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“La “Révolution des Ponchos” en Equateur (janvier 2000)”

Ce texte de Théorie Communiste N° 16 ne date pas d’hier mais, dans le contexte, il n’est pas inintéressant de s’y replonger. dndf

La “Révolution des Ponchos” en Equateur (janvier 2000).

            Ceux à qui ces évènements auraient échappé dans la lecture de leurs quotidiens habituels pourront pour l’historique des faits se reporter directement au dernier texte de la série qui suit cette présentation.

            Les évènements de janvier 2000 en Equateur mettent fin à toute lecture exotique de la lutte des classes dans les “périphéries”. Du côté des classes dominantes ce sont les mêmes politiques que dans les pays du centre, politiques liées à la restructuration mondiale du mode de production capitaliste que l’on retrouve : déréglementation, privatisation, domination du capital financier, attaque de la valeur de la force de travail, mise en valeur dans le capital de toutes les disparités régionales produites ou reproduites, élimination des politiques de compromis avec les organisations ouvrières (l’Equateur n’est pas qu’un champ de pommes de terre gelées dans la Cordillère des Andes) etc.

            Du côté du prolétariat : soulèvement indigène avec blocage des axes routiers, occupations des églises et des propriétés en juin 9O ; nouveau soulèvement en 94 ; grève générale de 48 heures en février 97 ; nouvelle grève générale, manifestations et marches paralysant le pays en août 97 ; nouvelle grève générale en octobre 98, trois morts ; mars 99, nouvelle grève générale contre les mesures d’austérité, la grève reprend en juillet, le pays est paralysé pendant 15 jours, 17 blessés par balles ;  durant ces dix années, kyrielle de grèves dans les viles industrielles et portuaires de la côte dont Guayaquil, la capitale économique du pays, et sur les sites pétroliers amazoniens ; 6 janvier 2000, début des manifestations, marches, blocages des routes et grèves menant à la “prise de Quito” le 21 janvier.

            Cela ne nous gêne pas d’appeler mouvement du prolétariat cette série de luttes incluant celles du “mouvement indien” essentiellement paysan. Non seulement ces dernières s’inscrivent dans des luttes urbaines et industrielles récurrentes et ne prennent leur ampleur que dans ce contexte. Mais encore nous appelons prolétariat la polarisation sociale de la contradiction qu’est la baisse tendancielle du taux de profit en activités contradictoires. La contradiction qui résulte, dans le mode de production capitaliste, du rapport entre l’extraction de plus-value et la croissance de la composition organique du capital se développe comme péréquation du taux de profit sur l’ensemble des activités productives et structure comme rapport contradictoire entre des classes l’ensemble de la société. Le degré selon lequel cette contradiction fondamentale polarise l’ensemble des contradictions sociales est un critère permettant de juger le niveau d’une lutte, en ce que dans cette polarisation ce sont les catégories et les classes sociales de la société du capital qui se dissolvent contre le capital et la classe capitaliste. Si nous pouvons identifier le prolétariat à la classe ouvrière c’est que, dans la situation de celle-ci, la contradiction centrale du mode de production capitaliste devient la condition de son dépassement comme activité particulière. En cela, cette identification dépasse la classe ouvrière au moment où ce sont toutes les contradictions de la société qu’elle polarise, et où le petit paysan andin ne peut plus agir en tant que tel (ce qu’a contrario nous montre, en l’occurrence, la prégnance du démocratisme radical). Cette identité, pour la clase ouvrière elle-même, n’est pas un donné mais un mouvement. Les classes sont génétiquement données en même temps que leur contradiction, ne lui préexistent pas et c’est pour cela qu’une classe, le prolétariat, peut s’abolir en tant que classe, parce qu’il ne préexiste pas à, ni ne résulte de ce mouvement, mais en est la seule réalité concrète sans laquelle la baisse du taux de profit est une abstraction et l’abolition du mode de production capitaliste un projet déterministe. Toutes les vaches ne sont pas grises, mais le noir et le blanc ne sont pas des substances préexistant aux vaches.

            Si la nuit du 21 au 22 janvier à Quito fut la nuit des dupes, c’est que si le prolétariat ne préexiste pas à sa contradiction avec le capital et donc avec la classe capitaliste (le rapport social réfléchi en lui-même), ce qui est la dynamique de sa propre remise en cause, cela signifie simultanément que dans ses luttes, dans la mesure où elles demeurent limitées, son existence entérine toutes les catégories de sa reproduction et peut même conduire à opposer ces catégories, son existence présente, au mouvement de reproduction élargie du capital. Comme le montre l’action et les textes (voir ci-dessous) de la CONAIE (Confederacion de Nacionalidades Indigenas del Ecuador), il n’y a plus de place pour les Guévara en Amérique du Sud, c’est le démocratisme radical, tel que nous le connaissons ici et à Seattle qui est devenu la forme d’opposition au capital à l’intérieur de sa reproduction et n’envisageant que celle-ci. Les formes d’opposition au capital, entérinant et formalisant les limites des luttes, se sont mondialisées et uniformisées comme démocratisme radical. C’est en cela qu’essentiellement, comme nous le disions en ouverture de cette présentation, la lecture exotique des luttes de classes est définitivement caduque. La diversité réelle des situations, si elles demeurent indéniables, ne peut plus apparaître que comme moments de leur unité et cette diversité ne peut plus s’exprimer concrètement et être comprise qu’à partir de celle-ci.

            Il ne s’agit plus, dans le démocratisme radical, de stratégie de “capital autocentré” malgré le patriotisme économique. Ces stratégies, défendues par des couches intellectuelles ou militaires frustrées recherchant l’appui d’une hypothétique bourgeoisie nationale, n’ont jamais connu de mises en pratique durables, elles ne pouvaient en outre qu’apparaître à une époque antérieure à la mondialisation de la reproduction du capital, n’étant qu’une caricature du “fordisme”, elles pouvaient cependant, être par là-même, dans cette période, des stratégies bourgeoises “réalistes” dans une période où le cycle mondial du capital était avant tout juxtaposition de capitaux bouclant leur accumulation sur des aires nationales. Les projets du démocratisme radical, dans les pays périphériques, sont actuellement partie prenante d’un niveau unifié des luttes de classes, ils s’enracinent dans une mondialisation réalisée, ils ne promeuvent un développement national du capital que dans la mesure où celui-ci n’a plus aucune consistance en tant que tel, c’est-à-dire en tant que projet possible d’une bourgeoisie. Ce développement n’est plus que l’expression des limites de la lutte de classe du prolétariat qui, en tant que classe de ce mode de production, trouve dans celui-ci les formes mêmes de son action dont le cadre national tel qu’il est actuellement reproduit comme moment d’un cycle global. Fini l’exotisme, fini les Samir Amin autocentré, les Guevara et les “focos” préparant le “capitalisme d’Etat”, les Lénine et le développement du capital sous direction prolétarienne, les Vera Zassoulitch et le saut communautaire par dessus les horreurs capitalistes.

