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« Asie, le réveil ouvrier »

Reportage

Asie le réveil ouvrier

et dans le Monde du 13/03

IBM, Lenovo et la politique de la chaise vide des salariés chinois

Usine d’électronique à ShenzhenLes salariés chinois vont-ils devenir les plus revendicatifs de la planète ? Cela fait déjà quelques années que la Chine a découvert les mouvements de grève non organisés par le syndicat officiel.

Les conditions de travail et les salaires dans ces usines grandes comme des villes sont au cœur des revendications. Aujourd’hui, le conflit qui dure depuis le 3 mars dans une usine IBM de Shenzhen, au sud de la Chine, révèle une spectaculaire évolution des rapports de force.

Alors que le géant américain des services informatiques a annoncé le 23 janvier la vente au chinois Lenovo de son activité de serveurs informatiques d’entrée de gamme, une partie des salariés n’entendent pas être vendus avec les meubles sans broncher.

Ce deal à 2,3 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) prévoit le transfert de 7 500 salariés dans 60 pays entre les deux géants.

Or Lenovo risque de récupérer à Shenzhen une usine à moitié vide ! Les salariés préféreraient partir avec des indemnités de départ que de rester avec des perspectives salariales qui ne leur conviennent pas !

Selon le spécialiste chinois du droit du travail qui conseille les grévistes d’IBM, cité par le Financial Times du mercredi 12 mars, « plus de la moitié des salariés ont décidé de quitter l’entreprise ». C’est la politique de la chaise vide, façon marché du travail chinois. Plus de 1 000 salariés de ce site s’étaient mis en grève le 3 mars pour obtenir une amélioration du plan d’IBM.

Dialogue de sourds

Le groupe américain proposait aux salariés de passer chez Lenovo, aux mêmes conditions de salaire, ou de partir avec une indemnité. La proposition, équivalente à un mois de salaire par année d’ancienneté, a été jugée insuffisante.

Surtout, le dialogue de sourds a, semble-t-il, radicalisé le mouvement. D’un côté, les salariés n’ont pas trouvé la moindre écoute chez le seul syndicat officiel autorisé, la All China Federation of Trade Unions. De l’autre, IBM a joué la fermeté et licencié une vingtaine de salariés pour violation du droit du travail.

Lenovo refuse d’endosser le rôle d’épouvantail que cette affaire lui donne et considère que ce conflit social était interne à IBM. De fait, la cession, en attente des autorisations réglementaires, n’est toujours pas effective.

Le groupe chinois a néanmoins cherché à rassurer sur ses intentions sociales en proclament dans un communiqué le 10 mars : « Les talents que nous acquérons sont un actif précieux et une clé de notre succès à long terme. » C’est joliment dit, mais cela n’a manifestement pas convaincu les principaux intéressés.

L’absence de liberté syndicale n’empêche plus les travailleurs chinois de gagner en moyens de pression. Car Lenovo dit vrai. Si l’acquéreur d’une usine risque de perdre la moitié des personnels qui savent la faire tourner, cela ampute sa valeur. Une bonne raison pour négocier la prochaine fois.

12 mars 2014, par Jean-Baptiste Jacquin

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