la durée de vie de ces activités est courte : les chômeurs prêts à prendre le relais sont légions.

    Ces auto`-entrepreneurs ruinés, ou en passe de l’être, sont très présents dans le mouvement des Gilets Jaunes en Cévennes. Ils furent, en de nombreuses localités, les premiers à rentrer en conflit avec les commerçants et artisans installés, notabilités du tiroir-caisse ou de la bétonnière qui sont fréquemment ceux qui leur achète leurs services.
    Si certain furent réceptifs au discours poujadiste qui voulait les aliéner à la lutte contre le régime social et les charges qu’il implique, beaucoup en sont revenus.
    A cette heure, le prolétariat en tant que classe “d’hommes libres ne disposant que de leur force de travail pour assurer leurs survie” est en cours de reconstitution. La conscience d’appartenir à la fraction démographique qui est exploitée, pressurisée et sur le dos de laquelle la notabilité, la bourgeoisie et les infrastructures du régime d’oppression s’appuient – cette conscience d’être de la viande à profit pour les autres s’épanouit comme un champignon atomique, et nos travailleurs ubérisés s’inscrivent absolument dans cette dynamique de la reconstitution de la classe.

    Pour toutes ces raisons, la notion inter-classiste de « peuple » n’a plus aucun sens (sauf peut-être pour les illuminés de service) car, à force de confrontations et d’échanges, l’idée de « peuple » s’efface peu à peu des critiques produites au profit des notions plus justes de « paysans » et de « prolétaires ». L’ouvrier ubérisé,, comme le chômeur ou le paysan, se reconstituent en effet en classes conscientes et soucieuses de leur unité en affrontant les mêmes adversaires, en subissant les mêmes sanctions imposées par le régime de la propriété capitaliste. Ce phénomène est précisément ce qui semble donner un second souffle au mouvement des Gilets Jaunes dans les Hautes Vallées (et mon sentiment, c’est que dans de nombreux autres secteurs géographiques, il se passe la même chose).
    Les classes en question n’ont peut-être pas le bagage théorique pour réaliser ou formuler les choses ainsi, mais elles ne sont pas idiotes. Ce sont elles qui, les premières, sont confrontées et limitées par la classe qui les emploie et les rançonne en loyer. Les classes en question n’ont pas le mot « révolution » qui se pointe toutes les deux phrases, mais ce sont bien elles qui envoient se faire foutre les chefs autoproclamés des Gilets Jaunes qui les bassinent avec le RIC et autres projets de sortie de « crise ». Prolétaires et paysans sont bien dans la « crise » et d’ailleurs, leur première victoire c’est de rester unis, ensemble et combatifs, car les voilà fiers de leur révolte, heureux de leur solidarité. Et ça, ils s’en sont emparés. Personne ne le leur a cédé.
    Il est de plus en plus clair et net que le conflit des Gilets Jaunes est celui d’un prolétariat-paysannerie se reconstituant contre une bourgeoise locale, nationale et mondiale qui ne lui offre que misère, épuisement et isolement. La formulation en ces termes n’est qu’une question de temps, au final.

    Pour ma part, je n’ai ni les capacités ni la maîtrise des outils théoriques nécessaires à une analyse plus profonde et je délègue bien volontiers ce travail à des personnes plus compétentes. Toutefois, je tenais à préciser et à partager avec vous ces premières observations et analyses sur ce début d’année 2019.
    C’est chose faite.

    Joseph Kacem, le 16 janvier 2019 – http://www.josephkacem.net

  18. adé
    10/02/2019 à 18:51 | #18

    La théorie, ça demande un peu de recul et ça assume sa part d’extériorité par rapport au mouvement@L.Salander

    “Pourquoi faut il considérer comme “extérieurs” des points de vues qui critiquent, même durement, un mouvement?”@pepe