            D’autres évènements avaient déjà mis fin à la lecture exotique, mais pour la première fois, à Quito, le démocratisme radical a été un élément déterminant d’un mouvement social allant jusqu’à une éphémère prise du pouvoir dont il fut l’élément moteur. Il n’a pas été manipulé, parce que par nature il ne pouvait que l’être : la lutte contre le capital, devient la lutte contre le capital étranger et / ou financier, la lutte contre l’Etat devient la lutte pour la démocratie vraie contre la corruption etc… (cf. ses objectifs et sa stratégie dans les textes ci-dessous). Si certains secteurs de la bourgeoisie et de l’armée, sans vouloir (surtout sans pouvoir) changer de politique voulaient se débarrasser de Mahuad (dollarisation trop sauvage de l’économie ; exclusion des autres clans de la bourgeoisie ; corruption trop visible ; réduction du budget de l’armée ; volonté d’accomplir un auto-golpe à la Fujimori ; facteur d’instabilité du point de vue des Etat-Unis qui cherchent à s’appuyer sur l’armée équatorienne pour leurs interventions en Colombie…) et “utilisèrent” la “révolution des ponchos”, c’étaient parce que dans leurs objectifs, dans les limites des luttes que ceux-ci exprimaient, la Conaie et les diverses organisations alliées à elle avaient elles-mêmes chercher à s’allier à ces secteurs au cours de rencontres et réunions diverses. ” Les généraux Mendoza et Sandoval, au cours de plusieurs réunions préalables de travail avec le mouvment indigène et les mouvements sociaux, ont défini les stratégies pour le renversement de Mahuad et un modèle alternatif de développement. Tout a été concerté tant avec les deux généraux qu’avec les commandants intermédiaires des forces armées.” (Antonio Vargas, président de la Conaie, Nuevo Herald, Miami, 24 janvier 2000, in Poker menteur en Equateur, dossier du Monde Diplomatique sur Internet).

            Il ne s’agit pas de trahison, le démocratisme radical fait son travail, et pour la première fois nous l’avons vu à l’oeuvre en grandeur réelle.

Théorie Communiste

Les textes qui suivent, que nous avons traduits de l’Espagnol, se trouvent également en Anglais et en Quechua sur le site internet de la CONAIE (http://conaie.nativeweb.org/ecu20.htm).

Texte de présentation de la CONAIE (non daté)

 

            La voix indigène dans le monde moderne.

                La CONAIE  a été constituée en 1986, comme résultat d’un processus organisatif qui a son origine dans les communautés de toutes les nationalités indigènes de l’Equateur. Elle agit comme leur représentant principal, elle est la voix et la pensé des peuples indigènes, elle lutte pour la vie des hommes et de la nature vers un futur de justice, de paix, d’égalité, de respect, de liberté et de solidarité. ” Ce n’est pas un hasard si la plus grande partie des dernières ressources naturelles se trouve en territoire indigène. Après avoir détruit leur environnement, les blancs viennent prendre les derniers territoires qui nous restent, ceux que nous avons protégés.” (Luis Macas, président de la Conaie – remplacé depuis par Antonio Vargas, ndt.- ).

            Ecologie.

                Peuples indigènes, nous nous  considérons comme partie de l’environnement. Notre culture nous permet de vivre en harmonie avec la nature, mais aujourd’hui, nos territoires et nos villages sont en danger.

                Sur la côte, dans la montagne et en Amazonie se développent des activités minières et forestières dont les entreprises nationales et étrangères tirent pour elles seules le bénéfice économique et où elles appliquent des technologies polluantes qui contaminent et détruisent des centaines de formes de vie uniques sur la planète. L’exploitation pétrolière a déjà causé l’extinction des nations Tetete et Zaparo, et menace les autres peuples indigènes.

                La Conaie a formulé des propositions alternatives de développement  où notre sagesse millénaire et les connaissances occidentales se conjuguent pour la construction de l’harmonie dans la société équatorienne.

            Qu’est-ce que la Conaie?

                La Conaie est une organisation autonome, elle ne dépend d’aucun parti politique, ni d’institutions etatiques, étrangères ou religieuses.

                La Conaie répond à la nécessité historique d  lutter pour les droits des peuples indigènes à construire un Etat plurinational.

                Nations indigènes, nous sommes des peuples qui avons une même origine, une histoire commune, des langues propres, et qui sommes régis par des lois spécifiques.

                La Conaie appuie les luttes particulières des communautés indigènes come celles pour obtenir l’eau potable et combat les politiques gouvernementales qui agressent les peuples indigènes.

                Nous sommes des milliers d’indigènes à nous être soulevés pacifiquement et avec dignité pour faire entendre notre voix.

            Territoires indigènes.

                La montagne est la base matérielle de la reproduction de notre peuple et de notre culture. Nous disons qu’un peuple sans montagne est un peuple sans vie. De la montagne, nous recevons la nourriture, les médicaments, les ressouces pour nos cérémonies, les vêtements, les outils et tout ce que nous fabriquons. La montagne est notre survie.

                A cause de la pression démographique, de l’expansion de l’agro-industrie exportatrice dans la montagne et de la colonisation de l’Amazonie, chaque année les communautés indigènes possèdent de moins en moins de territoires où produire.

                Un objectif central de la Conaie est la lutte pour la préservation du territoire de nos peuples. Cela signifie de compter sur nos propres équipes juridiques et sur des mécanismes divers pour légaliser notre occupation des territoires et l’accès à la montagne-mère.

                La Conaie promeut des formes propres d’organisation collective comme les communes (le texte n’emploie pas le même mot que pour comunautés : “Comunidades / Comunas”, ndt) et avec elles les formes ancestrales d’usages et de vie dans la montagne comme l’agriculture organique, les terrasses, l’entraide. Ces formes sont intrinsèquement une manifestation spirituelle.

            Culture et Education indigène.

                La richesse de la diversité culturelle équatorienne est en train de disparaître à cause de la pression sociale exercée par l’acculturation. La Conaie promeut la survie et la résistance des cultures et langues indigènes.

                En 1989, la Conaie a signé un accord avec le Ministre de l’Education, établissant un programme national d’éducation bilingue interculturel, programme établi et conduit par la Conaie et ses organisations membres.

                Grâce à l’éducation bilingue et interculturelle, les nouvelles générations apprennent à être fières de leur identité et à utiliser leur propre langue.

                La Conaie et ses organisations promeuvent les pratiques sacrées comme les rituels de la fête du Soleil (Inti Raymi). La Conaie valorise et promeut également le développement de la médecine indigène.

            International

                La Conaie est membre du Front de l’Internationale rouge indigène. La Conaie travaille au niveau international au profit des peuples indigènes. Nous sommes en liaison avec : The Lettelier-Moffit Human Rights Award, The Goldman Environmental Justice Award, The Inter-American Foundation Fellowship.

            Savez-vous que?

                * 45% des Equatoriens sont indigènes, mais nous n’avons aucun député indigène.

                * 80% de la population rurale vit dans la pauvreté absolue.

                * Les paysans produisent 75% des produits de base avec seulement 35% des terres utiles de la montagne.

                * L’Equateur présente le pourcentage le plus élevé de déforestation en Amérique. Dans 40 ans, toute la forêt primaire aura disparu si la tendance actuelle se poursuit.

La CONAIE trace la perspective d’autonomie des nationalités indigènes (19 novembre 1999)

                Ce vendredi 19 novembre, la Conaie termine son sixième congrès national. Bien que nous ne fixerons pas la date d’un probable soulèvement contre la situation économique et sociale du pays, nous décidons que tous les militants se tiennent en alerte.

                Les nationalités indigènes ont réélu président Antonio Vargas, considéré comme le leader de la ligne modérée. Ricardo Ulcuango, considéré comme le plus intransigeant, est arrivé en seconde position avec 279 voix contre 323 à Vargas.

                Après avoir analysé son activité politique dans le pays, la Conaie a critiqué les agissements des députés du Mouvement Plurinational Pachakutik (pour tous les textes suivants nous avons respecté l’emploi parfois peu cohérent des majuscules, ndt) pour avoir été très complaisants avec le gouvernement du démocrate-chrétien Jamil Mahuad.

                Les Peuples indigènes Equatoriens sont parvenus aux positions et résolutions suivantes.

                * Demander au président de la République la convocation d’une consultation populaire pour déterminer le contenu des autonomies prenant en compte les particularités des régions et des Nationalités Indigènes.

                * Adhérer à la campagne du “Jubilée 2000” afin de promouvoir l’annulation de la dette extérieure.

                * Exiger la nomination d’un Défenseur du peuple pour les nationalités et les peuples.

                * Signer une convention avec le gouvernement national sur le programme de gestion des parcs nationaux, des réserves de faunes, des sites archéologiques, des musées, entre autres, qui se trouvent en territoires indigènes, afin que ce soit les nationalités et les peuples qui les administrent et les gèrent.

                * Exiger du gouvernement national et des entreprises pétrolières la propreté absolue et la décontamination de l’envirronement, des bassins hydrographiques, des déchets solides qui émanent des industries et des grandes villes du pays ; de même l’indemnisation pour les préjudices causés à l’envirronement, aux Nationalités et aux Peuples.

                * Que la Conaie aide, dans les procédures occasionnées par le procès contre la compagnie Texaco, les camarades Cofanes, Secoyas, Sionas, Huaoranis, kichwas, et les paysans des zones affectées, qu’elle agisse ainsi dans toutes les actions contre les compagnies multinationales qui opèrent dans les territoires indigènes.

                * Promouvoir la fixation légale des territoires globaux et la délimitation interne des communautés indigènes;

                * Demander au niveau national et international la non-pénétration des compagnies pétrolières, forestières, pharmaceutiques, minières et agro-industrielles dans les territoires indigènes pour attenter à l’intégrité sociale, culturelle et environnementale des nationalités et des peuples.

                * Soutenir la réforme de l’article 84 de la constitution afin d’obtenir la propriété (usage et usufruit) du sous-sol de nos territoires.

                * Mettre en forme les projets de lois suivants qui seront achevés dans un délai de trente jours par des commissions.

  1. a) projet de loi organique des Nationalités.
  2. b) projet de loi organique des circonscriptions.
  3. c) Projet d’assemblées paroissiales.
  4. d) Projet de loi des eaux.
  5. e) Projet de lois des Communautés.

                * Exiger le respect de la disposition constitutionnelle exigeant que 30% du budget national soient destinés à l’éducation.

                * Demander les ressources et les décisions politiques nécessaires pour que soit respecter notre droit constitutionnel à avoir une éducation interculturelle bilingue de qualité.

                * Réaliser une évaluation technique, pédagogique et administrative du système d’Education Interculturel Bilingue.

                * Demander que les Forces Armées retirent leur participation à l’Education Bilingue.

                * Promouvoir des actions destinées à développer une éducation qui satisfasse l’affirmation de l’identité culturelle des Nationalités et des Peuples.

                * Assumer la direction politique du CODENPE et du PRODEPINE afin de mettre en oeuvre des politiques de renforcement des Nationalités et des Peuples.

                * Promouvoir la restructuration du CODENPE.

                * Demander la démission du secrétaire exécutif du CODENPE pour qu’il assume sa nouvelle responsabilité de président du Fond Indigène pour l’Amérique Latine et les Caraïbes.

                * Promouvoir la participation équitable de la femme à l’intérieur des Nationalités, des Peuples et de la société en général.

                * Constituer le Conseil des Nationalités et des Peuples comme instance de définition du programme, d’évaluation et de suivi du Conseil de direction de la Conaie, en conformité avec les résolutions du Congrès. Il sera constitué par un (e) délégué(e) de chaque nationalité et peuple.

CONAIE : Bulletin pour la presse internationale (Quito le 16 janvier 2000)

                Le Parlement National des Peuples de l’Equateur, constitué démocratiquement avec la participation de 21 Parlements Provinciaux et d’innombrables parlements communaux, de cantons et de quartiers a assumé directement l’exercice de la souveraineté nationale pour sauver la République d’Equateur de sa disparition nationale qui avait commencé avec la décision de Jamil Mahuad de renoncer à la souveraineté monétaire en annonçant la substitution du Dollar à notre signe monétaire historique, le Sucre.

                La décision de dollariser l’économie est l’ultime attaque contre l’économie du peuple et l’appareil productif du pays éxécutée par Mahuad, avec la sinistre intention de protéger une bancocratie corrompue et en faillite, et de transformer l’Equateur en une enclave de la spéculation financière et du blanchiment des narcodollars.