    Le fait est que: Robin et Kacem en étaient sur place, ils en étaient a priori car ils se sentaient concernés. Les théoriciens de tout bord, exception faite de A.C., n’y étaient pas pour des raisons aussi évidentes: ils et elles n’en sont pas; pas retraité-e-s misérables, pas jeunes précarisées, pas petits entrepreneurs plus ou moins endettés…etc.
    En fait, toute cette agitation jaune, comment peuvent-ils la comprendre, dans le sens de la prendre avec soi?
    Ecrire comme le fait L.S.”Cette forme d’intervention, elle, est clairement parachutée, de l’extérieur, comme tout bon militantisme gauchiste.” est donc faux, doublement: Robin et Kacem, A.C. également “en étaient”, pas arrivés en parachutes, quant au militantisme gauchiste: les théoricien(e)s ” pour certain(e)s depuis de décennies”@pepe sont des militants de leurs théories. Il semblerait que ces militant(e)s gauchistes soient l’ennemi principal, comme on disait, le terme même de “gauchiste” forgé par Lénine se référait à “la maladie infantile du communisme”, à présent qu’en est-il? Ce terme péjoratif est devenu synonyme de tous ceux qui tentent, peut-être, et même sûrement, en vain d’infléchir les mouvements sociaux vers une rupture de l’ordre en cours. C’est inévitable puisque depuis lurette, le sujet prolétarien a fait faux-bond: quelque chose de l’ordre de la rage et du désespoir se love là.
    Soit:…” le déroulement du mouvement DANS LEQUEL NOUS SOMMES TOUS et TOUTES EMBARQUES!!!!” @pepe,soit “ça assume sa part d’extériorité par rapport au mouvement.”@L.S.
    Tous et toutes embarquées, peut-être, mais pas à même titre, et c’est loin d’être un détail.
    C’est ainsi que je retourne “C’est quelle légitimité supérieure qui vous autorise à décider qui est IN et qui est OUT?”@pepe
    Il ne s’agit pas de “légitimité”, à mon sens, mais bien de position sociale; pratiquement tous ceux, allez et celles (mais c’est beaucoup ceux) qui militent pour leur théorie ne savent rien de la galère, rien de la brutalité policière – par ex. L.S….”démago envers tout ce qui bouge et produit des gazs lacrymogènes….”Je demande: l’ont-ils, allez l’ont-elles, souffert dans leurs corps?
    Il n’y a pas que les gazs L.S, il y a les blessés graves, il y a les humiliations, les tabassages qui sont le quotidien ici et là. Les théories demandent d’être extérieures, ou embarquées, va savoir?

    En tout cas…
    Salut.

  19. pepe
    11/02/2019 à 10:22 | #19

    Ben voyons…. on ne peut pas parler de la faim dans le monde si on fait trois repas par jour et seul les guillotinés peuvent prendre position sur la peine de mort…..
    Basta

  20. ânonime
    11/02/2019 à 12:42 | #20

    LES CHOSES et LES MOTS
    le VRAI et le FAUX
    réel, faits et réalités… idées, croyances et idéologies
    PRATIQUES et THÉORIES et PRATIQUES et THÉORIES…

    un billet jeté comme ça, improvisé comme un lundi matin. Des passages étant en gras ou italique, c’est peut-être plus lisible chez moi
    http://patlotch.forumactif.com/t63-mets-ta-theorie#1336

    – une boucle d’idées et de réalités

    l’idéologie, les idéologies, les théories qui peuvent en être ou le devenir, ne sont pas séparables de réalités particulières dans l’espace et le temps, qu’elles produisent décisives ou non, changeant ou non en une certaine proportion le tout de “la réalité” que constituent ces moments particuliers, non que les idées détermineraient toujours les choses, vision idéaliste extrême, mais qu’impulsant des activités et des actes ceux-ci ne peuvent être absolument sans effets, et ces effets produire en retour des idées, dans une boucle sans fin

    quand Debord renverse Hegel en écrivant « le vrai est un moment du faux », il ne fait pas que provoquer la réflexion sur un temps où tout est « accumulation de spectacles », il dit cette profonde vérité quasi intemporelle que nous modelons notre représentation du réel sur ce qui se passe en le connaissant ou pas, car il n’est pas sous l’apparence idéologique des choses, à révéler comme on soulèverait un voile. C’est à prendre au pied de la lettre en boucle : le vrai est un moment du faux moment du vrai, etc.

    – Marx s’en mêle encore

    ainsi, quand Marx écrit en substance qu'”une idée qui s’empare des masses devient force matérielle”, il ne suppose pas qu’elle soit vraie ou fausse, au sens de rendre compte adéquatement de la réalité, d’en proposer une juste représentation, qu’on ne saurait avoir qu’en participant (Thèses sur Feuerbach, 11). Lui sait bien que ce fut, est et sera le cas des religions, et partant d’idéologies même matérialistes (le ciel sur terre de Feuerbach) et pas seulement idéalistes (“l’Idée” de Hegel)

    les idées religieuses s’emparant des masses, il est vrai dominées par telle classe, ont construit des temples, des pyramides, des cathédrales… bien que Dieu n’existât pas : bien que fausse représentation, elles sont devenues force matérielle. Mais aujourd’hui, depuis qu’hier “Dieu est mort” (Nietzsche), les individus n’ont pas moins besoin de croire, et tendent à forger leurs idées sur leurs désirs les prenant pour la réalité, désirs eux-mêmes produits par leurs vie de souffrances, de malheurs et d’insatisfactions. Ces idées peuvent se prétendre matérialistes puisque non religieuses, cela n’empêche qu’elle tombe sous la critique par Marx des idéologies

    résumons : des idées particulières vont s’emparer de réalités particulières en proportions plus ou moins déterminantes