                La dollarisation implique la destruction de l’appareil productif, la faillite de l’industrie et la perte de centaines de milliers d’emplois, l’expropriation progressive des indigènes et des paysans du pays de leurs petites parcelles de terre.

                Ce schéma colonial est inapplicable car les entrées de devises représente à peine 15% du PIB, en conséquence l’obsession de Mahuad signifie l’asphyxie de l’appareil productif.

                Après une suite de soulèvements indigènes, de barrages de paysans et de grèves générales des travailleurs, aucune de leurs revendication légitimes n’a été entendue ni satisfaite. Au contraire, les programmes de privatisation de l’industrie pétrolière, de la sécurité sociale, du téléphone et de l’électricité ont été accélérés ainsi que la suppression des droits des indigènes, des paysans et des travailleurs. Les dépôts en banque ont eté gelés et leur restitution dans 10 ans a été proposée, ce sont des milliers de millions de dollars qui étaient destinés à la piraterie financière des banquiers.

                Dans cette situation, le Parlement National des Peuples d’Equateur a appelé à un rassemblement national pour la Défense de la Souveraineté, pour destituer Mahuad et les pouvoirs législatifs et judiciaires et pour installer le peuple dans son exercice souverain du pouvoir, afin de fonder un Etat Plurinational qui élimine définitivement l’oppression séculaire de la population indigène majoritaire.

                Le Parlement National des Peuples de l’Equateur appellent toutes les organisations des peuples du monde, tout citoyen du monde, à se solidariser et à défendre activement le droit légitime des peuples d’Equateur à exercer directement sa souveraineté, en demandant à la force publique de l’Equateur qu’elle respecte cet exercice de la souveraineté par le peuple, qu’elle ne réprime pas les mobilisations pacifiques de millions d’Equatoriens et qu’elle se soumette à la souveraineté légitime qui vient du peuple. Nous les exhortons également à reconnaître la pleine légitimité du Parlement National des Peuples de l’Equateur et à demander aux gouvernements de leur pays sa reconnaissance immédiate.

                               Antonio Vargas,

                               Président du Parlement National des Peuples de l’Equateur

Autre information de la Conaie.

Le soulèvement populaire croît malgré la répression et les mensonges gouvernementaux.

                La Conaie avertit tout le monde que le gouvernement est en train de mener une campagne de désinformation au travers des moyens de communication pour diviser et empêcher le progrès du soulèvement indigène-populaire.

                Il est faux qu’Antonio Vargas a annoncé la suspension du soulèvement. Le soulèvement se poursuit inexorablement jusqu’à la satisfaction de l’objectif avancé par les peuples de l’Equateur.

                Outre les actions que le peuple métis est en train de mener sur la côte équatorienne et dans la montagne, toutes les provinces, sans exception, signalent l’unité dans les actions : les marchés commencent à ne plus fonctionner, le blocage du pétrole commence ainsi que le barrage des routes sur le littoral et dans la montagne. Nous avons mené à bien les actions, comme cela était prêvu, à partir du samedi à 0 h, avec d’importantes mobilisations à Canar, Azuay, Napo, Morona Santiago et Bolivar.

CONAIE : “L’Equateur, un volcan plein de cratères” (20 janvier 2000)          

                Le soulèvement du peuple commencé ce samedi 15 est en train de devenir un grand volcan avec de multiples cratères où brûle le mécontentement indigène et populaire.

                Par les routes de cantons ou de provinces affluent des milliers d’indigènes bloquant les routes, ils suivent les traces de nos ancêtres pour renforcer la Prise de Quito. Trente cinq mille membres des forces publiques avec leur violence et leur racisme n’ont pu nous retenir.

                Le Dr Mahuad qui s’est senti acculé par les grands groupes de pouvoir économique est maintenant acculé et cerné par ses propres troupes, ses propres barbelés, ses propres chars d’assaut, ses propres cordons de policiers et de soldats, et par dessus tout par des dizaines de milliers de mécontents.

                Ses fonctionnaires avaient dit que nous n’avions pas de capacités de rassemblement, que nous n’avions pas l’appui de la base, que la lutte se terminerait par notre épuisement et que nous rentrerions sans rien obtenir. Ceci est l’arrogance, la suffisance et la servilité à leurs maîtres du grand capital, qui caractérisent ces tyrans qui, avec leurs politiques économiques, ont appliqué le terrorisme d’Etat le plus criminel de notre histoire.

                Le Dr Mahuad, ses fonctionnaires et ses politiciens ont la bouche pleine du mot de démocratie, pourtant chaque jour leur soutien populaire se rapproche un peu plus de zéro. S’ils étaient réellement des démocrates, ils obéiraient à la voix du peuple et abandonneraient leurs projets ; mais ils ne le sont pas, ce n’est pas cette idée qu’ils défende mais leurs affaires et celles de leurs amis qui, avec des milliers de dollars, financèrent leur campagne électorale.

                C’est en foule que les secteurs sociaux urbains ont participé directement à l’action. Il manquait des rues pour accueillir les imposants fleuves d’hommes, de femmes et de dignes ancêtres qui aspirent à construire un Etat et une société pluraliste, juste, équitable et souveraine.

                Nous commençons à recevoir un soutien international à notre Soulèvement des Peuples, en même temps que le Dr Mahuad reçoit des avis de condamnation pour son attitude répresive et antidémocratique.

                L’heure de nos Peuples est en train d’arriver pour le bien de tous les Equatoriens.

                Parce que nous sommes sincères, nous sommes une seule voix et un seul discours, une seule pensée, un seul coeur et un seul poing.

* Loja : les routes à Cuenca et Zamora sont bloquées. Manifestations en ville de la part des différents secteurs de la société.

* Azuay : routes bloquées. Grandes manifestations à Cuenca.

* Canar : blocus total. Les réunions des parlements cantonaux continuent. Les marchés ne sont plus alimentés.

* Chimborazo : blocus des routes. A San Andres, l’armée réprime avec des grenades et des balles. Alausi : réunions et blocus total, avec la participation de centaines de camarades. Aucun véhicule ne circule. A la sortie de Chambo, répression brutale des militaires contre les frères indigènes. Les Eglises évangéliques rejoignent le Soulèvement en désaprouvant l’attitude des dirigeants nationaux qui se sont vendus au gouvernement. Dans la région de Riobamba, plus de 15 000 indigènes marchent vers la ville.

*Tunguragua : nous avons obtenu la restitution des véhicules réquisitionnés pour transporter les camarades vers la prise de Quito. Le gouverneur s’est engagé à ne pas réprimer les manifestations et les blocus. Le marché principal est fermé.

(suit la description d’évènements semblables dans 13 autres villes ou régions, ndt)

CONAIE : Equateur, euphorie chez les peuples indigènes, les paysans et les jeunes militaires dans la prise des pouvoirs publics. Le gouvernement de Mahuad chancelle. (21 janvier 2000)

                 Le gouvernement de Jamil Mahuad chancelle. Le mouvement indigène et paysan de l’Equateur, allié aux fractions urbaines organisées et avec le soutien total du commandement intermédiaire  et de la troupe des trois armes des Forces armées, ont constitué (le verbe est au pluriel, ndt) un pouvoir parallèle dans ce pays.

                Le fait s’est produit quand la grande masse des indigènes et des paysans rassemblés à Quito rompirent le cercle de protection autour du siège du Parlement National et s’en emparèrent.

                Au début, il y eut une résistance des soldats, mais soudain arrivèrent des centaines de militaires à bord de véhicules blindés venant de l’Ecole Militaire et ils appuyèrent l’occupation.

                Immédiatement, s’installa à l’intérieur du parlement une Junte provisoire de gouvernement avec les dirigeants indigènes et la Coordination des Mouvements Sociaux. A 11h du matin, arriva le colonel Lucio Gutiérrez et divers officiers subalternes des unités de l’armée cantonnées autour de Quito. Le colonel annonça le soutien de plusieurs unités militaires de l’armée de terre, de la marine et de l’armée de l’air. La joie à l’intérieur du Parlement était irrépréssible. Les indigènes criaient leurs slogans et demandaient la prison pour Jamil Mahuad et tout son gouvernement.

                Dans les rues de Quito, les citoyens ont appuyé l’installation de la Junte Civique-Militaire de Salut National. Dans certains quartiers on procéda au pavoisement des maisons. Les travailleurs ont occupé les rues pour montrer leur joie.

                Jusqu’à 13h, le Président Jamil Mahuad ne s’est pas prononcé sur ce soulèvement populaire et cette insurrection militaire. Les ministres seulement étaient sortis face à la presse et ils ignoraient la Junte de Salut National. En même temps ils disaient que le reste de l’armée soutenait Mahuad. Cela fut démenti par diverses unités de l’armée.

CONAIE : Equateur, les indigènes s’estiment trahis par les militaires. Ils poursuivent le Soulèvement National. (22 janvier 2000)

                Les indigènes et les paysans équatoriens sont indignés par ce qu’on appellera la trahison du général Carlos Mendoza (membre militaire de la Junte, ndt) qui a dissout la Junte civique et militaire de Salut National et a remis le pouvoir au vice-président Gustavo Noboa Bejerano. La grande majorité des indigènes se concentrèrent, à Quito, dans le parc d’El Arbolito, à deux carrefours du Parlement National, bien qu’ils n’eurent pas abandonné la prise de ce lieu. Leur but était de protéger leur leader Antonio Vargas et d’organiser une nouvelle tentative de prise du Palais du Gouvernement.

                Romelio Gualan, dirigeant indigène et paysan, dit que le peuple indien ne craint pas la mort, car à la campagne ils sont mourrant de faim et abandonnés, ils préfèrent mourrir sur les routes, dans les rues des villes, cependant ils cherchent un changement pour tout le peuple équatorien.

                On put savoir que les échelons intermédiaires des Forces Armées étaient extrêmement fachés par ce qu’ils considéraient comme une trahison du général Carlos Mendoza. Ce mécontentement n’était pas seulement celui des colonels, des capitaines et des lieutenants insurgés, mais aussi celui de ceux qui étaient restés fidèles au haut commandement militaire. On put savoir que les indigènes et les colonels restent en contact, car ils certifient que le changement de président n’est pas la bonne voie pour le pays, puisque le modèle initié par Jamil Mahuad continuera, ainsi que l’a assuré le président d’aujourd’hui, Gustavo Noboa.

                A l’instant, nous avons appris que le leader de l’insurrection des échelons intermédiaires de l’armée en faveur des peuples indigènes, le colonel Lucio Gutiérrez (premier membre militaire de la Junte qui trois heures après son installation céda sa place au général Mendoza, ndt), est détenu par des agents des “services” militaires qui l’ont transféré dans un local militaire de la ville de Quito.

                Actuellement, le dirigeant indigène Antonio Vargas conduit une manifestation qui se dirige vers le Palais du Gouvernement. Vargas a dit que le soulèvement indigène et paysan se poursuit dans tout le pays jusqu’à ses ultimes conséquences.

CONAIE : Bulletin de presse (25 janvier 2000)

“Que l’on cherche les faiseurs de coup d’Etat (golpistas, ndt) parmi l’oligarchie”.     

                Si l’on veut trouver les “golpistas” qu’on les cherche dans les oligarchies, à l’intérieur du parlement, des cours de justice et chez les banquiers corrompus qui avec leurs politiques et leurs pillages ont accru la misère, la faim, le chômage et l’exode rural. Ce sont eux qui ont plusieurs fois fait appel à la protection des militaires pour consolider leur pouvoir et s’emparer des biens qui étaient restés en possession de l’Etat. Encore une fois se répètent les injustices de l’histoire. Durant ces cinq cent ans de honte, nos peuples se soulevèrent réclamant la justice et le respect de leurs droits qui étaient cruellement violés. Mais quand nous les avons mis en oeuvre, des chefs comme Ruminahui, Tupac Amaru, Jumandi, Daquilema, et beaucoup d’autres furent faits prisonniers, torturés et assassinés. Mais maintenant nous sommes de retour et nous sommes des millions, comme prophétiquement nous l’avions dit. Millions d’indigènes et de non-indigènes, nous nous soulevons contre les institutions et les hommes corrompus, antidémocratiques et antipatriotes, cela a été reconnu comme une juste cause par l’oligarchie et les politiciens démagogues eux-mêmes qui maintenant répriment les chefs sincères qui assument le mandat du peuple de changer ces relations sociales injustes.

                Quelle autorité morale et quelle représentativité possède ce Congrès, cette cour de justice et ce ministère des finances, vis-à-vis de notre peuple? Elles sont presque nulles disent les sondages ; et ce sont eux qui répriment les hommes honnêtes, sincères et patriotes. Ils suppriment tous ceux qui leur sont opposés pour protéger leurs prébendes, leurs membres et leurs activités corrompus.