    – les gilets jaunes et leurs avant-gardes

    de ces considérations générales, que pouvons-nous induire du rapport entre idées et activités des Gilets jaunes, idées et activités des aspirants à l’insurrection, celle-ci pouvant un jour être le premier pas de la révolution communiste de leurs rêves, qu’ils soient ou non fantasmatiques ou illusoire, une foi déterminée par la croyance en son advenue inéluctable ?

    en revenant aux idées qui, s’emparant des masses, deviennent force matérielle, on voit bien que tel est le cas du “mouvement des Gilets jaunes” dans son ensemble, avec sa dynamique de contenus et formes dans la réciprocité avec le pouvoir, son projet, sa stratégie, sa réactivité, car “les individus font leur histoire dans des conditions déterminées”, et même si déter’ à la changer, ils se heurtent a minima à un rapport de forces… matérielles, le poids des réalités et non de leurs désirs, que ne changent ni la radicalité des slogans ni la violence d’actes de destruction symboliques, ou anecdotiques s’ils n’étaient amplifiés par les médias et leur propre surestimation des effets

    – en être et en avoir ou pas

    comme le dit Pepe@dndf, et comme je l’ai posé dès le début de mes considérations, participer ou non ne change rien à l’appréciation qu’on peut avoir au-delà d’une perception individuelle, preuve en est que l’on trouve de tout dans un cas comme dans l’autre : en tant que communistes nous nous y intéressons, nous nous sentons concernés, que ce soit dans nos vies ou celles de personnes dont le sort ne nous est pas indifférent, sans quoi nous ne serions pas communistes, anarchistes, car nous avons une âme, et même une âme théorique, car notre théorie communiste ne va pas sans cette éthique

    nous gardons la tête froide mais avons le cœur chaud, et certains le corps plus chaud que d’autres. C’est comme ça, pas besoin d’en faire un fromage de morale

    donc nous prenons parti, plus ou moins pour ou contre, le tout ou telle tendance dont certains espèrent qu’elle va s’emparer du tout. Mais là où ils se trompent, et sortent complètement de la tradition matérialiste marxienne, c’est en croyant que leurs idées marginales puissent s’emparer d’autres qu’eux-mêmes et quelques-uns des leurs, qu’ils leurrent

  21. pepe
    11/02/2019 à 13:29 | #21

    En fait, on assiste en ce moment à un phénomène, microscopique vu la taille du milieu de la communisation: les trolls.
    Le troll c’est celui qui ne te renvoie pas des critiques théoriques, même très virulentes, sur le fond du débat en cours.
    Le troll, c’est celui qui te dénie le simple droit d’exprimer une critique DU FAIT DE LA PLACE QUE TU OCCUPES (ou qu’on suppose que tu occupes car, bien sur, personne ne sait ce que tu fais ou ne fais pas en réalité et c’est tant mieux!).
    Il ne s’agit plus de s’affronter sur le fond, il s’agit de dire à l’autre ;
    “De quel droit te permets tu de parler?”

  22. ânonime
    11/02/2019 à 14:29 | #22

    @pepe
    pour ne pas complètement désespérer du “milieu théorique”, qui comme tu dis ne l’est pas toujours autant qu’il le prétend ou le voudrait, relevons que ce fil, comme le mur facebook d’AC, pas assez certes, ont enfin proposé la rencontre sinon la confrontation honnête et jusqu’au bout de points de vue pourtant considérés par tous au sein de cette mouvance. Il est cependant déplorable qu’entre “nous” la censure (c’est le mot) ou comme tu dis ce que je nomme, insulte ou pas, une injure soit encore considérée comme un moyen intelligent de débattre pour avoir raison

    jetons un œil sur le nombre de lectures, y compris chez moi où, du fait de la structure de mes sujets, débats reconstitués au long cours, elle apparaît supérieure : c’est peanuts relativement à la grande causerie en tous sens et non-sens à propos des Gilets jaunes

    autant dire que si nous avions la moindre velléité d’influencer le cours des choses en un sens ou l’autre, ce serait bien la plus grande de nos illusions

    Lisbeth est bien bonne avec moi quand elle écrit que ma « sa position en permanence “critique” » serait « au sens de la critique de cinéma ni à charge ni à décharge. » Si tel était le cas, j’y aurait perdu mon âme de communiste, cette éthique que je revendique comme propre à notre engagement et jusque dans la théorie communiste “embarquée” que nous pratiquons tous avec plus ou moins de bonheur ou de plans sur l’aplat net de nos songes. J’estime, et contre l’apparence que cela peut donner, que j’ai pensé et agi en communiste conséquent et cohérent avec sa théorisation, cad nécessairement critique, au sens fort, des autres

    car c’est ainsi, tout ce que nous disons, écrivons tombe à plat sur une dynamique qui l’emporte comme le vent les feuilles mortes de l’oubli

    deux choses sont vraies concernant ma méthode, ma “pratique théorique”, c’est d’une part que je n’ai rien laissé de côté, et pas plus des positions de camarades que je pense infondée sur les faits déterminants le présent et la suite ; d’autre part que j’ai néanmoins sélectionné des faits et des propos significatifs voire symptomatiques de ce qui se passait ou pas, mais qui faisait causer à raison, à tort ou à travers

    pourquoi tenir encore cette position alors qu’en marge de ce milieu ? Parce qu’il y reste quelques têtes pas assez fragiles pour se laisser emporter dans le vent de toutes idéologies, y compris celles qu’on tire parfois de leur théorie, la plus pertinente disais-je dans ma critique du texte de travail de RS/TC, en terme d’affrontement entre classes exploiteuse et dominante, et classe exploitée dans la production de marchandises qui demeure essentielle à l’existence même du Capital

  23. Lisbeth Salander
    11/02/2019 à 19:02 | #23

    “Lisbeth est bien bonne avec moi quand elle écrit que…”
    Désolé, j’ai écrit trop vite. Je ne voulais pas dire que tes positions suivaient une logique “démocrate”, un coup pour chacun, mais que ta compilation était exhaustive ou presque, ce qui permet de mettre en perspective les différentes expressions d’un mouvement sans empêcher une clarté de positionnement.

  24. ânonime
    11/02/2019 à 20:35 | #24

    @Lisbeth Salander

    je ne l’ai pas pris pour une reproche d’être “démocrate”. Je voulais préciser que la critique communiste, la théorie communiste, ne peut pas être neutre, par définition du communisme-mouvement dans lequel nous sommes tous embarqués dixit Pepe

    après, il convient de discerner pour mieux les articuler, la critique du moment capitaliste, et la projection, disons-le même apparemment contre Marx, de l'”idéal” qui est le nôtre, aussi matérialistes serions-nous, et là comme nous le constatons, c’est chacun selon ses possibilités, à chacun ce qu’il y trouve, qui dépend bien évidemment de ce qu’il est en tant qu’individu

    c’est effectivement « une mise en perspectiveS des différentes expressions… »

  25. R.S
    12/02/2019 à 00:17 | #25

    Salut
    et si nous en revenions à ce qu’il se passe : “nous on voudrait seulement vivre un peu mieux” ?
    R.S

  26. ânonime
    13/02/2019 à 16:15 | #26

    @R.S

    DROITE POPULISTE : CONFIRMATION DE LA STRATÉGIE EUROPÉENNE
    « Le surprenant plaidoyer pro-européen de l’Italien Giuseppe Conte »
    https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/le-surprenant-plaidoyer-pro-europeen-de-l-italien-giuseppe-conte-13-02-2019-2293087_1897.php

    à RS/TC qui de loin en loin impulse le débat des camarades sur dndf, et qui posait hier la question : « et si nous en revenions à ce qu’il se passe : “nous on voudrait seulement vivre un peu mieux” ?, je suggérerais de se s’appliquer à lui-même un conseil donné en décembre, lever le nez de la franchouillardiesse radicale du milieu communisateur et environs… Vivre mieux : en France ? en Europe ? dans le monde ? ou à Marseille ?

    LE SPECTRE DE L’EUROPE
    http://patlotch.forumactif.com/t37-le-spectre-de-l-europe#1381

  27. Anonyme
    14/02/2019 à 12:59 | #27

    @R.S

    Environ 8.400 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement des “gilets jaunes” il y a près de trois mois, et 7.500 ont été placées en garde à vue, a déclaré Christophe Castaner, aujourd’hui.

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2019/02/14/97001-20190214FILWWW00063-gilets-jaunes-8400-interpellations-depuis-l-acte-i-castaner.php