                S’ils ont appelé à une trêve politique, nous demandons à ces politiciens, à ces institutions de l’Etat que cette trêve se traduise en actes de justice, en politiques équitables. Nous demandons qu’ils ne cherchent pas à faire de nos leaders et des militaires patriotes des coupables d’atteinte à une démocratie et à une constitution détruites et violées par l’oligarchie, la vieille classe politique et la direction militaire. S’ils veulent nous juger, nous emprisonner, qu’ils construisent des prisons gigantesques car nous sommes des millions, tant aux champs qu’à la ville. Mais ils doivent comprendre qu’il n’y aura ni murs, ni barreaux pour emprisonner nos idées et notre lutte car, comme nos volcans sacrés,  avec la colère et la sagesse des siècles, nous allons construire un Equateur Plurinational, juste, égalitaire et fondamentalement participatif.

                Antonio Vargas.

CONAIE : “Les Quechuas d’Equateur, un nouveau pouvoir entre en scène” (1 février 2000)

                Le mouvement quechua en Equateur qui récemment a contibué à la chute du gouvernement de Jamil Mahuad, tire sa force de personnes comme Carmen Yamberla, une des leaders du système communautaire de gouvernement andin multiséculaire.

                Yamberla, agée de 35 ans, a été élue dans des assemblées locales comme représentante d’une des 180 communautés indiennes (environ 60 000 âmes) de la province de Imbabura, au nord de Quito. Comme chef d’un gouvernement indien quasi parallèle, ses fonctions vont de rendre la justice à être l’interlocuteur face aux autorités nationales. Souvent, Yamberla assume des fonctions concrètes plus importantes que celles d’un maire et d’un gouverneur de province réunis. Cette petite femme sourit quand elle raconte les évènement du 21 janvier, durant lesquels quelques dizaines de milliers d’indiens venant de tout l’Equateur prirent pacifiquement le Congrès, le Tribunal Suprême et même le palais présidentiel. Situation qui provoqua la chute de Mahuad. “Nous avons pris le pouvoir. Et sans un seul fusil !” déclare-t-elle encore surprise par ce succès. “C’était comme rêver éveillés”.

                Une fraction des officiers intermédiaires et subalternes de l’armée a appuyé l’occupation des bâtiments officiels au côté des Indiens qui réclamaient la destitution de Mahuad et un changement dans la politique économique du pays. Il apparaît comme vraisemblable que les indiens et peut-être les officiers ont été instrumentalisés par les hauts dirigeants des Forces Armées pour se débarrasser de Mahuad ( après avoir tout fait pour, il serait temps de s’en apercevoir, ndt).

                Bien que les indiens ont été trahis quand les généraux ont dissout l’éphémère “Gouvernement de Salut National” qui s’était formé à l’origine, le Mouvement a gagné un statut international et a gagné des positions par rapport aux temps où sa voix étaient tout simplement ignorée.

                Le jour du soulèvement, Yamberla était de permanence dans sa base d’opérations d’Otavalo, 60 km au nord de Quito, elle coordonnait les piquets qui barraient les routes terrestres et réunissait les provisions destinées aux groupes présents dans le soulèvement.

                Dans les jours qui suivirent le soulèvement, elle recevait déjà des appels téléphoniques de hauts responsables de la nouvelle administration de Gustavo Noboa et elle se réunissait avec des journalistes étrangers pour annoncer au monde que les indiens d’Equateur étaient en état de grande révolte et étaient prêts à se soulever pour défendre leurs droits.

                Le succès sans précédent des indiens d’Equateur est un point de référence dans l’histoire du mouvement indien sur le continent sud-américain : depuis que les explorateurs européens sont arrivés en Amérique au XVI°s, les indiens, aux yeux des blancs, ont été une race méprisée et inférieure.

                Au travers des siècles, le niveau d’acculturation de l’indien au modèle européen a été inégal. Les Mayas de la forêt du Chiapas, par exemple, demeurèrent relativemnt isolés et oubliés, tandis que les communautés de la côte du Pérou furent totalement assimilées et disparurent. Les populations indiennes d’Amérique du Nord et d’Argentine, de plus faible importance, furent en majorité exterminées dans une série de guerres. En Equateur, où 30% de la population est indienne, la communauté a souffert d’une grande misère, de forts taux d’analphabétisme et de mortalité due à des maladies facilement guérissables. Cependant, ces populations sont parfaitement organisées. A la différence des indiens du Chiapas qui prirent les armes en janvier 1994 pour demandes la démission du président du Mexique, les indiens d’Equateur ont montré leur mécontentement de façon pacifique dans les rues.

                La principale raison pour laquelle les indiens équatoriens ont organisé ainsi leurs protestations vient de ce qu”ils ont été exclus du gouvernement depuis trop de temps, a déclaré Yamberla, et maintenus exclus du système électoral par des barrières semblables à celles opposées aux noirs nord-américains dans les Etats du sud jusqu’à la décennie 60.

                La protestation massive de janvier réclamait le départ de Mahuad, mais ce que les indiens attendaient réellement était de pouvoir négocier directement avec lui la réforme et les changements de politiques comme ils l’avaient déjà obtenu avec succès grâce à une campagne de manifestations en juillet 99.

                “Il était évident que nous ne posions pas la question quoi faire du pouvoir”, dit Yamberla en riant. “Prendre le pouvoir national après sept jours de manifestations est absurde”.

                Les indiens équatoriens possèdent un grand privilège organisatif face aux autres amérindiens parce que tous furent obligés de parler quechua quand les incas péruviens annexèrent la région dans leur vaste empire andin en 1460. D’autres groupes natifs du continent, inclus dans un même pays, se sont retrouvés divisés par la diversités de leurs idiomes (éloge de la vertu au vice, ndt).

CONAIE : “Equateur, avec la dollarisation c’est la démocratie que l’on perd”. (17 février 2000)

                La dollarisation, on l’impose, on ne la discute pas. On la présente masquée, comme quelque chose de technique pour l’abstraire du domaine de la politique. Et ses conséquences, avant tout les privatisations et les déréglementations, après avoir produit le vide politique, sont présentées et assumées comme inévitables.

                C’est là sa “force”, soutenue en outre par un terrorisme économique massif qui justifie la démarche engagée et freine toute alternative : pour cela se développe le fantasme de l’hyperinflation qui n’était apparue nulle part, et n’apparaît toujours pas. Fondamentalement, dans son essence, la dollarisation est un “coup d’Etat par le marché” (“golpe de mercado”, ndt), comparable dès ses origines économiques à un coup d’Etat. Il est évident qu’une telle pratique du coup d’Etat ne provoque ni angoisse, ni refus dans les oligarchies “constitutionalistes” ou chez les sociologues “institutionalistes”, comme le fit, à l’inverse, la rébellion populaire du 21 janvier. Ils l’ont appuyée (la dollarisation, ndt), ils n’ont pas vu dans la dollarisation une action antidémocratique. Nous demandons : qu’arrivera-t-il à notre démocratie quand des décisions propres à l’Etat national, aussi importantes que la politique monétaire et de change émigrent totalement vers des lieux où nous n’avons aucun contrôle national?

                “Il n’y a aucune trace de démocratie digne de ce nom hors de l’Etat national” a reconnu, il y a peu, Ralf Dahrendorf, ex-directeur de la London School of Economics et membre de la chambre des Lords.

                La dollarisation, en réalité, ne mérite même pas d’être considérée comme une décision libérale, elle est en fait une décision artificielle et arbitraire, elle réduit la capacité de manoeuvre du marché national. Avec elle, on a éliminé un outil économique de base pour déterminer la valeur de la monnaie nationale en rapport avec les autres monnaies voisines et même avec la devise maîtresse, le dollar. Cette valeur déterminante ne se fixe plus à travers le marché comme le recommande la théorie neolibérale elle-même. On renonce, en fait, au contrôle de la monnaie et du change, et cela de la part d’un Etat sous-développé pour se subordonner au contrôle d’un Etat plus puissant.

                Serait-ce que nos neolibéraux ne sont pas si libéraux et que en faisant prévaloir uniquement leur état d’esprit autoritaire, ils se réfugient dans la dollarisation pour mener à bout leurs réformes structurelles oppressives alors que selon la pensée d’un neolibéral de réelle importance comme Friedrich von Hayek, ils devraient plutôt appuyer “le mouvement libre de la monnaie”.

                 En définitive, nous ne serons pas libres avec cette mesure dictatoriale. Nous savons que la souveraineté est relative. Nous savons en outre que les pays pauvres choisissent leur conduite économique sous des contraintes toujours plus importantes. Cependant, par une dollarisation officielle, en renonçant à la monnaie nationale pour une soumission, nous cédons dans une très large mesure un élément fondamental de la politique et, en conséquence, nous sommes moins un Etat. A cause de la subordination économique et culturelle de nos élites au modèle neolibéral, nous perdons un lien entre les membres de la société, un référent de l’identité nationale. Si d’un côté, cette décision limite encore plus notre souveraineté, d’un autre, en n’étant pas même discuté et encore moins approuvé par une consultation électorale comme le firent les Européens pour soutenir la constitution de l’Euro, elle amoindrit notre démocratie.

                En conclusion, aux arguments contre la dollarisation, il faut ajouter l’action politique telle que la Conaie la définit par la consultation populaire, action qui a fait sienne “le principe le plus général de la démocratie”, comme le dit le même Dahrendorf, “la possibilité de destituer sans violence ceux qui sont au pouvoir quand la volonté et les choix de la population ont changé”.

CONAIE : “Equateur, la révolution des ponchos” ( 21 février 2000)

                Durant les dix dernières années, les peuples indiens de l’Equateur ont obtenu de dépoussiérer et de mettre en lumière l’histoire officielle qui depuis longtemps essayait de cacher une réalité : l’existence d’une grande partie de la population du pays qui était soumise et exploitée par les groupe dominants ; la diversité et la particularité des différents peuples, le racisme institutionalisé.

                Le soulèvement national de 1990 fut l’origine de nombreux changements, entre autre l’introduction du Mouvement Indien sur la scène nationale, il a contribué à donner à la politique un nouveau visage qui, en soi, est considéré comme une expression légitime du peuple. Les acquis du soulèvement sont nombreux, le thème de l’identité, le métissage, la reconnaissance et l’invention de concepts comme la nationalité, la plurinationalité, l’interculturalité, la renaissance et la vitalité des symboles culturels des Peuples Indiens par exemple, sont des thèmes qui commencent à être analysés et approfondis. La société équatorienne qui jusque là s’autodéfinissait comme blanche tente de récupérer son identité, de comprendre son être comme le fruit d’un procès historique dont il n’y a aucune raison d’avoir honte.

                Un autre apport important du soulèvement est la proposition de convoquer une Assemblée Nationale Constituante, comme nécessaire pour refonder le pays. Finalement ont doit reconnaître que le principal acquis du soulèvement de 90 est son existence, son rôle et sa participation sur la scène nationale et internationale.

                Si l’on considère ainsi le mouvement, ses actions postérieures se sont centrées sur des revendications relatives à des thèmes spécifiques, ainsi en 92, la marche de l’Organisation des Peuples Indiens du Pastaza a obtenu la reconnaissance de milliers d’hectares en faveur du peuple kichwa et Shiwiar. En 94, la promulgation de la loi Agraire. En 97, la destitution de l’avocat Abdala Bucaram et en conséquence l’accord pour la convocation d’une Assemblée nationale Constituante. Ce dernier fait inaugure une nouvelle étape, à cette occasion apparut que toute la population équatorienne se sentit indignée par les actes de corruption, la vulgarité de l’ancien président de la république Abdala Bucaram, dans ces circonstances, les peuples indiens établirent des alliances avec les mouvements sociaux urbains, les paysans et les partis politiques traditionnels.

                A l’intérieur du mouvement indien, les alliances sont vues de différentes façons, pour certains elles permettent d’unir des forces diverses qui pourraient contribuer à exiger avec plus de force les revendications de chaque secteur, pour d’autres comme les militants du mouvement Pachakutik, elles permettraient de garantir plus de sympathisants et par là accroître son nombre de voix, pour d’autres les alliances sont importantes seulement quand elles sont réalisées avec des organisations qui comptent une base sociale solide et non avec des dirigeants qui prétendent représenter des secteurs organisés.

                Dans cette dynamique, la mobilisation du mois de juillet 99, qui fut dirigée, chose nouvelle, par la Conaie parvint à obtenir l’alliance de nouveaux secteurs comme les taxis, obligeant le Gouvernement National d’accepter de geler le prix des carburants, en outre il fut décidé de constituer une commission de dialogue ayant pour objet de définir des propositions en faveur du peuple en général et des peuples indiens en particulier.

                 Le dialogue était considéré par certains secteurs du mouvement indien comme un leurre qu’utilisait le gouvernement pour gagner du temps, sa stratégie consistait à étendre au maximum les délais et à mettre en marche son projet qui fondamentalement consistait à couvrir les déficits provoqués par les banquiers et les entrepreneurs corrompus ; couvrir et protéger les auteurs de la déstabilisation économique ; réquisitionner les dépôts et l’épargne du peuple pour sauvegarder le secteur bancaire, céder la base de la Couverture monétaire au Gouvernement Nord-américain dans des conditions défavorables au pays, délégitimer, minorer et ignorer la Conaie de façon permanente, comme une organisation peu représentative et finalement prendre la décision de la dollarisation.

                Cette façon de gouverner fut perpétuellement contestée par les différents secteurs du pays, la droite inclus, qui demandaient des transformations immédiates et finalement la démission du président, cette dernière revendication surtout fit l’objet d’une grande pression durant les mois de novembre, décembre et janvier, pressions qui furent conduites par des personnes comme : le président du Congrès national Juan José Pons, qui, disait la presse, tenait prêt jusqu’a la composition de son cabinet, les ex-présidents de la république Leon Febres Cordero, Rodrigo Borja, Oswaldo Hurtado Larrea, les entrepreneurs de la côte, la Conaie, les mouvemnts sociaux, etc.

                Dans ces circonstances, la Conaie entreprit de promouvoir, durant le mois de décembre 99, la constitution des Parlements des Peuples Indiens, initiative qui sous la pression des autres secteurs change de dénomination et s’appelle “Le Parlement Populaire des Peuples”. La proposition des parlements est acceptés par tous les secteurs et dans toutes les provinces ont entreprend leur constitution, l’objectif est d’obtenir la participation du peuple pour que soient définis les projets. Les réclamations de chaque secteur sont transmises ensuite au Parlement national des Peuples. Les initiatives sont multiples et le Parlement de Tungurahua, dans la première semaine de janvier, lance la proposition de “de destituer les fonctionnaires des trois pouvoirs : executif, législatif et judiciaire”, la proposition est acceptée par tous les Parlements Populaires et l’ordre de mobilisation se focalise sur la destitution des trois pouvoirs, punir la corruption, le refus de la dollarisation. La proposition inquiète les secteurs de la droite, les politiciens du Congrès National, l’église et les Forces Armées qui à l’origine envisageaient la destitution de Jamil Mahuad ou à défaut la rectification de sa politique, ils battirent en retraite, dépassérent leurs contradictions et formèrent un seul front pour combattre la volonté d’obtenir la dissolution des trois pouvoirs.

                Renforcé face à la droite, le gouvernement défendu par ses vieux rivaux, commence une campagne de dénigrement de la Conaie dans les différents moyens de communication, la campagne se concentre sur : délégitimer la représentativité de la Conaie et vendre l’idée de sa division, accuser l’organisation d’avoir rejeté la signature d’accords favorables aux communautés, déformer les actions de l’organisation et réactiver les préjugés raciaux de la population équatorienne. Acheter le silence d’organisation nationales indigènes comme la FEINE, FENOCIN, contre des postes, la revendication de ces postes était inspirée par ces organisations alliées au gouvernement.

                La presse parvint à amoindrir la réaction et la solidarité de la population métisse. Malgré cette campagne raciste, la militarisation du pays et le décret de l’état d’urgence, le 14 janvier le Parlement National des Peuples s’est installé à Quito, dans cette assemblée les parlementaires résolurent d’abroger l’état d’urgence, décrétèrent la destitution du Président de la République, la déchéance du congrès national et des magistrats de la Cour Suprême de Justice et se proclamèrent en session permanente. Le mardi 18, les communautés se moquant du contrôle militaire arrivent à Quito et concrétisent la prise de Quito; dans la nuit du 20, les communautés conquièrent le contrôle du Congrès national et de la Cour Suprême de Justice, la wipala (drapeau des nationalités indiennes, ndt) flotte sur le Gongrès National. Le 21 janvier, les parlementaires du Peuple siègent au Congrès National et les communautés, les mouvements sociaux, les organisations des quartiers populaires marchent sur le palais du Gouvernement. Dans l’après-midi , Jamil Mahuad abandonne le Palais du Gouvernement caché dans une ambulance de la Croix Rouge. Dans l’après-midi et la nuit de ce jour, les dirigeants des militaires, les mouvements sociaux, le mouvement indigène, préssés par la foule se mettent d’accord et décident de constituer la Junte de Salut National, constituée par le général Carlos Mendoza (en réalité, le premier représentant militaire est le jeune colonel Gutierrez, celui là même qui, dans l’après-midi, avait ordonné aux forces de l’ordre d’abandonner le Congrès National ; après l’annonce de la constitution de la Junte, il appelle, à la télévision, la population à se joindre à la rébellion dont il affirme qu’elle jouit du soutien de l’armée, trois heures plus tard, après des négociations à huis-clos avec les autres membres de la Junte, il est remplacé par le général Carlos Mendoza qui organisera l’accession à la présidence du vice-président de Mahuad, Gustavo Noboa, ndt), Antonio Vargas et Carlos Solorzano (ancien président de la Cour suprême, ndt).

                Le 22, à trois heures du matin, le général Mendoza, reniant sa parole, son serment et l’accord passé, renonce à faire partie de la Junte de Salut National, et à sept heure et demi du matin, avec la garantie des Forces Armées, le Dr Gustavo Noboa assume la présidence de la République. Le matin du même jour, les comunautés retournent dans leur province. Les représentants de la droite se remettent de leur “choc” et retrouvent leur arrogance et leur suprématie. Leur réaction enhardie par la récupération et le contrôle du pouvoir laisse voir leur mépris et leur racisme envers les peuples indiens et les secteurs de la population qui fugitivement tinrent en leurs mains le pouvoir politique dans le pays et ils réclament des sanctions immédiates contre les “golpistas”.

                De la Prise de Quito nous pouvons tirer des leçons diverses et beaucoup d’interrogations : la démocratie est-elle la démocratie quand elle est contrôlée par la droite? La protection des Forces Armées sert-elle à garantir la démocratie ou à préserver les privilèges, les actes de corruption des groupes dominants qui contrôlent le pays? Qui violent en permanence la Constitution et pourquoi ne sont-ils pas sanctionnés? La prise du pouvoir est-elle l’objectif des Peuples indiens?

                La Prise de Quito laisse une droite renforcée, un mouvement indigène uni, une population métisse infestée de racisme, des Forces Armées qui traitent leurs subalternes comme le gouvernement traite le peuple, une aversion entière contre la corruption. Elle laisse des inquiétudes à l’intérieur du Mouvement indigène sur la définition plus précise du projet Politique des Peuples Indiens, un projet qui, s’il ne doit pas craindre les thèmes nationaux, doit se concentrer sur des propositions concrètes qui garantissent des aspects juridiques, éducatifs, culturels et surtout économiques. Cette perspective permet de garantir des alliances larges avec tous les secteurs du pays, elle évite surtout de tomber dans l’extémisme qui exclut ou prétend dominer une catégorie quelconque

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